Tag Archive: Charte des valeurs


« La conscience est la claire connaissance de la réalité. » Matthieu Ricard, moine bouddhiste

conscience 5Alors, comme je vous y invitais l’année dernière, avez-vous changé de peau en 2013 ? Moi oui, en partie, en devenir, en transformation intérieure et extérieure… Comment s’est passé votre post «fin du monde» annoncée par les Mayas (mais mal comprise), et début d’un nouveau ? D’abord, nous avons eu au Québec, ce déferlement quotidien de la corruption dans notre système politique et économique, avec les révélations d’une Commission d’enquête. Cela n’est pas terminé, mais salvateur. Il faut que le pus sorte, tout simplement. Pénible, il va sans dire… ce reflet… de nous-mêmes… alors, on s’en souhaite une nouvelle plus… constructive… Passons!

Plus positivement, donc, j’ai fait une expérience en 2013 sur les plans à la fois culturel et spirituel qui m’a plutôt frappée : lors d’une grande danse (1) organisée dans une ancienne chapelle du campus Loyola de l’Université Concordia (donc dans un lieu religieux reconverti, mais avec toutes ces « vibrations » passées), dans une jolie foule bigarrée et artistique de danseurs de 20 à 70 ans, mais surtout dans la trentaine. Une jeune femme a décidé de faire de la méditation au milieu des danseurs. Peu à peu, de nombreuses autres personnes se sont jointes à elle. Ils étaient très beaux à voir et très inspirants aussi. Ça me rappelle aussi les méditations que nous avons faites lors de l’occupation du Square Victoria (rebaptisé Place du peuple) à Montréal en 2011, pendant et après le mouvement Occupy Wall Street.

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Des occupants en séance de méditation quotidienne, Occupy Wall Street, New York, octobre 2011

Dans toutes les grandes places du monde, cet automne-là, les jeunes et les moins jeunes ont médité publiquement, prenant une pause de leur exaspération et espoirs sociaux, politiques, économiques, humains surtout. Pour la première fois depuis très longtemps en Occident, la spiritualité rejoignait la politique, mais d’une nouvelle façon non institutionnelle. On était loin de l’ingérence des évêques, prêtres, imams et autres qui dictent leur vision aux politiciens et au peuple.

Par la méditation, entre autres, un nouveau courant spirituel initié par la génération des baby-boomers prend forme sous nos yeux, sans qu’on s’en rende compte clairement au début. Mais après mon expérience du printemps érable au Québec, de nombreuses discussions, rencontres et lecture de nombreux témoignages (2), je suis à peu près certaine qu’une page vient d’être tournée, et que les sensibilités ont évolué subitement, même si cela est peu apparent pour le moment.

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conscience 4« Dieu/Dieue » n’est pas une pensée, mais une sensation : c’est sentir dans son corps/cœur le bienfait de l’énergie d’amour et de la connexion avec la nature, incluant le lien avec tous les humains.

Quand Dieu (et tous ses autres noms) devient une pensée, c’est-à-dire une religion, une croyance intellectuelle, obligatoire ou rejetée (ce qui revient au même), c’est là qu’il y a risque de dérive, que ça devient une intention, puis une institution, c’est là que la déformation de l’expérience initiale commence, que les toquades et crispations commencent, et pire, que la corruption commence. Parenthèse, on l’a vu cette année dans notre débat sur la Charte des valeurs québécoises au sujet du port ou non de signes religieux chez les employés de l’État (voir mes autres textes à ce sujet dans l’index ci-contre).

Dieu/Dieue comme sensation donc. C’est probablement pour cela que dans plusieurs spiritualités animistes, autochtones et autres, on a mis beaucoup d’importance à purifier le corps (notamment avec la tente de sudation -sweatlodge- depuis 5000 ans). Chez les chrétiens, entre autres, on a gardé le rituel, mais seulement pour le baptême.

Dans notre culture, ce rituel revient de plus en plus par la porte de l’hédonisme-santé, via la mode des spas, des cures en tous genres, etc.

J’ai lu cette année « Les quatre accords toltèques » sur la sagesse maya (2), de l’auteur mexicain, chamane et enseignant Miguel Ruiz, aussi ex-étudiant en médecine (à cheval entre deux cultures, donc). Quoique j’ai des réserves sur certains aspects de cette pensée, en particulier celle approfondie dans son autre livre « La voix de la connaissance », le fond spirituel de cette communication me semble vraiment pertinent. On pourra peut-être, en 2014, parler de nouvelles armes de… construction massive 🙂 En très résumé, si vous ne le connaissiez pas déjà, il donne cinq conseils comportementaux dans notre vie quotidienne pour trouver et partager la paix intérieure et le bonheur. Ce sont des fondements au demeurant déjà un peu ou même assez connus dans notre culture, mais qu’il est bon de (re)mettre ensemble de temps en temps, ce qui est extrêmement difficile et demande toute une discipline et entrainement mental :

1-      Que ma parole soit impeccable. Parler avec intégrité, dire la vérité et ne pas faire de médisance.

2-      Ne jamais faire une affaire personnelle des paroles ou actions des autres. Savoir prendre du recul.

3-      Ne jamais faire de suppositions. Toujours valider mes impressions.

4-      Faire toujours de mon mieux (ni trop, ni pas assez, pas de perfectionnisme non plus).

5-      Être sceptique, douter, remettre en question la parole, la mienne et celle des autres.

(dans le même sens, j’ajoute, fini le temps du politiquement correct qui nous a affaibli sur le plan relationnel). De façon intéressante, notons que ce doute systématique, c’est aussi la base de la philosophie de Descartes au Grand Siècle (17e s.) et de la science empirique née de l’observation avec ses sens et de l’indépendance de la religion, poussée par Galilée en Europe. Ainsi une partie des sciences physiques pourront éventuellement rejoindre certaines connaissances ancestrales des premiers peuples. La lecture de certains antropologues nous l’apprend. Et c’est exactement la démarche de certains chamanes des premières nations au Québec, notamment l’Atikamekw Charles Coocoo qui parle de physique quantique.

conscience fumée nuages1Ce que Ruiz appelle « l’écran de fumée » qui nous sépare des autres, est un « rêve d’enfer » sur terre : ce sont nos peurs, nos manques qui nous conduisent à mal interpréter la « réalité ». C’est cela qui crée nos souffrances et qui se répercutent nécessairement sur les autres, puisque nous sommes tous liés. En bref, notre (mauvaise) imagination et nos pensées erronées nous dirigent et font du mal en soi et autour de soi. La psychologie classique a appelé cela de la projection, mais je sens que c’est plus profond que cela encore. Il est très difficile de « résister » à un mauvais influx lancé par quelqu’un, conscience 3parce que la science neurologique nous apprend récemment que nous sommes dotés de « neurones miroirs » qui tendent à réagir similairement et immédiatement à ce que l’on voit, l’on vit, l’on entend autour de soi. Certaines recherches plus récentes font même de ces neurones spécialisées l’origine du langage, ce qui, si cette hypothèse est validée, semble assez fondamental comme connaissance sur l’humain et ses comportements.

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Conscience 2Qu’est-ce qui crée la souffrance ? Notre façon de réagir aux événements de la vie dans nos croyances limitatrices fondées sur la peur. Ruiz propose un genre d’auto-‘reprogrammation’ consciente de notre esprit. Je constate que c’est possible, je me suis trouvé une technique plus personnelle pour faire cela quand je suis très détendue et en contact avec ce que je veux vraiment dans la vie. C’est une façon lente de travailler sur soi, et je vois que cela donne des résultats concrets de façon lente et progressive aussi. Inversement, chez des individus dont l’esprit est tellement effrayé qu’il se coupe de la réalité, cela génère des psychoses, LA maladie mentale la plus grave, à mon avis.

« Rompre nos accords fondés sur la peur » demande du courage et de la persévérance, parce qu’ils sont, au début, toujours inconscients. Une fois cette démarche entamée et continuée, cela permet de trouver son pouvoir personnel de créer la vie que l’on désire. Ruiz dit que les accords fondés sur la peur nous font dépenser énormément d’énergie et c’est souvent plus pour cela (outre les horaires aberrants que nous nous imposons dans la vitesse et la performance et qui font probablement partie de notre peur…) que nous sommes si fatigués, voire épuisés, en dépression ou en burnout. Au contraire, donner son accord à des pensées/situations qui découlent de l’amour nous aide à conserver, voire à obtenir davantage d’énergie.

La peur donc, nous y revoilà… Certaines époques sont fondées sur l’espoir, d’autres sur l’indifférence, le ‘coocooning’ et le repli sur soi, d’autres sur la peur… de soi qui se reflètent dans les autres étrangers à soi; nous y sommes revenus, donc, mais à un autre niveau. En 1948, dans un Québec hypercatholique conservateur tissé serré de la « Grande Noirceur », dominé par les prêtres qui disaient à nos grands-pères et arrière-grands-pères comment penser et à nos grands-mères et arrière-grands-mères combien faire d’enfants sous peine d’excommunication, le peintre Paul-Émile Borduas, un Canadien-français (comme on le disait à l’époque) et chef de file du mouvement automatiste avait écrit dans un manifeste passé à l’histoire, en parlant des artistes et écrivains automatistes :

« Par delà le christianisme nous touchons la brûlante fraternité humaine dont il est devenu la porte fermée.

Le règne de la peur multiforme est terminé.

Dans le fol espoir d’en effacer le souvenir je les énumère :

peur des préjugés – peur de l’opinion publique – des persécutions – de la réprobation générale

peur d’être seul sans Dieu et la société qui isolent très infailliblement

peur d’être soi – de son frère – de la pauvreté

peur de l’ordre établi – de la ridicule justice

peur des relations neuves

peur du surrationnel

peur des nécessités

peur des écluses grandes ouvertes sur la foi en l’homme – en la société future

peur de toutes les formes susceptibles de déclencher un amour transformant

peur bleue – peur rouge – peur blanche : maillons de notre chaîne.»

Borduas, « Refus global » (1948)

À suivre…

Voir la suite au https://evemarieblog.wordpress.com/2014/01/12/lettre-spirituelle-a-mes-amis-2014-2/

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(1) Flow Montréal est organisé par Solomon Krueger «Le Flow est un rassemblement de danse et de mouvement unique où les personnes se rencontrent au sein d’un espace libre de jugement et où elles ont l’occasion d’expérimenter une relation profonde avec elle-même, avec autrui et avec la vie. Lors de cet événement sans alcool ni drogue, tous sont invités à redécouvrir et à célébrer la liberté de bouger ainsi que d’être ému! »

Voir aussi le Flow Lab au http://www.eventbrite.ca/e/flow-lab-lexploration-de-la-rencontre-exploring-the-encounter-tickets-8487986797

et https://www.facebook.com/events/499933570119825/?ref_newsfeed_story_type=regular

(2) Sur un sujet connexe, «Au Pérou comme au Nunavut, [les chercheurs canadiens de l’Université McGill Léa Berrang-Ford et James Ford ont] observé que la transmission des savoirs millénaires permet à la jeune génération de s’adapter aux changements climatiques.» Voir http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/396481/a-toutes-les-latitudes-chercher-a-s-adapter

ministre-responsable-institutions-democratiques-bernard drainville

Le ministre des institutions démocratiques, Bernard Drainville (Parti québécois), lors du dépôt du projet de Charte

7 novembre

Le gouvernement québécois dépose enfin son projet de la loi de Charte des valeurs après des mois de palabres. Son nom a changé : elle s’appellera dorénavant «Charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l’État ainsi que d’égalité entre les femmes et les hommes et encadrant les demandes d’accommodement». http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/politique/201311/07/01-4708264-le-gouvernement-marois-lie-son-avenir-a-la-charte-de-la-laicite.php

Comme pour tout projet de loi important, une commission parlementaire est créée.

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15 novembre

Fatima Houda-PepinLa révolte de Fatima Houda-Pepin qui s’objecte à la position de son parti sur la préséance des libertés individuelles dans le domaine religieux et contre le port éventuel du tchador chez les élus. Depuis des années, elle est l’une des rares Québécoises d’origine musulmane à prendre la parole publiquement pour traquer les intégristes religieux, islamique en particulier. Ce discours sur «les libertés individuelles» du parti libéral ressemble davantage à une novlangue de fiction destinée à semer la confusion dans les esprits pour les affaiblir. Les mots, pour être crédibles, doivent être accompagnés d’actes qui militent dans le même sens. Dans l’histoire récente du parti Libéral, on n’avait pas remarqué, par exemple, de respect pour les libertés individuelles, pour le droit d’expression et d’association… dans la loi 78…

Même remarque pour ces accusations de racisme et de xénophobie. Que ces personnes regardent donc dans leur propre jardin avant d’accuser les autres. Cela contribuera un peu plus au dialogue.

Même remarque pour les accusations de division, en soulignant davantage ici leurs incohérences : un débat sans phase de division est impossible. Or, il y a évidence qu’il faut en débattre, à voir le nombre de réactions.

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18 novembre

Je reproduis ici ma discussion avec la blogueuse Michele Poupore http://michelepoupore.wordpress.com/2013/11/15/le-futur-enonce-de-politique-du-programme-de-lecole-quebecoise-aidez-nous-a-resister-a-la-tentation/

Elle se questionne sur ce qu’elle perçoit être de l’intolérance religieuse dans le projet de Charte sur la laïcité en comparant les diverses lois scolaires depuis les années ’70  très inclusives et ouvertes à la diversité religieuse et le débat actuel sur la Charte qu’elle trouve trop fermé :

Je lui réponds ceci :

J’imagine que vous faites allusion au projet de Charte, quand vous parlez de non-reconnaissance du fait religieux ?
Faire l’amalgame entre des lois sur l’école et la Charte me semble un dangereux glissement intellectuel.
Il faudrait quand même préciser que le projet de Charte ne prévoit pas d’interdire des religions, mais d’en limiter une expression vestimentaire, ce qui est quand même assez différent. Vous tombez dans le piège de l’exagération.

Mais vous avez raison sur un point : les choses ont changé depuis 1997. D’abord un très grand nombre d’immigrants ont été accueillis à Montréal, rendant en une seule génération nos écoles de 50 à 95% peuplés d’enfants venus des quatre coins du monde, ce qui n’était pas encore le cas dans les années 70-90. Comme le dirait l’historien et le cinéaste Denys Arcand, en histoire, il y a trois lois : le nombre, le nombre et le nombre. Puis, Il y a eu le choc de sept. 2011, et de nombreuses crises dans la vie civile mondiale du genre les crises des caricatures, des appels au meurtre (fatwa politique) d’auteurs reconnus comme S. Rushie ou d’objecteurs de conscience ou (rares) dissidents, ou d’appel à la destruction de certains lieux.

Chez nous, il y a eu des excès, notamment chez les juifs orthodoxes avec des exigences d’accommodements déraisonnables, et des excès des protestants orthodoxes chez nos voisins du Sud, etc. Malheureusement, ces intégrismes et abus religieux n’ont pas été dénoncés haut et fort par leur communauté modérée. Chez les musulmans, seul le printemps arabe a récemment délié quelques langues. Ces fondamentalistes ont transporté leur guerre de religion chez nous et sont très habiles dans la culpabilisation, voire l’instrumentalisation du peuple (je pense aux organisateurs de la 1re manif contre la Charte, par exemple). Malheureusement, ils n’ont pas regardé sérieusement dans leur jardin avant de dénoncer les autres. Pour toutes ces raisons et d’autres, un bri de confiance entre ces groupes et le reste de la société s’est formé progressivement en 15 ans…

Depuis 4 ou 5 ans, les Québécois, avertis par quelques immigrantes de tradition musulmane sur les dangers de l’intégrisme (la récente sortie de Fatima Houda-Pepin, par exemple), nous devenons moins naïfs et nous comprenons qu’il faut prendre des mesures pour gérer la diversité et prévenir les dérives telles que l’imposition de la charia qui ont failli advenir chez nos voisins ontariens. Nous comprenons de plus en plus que cela ne se fait plus «naturellement», comme lorsqu’ils étaient moins nombreux et moins guerriers. Quelles seront ces mesures ? Y a-t-il d’autres solutions plus efficaces ? C’est ce que le débat public et la Commission parlementaire du gouvernement verra, chose que vous omettez de dire dans votre article, dont la conclusion est quelque peu désopilante et contradictoire avec votre propos mesuré de n’y pas faire intervenir les questions partisanes.

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19 novembre

C’est vrai qu’il y a encore peu de musulmans au Québec (2 à 3%, en 2007, selon le rapport Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, 2008 http://www.docstoc.com/docs/614990/Version-int%C3%A9grale-du-rapport-Bouchard-Taylor), mais beaucoup plus à Montréal; c’est pourquoi c’est le temps de réfléchir à tout cela pour établir des règles plus claires de neutralité politique et religieuse dans la fonction publique, pour un état visiblement laïc. Par ailleurs, le problème touche tous les fondamentalistes. Je suis d’accord qu’il y a aussi les fondamentalistes québécois et athées, c’est pourquoi il importe de calmer le jeu dans nos discussions publiques. Je crois qu’il n’est pas raisonnable de réclamer la liberté religieuse pour se soustraire aux normes de la vie commune. Or notre tradition ne couvre plus la tête des femmes depuis la colonie. Le pluralisme ne signifie pas nier nos traditions, surtout lorsqu’on parle de postes d’autorité de qui représentent l’État et donc la culture. Dans la rue, c’est autre chose, on accepte même les femmes en niqab ou la burka… Pour ma part ces tenues me provoquent un haut-le-cœur quand je vois des femmes se soumettre à une telle négation de leur corps et d’elle-même, mais je me tais quand je les vois, car je peux comprendre que ça prend un certain temps avant de changer ses habitudes. Et pour s’intégrer et se trouver du travail, ce n’est pas l’idéal… Néanmoins, on ne voit ces tenues que depuis, quoi, 4-5 ans à Montréal ? On voit tout de suite qu’à l’étranger, cela s’est durci aussi.

Djemila Benhabib Si je comprends bien, vous semblez dire qu’il n’y a pas de problème d’intégrisme à Montréal ? Parlez-en à Houda-Pepin ou Benhabib qui l’ont connu il y a bien des années… en venant vivre ici. Cette banalisation me fait peur. Tous les petits signes sont là, ils s’infiltrent progressivement; il importe d’y réagir rationnellement, dans un État de droit, comme vous le dites. Il importe de responsabiliser publiquement les personnes potentiellement porteuses de ces intolérances. Je ne tolère pas les intolérants, c’est ma limite. Les lois criminelles nous protègent de l’intégrisme, effectivement. Mais qu’en est-il dans la vie civile ? Saviez-vous que le voile est interdit chez les fonctionnaires, en Tunisie depuis… 1981.

Pour ce qui est des cas de demandes d’accommodements, ils sont pourtant documentés et nombreux. Si ma mémoire est bonne, la Commission scolaire de Montréal en avait reçu 400 ou 600 (?), je ne sais plus sur quelle période. Par exemple, j’enseigne moi-même aux immigrants à l’éducation des adultes et il n’y a pas un semestre ou je n’entends pas parler d’une demande pour un local ou lieu de prière pour les musulmans. Mais les directions préfèrent taire ces demandes, car elles savent que si elles consultaient l’équipe-école dans nos instances démocratique comme les Conseils d’établissement, cela ferait toute une histoire. Autrement dit, ces chiffres ne sont que la pointe de l’iceberg. Comme l’avait remarqué le rapport Bouchard-Taylor, les demandes d’accommodements portent la plupart du temps sur un sujet religieux ou encore sur le fait qu’une femme ou qu’un homme donne un service; c’est pourquoi, ces demandes ont si souvent soulevé l’enjeu de l’égalité homme-femme. Or le voile est vu par des musulmanes elles-mêmes comme un symbole d’asservissement collectif de chaque femme individuellement. Précisément parce que ce sujet est si controversé, cela mérite une plus grande attention collective. On a clairement besoin d’une loi pour préciser ce que veut dire un État laïc.

«Dans le jugement sur la prière à Saguenay, on a vu l’embarras des juges qui ne pouvaient pas se référer à un texte de loi régissant la neutralité de l’État à l’égard du religieux» D. Benhabib, in revue Inter-UQAM, automne 2013

Quant à savoir quelle(s) mesure(s) limitera et encadrera le mieux possible les dérives obscurantistes, voilà le vrai débat, à mon avis. Mais ne rien faire n’est pas une option, car plus il y aura de signes religieux dans l’État, plus il y en aura dans la société et vice-versa, cela ne freinera aucunement ces mauvaises tendances. En fait, il faudrait se demander collectivement ce qui favorisait le courant moderniste de l’Islam et des autres religions. Le besoin de religieux ou de spirituel est un besoin humain, inégalement partagé, il ne s’agit pas le nier, mais de l’encadrer étant donné les nombreuses dérives ici et ailleurs dans le monde… Petite planète!

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22 novembre

Je continue ici ma discussion avec la blogueuse Michele Poupore.

Votre recherche sur un plan historique est intéressante, en montrant divers points de vue, me pousse à aller un peu plus loin. J’ai remarqué, en particulier, certains extraits et trouvé de nouveaux pour étayer notre discussion.

J’avoue que je comprends toujours pas le lien que vous essayez de faire entre les lois de l’éducation (livres blancs, Loi sur l’Instruction publique) et le débat sur la Charte. Je ne vois pas comment ces lois et énoncés de lois peuvent directement aider les décideurs à prendre une décision pour les écoles et les garderies au sujet de la Charte.

La position du CSF en 1995 :

« De la même façon, l’interdiction du hijab à l’école québécoise
pénaliserait d’abord des filles, celles qui, pour toutes sortes de raisons, le portent.»
( CSF, Réflexion sur la question du port du voile à l’école)

Julie Miville-Dechêne

Julie Miville-Dechêne, présidente du Conseil sur le statut de la femme (Québec), 2013

Comme on le voit dans les extraits suivants de la position du CSF de 2007 et de 2011, les temps ont changé au Québec et leur position aussi qui… va et vient. Avec l’actuelle présidente, Julie Miville-Dechêne, elle est personnellement est plutôt contre la Charte et réclame, comme vous, plus d’études scientifiques. Mais on a vu que les récentes nominations au CSF, jugées par elle partisanes, car pas en accord avec elle (?) a mis brièvement le feu aux poudres.

J’étais très étonnée d’apprendre que :

La position du CSF en 2007 :

«Cesser, pour un temps, de manifester sa croyance ne constitue pas le déni de cette croyance, a fortiori si cette interruption est motivée par la sauvegarde d’autrui et le bien-être collectif.»(CSF,  p.13) Source : http://quebec.huffingtonpost.ca/2013/09/27/la-presidente-du-csf-julie-miville-dechene_n_4003753.html

La position du CSF en 2011 :

«Là où le conseil tranche sans hésitation, c’est au sujet du port de vêtements ou de signes religieux « nettement visibles » par les employés de l’État, ce qu’il condamne.

« Quand on dit que l’État est laïc, ça veut dire que l’État ne peut pas paraître associé à la religion. Et toutes les religions, pas seulement la religion catholique. Ces fonctionnaires qui représentent l’État ne peuvent pas porter de signe religieux, tranche Christiane Pelchat [la présidente du CSF en 2011].

Le Conseil du statut de la femme s’oppose, en ce sens, à la Fédération des femmes du Québec qui, elle, estime qu’une telle mesure pourrait discriminer les femmes musulmanes à l’embauche.» Source : http://www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2011/03/28/001-conseil-statut-femme-laicite.shtml

sission FFQNous le savons, les groupes féministes sont divisés sur cette question comme pour d’autres et cela n’est pas nouveau. Il s’agit d’une décision très difficile à prendre et très complexe, c’est le moins qu’on puisse dire…

« En Allemagne, les Landers peuvent interdire le port du voile par les enseignantes s’ils désirent réglementer leur tenue vestimentaire.» (CSF, 2007, p.117).

Je ne savais pas, voilà un exemple à réfléchir dans le monde occidental, tout en voyant bien que divers pays ont pris diverses positions, et ce même si leur Constitution est différente de la nôtre. Pas de doute que le débat est nécessaire et qu’on doit absorber et accepter une phase de division, tout en tentant de calmer le jeu.

Vous dites «Notamment, le Canada, le Québec et les États-Unis ont opté d’enchâsser les droits de la personne dans leur constitution. De ce fait, les droits de la personne sont priorisés, ils constituent en quelque sorte l’article 1er,  ils viennent avant les droits collectifs.» (Michelle Poupore).

Voilà précisément un débat sur l’esprit de la loi qui nous dépasse. Votre affirmation, quoique généralement exacte, ne l’est pas dans tous les cas, c’est ce que Me Julie Latour, ex-batonnière du barreau du Québec affirmait aux nouvelles de Radio-Canada, la semaine dernière, en donnant des exemples de jugements dans des causes récentes d’accommodements religieux où les juges ont donné préséance aux droits collectifs. En ce sens, elle disait que la Charte pouvait tenir la route légalement… Qui a raison ? [par la suite, pour justifier sa position pro Charte des valeurs, elle expliquera qu’il y a une différence entre la liberté de conscience et de religion garantie par nos Chartes des droits et l’expression de la religion]. En ce sens, l’avocate affirme que le port de signe religieux n’est pas un droit fondamental. Ce sous-débat soulève donc deux questions. Qui a préséance dans la décision de débats fondamentaux ? Les élus ou les juges nommés par des partis politiques ? Comment le pouvoir essentiel de la justice doit-il contribuer à la démocratie et limiter les excès de l’autoritarisme politique ?

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8 décembre

Rencontrée hier, à un événement international de signatures de cartes d’appui à des prisonniers politiques organisé par Amnistie Internationale et Équiterre à Montréal : une éducatrice de maternelle qui vient de prendre sa retraite.

Elle nous dit que le milieu de la garderie et des services de garde est la nouvelle chasse-gardée de la communauté musulmane. Qu’elle s’en inquiète. Que des éléments radicaux tentent de s’y imposer. Pendant notre conversation, elle nous dit que sa fille s’est récemment convertie à l’islam, ce qui a l’heur de la décourager. Je crois qu’elle est elle-même d’origine musulmane, mais tellement bien intégrée, que c’est difficile à déceler dans son accent et dans son visage. Cela n’a de toute façon guère d’importance, je le souligne seulement pour le bénéfice des lecteurs.

Elle nous raconte qu’à son CPE (=garderie publique) il n’y a plus de porc et de … (j’ai oublié quoi) dans les repas, mais que des parents musulmans pratiquants particulièrement pointilleux ont demandé et obtenu l’accommodement d’avoir le menu à l’avance pour pouvoir décider s’ils font un lunch ou pas à leur enfant. Un jour, il y a eu une petite altercation entre une éducatrice qui s’affiche musulmane avec son voile et un éducateur laïc. Une petite qui n’avait pas son lunch de la maison s’est fait dire par cette éducatrice : «ne mange pas de ce plat, ce n’est pas hallal!» Alors l’éducateur s’est interposé en disant que l’enfant devait bien manger quelque chose, ne pas retourner en classe l’estomac vide… Elle nous dit qu’elle trouve cette histoire de menu bien trop compliquée à gérer. Si des parents se méfient de la nourriture, pourquoi pas leur dire que ça devient leur responsabilité tous les jours de nourrir leur enfant à leur façon? Plus largement, elle est pour la Charte, elle pense qu’il faut clarifier la situation qui dégénère dans toute sorte de détails de la vie quotidienne, parce que pendant ce temps, on ne s’occupe pas de pédagogie. Je discute avec elle de ce phénomène de repli identitaire de musulman peu ou non pratiquant dans leur leur pays ou même nés ici (comme sa fille) qui deviennent «zélotes» (clin d’œil aux juifs) ici. Je lui soumets mon avis développé dans ce blogue selon quoi c’est le silence des musulmans modérés après le 11 septembre 2001 qui, chez nous, a rendu les Québécois méfiants à l’égard de cette identité. Que notre travail est de les responsabiliser et de leur refléter les conséquences. Elle est plutôt en accord. Elle me dit qu’ils ont (encore) peur. Voilà qui n’est guère rassurant… Cela indique qu’il faut faire quelque chose contre l’intégrisme sur le plan civil/légal, dans les écoles primaires et secondaires et dans les services publics, envoyer un message social clair au sujet de nos limites collectives. Mieux distinguer les droits et choix collectifs des droits et responsabilités individuels. Que ce soit par le véhicule de la Charte et/ou par une autre loi, comme le propose Houda-Pepin.

Le journaliste québécois Pierre Dubuc de l’aut’journal explique très bien le développement historique des droits de l’homme, privilégiant, via l’influence des États-Unis, la conception des droits civiques et politiques au détriment des droits économiques et sociaux. Il explique pourquoi la cour Suprême du Canada et de nombreux organismes de défense des droits de l’homme et des chartes des droits donnent préséance aux droits religieux sur les autres libertés individuelles et collectives, notamment l’égalité homme-femmes. Voir http://lautjournal.info/default.aspx?page=3&NewsId=5011

Si je me souviens bien des quelques discussion auxquelles j’ai participé avec des autochtones au sein d’Occupons Montréal (et du mouvement Occupy dans différentes villes du monde), une fange importante du Mouvement remettait en question La Déclaration des droits de l’homme sur un plan plus philosophique où on dénotait un désir de domination de l’homme sur la Nature, ce qu’on a critiqué. Si je n’ai pas eu l’occasion de me pencher sérieusement sur cette question, c’est au moins un exemple pour montrer que même les idées et les droits qu’on croyait les plus justes, peuvent évoluer différemment et de façon imprévue, plus globale. À suivre…

6 janvier

Je trouve cette photo saisissante et à multiples niveaux si vous la regardez longtemps, et ce très beau texte (si vous allez voir sur son site) de l’artiste tunisienne Souad Mani. Partout, les mêmes questions se posent…

Souad Mani_Entre elle(s)...#tunisienne

Souad Mani. Entre elle(s)…#tunisiennes

Voir http://souadmani.wordpress.com/2012/08/13/entre-elles-tunisiennes/#comment-2

25 janvier

Le Conseil du statut de la femme se range finalement dans le camps pro-charte. En Commission parlement, sa présidente, Julie Miville-Dechêne «émettra cependant un certain nombre de réserves sur l’interdiction mur à mur des signes religieux ostentatoires pour les employés de l’État.» Voir http://www.ledevoir.com/politique/quebec/398224/le-conseil-du-statut-de-la-femme-se-range-dans-le-camp-pro-charte

La semaine dernière, Fatima Houda-Pepin a dû quitter le parti libéral car elle a finalement déclaré qu’elle était en accord avec un certain contrôle des signes ostentatoires pour les postes en autorité, comme l’avaient mis de l’avant les commissaires Bouchard et Taylor en 2008, lors de la commission  de consultation publique sur les accommodements raisonnables (1). Siégeant désormais comme députée indépendante, elle se trouve dans un no man’s land politique avec une position entre les Libéraux et les Péquistes, proche des Caquistes. Depuis des mois elle préparait un projet de loi privé visant l’intégrisme religieux, qui a été rejeté par le parti libéral.

Il y a deux jours, dans le journal Le Devoir, le sociologue Guy Rocher qui avait, dans les années ’60, participé à la commission Parent sur la réforme et la laïcisation de l’éducation a rappelé qu’à l’époque, les membres «prirent unanimement position en faveur de la nécessité d’une claire neutralité de l’État et des institutions publiques en matière religieuse, à tout le moins en ce qui a trait au système d’éducation.» http://www.ledevoir.com/politique/quebec/397938/une-garantie-de-paix-religieuse?utm_source=infolettre-2014-01-23&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

«Aujourd’hui, c’est la diversité des convictions religieuses du personnel des institutions publiques neutres qu’il faudrait maintenant respecter, selon les opposants au projet de charte. Ainsi, dans le monde de l’éducation, le respect des convictions de l’enseignant(e) aurait désormais priorité sur le respect des convictions des parents, des élèves, des étudiants(e)s. Il s’agit là, en regard de notre passé, d’un renversement de la priorité du respect des convictions religieuses, inspiré à mes yeux par une conception trop individualiste des institutions destinées au service public.» «Pour ma part, je crois toujours que le respect des convictions de toutes les clientèles qui s’adressent à toutes les institutions publiques doit inspirer notre législation. Et cela, surtout dans les établissements d’enseignement. Je m’explique mal qu’on veuille exclure ceux-ci et tout leur personnel de l’obligation de neutralité et de réserve, quand on sait l’influence qu’exercent ces établissements, et surtout leur personnel, sur les jeunes qui les fréquentent, une influence sans commune mesure avec celle des policiers et des juges.» Guy Rocher

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(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Commission_Bouchard-Taylor

Voltaire fought intolerance and fanaticism, an...

Voltaire fought intolerance and fanaticism, and was a prominent and very prolific philosopher of the Enlightenment/Les philosophes des Lumières. (Photo credit: Wikipedia)

« Prière à Dieu

Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : s’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi qui as tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de la boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni de quoi envier, ni de quoi s’enorgueillir.
Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible ! Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant.»

Voltaire, Traité sur la tolérance à l’occasion de la mort de Jean Calas (1763), chapitre XXIII.

(C’est moi qui souligne)

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 31 octobre 2013

Plus d’une semaine plus tard, j’ai bien pris le temps de méditer ces sages paroles en me demandant à qui elle s’adresse d’abord. À moi, aux pro-Charte, aux anti-Charte tous confondus, aux citoyens pratiquants musulmans qui insistent pour s’afficher au travail ?

J’ai un principe qui me dit : ne tolère pas l’intolérance. Soyons francs : ce débat réveille la peur de l’Islam dans son radicalisme et ses dérives identitaires. Je ne crains pas d’être accusée de racisme et d’islamophobie : comme prof auprès d’adultes, je travaille tous les jours depuis 13 ans avec des immigrants, nouveaux arrivants pour la plupart. Les radicaux et les intolérants connaissent nos faiblesses et accusent, le plus souvent à tort, des Québécois de racisme et d’islamophobie. Il faut savoir quoi répondre.

Voici ce que je réponds aux modérés. Pourquoi ce débat réveille-t-il ces peurs-là ? 95% des musulmans sont modérés, font leur affaire et laissent tranquilles les mécréants ou autres religions. Alors quoi ? Alors où étaient ces modérés après le 11 septembre pour critiquer les radicaux parmi eux ? Ils avaient peur ? Depuis le printemps érable, on les entend heureusement plus souvent. Mais malheureusement, le mal et fait et la confiance est rompue dans la population. Depuis 15 ans, nous avons été trop souvent témoins d’excès religieux rebutants voire scandaleux, ici comme ailleurs. Je ne parle même pas du terrorisme, qui aurait dû être dénoncé publiquement partout par le peuple musulman et ne l’a pas été, je parle des choses triviales, quotidiennes, comme ces caricatures dont on n’a pas entendu des musulmans en masse se lever pour dénoncer le radicalisme de leurs frères, je parle des filles Shafia mortes par crime d’honneur dans le fond de la rivière chez nous, et de toutes les autres jeunes filles de nos écoles secondaires qui vivent des pressions immenses dans leur famille et ne savent pas quoi faire, prise dans un conflit intérieur quasi insurmontable, je n’ai pas entendu non plus beaucoup de musulmans non plus dénoncer cela, etc., etc., etc. Alors ce silence est assourdissant maintenant, voilà pourquoi on en arrive avec un besoin de Charte. C’est dommage, c’est triste, j’aimerais que nous soyons tous frères, mais ce n’est pas comme cela pour l’instant. Pour cette raison, c’est spécialement aux musulmans modérés et particulièrement aux femmes féministes de cette tradition à prendre la parole et de porter le flambeau actuellement et d’expliquer calmement et pédagogiquement en quoi l’interdiction à tous de ces symboles ostentatoires dans la fonction publique et parapublique est nécessaire, un peu comme le faisait l’écrivaine féministe algérienne et ex-directrice du programme de l’UNESCO pour le droit des femmes Wassyla Tamzali dans journal Le Devoir du 31 octobre http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/391392/pas-de-compromis-au-nom-d-un-feminisme-islamique-inexistant-previent-wassyla-tamzali

elle «ajoute sa voix vibrante à celles d’autres féministes musulmanes qui affirment que la ‘laïcité ouverte’ donne actuellement lieu à un glissement idéologique sacrifiant les droits des femmes au nom de la tolérance religieuse. […] : ‘En tant qu’intellectuelle, ça me tue que pour des questions aussi fondamentales que les droits des femmes, on prenne la voie du milieu. Sur une loi tellement importante, on ne peut dire : ça sera permis, dans telles ou telles conditions. On ouvre la porte toute grande au fanatisme religieux.’ […] Si être religieux, c’est pouvoir faire n’importe quoi, aucune loi ou charte ne peut tenir. Toutes les lois et les libertés ont des limites’» Wassyla Tamzali (elle sera en conférence à Montréal le 1er novembre dans le cadre du Festival du monde arabe de Montréal)

…surtout lorsqu’on est en terrain religieux, qui est, historiquement une des trois principales raisons de guerre. Non, on n’est pas en guerre chez nous, mais justement, on ne veut pas que les radicaux importent leur guerre chez nous, en s’affichant outre mesure, comme l’ont fait les Français et les Anglais en d’autres temps… Une prévoyance et une perspicacité politique à long terme s’imposent ici, c’est pourquoi il ne faut pas prendre de décision précipitée. Écoutons avec attention et ouverture ces voix/voies modérées laïques de tradition musulmane; elles savent plus que nous lire entre les lignes et prévoir les dérives qu’elles ont trop vues à l’œuvre dans leur pays. Encore une fois, il ne s’agit pas d’activer un épouvantail; il s’agit de regarder aussi lucidement que possible les conséquences moyen terme de telles ou telles décisions politiques et sortit une fois pour toute de notre naïveté politique d’Américains du Nord. Aux immigrants à faire d’abord ce premier pas vers nous qui les avons accueillis dans notre pays, dans notre maison. Cette main tendue détendra le débat et ouvrira à une meilleure compréhension mutuelle et nous rendra plus… tolérants.

Autrement dit, quand toutes ces aberrations faites aux femmes ici et surtout ailleurs, seront choses du passé, on sera rassuré.e.s et on pourra mettre à la fois le voile, le turban, la kippa et la croix sur une même tête sans risquer d’être ostracisé. On pourra les mettre aussi comme costume et comme caricature sans risquer… vous savez quoi. On est très loin du compte, alors prenons les moyens pour y arriver.

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15 novembre 2013

Depuis quelques jours, l’idée de la Charte des valeurs québécoises coulée puis discutée dans les médias est devenue finalement le projet de loi 60 «Charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l’État ainsi que d’égalité entre les femmes et les hommes et encadrant les demandes d’accommodement» Voir http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/projets-loi/projet-loi-60-40-1.html

Fatima Houda-PepinJe ne croyais pas si bien dire en invitant les musulmanes modérées ou laïques à prendre la parole pour éclairer une histoire qui nous manque. La députée libérale Fatima Houda-Pepin, celle qui avait  fait adopter à l’Assemblée nationale un décret unanime contre l’utilisation de la Charia au Québec (comme l’Ontario s’apprêtait à faire le contraire), a enfin brisé le silence de la ligne de son parti contre la Charte. Elle s’est prononcée pour une laïcité contrôlée. Elle est contre le port du tchador au parti libéral et plus largement, même, voit ces voiles comme un symbole général d’oppression des femmes dans le monde.

Elle a de plus fustigé ce relativisme culturel qui fait qu’on accepte tout, même le pire. Elle a fait ressortir que tous les droits ne s’équivalent pas (ce qui est contesté par les tenants de l’approche plus légaliste), compte tenu de l’histoire des religions qui ont toujours, toutes sans exception, diminué ou opprimé les femmes. Ce que je comprends c’est que, pour elle, la valeur de l’égalité homme/femme dans notre société domine celle de la liberté de religion qui n’est d’ailleurs pas remise en question sur le fond, mais plus sur la forme. Même si elle ne s’est pas encore prononcée au sujet de la Charte du parti québécois, sauf pour dire qu’elle ne l’accepte pas telle qu’elle est actuellement, son commentaire principal est de dire que «en démocratie, il est permis d’interdire quand l’intérêt public l’exige», en donnant des exemples historiques de lois votées tant par sa formation politique que chez les péquistes. Ainsi, sans le dire directement, elle semble contester le fond de la position de son parti qui est de tout permettre parce c’est une «liberté individuelle». Elle soulève ainsi l’intéressant débat de la primauté du droit individuel contre le droit collectif. On attend ses propositions d’amendement(s) avec intérêt…

Pour plus de détails, voir http://www.ledevoir.com/politique/quebec/392834/la-liberale-houda-pepin-fustige-la-position-de-son-parti?utm_source=infolettre-2013-11-15&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

Enfin, ce discours libéral sur «les libertés individuelles» à tout prix (y compris sur celui d’accueillir éventuellement une députée avec la tchador à l’Assemblée nationale… [deux jours plus tard, le chef du parti libéral, P., Couillard reviendra sur cette position) ressemble davantage à une novlangue de fiction destinée à semer la confusion dans les esprits pour les affaiblir. Les mots, pour être crédibles, doivent être accompagnés d’actes qui militent dans le même sens. Dans l’histoire récente du parti Libéral, on n’avait pas remarqué, par exemple, de respect pour les libertés individuelles, pour le droit d’expression et d’association dans la loi 78 (2012) pendant la grève étudiante (par exemple, annoncer une manif contre la loi, sur Internet ou ailleurs était passible de fortes amendes!).

Même remarque pour ces accusations de racisme et de xénophobie de la part d’immigrant ou de Québécois «pur poil». Que ces personnes regardent donc dans leur propre jardin avant d’accuser les autres. Cela contribuera un peu plus au dialogue.

Même remarque pour les accusations de division, en soulignant davantage ici leurs incohérences : un débat sans phase de division est impossible. Or, il y a évidence et urgence à débattre, à voir le nombre de réactions sur les réseaux sociaux et dans les journaux.

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Lire la suite sur Voltaire sur : http://www.etudes-litteraires.com/voltaire-tolerance.php#ixzz2iNA5Ae57

et  http://www.etudes-litteraires.com/voltaire-tolerance.php#ixzz2iN9rndw7

Proposition dans la Charte des valeurs

Proposition dans la Charte des valeurs québécoise

«La dignité humaine ne dérive pas de la religion mais la précède.» Hitchens (*a)

Après quelques lectures et autres discussions ces deux dernières semaines, mais surtout basé sur mon expérience quotidienne avec les immigrants depuis de nombreuses années, mon point de vue évolue et  je crois que je suis de plus en plus d’accord avec le projet de Charte des valeurs, même s’il reste encore des points de compromis, des éclaircissements à faire et des contradictions à résoudre.

Quatre des cinq principes proposés par le gouvernement du Parti québécois font consensus, soit l’égalité hommes-femmes, le devoir de réserve et de neutralité du personnel de l’État, donner et recevoir un service à visage découvert, établir une politique pour les demandes d’accommodements religieux.

Le principe qui fait débat actuellement est surtout celui de la nécessité ou non d’encadrer le port des signes religieux pour le personnel de l’État public et parapublic et si oui, comment le faire ? (1)

hijab au travail 2

policière au travail dans un autre pays, avec son hijab (petit voile)

–          La neutralité de l’État et la fonction de la personne devraient être exprimées par des vêtements neutres : c’est ce qu’on demande déjà aux pompiers, policiers, juges, etc. qui portent tous des costumes quand ils travaillent. Je vois de moins en moins quel « droit » on bafouerait en demandant aux employés de l’État de retirer les accessoires religieux dits ostentatoires (visibles). Si à l’ONU, on ne porte aucun signe religieux, si dans d’autres villes plus cosmopolites, on voit rarement des femmes voilées, quel est le vrai problème (2)? N’y a-t-il pas de la naïveté à vouloir faire des exceptions?

–          La question des droits doit être balancée par celle de la responsabilité : or c’est la responsabilité des fonctionnaires et autres employés des secteurs parapublics de ne pas indisposer, influencer les contribuables, patients, élèves en affichant trop clairement leur appartenance religieuse. Pour prendre un exemple extrême, je serais franchement très mal à l’aise d’arriver à la garderie avec mon enfant et que toutes les personnes soient voilées et recouvertes de la tête au pied même à 30°. Ce costume crée un mur entre les personnes. À terme, il ne favorise pas l’intégration. Avec le niqab et la burqa (voile intégral), le mur est encore plus évident et le retrait du contact public plus prononcé.

calotte et burka musulmans

calotte et niqab musulmans

Par contre, je l’accepterais si j’allais vivre en Égypte ou en Arabie. Imaginez maintenant un infirmier juif portant la kippa sur la tête qui prend soin d’un patient musulman… radical (=islamiste). Pas très bon pour sa guérison… Il demandera un autre, ça créera des complications. Ou imaginez un homme qui refuse que sa femme ou sa fille soit soignée ou accouchée par un autre homme. Que fait le personnel soignant? N’y a-t-il pas d’autres choses plus urgentes à régler? En  Amérique, monsieur, madame ne peuvent pas vivre comme dans leur pays.

kippa juive

kippa juive

Le débat social a parfois pris une tournure complètement déformée : il ne s’agit pas d’empêcher les gens de pratiquer leur religion !! Il importe de remettre les pendules à l’heure, de recadrer le débat et de calmer les esprits échauffés : il s’agit de réglementer le costume des fonctionnaires.

hijab au travail3

Hidjab/voile au travail. Le débat social est déjà récupéré par le marketing d’un hôpital en… Ontario. Au Québec, la Fédération des infirmières (FIQ), le syndicat avait déjà pris position pour la neutralité de l’État, mais avec «une période de transition» et pour un modèle de laïcité ouverte et non-coercitive. Elle rendra publique sa position spécifique sur la Charte prochainement.

Gravure de Jeanne Mance

Gravure de Jeanne Mance, missionnaire française laïque, ad 1660. Cofondatrice de Montréal et fondatrice de l’hôpital Hôtel-Dieu pour les sœurs de la Société Notre-Dame de Montréal

Portrait de Marguerite Bourgeoys par Pierre Leber, 1700.

Portrait de Marguerite Bourgeoys par Pierre Leber, 1700. Elle était enseignante et membre laïque de Congrégation Notre-Dame de Montréal (catholique)

Sur le plan des traditions, nous demandons aux immigrants de les partager avec nous lorsqu’ils viennent habiter dans notre pays. Tous les nouveaux arrivants, sauf exception, s’attendent à cela lorsqu’ils débarquent chez nous, je peux vous l’affirmer sans aucun doute puisque j’ai souvent discuté de cela avec mes étudiants.

tchador

tchador musulman (grand voile)

tchador Lev Tahor

Costume religieux porté par les femmes et le filles dans la secte juive Lev Tahor

Or comme en France, c’est surtout la question du voile chez les femmes musulmanes qui fait jaser et qui crée des clivages actuellement. Notez que certains groupes fondamentalistes juifs portent également un genre de tchador ou grand voile, qui couvre les femmes (et même les filles) complètement, sauf leur visage. Chez nous, il y a bien longtemps que les Québécoises ne se couvrent plus les cheveux en signe de modestie (3).

bonnet

Répliques de bonnets portés par les femmes du peuple de la colonie française au Québec (17e s.)

Au Québec, les religieuses catholiques ont à la fois été forcées (de par l’opprobre populaire) et ont choisi de retirer leur voile dans les écoles et sur la rue pendant la Révolution tranquille des années 1960 (4). Le voile est tout simplement d’un autre siècle. Néanmoins, je le tolère et l’accepte dans l’espace public, car je conviens que ça peut prendre un certain temps avant de changer ses habitudes. Je comprends et pratique dans mon travail tous les jours les différences dans une ville multiculturelle comme la nôtre. Plusieurs de mes étudiantes viennent voilées dans mes classes et je suis très à l’aise avec elles. Par contre je refuserais une femme avec le niqab (yeux seulement) ou le voile intégral, car pour apprendre une langue, on a besoin de voir l’expression complète du visage.

Autrement dit, c’est d’abord aux nouveaux arrivants de montrer leur bonne volonté de s’intégrer, en se montrant sensible à nos malaises : ils ont le fardeau de la preuve en se montrant accommodants et souples avec leur société d’accueil. Ce faisant, nous serons beaucoup plus tentés de l’être en retour. La tolérance et la communication ne commencent-elles pas par soi et par sa propre maison ? Les personnes qui donnent l’exemple sont habituellement plus convaincantes.

«De mon grand pays solitaire
Je crie avant que de me taire
À tous les hommes de la terre
Ma maison c´est votre maison

Gilles Vigneault, Mon pays

–          Par contre, ce qui m’énerve là-dedans, c’est que ces nouvelles mesures toucheraient surtout les femmes, et surtout celles, nombreuses, qui travaillent en garderie et dans le domaine de la santé. En renversant la perspective, juste pour faire boutade et faire réfléchir les hommes musulmans, à la limite j’accepterai cette modestie lorsque les hommes se couvriront la tête également, chose évidemment qui n’arrivera jamais (7). Alors?? C’est quoi, le fond de l’affaire? C’est néanmoins un dilemme pratique important et encore non-résolu par la discussion sociale, pour le quotidien et l’intégration au travail de ces femmes. Devrions-nous prévoir une période de transition, à la manière des clauses «grand-père» des syndicats pour protéger les anciennes, car le chômage sévit 2 fois plus chez les musulmanes ? D’un autre côté, comment s’intégreront-elles vraiment si elles continuent à porter le voile pendant des années encore ? À quoi bon se donner tant de mal pour des exceptions puisque, selon une interprétation libérale (contesté par les conservateurs) du Coran, rien n’oblige les femmes à mettre le hijab (ni à faire prière dans l’espace public 5 fois par jour), c’est pourquoi de très nombreuses femmes pratiquantes dans les pays musulmans ne le portent pas. Bref, ce que je comprends pour l’instant, c’est que les femmes musulmanes qui choisissent de le porter, le font soit par habitude, soit par nostalgie/attachement identitaire (pour celles qui ne le portaient pas dans leur pays et le portent ici), soit pour se conformer aux conventions ou aux pressions de leurs milieux immédiats –comme l’ont démontré des cas documentés en France où des jeunes filles, sous le couvert de l’anonymat (!), ont supplié le législateur d’interdire le voile à l’école (5)– qui sont soit conservateurs, soit radicalement pour un retour en arrière avec la charia.

«Le voile n’est pas un bout de tissu anodin, comme on le prétend. Bien au contraire, il véhicule le prosélytisme d’un islam fanatique et totalitaire. La plupart des musulmanes de Montréal ne portent pas le voile. Sont-elles moins pieuses pour autant ?» (6) Nadia Alexan, prof retraitée d’origine égyptienne

On n’a pas beaucoup entendu les hommes sikhs porteurs du turban ou du kirpan se plaindre dans cette histoire, vous avez remarqué?

hijab au travail

hijab/voile/foulard musulman et tchador ?

–          J’apprenais récemment que la Tunisie interdit le port de signes religieux dans sa fonction publique depuis… 1981. À cet égard, j’ai une anecdote à raconter qui m’a donné froid dans le dos. Une de mes collègue canado-tunisienne m’a raconté que lorsqu’elle est retournée en vacances dans son pays d’origine, quelques mois après la révolution de jasmin, elle se promenait, comme à Montréal, avec un T-shirt à petites bretelles qui laissait voir un petit tatou. Un jour, un homme, habillé à l’afghane, l’a agressé en pleine rue, en plein jour en lui disant d’aller se rhabiller. Elle s’est retrouvée à l’hôpital. Le médecin, qui l’a soignée et qu’elle connaissait, un homme moderne et libéral, lui a dit : quand même, tu pourrais faire attention! De plus, à peu près au même moment, sa sœur, qui ne s’est jamais voilée non plus, mais qui est restée en Tunisie, s’est fait demander, avec beaucoup d’insistance, par un chauffeur de taxi, donc un parfait inconnu, quand est-ce qu’elle allait mettre son hijab! Incroyable comment les hommes se donnent la liberté de contrôler le corps des femmes. Il faut rester très vigilant avec cela. Un pouce = un pied… Lui demandant récemment de commenter cette expérience, elle me dit que le fait que son agresseur venait probablement d’Afghanistan «rend la chose encore plus grave. Si la Tunisie va être sauvée, elle le sera grâce à ses femmes qui résistent et qui résistent… et qui refusent de voir leurs enfants voir et vivre l’inexplicable.» Évidemment, c’est loin, c’est pas chez nous, mais c’est juste pour illustrer ce qu’il peut y avoir en dessous de cette histoire de voile, et ce, malgré tous les discours de «liberté» et «choix complet» dont les femmes d’ici qui le portent nous assurent, alors le doute subsiste. Des hommes intégristes ou ultra-orthodoxes voyagent partout dans le monde pour influencer, voire terroriser les populations locales. Ce prosélytisme est tout simplement inacceptable. Gare à la manipulation! Au sujet de notre débat sur la Charte, ma collègue tunisienne me répond : «la religion est quelque chose de très personnel et on n’a pas à afficher ses croyances. Le Canada est un pays multiculturel et comme tu l’as si bien, dit un pouce = un  pied (8).»

« Les musulmanes portant le voile qui se prétendent féministes trahissent le combat mené par ces femmes héroïques, qui se sont débarrassées du voile, symbole du patriarcat. […] en portant le voile de l’aliénation, elles montrent qu’elles ne veulent pas s’intégrer. » Nadia Alexan (5)

–          Enfin, il importe de faire l’effort de sortir du présent et d’imaginer quel type de Charte aura le meilleur impact et des conséquences bénéfiques pour le futur, alors qu’il y a aura vraisemblablement de plus en plus d’immigrants. En ce sens, il importe de fixer des balises dès maintenant. De plus, dans une étape subséquente, il me semble que d’autres valeurs fondamentales des Québécois devraient faire l’objet de débat puis être incluses par consensus dans la Charte pour la bonifier. Occupons Montréal, a fait la démarche en 2011-2012 en produisant un document final intitulé : «Déclaration des engagements individuels et collectifs», publié au https://evemarieblog.wordpress.com/les-engagements-d-occupons-montreal/ et au http://www.occupons-montreal.org/?page_id=5

–          Le seul argument négatif que je retiens est justement dans cette projection dans l’avenir. Si le multiculturalisme à l’anglaise a créé des communautés fermées et parfois sectaires (on l’a vu avec les attentats de Londres en 2005, perpétrés par de jeunes islamistes… nés en Angleterre); mais le républicanisme à la française avec une pseudo-intégration forcée n’a pas marché non plus (on l’a vu avec des émeutes à répétition dans les banlieues d’immigrés). Bref, quel est le meilleur outil à court et long terme pour intégrer les immigrants ? : telle est la question de fond. Il importe d’affirmer clairement nos valeurs et nos façons de faire, tout en évitant les replis communautaristes et les crispations identitaires (les nôtres et celles de certains immigrants) d’une exclusion choisie. Pas simple comme nouveau contrat social.

Et pour vous?

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niquab

Photo ironique d’une femme en burqa se prenant pour Marilyn Monroe pour l’anniversaire du magazine féministe La Vie en rose, il y a une dizaine d’années

(a) Christopher Hitchens est un philosophe, journaliste et essayiste britanno-américain contemporain. Plus de détails au http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/395206/hitchens-appuierait-le-projet-de-loi-60

(1) http://www.nosvaleurs.gouv.qc.ca/fr

(2) «J’ai passé les 20 dernières années de ma carrière à l’ONU. J’ai aussi travaillé dans plusieurs autres organisations internationales. Dans tous ces cas, j’étais entouré de nombreux collègues juifs, musulmans et sikhs, entre autres. Je n’ai pratiquement jamais vu de signes vestimentaires religieux, ni turban, ni kippa, ni voile — surtout pas de voile –, ni chez les fonctionnaires de l’ONU ni chez les délégués ou visiteurs des différents pays.

Or, fait frappant, quand je viens à Montréal, je vois plus de femmes voilées en une journée que je n’en ai vues en 20 ans à l’ONU, à New York ou à Genève, à l’ONU ou en ville. Comment se fait-il que l’on voie autant de femmes voilées à Montréal et que l’on n’en voie pratiquement jamais dans ces villes cosmopolites ou dans les bureaux et les missions de l’ONU? N’y aurait-il là que des mécréants et des impies?

Par ailleurs, de passage à Toronto je n’ai pas vu là non plus autant de femmes voilées qu’à Montréal, et de beaucoup. N’y a-t-il pas lieu de s’interroger sur les causes de cette frénésie de manifestations d’intégrisme au Québec.» André Sirois, L’Aut’Journal, 9-10-13

(3) Au temps de la colonie française du 17e s., la mode et les conventions voulaient que les femmes se couvrent la tête avec un bonnet, sans que cela ne soit un signe religieux.

(4) La religieuse sœur Dumont a récemment témoigné de cette expérience à la radio d’État en disant que le voile faisait comme un mur désagréable entre elle et les autres personnes non-voilées :

«Le but de la religion est que les humains deviennent meilleurs. C’est une question de paix. Il n’y pas un voile qui peut être plus fort que la paix. C’est l’argument suprême. Il n’y a pas de religion qui a demandé à ses fidèles de se voiler. Ce sont les traditions qui nous l’ont imposé. » http://www.radio-canada.ca/emissions/medium_large/2013-2014/chronique.asp?idChronique=315050

«Que nous le voulions ou non, les signes religieux trop apparents dressent un mur et créent un malaise.»

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/388881/adieu-coiffe-voile-corset-cape-capuche-etc

(5) La commission Stasi (2003) pour une réflexion sur l’application du principe de laïcité à l’école, au travail, dans les services et lieux publics a examiné, notamment, la question du port du voile dans les écoles françaises. À la suite de son interdiction, 144 jeunes filles voilées se sont retirées… dans toute la France. Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Commission_Stasi

(6) Voir in http://www.ledevoir.com/politique/quebec/389246/arretons-de-dorloter-l-integrisme

(7) En fait, cela arrive parfois… pour manifester un appui aux femmes, ou à un homme déguisé en femme… pour échapper à la police politique, comme témoigne cette nouvelle en 2009 en Iran : http://blogues.lapresse.ca/hetu/2009/12/17/pourquoi-ces-hommes-portent-ils-le-tchador/ et http://iran.blog.lemonde.fr/2009/12/15/le-tchador-masculin-envahit-le-web/ : «Le blog Spittoon.org, spécialisé dans la religion et la politique dans le monde musulman, interprète la photo [de Majik Tavakoli déguisé en femme avec un tchador] comme étant une tentative pour les autorités iraniennes «d’humilier (Tavakoli) en utilisant une vieille pratique du gouvernement pour prouver au public que les leaders de l’opposition sont « moins que des hommes » et manquent cruellement de courage et de bravoure .» C’est tout dire sur la signification de ce vêtement dans la culture traditionnelle perse.

tchador au masculin

Tchador… au masculin, en appui à la campagne iranienne «Nous sommes tous Majid»Tavakoli.

(8) Expression comme pour dire 1mm = 10 cm.

*/*

8 avril 2015

Suite à une recherche pour un autre article sur les autochtones, je tombe sur cette photo :

Selk’nam, à gauche costume et maquillage pour le rituel du Haïn. À droite, «clown sacré» maquillage des Shoorts, sorte de police et de gardien du territoire, également responsable de réprimer les femmes insoumises. Dans le rituel du Haïn, lors de leur dernier rituel avant leur extermination en 1923, Terre de Feu. Crédit photo: Anne Chapman. Dans la pièce d’Ondinnok, on raconte comment l’un d’entre eux brula la vulve d’une femme infidèle qui avait profité de l’absence des chasseurs pour coucher avec tous les jeunes hommes de la tribu. Ce rituel n’est pas sans faire penser à celui de la lapidation des femmes infidèles ou prostituées dans la Bible et dans les traditions musulmanes. Bien sûr, l’homme infidèle, lui, est rarement inquiété, habitude acquise probablement quand les hommes ont compris leur rôle dans la procréation pour «protéger» leur lignage et leur descendance… et qui fonda, peut-être, le patriarcat.

c Autochtones Selk’nam de la Terre du Feu (Argentine/Chili) aujourd’hui exterminés (!). À gauche, costume et maquillage pour le rituel d’initiation des jeunes hommes appelé «Haïn». À droite, «clown sacré»avec le maquillage des «Shoorts», sorte de police et de gardien du territoire, également responsable de réprimer les femmes insoumises. Dans le rituel du Haïn, lors de leur dernier rituel avant leur extermination en 1923. Crédit photo: Anne Chapman. Dans la pièce d’Ondinnok (Montréal), on raconte comment l’un d’entre eux brula la vulve d’une femme infidèle qui avait profité de l’absence des chasseurs pour coucher avec tous les jeunes hommes de la tribu. Ce rituel n’est pas sans faire penser à celui de la lapidation des femmes infidèles ou prostituées dans la Bible chrétienne et dans les traditions musulmanes. Bien sûr, l’homme infidèle, lui, est rarement inquiété, habitude acquise probablement quand les hommes ont compris leur rôle dans la procréation, pour «protéger» leur lignage et leur descendance… et qui fonda, peut-être, le patriarcat.

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Autres liens intéressants :

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/277804/guy-rocher-invite-le-quebec-a-achever-sa-laicisation

http://michelvenne.inm.qc.ca/?p=277&utm_medium=email& utm_campaign=Infolettre+d%27octobre+2013+-+Et+si+on+…&utm_source=YMLP&utm_term=En+qu%26ecirc%3Bte+de+la%26iuml%3Bcit%26…

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/387251/engouement-pour-le-manifeste-anti-charte

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/388738/les-religions-indiscretes-doivent-respecter-la-societe-civile

http://www.lactualite.com/opinions/le-blogue-de-manon-cornellier/suggestions-de-lecture-pour-ou-contre-la-charte-des-valeurs-quebecoises/

– Le cinéaste Teri Gillian dit que cette histoire lui fait penser à « Monty Python, la Vie de Brian » (la scène de la lapidation :-) . C’est autorisé, ce film, en Iran ? Après tout, ça se moque du christianisme, pas de l’Islam, donc y aurait pas de raisons de l’interdire… Ça ferait peut-être rire les iranien(e)s (qui doivent en avoir bien besoin). Voir ce film hilarant des Monty Python : http://www.youtube.com/watch?v=MIaORknS1Dk.  Gullian : «Ça y est… j’ai retrouvé le lien vers la fameuse scène de la lapidation, où des acteurs masculins jouent le rôle de femmes qui se mettent des fausses barbes pour se faire passer pour des hommes pour pouvoir participer à une lapidation dans l’Antiquité…» Source : blogue du journal Le Monde.

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