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Crédit source : Ed Snowden, sur WBTHblog

Étant fille de diplomate et journaliste, les questions de protection et de droit à la vie privée comme base de l’intégrité humaine dans un régime dit démocratique m’ont toujours intéressées au point où j’en ai fait la trame de fond d’un récit encore inédit que j’ai écrit en 1995 «Le Fiel à la bouche» et dont je parlais dans mon billet «Refusons la société de surveillance»(1) en  2013 (et dont vous pouvez trouver quelques extraits sonore dans le bandeau de droite). Ce billet portait également sur le lanceur d’alerte Ed Snowden et sur les méthodes légales et illégales d’espionnage et de surveillance de masse des gouvernements américains et britanniques via notamment les réseaux téléphoniques, les courriels privés et les réseaux sociaux. En 2013, j’avais joint ma voix aux 562 écrivains qui avaient écrit aux Nations-Unies pour dénoncer ces méthodes de société sous surveillance.(2)

Comme vient de le faire très justement remarquer Salil Shetty, le secrétaire général d’Amnesty International :« il est ironique que Snowden soit traité comme un espion alors que son acte courageux a attiré l’attention sur le fait que les gouvernements américain [via son agence NSA] et britannique ont espionné illégalement des millions de personnes sans leur consentement.» On nage en pleine inversion du discours public, comme l’avait si bien pressenti l’écrivain Aldous Huxley en 1932  dans son roman «Le meilleur des mondes» en pensant aux pays totalitaires comme la Russie avec ses caustique slogans «la paix, c’est la guerre» ou «l’amour c’est la haine» dans une «novlangue» bureaucratique édulcorée. Or ces méthodes ont non seulement maintenant cours en toute impunité… dans nos pays, mais des personnes qui les dénoncent en les révélant sont accusées au criminel d’espionnage ! À l’heure numérique, et comme l’a été Huxley à l’époque, il importe d’être vigilant, lucide et prévoyant quant à l’utilisation que la police et nos gouvernements élus font de nos données numériques et des nouvelles technologies.

«En juin 2013, Edward Snowden a partagé avec des journalistes des documents des services de renseignements américains qu’il avait collectés alors qu’il travaillait comme sous-traitant en matière de sécurité à la NSA. Ces documents ont révélé l’ampleur des opérations de surveillance électronique mises en place par les gouvernements américain et britannique, qui surveillaient les métadonnées via les activités en ligne et les communications téléphoniques de millions de personnes à travers le monde.»  (extrait de la pétition d’Amnesty International*).

Autrement dit, il est important de comprendre que Snowden n’a pas publié lui-même les informations, mais a demandé à des journalistes chevronnés du journal britannique The Guardian  de faire un tri dans la masse d’information sur les activités licites et illicites de la NSA et dont les actions portaient atteinte à la protection de la vie privée prévue dans la constitution américaine. En choisissant cette façon de faire des révélations, Snowden n’a pas porté atteinte à la sécurité des personnes et les journaux ont fait des révélations ciblées et vérifiées en toute légalité. Le Washington Post a aussi fait des révélations pour lesquelles il a obtenu le prix Pulitzer en 2014, conjointement avec le quotidien britannique The Guardian, pour ses articles sur les informations transmises par l’informaticien.

Mais cette semaine, l’éditeur vire-capot du Washington Post dénonce Snowden, ce qui est un précédent unique et dangereux dans les annales du journalisme d’enquête, où la direction d’un journal dénonce ensuite une de ses sources dans un éditorial (3). Ce texte vient de lui valoir (heureusement) une pluie de critiques aux États-Unis comme ailleurs dans le monde (4). La conséquence aberrante de cet éditorial est que les futurs lanceurs d’alerte pourraient devoir renoncer à leur devoir de conscience, seul devoir qui fait qu’on reste un être humain. Ce n’est pas un détail.

Un autre volet des révélations de Snowden concernait le programme de surveillance en ligne PRISM qui «consistait à obtenir [légalement] des données issues des réseaux sociaux et des plus importants services de messagerie électronique.» (2)… mais le faisaient à l’insu des utilisateurs de ces réseaux (Facebook, etc.) «La surveillance de masse révélée par Snowden a un impact sur les droits fondamentaux des citoyens du monde entier.» (autre extrait de la pétition d’Amnesty International)

*Peu avant le lancement du film d’Oliver Stone sur ce sujet, la pétition internationale :

«Edward Snowden is a hero not a traitor»

a été lancée pour demander à Barack Obama une grâce présidentielle pour Snowden. Cette pétition est menée notamment par Amnistie International, Human Rights Watch et l’Union américaine pour les libertés publiques (ACLU) : https://www.amnesty.ch/fr/themes/surveillance/docs/2016/la-grace-a-edward-snowden#  (texte d’explication) et https://www.amnesty.org/en/get-involved/take-action/Edward-Snowden-hero-not-traitor/ (pétition)

Par ailleurs, selon le BWRHblog , on apprenait en juillet 2016 que «Edward Snowden is working on an iPhone case which would alert its user and deactivate a device should it be accessed by an unauthorized party.»

Edward Snowden a posé néanmoins un geste illégal en 2013 en relayant des informations secrètes aux médias. Mais l’ancien procureur général des États-Unis Eric Holder avait parlé de son geste comme un « service public » en attirant l’attention du public sur ces actions cachées du gouvernement. Pour ces deux côtés de la médaille, un terrain d’entente doit être trouvé afin de permettre à Snowden de sortir de Russie non comme un criminel et lui donner la possibilité de défendre adéquatement son action dans le but d’élargir le débat public sur ce vital enjeu.

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(1) https://evemarieblog.wordpress.com/2013/12/26/refusons-la-societe-de-surveillance-et-vive-edward-snowden/

(2) http://www.ledevoir.com/societe/justice/394827/refusons-la-societe-de-surveillance?utm_source=infolettre-2013-12-11&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

(3) https://www.washingtonpost.com/opinions/edward-snowden-doesnt-deserve-a-pardon/2016/09/17/ec04d448-7c2e-11e6-ac8e-cf8e0dd91dc7_story.html?utm_term=.8c1c927d99be

(4) http://www.ledevoir.com/societe/medias/480500/le-washington-post-tance-pour-avoir-lache-snowden

et http://www.ledevoir.com/opinion/blogues/les-mutations-tranquilles/479959/appel-a-la-grace-presidentielle-pour-edward-snowden

 

bandelette_dialogues1666Il y a 350 ans, un 2 juillet, la ‘première’ dispute philosophique publique au Québec avait lieu…

« Les Relations des Jésuites nous apprennent que le premier débat philosophique public (disputatio) au Québec se déroula le 2 juillet 1666 (…). L’intendant Jean-Talon participa à la discussion en latin. L’un des étudiants soumis à cet examen de philosophie se nommait [le futur explorateur et découvreur] Louis Jolliet. » (Cauchy V. (1968) dans Houde R. (1979).» (1)

***

Mathieu Parent, anthropologue et poète de l’Atelier Mange-Camion a organisé le 2 juillet dernier un happening de lecture-discussion autour du texte ancien de La Hontan (1666-1716) «Dialogue avec un Sauvage» (publié en 1703). Tous les participants, dont moi et mon ami Fabrice Marcoux, devaient en lire un extrait qu’il nous avait envoyé par courriel, avec seulement une répétition avant le happening dans un parc très spécial appelé «le Champ des Possibles» à Montréal.

C’était une journée grise, fraiche et très (anormalement) venteuse pour juillet, avec parfois quelques rayons de soleil pour nous réchauffer. La plupart des gens étaient insuffisamment habillés et plusieurs sont partis frissonnants avant la fin. Néanmoins, pour commencer, nous étions une bonne trentaine à s’être déplacés. Mathieu, faisant référence au vent et au chemin de train à proximité et sans doute pour mettre nos esprits ensemble, a proposé d’entonner en canon le chant d’une comptine traditionnelle «Vent frais, vent du matin» :

Vent qui souffle au sommet des grands pins.
Joie du vent qui souffle,
Allons dans le grand…
Vent frais, vent du matin,
Vent qui souffle au sommet des grands pins.
Joie du vent qui souffle,
Allons dans le grand…

Les trois chapitres lus, soit « les lois», «la religion» et «le bonheur» ont été choisis par l’historien Réal Ouellet qui n’a pu malheureusement être des nôtres. Mathieu m’a écrit que «Réal Ouellet a insisté, avec raison je crois, lors de notre rencontre, sur le fait que l’originalité des Dialogues tient d’abord au fait que « le Sauvage [est] Philosophe »,  plutôt qu’à l’idée qu’il serait « le Bon Sauvage ». » Le texte de La Hontan est un débat binaire entre deux personnages, soit l’auteur lui-même et un Amérindien, un Huron qu’il appelle Adario, prototype probable, selon un des lecteurs (Jean-Guy Parent), du grand chef huron Kondiaronk. C’est une sorte d’herméneutique critique du mode de vie français et européen de son époque (17e siècle). Un texte qui aura inspiré le philosophe Leibniz, que La Hontan a fréquenté et probablement Montesquieu et ses «Lettres persanes» (1721) et Rousseau avec le mythe du bon sauvage (1755).

«Les Iroquois & les Hurons […] ont renversé les maximes politiques trop universelles d’Aristote & de Hobes. Ils ont montré […] que des Peuples entiers peuvent être sans magistrats et sans querelles […]. Mais la rudesse des ces Sauvages fait voir, que ce n’est pas tant la nécessité, que l’inclinaison d’aller au meilleur [bien] & d’approcher de la félicité, par l’assistance mutuelle, qui fait le fondement des Sociétés et de Etats […]. Leibniz, Jugement sur les œuvres de Mr. le Compte Sharftesbury, dans Opera Omnia, vol. V (1715), texte rapporté par Réal Ouellet (2)

Le texte de La Hontan, sous forme d’essai-débat, présage peut-être d’un courant libertaire qui mènera notamment à la Révolution française. Mais aussi un texte qui lui aura valu de fortes inimitiés autant en Nouvelle-France qu’en France auprès des pouvoirs établis le menant deux fois à l’exil. Dans ce texte, l’Amérindien défend son mode de vie, mais on comprend vite de nos jours qu’il s’agit en fait de la vision d’un Européen et non des mots qu’aurait utilisés un Autochtone, même en partie instruit en France, comme il est suggéré dans le texte. Mais La Hontan a tout de même vécu 10 ans en Nouvelle-France, ce qui donne de la valeur à son texte, même de nos jours et surtout à l’époque, où il a connu un vif succès et fera le premier rêver du Nouveau Monde nombre d’Européens de l’époque. Là est son originalité littéraire.

Précisément parce que La Hontan expose ses préjugés et automatismes propres à son époque, malgré le degré « d’ouverture » dont il fait état ─comme Champlain qui l’a précédé d’un siècle─, ce livre nous en fait apprendre beaucoup d’un point de vue anthropologique et historique. Cependant plusieurs aspects importants de la vie autochtone manquent, comme le faisait bien remarquer un des participants du public, notamment sur les aspects de cruauté avec les prisonniers des Amérindiens.

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Ce temps si improbable pour un 2 juillet combiné avec cette énorme concentration à écouter des lectures pendant 3 heures, intercalées de deux déplacements dans le parc et de deux brèves périodes pour émettre des commentaires (qui serviront à la discussion finale après la lecture) ont induit chez moi un flottement de la pensée, augmenté par ce lieu improbable et plutôt enchanteur, un petit boisé au milieu de la ville, sauvé des condos par des citoyens agronomes, artistes et écolos –entre le chemin de fer, les blocs de manufactures et le couvent des Carmélites avec son très haut vieux mur de pierres et ses grands arbres matures. Justement, un des dialogues de l’auteur finit par le mot « couvent ». En se tournant vers Adario pour l’écouter lire à son tour, La Hontan (M.) se tourne davantage vers ce couvent, comme pour évoquer la syncronicité du moment…

Deux ou trois moments magiques me furent donnés lorsqu’à la lecture du dialogue sur la religion, la cloche du couvent sonna longuement, lentement. La couleur de la lumière sous le ciel ombrageux, parfois traversé par un bref rayon de soleil, les vents puissants virant à l’envers les feuilles des arbres centenaires, alors que j’étais à demi couchée dans ce parc sauvage, jonchés de petits sentiers naturalisés appelés ici par les habitants des « lignes de désir » et n’ayant pour vue que ces « grands-pères » feuillus et le vieux mur du couvent, je me sentis alors happée doucement dans un de ces moments hors temps et hors saison, presque hors histoire (avec cette vue de ce côté du parc sans bâtiments modernes). Les voix des lecteurs devinrent un décor lointain d’esprits parlant devant la toute puissance de la nature, cette voix du grand Manitou défendue par Adario, une 3e voix de la nature semblant s’imposer aux deux autres, l’air de dire : « Écoutez-moi bonnes gens !! ». Sensible à cet appel, j’ai senti une sorte de long moment de non-pensée et de présence totale au monde, un cadeau comme il ne m’en arrive pas souvent… Merci !

Durant ce dialogue sur la religion catholique vs. la spiritualité amérindienne, un autre de ces beaux moments finement synchrone fut la distribution de petits pains maison faits par M. lui-même. Étant assise, je voyais à peine les pains distribués aimablement dans un sac par une autre participante, la jeune Jeanne. Ma main tomba sur un double pain qui n’avait pas encore été détaché. Hésitant à le garder, J., en bonne future mère de famille… ou Sœur économe et gentiment sévère, me fit remarquer par un mot ou deux soufflés doucement qu’il pourrait en manquer pour les autres… et je m’empressai alors de remettre le 2e pain dans le sac… presque gênée d’avoir eu « une mauvaise pensée »… Le pain était exquis, comme discrètement aromatisé de tomates séchées (?). Manger ensemble ce pain… quel beau geste ensemble, à un moment où justement, on nous parle d’hostie dans le texte… Geste trop souvent oublié de nos jours où la chrétienté est exit par la nouvelle religion de l’argent ou de la violence.

La fin de l’après-midi ramena de plus longs moments ensoleillés très appréciés… alors que mon corps grelottait un peu sous les vents. Appuyée à un arbre, je fermai les yeux quelques instants pour mieux sentir la chaleur de notre père le Soleil réchauffer mes joues. Quel plaisir de sentir cette longue caresse quand on a été en manque toute la journée !

Ce fut bientôt mon tour de lire. Forte de cette expérience, j’introduisis ma lecture avec une improvisation assaisonnée d’une tournure discursive de l’époque,  m’adressant à l’auteur joué par Mathieu : « Mon ami, …, que notre Dieu le vent dissipe ces mauvaises pensées et que le Soleil réchauffe nos cœurs, aujourd’hui !», ce qui a bien fait rire les valeureux spectateurs qui restaient encore pour cette dernière lecture.

Ensuite, on nous a offert de rentrer à l’intérieur pour nous réchauffer à la coop Temps Libre, à l’arrière du parc pour discuter, échanger et pique-niquer. La table était haute, longue et étroite et pour peu, quoique dans un cadre très convivial, et sans façon, on se serait presque cru à la première cène…

Pour finir en beauté, les organisateurs avaient eu la délicatesse de prévoir un petit cérémonial pour clore le happening en plantant une fleur ou une plante symbolisant chacun des trois chapitres sur les trois sites où nous les avions lus… mais nous sommes partis à la fois délicieusement fatigués et ragaillardis…

Quelle belle journée !

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Quelques mots

sur le Champ des Possibles

Le lieu, un parc mi-sauvage derrière des manufactures, appelé «Le Champs des Possibles» à Montréal, dans la partie industrielle du quartier Mile-End est un parc indigène auto-organisé par des citoyenNEs du quartier, et plus récemment par la Ville. Ici on entend l’idéateur et organisateur appeler «Adario», le personnage qui discute avec l’auteur de La Hontan, dans son livre «Dialogue avec un Sauvage» (1703).

Ce livre d’histoire du Québec a été lu et discuté en partie lors de ce happening, 350 ans jour pour jour après la première dispute philosophique européenne organisée en terre du Québec.

Pour plus d’info sur ce parc citoyen, voir https://amisduchamp.com/

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(1) http://aqction.info/evenement/dialogues1666-lectures-debats-pique-nique/

(2) Réal Ouellet. 2010. «Lahontan. Dialogue avec un Sauvage». Montréal: Lux.

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La Tricoteuse du peuple avec Marie-Eve Labrecque du COSSL lors du lancement des projets pour le 375e de la ville de Montréal. Crédit photo : TCmédia/Isabelle Bergeron

Samedi dernier avait lieu le lancement de la centaine de projets culturels et communautaires dans plusieurs quartiers de Montréal, en prévision des festivités de son 375e anniversaire de fondation, l’année prochaine (1642-2017).

J’y participerai avec mon personnage de Tricoteuse du peuple et avec un nouveau Tricot du peuple d’une nouvelle couleur (le premier, rouge et jaune a été tricoté lors du Printemps érable avec Occupons Montréal et lors des Journées de la culture avec le grand public), mais cette fois-ci  dans le quartier de St-Laurent en collaboration avec la Table de concertation des organismes d’aide aux immigrants, le COSSL, à l’invitation de Marie-Eve Labrecque.

Notre projet est l’un des deux projets retenus pour ce quartier et l’un des 102 projets locaux choisis par des comités culturels de la Ville de Montréal parmi les 326 reçus. Le journal du quartier a couvert cet événement et j’ai eu l’occasion d’en donner plus de détails. J’y réaliserai des performances axées à la fois sur l’art de la conversation et sur l’art du tricot populaire : le tricot ensemble, comme geste et rêve en commun, comme prétexte à la conversation sur ce que les gens désirent dans leur cœur pour l’avenir du peuple. C’est souvent fascinant ce que les gens ont à dire ! Ainsi le Tricot du peuple comme maillage collectif, toujours le même tricot d’une place à l’autre, avancera de quelques mailles, de quelques rangs, de quelques idées, de quelques nouveaux contacts et échanges à chaque rencontre et nous retisserons ainsi le tissu social si fortement abimé ces dernières années…

J’animerai ainsi des ateliers auprès des membres de divers groupes communautaires, dont de nombreux immigrants de ce quartier, pour favoriser l’échange entre les communautés culturelles, francos, anglophones et Premières nations du quartier. Ce travail-tricot collectif servira, à la fin de l’année, d’habillement pour le mobilier public de la Ville dans leur quartier de St-Laurent, probablement sur une nouvelle place publique appelée «Une place pour rêver», actuellement en construction, en arrière du métro Côte-Vertu. Enfin, un autre aspect de mon travail plus à long terme est l’écriture de ces rencontres en couchant sur papier à la fois expérience vécue et perles de la sagesse populaire. Voir http://journalmetro.com/local/saint-laurent/actualites/982680/celebrations-entre-modernite-et-tradition/

Plus de détails sur l’ensemble des projets au http://www.375mtl.com/devoilement-programmation-quartier/  et dans l’onglet ci-haut  «Tricot du peuple».

Tricot du peuple 2012-12-gros plan- (6)

Le Tricot du peuple (détails) fait par le peuple, 2012-2015. Médiatrice et artiste : Ève Marie

Pour pousser plus loin votre réflexion sur l’importance de la conversation sociale dans une société anomique, solitaire et déstructurée sur le plan des relations humaines comme celle tristement devenue la nôtre, saviez-vous que :

«Selon Paul Hawken, auteur et activiste écologique, nous ne sommes conscients ni de notre importance ni de notre valeur dans notre société désordonnée et déstabilisée. » « Il n’est pas facile pour chacun d’entre nous de se sentir relié aux autres, de comprendre ce monde désordonné et déstabilisé et d’y trouver sa place. Bien des gens se demandent : Que puis-je faire? Par où commencer? À qui parler? Comment comprendre ce qui se passe? Comment tout cela me concerne-t-il?»

«La conversation est peut-être un des moyens les plus efficaces d’apprendre, de créer des liens et de trouver un sens à toute chose. Ce sont bien souvent les conversations informelles, plutôt que les propos structurés dans les salles de classe, les nouvelles du bulletin de 18 heures ou les petites phrases de 30 secondes énoncées par des experts, qui nous en apprennent le plus sur le monde. Pour la plupart d’entre nous, les conversations sont au cœur de nos relations. Elles constituent le principal moyen de communiquer avec nos amis, notre famille et même des inconnus dans l’autobus.» Elisabeth Hall, Percolab, Montréal, http://www.percolab.com/des-conversations-qui-recr%c3%a9ent-le-monde/

 

Poésie km

De mes archives, automne 2000

Édition d’un de mes poèmes, publié dans un livre collectif d’art,

aux Inéditions de Bonaventure

Tiré de «Omphalos». Bonaventure: 2000. éd. Inéditions

«Poésie km» de Ève Marie Langevin. Tiré du livre d’art «Omphalos» (boitier sculpté par Guillaume Lachapelle). Bonaventure: 2000. éd. Inéditions

 

 

Poésie km_p.1a

Page couverture sur papier oignon de «Poésie km» de Ève Marie Langevin. Bonaventure: 2000. Éd. Inéditions

José Tommi. illustration de «Poésie km» d'Ève Langevin. 2000.

Illustration de Josée Tommi, pour «Poésie km» d’Ève Marie Langevin. Bonventure: 2000. Éd. Inéditions

 

 

 

 

 

 

 

1re Nuit debout Montréal 28-04-16. Crédit photo: Robert Bertand

1re Nuit Debout Montréal devant le consulat français, en solidarité avec le mouvement à Paris. 28-04-16. Crédit photo: Robert Bertrand

Le mouvement de la Nuit Debout parisien (voir mon autre billet à ce sujet*1) s’est maintenant étendu à d’autres villes françaises et européennes, puis sur tous les continents voir : https://www.facebook.com/NuitDebout/photos/a.1707228729555023.1073741828.1707017119576184/1727093247568571/?type=3&theater

Nuit Debout s’étend maintenant depuis le 28 avril à Montréal, à travers notamment le réseau d’Occupons Montréal. Voir https://www.facebook.com/NuitDeboutMontreal/?fref=ts

À la suite des mouvements sociaux des quinze dernières années avec le mouvement altermondialiste, les Indignados, Occupy et les Carrés rouges, le mouvement Nuit Debout s’attache, tout comme Occupons Montréal en 2011-12, au désir d’horizontalité (le refus de s’instituer en ligne hiérarchique de décision et d’avoir un leader, voire le refus de devenir une nouvelle institution politique et une forme de la démocratie directe via des assemblées générales fréquentes), aux préoccupations sociopolitiques larges peu ou pas formulées en revendications précises et à une soif et à un apprentissage de la prise de parole sur la place publique. Ce refus (pour l’instant) de devenir un mouvement structuré constituait à Occupons Montréal une partie importante des discussions et il a été un point chaud de plusieurs mouvements politiques spontanés depuis au moins à fin des années 1960 : ce dilemme ne date pas d’aujourd’hui ! Ce refus avait alors été notamment critiqué par des féministes qui y voyaient une dispersion de précieuses énergies et un paradoxal danger de récupération (voir mon bilan d’Occupons Montréal au https://evemarieblog.wordpress.com/2012/09/16/occuponsmontreal-bilan/ )

Le journal Le Devoir a également consacré deux articles à ce mouvement en fin de semaine au http://www.ledevoir.com/international/europe/469598/entrevue-une-transformation-en-un-mouvement-social-structure-parait-difficile et http://www.ledevoir.com/international/europe/469597/france-nuit-debout-il-faut-que-ca-reste-souple et Radio-Canada au http://ici.radio-canada.ca/emissions/desautels_le_dimanche/2015-2016/

Nuit debout affiche

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Pour poursuivre votre réflexion sur les groupes de conversation à la base de ce type de  mouvements, voyez mon billet d’histoire au https://evemarieblog.wordpress.com/2012/09/13/histoire_conversation_salons_groupe-de-discussion/

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*1 evemarieblog.wordpress.com/2016/04/02/nous-etions-endormis-et-nous-nous-reveillons-disent-les-indignes-francais/

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Totalement ignorés par les médias québécois, des indignés en France sortent depuis 3 nuits intitulées initialement « Le 31 mars, on ne rentre pas chez nous » ou sur Twitter #NuitDeboutParis. Source : Le Monde, 01-04-16. Voir ici

Des centaines de personnes se sont réunies en assemblée générale, place de la République à Paris,  hier soir vendredi 1er avril 2016, pour la deuxième soirée d’affilée, #Nuit Debout.

Dans le sillage des Indignés espagnols de Podemos, d’Occupy Wall Street (ici localement : Occupons Montréal) ou du printemps arabe, le collectif improvisé Convergence des luttes (1), dont de nombreux étudiants en grève, a appelé sur les réseaux sociaux à une «Nuit debout. On ne rentre pas chez nous». Ils manifestent depuis 3 nuits pour contester une loi libéralisant le Code du travail français en diminuant notamment le filet social. Cette loi veut notamment favoriser les ententes locales avec les employeurs, ce qui pourra affaiblir encore davantage les travailleurs précaires et les jeunes avec de nouvelles mesures visant par exemple à diminuer le salaire des heures supplémentaires et visant à affaiblir les syndicats (VOIR ICI)  (2). En même temps, des discussions sur le système capitalisme et le sauvetage des banques ont lieu.

Nuit debout_Assemblée citoyenne 31-03-16 _crédit Revelli-Beaumont-SIPA

Nuit Debout du 31 mars 2016. Crédit photo : Revelli-Beaumont/SIPA

Des manifestations ont aussi donné lieu à des échauffourées avec la police… avec la technique de répression de la «souricière» contre des manifestants pourtant pacifiques, comme nous l’avons vu qu’à l’écœurement pendant le Printemps érable ici au Québec en 2012 et après. À noter aux nouvelles de France1 ce pm qu’un policier qui a manifestement abusé de ses forces dans une de ces manifestations contre la loi Travail la semaine dernière en frappant un lycéen (3), vient d’être retiré de ses fonctions pendant l’enquête. Il peut être passible de trois ans de prison.

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En parallèle, et à la suite des attentats de Paris de novembre dernier, cette nuit (2-3 avril), la mairesse de Paris (les Français disent « maire » pour une femme…) Anne Hidalgo invitait à la discussion et à la réflexion publique dans la rue et autres lieux publics. (4)

Pour approfondir la réflexion, voir aussi l’économiste du CNRS Frédéric Lordon qui parle de la «violence néolibérale» de la nouvelle loi Travail :

La fin du discours de Lordon est-elle surprenante pour vous ?

Oui et non pour moi : axée sur une philosophie nihiliste de la catastrophe, est-ce vraiment le seul moyen pour sortir de l’impasse politique-économique-sociale ? Oui c’est surprenant, car il s’agit d’une approche destructrice et pour laquelle on a assez peu conscience des conséquences sur nos vies; non pas très surprenant, car on entend de plus en plus souvent, au Québec aussi, cet appel désespéré, en particulier chez les jeunes dans la 20taine et la 30taine ne voyant pas d’issues, dans un ras-le-bol.

Comme je l’ai exprimé maintes fois sur ce blogue, en appeler d’une prise de pouvoir par un nouveau groupe ne changera rien sur le fond. Même les meilleurs intentionnés reviendront vite aux mêmes mauvaises habitudes du pouvoir : les mêmes travers personnels amèneront aux mêmes résultats. Il faut aussi et surtout chercher dans l’âme humaine : qu’est-ce qui amène les gens à voter de telles lois, à taper gratuitement sur des manifestants, à voler l’argent des épargnants dans les banques grâce à une économie spéculative, etc., etc., etc. ? Qu’est-ce qui amène l’humain, une fois «arrivé» à son petit pouvoir, à agir comme cela ? Et vous et moi, dans nos relations humaines de tous les jours?

Tant qu’une masse critique de personnes n’aura pas trouvé/compris clairement des réponses communes à ces questions, nous serons condamnés à tourner en rond comme des rats en cage, en pensant qu’un simple changement de gouvernement apportera une meilleure vie collective. À mon humble avis, une autre rÉvolution est à faire : celle de tenir compte de ces travers inéluctables des comportements humains dans une autre structure politique et économique à échelle humaine et se rappeler que les sciences économiques sont d’abord et avant tout une science humaine… C’est aussi cela le message d’Occupy.

Cette réflexion sur la nature humaine en politique a pris progressivement forme au XXe siècle en Asie. Dans le message de communication non violente de Gandhi et plus récemment dans le message de Aung San Suu Kyi, alors qu’elle était en détention surveillée au Myanmar (Birmanie), mais aussi dans la vieille philosophie millénaire chinoise taoïste.

« La révolution est essentiellement celle de l’esprit. » « La vraie liberté, c’est de ne pas vivre dans la peur.» Aung San Suu Kyi

« Les révolutions politiques sont chose excessivement grave. On ne doit les engager qu’en cas d’extrême nécessité, quand il ne reste plus d’autre issue. Tout le monde n’est pas appelé à une telle action, mais seulement celui qui a la confiance du peuple, et il ne l’entreprendra que si les temps sont mûrs. Il faut dans une telle affaire procéder de la façon correcte de manière à réjouir le peuple et à éviter les excès en l’éclairant. On doit en outre demeurer exempt de toute visée égoïste et venir réellement en aide aux besoins du peuple.» Yi King. Le livre des transformations (trad. De Étienne Perrot)

Nuit Debout_ Occupons_nouvelle-nuit-debout-place-de-la-republique-paris_2-04-16

3e Nuit debout du «33 mars» 2016

 

Voir aussi le blogue «Les indignés du Québec» au https://lesindignesduquebec.wordpress.com/2016/04/02/les-indignes-de-france-feront-ils-tomber-le-gouvernement/

3 avril

Selon le journaliste Pierre Tremblay, du média alternatif québécois Ricochet, le groupe Nuit Debout-Convergences des luttes est «associé à l’organisation altermondialiste ATTAC, l’association DAL («Droit au logement») et le syndicat français Sud-PTT.» https://ricochet.media/fr/1057/nuit-debout-symbole-de-lindignation-francaise

Inspirés par le carré rouge québécois en feutrine et 2005 et 2012, le symbole est devenu un rectangle rouge, comme la forme du livre du code civil dont les participants dénoncent la réforme.

Le scandale des paradis fiscaux Panama papers, dévoilé par un consortium international de journalistes d’enquête (ICIJ – dont au Canada CBC/Radio-Canada et le Toronto Star) sort. http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/467197/panama-papers?utm_source=infolettre-2016-04-04&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

Les riches et les puissants de ce monde, dont des banques et des hauts dirigeants de divers pays (sauf aux États-Unis ?!?) y sont notamment dénoncés. Cela donne encore plus de crédibilité aux économistes ou mouvements comme ATTAC,  Occupy et maintenant Nuit Debout qui dénoncent ce genre d’activités financières à l’abri des impôts pendant que le peuple souffre notamment des politiques d’austérité et de coupures budgétaires, de lutte au déficit et de lois qui l’appauvrissent toujours plus partout dans le monde !

les panama papers

Au Canada, ce scandale des panama papers qui vient de sortir, révèle que la «Banque Royale du Canada (RBC), [qui] aurait créé plus de 370 sociétés-écrans, surtout au Panama et aux îles Vierges britanniques.» (Le Devoir). Au Québec, seules les coopératives bancaires des Caisses Desjardins n’ont aucun actif dans les paradis fiscaux. Je viens d’entendre dans une entrevue un économiste à Radio-Canada : il disait que le Québec perd 3.5 milliards de dollars par année en revenus dans les paradis fiscaux ! À ce jour, le consortium ICIJ a dénombré pas moins de 109 entreprises québécoises qui placent leur argent dans les paradis fiscaux. Un journaliste économique réputé de la SRC a dit qu’entre le placement légal et illégal, la ligne est mince. Une fois placés légalement leurs avoirs, des entreprises «oublient» de les déclarer à leur pays d’origine et négligent de payer les impôts qui devraient revenir au peuple pour des services sociaux de meilleure qualité.

Combien de milliards, pendant toutes ces années, nous ont-il échappés ainsi ? Pas étonnant de voir le système d’éducation, de santé et autres se détériorer si rapidement et à ce point ! Et pendant ce temps, ces services se privatisent, les entreprises sont doublement «gagnantes»… sans réaliser qu’elle finiront par tout perdre quand elles finiront pas faire faillite quand la grogne populaire éclatera vraiment ! Pas besoin d’être devin ou docteur en sociologie pour voir que nous sommes très près de ce point de non retour si des mesures très sérieuses ne sont pas prises par nos gouvernements (en partie eux-mêmes corrompus par ces mêmes intérêts avec le trafic d’influence et le financement illégal des entreprises…)  pour récupérer l’argent volé au peuple !

Sur les effets de ces opérations d’avarice, voir https://www.youtube.com/watch?v=F6XnH_OnpO0

8 avril

Le mouvement continu et s’élargit ! Voir les commentaires.

16 avril

J’entends des versions contradictoires. M. Seymour, prof à l’UdeM, dit que le mouvement a duré 10 jours et touché 60 villes françaises. Il ne dit pas qu’il a touché quelques villes européennes aussi. Puis j’entends le soir une entrevue avec un militant qui commence sa 1re journée de Nuit Debout à Bayonne en France, dans une émission d’information de Radio-Canada. Vraisemblablement la 2e version est plus exacte, mais je n’ai pas le temps de vérifier maintenant. À suivre… La bonne nouvelle est que les médias traditionnels commencent ici à s’y intéresser 2 semaines plus tard…

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(1) http://www.convergence-des-luttes.org/

(2) http://www.lemonde.fr/videos/video/2016/04/02/la-loi-travail-expliquee-en-patates_4894397_1669088.html

(3) http://www.lemonde.fr/societe/video/2016/03/24/manifestations-contre-la-loi-el-khomri-un-lyceen-violemment-frappe-par-la-police-l-igpn-saisie_4889756_3224.html

(4) http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/03/25/a-paris-hidalgo-veut-refaire-le-monde-la-nuit_4890357_823448.html

 

sam-hamad-informateur-de-marc-yvan-cote

Sam Hamad, président du Conseil du trésor du gouvernement du Québec; Marc-Yvan Côté, organisateur libéral provincial, banni du parti libéral du Canada lors du scandale des commandites, après la Commission Gomery; in Le Devoir, 2 avril 2016

« Les témoignages abondent sur les capacités de renoncements, d’acquiescement, de souffrance du menu peuple. Ils abondent aussi sur l’insensibilité, le cynisme, la cruauté même des possédants, de ceux surtout qui se sont enrichis par la fortune, ou de ceux qui, en passe d’y parvenir ou au contraire délaissés par la fortune, tirent le diable par la queue et s’efforcent au milieu des angoisses de ‘tenir leur rang’.» Jean Ferriot, en parlant des caricatures du… XIXe siècle d’Honoré Daumier

Cette semaine, pour revenir à cette dernière excellente émission d’information et culture québécoise Bazzo.tv (1) ─dont je parlais aussi dans mon dernier billet─  où les commentateurs politiques se demandaient de quoi le Québec avait besoin, la plupart des intellectuels présents ont dit que le Québec était une société… bloquée ! C’est aussi le propos du journaliste Marco Fortier dans le journal Le Devoir d’aujourd’hui « Le Québec dans une impasse politique » (2). En très résumé, leur thèse est que les Québécois préféreraient voter pour le parti libéral (au pouvoir sur la scène provinciale depuis 11 des 13 dernières années), même corrompu (3), que voter pour l’opposition la plus structurée, soit le Parti québécois. Pourquoi ? Nous aurions peur d’un 3e référendum sur l’indépendance du Québec… Dans leur bulle, ils ont oublié de mentionner que c’était dans nos institutions et partis politiques, oui, sans doute, que le Québec était bloqué. Je reviens sur un sujet qui me tient ‘a cœur et que j’avais abordé dans mon tout premier billet sur ce blogue en 2012 :  (voir https://evemarieblog.wordpress.com/2011/10/01/ecrasant-corporatisme-au-quebec-de-la-pire-des-glus/ du point de vue du corporatisme des organisations sociales qui se disent etre porteuse de solidarité et de changement.

Depuis ma réflexion a avancé et je fais des nuances de taille. Il manque à leurs vues toutes les micro-initiatives de la société civile. Un numéro de la revue Possibles auquel je participe, en fera prochainement état, pour célébrer notre 40e anniversaire de fondation (4).

En effet au Québec, il y a eu un Réveil collectif, quasi une révolution en 2012, comme le disait la semaine dernière la cinéaste Micheline Lanctôt, un éveil issu d’une crise sociale à mon sens plus puissante que Mai ’68 en France, et provoqué par le Printemps étudiant (appelé aussi Printemps érable avec les Carrés rouges). Mais cette crise a été durement matée par l’ancien gouvernement libéral et par la police pendant qu’une autre moitié des Québécois ne comprenaient vraiment pas le fond de l’affaire et se montraient soit très critiques, soit carrément hostiles à ces changements. Je crois personnellement et un peu… toute seule dans mon coin que cette énergie, en dormance actuellement, resurgira quand les conditions seront plus propices et que les principaux activistes et professeurs auront repris des forces et convaincu les plus jeunes de leur pertinence, comme le décrit très bien l’histoire de la sociologie des mouvements sociaux dans le monde : on parle de cycles, jamais de pertes.

***

Plus globalement, je crois que tous ces traumatismes politiques que nous vivons en même temps dans le nouveau village globalisé (référence aussi et surtout à mon dernier billet sur le terrorisme) et dans un esprit de cynisme le plus total face à la classe politique, poussent une masse critique à s’intérioriser, ou, à tout le moins, à vouloir le faire (mais sans trop savoir comment, car Dieu est mort pour la plupart des Occidentaux et des Chinois). Probablement une nouvelle expérience unique aussi massive dans l’Histoire humaine…

Est-ce dans cette perspective proactive que certains leaders d’opinion s’apprêtent à lancer un mouvement d’« orphelin démocratique » ? On verra.

En attendant, petit retour sur l’histoire de la caricature comme ferment de changements politiques, avec le peintre, dessinateur et caricaturiste français du XIXe siècle, Honoré Daumier.

Daumier_Les mannequins Politiques-700x602

Honoré Daumier. 1834.

Ci-dessus : lithographie, état unique, avec la signature manuscrite de Daumier. Épreuve sur blanc, don A. Curtis en 1949. 22,1 x 26,6 cm. Delteil 96.
Publiée dans La Caricature, le 20 novembre 1834.
BnF, Estampes et Photographie, Rés. Dc-180b (2)-Fol.

 

Daumier-La déroute_1850

Honoré Daumier. 1850.

Les gens de justice_Honoré Daumier_1834

Honoré Daumier. 1834. Les gens de justice. «Le passé, le présent et le futur».

Daumier_Gargantua-1831

Honoré Daumier. 1831. Probablement sa caricature la plus connue.

«Paraît qu’les homm’s d’affair’s d’la Haute

Quand i’sont tannées de s’mentir

Pis tripoter l’argent des autres

Vont jouer au golf pour s’divertir

[…]

Les pauvrerr’ yâb’s, on est les boules

Que ces messieurs fess’nt à grands coups;

Y sont contents quand i’nous roulent

Pi qu’i’ nous voient tomber dans l’trou.»

Jean Narrache (Émile Coderre), «Le jeu du golfe», 1932 (!)

 

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Dernières nouvelles…

3 mai 2016. La vérificatrice générale (indépendante) du gouvernement québécois ne porte aucun blâme contre Sam Hamad sur le plan de son aide financière à Premier Tech en tant que ministre : «Mon rapport ne le blanchit pas, et ne le blâme pas», a conclu Mme Leclerc en conférence de presse. Mais elle relève des irrégularités, comme l’augmentation de 1M $ d’une subvention, vraisemblablement après un diner d’affaire avec un membre du parti libéral qui siège sur le CA de cette compagnie. http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201606/01/01-4987221-rien-dincriminant-contre-sam-hamad-conclut-la-verificatrice-generale.php

Je ne comprends pas, et vous ?

Restent deux autres enquêtes, dont celle sur son éthique.

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(1) http://zonevideo.telequebec.tv/media/27716/derniere-emission-bazzotv/bazzo-tv

(2) http://www.ledevoir.com/politique/quebec/467128/le-quebec-dans-une-impasse-politique

(3) La récente Commission Charbonneau a démontré hors de tout doute des liens entre le financement politique illégal et l’attribution de contrats, en particulier dans le secteur de la construction, et ce dans tous les partis, en particulier au parti libéral du Québec au pouvoir depuis longtemps. L’ancienne vice-première ministre et ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau a été arrêtée la semaine dernière par la police (l’Unité permanente anticorruption -UPAC), notamment pour fraude et corruption à cet égard (http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/politique/2016/03/17/001-nathalie-normandeau-arrestations-upac-cote-lortie-roche.shtml), ainsi qu’un organisateur politique libéral et homme d’affaires, Marc-Yvan Côté, à nouveau pointé du doigt par les journalistes de Radio-Canada de l’émission « Enquête » (http://ici.radio-canada.ca/tele/enquete/2015-2016/segments/reportage/6144/enquete-sam-hamad-marc-yvan-cote-premier-tech). Un autre ministre libéral de l’actuel gouvernement, Sam Hamad (http://www.ledevoir.com/politique/quebec/467066/sam-hamad-aurait-favorise-marc-yvan-cote?utm_source=infolettre-2016-04-01&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne), ministre responsable de l’Administration gouvernementale (dont l’application des recommandations de la Commission Charbonneau !) et de la Révision permanente des programmes est également soupçonné de trafic d’influence, à cause d’un courriel très explicite de son chef de cabinet. Qui a coulé ces courriels ? Autre question intéressante, qui est restée dans l’ombre des sources confidentielles. L’apparence de vérité, si ce n’est la vérité elle-même, est gravement compromise. Ce ministre n’a plus aucune crédibilité et doit démissionner. Les partis d’opposition ont réclamé qu’il se retire du caucus libéral. Pour sa part, le ministre Hamad prétend qu’il n’a rien à se reprocher et se réclame de la présomption d’innocence. Il vient néanmoins de se retirer de ses fonctions ministérielles, le temps que le Commissaire à l’éthique fasse enquête.

LES SUITES : quelques jours tard, Sam Hamad revient de ses vacances en Floride (!) et démissionne de ses fonctions de ministre. Il était temps !

(4) http://redtac.org/possibles/

 

 

« je laisse en toi voler des oiseaux blancs

[…]

nos morts ne s’envolent  pas

sinon en nous-mêmes »

Paul-Marie Lapointe, «Hibernation»

J’avais promis dans mon dernier billet sur l’état mental de la maladie d’y donner suite, mais je n’ai pas encore trouvé les mots. Ce n’est que partie remise.

Pour le jour de Pâques j’aimerais produire un billet de renaissance printanière qui se termine de façon constructive, inspirante. Mais avant, il semble qu’il faille passer par le tragique et yeux bien en face. J’avais voulu commencer ce blogue (en juillet 2012) en disant : le temps des corrompus est terminé ! Maintenant j’écris : le temps du déni est terminé. Voyons voir.

L’actualité se bouscule et cette semaine, c’était les attentats tragiques à Bruxelles du groupe armé État Islamique (EI) qui ont fait 32 victimes civiles innocentes et 340 blessés. Comment avez-vous vécu cela ?

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Guerre du golfe, 1990. Dans le sens des aiguilles d’une montre depuis le haut: USAF F-15E, F-16 et F-15C volant au-dessus des puits de pétrole koweïtiens en feu; troupes britanniques du régiment de Staffordshire pendant l’opération Granby; vue par caméra d’un Lockheed AC-130; « autoroute de la mort »; M728 Combat Engineer Vehicle. Crédit photo : Wikipédia

Comme vous le savez sûrement si vous êtes Canadiens, le Canada est officiellement en guerre contre le groupe EI depuis plusieurs mois, action déclenchée par l’ancien gouvernement fédéral conservateur Harper (1) et maintenue par le nouveau gouvernement libéral Trudeau, quoiqu’avec des moyens assez différents, plus axés sur la formation. Avec une coalition d’une soixantaine de pays.

Un commentateur journaliste, Joseph Facal, aussi ancien ministre sous un gouvernement provincial péquiste, a déclaré cette semaine à l’émission Bazzo.tv que « nous étions en guerre », ce qui a surpris les gens, peu habitué à entendre ce mot, surtout, qu’apparemment, le gouvernement Trudeau ne l’a pas employé pour justifier les nouveaux millions destinés à être dépensés en Irak et en Syrie. Même l’ancien gouvernement n’aurait pas utilisé le mot « guerre », selon un autre journaliste, ce qui m’a vraiment surprise, ce serait à vérifier effectivement, car en ce domaine, la sémantique diplomatique n’est pas le fruit du hasard et est plutôt fortement significative pour tout observateur politique averti. Sur les ondes de l’émission de Gravel le matin, à Radio-Canada, Nicolas Hénin, journaliste français spécialiste des mouvements djihadistes et ancien otage dit que « L’État islamique cherche à nous entraîner dans la guerre, mais il faut se retenir d’employer le discours guerrier de l’ennemi. […] Le terrorisme est une guerre de propagande », souligne-t-il. «Cet état islamique est en quelque sorte le miroir très désagréable des dysfonctionnements de notre société» (2).

Ceci dit, les médias occidentaux ne reflètent pas correctement la réalité du terrorisme actuel. On oublie que que les actes terrorismes pour d’autres causes ont été très importants dans les années ’70. On ne se sent pas suffisamment compte qu’encore aujourd’hui, de terribles attentats visant des chrétiens sont survenus… dans un parc à Lahore au Pakistan, faisant 72 morts et 300 blessés, dont de nombreux enfants musulmans (3). Rappelons que les attentats terroristes des moudjahidines, toujours perpétrés par cette fange salafiste ou wahabiste (djihad du Moyen-Orient et de l’Afrique) ou par les Talibans afghans ou pakistanais, sont plus fréquents dans leurs propres pays. Ils sont à très grande fréquence, quasi-quotidienne à Bagdad et ont fait des milliers de morts parmi les civils cette année (4). Au Nigeria par exemple, la fréquence de ce type d’attentat est bi-hebdomadaire comme le faisait remarque le journaliste Jean-Jacques Sanson à l’émission Midi-Info sur Radio-Canada (5)… et que les médias internationaux suivent peu. Cette distorsion dans le rapport de l’information nous donne une fausse représentation de la réalité.

Il y a aussi donc des questions à poser à ces porteurs de la vision/interprétation hyper-conservatrice (charia) et anti-femmes de la religion musulmane. Un très rare témoignage de l’intérieur du groupe EI vient de paraitre, écrit par Sophie Kasiki «Dans la nuit de Daech. Confession d’une repentie» (6) qui aide à comprendre les manque psychologiques et émotionnels qui amènent des Occidentaux à se rendre en Syrie pour combattre. Autre piste de compréhension : l’échec des politiques de division du Moyen-Orient par les puissances occidentales au XXe siècle, en commençant par les tractations anglaises avec Laurence d’Arabie pendant la 1re guerre mondiale où l’Angleterre a fédéré des nations arabes pour provoquer la chute le l’Empire Ottoman.

Bref, il faut non seulement réfléchir à ce qu’implique collectivement et personnellement être en état de guerre politique et à ce qu’on peut faire individuellement si tel est le cas, comme actuellement, pour cultiver plus que jamais un état mental sain et pacifique, capable de prendre de bonnes décisions, capable de résister à la propagande de la haine et de l’intolérance et capable de développer/continuer des relations saines et aimantes autour de soi. Comme le disait un autre journaliste lors de cette émission de télé, c’est dans les périodes de guerre qu’on voit les comportements les plus aberrants et inhumains se produire. Il importe de ne pas se fermer les yeux et d’aborder la réalité à bras le corps aussi franchement que possible. Assez du déni.

***

Il y a longtemps que l’état de guerre me taraude en tant qu’artiste, auteure et poète. Je m’y intéresse depuis 1995 lorsque j’ai commencé à écrire le «Fiel la bouche» suite à une manifestation monstre à Washington des membres et sympathisants de Nation of Islam « « The Million March Man » et dont je parle brièvement dans un ancien billet portant sur Ed Snowden (7). Plus que la majeure partie des personnes en Amérique, j’ai une peur terrible de la guerre. Je me souviens avoir très mal réagi lors de la 1re guerre contre l’Irak au Koweït déclenchée en août 1990 : « la guerre du Golfe ».  Et vous ? Probablement que vous vous en souvenez à peine. Moi, je m’en souviens exactement, où je marchais ce jour-là d’hiver lors des premières frappes, ce que je pensais alors ce soir-là sinistre, mon insécurité, au début de cette guerre dite « chirurgicale », comme si ce n’était pas de vraies personnes que l’on tuait (8)… Remarquez, je ne suis pas la seule à m’en souvenir, Jean Leloup en a fait une chanson très dansante « 1990 »… Oui oui c’est bien au sujet de cette « Coalition » internationale de 34 pays issus de l’ONU dont la participation modeste du Canada, contre l’envahissement du Koweït par l’Irak. Une « 3e guerre mondiale » qui n’en a jamais porté officiellement le nom, car un seul territoire était visé. Vous en souvenez-vous ? Avez-vous « sauvé votre âme avec cette chanson » ? : https://www.youtube.com/watch?v=VI3C6MROOvY

Il y a longtemps que je nous considère dans cet espace mental de guerre et maintenant matériel et de plus en plus concret. L’avantage que j’ai sur la plupart d’entre vous, c’est que je réfléchis discrètement à la guerre et à la mort depuis longtemps… Thèmes pas très populaires, j’en conviens dans notre société hédoniste, de culture généralement superficielle et consommatoire de l’instant, le « présentisme », comme on commence à l’appeler… Voici donc une partie de l’état de mes réflexions, en commençant par mes débuts à moi.

Voici le poème que j’avais écrit plus ou moins 2 ans avant le 11 septembre 2001 et qui se trouve sur mon premier disque réalisé en 2003.

***

Petite histoire de ce poème : 1re lecture à CKUT (Radio McGill) à Montréal le… 10 septembre 2001, lors d’une entrevue avec Anne Farrell du Mouvement humaniste, au sujet de la violence, de la révolte et du fascisme. Lecture publique la plus récente : le 12 mai 2012, lors de l’évènement JAPPEL12M15M organisé entre autres par Occupons Montréal (Occupy) et des étudiants en grève du Printemps érable, à la Place du peuple (square Victoria) à Montréal.

Déclaration de guerre 15 octobre 1999

par Ève Marie   

 

Gisons, gisant, les lèvres pleines de fumées

Pour qu’ils n’y voient qu’un leurre

pire que la mort

 

Plantons un bulbe d’amour

À chaque coin de rue

 

Cousons cousins des mots incendiaires

sous chaque rebord de robe

Chaque mot prononcé en trop

est une minute de plus à vivre

surtout parler

la bouche un peu moins pleine

J’en connais beaucoup

qui mourront très jeunes

Ou qui sont déjà morts d’overdose

 

hum… [expression de plaisir]

 

Mangeons lentement

les plus belles fleurs du monde

Pendant qu’il en reste encore

Broutons, comme des vaches, s’il le faut

Et râlons, hurlons comme des louves

Pour le prochain enfant à naître

 

aou aou [cri de loup]

 

Il paraît que je suis dans l’espace

Que je marche sur des nuages mal pelletés

Il paraît qu’un rayon vert me porte

(C’est ce que les Djinns m’ont dit)

 

grr grr [grognement de colère]

 

Il paraît que je suis au bord de la crise de nerfs

Au sud, au nord, à l’est,

qu’il ne manque qu’il ne manque qu’une perle

Les petits soldats de bois

Déboulant les escaliers

Ils ont tant de peines

Un seul souffle suffit

pour les faire tomber

Ils sont si bien alignés

 

Il paraît que nous sommes en guerre

Et nous ne le savions même pas.

 

[Écoutez le pièce no7 ci-contre. Désolée pour la répétition commerciale du nom de la compagnie qui a fait le transfert de mon disque sur mp3…]

***

Revenons à aujourd’hui, j’ai fait un rêve bizarre tôt ce matin. Le voici.

Les chatons viennent de naitre et ont été mis dans des sortes de casiers sur l’accoudoir de mon sofa, très peu large –juste la largeur de l’animal. Puis mon chaton le dernier reste et les séparateurs sont enlevés. En passant, je bouscule par mégarde ce chaton et le pauvre, aveugle, commence à tomber à l’intérieur du sofa mais réussit à s’accrocher avec une patte. Pour lui, si petit, cela est très haut, même et surtout qu’il ne voit pas ! Il lâche en même temps un méga « miaou » quasi cosmique super puissant qui me glace d’effroi et je réussis à l’attraper au passage pour ne pas qu’il tombe et le remets doucement sur l’accoudoir. Il me semble que ce cri si fort a été entendu dans le monde entier !

Je me réveille brutalement, à la fois surprise, effrayée et résolue.

Puis je me dis en me réveillant, encore un peu branchée sur mon inconscient, comme une révélation : le chaton, c’est moi, c’est nous les Occidentaux qui sommes tombés en perdant Dieu. La chute est plus grave qu’on l’a pensé jusqu’à maintenant sur nos consciences. Nous en prenons progressivement conscience radicalement, surtout depuis les événements sociaux très troublants des dernières années et surtout des derniers mois. L’inconscient et l’âme de tous sont en panique et se généralisent alors avec des comportements individuels et collectifs de plus en plus aberrants. Nous sommes dans une sorte de cauchemar permanent dans lequel on ne sait comment sortir et duquel il ne suffirait que de… se réveiller… Le réveil est-il proche ? Avez-vous vous aussi entendu ce cri, rêver ce cri du peuple ?

Il reste maintenant de mon rêve ce cri de minou, ce cri animal… Il me semble, maintenant que mon esprit a repris un état de veille quasi « normal », que c’était un vrai cri du cœur (le mien, le vôtre?) qui vient d’être lancé et que tout le monde l’a entendu dans son inconscient… C’est la poète qui parle ici, vous l’aurez compris.

Je les emmerde ces faiseurs de guerre, c’est leur guerre, pas la guerre du peuple. Les mêmes causes de 2001, avec les mêmes moyens donneront les mêmes mauvais effets. Déjà en octobre 2001, alors que j’organisais avec le Mouvement humaniste de Montréal une manifestation contre la guerre en Afghanistan, j’écrivais que cette guerre contre le terrorisme contribue à une spirale de la violence par laquelle le terrorisme ne sera pas défait mais encouragé dans son développement et sa propagation. (voir notre communiqué de presse dans les archives en bas de ce billet).

Pour terminer en riant, pour une fois, très noir : voir ce stand up très ironique de l’humoriste américain George Carlin : https://www.youtube.com/watch?v=CwuP9rMhiQQ

***

Alors que faire ? Je crois qu’il faut cultiver son mental adéquatement par toutes sortes d’exercices visant à le maitriser, non l’annihiler, car il est le propre de la pensée de toujours fonctionner. La méditation est un de ces bons moyens, Mathieu Ricard et Y. M. Rinpotché ont écrit des livres réputés sur ce sujet. Se nourrir aussi de bonnes productions culturelles, être créatif de petites choses chaque jour. Aller chercher la beauté. Aimer recevoir/procurer de petits plaisirs. Nourrir et entrainer son corps le mieux possible. Téléphoner plus souvent, se parler en personne, sortir un peu des nouvelles technologies qui isolent infailliblement. Nourrir, le moment venu, ses amitiés, amours. En revanche, faire les ruptures qui s’imposent… de manière cohérente avec ses valeurs. Cultiver l’empathie comme notre qualité humaine la plus précieuse qui nous distingue des roches. Ralentir!!! Etc. Il faut commencer par l’action la plus facile à atteindre pour progresser. Et vous que faites-vous ?

Quelques idées glanées sur You Tube :

-Do in chinois (automassage) 5 minutes pour bien commencer sa journée : https://www.youtube.com/watch?v=t0XIzXDDsDA&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3&index=9

– Exercices de médecine chinoise de qi-gong : https://www.youtube.com/watch?v=559Iw6Tvt8U&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3&index=1

ou https://www.youtube.com/watch?v=p72J7YxZa5Q&index=3&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3

ou https://www.youtube.com/watch?v=fjzkIDvgNx4&index=3&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3#t=7.70839

ou https://www.youtube.com/watch?v=SqHBUVAznCg&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3&index=7

– 5 petits rituels pour bien commencer sa journée : https://www.youtube.com/watch?v=8nZ6GYAVnO4&index=10&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3

« Il est dans la beauté et dans la vertu

un charme indicible

qui fait tomber les portes de fer

et qui amollit les cœurs de bronze. »

Voltaire

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(1) http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/politique/201410/03/01-4806080-le-canada-sen-va-en-guerre-contre-le-groupe-etat-islamique.php

(2) @ 7:22 http://ici.radio-canada.ca/emissions/gravel_le_matin/2015-2016/

(3) http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/466736/attentat-a-lahore?utm_source=infolettre-2016-03-29&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

(4) Selon l’ONU, 575 civils sont morts dans des attentats seulement au mois de mars, et 1196 civils ont été blessés (Source : journal Métro, 05-04-16)
(5) http://ici.radio-canada.ca/emissions/midi_info/2015-2016/

(6) extrait : http://fr.calameo.com/read/000913544a9b626d85584

(7) https://evemarieblog.wordpress.com/2013/12/26/refusons-la-societe-de-surveillance-et-vive-edward-snowden/

(8) « La destruction des usines hydroélectriques et autres installations électriques irakienne, qui a permis d’anéantir les capacités de command and control de l’armée irakienne, a provoqué l’explosion d’épidémies de gastroentérites, de choléra et de typhoïde, en empêchant le fonctionnement des centres de traitement d’eau potable et d’eau usagée. Peut-être 100 000 civils sont ainsi morts indirectement, tandis que le taux de mortalité infantile» (Source : Rizer, Kenneth, « Bombing Dual-Use Targets: Legal, Ethical, and Doctrinal Perspectives[archive], Air & Space Power Journal, mai 2001).

« Le rapport d’une mission de l’ONU, dirigée par le sous-secrétaire Martti Ahtisaari et envoyée en mars 1991 pour évaluer les besoins humanitaires de l’Irak, décrivait l’état du pays comme « quasi apocalyptique ». (Source : Javier Pérez de Cuéllar. Report S/22366 to the United Nations Security Council, detailing the findings of the mission undertaken by Under-Secretary-General Martti Ahtisaari to assess the humanitarian needs arising in Iraq in the aftermath of the Gulf War.) Sur Wikipédia (page consultée le 27 mars 2016). Sans parler du désastre écologique local avec la destruction de 732 puits de pétrole koweïtiens par l’Irak.


de mes archives

19 octobre 2001

Pour diffusion immédiate

 

MOBILISATION POUR LA PAIX

PAR LE MOUVEMENT HUMANISTE DE MONTRÉAL

 

Montréal, 19 octobre 2001.― L’horreur du massacre du 11 septembre et la folie de la guerre déclarée par le gouvernement de George W. Bush et appuyée par le gouvernement canadien contribuent à une spirale de la violence par laquelle le terrorisme ne sera pas défait mais encouragé dans son développement et sa propagation.

Le Mouvement Humaniste de Montréal invite les MontréalaisEs à venir exprimer leur solidarité avec toutes celles et ceux qui s’opposent à cette violence par la participation à ses deux activités dans le cadre de la semaine Option non-violence : une conférence et un débat public sur les alternatives à la guerre le 20 octobre à l’UQAM et une marche pour la paix et la non-violence le 21 octobre au Carré Phillips.

 

Plusieurs actions seront aussi organisées partout dans le monde par les humanistes le 19 octobre, dans le but de dénoncer la violence et de proposer des alternatives. Parmi les dizaines d’événements prévus, notons la campagne d’information publique à l’Union Square à New-York,  un rallye devant l’ambassade de Grande-Bretagne à Zurich, une marche de protestation à Munich, une minute de silence dans plusieurs écoles en Grèce, une démonstration publique dans la région du Trans-Nzoia au Kenya, la visite des ambassades à Buenos Aires, une marche pour la paix en Hongrie, une visite des consulats à Hong Kong.

 

Le Mouvement Humaniste International réprouve fermement les attaques des États-Unis et de la Grande-Bretagne contre l’Afghanistan, qui semblent faussement motivées par un combat contre le terrorisme.

 

  1. CONFÉRENCE POUR LA PAIX

Samedi le 20 octobre : « Quelle alternative à la guerre ? »

À 12h30 à l’UQAM, au RM-150, niveau métro Berri-UQAM,

pavillon Alexandre-de-Sève, coin Ste-Catherine et Sanguinet

Conférenciers invités :

Dr Silvia Bercu, membre du mouvement humaniste de Londres

  1. Rezeq Sariq, membre co-fondateur du Groupe Palestiniens et Juifs Unis (PAJU).

 

  1. MARCHE POUR LA PAIX ET LA NON-VIOLENCE

Départ : Dimanche 21 octobre à 12h30 au Carré Philipps (coin Ste-Catherine et Union)

Le Mouvement Humaniste de Montréal invite tous ceux et celles qui sentent l’obligation de conscience de manifester leur désir de dire non à la guerre, en participant à une grande marche pour la paix et la non-violence et montrer leur refus à une réponse militaire fait au nom du droit à la vie et de la «liberté immuable».

Le peintre Nikolaï Kupriakov, dévoilera une nouvelle peinture ayant comme titre «U.S. War Department kill everybody that is not with us». Le groupe Sertao avec Lavanya Narasiah (voix, percussions) Nicolas Lépine (guitare), Geneviève Lapointe (sax) et Jean-François Bourdon (basse), seront également présents ainsi que d’autres surprises.

 

Pour information :

Courriel : humaniser@hotmail.com, site internet : http://www.geocities.com/forumhumaniste

 

-30-

 

Source : Ève Marie ou Ali Z.

Voir également  notre communiqué de presse sur le détail de nos activités internationales.

 

 

 

 

Crédit photo : Ève Marie 2011

Crédit photo : Ève Marie 2011

Vite il faut que j’écrive ce texte avant de revenir à la « normale ». Ce sera difficile de communiquer avec vous (de me faire bien comprendre), précisément pour cette raison. Dans un état normal, on oublie profondément la vérité spirituelle du corps et de ses émotions véritables.

Quelqu’un comme moi qui va vous parler de ça vous semblera au mieux trop différente de vous, voire déconnectée, au pire carrément folle ou n’importe quelle raison (rationnelle)  pour vous faire croire à la partie de vous-même qui dirige que je suis dans le tort, au moins un peu. Et il y aura aussi sans doute quelques personnes, plus rares, qui diront avoir déjà vécu ce que je vais décrire.

Même moi qui me relirai dans quelques jours trouverai que j’exagère…

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Effet de noir. Crédit photo : Ève Marie 2011

Alors, mise en garde faite, lisez ce texte la nuit, entre deux rêves, au moment précieux où la simple vérité émerge parfois, où vous vous souvenez peut-être que vous êtes le plus ou le mieux relié à votre être. Si vous n’avez jamais vécu cette expérience, je m’inquiète pour vous. Vous êtes déjà peut-être juste devenu une bonne machine à produire et vous perdez votre temps à lire ce stupide texte…

Pour les autres, il y a de l’espoir. Alors suivez mon histoire, banale et étrange à la fois.

Je relève d’une pneumonie qui m’a gardée plus de deux semaines à la maison. La dernière fois que j’ai eu ça, j’avais 6 ou 7 ans. Ça cogne. Je me suis donc considérablement affaiblie avant d’aller chez le médecin et sans m’en rendre compte, mes perceptions ont changé.

J’ai beaucoup écouté la radio et la télévision, Radio-Canada (le média d’État au Canada) et dernièrement une radio privée COGECO 98,5FM (Arcand). J’ai redécouvert la télé que je regarde très peu depuis quelques années, à part un ou deux téléromans comme 30 vies (vie dans dans une école secondaire). Pendant cette maladie, j’ai suivi Les Pays d’en haut (sorte de faux western imitant la vie des colons Canadiens-français de la fin du XIXe s.), Ruptures (histoires d’avocats), un vieil épisode d’Unité 9 sur Internet (vie des femmes en prison), Tout le monde en parle (talk-show), Virtuose (Grégory Charles et ses jeunes talents de musique), des bouts des Enfants de la télé (talk-show avec des vedettes), Les pêcheurs (histoire de gars au chalet, vedettes de l’humour), des bouts aussi de Prière de ne pas apporter de fleurs (talk-show pour rendre supposément hommage à un ami artiste). À la radio, j’ai écouté Gravel le Matin (émission réveil-matin), Médium large (entrevues diverses), La sphère (TIC) et surtout les trois spectacles supposés comiques de la fin de semaine pour me divertir, À la semaine prochaine et La soirée est encore jeune. Et sans parler des pubs…

Et je n’en suis pas revenue ! J’étais devenue comme une extra-terrestre de ce monde, c’est comme si je débarquais d’une autre planète pour les émissions de fiction et d’humour. Comme le monde a changé. C’est clairement une autre génération qui écrit. MA génération. Y’a eu comme un passage que j’avais raté jusqu’à maintenant. Mais, c’est beaucoup plus que cela.

Comme le monde a changé ! Mais quoi ? demandez-vous… elle va-t-y accoucher ?

Eh bien, dans l’état d’hypersensibilité où je me trouvais, en particulier lorsque la toux a commencé, chaque phrase humiliante, méchante, ‘impathique’(non empathique extrême), chaque ironie, idée à l’envers, sarcasme, fausse gentillesse remplie de sous-entendus dont on n’est pas certain exactement, bref chacune de ces sentences entendues ou chaque mini-pensée négative déclenchaient chez moi un micro-malaise interne qui déclenchait à son tour une quinte de toux (je ne me suis pas rendu compte du phénomène tout de suite, je vous le redis ma conscience était altérée). Jamais encore je n’ai constaté à quel point toutes ces sales choses influencent en profondeur ma psyché et de là, mon corps (à moins que ce ne soit l’inverse, mais peu importe). Ou, au contraire, chaque petit bonheur, comme ces jeunes qui jouent de la musique, faisait couler quelques larmes de joie. Jamais je n’avais constaté si évidemment la relation entre le corps et l’esprit…

«La maladie abat de son côté bien des certitudes, la mort ne s’accommode d’aucune vérité qui se veut plus grande qu’elle, elle ramène tout à zéro.» Boualem Sansal, 2084

Surtout, je réagissais intensément à la moindre vibration négative, ciel noir ou gris me tombait sur la tête ou plutôt sur le cœur, mais je n’ai pas eu de nausée, juste le besoin de cracher, d’expurger, de sortir quelque chose, le méchant peut-être. IL faut dire que les médias ne sont pas les seules responsables de ma réaction. J’ai eu dernièrement des déceptions amicales très très sérieuses qui m’ont rendue malade.

Surtout, ce qui m’a frappé, c’est de voir et entendre combien le « bitchage » est devenu la norme dans les communications des émissions à la mode, façon de dévaloriser le plus possible les autres pour se remonter soi-même. En particulier entre hommes, qui semblent avoir pris pour modèle les pires défauts des femmes… Et la norme est d’en rire, et de faire semblant, même si ça blesse; mais en fait, sans doute ne sont-ils pas blessés puisque tellement bardés de couches et de couches de protections qui font qu’ils ne ressentent tout simplement plus rien ou presque (comme le font chimiquement tous les antidépresseurs) et tous ils continuent le jeu, relançant généralement l’affaire de plus belle.

J’ai retenu une réplique qui ‘punche’ dans Ruptures. Isolée comme ça, elle est vraiment bonne, assassine et bien écrite, mais le problème dont je vous parle ici, c’est que des variations de cette ligne se répètent ad nauseum dans la plupart des émissions comme nourriture que vous prenez dans ces programmes. Le danger croit avec l’usage… Ça risque de vous rendre malade à micro-doses. Voici la situation de cette réplique : dans l’ascenseur, une avocate reproche à son associé d’avoir cherché à l’humilier devant les actionnaires, puis lui dit qu’elle a enfin repris le contrôle d’un des dossiers difficiles et lui . Son associé lui répond, imperturbable :

– Excuse-moi, je suis debout, alors je ne peux pas faire de standing ovation.

Comment la trouvez-vous ?

Maintenant, imaginez cela répété sous toutes les formes plusieurs fois par jour.

grenouille au formolLes téléspectateurs et les auditeurs (sans parler des contenus des médias écrits et des scripteurs/lecteurs sur les réseaux sociaux) sont-ils devenus cette pauvre grenouille dans un pot qui se réchauffe si lentement qu’elle finit par y mourir, avant même d’avoir pu se ressaisir, se rendre compte qu’elle était en danger de mort et faire le saut salvateur ?

À la longue, tout ce type de communication vraiment nulle, est-il une sorte de drogue que le public redemande, pensant se défouler sur le coup, mais le rendant de plus en plus insensible ? Comment se fait-il que ce soit si à la mode maintenant, que cela attire dans un cercle vicieux d’autres auteurs ou humoristes avec ce genre d’écriture ? Et qui se plaignent à la télé qu’ils ont de moins en moins de liberté pour écrire… Les pauvres ! Je pense à la débile revue de fin d’année du Bye-Bye 2015 (et pour laquelle j’ai fait un billet)(1).

Comprenez-moi bien. Il en faut pour tous les goûts, je suis d’accord. Il s’agit d’un média généraliste. Mais quand ils dominent le punch-line à ce point, y’a de quoi s’inquiéter, avec toutes ces sortes de prédateurs ou passif-agressifs en puissance, montés aux nues par les sacro-saintes cotes d’écoute. N’y a-t-il plus d’autres «modèles» d’être humains ? Le pire, je crois, ce sont les non-fictions, où les protagonistes se ‘bitchent’ agréablement à qui mieux mieux. Ben oui, c’est si drôle, mieux vaut en rire que d’en pleurer, n’est-ce pas ? S’en rendent-ils compte, eux/vous, leurs admirateurs, qu’ils finissent par devenir eux-mêmes ces personnages au travail, en amitié, en amour, en famille ? Que les rapports sociaux, le tissu social même se détériorent doucement, innocemment, dans le bocal et qu’ils en sont un des artisans, ce qu’ils prétendent parfois dénoncer par leur art ? Je croyais, après le Printemps érable, qu’on en avait fini avec le cynisme, mais non. Tous ceux qui l’ont dénoncé et qui ont mis sur la table leurs vrais rêves et leurs sensibilités sont rentrés se terrer à la maison et se taisent à nouveau. J’exagère ? Souvenez-vous : je ne suis pas en ce moment dans mon état normal : mais peut-être que je suis dans mon vrai état d’être vraiment humain.

Gloup ! La maladie m’aura permis d’ouvrir au moins un œil. Dieu merci qu’il me reste encore assez de force pour m’en indigner. Mais s’indigner ne suffit pas. Il me reste encore assez de conscience pour chercher des nourritures qui vont véritablement nourrir mon cœur et mon âme. Mais chercher seule, ça ne donne rien, parce que tout le reste continue à se détériorer…

Bonne chance ! Ben oui, après un tel alignement des chances, il me faut m’acheter un billet de loto 6/49, comme dans la pub. Ça c’est the solution monsieur !

Voyez ! J’ai presque attrapé leur maladie ! Je redeviens normale, sauve qui peut !

Partout Faust et Macbeth rôdent. Et sous les plus jolis traits, les plus spirituels parfois. Ne vous laissez pas berner !

C’est si facile de perdre son âme !

« Bizarrement, les gens ne sont plus qu’attirés par la beauté que lorsqu’ils vivent des tragédies ou des déceptions.» Rostropovitch (1927-2007)

… Suite dans mon prochain billet

sauter-de-grenouille-du-pot-de-feu-de-camp______________________

(1) https://evemarieblog.wordpress.com/2016/01/02/vraiment-bye-bye-bye-2015-a-radio-canada/

20160218UJ4Y86_460« La seule chose qui ne doive pas céder à la loi de la majorité est la conscience de l’individu.» Harper Lee (1926-2016), écrivaine américaine*

La vérité est-elle complexe, selon vous ?

Il est rare qu’un humain meure deux fois. Une fois dans son corps biologique et une autre fois, beaucoup plus tard, par l’invective populaire ou la rectitude politique voulant rayer son travail de la mémoire historique et collective. Émotions de frustration pour la mémoire de l’artisan et d’accablement suivi de libération pour la victime qui le dénonce… Perdriez-vous la tête ?

Un scandale secoue le Québec ces jours-ci. Nous voulons à la fois connaitre la vérité et savoir comment agir dans le vague. Un grand cinéaste, Claude Jutra est rétrospectivement accusé de pédophilie par son biographe Yves Lever, puis par une victime anonyme qui avait à l’époque des faits allégués entre 6 et 16 ans. Le témoignage de la victime est bouleversant (1) et appelle la compassion. Louise Rinfret, une thérapeute auprès des personnes ayant subi des violences sexuelles, et qui avait travaillé avec Jutra est formelle : le témoignage est crédible (2). Le travail journalistique a été fait selon les règles de l’art : recoupements, vérifications auprès de la famille de la victime, preuve de non-intérêt financier. À sa demande auprès du biographe et du journaliste, son identité est confidentielle.

J’aimerais faire plus clair. Il y a toujours plusieurs côtés. Souvenons-nous-en !

Tout cela reste des allégations : la présumée victime veut rester anonyme et n’a jamais porté plainte à la police. Il n’y a pas actuellement de procès. Malgré cela, en deux jours, 30 ans après son décès, Jutra est passé de cinéaste vénéré à proscrit, voire malfrat infréquentable, même en pensée ou en photo. En deux petits jours, il a été jugé, condamné, victime de lynchage populaire de son travail par de nombreux Québécois et par nos élus. On a tout mêlé, sans prendre l’instant d’un recul et des vérifications habituelle d’une société de droits, comme au temps du Far West !

Québec Cinéma a décidé de changer le nom de ses prix Jutra pour sa cérémonie annuelle des meilleurs films québécois. La ministre de la Culture, Mme Hélène David, a demandé aux villes de retirer le nom de Claude Jutra de la toponymie du Québec. Quelques heures plus tard, de nombreux maires, dont le maire de Montréal M. Denis Coderre et le maire de Québec M. Régis Labaume, ont acquiescé.

*/*

 J’ai connu Claude Jutra en 1972, quand j’étais enfant, mon petit frère aussi. Et je vous jure que c’était un monsieur bien.

En montage de son film Kamouraska dans un studio parisien, le cinéaste Claude Jutra cherchait une voix de petite fille avec l’accent québécois pour doubler celle qu’il avait filmée. Après avoir contacté la délégation du Québec où mon père travaillait, il est venu chez nous pour m’enregistrer. Ma mère nous avait avertis, mon frère et moi, qu’un «grand monsieur» allait venir pour me parler et qu’il fallait être gentils. Il était en effet impressionnant. Nous étions très intimidés par lui. Il ne parvenait pas à me faire parler normalement. Alors il a joué avec nous. Nous avons joué au cheval et cow-boy et nous avons beaucoup ri. Après cela, plus détendue, il a pu m’enregistrer correctement. Puis il a demandé à ce qui je vienne au studio pour faire un 2e enregistrement. Ma mère m’a mise dans un taxi (autre époque, autres mœurs!), a donné ses recommandations au chauffeur. Moi, je me sentais comme une grande. J’étais très fière. Là-bas, j’ai parlé au micro pour la première fois dans un studio noir. De l’autre côté de la vitre, Jutra écoutait et discutait avec une autre personne je crois. Puis une femme m’a donné des bonbons en me remerciant et  en me disant qu’ils allaient rappeler mes parents pour dire s’ils retenaient ou non ma version. Pour sortir, j’ai marché dans des couloirs drabes qui m’ont semblé infinis. Malheureusement, ils ont choisi une autre voix. Mais je crois que c’est cette forte expérience très positive qui m’a fait choisir le travail d’artiste-vidéaste à l’âge de 23 ans, lors de mon stage universitaire.

*/*

Le problème dans cette affaire est l’anonymat de la victime d’une part, et d’autre part, la confusion entre l’homme et l’œuvre. Alors que les autres enfants, surtout les garçons, qui l’ont connu en bien sortent ! Au contraire, s’il y a d’autre(s) victime(s), qu’elle(s) sorte(nt) de l’anonymat  et porte(nt) plainte ! Venons-en au fait pour guérir. Oui c’est difficile de porter plainte, surtout après tout ce temps et contre une personne connue. Mais il faut le faire. Oui un crime semble avoir été commis, un crime grave dans une société de « droits», à prendre très très au sérieux pour avoir vraisemblablement gâché une vie. Ce témoignage m’a bouleversée… mais il manque une vérification légale encore AVANT de prendre des décisions si sérieuses. Ce présumé crime… s’il sort de l’anonymat, sera avéré  vrai (ou faux), il sera jugé pour ce qu’il est.

Toutefois, changer de nom le prix Jutra, ça se comprend, je suis entièrement d’accord, l’apparence de vérité suffit. Je comprends que des artisans du cinéma n’aimeraient pas nécessairement recevoir un prix à son nom. Il y aurait toujours un malaise chaque année. MAIS… faire disparaitre le nom de Claude Jutra de la toponymie du Québec ?? C’est aberrant, son œuvre devrait aussi disparaitre de la mémoire collective ? Quelle folie de la novlangue s’empare de nous ?

Il importe de tirer l’alarme sur le comportement prématuré des élites que nous avons élues. Ce n’est pas un détail. On croirait les ministres et maires être nos anciens curés qui excommuniaient ex cathedra à une autre époque, si loin, si proche… Pourquoi cet empressement ? Poser la question c’est y répondre…

Même l’Union des écrivaines et des écrivains du Québec, dont je suis membre, s’y met ! «Compte tenu des circonstances entourant les révélations sur Claude Jutra, le volet exposition qui présentait des photographies de la maison [des écrivains où siège l’UNEQ] à l’époque où elle lui appartenait et sur lesquelles il apparaissait a été retiré.» Info UNEQ No 136, 17-02-16 (4)

Au contraire, je crois que cette expo devrait être maintenue et être l’occasion de faire un débat sur l’impact de la vie privée sur la perception de l’œuvre des artistes. Et de se souvenir de notre histoire de curés qui nous disaient comment penser et comment travailler, à qui parler et à qui ne pas parler, qui enfermaient les homosexuels dans les asiles, mettaient des livres à l’index et promulguait en chaire et au gouvernement la censure. ET de se souvenir de tous ces enfants qui ont été abusés sexuellement… et que l’Église a habillement caché pendant des années. Ce fut un sale temps où l’inceste, la pédophilie et le viol étaient tolérés et les victimes toujours menteuses et mourant de honte comme dans les pensionnats autochtones (voir mon billet) (3), ou comme pour les Orphelins de Duplessis et tant d’autres plus isolés encore… Dieu merci, nous sommes un peu sortis de cette époque, mais faut-il aller à l’autre extrême en oubliant la complexité des individus et à ce qui les poussent à poser tel ou tel acte criminel ?

Réveillez-moi quelqu’un ! On dirait un cauchemar dans un film de série B. Qu’on fasse vraiment la lumière !

Quelqu’un, quelque part, gardera-t-il mon texte dans le big data mondialisé, le trafiquera-t-il, l’interprétera-t-il à la lumière de cette société de demain qui ne comprendra pas celle d’aujourd’hui qui me permet (encore) de prendre une position même modérée ? Et me le reprochera ? Fera de moi une paria humaine et artistique ?

Claude Jutra est devenu un pêché, même en pensée ! Oh pardonnez-moi !

Tout cela donne décidément froid dans le dos. Il importe de réagir.

_________________________

20-02-16

Une semaine plus tard après la sortie de la 1re présumée victime, une 2e victime de Claude Jutra, qui est ose courageusement sortir de l’anonymat, le scénariste Bernard Dansereau, fils du producteur de films Jean Dansereau, affirme au journal La Presse avoir été agressé sexuellement une fois vers l’âge de 12 ou 13 ans par son parrain, Claude Jutra. Son père Jean cessa de voir Jutra pendant 2 ans (5). Quelques années plus tard, ils retravaillèrent ensemble, sans toutefois reparler de cette agression. Dans les circonstances, il n’y a aucune raison de mettre en doute ce témoignage accablant.

*/*

J’ai souvent raconté cette histoire de doublage de film à mes étudiants en français langue seconde, pour amorcer le jeu d’expression orale «détecteur de mensonge». Je trafiquais la fin en disant que j’avais obtenu le rôle et racontais deux autres histoires vraies. Ils devaient trouver le mensonge et ensuite raconter et soumettre leurs histoires au jugement des autres étudiants. Je ne la raconterai plus, avant un bon bon bout de temps. Ce 2e témoignage à visage découvert, cette fois-ci, altère irrémédiablement mon beau souvenir et m’accable. Ce silence des victimes et des témoins qui a duré trop longtemps, en créera d’autres au sujet du bon versant de la vie de Jutra.

Je persiste néanmoins à dire que le rapide effacement de son nom sur la place publique en mémoire de son œuvre (et non en mémoire de sa perversion) est une erreur et un très mauvais signe des temps. Mais j’ajoute que si cette affaire fait parler d’autres victimes de n’importe qui, qu’il n’est jamais trop tard pour le faire, au moins il y aura eu un bon côté.

À cet égard, la caricature de Garnotte ce matin est très éloquente. Pour bien la comprendre, il faut savoir que Jutra s’est suicidé en 1986 du haut du pont Jacques-Cartier à Montréal, qui surplombe le fleuve St-Laurent.

Jutra au poubelle

« Le courage, c’est de savoir que tu pars battu, mais d’agir quand même sans s’arrêter.» Harper Lee

______________

* tiré de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, prix Pulitzer 1960. Roman qui a dénoncé la  ségrégation raciale aux États-Unis et qui contribua à changer les mentalités.

(1) http://www.lapresse.ca/cinema/cinema-quebecois/201602/16/01-4951514-une-victime-de-claude-jutra-temoigne-des-attouchements-des-6-ans.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_4951523_article_POS1

(2)  http://www.lapresse.ca/cinema/cinema-quebecois/201602/17/01-4951523-affaire-claude-jutra-une-ancienne-amie-du-cineaste-soutient-la-victime.php

(3) https://evemarieblog.wordpress.com/2015/10/23/lettre-dexcuse-aux-autochtones-au-sujet-des-pensionnats-amerindiens/

(4) https://www.uneq.qc.ca/2016/02/18/il-etait-une-nuit-changements-au-programme/

(5) http://www.lapresse.ca/cinema/cinema-quebecois/201602/19/01-4952771-affaire-claude-jutra-une-deuxieme-victime-se-confie-a-la-presse.php

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