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Lancement du 2e Tricot du peuple sur la Place Rodolphe-Rousseau à Montréal, le 26 août 2017. La Tricoteuse du peuple est entourée de quelques participantes au projet et de quelques invités. Crédit photo : Maude Touchette

La Tricoteuse du peuple expose Tricotés serrés, un travail artisanal réalisé avec des citoyens laurentiens du 26 août au 2 septembre 2017, sur la nouvelle place Rodolphe-Rousseau de Saint-Laurent à Montréal.

 

L’œuvre mesure près de 11 mètres et reflète les couleurs de la diversité et de l’harmonie interculturelle du quartier. En effet, cet étonnant tricot collectif est le résultat de plusieurs mois de tricotage et de conversations sur le « vivre ensemble » avec des citoyens du quartier de toutes origines et âges confondus. Les participants ont ainsi échangé sur des sujets de société parfois épineux, mais oh combien importants pour la cohésion sociale, l’écoute, l’expression de soi et l’ouverture d’esprit.

Le tricot a été réalisé par une soixantaine de personnes au cours de 12 rencontres qui ont eu lieu depuis janvier 2017 avec la participation de la Maison des familles, du Comité des ainés du YMCA, de l’Auberge Transition, du Carrefour des ainés du Centre des loisirs, du Musée des Maîtres et Artisans du Québec et des bibliothèques du Boisé (adultes et enfants) et du Vieux Saint-Laurent (adultes). Ce projet de médiation culturelle a ainsi permis à des voisins de se rencontrer, de partager leurs idées et leurs savoirs, de mieux se connaître et peut-être tisser des liens pour l’avenir.

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Détail-graffiti du 2e Tricot du peuple, par La Tricoteuse du peuple et les citoyens de Saint-Laurent. Crédit photo : Maude Touchette

Financé par la Ville de Montréal dans le cadre de son 375e anniversaire, ce projet a été coordonné par le comité immigrants du COSSL (Comité des Organismes Sociaux de Saint-Laurent) en collaboration avec les bibliothèques de l’arrondissement où ont eu lieu la plupart des rencontres.

Les tricots sont ici assemblé et exposé pendant une semaine comme art public du tissu social, tricot-graffiti et art éphémère.

La 3e partie du projet, la publication des mémoires des conversations avec la Tricoteuse du peuple, se fera à l’automne prochain par le COSSL.

Tricotés Serrés est le 2e Tricot du peuple après le Tricot du Printemps érable.

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Une des rencontres de Tricotés serrés, à la bibliothèque du Vieux-Saint-Laurent, durant le printemps 2017. Crédit photo : Raphaël Lavoie

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Informations additionnelles :

http://journalmetro.com/local/saint-laurent/actualites/1190309/tricotes-serres-a-saint-laurent/

https://www.facebook.com/events/146952902520942/?acontext=%7B%22source%22%3A5%2C%22page_id_source%22%3A376356825801713%2C%22action_history%22%3A[%7B%22surface%22%3A%22page%22%2C%22mechanism%22%3A%22main_list%22%2C%22extra_data%22%3A%22%7B%5C%22page_id%5C%22%3A376356825801713%2C%5C%22tour_id%5C%22%3Anull%7D%22%7D]%2C%22has_source%22%3Atrue%7D

 

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Note au lecteur : Ce texte a été publié dans la revue Possibles en avril 2017.

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Rencontre pour le Tricot du peuple «Tricotés serrés» à la bibliothèque de Saint-Laurent, Montréal, avril 2017

On se tricote un avenir ensemble…

Faites le nombre de rangs

rouges ou jaunes ou mélangés

qu’il vous plaira

en pensant à ce que

vous désirez, vous chérissez

comme avenir.

Que la pensée du peuple

se prenne dans les mailles

puis se projette sur notre monde

puisque c’est dans nos cordes.

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Le Tricot du peuple «Printemps érable». Détail 2. 2012-2016

Au printemps 2012, pendant ce qu’on appelle au Québec le « Printemps érable » ou le « Printemps étudiant », la créativité est descendue dans la rue pour appuyer les étudiants en grève pendant plusieurs mois. Par la parole, par des actions directes pacifiques concertées ou non, l’imaginaire s’est déployé incroyablement durant la crise sociale qui a opposé une partie du peuple au gouvernement. Slogans de rue, affichettes design, photos et graffitis géniaux, banderoles et objets divers de nature théâtrale, personnages de rue costumés (ou parfois quasi nus, en signe de rébellion…) ou mascottes, manœuvres artistiques et performatives et bien d’autres types de manifestations ont appuyé les plus traditionnels moyens de communication que sont les textes d’opinion dans les journaux, et maintenant sur les blogues et les commentaires dans les réseaux sociaux, les paroles prises à la radio, les débats souvent virulents, et les quelques rares émeutes de rue très durement réprimées par la police.

 

L’origine du Tricot du peuple

 J’ai vu un jour une photo (de Jacques Nadeau dans le journal Le Devoir) de trois jeunes femmes avec de la laine dans le visage durant une manif, comme «masque» -en signe de désapprobation- et j’ai voulu les retrouver. Lors d’une de ces fameuses manifs « du 22 » qui attiraient tant de monde et tant de joie et quelques frissons quelques jours après le vote de l’inique loi 78 qui interdisait notamment, à toute fin pratique, toutes les manifestations spontanées et les annonces de manifs[i], j’ai marché le 22 mai 2012 avec des milliers de Québécois en tenant une balle de laine rouge haut la main, la tête haute, invitant parfois à la blague et avec le sourire les policiers à venir chercher la balle… de laine (je me souvenais de la commotion qu’avait causée le « lancer du toutou » avec une sorte de gros lance-pierre artisanal de l’autre côté du « mur », lors des manifs altermondialistes au Sommet des Amériques à Québec en 2001). Je proposais ici une version modérée et ironisée de cet événement et cela faisait rire ou parler les gens.

C’est incroyable ce que mon personnage avec cette balle/ce fil de laine liée à mon visage et tenue ainsi a généré comme symbolique dans l’esprit très riche des passants ! Voici ce que des passants m’ont dit au sujet de cette balle de laine : pouvoir/force ou avenir du peuple, conflit mêlé/démêlé entre le gouvernement/les étudiants et une partie du peuple, bébé naissant, bombe à retardement, masque, paradoxe entre libération et enfermement ou emprisonnement, déesse Parques filant nos jours, notre destinée, etc., etc. On peut s’amuser énormément avec la métaphore du « fil » et de son verbe « filer » … J’ai été fascinée par l’imagination populaire et cela m’a donné l’idée, quelques jours plus tard, de créer un personnage de rue, une sorte de clown chic, très maquillée, un peu excentrique, qui ferait tricoter les gens, tout en discutant avec eux de l’avenir du Québec. Je me suis aussi souvenue de ma mère qui m’avait appris à tricoter pendant mon adolescence, et je n’avais pratiquement pas touché à des broches à tricoter depuis ce temps…

Le tricot : objet de médiation pour la conversation

Depuis ce jour, à chaque performance, j’invite des passants sur la rue ou des manifestants à monter maille par maille le Tricot du peuple et à y mettre, dans leur geste, dans leurs mots, leurs meilleures pensées et élans du coeur pour l’avenir du peuple. C’est la trame du peuple que nous voulons (re)constituer; refaire notre tissu social si éraflé, si déchiré et créer peut-être un maillage entre les personnes, entre les idées au hasard des rencontres. Une participation du public à la maison m’envoyant le fruit de leur travail par la poste ou lors de petites réunions de tricot politique est aussi parfois en branle pour que les personnes qui ne peuvent pas participer aux événements publics puissent le faire, à leur façon, chez eux. Ma cousine, la militante pour le droit des sourds et malentendants, Julie Elaine Roy m’en a fait un magnifique panneau, alors qu’elle devait rester chez elle, rageant de ne pouvoir sortir en voyant à la télé de jeunes étudiants se faire tabasser par la police chaque jour pendant des semaines, en 2012. Si le projet se développe suffisamment, on pourra penser organiser une exposition des travaux réalisés. Plus récemment, je viens de commencer un nouveau projet avec des groupes d’immigrants « Tricotés Serrés » dont je vous parlerai davantage plus loin.

Tricoter ensemble, montrer/apprendre à tricoter, puis éventuellement échanger, converser ou méditer sur l’avenir du Québec, tels sont les objets et la gestuelle concrète de cette performance artistique engagée.

Le tricot est le plus souvent un prétexte. Comme un objet de médiation pour avoir et favoriser la conversation entre inconnus. Un petit lien se crée alors entre le ou les participants et moi, comme artiste performeuse en leur expliquant brièvement le projet. Je leur montre d’abord comment tricoter, car la plupart ne savent pas, souvent cela s’arrête là, ils sont contents d’avoir fait quelques mailles ou quelques rangs et d’avoir encouragé ce projet; mais plus souvent encore, les tricoteuses ou les tricoteurs maitrisent assez rapidement le point mousse de base et parfois les meilleurs qui savent déjà tricoter ajoutent des points de fantaisie ou changent de couleur. Cette distance technique nous permet alors de converser librement sur les sujets qui les intéressent ou encore ils ou elles préfèrent tricoter et méditer dans leur bulle. Je dirige généralement la conversation de manière à faire parler les gens, me mettant davantage et mode écoute. Les hommes plus jeunes, en particulier et contre toute attente, s’y intéressent et prennent plaisir à apprendre à tricoter, ce qui est une petite révolution en soi pour ces derniers (on les voit occasionnellement en train de tricoter dans le métro, par exemple, durant l’hiver). Quelquefois, ils renoncent rapidement, mais continuent la discussion, alors je prends le relais et tricote à leur place, tout en continuant à converser. Mais cette situation arrive rarement. Toutes, tous, les jeunes et les moins jeunes s’y investissent avec une belle énergie. Ça peut ressembler autant à une rencontre haute en énergie qu’à un moment de quasi-prière… car ces deux Tricots du peuple portent la magie de tant de personnes qui y ont contribué avant et avec souvent des échanges inspirés et inspirants… Le Tricot porte sa porte « vibration »…  Cet échange peut durer quelques minutes et parfois plus, comme pendant le Forum social mondial l’été dernier à Montréal où deux participantes ont longuement échangé avec moi, pendant une heure ou deux, car les activités avaient changé de place et il n’y avait plus grand monde sur place au parc de Maisonneuve.

Également, lorsqu’il y a plus de monde, comme j’ai au moins deux Tricots en route, il y a deux personnes au tricot qui ne se connaissent pas et qui finissent généralement par parler ensemble, se donnent des trucs ou commentent la situation présente (manif, atelier d’Occupons Montréal, parfois Journée de la culture ou le temps qui passe). Dans ce cas, j’ai parfois besoin d’un/e complice ‘prof’ de tricot, qui aide un des participants lorsque la conversation tourne plus en duos ou que les deux participant.e.s ont besoin d’assistance technique en même temps.

Un nouveau projet de quartier pour le 375e anniversaire de Montréal

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Le Tricot du peuple «Tricotés serrés» en mars 2017

En 2017, je commence sept nouveaux Tricots du peuple dans le cadre d’une activité d’animation sociale et culturelle pour le 375e anniversaire de la ville de Montréal avec principalement les organismes du Comité immigrant du quartier de Saint-Laurent à Montréal et la bibliothèque du quartier, chapeauté par le Comité des organismes sociaux de Saint-Laurent (COSSL) : le projet « Tricotés serrés ». Il y aura aussi, une mémoire écrite de mes souvenirs de rencontres, pour témoigner de la parole du peuple et en particulier ici, celle des immigrants. Ainsi, ces rencontres se veulent un moment de conversations au sujet du « vivre ensemble »… depuis 375 ans jusqu’à nos jours d’interculturalisme, puisqu’il s’agit d’un projet de création populaire d’un très grand tricot de cinq mètres.

Avec un fil de laine qui nous relie tous, différent.e.s participant.e.s (avec ou sans expérience en tricot) confectionneront 6 tricots avec moi pendant ma tournée des associations communautaires et des bibliothèques. Ils seront aussi un témoignage-trace de nos conversations, partages et travail en commun après l’expérience : ils serviront finalement à « habiller » le mobilier de la nouvelle place publique Rodolphe-Rousseau derrière le métro Côte-Vertu, dans le quartier multiculturel de Saint-Laurent à Montréal, lors de son inauguration en été 2017. C’est pour moi une première expérience d’art public, en  laine-sculpture laissée à l’extérieur, on va voir combien de temps nos artefacts vont résister aux intempéries et aux vandales… pas de doutes qu’il s’agit d’un art… éphémère. Si les Tricots résistent jusqu’en novembre, je les retirerai pour les donner à un autre projet pour les itinérants dans le quartier de St-Léonard (Montréal) où Kathy Martel met, pour eux, des foulards autour des arbres et des poteaux avec les enfants de la garderie. Des tricoteurs et tricoteuses sont également recherchés pour la fabrication d’ornements en laine.

En somme, un art de la conversation et une gestuelle impliquant un travail collectif en art contemporain, avec de la fibre… Ainsi, retricoterons-nous le… tissu social.

L’occupation de l’espace public et la rencontre des personnes

À la mi-juin 2012, lors de la nouvelle stratégie d’occupation temporaire de lieu public d’Occupons Montréal au parc Lafontaine, lors du Printemps érable, j’ai remarqué que le fait de me tenir sur le trottoir pour inviter les gens à y participer créait comme une sorte de porte d’entrée pour certaines personnes. Lorsque je me tenais à proximité d’une activité de groupe, cela amenait parfois un passant à s’intéresser, par exemple, aux ateliers de discussions d’Occupons Montréal à proximité, ou plus souvent, à simplement me poser des questions sur ce qui se passe là… et à suivre le fil dans le gazon qui les mène jusqu’à l’atelier. Parce que les gens sont généralement timides (comme moi) et qu’ils ont tellement besoin de parler et d’être écoutés, en ce moment plus que jamais. C’est comme créer une petite rivière relationnelle qui mène en soi, vers les autres ou vers d’autres activités en cours. Une activité ludique et familière comme le tricot aide sans contredit à entrer en contact et à créer de petits liens sociaux dans l’anonymat et la solitude des villes, et surtout sur la place publique dont le mouvement international Occupy réclame à grands cris, ici comme ailleurs, la reconnaissance et la protection.

J’ai souvent été fascinée par la sagesse populaire, par ce que des personnes m’ont raconté à leur sujet ou au sujet de la société. Certaines personnes se confient volontiers; lors d’une perfo aux Journées de la culture, à côté du métro de l’Église à Montréal, un homme me racontait un jour qu’il avait entreposé chez lui quelques beaux tableaux de peintres reçus d’un héritage récent et que cela lui apportait bien des soucis. Intrigant !  Une autre fois, au même endroit à Verdun, alors que nous avions formé un petit groupe avec des amis qui étaient venus me visiter et deux participantes de la rue, une vieille dame nous racontait ses soucis de santé avec sa jambe bandée et nous l’a montrée. Elle refusait les soins d’une infirmière depuis trois jours, et ouf, la blessure n’était pas belle. Inquiétant! Au parc Lafontaine dans le quartier du Plateau Mont-Royal à Montréal, une autre fois, j’ai rencontré un biologiste qui a longtemps vécu en Chine et m’a parlé de la relation des Chinois avec leurs étrangers et de sa théorie sur la disparition progressive de l’immigration au Québec. Passionnant ! Un autre avait été observateur lors des premières élections en Tunisie et me relatait son expérience. Lors de l’occupation du parc Sir-Georges-Étienne-Cartier à St-Henri/Montréal juste après le Printemps érable, la police était là avec une ou deux voitures et surveillait de loin les ateliers de discussion et d’apprentissage dans le parc. Dans ce genre d’événement, je me tiens sur le trottoir et invite les passants à tricoter et à discuter de l’avenir du Québec. Comme la voiture de police se tenait non loin de moi, j’ai invité le policier qui était assis du côté passager à tricoter quelques mailles. Une conversation s’en est suivie, puis il est sorti de sa voiture, vite rejoint par son partenaire de route. L’ambiance était plutôt festive et la journée magnifique. Tout le monde était de très bonne humeur. Puis une autre voiture est arrivée, et les deux policiers sont venus voir ce que nous faisions : j’essayais de convaincre le 1er policier de mettre la main au tricot et il ne disait pas non. Nous savions tous les deux que c’était un jeu tacite. La conversation a pris un tour surréaliste quand le plus gros des policiers a confié que sa grand-mère lui avait montré à tricoter lorsqu’il était adolescent et qu’il n’avait pas détesté cela… J’imaginais, le sourire en coin, quelle rigolade ils auraient pendant longtemps de ce… témoignage… Au moment où j’allais mettre le tricot dans les mains du 1er policier, le plus petit, ils ont eu… un appel d’urgence, et ils ont dû partir rapidement. Incroyable !

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La Tricoteuse du peuple, rue Notre-Dame, Montréal, septembre 2012.
Crédit photo: Peter-Thomas Kennedy-OM99%

 

De temps en temps, la conversation prend un tour très personnel. Au parc Émilie-Gamelin, au centre-ville de Montréal, au début juin 2012, lors de ma première prestation, une itinérante m’a raconté comment la police traitait son père dans les années 1950 lorsqu’il était drogué, je l’ai admirée dans sa résilience. Elle n’était pas habituée à ça, on a eu les larmes aux yeux ensemble, se serrant les mains. Elle est partie les yeux brillants. Touchant ! Ou encore, sur la petite esplanade du métro Mont-Royal, un homme, qui semblait assez isolé dans la vie, m’a longuement parlé de sa mère qui était décédée il y a peu de temps parce que le tricot lui faisait penser à elle. Il revenait toujours à la même phrase, comme une obsession que j’essayais de décrypter; il me fallut plus de doigté dans cette conversation. Il m’a tellement remercié avant de partir, que j’en étais à la fois gênée et contente. Frappant ! Dans le quartier Villeray à Montréal, au parc Molson en juillet de cette année-là, j’ai longuement conversé et tricoté avec un artiste immigrant du Maroc, nouvellement arrivé, qui ne pouvait évidemment concevoir de critiques à l’égard de son nouveau pays d’adoption. Même l’expression « Printemps arabe » en français, il ne l’avait jamais entendue avant. Surprenant ! Quelquefois, c’est avec les enfants que je tricote et que j’échange. Trippant ! Et tout cela, généralement dans l’espace public, sur les parvis, sauf en hiver. Pour l’instant, j’ai amené mon personnage seulement dans les quartiers de Montréal, mais j’aimerais bien le faire voyager au Québec et ailleurs et pratiquer mon anglais et mon espagnol…

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La Tricoteuse du peuple lors des Journées de la culture 2014, au métro Mont-Royal, Montréal. Crédit photo : Pierre Boissonneault

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« L’espace public » c’est quoi, au fait ?

Comme le remarquait récemment le journaliste Marco Fortier du journal Le Devoir[ii], le « ‘design tactique’ est devenu incontournable pour les administrations municipales. Les maires ont de la pression pour redonner une partie de l’espace public aux gens, réduire la circulation automobile et rendre la ville plus belle. » La récente tendance au développement de nouvelles places publiques, à Montréal comme partout dans le monde, voit récemment le déploiement de nouveaux lieux de convivialité, de repas et pique-niques en commun, de rencontres de voisinage et même d’activités sociales ou artistiques (avec une mini-scène permanente) ou d’activités politiques (comme « Nuit Debout sur la Place de la république à Paris) au gré d’initiatives citoyennes ou institutionnelles. D’après F. Choay (2009), « l’espace public est la partie du domaine public non bâti, affectée à des usages publics. L’espace public est donc formé par une propriété et par une affectation d’usage ». J. Jacobs (1961) souligne comment l’espace public « se caractérise non par l’affectation à un usage particulier, mais par le mélange entre le mouvement libre des piétons et toute une série d’activités publiques ou privées, qui peuvent s’y dérouler de façon temporaire et en tous cas s’y interfacent à partir des espaces plus spécialisés qui le bordent.[iii]  » Bien que les places publiques existent depuis l’Antiquité dans les cités grecques, le concept comme tel n’a été défini en sociologie qu’en 1962 par J. Habermas[iv], mais il se serait inspiré de Kant, selon Dominique Wolton[v] qui nous apprend que :

«Le mot public apparaît au 14e siècle, du latin « publicus »; ce qui concerne « tout le monde ») :  le processus au cours duquel le public constitué d’individus faisant usage de leur raison s’approprie la sphère publique contrôlée par l’autorité et la transforme en une sphère où la critique s’exerce contre le pouvoir de l’État.. On remarque au XXe siècle, une tendance à la privatisation des places publiques, en particulier dans les pays anglo-saxons.»

Ce n’est donc pas un hasard si le mouvement Occupy, lancé par un appel de la revue canadienne Adbusters a pris naissance à New York, dans le quartier de Wall Street, au royaume de l’espace privé, et des stratégies policières issues  de la « théorie de la fenêtre brisée » (Broken window/Broken glass theory, Georges L. Kelling, 1982/1996) dont s’est inspiré  le maire de New York Rudolph Giuliani  (et nouveau conseiller en sécurité informatique du président Donald Trump) au tournant des années 2000, puis poussée à l’extrême par le maire Bloomberg avec la « stop-and-frisk tactic », qui vise à intimider et à arrêter, via une police à pieds, notamment les itinérants et toutes personnes ‘non conformes’ dans l’espace public. Ne politique qui a eu néanmoins un certain succès ‘populaire’ en fassant baisser de manière importante le taux de criminalité de la ville[vi]. C’est justement cette réflexion sur la démocratie délibérative ou participative qu’a voulu faire Occupy, notamment en occupant 951 villes en 2011 partout dans le monde, avec une intention formulée ou non d’occuper et de redéfinir la place publique. Le mouvement Occupy aurait-il réussi à attirer l’attention des urbanistes de grandes villes de ce monde ? J’aime croire qu’il a été un des joueurs-clés dans la prise de conscience de l’importance de la (ré)appropriation de la « place publique » qui était alors en voie de régression. On entend encore les jeunes scander dans les rues du printemps-été 2012 : « À qui la rue ? À nous la rue ! » [voir le vol. 36, no 2, fév. 2013, de la revue Possibles consacrée à ces deux mouvements].

Des artistes et des philosophe de l’espace public

Mon travail rejoint sous plusieurs aspects celui de la performeuse canadienne Devora Neumark, et je rejoins comme elle la pensée de Walter Benjamin dans sa notion d’espace public tel que Hannah Arendt l’a définie : soit « un espace de pluralité, d’échange de paroles et d’expériences. »

«Walter Benjamin interroge la perte de l’art de raconter au passage de la modernité, en évoquant justement les communautés traditionnelles où mémoire, paroles, expériences et pratiques sociales étaient partagées. Cette perte serait liée, selon lui, à l’absence de parole commune, et correspondrait également à l’éclatement si ce n’est pas à l’effondrement de la communauté.  [… Il] attribuait une double fonction au narrateur dans la communauté [j’ajoute : conteur, quêteux, voire prêtre ou chamane] : celle de transmettre récit et expérience, mais aussi et conséquemment, de par cette médiation, celle de laisser des traces et de tisser des liens entre les individus.

Dans cette filiation avec la tradition orale, Benjamin passait lui aussi [comme Neumark] par la métaphore du tissage pour énoncer la fondation des rapports entre les individus, essentiels à l’idée de communauté. Liens qui dépendent autant d’une écoute que d’un échange de paroles et d’expériences : car témoigner et raconter impliquent aussi d’être témoin et d’écouter. […] Nous retrouvons là un aspect fondamental de la pensée de Hannah Arendt de faire qu’un simple geste peut devenir dans la sphère publique une action politique.» [Pour elle, voici] ce qui constitue toute la force et le pouvoir du totalitarisme : atteindre et contrôler jusque dans le domaine privé de la demeure.» (Marie Fraser, 2003)[vii]

En ce sens, l’espace public doit être non seulement défendu avant qu’il ne devienne privé, mais protégé et développé. Ce sont ces espaces, qui nous permettent de rester des humains en relation avec d’autres différents de soi, et qui permettent des rassemblements soit ludiques, soit artistiques, soit… politiques.

Enfin, un petit lien historique entre la geste (comme dans LA chanson de geste) de tricoter dans l’espace public avec la Révolution française est à faire.

« Durant l’ensemble de la période révolutionnaire [française], [les femmes] occupent la rue dans les semaines précédant les insurrections, et appellent les hommes à l’action, en les traitant de lâches. De cette façon, les femmes pénètrent la sphère du politique et y jouent un rôle actif. Mais dès que les associations révolutionnaires dirigent l’événement, les femmes sont exclues du peuple délibérant, du corps du peuple armé (garde nationale), des comités locaux et des associations politiques. » [viii]

Mais elles trouvent le moyen de reprendre une part active à la vie politique comme « Jacobines » en se présentant à la tribune des assemblées révolutionnaires, tout en tricotant pour gagner leur vie, pour se tenir au chaud et ainsi économiser les charbons de la maison qui coûtent cher. Par leurs cris et leurs voix indignées, elles influençaient les législateurs assemblés. Par la suite, « les tricoteuses de Robespierre » se rendaient sur le lieu de la guillotine, toujours en tricotant, pour participer à la vindicte populaire contre les guillotinés. C’est malheureusement surtout cette image négative que l’histoire machiste, la littérature[ix] et le cinéma ont gardée d’elles. Puis, quelques mois plus tard, la révolution se tourne contre elles.

« La Convention interdit aux femmes l’accès à ses tribunes, elles sont pourchassées durant la nuit, puis, trois jours plus tard, bannies de toute forme d’assemblée politique et de tout attroupement de plus de cinq personnes dans la rue [x]. Cette volonté de tenir les femmes à l’écart de la vie politique, quel que soit le parti dont elles se réclament, reflète les craintes de la société quant à la possible violence des femmes, [craintes] qui [ont] parfois pris des proportions démesurées en l’an II. » [xi]

Marilène du groupe Ville-Laine participe au Tricot du peuple pendant l’occupation du parc Molson en juillet 2012

Une amie russe de St-Petersbourg m’a dit aussi que des tricoteuses se tenaient au coin des rues pendant l’occupation nazie en France, lors de la 2e guerre mondiale, pour passer des « renseignements » à des courriers de la Résistance, mais je n’ai pas pu vérifier encore cette information.

Enfin, en tant qu’une des plus vieilles villes en Amérique du Nord, on retrouve à Montréal plus de 50 places ou espaces publics, en plus des rues (voir http://www.imtl.org/photo/place_publique/index.php?start=80&interval=20&sortBy=LAST_MODIFIED&sortType=DESC&TYPE=3&resume=2 . En voici quelques exemples de développement récent, incluant d’autres villes québécoises :

 

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[i] La loi 78 a été abrogée quelques mois plus tard, par le parti d’opposition ayant pris le pouvoir le lendemain de son élection. Même la police ne s’en servait généralement pas, préférant appliquer le règlement municipal du Code la route lui-même contesté en cour (il a fini par être invalidé lui aussi)… Mais un frisson glacé a passé dans la population pendant ces quelques semaines, preuve que la démocratie peut rapidement basculer.

[ii] http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/474364/l-amenagement-urbain-devient-citoyen

[iii] Tiré de http://www.espaces-publics-places.fr/la-place-espace-public-cl%C3%A9-de-la-ville-europ%C3%A9enne/

[iv] Jürgen Habermas . 1962. L’espace public : archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise.

[v] Voir Dominique Wolton, http://www.wolton.cnrs.fr/spip.php?article67 (

[vi] Laurent Lemasson, « La ville qui devient sûre », Revue française de criminologie et de droit pénal, vol. 4,‎ avril 2015 et Micheal Greenberg, 2014, in The New York Review of Books.  http://www.nybooks.com/articles/2014/11/06/broken-windows-and-new-york-police/

[vii] Tiré de la revue Parachute

[viii] Collectif, http://www.thucydide.com/realisations/comprendre/femmes/femmes2.htm

[ix] Chateaubriand dans ses Mémoires d’Outre-Tombe (1848), présente davantage les Tricoteuses sous l’échafaud comme un sabbat de sorcières révolutionnaires. Dickens (1859) les présente comme des monstres. Au cinéma, dans l’adaptation de son roman A Tale o Two Cities, J. Conway, cela est encore plus net. Dans l’histoire nationale française, on a retenu davantage l’expression « furie de guillotine » que « tricoteuse », mot qui a d’abord son entrée dans le dictionnaire de Reinhard (1795), alors que le phénomène des guillotines est survenu après les assemblées populaires des tricoteuses. Intéressant et déplorable phénomène de transformation de réalité… de la condition féminine…

[x] Il est intéressant de noter que la loi 78 (2012, gouvernement du Québec) contre la grève étudiante prévoyait, à l’origine, interdire des rassemblements de plus de 10 personnes, hommes et femmes confondus.

[xi] Charlotte Denoël

De mes archives, 1999

 IMG_20150214_0001À la fin des années ’90, le nombre d’immigrants commençait à être visible à Montréal et nous commencions à comprendre qu’un jour, leurs enfants seraient majoritaires à Montréal. On commençait à réaliser la richesse de leur apport; c’est le point de vue (aujourd’hui devenu une habitude, voire un cliché) que je défendais à l’époque, en faisant connaitre un peu leur travail, leur questionnement et surtout leurs difficultés. J’y affirmais, entre autres, qu’au début du 21e siècle, ce serait les artistes migrants qui renouvelleraient les arts à cause de leur expérience unique en si grand nombre dans l’histoire humaine. Je pensais que les questions identitaires deviendraient au centre des discussions. Je ne me suis pas trop trompée… Néanmoins, en conclusion, par discipline journalistique, je me méfiais de moi-même, de mon si grand enthousiasme et de mes lunettes (peut-être) roses; j’émettais en filigrane des doutes sur l’unique positivité de l’immigration.

Depuis j’ai travaillé et enseigné la langue aux immigrants adultes. J’ai appris à les connaitre. Depuis les premières avancées de l’interculturalisme au Québec, après la Commission sur les accommodements raisonnables de Bouchard-Taylor, après la Charte avortée sur la laïcité, les valeurs québécoises et le voile des musulmanes (voir ma série d’articles sur ce sujet) et après les multiples événements de radicalisme, intégrisme ou terrorisme issu principalement d’une fange imbuvable et dangereuse de l’islam, on est maintenant collectivement mûr pour se poser ces questions : à quel moment une société cesse-t-elle d’être capable d’intégrer correctement ses immigrants ? Quels sont les facteurs psychosociaux du risque de nous faire tomber dans un repli identitaire, un nationalisme de droite, voire des violences ethniques, religieuses ou antidémocratiques (comme celle de Charlie Hebdo et autres -voir ma série d’articles sur ce sujet) ? Voilà les délicates questions que la gauche hésite encore à poser. En 1995, j’ai écrit un récit-conte poétique qui se passait dans un avenir rapproché (donc plus ou moins en ce moment…) où je plaçais le décor social de mon héroïne Amanda, dans une post-4e guerre mondiale, urbaine et larvée par des… terroristes qui font sauter des églises et où on apprend un grand scandale opéré sur des « câbles optiques » (la technologie des fibres optiques pour le câble télé commençait à peine à l’époque) devant les tribunaux militaires. Vous pouvez trouver un extrait de ce récit sur mon blogue au https://evemarieblog.wordpress.com/2013/12/26/refusons-la-societe-de-surveillance-et-vive-edward-snowden/ Voici donc rétrospectivement  l’intégrale de cette recherche sur l’intégration des artistes émigrés que j’avais réalisée en 1999, pour le compte de le revue d’art Esse Arts + Opinions à Montréal.

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Auteure : Ève Langevin, Esse arts + opinions, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999 (suite de l’article plus haut, p. 41)

Auteure : Ève Langevin, Esse Art, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

Auteure : Ève Langevin, revue Esse Arts + Opinions, 1999

Auteure : Ève Langevin, revue Esse Arts + Opinions, 1999

L’actualité revient parfois en loupe. À la différence que nous, le peuple, sommes collectivement généralement plus conscients des ravages de l’escalade de la violence ET nous sommes plus avisés des dangereux dérapages des agences de sécurité et d’espionnage nationale, grâce aux révélations de E. Snowden sur la NSA/PRISM américaine (1). Dans la foulée de la récente déclaration de guerre du Canada à l’organisation djihadiste Groupe armé État Islamique qui sème la terreur en Irak et en Syrie (7 octobre 2014), et des attentats perpétrés contre deux soldats canadiens en sol canadien (20 et 22  octobre 2014) (2)(3), plus que jamais les moyens diplomatiques de sortie de crise sont préférables aux moyens militaires, comme l’a plaidé hier à Montréal, pendant une petite manifestation du Collectif Échec à la guerre (4), un député de l’Assemblée nationale du Québec :

« Ça fait plus de dix ans que le Canada intervient au Moyen-Orient avec des solutions militaires et des actions qui ont eu comme résultat d’aggraver l’instabilité, la violence, et le terreau du terrorisme. Cela a eu, en plus, comme conséquence d’accroître l’influence du terrorisme dans la région et sur des jeunes détraqués d’ici.» Amir Khadir

Manif contre la guerre

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Je ressors donc de mes archives cette déclaration (malheureusement) toujours d’actualité, et que j’avais écrite à l’époque, alors que je militais contre la guerre en Afghanistan, au lendemain des attentats du 11 septembre 2001.

mes archives de 2001

DÉCLARATION POUR UN MONDE SANS GUERRE

ET SANS VIOLENCE

     POUR LA CONSTRUCTION D’UNE NATION

PLUS HUMAINE ET PLUS UNIVERSELLE

par le Mouvement Humaniste de Montréal

Photo d’une des deux marches contre la guerre en Afghanistan, organisé ici par le Mouvement humaniste de Montréal, le 21 octobre 2001.

Marche pour la paix et la non-violence

Le 21 octobre 2001, lecture au point d’arrivée au Carré Dominion (Montréal, Québec, Canada) par Ann Farell, Ève Marie et Ali Zoubeidi.

  1. Face aux victimes du 11 septembre dernier, où des milliers de civils sont morts et face à toutes les autres victimes, ailleurs, dans d’autres pays, dont les morts n’ont jamais été pleurés et qui nous font réaliser qu’une vie américaine n’est ni plus ni moins précieuse que la vie d’une personne algérienne, canadienne, irakienne, anglaise, rwandaise, palestinienne ou… afghane.
  2. Face à la pression psychologique, exercée aussi par l’utilisation d’images violentes et d’information manipulée, par lesquelles on pousse les gens à choisir un camp pour s’aligner sur des options fausses comme « civilisation occidentale contre barbarisme islamique », comme « commerce néolibéral contre terrorisme », « violence nécessaire contre violence sanguinaire ». L’hystérie médiatique crée ainsi de la méfiance, de l’isolement entre les êtres qui deviennent plus manipulables.
  3. Face à l’indignation sans espoir, à la perte des valeurs, et à la disparition des valeurs éthiques et morales qui poussent des millions de personnes à invoquer le recours à cette même violence qui est paradoxalement est à l’origine de cette douleur et souffrance.
  4. Face à la rage aveuglante qui obscurcit les esprits et pousse les gens à identifier l’ennemi « dans tous ceux qui sont différents », et à rejeter le blâme et la responsabilité sur des peuples entiers ou des religions, au lieu de voir les ressemblances et le vrai provocateur (qui pourrait être plus proche et plus occidental que ce que l’on croit).
  5. En reconnaissant que dans le processus actuel et rapide de mondialisation, ce qui arrive en un endroit a des répercussions immédiates en d’autres lieux, et qu’il n’y aura plus de lieu « sûr » si l’on ne répond pas aux besoins de chaque être humain, en chaque coin de la Terre.
  6. En reconnaissant que notre planète n’est pas en mesure de subir une troisième guerre mondiale à cause de la limitation des ressources, de la fragilité de ses équilibres environnementaux, et à cause du lent processus de la vie elle-même.
  7. Avec la prise de conscience profonde que, dans l’histoire de l’humanité, les guerres ont rarement résolu les problèmes ou éliminées les causes qui les ont déclenchées. Elles ont toujours été une source plus grande de douleur et de souffrance pour les gens, et les seuls « gagnants » seront ici les grands intérêts économiques et financiers transnationaux en relation à la vente d’armes, et aux industries des médicaments, du pétrole et de l’eau.

Nous, Hommes et Femmes, témoins de ce début troublé du XXIe siècle, nous revendiquons l’arrêt de cette guerre contre l’Afghanistan qui semble faussement motivée par un combat contre le terrorisme, nous nous engageons à reconnaître et nous voulons faire valoir :

  1. Que dans cette crise, seul un sérieux travail sur les causes socio-politiques qui ont provoqué ces attentats terroristes pourra permettre de briser la spirale de la violence et  garantir une paix plus durable et plus réelle.
  2. Que chaque être humain n’est pas une marchandise ou une chair à canon. La dignité et l’unicité de chaque vie, le déploiement de toutes nos perceptions et la diversité des cultures humaines sont maintenant garantes de notre survie et de notre développement humain.
  3. La dignité, l’unicité et la responsabilité de chaque vie envers les autres, et par conséquent, la valeur absolue de chaque être humain, au-dessus de laquelle rien ne peut être placé ou justifié parce qu’on se rend compte les liens interdépendants qui relient et unissent tous les êtres. C’est pourquoi le présent conflit doit être présidé par les Nations Unies et les terroristes jugés devant le Tribunal pénal international.
  4. L’affirmation de la non-violence comme une force morale de référence, par laquelle une personne, un groupe ou les peuples montrent à leurs contemporains et générations futures leur force morale et l’élévation de leur conscience, comme le seul chemin viable pour la construction d’une nation humaine plus universelle.
  5. L’utilisation de la violence signifie toujours la négation de la différence, de la liberté et de l’intentionnalité de l’autre. La reconnaissance de la diversité est la plus grande contribution et richesse que les individus, les petites communautés, les peuples et les nations peuvent apporter à ce projet à travers leurs efforts conjoints, la créativité, la discussion et la réciprocité.
  6. Notre engagement ferme, personnel et collectif à créer des enceintes de participation et de communication, non seulement pour arrêter les guerres, mais aussi pour faire « exploser » la paix dans chaque coin de la planète et de faire croître les formes les plus développées de cette volonté de vivre.
  7. La dissémination la plus large, tout de suite et partout, par tous les moyens et à tous ceux que l’on rencontre, de ce message : « Oui, il est possible d’arrêter la guerre, d’arrêter la spirale de la violence, de jeter les ponts pour une meilleure humanité. Aujourd’hui, chaque personne est responsable de ce qui arrive. Il n’y a plus de victimes, il n’y a plus d’innocents. Oui, il est possible de construire des réseaux de résistance par une alternative au quotidien, dans nos familles, dans nos milieux de travail et, éventuellement, dans notre quartier, dans notre pays, afin d’encourager, de stimuler et de protéger le dialogue entre les différences politiques, sociales ou religieuses et de contribuer aux alternatives au capital économique pour une mondialisation des solidarités. Et n’oubliez pas… Quand le vase est plein, il ne faut qu’une seule goutte pour le faire déborder…

P.S. Les bals populaires (interdits par le gouvernement d’occupation allemande) ont été les premiers lieux de construction de la Résistance française, lors de la dernière grande guerre… Ils ont permis de réunir des personnes autrement isolées et déprimées, de détendre, stimuler et enjouer corps et esprits et surtout de redonner la joie et le courage nécessaire à l’action constructive.

Et, finalement, la place des poètes est merveilleusement rafraîchissante et inspirante dans la vision d’un monde meilleur, mais jamais parfait (la perfection ―toujours totalitaire― du monde, le piège le plus dangereux des utopistes…). Que la beauté soit notre inspiratrice!

 «La libération de l’homme et de la femme se fera le jour où tous les hommes et toutes les femmes marcheront le front dans le front comme une armée de roses qui embaument l’espace. Un jour, tout de suite, icitte, je ne marche plus sur les épines de la violence et je passe à travers les bancs de neige et la poudrerie des balles pour aller construire ma maison dans l’amour.»

«Je suis l’homme, je suis l’enfant, je suis la femme noire, la femme jaune, la femme blanche, l’homme noir, l’homme jaune, l’homme blanc. Je suis l’oiseau et le poisson et la tortue et le cheval qui courent. Je suis l’herbe et l’arbre, la mer et la montagne. Si je fais du mal à une partie de moi, à la femme qui est en moi de n’importe quel pays, de n’importe quelle couleur, je me fais du mal à moi-même. Aussi ai-je souvent mal à toutes les parties de moi mutilées, torturées, affamées en quelques lieux du monde. Le jour approche où je serai entière et entier, où j’aurai assumé ma féminitude, ma mâlitude, ma négritude, ma jaunitude. Je suis l’homme, je suis l’enfant, je suis la femme noire, la femme jaune, la femme blanche, l’homme noir, l’homme jaune, l’homme blanc.» Julos Beaucarne (poète et chansonnier belge)

________[fin de la lecture]____________________

(1) Voir mon blogue à ce sujet au https://evemarieblog.wordpress.com/2013/12/26/refusons-la-societe-de-surveillance-et-vive-edward-snowden/

(2) Début novembre 2014, des rumeurs de théorie du complot orchestré par le 1er ministre ou son entourage eux-mêmes circulent déjà, comme après tout événement traumatique. Une autre vidéo, qui circulerait sur Internet montrerait clairement, mais avec des images prises en retrait et d’un autre point de vue, que cet attentat ne serait qu’une mise en scène pour nous faire avaler des lois plus rigides. Depuis 2011 et l’affaire des fausses armes de destruction massive en Irak pour invoquer le recours à la guerre de 2003 par le quatuor Bush-Cheney-Rumsfeld-Powel et la CIA qui plaident «l’erreur»… (!!!) (voir http://www.lefigaro.fr/international/2013/03/20/01003-20130320ARTFIG00500-guerre-d-irak-comment-tout-a-commence-il-y-a-dix-ans.php), on sait que le peuple peut être manipulé à haut niveau et que toutes les théories du complot ne sont pas nécessairement l’œuvre de fous paranoïaques. Je n’ai pas vu cette vidéo et je ne peux pas me prononcer. Mais une chose est sûre : la sécurité au Parlement canadien a toujours été plutôt faible ET il y a des individus qui peuvent commettre ce genre de crime. C’est notre propre naïveté collective qui nous a fait croire le contraire et qui pourrait avoir tendance à nous faire rechercher de fausses preuves contraires. D’autant plus que le mobile ne tient pas la route : le gouvernement conservateur actuel n’a nullement besoin du votes supplémentaires des députés de l’opposition ou même de l’opinion publique pour faire passer des lois plus répressives en matière de sécurité nationale, car il est fortement majoritaire au Parlement. D’autre part, il serait présomptueux d’affirmer que tous les journalistes compétents qui ont couvert cette affaire se sont laissés berner. Donc, sans trancher sur ce débat… prudence!

(3) À noter que le Moyen-Orient n’a pas le monopole du règne de la terreur et des exactions. En Amérique du Nord, fait beaucoup moins mis en lumière par les médias, le cartel mexicain de la drogue mène depuis plusieurs années des opérations similaires d’une violence inouïe à la frontière avec les États-Unis. En Europe, moins connues aussi sont les scènes d’horreur de la guerre civile espagnole au XXe s.

(4) Le Collectif Échec à la guerre avait organisé en 2003 en plein hiver à -20°C une des manifestations les plus courues de l’histoire canadienne (plus de 150 000 personnes, ce qui avait été, per capita, la manifestation à ce sujet la plus courue au monde) (seules les manifs du printemps étudiant en 2012 ont battu ce «record» avec presque 300 000 personnes pour le Jour de la Terre). Voir http://www.echecalaguerre.org/index.php?id=54

POUR ALLER PLUS LOIN…

Faites la lecture des engagements philosophiques et pratiques dans la vie de tous les jours mis de l’avant par Occupons Montréal, dans le sillage des nombreuses occupations du mouvement Occupy en 2011 et auxquels j’ai participé dans la réflexion et dans l’écriture.Voir https://evemarieblog.wordpress.com/les-engagements-d-occupons-montreal/

Montréal, aux abords du métro Mt-Royal, 27 septembre ’14.

La tricoteuse du peuple au métro Mt-Royal, Montréal, sept. 2014, pendant les Journées de la culture. Crédit photo: Laurent Dansereau

Montréal, Plateau Mt-Royal, aux abords du métro. Il fait spécialement chaud et beau, bien sûr, les gens sont de très bonne humeur. En même temps, il y a un musicien et il y a deux comédiennes qui lisent du Michel Tremblay un peu plus loin ainsi qu’un mini groupe de manifestants au sujet des trainées suspectes très polluantes de petits avions supposés induire le climat. Belle ambiance culturelle sur la Place!

La tricoteuse du peuple enseigne à un garçon, métro Mt-Royal, Montréal, sept. 2014

La tricoteuse du peuple enseigne à un garçon, métro Mt-Royal, Montréal, sept. 2014. Crédit photo: Laurent Dansereau

À peine arrivée, je n’ai pas le temps de me faire mon « masque » de laine… qui sera très léger aujourd’hui vu la chaleur, que déjà des curieux et surtout des curieuses (peu d’hommes viennent tricoter aujourd’hui) m’approchent pour me demander ce que je fais, c’est quoi le Tricot du peuple, annoncé sur mon affiche par terre. Il y a les vraies tricoteuses qui me montrent des points en me donnant de bonnes adresses pour la laine ou de réseau social comme Ravelry, tout en échangeant sur le sort du monde. Il y a une maman (sur la photo) qui est venue spécialement avec ses enfants, car elle avait beaucoup aimé l’activité d’un groupe de tricot-graffiti, Les Villes-Laines, à l’école de ses enfants. Il y a cette dame et son mari qui me raconte sa vie. Une chinoise accompagnée par son mari francophone, mais qui ne parle pas français et avec qui j’essaie de converser en anglais, mais elle préfère se concentrer sur le tricot, alors je la laisse; une femme voilée qui veut faire tricoter sa fille très timide. Il y a ce jeune homme qui veut apprendre comment tricoter et insiste pour me donner des carottes avant de partir quand je lui dis que je n’ai pas encore diné, ou cet artiste-peintre qui arrive d’une perfo dans le cadre aussi des Journées de la culture et qui a envie de partager et plusieurs autres. Deux heures debout en bougeant peu, en plein soleil chaud, à converser et à montrer à tricoter, c’est une discrète performance pour moi, mais quand même qui me rentre dans le corps après; surtout, je raffine l’art de la conversation. Je me trouve meilleure, depuis le temps -depuis mes débuts en 2012, j’ai refait cette perfo 10 ou 15 fois dans différents contextes, le plus souvent dans le cadre de manifs et événements sociopolitiques. Aujourd’hui le thème qui ressort tourne autour du geste de donner/recevoir : plusieurs personnes l’ont soulevé d’elle-même, sans que je le suggère.

Affiche du Tricot du peuple, Montréal, sept. 2014

Affiche du Tricot du peuple, Montréal, sept. 2014. Crédit photo: Laurent Dansereau

La tricoteuse du peuple discute avec une participante, Montréal, sept. 2014. Crédit photo: Anatoly Orlovsky

Le lendemain, aux abords du métro de l’Église à Verdun, près de chez moi cette fois, du jeune homme engagé qui me parle de son souvenir du printemps érable qui reste mémorable et gravé à jamais dans son cœur, aux personnes âgées, plus nombreuses dans ce quartier, à une jeune femme d’origine indienne, j’ai des conversations particulièrement passionnantes : je n’en reviens toujours pas de la sagesse du peuple. Les gens très isolés par la vie urbaine et contemporaine ont besoin de parler et ne dédaignent pas un brin de philosophie sociale. Mais surtout aujourd’hui plus que les autres fois : les gens s’ouvrent immédiatement à moi. Les personnes conversent entre elles, si bien que nous finissons par former un miniclub social au coin de la rue, car il y a des bancs, mobilier urbain essentiel pour les rencontres de voisinage autant que pour le repos des passants. À quelque distance, un homme parle en anglais de moi et de mon tricoteur sur son cellulaire,  et ne tarit pas d’éloges, il décrit en détail mon costume et sa couleur (safran), comme étant la couleur des bouddhistes. J’ai l’impression d’être un personnage de film. Il ne sait pas qu’on entend presque tout son échange… À un moment, mon tricoteur me dit : il parle de vous. Alors je me tourne vers l’homme et je lui dis avec un large sourire : nous vous entendons! Je lui fais signe avec un tricot dans les mains de se joindre à nous. Interloqué, il me fait signe que non, continue quelques mots au téléphone puis s’éloigne en parlant… malheureusement. Mon tricoteur expert, un homme de 75 ans me raconte que son frère est mourant et qu’il est son exécuteur testamentaire, avec plusieurs tableaux de grands peintres chez lui et que cela lui pèse. Une femme plus âgée encore nous raconte son combat pour se faire respecter par le personnel soignant, considérant que leur méthode de bandage de sa jambe n’est pas adéquate. Elle nous montre sa jambe… vraiment très enflée et un grand oh! sort de nous. Elle nous dit « c’est mon corps après tout! Alors maintenant je fais à ma façon ». Difficile de croire qu’une jambe puisse être enflée à ce point et qu’elle puisse encore marcher! Quand même un peu inquiète, je lui demande pendant combien de temps ils ont mis des bandages et elle me répond : 2 ans!

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Ève Marie, la tricoteuse du peuple, sept. 2014. Crédit photo: Anatoly Orlovsky

Je constate, plus que jamais avec mon costume, mon maquillage coloré et soutenu et mon masque, que je projette sur les gens l’archétype de l’artiste, voire du clown (comme me l’a fait remarquer une amie) : cela met les gens immédiatement en confiance et je sais mieux comment la développer par mon écoute attentive, mes commentaires ou questions appropriés. Aujourd’hui et hier un peu aussi, on me parle surtout de paix. Ma nouvelle approche est de demander comment elles font pour appliquer ceci ou cela tous les jours dans leur vie quotidienne… Vaste sujet!

Les tricots du peuple, détails, 2014

Les tricots du peuple, détails, 2014. Crédit photo : Laurent Dansereau

Les tricots avancent très lentement à coups de quelques mailles à quelques rangs à chaque fois par les passants. Sont encore en cours les deux tricots d’origine, rendus à environ 75 X 40 cm. L’un est rouge (+ un peu de jaune), couleur du mouvement des carrés rouges de 2012 et l’autre est jaune (+ un peu plus de rouge), couleur du mouvement Occupons/Occupy de 2011.  Les deux couleurs mélangées symbolisent l’union et la relation qu’il y a eu entre les deux mouvements. Quelquefois, je tricote quand il n’y a personne qui vient ou lorsque la personne renonce à tricoter et préfère seulement me parler. Mais ils sont presque entièrement tricotés par des passants ou des participant.e.s à des actions sociopolitiques. Je dis aux gens : ces tricots dégagent une très bonne énergie, mais la plupart du temps, ce sont les gens qui me le disent spontanément. Un 3e tricot est terminé, il a été fait par ma cousine Julie-Élaine Roy (militante bien connue des Sourds et malentendants du Québec, initiatrice avec Raymond Dewar er Paul Bourcier de la langue des signes québécoise LSQ) pendant le printemps étudiant de 2012, alors qu’elle ne pouvait pas sortir pour prendre part aux manifestations devenues mouvement social. C’était sa façon à elle, me dit-elle, d’y participer, d’encourager le mouvement et de canaliser son indignation devant la réaction politique du gouvernement et celle des policiers.

Les gens me demandent ce que je ferai de ces tricots : je leur réponds qu’un jour (mais je ne suis pas pressée), je les exposerai. Hier, une dame qui avait déjà tricoté pour un abri d’itinérants me donne l’idée d’en donner un à un de ces organismes, d’autant plus que quelques itinérants y ont participé, à la Place Émilie-Gamelin, lors de ma 1re perfo (voir mon article de juin 2012).
Aujourd’hui le soleil est moins chaud, alors lorsqu’un ami, Anatoly Orlovsky, venu pour faire quelques photos et une amie voisine passée là par hasard, nous nous attardons un peu au plaisir de la douceur du temps, mes affiches rangées. Jacinthe nous raconte à quel point la mauvaise situation de la langue française à Montréal la met au bord de larmes, bilinguisme larvé et début d’assimilation, mais que sa situation personnelle ne lui permet pas, pour le moment, de militer.

Je vais revenir ici s’il y a encore de belles journées d’automne.

Ève Marie, 10-10-14

Démocratie : « doctrine politique d’après laquelle la souveraineté doit appartenir à l’ensemble des citoyens. » (Robert)

À Montréal, depuis un an, on a tellement entendu associer ensemble les mots « manifestation » et « illégale » ou « carré rouge » et « violence et intimidation » qu’une partie du peuple finit par croire que c’est vrai et normal. C’est une dangereuse dérive sémantique et pratique qu’il faut, à mon avis, dénoncer dans les médias sociaux et ailleurs.

Connaissez-vous la fameuse citation « Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas communiste » de Martin Niemöller  ?

À l’heure où toutes les institutions sont affaiblies par la corruption et le manque de vision pour le bien commun, la vigilance citoyenne s’impose, comme nouvelle forme de démocratie directe. Voici le texte au complet :

Deutsch: Briefmarke von Martin Niemöller

Deutsch: Briefmarke von Martin Niemöller (Photo credit: Wikipedia)

 « Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas Juif.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas catholique.

Et lorsqu’ils sont venus me chercher, il n’y avait plus personne pour protester. »

MARTIN NIEMÖLLER, à  DACHAU

Arrêté en 1937 et envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen.
Il fut ensuite transféré en 1941 au camp de concentration de Dachau.
Puis libéré du camp par la chute du régime nazi, en 1945.

Bien sûr, on n’en est pas là, mais on ne veut pas s’y rendre non plus…

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Dans le journal Le Devoir du 23 mars 2013, le prof et philosophe Christian Nadeau parle de la crise de confiance à l’égard des institutions :

«Ce que [le printemps érable] a révélé et ce qu’il reste encore, c’est l’ampleur de la dérive des institutions, celle du journalisme, de la police, mais aussi des institutions politiques, note-t-il. Il y a un pouvoir exécutif qui a oublié qu’il était au service de toute la population, mais qui a voulu jouer un jeu très dangereux en refusant toute forme de dialogue.» La reprise du dialogue «n’est pas possible tant qu’il n’y aura pas admission des erreurs commises par les autorités publiques. La police a un énorme travail à faire de ce côté-là» a-t-il dit, même s’il est persuadé que les forces de l’ordre ne sont pas un bloc monolithique.

De l’autre côté, les militants, surtout ceux qui ont été matraqués, et on les comprend, ceux qui mettent tous les policiers dans le même paquet, ne favorisent pas non plus la reprise d’un dialogue critique. C’est comme faire du profilage à l’envers. Démoniser et stigmatiser l’adversaire policier, ça rappelle ce qu’ont fait tous les racistes de ce monde dans d’autres situations, et cela n’arrange rien au déblocage et à la solution. C’est en profonde contradiction avec que l’on dénonce, justement. On ne peut pas lutter contre l’oppression pour en créer une nouvelle! Comme le dirait Serge Mongeau, «il faut que les babines suivent les bottines!»

Cependant, je m’inquiète des récentes nouvelles tactiques policières des dernières manifestations de mars 2013 qui visent à couper court à une manif avant même qu’elle ne commence et procédant, dans certains cas à des arrestations massives (ça, ce n’est nouveau, comme hier pour la manif-anniversaire du 22 mars -soit à un an du mouvement de protestation-, avec 200 personnes interpellées qui ont attendu des heures avant d’être embarquées par la police. Elles vont recevoir une amende de 634$ par personne). Et pourquoi ? Aucun acte criminel n’a pourtant été commis. Mais la manifestation a été déclarée illégale parce que les organisateurs n’ont pas donné l’itinéraire à la police, selon le règlement municipal P-6 qui a été voté dans la controverse totale pendant le printemps érable. Autres tactiques policières : dans d’autres manifs, les participants reçoivent des amendes salées… parce qu’ils entravent la voie publique. Selon leur avocat, Me Denis Poitras, le Québec est le seul endroit où on applique à des manifestants ce règlement du Code de la route. Il a déposé une requête dénonçant l’inconstitutionnalité de ce règlement, qui, selon lui, est en contradiction avec le droit d’expression conféré par les chartes canadienne et québécoise des droits et libertés. De plus, une entorse à un règlement municipal devrait résulter en une amende et non une interdiction de manifester! Quelle dérive! Le 24 mars, il y a une vigie pour appuyer cette demande faite par une partie de la société civile, il y a pourtant plusieurs mois et qui n’a toujours pas débouchée. [Ajout : une autre vigie, le 26 avril 2013, voir https://www.facebook.com/events/181649941985759/?context=create%5D

Malgré l’élection d’un gouvernement soi-disant moins à droite, je remarque avec vive inquiétude que le droit de manifester s’est subitement beaucoup dégradé depuis quelques semaines.  Quelles sont les relations entre la police, les municipalités et le gouvernement? Comment ces canaux de communication fonctionnent-ils normalement?  Garder l’ordre pour qui? C’est, entre autres, ce qu’une enquête publique pourrait mettre à jour.

Plus que jamais, cette enquête est nécessaire. À suivre de très très près comme une vigilance citoyenne. Avec quelques camarades d’Occupons Montréal du groupe Idées de la Place du peuple, nous avons organisé l’automne dernier une séance de signatures pour la pétition qui circulait en vue d’une grande conférence de presse regroupant une cinquantaine de mouvements associatifs, groupes affinitaires ou assos étudiantes touchées par la violence policière de ce printemps 2012! La société civile ne se laissera pas faire!

Voir aussi la première partie de ma réflexion à https://evemarieblog.wordpress.com/2012/11/04/une-enquete-sur-la-violence-policiere-est-incontournable/

Autres liens intéressants :

http://www.ledevoir.com/societe/education/373949/printemps-etudiant-traces-judiciaires

http://www.facebook.com/events/159512357528159/

http://www.journaldemontreal.com/2013/03/23/la-police-dit-repondre-aux-demandes-du-public

 

Voir aussi la mise-à-jour de cet article et de nouvelles références en cliquant dans «commentaires», situé en-dessous de l’article ou de la page.

 

Ève Marie_Affiche jaune 2013 blogue

Montréal, Journées de la culture, 29 septembre 2012.

Contrairement à la faible participation lors de l’événement Occupons le Sud-Ouest au parc Georges-Étienne Cartier sur la rue Notre-Dame il y a deux semaines, il y a eu beaucoup de monde et beaucoup d’intérêt aujourd’hui. Pendant les 4 heures qu’a duré ma perfo, il y a eu presque toujours quelqu’un, souvent 2 personnes au tricot en même temps.

J’ai reçu beaucoup d’encouragement, même de personnes qui ne voulaient pas participer mais qui avaient lu les cartons d’explication par terre ou à qui j’avais expliqué ma démarche. Une est même revenue avec des amies pour tricoter et discuter une 2e fois.

Les participants sont presque tous préoccupés par la situation sociale et sont heureux et parfois très heureux (ils me disent qu’ils se sentent mieux après) de participer à quelque chose de constructif. Les gens sont à peu près tous frappés par mon expression « retricoter le tissu social » que je glisse dans chaque conversation et que je leur montre avec le Tricot du peuple (rendu à environ 30 pouces), qui avancent lentement, un ou deux rangs à la fois (7e fois).

On me parle d’amour, de solidarité, de prendre le temps. Une jeune fille  me retourne la question (pour la 1re fois) que je leur pose pour faire le tricot : que voyez-vous ou sentez-vous de meilleur pour l’avenir du peuple ? Je lui ai d’abord parlé du passé : je lui ai fait part d’une constatation depuis environ 15 ans (du début des années 2000), d’une dégradation des liens sociaux. Que la vraie communication, les vraies relations sont à rebâtir. Elle a répondu : « oui, avec tous ces textos et cellulaires qui nous donnent la fausse impression de communiquer. Mais ce n’est pas de la communication.» Son amie a acquiescé.

Une anglophone d’une revue canadienne qui couvre l’art in situ et le tricot m’a prise en photo. Plusieurs autres passant aussi (ce qui est nouveau, à part la photo du journaliste de la PC lors de ma 1re perfo à la Place Émilie Gamelin en juin). Dans un groupe de jeunes hommes qui fêtaient l’enterrement de vie de garçon de leur ami, le fêté m’a demandé s’il pouvait me prendre en photo avec lui déguisé en Dracula à dreds genre Marley. Je lui ai mis le Tricot du peuple dans les mains et lui ai dit de faire semblant de tricoter, ça a donné une photo très cocasse… puis il m’a demandé, moi qui a l’âge d’être sa mère, s’il pouvait me faire un câlin. Un peu surprise sur le coup, j’ai dit oui et il m’a serrée affectueusement dans ses bras. Il y a surement une autre photo… je me demande ce qu’ils diront de cette étrange photo les deux costumés… hihi.

Une autre femme, une historienne de l’art, m’a demandé d’être informée des suites, en me recommandant le travail de Naomi London. Une autre, prof de yoga, m’a laissé sa carte d’affaires. Un homme plus âgé, d’origine asiatique m’a répété sans cesse que ça lui rappelait sa mère qui lui tricotait des chandails avec des dragons avec plusieurs couleurs et combien il était impressionné par son travail. Touchant au début, cette répétition a fini par me mettre mal à l’aise : je ne savais plus quoi dire : je voyais qu’il cherchait à sortir quelque chose, mais quoi ? Je ne l’ai pas su. Mon personnage de tricoteuse du peuple suscite parfois des confidences, mais pas avec lui.

Y’a eu aussi une maman avec son son fils de 7 ans qui voulait que je lui montre à tricoter : fiston était très bon et a appris vite le point de base, le point mousse. Après un rang , il était très content de sa jolie réussite!

Des touristes aussi, une Néerlandaise et une Algérienne ont été particulièrement intéressées par la démarche. Peut-être ce concept en action fera-t-il de petits bébés tricots?

Plus de gens –mais moins d’hommes aujourd’hui- savaient tricoter, ce qui fait qu’on a pu davantage converser librement, moins axé sur la technique du tricot, ce qui m’a fait grand bien à moi aussi.

Je me demandais si ce projet tiendrait la route une fois la crise étudiante, le printemps-été érable terminé et la situation sociopolitique calmée (le Parti québécois qui vient d’être élu, la hausse des frais de scolarité et la loi 78 anti-manifestation annulée la semaine dernière), mais oui, il s’agit d’un questionnement universel et … éternel.

Avec une femme dans la 60taine, elle a voulu savoir quelles étaient les réactions du public, les impacts de ma perfo sur les gens (décidément, les gens de ce quartier sont vraiment très cultivés!). Je lui ai dit que si la plupart avaient probablement oublié après, qui sait comment ça pouvait inspirer quelque chose à certain.e.s, une idée, une impression qui se développe dans leur vie, un effet boucle de neige. La femme m’a répondu que je pourrais être surprise, que mon tricotage de conversation dans la fibre même pouvait avoir eu un impact sur plus de personnes que je ne le croyais…

Enfin, plusieurs personnes m’ont demandé si j’allais être là plus tard où si j’allais revenir demain. Ce qui était une autre forme de manifestation d’intérêt.

Voilà les appréciations dont j’avais besoin pour me stimuler et m’encourager dans cette démarche naissante, étant donné ma déception de la fois précédente, à cause du zéro participation des activistes d’Occupons Montréal pendant et après ma perfo. À part quelques rares passants dans ce coin de St-Henri, c’est la… police qui a participé, un moment quand même inoubliable… (voir mon blogue à ce sujet au https://evemarieblog.wordpress.com/2012/10/06/httpevemarieblog-wordpress-com-tricot-du-peuple-police/

Un dernier souvenir au coin du Métro Mont-Royal : un homme et une femme, qui tricotaient les deux Tricots du peuple en même temps, se sont rendus compte qu’ils étaient presque voisins et ont vraiment sympathisé… À la fin, l’homme était tellement content de ce moment de partage qu’il a joué à se claquer les mains (top là!) avec sa voisine avant de partir! Un peu plus et je les «matchais » et jouais le rôle d’entremetteuse, mais je me suis gardée une petite gêne, car je crois qu’il était gay…

Le lendemain, je commence à penser à mon party de fin du monde/nouveau monde du 21 décembre. C’était une journée très inspirante.

Je ferai une autre perfo au même endroit en 2013 et 2014.

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Dans le même esprit, voici un projet en développement très intéressant : « Decolonizing Street Art : Anticolonial Street Artists Convergence ». La mouvance sera à Montréal en septembre 2014 .

 «Decolonizing street art: Anti-colonial street artists convergence will take place at the end of august 2014. This project fosters the idea of bringing together street artists of indigenous and settler origins and build an artistic community of shared anticolonial values. The convergence will promote a type of street art that advocates the decolonization of Turtle Island and will remind the montrealers of the city’s colonial history. The artists, living across Canada and the USA, already focus part of their work on issues related to indigenous resistance such as environmental struggles against pipelines and mining and justice for missing and murdered native women. »
Découvrez-le sur Indiegogo et faites passer le mot à vos amis. Tous les outils sont fournis. Recevez des contreparties, faites une contribution ou suivez simplement les mises à jour sur le projet. Avec l’aide de chacun, le projet « Decolonizing Street Art : Anticolonial Street Artists Convergence » pourra se réaliser !

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Occupons Montréal – Mouvement du 15 octobre (OM) a déjà presqu’un an. De nombreux débats nous ont animé cette année, dont le fait de quitter volontairement la Place du peuple (Square Victoria) [1] ou non et comment, de faire des revendications ou des actions, de l’importance ou non de se structurer en organisation, de faire des occupations permanentes ou temporaires, de faire ou non des assemblées générales, représentatives ou non, de se structurer sur Internet et comment, etc.

 

Ce fut au début, une expérience communautaire de six semaines absolument marquante et unique dans une vie, en particulier pour les occupant.e.s du campement. Une sensation de fraternité et de communion inégalée (ces sentiments sont restés dans nos communications puisque très souvent, nous nous saluons ou nous disons bonjour en nous faisant une chaleureuse accolade). Mais à la fin novembre, devant la pression de la Ville, le cirque médiatique et l’épuisement ressenti sur le campement, le choix d’un sous-groupe d’activistes-fondateurs (?) de quitter volontairement et la façon dont cela a été fait via médias interposés a provoqué une importante crise interne suivi d’une scission et bien des déchirements dont les relents sont parfois encore palpables.

 

Suite à la «levée du campement» et/ou à «l’expulsion» et/ou «l’éviction» par la police (oups, sujet sensible…), il y a eu scission en deux groupes : OM et 99%. À un moment ou à un autre, entre octobre et décembre 2011 principalement, plusieurs activistes déjà militants dans d’autres groupes généralement très à gauche, ont eu l’impression ou la perception, à tort ou à raison, d’être exclus d’Occupons Montréal, ce qui a parfois valu le surnom d’OM comme étant «hippie fasciste» ! Phénomène maintes fois remarqué de la division et de la faiblesse de la gauche. Pour résoudre ce dilemme et pour éviter toute récupération, tout en tendant à l’inclusion de diverses tendances politiques, les personnes à OM dès le départ ont refusé que les sympathisants soient des représentants de tel ou tel groupe. Si la personne est déjà engagée dans un autre groupe, elle doit s’impliquer à OM sur une base individuelle. Notons, sans trop se tromper, que la plupart des sympathisants d’OM en était à leur première expérience politique, et représentaient un assez large spectre de l’échiquier politique, plutôt gauchiste ou centre, mais également anarchiste,  et même libertarien, fan de Ron Paul, etc. et ce dans une volonté affichée de tenter de regrouper les différentes tendances  du 99%.

Basé sur une structure de pouvoir horizontale, donc sans chef, mais perlé de leaders de tâche, et basé sur le jugement de personnes quant au développement de relations humaines saines, aussi ouvertes que possibles dans le respect de nos limites. La non-structuration a gagné pour l’instant, la plupart des occupant.e.s préférant un fonctionnement organique éphémère basé sur une non-structure de constellations de petits groupes d’affinité et d’initiatives personnelles qui soulèvent l’enthousiasme et la mobilisation. Les rencontres se font généralement avec un cercle de parole où chacun est invité à parler et surtout à écouter.

 

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Après la fin du camp, il y a eu aussi une «localisation» des enjeux et des personnes avec la formation de plusieurs groupes d’occupants par quartier, via Internet et via des réunions/actions en personne (voir les références).  Cet été, il y a eu aussi un système d’archives vivantes mise sur pied à la galerie SKOL et sur Internet (http://thelivingarchives.ca/). Qu’on se le dise, OM n’est pas mort, mais se transforme selon l’état socio-politique !

 

En novembre 2011, pendant la première occupation, il y a eu une liste des raisons de notre indignation (voir autre article précédent) basées principalement sur une critique du système capitaliste et d’une remise en question, voire d’un rejet de la représentativité électorale considérée comme un mensonge, mais il n’y a pas eu de revendications officielles. On a préféré le chemin d’engagements individuels et collectifs (voir http://occupons-montreal.info/philo-politique/node/197) (discutés entre octobre 2011 et février 2012) basés sur une critique de la marchandisation de la vie et d’une prise de conscience et une auto responsabilisation de nos actes quotidiens ayant un impact sur la vie collective.  Également, des actions ponctuelles sur une base d’initiative et d’affinités entre individus. On a fait le bilan de l’occupation tardivement en avril et cela a pavé la voie, entre autres aux occupations diurnes et ponctuelles d’un à quatre jours dans des parcs de Montréal, prenant principalement la forme d’ateliers de discussions et de réseautage, de kiosques de groupes sympathisants, de partage et cuisine communautaire et de spectacles.

 

On a eu de moins en moins d’assemblées générales, plusieurs en critiquant la représentativité ou le lourd déroulement, mais la réflexion sur son organisation se poursuit. De mars à juin cette année, on a tous participé activement soit au printemps érable ou au mouvement étudiant en grève contre l’augmentation des frais de scolarité et la marchandisation de l’éducation et des services sociaux, dont nous avions contribué à jeter les premières pierres à l’automne dernier. Occupons Montréal et ses groupes de quartier ont énormément contribué à l’esprit du «nous» du printemps érable au Québec et ont été un des ferments de la grève étudiante en contribuant à sa longévité, comme le reconnaissait un des leaders du mouvement étudiant, Gabriel Nadeau-Dubois (voir : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/education/201209/07/01-4572244-petit-dejeuner-avec-gabriel-nadeau-dubois.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=envoyer_cbp ). Parallèlement, le mouvement Occupy Wall Street a contribué à lever le voile public sur le terrible endettement des étudiants états-uniens.

 

Puis, quelques personnes d’OM, sur une base individuelle, ont aussi participé à la création des APAQs locales (assemblée populaire autonome) crée dans la mouvance des casseroles contre le gouvernement québécois libéral de Jean Charest en juin, mais l’origine de leur création viendrait surtout du QPIRG-Concordia –

cela est quelque peu controversé. Le modèle de création est inspiré des assemblées populaires espagnole et grecque issues du Mouvement des Indignés. Ces nouvelles assemblées de quartier se poursuivent depuis, ont ralliées de nouvelles personnes, avec divers profils politiques, mais sont en redéfinition, suite à l’élection du Parti Québécois.

 

Deux personnes ont créé deux forums d’échange sur Internet (celui qui reste est Open Atrium est au http://occupons-montreal.info)  et de nombreuses pages internet (voir réf. en bas de page), dont une page de plus de 13,500 membres. Mais leur multiplication a été critiquée comme source de dispersion, de redondance, de perte d’information et d’énergie et la réflexion était toujours en cours à ce sujet lors de l’occupation du Sud-Ouest.

 

Des publications ont ou vont parler d’OM (Inter art actuel/ Possibles) et des médias l’ont couvert de façon satisfaisante, (CUTV, Le Devoir, certains SRC),

mais bien des critiques et de la méfiance sont encore vivantes à l’égard des autres médias, à juste titre. Plusieurs journalistes ou animateurs très mal informés qui colportent actuellement que le mouvement est mort devraient être la risée de leur profession.

 

En 2012, des activistes d’OM ont organisé et réalisé quatre autres occupations, quatre jours  à l’évènement JAPPEL12M15M d’avril à la Place du peuple (Square Victoria) organisé également avec d’autres groupes, un jour au parc Lafontaine en juin, trois jours au parc Molson en juillet puis deux jours  au parc Georges-Étienne-Cartier, les 15 et 16 septembre. De nombreux projets sont nés d’activistes d’OM ou encore plusieurs d’entre eux et elles ont joint des groupes le temps d’une action :

 

«VIA22. N’oublions pas la Chorale qui endisque, les BBQ Vegan de cuisine collective [du peuple] , Repères et ses alternatives sérieuses au néolibéralisme, les liens avec les groupes communautaires et les population des quartiers, les Archives vivantes Preoccupations, la COOP généreux, SOS Poigan, les plates-formes mises à la

disposition de la population (occupons-montreal.info, jappel15m, forum Repères), le think tank IPP, les initiatives individuelles et le réseau d’entraide que nous avons développé. Les liens avec Profs contre la hause, les APAQ, Têtes blanches carrés rouges. Je suis sûr qu’il y a des initiatives que j’oublie ou que je ne connais pas, toutes impliquant des participants d’Occupons Montréal.»François Genest

 

 

 

Occupons Montréal

La cuisine du peuple, Occupons Montréal (Photo credit: _iMage_)

http://www.flickr.com/photos/30166189@N02/6290803322/in/photostream/

Occupons Montréal

Occupons Montréal (Photo credit: _iMage_)

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Mais au-delà de tout cela, nous avons surtout (re)créé une culture de la discussion, de l’écoute et d’une certaine inclusion des différences, un rejet des clivages et de la division sociale et une certaine expérience de la gestion des conflits, notamment dans la question de l’inclusion /exclusion et des safer spaces. Fait également assez unique au mouvement Occupons/Occupy, certaines questions/préoccupations spirituelles ont parfois joint le discours politique et militant. Ces préoccupations ont été principalement amenées principalement par la génération Y, dans un élan de fraicheur, en toute ouverture et en dehors des préjugés habituels. Cependant, OM est un mouvement multigénérationnel de 16 à 80 ans.

 

Nous avons mis de l’avant et expérimenté un fonctionnement de la démocratie directe inspiré du mouvement anarcho-syndical, avec une «horizontalité» du pouvoir, c’est à dire sans chef, mais avec des leaders changeants et changeantes, au gré des projets d’action et de l’intérêt qu’ils suscitent ou non, et selon l’énergie et la disponibilité des personnes, toutes bénévoles. Un fonctionnement davantage axé sur l’attention au processus qu’aux résultats. En somme, des souvenirs passés, vivants et mémorables, la lente construction présente de notre vision, de nos idéaux et de nos solutions et alternatives futures.

 

Nous avons aussi créé des relations vivantes avec des groupes d’autochtones et des groupes communautaires alliés, un véritable réseau d’alliances, d’entraide et de complicités personnelles et collectives. C’est la lente et non finie recréation d’un grassroots/tissu social très abimé par 15 ans d’individualisme et de dépression sociale post-référendaire et de rectitude politique rasante et… 30 ans de néolibéralisme et de pensée unique délétères pour les liens psychosociaux.

 

Occupons Montréal a été depuis un an une véritable pépinière d’auto organisation de talents, d’idées, de créativité et d’actions essaimant vers d’autres organisations, un lieu de réseautage et de prise de conscience des dérives, des finalités, voire de la disparition ou de l’effondrement de l’économie de marché et de l’apparition progressive et lente d’alternatives économique, politique, sociale, personnelle et spirituelle à penser, à vivre et à construire.

 

Voilà où nous en sommes.

 

Allons de l’avant !

 

«Plusieurs thèmes et actions du mouvement des Indignés répondent aux questions soulevées par la période. Nous avons déjà évoqué la critique du système représentatif et de la classe politique. Le recours aux assemblées, la préoccupation d’éviter la bureaucratisation de la parole, le rejet des hiérarchies, sont d’autres directions qui divergent avec la politique du passé et s’appuient sur des principes politiques qui visent une nouvelle organisation de la société. Dans cette expérience de la démocratie de base, si les pratiques groupusculaires ne disparaissent pas, elles sont mises à mal et dénoncées. Animée par ces principes, la capacité d’auto organisation des Indignés a été un signe fort d’énergie et de créativité, de responsabilité collective.

 

La dénonciation de la société marchande sous-entend une critique des relations sociales du capitalisme, identifiées comme la racine de son déséquilibre. L’idéologie dominante du marché régulateur de la production, le rôle dominant du capital financier en période d’effondrement de la rentabilité de l’économie productive, ses corollaires de corruption, spéculation, arrogance, tout cela trouble les tentatives constantes de rafistolage idéologique, le système « le mois mauvais possible » paraît chaque jour qui passe comme le plus mauvais réellement existant. Et la survie de la démocratie rime désormais avec l’extension de la pauvreté, du désastre social

 

Charles Reeve, Quelques notes sur le mouvement des Indignés, janvier 2012, http://divergences.be/spip.php?rubrique885

 

RÉFÉRENCES

 

générales :

 

http://www.facebook.com/occupymontreal

 

http://www.occupons-montreal.org/?page_id=5

 

http://www.reddit.com/r/occupymontrealag

 

Forum : http://occupons-montreal.info

 

http://www.meetup.com/JAPPEL15M/

 

les Engagements d’OM :

 

http://occupons-montreal.info/philo-politique/node/197

 

groupes «Occupons» de quartier :

 

http://www.facebook.com/occuponslesudouest

 

https://www.facebook.com/groups/occupons.le.plateau/

 

http://www.facebook.com/pages/Occupons-Mercier-Hochelaga-Maisonneuve/144614925643271

 

https://www.facebook.com/pages/OccuponsOccupy-Villeray-St-Michel-Parc-Extension/170636339699600

 

https://www.facebook.com/pages/Occupons-Rosemont-La-Petite-Patrie-Occupy-Rosemont-Petite-Patrie/295641213801047

 

http://www.petitepatrie.org/index.php/accueil

 

https://www.facebook.com/pages/Occupons-Occupy-Verdun/299466226750313

 

Rive sud : https://www.facebook.com/groups/312525055444079

 

https://www.facebook.com/pages/Occupons-Occupy-CDN-NDG-C%C3%B4te-St-Luc/249357358458878

 

Ouest de l’île : https://www.facebook.com/99montreal

 

… et d’autres moins actifs.

 

Médias internes :

 

http://www.om99media.org/

 

http://www.livestream.com/occupymontreal

 

https://twitter.com/occmontreal

 

http://thelivingarchives.ca

 

 

 

[1] Le Square Victoria rebaptisé par les occupants en assemblée générale «Place du peuple» dès le premier jour, est une assez grande et jolie place publique au centre-ville de Montréal (Québec, Canada), avec des arbres, des bancs, des fontaines, des sculptures (la Reine Victoria de Marshall Wood et une autre de style contemporain, «TaiChi Sing Wip» de Ju Ming), un métro (dont une entrée de style art nouveau comme les métros parisiens), entre, notamment, la Tour de la Bourse, les multinationales Power Corporation, Quebecor et le Centre de commerce mondial de Montréal.

 

Ancien marché de foin, vue générale actuelle du Square Victoria depuis le toit d’un édifice coin Beaver Hall et Viger. On y voit les sculptures au nord, les jets d’eau au centre et le petit boisé tout au sud devant le siège social de Quebecor. http://fr.wikipedia.org/wiki/Square_Victoria Sculpture-monument de l’Anglais Marshall Wood (1872) au Square Victoria. http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=678,1154690&_dad=portal&_schema=PORTAL&id=283 Sculpture du Taïwanais Ju Ming (1985) Taichi Single Whip Quartier international de Montréal, Square Victoria. Crédit : Michel Dubreuil Vue du Square Victoria avec l’entrée du métro inspiré par les métros parisiens dont le design industriel est conçu, à l’origine, par l’architecte français Hector Guimard.

 

Un salon chez Mme Geoffrin en 1755, par Lemonnier.

En pleine querelle religieuse et sous l’autorité du Roi-Soleil Louis XIV, «la cour de Versailles, où se rencontre une société choisie de beaux esprits et de gens de lettres, adopte les anciens codes de courtoisie comme instruments de coercition et de contrôle au service de l’absolutisme royal.

Afin de se soustraire à ce diktat, de grandes dames de l’aristocratie française se retirent de la cour, préférant un espace privé où elles accueillent leurs familiers. Ce phénomène semble naître vers 1608 avec la marquise de Rambouillet.* […] Ces dames animent des salons qui s’efforcent de tenir à distance la violence du siècle autant que la tutelle de l’Église. Elles en viennent à établir un savoir-vivre et une nouvelle civilité liée à l’art de la conversation : l’intuition psychologique et l’improvisation comptent désormais autant que les connaissances. Subtilement décliné, l’esprit définit une nouvelle politesse et les limites de l’humour toléré, de même que l’éloquence du corps (regard et gestes). Ces nouveaux usages des «salonniers et salonnières», qui supposent l’égalité des partenaires, font découvrir à la noblesse, bridée à la cour, une nouvelle civilité ou l’épée est échangée contre la rhétorique.»(1)

«Déjà au Moyen Âge et à la Renaissance, des femmes lettrées, telle Marguerite de Navarre au XVIe siècle., réunissaient autour d’elles poètes et musiciens» (2) . Par la suite, sous Louis XV et Louis XVI, les salons français deviendront davantage les lieux d’échange et de confrontation d’idées et de réputation, et d’élaboration philosophique. Ils contribueront très certainement à la «lingua franca» et à la popularité de la langue française dans toute l’Europe ainsi qu’au développement du siècle des Lumières. D’autre référence parle plutôt d’« un exercice tourné vers la plaisanterie et l’aspect spectaculaire» (3). On sait cependant qu’au siècle des Lumières, la cour est progressivement délaissée par les intellectuels et les artistes au profit des salons et de la création de cafés qui deviennent les nouveaux espaces privés ou publics de diffusion de la culture et des idées propres au XVIIIe siècle.

Michel Laurin intègre ces deux tendances dans son analyse des salons du XVIIIe s. :

«Le faste et la monumentalité de Versailles sont de plus en plus abandonnés par les savants et les artistes qui se réunissent désormais dans les [nouveaux] cafés et les élégants salons des grands hôtels parisiens, lesquels font dorénavant une bonne place à la politique et à l’évolution des mœurs. Ces nouveaux centres de la vie culturelle permettent à la sphère intime de succéder au cérémonial rigide de la cour. […] On cherchera à se divertir, passant son temps  dans les théâtres et les bals. Dans les salons, on organise des jeux de société qui servent de prétexte au libertinage.» (1)

Ces salons de conversation, d’échange artistique et intellectuel et de sociabilité divertissante ont vraisemblablement contribué à l’évolution des mœurs et des idées qui mena à la révolution française. Pendant la révolution, on vit aussi une prise de parole populaire (du peuple) avec les «tricoteuses jacobines» vers les années 1792 (voir mon blogue sur ce sujet au https://evemarieblog.wordpress.com/2012/07/16/le-tricot-du-peuple-performance-relationnelle ).

Toutefois, ces avancées de la place des femmes dans la société ne débouchèrent pas sur leur reconnaissance légale et juridique et encore moins sur leur égalité avec les hommes. Le Code civil adopté en France par Napoléon en 1804 (et adopté également au Québec) continue de refuser aux femmes des droits politiques et civils.

Néanmoins, quelques femmes organisatrices de salons devinrent particulièrement influentes sous le Directoire français (4), comme Germaine de Staël (5), célèbre philosophe, écrivaine et salonnière. Dans leur version populaire, l’apport des femmes de la Commune de Paris firent brièvement entendre leurs voix. Au XXe siècle, la tradition se perpétue avec notamment la comtesse Anna-Élisabeth de Noailles, née princesse Bibesco Bassaraba de Brancovan (qui est à l’origine du prix Fémina), où se croisent l’élite et l’intelligentsia française, comme Edmond Rostand, Paul Claudel, Colette, André Gide, Maurice Barrès, Paul Valéry, Jean Cocteau, Alphonse Daudet, Pierre Loti ou encore Max Jacob (6), ainsi que le poète québécois Paul Morin, alors étudiant à La Sorbonne (7).

Cercle de parole

Cercle de parole contemporain

Voilà pour nos racines françaises et européennes, il y a aussi toute notre tradition continentale d’Amérique avec les cercles de paroles autochtones sur lesquels j’aurai l’occasion de revenir plus en détails plus tard (voir archives avril 2014).

«Le ‘cercle d’échange’ ou ‘cercle de parole’ : dans les cultures des Premières Nations, l’écoute et le silence font partie intégrante de la communication de façon plus marquée que dans la culture occidentale. Il est clair que dans ces cercles, personne n’est obligé de prendre la parole. On ne doit interrompre personne, chacun parle à son tour dans le cercle ou laisse la parole au suivant. On évite aussi de juger ou de contester de la parole d’un autre membre du cercle et on doit terminer le cercle par un apport positif.» Vincent Dostaler, SOS Territoire

Par exemple, au niveau institutionnel, de nombreux cercles de parole, appelés aussi «cercle de partage», «cercle de guérison» ou «cercle de confiance» sont actuellement mis en place lors de la tournée de la Commission de vérité et réconciliation du Canada (au sujet des pensionnats autochtones). Les cercles de partage, notamment, sont animés des membres du Comité des survivants de ces écoles résidentielles où les enfants étaient arrachés à leurs parents contre leur gré par la police pendant la saison académique et ont subi de nombreux sévices par les religieux. Ces cercles permettent aux survivants et à leur famille, aux anciens employés et à toute personne touchée par les pensionnats de partager ensemble leur vérité, leurs blessures, leurs doutes, et ce dans un cadre public ou privé (au choix). Voir les liens ici-bas.

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Je dois dire que je suis particulièrement interpelée par ce sujet en tant que poète et linguiste (8). Il y a quelques jours (septembre 2012), alors que j’animais chez moi avec des amis mon premier cercle de parole/groupe de discussion sur le thème de la violence intérieure et sociale, une amie d’origine russe, peintre de surcroît, disait à quel point la culture permettait de délier la violence parce qu’elle nous permettait d’avoir accès aux autres, de savoir qu’on est pas seul à vivre quelque chose, ni en ce moment, ni dans l’histoire. Ça m’a semblé fondamental comme commentaire.  L’inculture tue. L’éducation anime. Je comprends encore mieux pourquoi, en tant que prof et artiste, j’ai été si interpellée ce printemps 2012 par la lutte des étudiant.e.s  pour le gel des frais de scolarité et contre la marchandisation de l’éducation (Québec).

Dans le même genre, mais ouverts à des personnes plus éloignées de notre réseau, il y aussi les «assemblées de cuisine» ou, plus récemment, «conversations de cuisine» où on y discute généralement d’un sujet politique dans la cuisine d’un voisin (surtout en période électorale) et de façon organisée et prévue à l’avance, ou les «assemblées de quartier», remises au goût du jour par les Indignados espagnols et qui ont fait des petits à Montréal : certaines de ces assemblées populaires autonomes de quartier (APAQ) fonctionnent encore, plus d’un an après leur création, suite au Mouvement des Casseroles lors de la crise sociale du printemps étudiant 2012, voir https://www.facebook.com/apaqRPP . Les artistes s’y mettent aussi, comme en témoigne l’événement multimédia Mégaphone à l’automne 2013 à Montréal, inspiré à la fois par ces évènements, et par le London’s Speaker’s Corner et les symposiums de la Grèce antique. Voir au http://megaphonemtl.ca/accueil

Occupons le parc Molson Crédit_Richard Renshaw

Groupe de discussion d’Occupons Montréal lors d’«Occupons le parc Molson», août 2012. Crédit photo:Richard Renshaw

Parallèlement, de nos jours, le mouvement Occupons/Occupy -dans lequel je suis active- et ce un peu partout sur les cinq continents, a remis au goût du jour l’importance de la conversation entre inconnus, du partage d’expériences vécues, d’opinions, de visions, d’idées et de connaissances et autres manifestations de cocréativité populaire (voir le dernier lien ici-bas), et ce à l’intérieur de petits groupes de discussion ouverts à tous et à toutes. La nouveauté et la différence par rapport au groupe de discussion/cercle de parole est son expression dans des lieux publics -généralement à l’extérieur 3 saisons sur 4- un groupe ouvert, donc, également aux passants, permettant potentiellement des rencontres et l’expression de points de vue imprévus. De l’occupation en 2011 du parc Zuccotti à New-York, à Montréal et ailleurs en Amérique du Nord (et probablement aussi sur les autres continents), nous avons tous constaté à peu près la même chose, soit la libération de la parole et de la subjectivité après des années d’autocensure du politiquement correct et de la langue de bois.

De plus en plus nombreuses, des initiatives citoyennes ou universitaires ou d’universités populaires/communautaires sont prises pour remettre la discussion en personne au plan du jour. À Montréal, notamment on trouve :

– «L’université autrement dans les cafés» (activité bilingue) : http://www.concordia.ca/fr/vie-etudiante/universite-autrement.html

– Groupe de discussion pour parents/adolescents : http://www.amcal.ca/Programmes_de_consultation_en_groupe.aspx

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En conclusion, dans un geste sans précédent de réappropriation de l’espace public, ce type de dispositif de discussion ouverte est, à mon avis, une réponse novatrice au néolibéralisme (9). Ce dernier a favorisé depuis trente ans la mise en place des communautarismes isolants et des groupes politiques fermés ou sectaires et des inégalités grandissantes (10). Des sous-groupes ont été opposés à d’autres par les pouvoirs en place, beaucoup en France, parait-il, mais aussi au Québec, notamment pendant la grève étudiante de 2012, et partout dans le monde… Et le peuple avait désappris à se parler et à communiquer, résultant, entre autres, un effritement social, des inégalités grandissantes entre les personnes du 1% et du 99%, une perte de pouvoir et de responsabilité du peuple et un retour de la violence latente. Ces «nouveaux» groupes de discussion ont répondu à ce besoin de reconstruire le «grassroot» ou le tissu social profondément abimé par des années de repli sur soi.

«La seule revendication dans le mouvement Occupons/Occupy, est « qu’on nous laisse tranquilles dans nos parcs, nos places publiques, nos écoles, nos bureaux, nos quartiers, pour qu’on puisse se rencontrer,  réfléchir ensemble, et, sous forme d’assemblée [de cuisine, de quartier], décider quelles sont les alternatives possibles. De là, une fois ces espaces démocratiques déployés, on pourra débattre du genre de revendications qu’on pourrait avoir ainsi que des personnes ou institutions qui pourraient les satisfaire. » Marina Sitrin, in Occupy Wall Street! éd. Les Arènes, 2012. Sitrin fait ici allusion aux arrestations massives, parfois musclées, de milliers (6705, selon le linguiste et libertaire bien connu Noam Chomsky) de participants à ces groupes de discussion et occupants du Square Zuccotti et du pont de Brooklyn à New York en 2011. Même phénomène répressif à Montréal et à Québec, quoique plus réservé, et ailleurs dans le monde.

Alors, on converse ensemble? À la prochaine!

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Voyez également ma série plus récentes d’articles sur ce sujet :

«Groupe de discussion (4) : conversation de cuisine sur la démocratie participative» :https://evemarieblog.wordpress.com/2013/09/21/groupedediscussion_democratie/

«Groupe de discussion (3) : atelier sur la surérogation = actions héroïques» : https://evemarieblog.wordpress.com/2013/07/11/groupe-de-discussion-atelier-sur-la-surerogation-actions-heroiques/

«Occupons les condos : pique-nique en habitat social» : https://evemarieblog.wordpress.com/2012/08/20/occupons-les-condos-pique-nique-en-habitat-social/

«Histoire active des salons de conversation (2)… devenus conversations de cuisine» : https://evemarieblog.wordpress.com/2013/06/04/histoire-active-des-salons-de-conversation-devenus-conversations-de-cuisine-2/

Occupy Wall Street Group Discussion 2011 Shankbone

Occupy Wall Street, Group Discussion 2011 Shankbone (Photo credit: Wikipedia)

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* Selon Wikipédia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Salon_litt%C3%A9raire

(1) tiré de : Anthologie littéraire, du Moyen Âge au XIXe siècle, Michel Laurin; éd. Beauchemin/Chenelière Éducation, Montréal, 2012 (manuel des cours de littérature obligatoire au cégep québécois)

(2) http://www.devoir-de-philosophie.com/dissertation-salons-litteraires-12714.html

(3) in Cours Autodidacte de Français Écrit (C.A.F.É.) offert entre autres à l’Université de Montréal :  http://www.cafe.edu/genres/n-conver.html

(4) Selon Montesquieu, dans son livre «Lettres persanes» (1721), sous le Directoire français, les femmes formaient «un nouvel État dans l’État» par les relations qu’elles développaient auprès des hommes de pouvoir et entre elles et «dont les membres toujours actifs se secourent et se servent mutuellement» (Lettre CVII, Rica à Iben, Smyrne).

(5) Née Anne Louise Germaine Necker, en 1766.

(6)selon http://www.plumedepoesies.org/t5035-la-comtesse-anna-elisabeth-de-noailles

(7) Selon L. Mailhot et P. Nepveu «La poésie québécoise»

(8) L’analyse de contenu et l’analyse des champs lexicaux dans les discours sont d’importants domaines de recherche en linguistique. Le plus connu de ces chercheurs est Noam Chomsky qui explique sa théorie dans le film documentaire bien connu «Manufacturing Consent» (La Fabrication du consentement) : http://fr.wikipedia.org/wiki/Manufacturing_Consent:_Noam_Chomsky_and_the_media et http://www.youtube.com/watch?v=TjIGPD-6QBk

(9) «Ce travail [de sape]-là, pour le résumer grossièrement, se fonde sur un seul axiome, une affirmation de Margaret Thatcher, à savoir qu’il n’y a pas de société, mais seulement des individus. Ce que cette phrase implique est dévastateur.» Pierre Lefebvre et Anne-Marie Régimbald, «Nous ne sommes pas seuls», revue Liberté, no 300, Montréal, été 2013.

(10) «Le Conference Board soulignait en 2011 que le Canada est l’un des pays ayant connu la plus forte augmentation des écarts de revenus depuis une quinzaine d’années. Bien que moins touché par ce phénomène, le Québec n’a pas été épargné. La taille de sa classe moyenne s’est réduite depuis le milieu des années 1980 et la part des revenus captée par le 1% le plus riche est passée de 7 à 11% de tous les revenus.» Nicolas Zorn et Michel Venne, Institut du Nouveau Monde (Montréal).

Un autre facteur plus psychosocial de ce repli des conversations humaines directes sont les nouvelles technologies numériques. Voir à ce sujet mon article au https://evemarieblog.wordpress.com/2013/07/23/quand-lindustrie-numerique-sabote-leducation/

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Quelques autres liens :

– Sur des salons dans l’histoire française :

http://www.herodote.net/histoire/synthese.php?ID=1758&get_all=1#reac

http://textespretextes.blogs.lalibre.be/tag/mme+de+rambouillet

http://literaturesalon.wordpress.com/2011/11/09/confessions-of-a-would-be-salonniere-my-favorite-twenty-first-century-salons/

http://www.weblettres.net/blogs/uploads/a/ABF/43888.pdf

– Sur le rôle des tricoteuses pendant la révolution française  : http://www.thucydide.com/realisations/comprendre/femmes/femmes2.htm

– Sur des cercles de parole autochtone:

– Sur d’autres projets de cocréation, conversation publique et mise en commun :

http://www.concordia.ca/fr/a-propos/universite-autrement/methodologie-conversations-publiques.html

http://www.percolab.com/des-conversations-qui-recr%C3%A9ent-le-monde/#comment-190

http://www.lilianricaud.com/travail-en-reseau/a-propos/projets/bibliotheque-libre-patterns-evenements-co-creatifs/

http://www.thestar.com/entertainment/2013/09/13/megaphone_art_installation_gives_montreal_something_to_shout_about_en_scene.html

– Sur une définition plus pointue et scientifique de la conversation : http://www.cafe.edu/genres/n-conver.html

Lafontaine, 2012

J’ai remarqué que depuis que je porte le carré rouge dans l’espace public, je reçois et je donne plus d’aide. C’est peut-être seulement une coïncidence, mais à la lumière du récent manifeste du muvement /etudiant des carres rouges, où ils élargissent considérablement leurs horizons, ça me donne l’idée de pousser la sensation et le concept plus loin au sujet du port du carré rouge : comme citoyen.e.s  engagé.e.s  et  disposé.e.s  dans la rue à de petits gestes civiques pour aider les autres, de manière à (faire) bénéficier des apprentissages de cette magnifique lutte sociale. Après la grève, leurs porteurs et leurs porteuses pourraient continuer à s’afficher avec le carré rouge pour la mémoire, bien sûr, mais aussi pour continuer à donner de la visibilité à leur ‘service social’.

Je pense qu’il faut rapidement détourner de façon constructive tout ce discours purulent qui a et va associer (pendant les élections) le carré rouge à «la violence et à l’intimidation»[1] et au chaos social. Le carré rouge, «c’est la rue» ? OK, prenons la désinformation et retournons-la comme une crêpe (ou une tarte à la crème). Prenons-la à bras-le-corps comme on le fait dans les arts martiaux, suivons le mouvement de l’adversaire et poussons-le encore plus loin. C’est une idée, il y en aura d’autres, mais comme citoyen.ne.s, en grève ou non, il faut proposer des actions concrètes pour que les gens se sentent plus en sécurité dans les rues de la ville en tout temps, entre autres…  grâce au carré rouge. De toutes les façons, il faut combattre la peur. Cela me semble une bonne façon de déjouer ces tactiques malsaines du gouvernement. Tout le monde sera gagnant, sauf les menteurs qui seront démasqués par la force de ce genre de gestes empathiques répétés et vus au quotidien. Même le maire de Montréal sera content :)). Il pourra venter «sa» ville comme étant la plus accueillante et la plus sécuritaire au monde…

Dans le manifeste de la CLASSE[2] qui fait assez bien la démonstration du terrible risque de la marchandisation de la vie, un détail m’a frappé : «Si nous avons choisi la grève, […], c’est pour créer un rapport de force, seule mécanique nous permettant de peser dans la balance». Seule ? C’est en effet le principal mécanisme, ou du moins le plus utilisé dans la tradition de la gauche syndicale, mais il en existe un autre, plus subtil et dont les effets sont plus profonds à long terme seulement. Il s’agit de pousser à la conscience/faire voir l’inconscience de certains comportements humains. C’est un aspect peut-être plus spirituel, mais dans l’état de corruption et d’ÉGOisme où nous nous trouvons, ça devient de plus en plus évident et une question concrète de survie collective. Je crois que ce «nouvel» aspect apporté à la vie politique peut être vraiment novateur[3], surtout s’il est porté par les plus jeunes et par les plus vieux de notre société. Et par la conscience, tout le monde est touché, de l’élite au peuple, du 1% au 99%. Sauf que… y’en a pour qui les conséquences sont plus dommageables…

De plus, autre sujet, je suggère une nouvelle image dans les prochaines manifs de nuits : une lampe de poche ou de cell dirigée vers un petit miroir et portée haut la main… le miroir de ceux qui ne se rendent pas compte qu’il n’y a plus de miroir quand ils s’y mirent. Travailler artistiquement sur des symboles à interprétations multiples est tout aussi puissant, comme vous le savez et l’avez démontré. Si ce geste était répété en masse, nul doute que ce serait le genre d’image médiatique frappante qui ferait le tour du monde, attirant ainsi l’attention là ou quand il le faut.

Chers étudiant.e.s, dans le fond, ce que je veux vous dire essentiellement, et que je ressens depuis un an ou deux, c’est que…

Quand les hommes et les femmes de cœur (re)commencent

à prendre la parole de l’action,

c’est qu’un autre pays est en marche,

c’est que notre âme,

exaspérée et famélique

a décidé de franchir le Rubicon,

l’illusoire distance qui

nous

sépare

de

l’autre.

***

Petit moment d,histoire du Québec.

“Depuis bientôt 5 ans l’Agéum revendique auprès du gouvernement
pour obtenir la gratuité scolaire que ce dernier avait formellement promise en 1960, depuis 5 ans le gouvernement refuse, depuis 5 ans l’Agéum re­nouvelle bêtement ses revendications et depuis 5 ans aussi le gouvernement se fout d’elle parce qu’il la sait incapable de sortir gagnante d’une épreuve de force avec lui. Un véritable syndicat n’aurait jamais accepté une telle situation et aurait proposé à ses commettants des moyens “syndicaux” de résoudre le problème, entre autres la grève. Mais l’Agéum, à cause du re­fus du gouvernement et son incapacité propre, voit ses membres patauger dans des conditions de travail assez pénibles pour quelques-uns et se sent dépassée par un problème qui pourrait trouver ses solutions immédiatement si elle était une véritable force syndicale.”
Tiré de la revue Parti Pris, vol. 3 no 6, janvier 1966 (Montréal)

 


[1] En juin, la ministre de la ‘culture’ avait confondu et associé publiquement, sans l’ombre d’un doute et au nom d’une «grande, grande, grande partie des Québécois», le carré rouge avec la «l’intimidation, la violence», pour se rétracter du bout des lèvres suite à une levée de boucliers, tout en enfonçant le clou encore une fois. Sans parler des nombreuses allusions du premier ministre à ce sujet.

[3] C’est le sens de la «Déclaration des engagements individuels et collectifs» mis de l’avant par Occupons Montréal en février 2012. Voir le lien ici-bas.

http://occupons-montreal.info/philo-politique/node/197

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