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TRANSFORMATION

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sur la vie
sur les gens

DÉCOMPRESSION 🙂
RALENTISSEMENT général du rythme
DÉCROISSANCE et TRANSITION vers l’essentiel

Parc Angrignon

Je suis couchée sur une de ces chaises longues en bois dont on avait enlevé la neige sur le bord de l’étang glacé. Après un petit moment de repos, mon attention se tourne vers le saule pleureur. Je me mets à observer le lent balancement des branches pendantes, jaune pâle sur un fond de ciel de craie, un très doux contraste. Ce grand parc, avec peu de repères humains construits, donne subitement une de ces images d’éternité. Ce temps présent est de tous les temps en même temps. Ce balancement aurait pu avoir eu lieu il y a des milliers d’années ou peut-être le sera-t-il encore d’autres milliers d’années… Léger vertige… Même nature avec la sensation furtive de percer la mystérieuse ligne de temps et de n’en faire qu’une…

Poursuivant ma marche, je tente de trouver le mot-clé de mon impression, après quoi les autres mots me sont « versés ». C’était comme… comme, comme… un déhanchement.

Déhanchement des branches

Soul qui pleure

De tous les temps

25 décembre

crédit_Ève Marie Langevin 2010_ Eastman 041

crédit photo :  Ève Marie

Mystère de la nativité

Du sauveur en soi

Le guérisseur

Au plus sombre du jour vide

Revient transfigurer

Notre nuit inf-âme

Barbares salvateurs

En soi étaient au pouvoir

Ceux qui, dominés par leur peur

Leur colère, leur chagrin,

Ne s’étaient pas encore regardés

De face

 

Lumière toujours monte

Si tant est qu’il y avait

La possibilité

D’un passage

 

Lorsqu’au dernier jour

Du jour le plus sombre

Jour premier de l’hiver

Le rayon se lève enfin

Une pépite de joie

Entrée par la petite porte

Presque invisible

Parfois ignorée

Le jour se lève à nouveau

Éternel, déjà

Dans son presque rien

Une trace au chemin

Vers son zénith

À l’été de sa plénitude

 

Joyeux Noël à toutes mes lectrices et à tous mes lecteurs ! En conclusion, je crois que nos conflits internes se reflètent (et vice-versa) dans les confits sociaux et politiques… Pour cette année, à retenir que les structures, règles et pouvoirs sociaux n’ont de sens que s’ils sont vraiment au service du peuple, sans quoi de sérieuses confrontations seront assurées dans cette nécessaire époque de transition !

Alors vraiment bonne année 2020 !

Tiré de mes archives du 4 février 2009 et mise à jour

Westerkamp à l'UQAM

Une de mes publications dans le journal Le Devoir, le 4 février 2009, suite à la diffusion du film  »Polytechnique » de Denis Villeneuve, film initié et joué par Karine Vanasse. (1)

Comment représenter l’abject? L’art soigne-t-il? Voilà deux questions fort intéressantes posées par Le Devoir pour la sortie du film Polytechnique. Il y a une vingtaine d’années, avec le chœur de l’UQAM dirigé par Miklos Takash (2), j’ai chanté «École Polytechnique» de la compositrice germano-canadienne Hildegard Westerkamp, une magnifique œuvre qui porte sur cet événement. Je me souviens que plusieurs choristes avaient refusé de la chanter. Un des passages à la fois contenu et émotif consistait à lancer les noms des 14 victimes, pendant peut-être deux interminables minutes. La partition indiquait «slowly as a prayer», avec crescendos et decrescendos, se terminant par des chuchotements. Puis, nous reprenions avec différents jeux de souffle pendant encore deux minutes. Je me souviens avoir eu les jambes si tremblantes que je faillis m’évanouir sur scène, en raison non seulement de la charge émotionnelle, mais d’un volontaire effet du chant en quasi-hyperventilation.

À la fin, l’œuvre, pourtant terrible, eut immédiatement sur moi un effet inattendu de «rédemption esthétique», pour employer le beau terme du professeur Habib dans votre article. Elle m’a donné un genre de compréhension spirituelle de l’événement très difficile à décrire en quelques mots, d’autant plus que nous chantions à l’extérieur, dans le froid de l’automne et sous les cloches de l’UQAM. J’ai eu l’impression que nous avions
envoyé cela au ciel pour que les personnes impliquées et l’événement guérissent. Le public semblait avoir discrètement apprécié. «Un langage simple et direct», avait alors commenté Le Devoir. Les œuvres de ce genre qui arrivent à rester sobres dans leur forme mais vaillantes, énergiques et sans complaisance dans leur puissance d’évocation, ont tout un effet sur leur public ou sur leurs acteurs.

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À l’opposé, il y a une quinzaine d’années, à titre de programmatrice du festival Silence elles tournent (dédié aux œuvres des femmes), j’ai été placée devant un choix à la fois éthique et formel pour la sélection d’un court métrage. Une cinéaste indépendante américaine proposait un film traitant du viol. Le film montrait une femme qui se fait violer par deux hommes dans une forêt, non loin d’une route de campagne. La scène du viol était terriblement «belle» et frappante, c’est-à-dire qu’on était plus frappé par la beauté cinématographique des images de LA scène que par l’horreur de son contenu. Nos émotions mêlées étaient le dégoût, l’admiration, le choc, la colère devant cet effet de
«magnification». J’avais l’impression que la réalisatrice avait cédé à la tentation de nous montrer son extraordinaire savoir-faire et avait perdu de vue l’énormité de son propos. Avec un petit groupe de femmes et d’hommes, après discussion, nous avions alors décidé de ne pas sélectionner ce film, tout en nous demandant si ce n’était pas une autre forme de censure. Je n’ai jamais regretté ma décision. Précisément pour cette raison posée également dans toutes les œuvres de ce genre : rendre belle la violence nous semblait une aberration.

J’ai toujours été frappée par la description de type clinique que les survivants d’atrocités font de leur expérience, une forme de distance nécessaire devant l’horreur. C’est probablement un des meilleurs points de vue à adopter pour un artiste ou un auteur qui veut traiter de ces sujets et qui le transposera sur le plan formel, mais qui n’est certes pas sans écueils. La même question est posée dans le livre de Gil Courtemanche, Un dimanche à la piscine à Kigali, portant sur le génocide rwandais, avec des scènes d’amour et la description des tueries et des cadavres.

Westerkamp et Courtemanche arrivent, chacun à leur manière, me semble-t-il, à ce niveau de terrible sobriété. Tout en ne magnifiant pas de terribles événements, ils réussissent à nous ébranler profondément et à nous poser des questions pertinentes sur l’humanité et ses dérives.

***

Mise à jour 8 décembre 2019. Vous pouvez écouter un extrait de cette œuvre sur le site de Westerkamp au https://www.hildegardwesterkamp.ca/ J’avais d’ailleurs remercié la compositrice personnellement, quelques années plus tard, réalisant mieux l’ampleur du drame et de la tâche. j’ai finalement vu le film de Polytechnique et il a atteint, à mon humble avis, ce même niveau de sobriété dans la représentation de l’abject.

Je me souviens encore de ma répétition du 7 décembre 1989 au chœur de l’UQAM (autre université à Montréal), le lendemain de la tragédie. La plupart d’entre nous avaient le même âge que les assassinées. En début de répétition, le chef, feu Miklos Takacs, nous avait délicatement proposé une minute de silence. Je ne me souviens pas d’avoir senti une onde d’horreur… Nous étions encore toutes et tous sous le choc, plus ou moins conscients de nos émotions.

En effet, déni pendant plusieurs années de la gravité de cette tragédie, cette année, en 2019, permettra définitivement d’ajouter un des mots les plus atroces de notre vocabulaire, le mot  »féminicide », qui a une grande différence avec le mot  »homicide » qui veut dire  »meurtre » avec ou sans intention idéologique.

Surlendemain de cette 20e commémoration, j’écoutais ce matin un animateur de Radio-Canada vouer une émission entière aux compositrices féminines, mentionnant à quel point les femmes sont »essentielles ». Ce simple commentaire m’a tiré une larme ! Cela m’indique à quel point cette tragédie nous/m’a personnellement affectée consciemment ou inconsciemment. Puis relatant un récent sondage auprès des spécialistes, sur les compositeurs les plus importants de tous les temps, il remarquait avec une certaine tristesse, la présence de seulement trois femmes dans le décompte, dont une en 7e position, dont j’ai malheureusement déjà le nom… C’est dire à quel point nous n’avons jamais exposés à ses œuvres, contrairement du magnifique Bach arrivant évidement en 1re position…

À toutes les familles des victimes et aux travailleurs/travailleuses touchées
de près par cette tuerie, mes hommages pour vos résiliences.

Une loi pour le
contrôle des armes à feu doit être votée au plus vite

par le gouvernement
canadien.

Commémoration de la tragédie à la Polytechnique, 20 ans plus tard. Crédit Bernard Brault - La Presse

Commémoration de la tragédie à la Polytechnique, 20 ans plus tard. Tous les 6 décembre, 14 faisceaux lumineux éclairent le ciel au-dessus du Mont-Royal à Montréal à la mémoire des victimes de l’attentat antiféministe de Polytechnique. Crédit Bernard Brault – La Presse

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(1) Voir https://www.ledevoir.com/opinion/idees/231382/polytechnique-comment-representer-l-abject

(2) À noter que Miklos Takacs est décédé en 2015.

 

 

Gratitude

MOUCHEs À FEUÇa faisait longtemps que je n’avais pas vu autant de mouches à feu (1) dans mon jardin ou ailleurs ! Quelle magie de la nature !

Ça me rappelle cette chaude soirée d’été sur un petit chemin de campagne avec mon amie Paola dans les années ’90 où nous marchions ensemble presque silencieuses, émerveillées par les milliers de mouches à feu qui s’allumaient autour de nous et à l’infini, comme des bouquets de lumières.

« Lorsque nous trouvons du plaisir à voir une chose avec une utilité pour nous, nous disons qu’elle est bonne; lorsque nous trouvons du plaisir à la voir sans que nous y démêlions une utilité présente, nous disons qu’elle est belle. » Montesquieu, ad 1720

Comme l’a écrit Montesquieu, cette «chose» est belle parce qu’elle n’est d’aucune aucune utilité. Elle est belle, car elle émeut et ravit nos sens, notre âme, en dehors de tout rapport matériel et pratique. Et comme l’ai dit Oscar Wilde, l’humain est le seul à avoir la possibilité de «créer ce superflu essentiel : la beauté.»

Ça me donne le goût d’être plus attentive à toutes ces petites choses du beau et à la gratitude de pouvoir les vivre et les exprimer.

Bonne beauté !

MOUCHEs À FEU_jour

Mouche à feu / luciole

P.-S. Une belle activité à faire avec les enfants est d’en récolter quelques-unes dans un pot de verre et attendre la nuit venue avant de les libérer…

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(1) «Mouche à feu » est un régionalisme pour LUCIOLES (Québec, Madagascar, Afrique de l’Ouest)» selon https://community.languagetool.org/rule/show/MOUCHE_A_FEU?lang=fr&subId=1

«Afin que vif et mort, ton corps ne soit que roses.»

Pierre de Ronsard, 1578

Sweet Silent Walks 001C’est le temps des rosiers sauvages et des pivoines, ces arbustes sauvages et fleurs cultivées de juin qui sentent si fort et si bon, fleurs par excellence du début de l’été. Une collègue de travail m’avait conseillé une activité de marche dans le cimetière Mont-Royal qu’elle venait de faire il y a deux semaines. Elle avait adoré «Sweet Silent Walks sur la montagne», organisée par Christelle Franca (1), activité rituelle nouveau genre (et sans prétention) pour de petits groupes de marcheurs en silence dans un parc hors du commun sur le flanc nord-ouest du Mont-Royal à Montréal, un côté fort peu connu du grand public et encore moins des francophones, puisqu’il s’agit d’un cimetière surtout anglo, jouxtant un cimetière juif. La communauté anglophone a historiquement toujours eu un goût prononcé pour les espaces verts, la plantation et la  conservation des arbres, et ce bien avant le mouvement écologique… Ce cimetière, avec ses arbres tricentenaires et son aménagement unique en fait un haut lieu montréalais de beauté, de tranquillité (sans jeu de mot 😉 ) et même de sérénité… si les mots «mort», et la vue de «tombes» ou d’«épitaphes» ne vous font pas peur et si vous y êtes même ouvert.

Après un accueil chaleureux de Christelle, suivi d’une sorte de méditation inspirée par quelques commentaires philosophiques de son cru, notamment sur les paradoxes de la vie et de la nature, elle demande à une nouvelle personne (puisqu’il semble y avoir des habitués de son réseau de connaissances et amis), moi en l’occurrence ce jour-là, de piger une carte dans un jeu de tarot qu’elle a elle-même conçu. La carte pigée inspirera notre marche. Je pige la carte «Force et unité», avec une de ses photos, ici une main ouverte à côté d’un arbre du cimetière. Elle commente cette carte en disant sentir un grand regroupement de forces constructives. Justement, elle pensait nous faire la tournée des plus forts arbres du parc, ça tombe bien et tout le monde semble avoir, comme moi, le cœur réjouit par cette proposition. C’est le début de la soirée, la lumière du soleil commence à changer dans une de ces très longues journées qui suivent (et précèdent) le solstice, avec près de 16 h de lumière à ce temps de l’année.

Nous pénétrons d’abord un petit boisé sur le bord d’un ruisseau (un des rares ayant survécu à l’urbanisation).

À l’entrée de ce boisé, j’ai immédiatement la vue d’un rayon de soleil pénétrant à travers le feuillage touffu et se jetant sur l’eau d’où l’on voit une très légère brume en sortir, phénomène naturel que je n’avais pas eu encore le plaisir ni la chance de goûter de mes yeux… Magique ! Quelles autres surprises m’attendent dans ce paysage hors du commun ? Nous passons un moment devant un triple érable argenté, un «grand-père» (ainsi que les appellent les Autochtones) qui doit faire certainement dans les trois-cents ans, probablement le plus vieil arbre de toute la montagne, l’arbre de la photo de ma carte pigée. Après en avoir fait le tour avec admiration, je m’y colle le dos quelques instants puis m’y assois un peu afin de bien le sentir et mieux observer ses ramages, cherchant d’où vient le chant des oiseaux.

Au creux de la montagne sur la cime d’un arbre mort, nous avons la chance de voir un de ces grands oiseaux carnassier, plutôt rare, un urubu à tête rouge (comme un dindon) qui nous regarde aussi… puis il prend son majestueux envol… Quel spectacle ! Justement, avant de partir, une amie de Christelle m’avait raconté que lors d’une marche précédente, ils avaient vu de loin trois de ces oiseaux en train de manger un raton laveur crevé, puis envolés ensemble à leur approche, un «puissant moment de vie» dit -elle… ce à quoi j’ajoute avec le sourire… «de vie… et de mort». Ma collègue qui était là à cette marche m’en avait parlé aussi, le genre de situation qu’on n’oublie pas…

 

Marche au Jardin botanique1_crédit photo Ève Marie Langevin

Selon la conteuse et psychanalyste Clarissa Pinkola Estés, le pommetier en fleur symbolise « un aspect féminin magnifique, l’aspect de notre nature dont les racines plongent dans le monde de la Mère Sauvage et le nourrissent par en-dessous » et dont le fruit symbolise « la nourriture et la maturation de notre connaissance de Soi. » (3)

Plus loin, une série de pommetiers très tardifs encore en fleur, blanc et rose, me font rêver; c’est l’heure de s’enivrer, comme le disait mon arrière-grand-oncle le grand peintre Ozias Leduc (2) qui avait une pommeraie à Saint-Hilaire, paraphrasant peut-être Baudelaire.

« La beauté d’une couleur simple lui vient d’une forme qui domine l’obscurité de la matière et de la présence d’une lumière incorporelle qui est raison et idée. » Plotin

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Puis, dans ce cimetière protestant, je trouve presque caché, au pied d’un arbuste, un minuscule hôtel bouddhiste… on n’est pas sectaire dans le coin, on dirait… Marche au cimetière Mt-Royal_crédit photo Ève Marie Langevin 007

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Presque à côté, une petite sculpture me tire les larmes, celle d’un enfant mort. Je pense à ma tante marraine, récemment décédée, qui avait fait une fausse couche pour son premier et dont les tombes se trouvent de l’autre côté de la montagne….Marche au cimetière Mt-Royal_crédit photo Ève Marie Langevin 006

 

 

 

 

 

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Non loin, une tombe majestueuse et récente (car c’est le côté du vieux cimetière, la plupart des tombes datent du 19e, début 20e siècle) de Molinari (sans prénom, ce qui est rare). Sur le coup, je pense qu’il s’agit de la tombe du peintre du même nom, que j’avais jadis croisé en compagnie d’un de ses camarades, le peintre Serge Lemoyne, et qui m’avait fait grande impression, surtout par ses poèmes, pas tellement par sa peinture à laquelle je n’y comprenais pas grand-chose et sur laquelle j’avais gentiment ironisé. Mais non, il s’agit d’une femme au nom de famille Molinari, dont le nom complet est inscrit à l’arrière, ainsi qu’une épitaphe qui m’a vraiment impressionnée : « Parce que je suis solaire / et je retournerai à la lumière », aussi une des rares épitaphes en français de ce côté du cimetière.

Marche au cimetière Mt-Royal_crédit photo Ève Marie Langevin 005À ce moment, je sors mon cellulaire pour prendre une photo. Je ne pensais pas me déconcentrer en faisant en plus des photos, mais je ne peux y résister et je retourne même quelques mètres plus loin pour faire deux autres photos des artéfacts précédents qui m’avaient frappée… me jurant d’en faire un usage modéré, car la photo empêche souvent de vivre le moment présent, une activité en soi à laquelle je préfère me consacrer entièrement, vie d’ex-vidéaste oblige…

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Marche au cimetière Mt-Royal_crédit photo Ève Marie Langevin 008Sur le haut flanc est, aux limites de ce jardin, nous prenons un moment de repos, admirant un nouveau point de vue du couchant sur le Centre-ville qu’on devine au loin, entre les grands arbres matures. Heureusement, Christelle a prévu un chasse-moustique aux huiles essentielles -qu’elle a fait elle-même-, car c’est l’heure de la mouche qui pique… Nu-pieds une bonne partie du trajet, je marche sur de doux tapis qui sentent si bons… serait-ce du thym fleuri ? Mais oui… Un des seuls moments où je parle en le faisant remarquer à un autre participant.Marche au cimetière Mt-Royal_crédit photo Ève Marie Langevin 009

Au retour, sur une tombe, Christelle attire notre attention sur une sorte de minuscule «ver» (?) jaune brillant de la minceur d’un cheveu qui bouge en s’entortillant sur lui-même… tout simplement inusité et magnifique comme insecte… Elle sait comment attirer notre attention sur toutes sortes de beautés.

Marche au cimetière Mt-Royal_crédit photo Ève Marie Langevin 010C’est la brunante, il fera bientôt noir et nous nous dirigeons vers la sortie. À ma grande surprise, il y a ici la tombe (?) de la peintre Marcelle Ferron où en tout cas un banc avec son épitaphe s’y trouve, avec une phrase puissante sur la détermination à être elle-même et à vivre par elle-même à une époque conservatrice du Québec qu’on a appelé la Grande Noirceur des années 1930 à 1960 :

« On nous considérait à l’époque comme des révolutionnaires alors que nous nous étions seulement à l’heure. On avait osé être nous-même et on s’est retrouvé à l’avant-garde.  Marcelle Ferron, artiste-peintre signataire du manifeste du Refus global » (1948)

Banc Marcelle Ferron2_crédit Ève Marie Langevin 07-19De retour à l’entrée, nous faisons de nouveau une mini méditation, puis je lui parle de Marcelle Ferron qu’elle ne connaissait pas encore, en lui expliquant qu’à l’époque, ce groupe d’artistes du Refus global ont payé très cher leur choix de rester eux-mêmes, poussés pour plusieurs à l’exil et bouleversés dans leur famille. Mais malgré tout, ils avaient réussi à créer de grands œuvres ouvrant ainsi la voie à ce qui nous semble aujourd’hui plus «normal» et un peu plus «aisé» à faire.

L’activité terminée, sortis du cimetière, en voulant rejoindre la rue Côte-Sainte-Catherine, Christelle propose de passer par un sentier qui nous mènera au coin de la rue Mont-Royal et Côte-Sainte-Catherine. Il fait presque noir, c’est l’heure entre chien et loup. Elle nous montre une clairière jouxtant le sentier, un lieu spécial où les merles se rencontrent en journée.  Nous croisons un marcheur qui parle sur son cellulaire en promenant son chien… cette manie moderne de faire deux choses en même temps… J’entame une conversation avec elle en lui parlant de la carte pigée et de son intéressant commentaire sur les forces constructives. Oui, il y a plein de belles initiatives plus ou moins connues (je pense au numéro de la revue Possibles où j’ai participé et où nous parlions de cela justement [4]) et souvent ignorées des médias qui préfèrent le drame. Elle me dit entrainer son attention pour les voir et les entendre -ça c’est ma «leçon» du jour-. Je sens le besoin d’exprimer néanmoins un point de vue complémentaire au sien. Je lui dis que je sens aussi une grande colère latente dans la société québécoise et que j’ignore comment cela se canalisera… Dans d’autres pays, elle s’exprime déjà librement… Elle avait parlé des paradoxes dans la nature, dans le monde. Je lui dis en voilà un autre, des forces de vie, des forces de mort s’activent puissamment. Elle me dit oui, j’ai vécu à Beyrouth. Je lui réponds, les forces d’unité, c’est vrai il y en a plein, mais il faut éviter les lunettes roses. Il y a toujours Éros et Thanatos. On vit toujours le cycle. Tu vis le cycle. Ainsi se termine notre amicale et passionnante conversation.

«J’ai toujours tout unifié en faisant de tout, de chaque chose, un miroir de mes pensées. » Fernando Pessoa

Nous terminons notre marche en silence. En bas, je les salue et les embrasse tous ainsi que Christelle que je remercie grandement pour cette belle découverte. Elle est vraiment créatrice de nouveaux rituels, notre société en a bien besoin !

En attendant l’autobus, j’écris ceci dans mon carnet :

Le livreur de St-Hub

S’étire

En gazant au Pétro-Canada

Drôle de façon

De livrer du gras

 

Dans l’autobus, la chauffeure se plaint d’avoir une bursite au talon. Elle dit à la passagère à l’avant avec qui elle est en grande conversation : «Je ne savais pas qu’on pouvait avoir mal là ! ». Elle rit. Sa passagère sort à ce moment et rit aussi, faute de mieux. Oui, c’est vrai, c’est tellement drôle la douleur !… Mieux vaut en rire ?

 

Ainsi va le siècle, ainsi va le cycle.

 

Je pense maintenant à mon petit cousin, le poète Gilbert Langevin.

«Vienne vienne le temps des vivants

Le vrai visage de notre histoire

Vienne vienne le temps des victoires

Et le soleil dans nos mémoires.»(un texte qu’il avait donné à la chanteuse Pauline Julien)

Mais aussi :

«Année de malheur où la peur était reine

On trempait son courage dans un baquet de haine

Des épines couronnaient le désir dénoncé

L’amour avait des gants pour ne pas se blesser.»

______________________

(1) https://www.christellefranca.com/services?tag=about

(2) Ozias Leduc fut le maitre de peinture du peintre Paul-Émile Borduas, auteur principal du manifeste du Refus Global (1948) que signa notamment sa jeune étudiante en peinture Marcelle Ferron et dont voici un extrait. Ainsi se transmet et se transmute « le trésor, la réserve poétique, le renouvellement émotif où puiseront les siècles à venir » de génération en génération d’artistes.

(3) Clarissa Pinkola Estés. 1996. «Femmes qui courent avec les loups. Histoires et mythes de l’archétype de la Femme sauvage» Paris : Grasset

(4) Revue Possibles, 40e anniversaire « Utopies concrètes et pratiques émancipatoires» vol. 40, no 2. Automne 2016. Montréal http://redtac.org/possibles/category/utopies-concretes-et-pratiques-emancipatoires-40e/imaginer-les-utopies-concretes/

De mes archives, 1999 (mise à jour)

 IMG_20150214_0001À la fin des années ’90, le nombre d’immigrants commençait à être visible à Montréal et nous commencions à comprendre qu’un jour, leurs enfants seraient majoritaires à Montréal. On commençait à réaliser la richesse de leur apport; c’est le point de vue (aujourd’hui devenu une habitude, voire un cliché) que je défendais à l’époque, en faisant connaitre un peu leur travail, leur questionnement et surtout leurs difficultés. J’y affirmais, entre autres, qu’au début du 21e siècle, ce serait les artistes migrants qui renouvelleraient les arts à cause de leur expérience unique en si grand nombre dans l’histoire humaine. Je pensais que les questions identitaires deviendraient au centre des discussions. Je ne me suis pas trop trompée… Néanmoins, en conclusion, par discipline journalistique, je me méfiais de moi-même, de mon si grand enthousiasme et de mes lunettes (peut-être) roses; j’émettais en filigrane des doutes sur l’unique positivité de l’immigration.

Depuis j’ai travaillé et enseigné la langue aux immigrants adultes. J’ai appris à les connaitre. Depuis les premières avancées de l’interculturalisme au Québec, après la Commission sur les accommodements raisonnables de Bouchard-Taylor (2007-2008), après la Charte avortée sur les valeurs québécoises, la laïcité et le voile des musulmanes du Parti Québécois en 2013 (voir ma série d’articles sur ce sujet), puis finalement la loi sur la laïcité de l’État et l’interdiction du port de signes religieux des fonctionnaires en position d’autorité et des enseignants (CAQ, 2019) et après les multiples événements de radicalisme, intégrisme ou terrorisme issus principalement d’une fange imbuvable et dangereuse de l’islam ou de l’extrême droite, on est maintenant collectivement mûr pour se poser ces questions : à quel moment une société cesse-t-elle d’être capable d’intégrer correctement ses immigrants ? Quels sont les facteurs psychosociaux du risque de nous faire tomber (de part et d’autre) dans un repli identitaire, un nationalisme autocentré, voire des violences ethniques, religieuses ou antidémocratiques (comme celle de Charlie Hebdo et autres -voir ma série d’articles sur ce sujet) ? Comment le discours sur l’importance de la «diversité» est toujours celle des autres, mais rarement la sienne (comme on le voit par exemple dans le Québec baching des commentateurs et politiciens anglophones hors-Québec qui critiquent le manque d’ouverture à la diversité des élus québécois… sans se rendre compte qu’ils sont ainsi peu ouverts à la diversité des priorités provinciales dans leur propre pays »… comme quelques délicates questions que la gauche hésite encore à (se) poser.

Quatre ans avant d’écrire ce long reportage ci-dessous, en 1995, j’ai écrit un récit-conte poétique qui se passait dans un avenir rapproché (donc plus ou moins en ce moment…) où je plaçais le décor social de mon héroïne Amanda, dans une post-4e guerre mondiale, urbaine et larvée par des… terroristes qui font sauter des églises et où on apprend un grand scandale opéré sur des « câbles optiques » (la technologie des fibres optiques pour le câble télé commençait à peine à l’époque) devant les tribunaux militaires. Vous pouvez trouver un extrait de ce récit sur mon blogue au https://evemarieblog.wordpress.com/2013/12/26/refusons-la-societe-de-surveillance-et-vive-edward-snowden/ et écouter quelques extraits de mon CD sur la droite de cette page.

Voici donc rétrospectivement  l’intégrale de ma recherche journalistique sur l’intégration des artistes émigrés que j’avais réalisée en 1999, pour le compte de la revue d’art Esse Arts + Opinions, et publiée à Montréal.

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Auteure : Ève Langevin, Esse arts + opinions, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

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Auteure, Ève Langevin, Esse Arts, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Art, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Art, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Art, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Art, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Art, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999 (suite de l’article plus haut, p. 41)

Auteure : Ève Langevin, Esse Art, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Art, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Art, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

Auteure : Ève Langevin, revue Esse Arts + Opinions, 1999

Auteure de l’article : Ève Langevin, revue Esse Arts + Opinions, 1999

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La Tricoteuse du peuple parle de refuge avec le public à la Place des Festivals à Montréal, lors d’un événement organisé par ATSA, mai 2019. Crédit photo : Jean Christophe

11 mai 2019 – Dans le cadre de l’événement culturel et communautaire sur les immigrants et les réfugiés «Cuisine ta ville»  organisé par ATSA (Quand l’art passe à l’action), j’ai rencontré les passants sur la Place des Festivals à Montréal pour discuter et tricoter ensemble. Je leur ai demandé : qu’est-ce qu’un refuge pour vous ?
Pour le public participant, le symbole du refuge est le lieu extérieur ou intérieur (spirituel) de la sécurité, du réconfort, de la paix, du repos, de la guérison, voire de l’amour. Converser avec des inconnus, tout en tricotant ensemble, parfois sur des sujets assez intimes (quelques réfugiés ont bien voulu se confier sur leur expérience) est une grande chance dans les deux sens. Beaux grands petits moments éphémères où se créent parfois quelques complicités aussi entre deux personnes du public qui tricotent et discutent ensemble. Moment d’échange, de connexion, de centration de notre humanité. Merci !

Plus de photos sur https://www.facebook.com/%C3%88ve-Marie-Langevin-750633708443354/

Rapport Final Commission Bouchard Taylor

Charles Taylor et Gérard Bouchard  lors de la Commission gouvernementale qui porte leur nom en 2008

Au Québec, plus de 10 ans après la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables avec les minorités religieuses dans la fonction publique et quelques tentatives avortées de plusieurs partis politiques de légiférer à ce sujet, un nouveau parti au gouvernement du Québec (CAQ) vient de présenter son projet de loi 21 sur la laïcité de l’État.

Rappelons d’abord ce que veut dire le mot «laïcité» selon ces deux sociologues :

«Pour Gérard Bouchard et Charles Taylor, la laïcité reposait sur quatre grands principes.  »Deux définissent les finalités profondes que l’on recherche, soit : l’égalité morale des personnes ou la reconnaissance de la valeur morale égale de chacune d’entre elles, et la liberté de conscience et de religion. Les deux autres se traduisent dans des structures institutionnelles qui sont essentielles pour réaliser ces finalités, à savoir : la neutralité de l’État à l’égard des religions et la séparation de l’Église et de l’État », écrivaient-ils dans leur rapport remis en 2008.» (1)

Rappelons aussi le contexte social de ce débat, né de la vague d’immigration massive depuis la fin des années 1990 qui a amené des pratiques de plus en plus diverses, dont certaines plus radicales et visibles que d’autres, notamment sur les questions religieuses. Ces nouvelles pratiques ont à la fois enrichi et mis au défi le vivre-ensemble dans une société de plus en plus individualiste et mercantile. Elles nous ont tous questionnés sur comment bien vivre avec/dans la différence.

En résumé, nous avons été déchirés entre les droits individuels (garantis par les Chartes des droits) protégeant principalement les minorités, et les droits et responsabilités collectifs garantis par les lois habituellement votées par des gouvernements représentant la majorité des citoyens. Au Québec, un aspect identitaire est venu s’ajouter et compliquer le débat, car la plupart des Québécois au passé chrétien et catholique ont une relation difficile avec les symboles religieux depuis la Révolution tranquille des années 1960 (j’y reviens plus loin dans mon billet), mais aussi pour une partie des croyants, -surtout croyantes, surtout musulmanes, qui s’identifie fortement au port de leur hidjab  comme fondement de leur expression religieuse (d’après ce que j’essaie d’en comprendre). D’autres aspects identitaires sont également venus se greffer et ont souvent été instrumentalisés par les partis au pouvoir de différentes façons.

***

J’aimerais exprimer ici un point de vue assez nuancé, avec un pour, un contre et une conclusion-synthèse entre les deux et tenter de nommer au passage quelques pièges dans ce débat.

LE POUR

En tant qu’enseignante auprès des immigrants adultes depuis plus de 15 ans et de formation initiale comme psychosociologue, j’aimerais axer mon billet sur un angle que je n’ai pas entendu jusqu’à maintenant, un angle mort, peut-être : le devoir de réserve des fonctionnaires et des enseignants dans le cadre de leurs fonctions (et non sur un blogue personnel comme celui-ci ou autre fb de ce monde). Il s’agit d’une discrétion professionnelle à l’égard de ses opinions politiques et religieuses. Pourquoi ? Parce que ces opinions peuvent d’une part, indisposer les citoyens usagers de nos services ou fausser nos relations, voire nos décisions à leur égard. En ce sens, il importe de rester, autant que faire se peut, moralement et d’apparence impartiale. Dans le domaine gouvernemental et paragouvernemental, l’apparence d’impartialité, voire de conflit d’intérêts est loin d’être un détail. Il est le socle sur lequel on construit son autorité morale devant des personnes qui, la plupart du temps, ne nous connaissent pas du tout, ce qui nous aide à être perçus,  le cas échéant, comme prenant des décisions neutres, non basées sur des préférences personnelles, des opinions politiques, religieuses ou autres. D’autre part, c’est également un devoir professionnel de faire passer la responsabilité collective devant la responsabilité individuelle (contrairement à un commerçant, par exemple) dans ce type d’emploi. En aucun cas, il s’agit ici d’interdire à tous les croyants, en toutes circonstances, dans l’espace public, le port de signes religieux ! L’interdiction proposée dans ce projet est très limitée et circonscrite à certains actes professionnels dans la fonction publique de l’appareil gouvernemental.

En ce sens, je crois que ce compromis, parfois légitimement difficile à faire pour certaines personnes, notamment celles de groupes minoritaires, doit être fait par les individus au nom de l’État employeur et non le contraire. Tout bien réfléchi, ce n’est pas à l’État de faire un compromis pour les individus, sauf pour ceux déjà à l’emploi, qui portent des signes religieux : ils pourront conserver leur emploi (clause dite «grand-père» du projet de loi).

Ce juste compromis, venant à la fois des individus et de l’État devant tous les sectarismes présents et à venir inclut la responsabilité à la fois de l’État et de ses employés de respecter les pratiques religieuses des citoyens-contribuables dans leur vie privée et de n’en favoriser aucune. Ainsi, par une loi sur la laïcité de l’État et de certains de ses fonctionnaires, on agit aussi afin de promouvoir la liberté et l’égalité des religions.

De très nombreuses personnes, des décideurs aux personnes de la société ou à leurs représentants de groupes de pression se sont exprimés tous azimuts sur le sujet depuis 10 ans, par vagues successives, parfois rapprochées. Le temps est venu de faire quelques constats pragmatiques et de prendre position pour favoriser une décision.

J’enseigne à des immigrants. La plupart d’entre eux comprennent et approuvent vivement le fait qu’il est de leur responsabilité de comprendre, respecter et appliquer (dans le cas de ceux qui travaillent ou vont travailler pour l’État québécois) le rejet massif de la majorité des Québécois de l’influence de l’Église catholique romaine dans la politique, puis, plus tard, de tous signes religieux (voiles, costumes, soutanes, croix, etc.) et de ses pratiques religieuses dans l’espace public  (d’abord la messe du dimanche, confesse régulière, plusieurs des sacrements -mais pas tous- depuis la Révolution tranquille,puis pus récemment des autres rituels et symboles religieux comme le kirpan, le turban, le voile, la kippa, etc. dans certains services publics). À cet égard, l’éminent historien québécois Yvan Lamonde l’explique ainsi :

«Je reconnais que nos concitoyens canadiens et les citoyens québécois d’immigration récente peuvent avoir de la difficulté à saisir la profondeur de cette évolution ; il n’en reste pas moins que c’est de cette expérience historique profonde que vient l’appui de la majorité au projet de loi 21.»  (2)

Les immigrants qui viennent d’autres traditions religieuses, qu’ils soient pratiquants ou non, doivent comprendre cette blessure et ce rejet fondamentaux dans notre histoire, rejet qui accompagne, pour le meilleur et pour le pire, toute l’histoire occidentale du 20e siècle. Au Québec, ce rejet d’une grande majorité de Québécois catholiques s’est fait ici non pas sur une période de 100 ans, mais sur une très rapide période de seulement 10 années (entre 1960 et 1970). Cela explique la désapprobation plus ou moins discrète d’un grand nombre de Québécois (selon plusieurs sondages) – mais pas de tous – des symboles ou vêtements religieux, quels que soient dans l’espace public – et encore davantage devant une personne en situation d’autorité. Il est important de comprendre que cette désapprobation vise d’abord l’apparence de la personne et non qui elle est à l’intérieur et éviter de trop personnaliser le débat.

Cette compréhension historique sur l’importance spécifique de l’expression concrète de la laïcité pour la nation québécoise pourrait permettre d’adoucir les débats et de s’interdire les outrances et les enflures verbales, ignorance ou fausseté du genre «raciste». En effet, le racisme est une croyance en la supériorité d’un groupe sur un autre, justifiant ainsi sa domination. Il n’est pas question de dire que les personnes qui portent tel ou tel symbole religieux sont inférieures ! Un maire de banlieue a parlé de «nettoyage ethnique», vraiment outrancier démagogique comme commentaire. Un enseignant a dit que cela allait empêcher des jeunes de faire carrière en enseignement. On ne rejette pas les personnes, mais un symbole important porté par plusieurs personnes, en particulier des femmes de religion musulmane. Un symbole dont il semble très difficile, voire impossible, de lâcher prise, alors qu’on a vu dans le passé des sociétés entières de confession musulmane (Turquie, Algérie, Tunisie, notamment) rejeter le hidjab. Vraiment difficile à comprendre cet attachement, d’autant plus que les musulmans eux-mêmes ne s’entendent pas au sujet de leur l’obligation ou non de porter le voile dans le Coran ! Il faut aussi savoir qu’un grand nombre de femmes de culture musulmane, pratiquantes ou non, rejettent elles-mêmes le port du voile (voir cet intéressant reportage de Radio-Canada sur ces 3 enseignantes qui le rejetent clairement, même dans l’enseignement (3). IMPORTANT : il ne s’agit pas d’un jugement de valeurs sur l’ensemble des pratiquants musulmans et autres, mais bien une précaution visant un petit nombre de fonctionnaires québécois en position d’autorité. J’ai entendu et vu beaucoup de jugement à l’emporte-pièce critiquant ce projet de loi comme une atteinte à «la diversité». C’est non seulement faux, mais d’une ignorance, voire manipulation intellectuelle insupportable. Cette loi ne vise PAS toute la société, comme certains semblent vouloir nous le faire croire.

Bref, dans ce projet de loi, on se préoccupe ici à la fois de son apparence d’impartialité et de son action neutre dans les faits et dans ses communications avec les usagers de certains services gouvernementaux comme les juges, procureurs, policiers, gardiens de prison et enseignants du primaire et du secondaire ainsi que les directeurs de ces écoles.

Voilà pour la thèse.

ET LE CONTRE

Mais maintenant, voyant le sociologue anglophone de McGill Charles Taylor, se dissocier lui-même de son rapport écrit avec Gérard Bouchard il y a quelques années, ainsi que , actuellement, des collègues-enseignants, habituellement si calmes, principalement ceux des écoles anglaises ainsi que des syndicats d’enseignants francophones (mais pas tous) prêts à la désobéissance civile pour empêcher cette loi de s’appliquer dans leurs écoles, puis lisant le texte de réflexion de l’un des principaux intellectuels ayant réfléchi sur la question et cité plus haut, G. Bouchard, qui explique très bien, notamment, que l’interdiction des signes religieux ne devrait viser que les personnes qui ont le droit coercitif de vie ou de mort (policier et gardien de prison) ou d’emprisonnement (juge et avocat) (4). Or les enseignants n’exercent effectivement pas de pouvoir coercitif, mais davantage une influence sur les jeunes. Il n’est pas non plus prouvé qu’ils exercent du prosélytisme sur eux. Si des personnes documentent de vrais cas, on pourra y réfléchir dans le futur.

Par ailleurs, l’importante question de la discrimination devra être encore être approfondie dans le débat et, à mon avis, être comprise au regard et à l’intérieur des responsabilités collectives qui devraient primer… ce qui, on le comprend, est assez difficile à faire passer dans une société de plus en plus individualiste. C’est cela qui différencie précisément, à mon avis, au Québec, notre société distincte des provinces anglophones canadiennes et des États-Unis.

***

En conclusion

Je crois qu’il faut éviter les erreurs des derniers gouvernements et chercher un compromis modéré le plus acceptable pour une majorité de députés représentant une majorité de Québécois. C’est celui de la proposition initiale de Bouchard-Taylor qui exclut les enseignants de la loi. Pour ce qui est des autres corps professionnels, nous verrons plus tard, à l’usage. Mieux vaut un plus large consensus pour une loi si importante, celle qui institue enfin un mécanisme concret de la laïcité de l’État autant dans l’apparence des individus (5) qui le représentent que dans dans son application simplifiée; et surtout sans ces accommodements dits «raisonnables» à la pièce, du passé, et qui nous ont tant plongés dans la confusion.

Trouverons-nous un compromis gagnant-gagnant où chacun des camps accepte de laisser tomber quelque chose d’important en échange d’un aspect important pour lui, comme l’a demandé sur les ondes de Radio-Canada le philosophe Jocelyn Maclure ?

Réglons enfin avec un compromis applicable et viable qui ramène la paix sociale et calme les esprits surchauffés, c’est aussi faire de la politique.

Enfin, au-delà des symboles religieux, concentrons-nous comme société sur tout ce qui crée du «liant» social, avec des services adéquats d’éducation des enfants, de francisation des adultes immigrants, d’intégration par le travail et la culture, par le dialogue, la lutte contre les fausses nouvelles, les inégalités et les discriminations… qui empêchent vraiment les gens de travailler, d’être entendus et de se développer comme personnes dignes et humaines.

 

__________________________

(1) Voir le journal Le Devoir, 30-03-19, https://www.ledevoir.com/politique/quebec/551060/petit-guide-pratique-et-theorique-de-la-laicite

(2) https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/552632/la-laicite-et-la-question-identitaire

(3) https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1164904/enseignantes-musulmanes-non-voilees-projet-loi-laicite

(4) Voir tout le texte de G. Bouchard au https://streamings.streamingfilmcomplet.wiki/filmcomplet/589308/les-arbres-remarquables-un-patrimoine-protger-vostfr/

(5) Au sens d’absence de conflit d’intérêts et d’apparence de conflit d’intérêts du point de vue du simple citoyen-contribuable recevant ou donnant un service dans ces contextes précis de travail/services publics.

Chlorophylle38_2018

Jacinthe Laforte en spectacle, allias Chlorophyle38

Cette question sous forme d’affirmation, à la fois blague, dérision d’un personnage en quête d’amour et provocation dans le spectacle sociohumoristique d’une amie a fait réagir et réfléchir.

Voici les détails.

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«Les hommes ont décidé de rester à un niveau inférieur d’évolution !»

Texte de Jacinthe Laforte· 8 mars 2019 , publié avec sa permission et la discussion qui s’en suit. Bienvenue à votre avis aussi !

«Un spectateur a dit que [mon personnage de scène et spectacle] «Chlorophylle38 cherche un gars compatible» était un show féministe et j’étais contente, mais surprise, parce qu’une femme qui avait vu un extrait, il y a plusieurs mois, m’avait dit être très mal à l’aise, qu’elle craignait que mon spectacle renforce des préjugés contre les femmes, étant donné que je caricature certains comportements répandus chez plusieurs d’entre nous (dans l’extrait en question, celui d’avoir de grandes exigences envers les hommes sans se rendre compte que la rigidité sous-jacente parle plus de nos manques que de ceux de nos interlocuteurs).

J’ai demandé des précisions et le spectateur a dit que Chlorophylle38 ne ménageait pas les hommes!
La provocation en humour crée une zone d’incertitude : quand on énonce des énormités (comme Chlorophylle qui affirme avec conviction « Les hommes ont décidé de rester à un niveau inférieur d’évolution !»), fait-on passer un message (ici : pourquoi le domaine de l’intelligence émotionnelle, du développement personnel et de la spiritualité est-il massivement occupé par des femmes – CE QUI SEMBLE LUI CONFÉRER UNE VALEUR MOINDRE, alors qu’il touche au sens de la vie, au développement de la capacité d’amour et de vivre ensemble qui va faire toute la différence de la survie de l’espèce sur la planète!!!) ou se moque-t-on des personnes qui tiennent ce genre de discours sans nuance? OU LES DEUX? En ce qui me concerne, ces moqueries sont profondément ancrées dans la tendresse et la bienveillance, offertes dans une visée de conscience et de guérison.
En ce 8 mars, je vais énoncer pour les femmes ce qui est selon moi vrai pour tous les êtres humains : La conscience et l’accueil bienveillant des parts de nous qui agissent depuis le manque et l’exigence sont une voie de renforcement de notre présence, et par là de notre capacité à pleinement vivre notre valeur, à nous amener dans le monde avec confiance, à demander et recevoir avec assertivité et amour ce qui répond à nos besoins, à dire non à ce qui ne nous convient pas, oui à ce qui rend notre vie plus merveilleuse, et à nous engager dans l’univers collectif pour que toutes les femmes, partout dans le monde, puissent goûter à ça.
Bonne journée des droits des femmes! »

par Jacinthe Laforte sur Facebook au https://www.facebook.com/notes/jacinthe-laforte/les-hommes-ont-d%C3%A9cid%C3%A9-de-rester-%C3%A0-un-niveau-inf%C3%A9rieur-d%C3%A9volution-/10156429846232400/?comment_id=10156430192022400&reply_comment_id=10156433867217400&notif_id=1552235157643441&notif_t=feed_comment_reply&ref=notif
et sur son blogue https://www.jacinthelaforte.com/blog-videos/

 

Et la discussion qui s’en suit :

Merci et bonne fête chère Jacinthe ! J’adore ta conclusion et la situation paradoxale que tu illustres qui nous oblige à reculer la lorgnette et voir plus large avec notre cœur. Peux-tu donner plus de détails sur ce que tu veux dire par «agir depuis nos exigences» et «assertivité» ?

Jacinthe Laforte Cette exigence a comme impact, en général, soit la soumission, soit la rébellion de l’autre en question, mais rarement une réelle mobilisation vers la satisfaction mutuelle dans l’interdépendance… Je me note vraiment d’explorer cette question prochainement, en particulier dans l’idée des rapports hommes-femmes à un niveau sociétal.

Ma réponse : Oui, agir en fonction de nos seuls besoins amène des difficultés relationnelles et sociétales. Néanmoins, sur le plan de l’éducation tant parentale que scolaire, pourrait-on parler d’exigences constructives qui nous poussent à nous dépasser (mais sans nous mener à l’anxiété) ou destructives qui coupent de soi-même et des autres ? Le maitre-mot ici est en effet vraiment «mobilisation» sur le plan des relations individuelles. Cependant, en société, des sous-groupes ne peuvent pas nécessairement vraiment mobiliser le groupe au pouvoir qui refuse évidemment de perdre ses privilèges de caste/classe, de sexe, de revenus, de couleur, etc… C’est pourquoi on verra davantage des rapports de force sociaux se mettre en place.

Jacinthe Laforte Salut Ève! Oui, tout à fait! Et sur la question des rapports sociaux et des besoins, je recommande cette conférence en vidéo: https://www.facebook.com/spiralisformation/videos/318361912366628/ Le groupe Spiralis propose en mai un programme qui regarde la question des privilèges sociaux à la lumière de la Communication Non Violente

Et oui, on peut avoir des exigences assumées et conscientes (genre: pas de cigarette dans ma maison). La clé, c’est vraiment de voir l’impact de nos paroles, gestes, attitudes: est-ce que ça donne ce qu’on veut ou non? Sinon, on peut faire d’autres choix.

*/*

J’ai visionné au complet ce passionnant document que tu suggères ci-haut, une formation qui vise à se questionner sur nos privilèges, dans une perspective de Communication NonViolente (CNV- issue de Rosenberg/Rogers).

Pour les personnes qui n’ont pas le temps de regarder cette formation au complet (65 minutes), voici quelques notes que j’ai prises :

Lorsqu’il y a une mauvaise communication et que quelqu’un nous renvoie la «balle» en pleine face :

1- Notre 1re réaction n’est pas nécessairement la meilleure : prendre un temps si possible, afin d’éviter une réaction défensive, offensive ou la culpabilité;

2- Faire un choix conscient de la partie du message (balle) sur laquelle je désire porter et donner mon attention. M’intéresser aux besoins sous-jacents de la communication (les besoins de l’autre/les miens).

3- Se donner de l’autoempathie en temps opportun.

4- suite du point 2… Porter attention à l’impact de notre message sur l’autre, et ce peu importe notre intention initiale.

5- Prendre action :

a) Apprendre  à connaitre progressivement mes biais personnels et mes angles morts;

b) M’éduquer sur les sous-groupes dans la société qui n’ont pas ou qui moins de privilèges que moi, sortir de ma bulle. Développer ma curiosité sur ce que vit l’autre ou l’Autre, afin de maintenir le lien sociétal ou individuel, selon la situation;

c) Partir de mon désir du «mieux» autour de moi (famille, amis, collègues) ou de celui d’un monde plus juste, moins inéquitable (par exemple) et non de celui, par exemple, de vouloir «sauver le monde» /  les autres;

d) Accepter à l’avance l’imperfection de telle ou telle action/parole et le courage de la prise de risque.

Et pour vous, chères lectrices et lecteurs ?

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