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Libellule

Une nouvelle espèce, l’aeschne des nénuphars (Rhionaeschna mutata)

Durant mon séjour au Centre de santé et de créativité Kio-o, les libellules sont mes amies… en nombres ici à cause de l’étang. Il y a bien longtemps que j’en avais vu autant, car plusieurs espèces sont en voie de disparition. Deux fois, elles m’ont rendu visite particulièrement. D’abord en arrivant, pendant que je faisais connaissance avec ma nouvelle prof, France Morneau, venue animer un atelier de « Retour vers soi » à l’aide de collages, créativité et méditations dirigées, une libellule est venue frôler ma tête et France m’a fait remarquer que cela portait bonheur. Puis elle a raconté qu’elle avait récemment vu une libellule dorée.

 

Le lendemain, alors que j’étais seule, une libellule a volé dans mes cheveux, ce qui m’a surprise et j’ai secoué la tête (ces insectes carnivores n’ont peur de rien, comme les couleuvres…  comportement assez unique dans la nature). Puis, elle est revenue fonçant sur moi encore… alors j’ai dit : OK, tu veux ? J’ai fait une petite boulette avec ma veste rouge et elle est venue doucement se poser dessus !!! Je l’ai longuement observée de tous les angles. Quelle merveille de la création ! Mais mademoiselle (1) était aussi en « observation » puisque pendant un moment, alors que je tournais ma veste doucement dans un sens… mademoiselle tournait dans le sens opposé, petit jeu qui a duré quelques secondes alors que je lui parlais : alors, tu veux bien me voir aussi hihi ? Finalement, bien accrochée sur ma veste, elle s’est laissée tourner. Ce manège durant quelques minutes et réalisant l’unicité de ce moment… improbable, je lui ai dit (ou pensé ?) : OK à toi ! Je t’écoute !

 

Elle était bleue et noire, avec des reflets d’argent à la lumière vive du midi, une nouvelle espèce (comme moi 😊) – découverte en 2012 (année culte pour moi avec les Carrés rouges, Occupons Montréal et les Casseroles) par un agent de la SEPAQ au Mont-St-Bruno (Québec), parait-il (2) avec ses ailes de dentelles (comment la création a-t-elle pu « prévoir » une telle précision et perfection ?)

L’observation attentive de ce genre de détail de beauté me fait croire que Dieue existe…– une femme sans aucun doute :0)– D’ailleurs, pour la perfo que je prépare à la Maison de la culture de Verdun (Québec) à la fin août, parait-il que dans les manuscrits de Nag Hammadi (chapitres de la Bible ayant été écartés au 3e siècle pour hérésie), c’est d’une figure féminine appelée Barbelo dont on parle dans le 1er chapitre sur le créateur du monde (3).

Les meilleures dentellières de Bruges n’ont qu’à aller se rhabiller devant miss libellule… avec sa géométrie libre sans pareil (ont-elles toutes les ailes pareilles ?). Sur le bout de l’aile, elle a une petite plaquette rectangulaire de couleur argentée. Une coquetterie ou cela a-t-il une fonction, me demandais-je ? Et son corps, si long (au moins 6 cm), si mince, qu’elle bouge un peu, avec une sorte de ventilateur directionnel au bout, sorte d’« ailes » mineures, qu’on retrouve aussi chez les oiseaux et les avions, ses descendants…

J’apprends en lisant maintenant qu’elles ont peu changé depuis des milliers d’années, outre… leur grandeur alors qu’elles accompagnaient… les dinosaures… Pourquoi les vivants étaient-ils si géants ? Y avait-il une lune ?

Bref, j’étais immobilisée dans le chemin, en direction de ma chambre depuis de longues minutes quand je me décidai à avancer en demandant à ma mademoiselle à qui je demande alors : OK ? Tu veux me suivre ? Je marche doucement quelques pas et m’éloigne de l’étang. Elle reste encore un petit moment sur ma veste, puis reprend son envol, alors je lui dis : Bonne vie ! en la regardant voler.

Puis, je me concentre sur son « message ». Je n’ai rien « entendu » de spécial, mais je sens qu’elle est venue m’annoncer une bonne nouvelle, tant ce moment était clair, léger et joyeux. La bonne nouvelle sera une surprise, peut-être un nouveau chum, puisque c’est une de mes « visions » de travail-création de mon atelier, lancée dans le champ quantique…

Qui vivra verra !

Dans le Wiki, je lis que «Dans la mythologie germanique, les libellules sont associées à la déesse Freia, déesse de l’amour dont elles sont les messagères. Au temps de la christianisation, elles sont diabolisées par les missionnaires qui luttent contre le paganisme, d’où l’appellation anglophone de dragonfly (dragon ailé ou dragon volant). Au Japon, dès le Moyen-Âge, la libellule se fit une place de choix dans l’univers des Samouraïs. En effet, une des caractéristiques de vol de cet anisoptère est de ne pouvoir qu’avancer : impossible de reculer ! Elle a donc pris sa place parmi les êtres valeureux qui « ne recule jamais ».

Parfait pour moi qui cherche l’amour et ai plusieurs combats à mener…

Et vous ?

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(1) Nom traditionnel des libellules au Québec, m’a rappelé Julie, une des participantes à l’atelier.

(2) https://www.sepaq.com/parcs-quebec/blogue/article.dot?id=5174df85-b9cc-44e6-8bbb-b808b388699d

(3) Chapitre de « L’apocalypse d’Adam », traduit du copte égyptien, langue parlée avant l’invasion arabe. Voir :

  • Jean Doresse. 1958. « Les livres secrets des gnostiques d’Égypte. Éd. Plon
  • Michel Tardieu. 1984. « Livre secret de Jean » in « Écrits gnostiques, Codex de Berlin. Éd. du Cerf.
  • Gary Anderson, Micheal Stone. 1999. « A synopsis of the Book of Adam et Eve ». Ed. Scholars Press.
Fossil of a Meganeuridae_The Largest Insect Ever Was a Giant Dragonfly1 (1)__

Meganeura est un genre d’insectes fossiles du Carbonifère (entre – 360 et – 300 millions d’années) ayant l’aspect d’une libellule géante. Elle est l’ancêtre de la plus grosse libellule encore vivante sur terre. Elle mesure près de 30 cm de long et plus de 70 cm d’envergure.

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Journdenais violence faites au femmes 001

Je tombe parfois sur de vieilles coupures de presse que j’ai gardées dans un album jamais terminé. Aujourd’hui : le député conservateur canadien Fernand Jourdenais demande un débat sur la violence faite aux femmes après que le ministre conservateur John Crosbie ait déclaré -devant une foule partisane à Vancouver en 1990- au sujet la députée libérale Sheila Copps : « [elle] est dans une certaine course au leadership du parti libéral; cela me rappelle une veille chanson qui dit ‘Passe-moi la tequila Sheila, couche-toi et aime-moi encore.’ » Le député Jourdenais avait dénoncé ce genre de propos en expliquant qu’ils pouvaient contribuer à des tragédies comme les meurtres de femmes futures ingénieures survenues à la Polytechnique de Montréal quelques mois plus tôt.

Aujourd’hui comme hier, nous avons eu nos défenseurs et nos détracteurs.

À la différence qu’aujourd’hui, on n’entend que très peu ce genre de propos sur la place publique. Évolution heureuse à laquelle des femmes précurseures (1) et aussi des hommes avant nous, des générations précédentes ont contribué.  #MoiAussi, #MeToo viennent aussi de là. Remercions-les 🙂 !

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(1) À noter que la féminisation du mot «précurseur» est encore seulement officiellement acceptée au Québec et en Suisse, mais son usage est encore incertain…

 

Le Tricot du peuple Feu Feu Joli F. avril et mai 2018. Crédit photo _CRousseau_3254 (6)

La Tricoteuse du peuple avec Julie, une participante, lors d’une performance au Parc Lafontaine à Montréal, sur le thème de la Constitution. Crédit photo : Caroline Rousseau, avril 2018

Je serai à la Maison de la culture de Verdun à Montréal QC (aussi appelé Quai 5160) les 22 août 2018 et 29 septembre en après-midi lors des Journées de la culture, pour une nouvelle performance de tricot-discussion, cette fois-ci résolument littéraire.

Les participants, en plus de contribuer à la création d’un nouveau tricot collectif participeront, pendant le tricotage, à l’élaboration d’un récit littéraire et poétique sur la création du monde, de l’homme et de la femme à partir d’extraits de la création de l’Homme tiré de l’épopée de Gilgamesh (1), de la Genèse apocryphe et d’un extrait d’une de mes nouvelles « Le Fiel à la bouche ».

Le 29 septembre, je vous convie à assister à l’installation de ce nouveau Tricot du peuple, un tricot-graffiti collectif vibratoire réalisé en août par des Verdunoises.

Il y aura une table pour écrire sur place votre poème sur le thème de la création du monde. Les poèmes des tricoteuses et les vôtres seront alors accrochés et exposés sur le Tricot lors de la grande fête organisée par le Quai 5160 et ses partenaires du quartier «Verdun aux mille couleurs!».

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(1) Ancien texte babylonien qui date de plus 2100 av. J.-C. et dont plusieurs épisodes auraient inspiré les rédacteurs de la Bible (dont celui d’Adam et Ève et celui de Noé), selon l’essayiste et professeur de littérature anglaise Stephen Greenblatt dans «The Rise and False of Adam and Eve » (en traduction française, «Adam et Ève», 2017).

 

 

manif contre SLAV juin 2018 -crédit

Quelques dizaines de manifestants étaient massés devant le Théâtre du Nouveau Monde, lors de la première du spectacle «SLAV» en juin 2018. Crédit photo: Valérian Mazataud, Le Devoir

L’annulation récente du spectacle SLAV à Montréal sur les chants d’esclaves afro-américains et l’oppression dans l’histoire des Noirs, mais aussi celle subie par les Slaves des Balkans, celui des Irlandais, celui des Asiatiques d’aujourd’hui, monté par l’homme de théâtre Robert Lepage et la chanteuse Betty Bonifassi pose des questions sur l’appropriation culturelle, le racisme inconscient, les rapports culturels et politiques entre le théâtre, leurs artisans et les militants ainsi que la liberté d’expression artistique.

Les militants antiracistes ont notamment reproché le manque d’artistes noirs dans la production (2 sur 8). La sous-représentativité de la communauté noire sur scène est effectivement plus que discutable : une erreur que les créateurs auraient dû admettre au moins. Pour un sujet comme celui-là, cela choque et indigne de la part d’un artiste aussi expérimenté et important que Robert Lepage, dans un cadre aussi exposé, un des principaux théâtres montréalais et un festival de musique international aussi fréquenté.

La tenue de ce spectacle, puis son annulation par le diffuseur Festival international de jazz de Montréal ont été fortement polémiques. Les artistes ont choisi de s’exprimer seulement après l’annulation du spectacle, dénonçant « l’affligeant discours d’intolérance », craignant de répondre prématurément « en jetant de l’huile sur le feu » et ajoutant que « la pratique théâtrale repose sur le principe simple de ‘jouer à être quelqu’un d’autre’, ce qui peut exiger que ‘l’on emprunte à l’autre son allure, sa voix, son accent et à l’occasion son genre’ ».

Je pense que ce moment tardif d’expression publique est malheureux, car aucun dialogue et adaptation potentielle n’ont pu s’inter-engager. Il eut été intéressant que ce spectacle devienne le lieu d’un laboratoire artisto-social. Mais, à leur défense, tous les artistes n’ont pas l’âme d’un sociologue… D’un autre côté, c’est « sans reconnaître qu’il a pu faire une erreur » que cette défense par les créateurs de ce spectacle s’est faite, a critiqué le rappeur et historien Webster. Pour sa part, la militante Marilou Craft a affirmé qu’« on avait une belle occasion de parler des inégalités raciales dans la sphère culturelle et on détourne la conversation pour parler surtout de censure et de liberté d’expression. »

Par ailleurs, « Le terme ‘appropriation culturelle’ fraie dans les universités américaines [depuis la fin du XXe siècle]. Il décrit la saisie, l’adoption inappropriée et l’absence de reconnaissance lors de l’utilisation de coutumes, de pratiques, d’idées, etc. d’un peuple par des membres d’une autre communauté, typiquement plus dominante. Des notions d’exploitation, de colonisation, mais aussi de propriété intellectuelle le sous-tendent. » (1)

Pour ma part, je trouve en effet qu’une bonne occasion d’écoute et de prise en compte des leaders contestataires a été manquée, car certains aspects pragmatiques et de conception de ce spectacle incluaient insuffisamment la perspective des premiers concernés et plusieurs critiques étaient vraiment pertinentes.

Cependant, le concept d’appropriation culturelle est un concept universitaire américain. Est-il universel ? On peut penser que non, puisqu’il est le produit de LA nation dominante mondiale sur le plan scientifique et autre. Les francophones d’Amérique sont à fois minoritaires et majoritaires au Québec. Cela affecte nécessairement notre culture et notre vision de l’inclusion/exclusion et de l’exploitation des peuples. Peut-on copier-coller ce concept américain à notre réalité ici au Québec et en particulier celles des noirs ? S’il est vrai qu’il y a eu aussi de l’esclavage au Québec, les militants qui se sont identifiés à cette cause, contrairement aux Noirs américains, ne sont pas des descendants d’esclaves. Ceci dit, les blessures et infamies liées au racisme et à l’intolérance de tous les jours sont bien vivantes, d’où qu’on vienne.

Enfin, l’annulation d’un spectacle (2), cela va trop loin pour moi, car il ne s’agit pas ici d’un spectacle ayant des propos diffamatoires ou haineux. Je ne crois pas que les artistes ont à se soumettre aux militants (ni l’inverse). De plus, des enjeux commerciaux (3) et de réputation semblent avoir engendré la décision d’annulation des responsables du festival : cela pose la question de la liberté artistique, du règne de l’argent et de l’(in)capacité citoyenne de voir et d’entendre des choses avec lesquelles nous sommes profondément en désaccord : le propre de sociétés démocratiques.

Bref, un dialogue interculturel n’a pu s’enclencher et c’est cela le grand perdant de cette polémique, à mon avis. Allez hop, la rencontre des genres et des expériences métissées ! Quelle contradiction insupportable ! Allez hop au public, qui ne pourra pas en débattre lui-même, ne pouvant plus voir le spectacle et ni connaitre ces chants d’esclaves, eux-mêmes métissés.

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J’ai vécu moi-même une situation similaire pour la parution d’un livre en début d’année sur le thème du vivre-ensemble, dans le cadre du 375e de Montréal (4). Pour ce projet d’art avec mon personnage de Tricoteuse du peuple, je collaborais avec un organisme communautaire, dont un des volets d’action est les services aux immigrants. Après la lecture de mon manuscrit, la directrice de l’organisme m’a dit : « nous ne sommes pas d’accord ». D’abord déstabilisée, j’ai mis mon ego de côté, considérant cet organisme et sa directrice, en quelque sorte, comme mes éditeurs, et j’ai pris en note les aspects problématiques selon eux, que j’ai retravaillés, approfondis ou mieux défendus, tout en communiquant mon malaise par écrit à la directrice et à son assistante. C’est son assistante qui m’a répondu, tentant de calmer le jeu. Puis j’ai invité la directrice, elle-même immigrante latino-américaine, à donner son point de vue dans mon livre, invitation qu’elle a ignorée, sans jamais me donner une réponse claire.

Du point de vue du vivre-ensemble, c’était pour moi un échec monumental de communication et d’intercompréhension, après une démarche artistique de près d’une année avec, notamment, les citoyens d’un quartier multiethnique de Montréal avec qui le projet s’était pourtant très bien passé. Un échec dont je peine encore à me relever, car lorsque des citoyens natifs ne peuvent communiquer adéquatement avec des immigrants avec qui nous partageons généreusement notre table, cela m’inquiète énormément sur l’avenir de nos rapports sociaux. Épiphénomène ? Peut-être dois-je me garder de généraliser, et que cela n’était peut-être que simplement le fait de personnalités incompatibles ou de temps qui manque… mais avec cet épisode de SLAV, quoiqu’en se posant différemment de ma situation, cela laisse de quoi songeur… Malaise dans la cité ?

Que croyez-vous qu’il subsiste de tant d’incommunication ou de tant de commercialisme et de faux-fuyant ? Des positions qui deviennent de plus en plus exacerbées et polarisées de part et d’autre. Vraiment inquiétant. Voilà le terreau fertile du populisme qui mène au fascisme et ses nouvelles formes narcissiques… comme aux États-Unis ou ailleurs dans le monde. Ne devenons pas comme eux. Penchons-nous sur des solutions, chaque jour.

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12 juillet

Oh bonne nouvelle… de l’écoute, de la communication…

Après la conférence de presse du collectif SLAV Résistance qui a déclaré que « SLAV a été le catalyseur d’une conversation sur la race, le racisme, l’appropriation culturelle et le privilège blanc qui rend les gens mal à l’aise, mais qui doit exister » et demandé que le théâtre qui a hébergé ce spectacle engage «des auteurs, metteurs en scène et acteurs noirs, en plus de présenter des spectacles produits et développés par ces personnes »…

… la directrice du théâtre qui avait prêté sa salle pour SLAV vient de déclarer qu’elle sera désormais plus attentive à ce que leurs spectacles représentent davantage la diversité du Québec. En effet, Lorraine Pintal « promet ainsi un coup de barre pour rendre la scène du TNM plus représentative de la diversité culturelle. » À suivre…

Voir https://www.ledevoir.com/culture/theatre/532223/le-tnm-sera-beaucoup-plus-plus-a-l-ecoute?utm_source=infolettre-2018-07-12&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

 

14 juillet… Et maintenant … Kanata

Kanata._Crédit photo _David Leclerc

Kanata. Crédit photo : David Leclerc

Oups, Robert Lepage et la grande femme de théâtre Ariane Mnouchkine chez les Autochtones… sans Autochtones sur scène pour leur pièce «Kanata» en préparation à Paris.

Dans une lettre fort bien écrite et réfléchie depuis 1 an rédigée par des artistes et intellectuels autochtones (dont Dave Jeniss, acteur et directeur artistique du Théâtre Ondinnok), ils répondent à une lettre à mme Mnouchkine (5) publiée cette semaine en questionnant une fois de plus l’absence de comédiens issus de la thématique de cette autre pièce montée par Lepage (6), en faisant appel à la odeiwin (ou parole du cœur en langue anicinape) (7).

L’un des grands problèmes que nous avons au Canada, c’est d’arriver à nous faire respecter au quotidien par la majorité, parfois tricotée très serrée, même dans le milieu artistique. Notre invisibilité dans l’espace public, sur la scène ne nous aide pas. Et cette invisibilité, Mme Mnouchkine et M. Lepage ne semblent pas en tenir compte, car aucun de nos membres ne fera partie de la pièce. Nous ne voulons pas censurer quiconque. Ce n’est pas nos mentalités et dans notre façon de voir le monde. Ce que nous voulons, c’est que nos talents soient reconnus, qu’ils soient célébrés aujourd’hui et dans le futur, car NOUS SOMMES [en majuscule dans le texte]. Certains ont été consultés par les promoteurs de Kanata. […] Est-ce que les metteurs en scène de Kanata ont cherché une collaboration [de comédiens] ?

Les signataires de cette lettre se montrent irrités que leur histoire soit une fois de plus réinterprétée sans eux. Pourquoi y a-t-il que des comédiens français dans cette pièce ? Mme Mnouchkine  explique :

« Parce que le théâtre a besoin de distance, de transformation, de cette quête, de ce chemin de l’imagination. Il ne peut pas y avoir — j’utilise le terme plutôt dans le sens bouddhiste que chrétien — de compassion sans imagination. On ne peut pas parler de fraternité si on n’imagine pas son frère ou sa sœur.  Ce sera toujours un acteur qui va jouer Hamlet ; et il n’a pas besoin d’être Danois. Je dirais qu’il vaut mieux qu’il ne le soit pas. »

Conclusion.  Autant pour SLAV que pour Kanata, cette démarche artistique est absolument pertinente, on est au théâtre, ne l’oublions pas, pas dans une arène politique où on y devrait plus consciemment faire de la discrimination positive… Mais… parce qu’il y a maintenant un mais… Il y a maintenant un «contexte social» particulier, comme les signataires le soulignent justement . Les professionnels des arts de la scène de plus en plus issus des «minorités» visibles ont aussi besoin de travailler et de faire valoir leur talent… et leur vision du monde. Je crois que cette démarche n’empêche pas a priori de les avoir sur scène à l’heure de la mondialisation et de la réflexion sur l’inclusion et, au Canada, à l’heure d’une grande démarche sociale et gouvernementale de «réconciliation et de vérité» (8). À mon avis, une équipe interculturelle enrichira la réflexion de ces pièces et de toutes les autres à venir.

Les signataires de cette lettre interpellent aussi les subventionneurs culturel de l’État. Certains nouveaux critères de sélection pour les subventions pourraient favoriser ce dialogue.

16 juillet… Bonne nouvelle

À peine 48 h après la publication de cette lettre des Autochtones dont Lepage et Mnouchkine veulent représenter l’histoire entre blancs et Autochtones au Canada, les deux artistes ont fait savoir qu’ils aimeraient rencontrer cette semaine les signataires afin de les écouter et d’entrer en vrai dialogue et discuter de leur projet. Les signataires ont bien accueilli cette proposition.

Voir https://www.ledevoir.com/culture/theatre/532491/robert-lepage-et-ariane-mnouchkine-invitent-la-communaute-autochtone-au-dialogue?utm_source=infolettre-2018-07-16&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

et https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/a-la-une/document/nouvelles/article/1112970/lettre-ouverte-robert-lepage-autochtone-kanata-kim-obomsawin

 

21 juillet

La rencontre a eu lieu dans le respect avec la tradition autochtone du bâton de parole (9). Un des importants signataires de la lettre critique, l’homme de théâtre Dave Jeniss de la troupe Ondinnok a déploré «une relecture de l’histoire du Canada excluant les créateurs issus des Premières Nations». De son côté, Robert Lepage semble avoir été fortement ébranlé par cette rencontre après avoir indiqué clairement que les acteurs (tous Européens et non-Autochtones) avaient déjà été engagés par Mme Mnouchkine avec un contrat d’exclusivité pour la troupe du Théâtre du Soleil de Paris :  «Je ne m’attendais vraiment pas à affronter une telle colère », a avoué Robert Lepage à propos des débats entourant ses pièces Kanata et SLAV.» a déclaré M. Lepage. Il a par contre souhaité réaliser de futurs projets avec des artistes autochtones dans un proche avenir (10).

Reste à voir comment cette rencontre interculturelle ouvrira un vrai dialogue de collaboration dans le futur… et comment ces affaires qui ont eu une assez bonne couverture médiatique influenceront tous les créateurs et leurs publics, par une réflexion et des actions de médiations culturelles.

 

27 juillet

Lepage décide d’annuler son spectacle avec le Théâtre du Soleil et Mnouchkine veut trouver une «riposte théâtrale» ! Je suis sonnée ! Qu’est-ce qui se passe ?

9 septembre

La troupe d’Ariane Mouchkine a décidé de reprendre le flambeau, ce que je salue. Bravo !

À la réflexion, les militants ont confondu le documentaire et le théâtre. Ce dernier n’a pas à être, jamais, le reflet exact de la vie. Il s’agit de «représentation» de la vie. J’ai expliqué plus haut et parfois même défendu que des artistes des communautés minorisées devraient être engagés dans ce type de production. Mais la posture des attaques en particulier contre SLAV ont par trop attaqué la liberté d’expression (que ces militants revendiquent par ailleurs – ils ne sont jamais à une contradiction prêt…) et tout cela a finalement débouché sur une bien étrange forme de censure de gauche ou d’auto-censure vraiment navrante.

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  1. https://www.ledevoir.com/societe/531938/slav-l-appropriation-culturelle-entre-deux-miroirs et https://www.ledevoir.com/culture/531920/qu-est-ce-que-l-appropriation-culturelle et https://www.ledevoir.com/culture/theatre/531876/robert-lepage-reagit-a-l-annulation-de-slav
  2. Seules trois représentations ont eu lieu avant l’annulation et le public présent lors de la 1re a dû entrer… en passant à travers un cordon de policiers et des injures de « white supremacist » de manifestants qui… n’avaient pas vu le spectacle… expérience fort éprouvante pour certains spectateurs…Pour sa part, le Festival nie toute censure et argue -tardivement- une blessure de Betty Bonifassi et des préoccupations de sécurité comme raisons de l’annulation.
  3. Le chanteur américain Moses Sumney a annulé sa participation au Festival suite à la controverse.
  4. «Mémoires. Tricotés serrés. Journal d’un vivre-ensemble» Disponible sur commande au https://www.facebook.com/%C3%88ve-Marie-Langevin-750633708443354/
  5. https://www.ledevoir.com/culture/532131/les-ameridiens-du-canada-lus-par-lepage-et-mnouchkine
  6. https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion/532406/encore-une-fois-l-aventure-se-passera-sans-nous-les-autochtones
  7. S’écrit aussi anishnabé de la nation des Algonquins ou Anishinabeg, située dans la région de l’Abitibi-Témiscamingue au Québec et du centre-est de l’Ontario.
  8. Allusion à la Commission de vérité et réconciliation du Canada, au sujet des pensionnats autochtones, tenue de 2007 à 2015. Voir mon billet à ce sujet au https://evemarieblog.wordpress.com/2015/10/23/lettre-dexcuse-aux-autochtones-au-sujet-des-pensionnats-amerindiens/
  9. Voir mon billet sur la conversation dans l’histoire au https://evemarieblog.wordpress.com/2012/09/13/histoire_conversation_salons_groupe-de-discussion/
  10. https://www.ledevoir.com/culture/532926/robert-lepage-entrevue-radio-canada
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Avec mon groupe de la bibliothèque. Crédit photo : Catherine Roy

Pour ce nouvel opus du Tricot du peuple, cette fois-ci dans une bibliothèque de Montréal, sur le thème des conversations de confidences et d’impressions partagées sur le Québec et le Canada, quelques thèmes ont soulevé particulièrement l’attention des participantes : la condition féminine, la condition des sourds, la discrimination. Quoique présentée comme une activité de francisation, deux Québécoises francophones sourdes sont venues à toutes les rencontres avec leur interprète en LSQ (langue signée québecoise).

Cette fois-ci, le projet était de tricoter un tricot collectif qui prendrait la forme d’un chemin de table, une fois assemblé.

Pour Mai, qui vient de Hong Kong, de la génération d’après-guerre, tout comme pour de nombreux Québécois baby-boomers, elle a été la 1re de sa famille à aller à l’université, venant d’une famille pauvre. Contrairement aux autres femmes de son pays, elle n’a jamais appris à cuisiner, car sa mère le lui interdisait, préférant de sa fille consacre tout son temps aux études. Sharmin nous a apporté un dessert traditionnel de son pays, le halua du Bangladesh. Miam ! Partager des recettes, ça rapproche… Wow, quel beau geste d’amitié !

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Selon Sharmin, les mariages arrangés ne se font plus dans son pays. De plus, la famille de leur beau-fils ne peut plus réclamer une dote pour le mariage de leur fille; la police pourrait même venir chez eux s’il y avait une plainte. Cependant, on est « libre » d’offrir une dote à sa belle famille…

Lucie, une des deux Québécoises sourdes et un peu aussi son amie Nicole nous ont raconté les exigences de perfectionnisme des sœurs au couvent, à l’école de leur enfance et adolescence des années ’50 et ‘60. Elles devaient nettoyer les plinthes du bas des murs tous les jours et devaient souvent recommencer leur travail après l’inspection jugée insatisfaisante des religieuses. Au couvent, Lucie a aussi appris à plier et à repasser ses vêtements. Aujourd’hui, elle ne fait plus ainsi ce genre de tâches ménagères, sauf pour la façon de bien placer sa lingerie. Nous rions !

Je leur fais remarquer qu’à travers ce qui nous semble de nos jours un excès, les générations suivantes ont perdu le sens du travail bien fait. Il me semble qu’on atteint même depuis très récemment (4 ou 5 ans) de façon plus évidente un niveau fréquent de travail bâclé, voire des erreurs professionnelles dans tous les secteurs de la société, ce que j’appelle quasiment un fléau, car cela cause beaucoup de petits (et parfois gros) ennuis au quotidien… On nomme d’autres causes de cet état de fait : la déconcentration du multitâche avec les nouveaux outils technos, les coupes budgétaires issues des politiques du gouvernement dans les services sociaux et éducatifs, le déficit d’attention plus élevé qu’avant, notamment.

Plus tard dans la conversation, Mai, qui a un vraiment bon niveau de français avancé et qui avait demandé ce que voulait dire le mot « fléau », m’épate en reprenant rapidement et naturellement son nouveau mot «fléau» dans une autre phrase, dans un contexte un peu différent. Je la félicite pour sa maitrise de la langue française qu’elle a apprise à sa retraite : preuve que la chose est possible ! Mais disons qu’elle est spécialement douée, car même mes bons et jeunes étudiants ne savent pas assimiler un nouveau mot de vocabulaire aussi vite ! Détail amusant, la fille de Mai, Eva, a participé l’année dernière à une de mes rencontres, dans le cadre des festivités du 375e de Montréal…

Les tricoteuses sont bien curieuses de savoir comment il se fait que sont des religieux qui étaient à l’époque les seuls enseignants. Ça me donne l’occasion de parler d’histoire du Québec, ce que j’adore faire : je leur raconte la Révolution tranquille (1960-70) en éducation, en effleurant les autres domaines de la langue, de l’économie et de la condition féminine.

Francy de l’Équateur, mais ici depuis presque 20 ans et mariée à un Québécois francophone… qui porte un nom anglais, rapporte que son mari a vécu de la discrimination parmi les francophones lorsqu’ils sont venus s’établir définitivement au Québec au tournant des années 2000 et ce simplement à cause de son nom.

Lucie avoue avoir renoncé à chercher du travail dans la communauté entendante, à cause de la discrimination. On a aussi appris sur la langue des sourds : une véritable langue, comme le français ou n’importe quelle autre langue, avec sa grammaire et ses tournures de phrases particulières… qui cause parfois des problèmes de traduction. Nous avons un peu discuté de cela avec Rosiane, l’interprète qui accompagnait les deux sourdes.

Francy nous fait remarquer que même les personnes discriminées font involontairement de la discrimination. J’ajoute que même s’il y a bien sûr des formes plus graves de discrimination, comme celle pour le travail, la plupart des gens vivent à un moment ou à un autre de leur vie une forme ou une autre de discrimination… gros, femme, immigrant, langue, handicapé, etc. ou simplement une personne différente des autres dans un groupe s’en trouvant ainsi exclue.

Je conclus que notre activité a réussi à créer des liens vraiment amicaux entre plusieurs personnes, car elles ont appris à se connaitre, d’autant plus qu’il y avait, en même temps une autre activité de création avec plusieurs des mêmes personnes. Avec Catherine, la responsable de l’activité, nous concluons que c’est la fréquence rapprochée de l’activité qui est le principal vecteur de la réussite cette médiation culturelle.

Pour moi, je suis très heureuse d’avoir dirigé ces rencontres; j’ai beaucoup appris et les conversations étaient vraiment passionnantes. Merci !

Et notre création est vraiment réussie : elle servira d’élément décoratif et d’identification pour servir le thé lors d’autres activités à la bibliothèque.

Tricot du peuple_final_avec théière_Crédit photo Catherine Roy

Le Tricot du peuple «Confidences». Crédit photo : Catherine Roy

« Malheureusement à notre époque, la notion d’engagement glisse trop souvent dans une perception utilitaire de l’art. Elle doit prendre une couleur politique identifiable pour prétendre à la nécessité. Mais moi, j’ai besoin de réaffirmer que ressentir le monde, c’est aussi un engagement. »

Evelyne de la Chenelière in Le Devoir, 21-04-2018

Le Tricot du peuple Feu Feu Joli F. avril et mai 2018. Crédit photo _CRousseau_3254 (41)

La Tricoteuse du peuple avec une des participantes au Parc Lafontaine (2018). Crédit photo: Caroline Rousseau

 

Dans cette performance, j’accompagne et j’appuie la démarche de l’anthropologue et créateur Mathieu Parent autour de son installation relatant l’incendie criminel du parlement de Montréal au Bas-Canada et de sa bibliothèque en 1849 par les torys anglais. Cet événement historique s’est passé dans le sillage de la rébellion des Patriotes et d’une crise économique qui affecte nouvellement les marchands anglais. En effet, à l’appel du journal The Gazette qui s’insurge contre le vote du parlement donnant une indemnité aux victimes de la guerre, dont de nombreuses veuves dont les maris sont morts, une manifestation contre ce vote vire à l’émeute autour du Parlement. La bibliothèque est une perte totale et la presque totalité des livres s’envole en fumée.

Autour de cette histoire qui mena à une nouvelle constitution par l’Acte d’Union des Haut et Bas-Canada, j’invite les gens à se questionner sur le contenu d’une éventuelle nouvelle constitution. Je demande aux passants et aux visiteurs de l’installation de Mathieu au Parc Lafontaine à Montréal: si vous aviez une nouvelle constitution à écrire, avec qui, comment ou qu’est-ce vous mettriez dedans ? (1)

Le Tricot du peuple Feu Feu Joli F. avril et mai 2018. Crédit photo _CRousseau_3254 (25)

L’installation Feu Feu Joli F de/avec Mathieu Parent et des participants. Crédit photo:  Caroline Rousseau

Les temps ont bien changé depuis les Patriotes et depuis l’écriture de la Constitution canadienne de 1867, écrite par une élite politique, elle-même élue par une poignée de gens favorisés économiquement. Et vous, mes lecteurs, si  aujourd’hui, vous aviez à écrire une constitution, quels mots importants, idées importantes afin de rassembler les gens y mettriez-vous ?

Tricot Feu Feu Joli F-1

Un des nouveaux Tricots du peuple fini sur l’installation de Mathieu Parent

Parfois on me demande qu’est-ce qu’une constitution exactement. Je dis aux gens que je ne suis pas une spécialiste, mais que, en gros, il s’agit d’un document qui permet de définir les valeurs d’un peuple, de partager les pouvoirs entre les provinces et d’établir les mécanismes de règlements de conflits entre les personnes et entre les provinces canadiennes. La question est complexe, mais tous les participants à ce nouveau Tricot du peuple ont eu au moins un mot en tête pour la définir : paix (pas d’obstruction) (dit 2 fois, dont une enfant de 4 ans), meilleur échange économique du commerce interprovincial, éducation gratuite, démocratie directe (représentation tirée au hasard, comme pour les procès criminels), vérité, silence, reddition de comptes, révolte pour un sans État, écoute, consultation, implication et fierté des Autochtones et Inuit, respect, meilleure communication et capacités de critique des autres, et d’autres qui m’ont moins frappée (je ne prends pas de notes durant nos conversations et confections du Tricot).

 

Peut-être parce qu’il s’agit d’un événement intellectuel, les passants sont moins portés que d’habitude à vouloir tricoter avec moi, plusieurs préfèrent simplement converser et réfléchir, avec moi… et le Tricot avance moins vite… Mais bon, tricoter n’est pas l’objectif, mais le prétexte… J’ai tendance à retomber comme nous tous dans une approche matérialiste… Aussi, comme tous mes Tricots de rue, je dois prendre le temps de montrer comment tricoter avant d’aborder véritablement notre sujet de conversation.

Le Tricot du peuple Feu Feu Joli F. avril et mai 2018. Crédit photo _CRousseau_3254 (30)

Les enfants sont aussi invités à faire quelques mailles et à donner leur opinion sur ce qui est important pour leur avenir… Crédit photo:  Caroline Rousseau

Lors de ma 3e et dernière performance, il fait enfin beau après un printemps tardif et il y a beaucoup de monde qui passe par là; les gens sont souriants et, tout comme moi, ont probablement plus envie de socialiser.

Bref, ma performance relationnelle qui vise, comme toutes les autres fois (2) à prendre contact avec des inconnus, joint plus spécialement des motifs politiques cette fois-ci…

Le Tricot du peuple Feu Feu Joli F. avril et mai 2018. Crédit photo _CRousseau_3254 (4)
Tricot en cours… sur conversation de démocratie directe. Crédit photo:  Caroline Rousseau

 -quoique que lors de mes performances pour le 375e de Montréal, nous avions beaucoup conversé autour d’enjeux sociaux comme l’immigration et le vivre-ensemble (3).

C’était vraiment intéressant de converser sur ce sujet, j’ai adoré mon expérience!

Mes deux prochaines performances comme Tricoteuse du peuple seront à la bibliothèque de Parc-Extension à Montréal (une activité de francisation, sur le thème des confidences et de l’appréciation critique du Québec)  en mai 2018 ainsi qu’à la Maison de la culture de Verdun (sur le thème de la poésie et de la démarche de création) en août et septembre 2018. Tous les détails sur la page Facebook à mon nom au https://www.facebook.com/%C3%88ve-Marie-Langevin-750633708443354/

Pour ma participation comme telle à l’installation de Mathieu, j’ai  choisi de restituer une notice d’un livre sur la teinture des vêtements.

*/*

Et vous, qu’en pensez-vous, comment voyez-vous les choses ?

 

________________________________

(1) Voici la démarche, la réflexion et les questions plus précises que nous avions préparées ensemble, Mathieu et moi pour la réalisation de cette performance.

QUESTION 1

  1. De quelle(s) façon(s), comment écrire une constitution ?
  2. Qui devrait écrire une nouvelle constitution tenant compte de nos nouvelles réalités du 21e siècle ?
  3. Pour ces questions, en intro, j’amènerais les choses ainsi :
  4. Si vous aviez à écrire une constitution, comment vous y prendriez-vous ?

QUESTION 2

  1. Quels sont les récits ou les mythes fondateurs qui vous inspirent (traditions occidentale, amérindienne, asiatique africaine, etc.) pour définir votre identité ?
  2. Quels sont les principes de bien commun qui sont importants pour vous / pour la nation ?
  3. Quels sont les éléments rassembleurs de sens commun que tous les humains partagent ?
  4. Si vous aviez à coécrire une constitution, quels seraient les éléments importants et pourquoi ?
  5. Qu’est-ce que vous chérissez dans votre cœur comme avenir pour le peuple ?
  6. Pour ces questions, au point de départ, on pourrait résumer les choses ainsi :
  7. Quels récits, raisons ou sagesses devraient selon vous inspirer la réalisation d’un tel écrit ?

SOUS-QUESTIONS (QUESTION 2)

  1. La notion de « droit » peut-elle être surpassée (pensée en dehors de ce cadre restreint) visant le plein développement humain et la limitation des abus individuel et collectif ?
  2. La notion de « besoin » peut-elle être surpassée (pensée en dehors de ce cadre restreint) visant le plein développement humain et la limitation des abus individuels et collectifs ?
  3. Pour ces sous-questions, au besoin, selon le déroulement de la conversation, on résumerait les choses ainsi :
  4. Quelles responsabilités devrions-nous prendre (et partager)
  5. pour élargir le bien commun et favoriser un développement
  6. humain respectueux des personnes dans nos sociétés ?

+ Autres thèmes à aborder (réflexion et compréhension) en préparation, au besoin

  1. À quoi sert une constitution ? et Quels sont les enjeux d’un tel exercice ?

 

(2) Voir mes autres billets sur mes performances au https://evemarieblog.wordpress.com/category/perfo-tricot-du-peuple/

 

(3) Voir mon livre « Mémoires. Tricotés serrés. Journal d’un vivre-ensemble. » disponible sur commande sur ma page fb ou en prêt à la Grande Bibliothèque de Montréal.

On se tricote un avenir 01-06-12 PLAN HANCHE

La Tricoteuse du peuple. Crédit photo: Pierre Chevalier

Je serai au Parc Lafontaine, à côté de l’Espace Lafontaine (Montréal)  les samedis 21 avril et 5 mai 2018, vers 15h* dans le cadre de l’événement Feu Feu Joli F organisé par l’Atelier Mange-Camion.

J’inviterai le public à monter maille par maille un nouveau Tricot du peuple collectif et à y mettre, dans votre geste et vos paroles, nos meilleures pensées et élans du cœur pour l’avenir du peuple. J’aimerais parler avec vous pendant qu’on fait ce Tricot : si vous aviez à écrire une constitution, comment vous y prendriez-vous? Quels récits, raisons ou sagesse devraient selon vous inspirer la réalisation d’un tel écrit ? Quelles responsabilités devrions-nous prendre et partager pour élargir le bien commun et favoriser un développement humain respectueux des personnes et du vivant dans nos sociétés ? C’est cette trame du peuple que nous voulons constituer, refaire notre tissu social si éraflé, créer peut-être un maillage entre les personnes.

***

Tricoter ensemble, montrer/apprendre à tricoter, puis éventuellement échanger ou méditer sur l’avenir du Québec, tel est l’objet et la gestuelle concrète de cette performance artistique. C’est un art de la conversation.

 

Durant le printemps érable, lors de l’occupation du parc Lafontaine en 2012, j’ai remarqué que le fait de me tenir sur le trottoir pour inviter les gens à y participer créait comme une porte d’entrée à l’activité… et éventuellement, pour certaines personnes, permettait de s’intéresser aux ateliers d’Occupons Montréal** où je participais également. C’est une bonne stratégie relationnelle : je suis là avec mes deux Tricots collectifs : c’est spontanément vu comme une activité familière (qui permet l’échange) par les passants et par le public qui viennent voir, cette fois-ci,  une installation au sujet de la mémoire de la bibliothèque du Parlement du Bas-Canada incendié par les Anglais en 1849 (montée par Mathieu Parent).

Je suis là pour engager la conversation avec des questions sur l’écriture d’une éventuelle nouvelle constitution, une vision d’un bien et d’un sens commun et tout ce qui nous passe par la tête et le cœur ce jour-là… et ça crée un lien avec les inconnus… parce que les gens sont généralement timides (comme moi) et les personnes ont tellement besoin de parler et d’être écoutées, en ce moment plus que jamais.

Lors de mes plus récentes expériences comme Tricoteuse du peuple, j’ai beaucoup parlé de vivre-ensemble et d’immigration, notamment pendant les activités du 375e de la fondation de Montréal. Pendant les Journées de la culture, j’ai aussi parlé de l’avenir du Québec et d’art. Au parc Lafontaine en 2012, j’avais rencontré un biologiste qui avait longtemps vécu en Chine et m’a parlé de leur relation aux étrangers et de sa théorie sur la disparition progressive de l’immigration au Québec. Incroyable ! Au parc Émilie-Gamelin cette même année, lors de ma 1re performance, une itinérante m’avait raconté comment la police traitait son père dans les années 1950 lorsqu’il était drogué, et je l’avais admiré dans sa résilience. Elle n’était pas habituée à ça, on avait eu les larmes aux yeux ensemble, se serrant les mains. Elle était repartie les yeux brillants. Touchant ! Au parc Molson, j’avais longuement conversé avec un nouvel arrivant, artiste immigrant du Maroc, qui ne pouvait évidemment concevoir de critique à l’égard de son pays d’adoption. Même l’expression « printemps arabe » en français, il ne l’avait jamais entendue avant. Surprenant ! Bref, ces performances sont tissées de rencontres éphémères et de conversations enrichissantes… et parfois inattendues, et il me reste dans les mains le merveilleux travail collectif tricoté, les vibrations des conversations captées par la laine et les couleurs.

Alors, créer une petite rivière relationnelle qui y mène ou qui sort de l’installation de l’Atelier Mange-Camion, c’est vraiment plaisant !

Plus de détails sur l’ensemble de l’événement au https://www.feufeujolif.com/programme

________________________________

 

* Événement annulé en cas de pluie

** Dans la foulée des occupations de lieu public menée par le Mouvement Occupy en 2011, un peu partout dans le monde,a fin de questionner l’économie du «1%».

 

«Il y aurait avantage à réinvestir l’espace public avec une réflexion plus calme, plus posée» Jérémie McEwen au sujet de son nouveau livre «Avant, je criais plus fort»

Mes abonnés auront surement remarqué que mes billets se font plus rares. Je me suis en effet consacré à l’écriture d’un livre sur le vivre-ensemble, relatant une expérience de création artisanale avec le Tricot du peuple et de médiation cultuelle avec des citoyens de Montréal «Mémoires. Tricotés serrés. Journal d’un livre ensemble», que vous pouvez trouver sur ma page fb professionnelle au https://www.facebook.com/%C3%88ve-Marie-Langevin-750633708443354

Mais au-delà de cela, je me questionne depuis plusieurs mois sur le fait de prendre la parole dans l’espace public. Nous sommes tous surchargés, soûlés d’«information» de qualités diverses. Que puis-je apporter d’autre, de plus, de mieux, sans répéter ? La poète en moi a besoin de prendre son temps, de ne pas céder à ce courant, cette tentation de publier à tout prix.

Je planche actuellement sur une nouvelle faisant d’état d’une recherche au cégep de Maisonneuve (école postsecondaire à Montréal) à l’effet que les enseignants s’autocensurent dans leur propos et certains sujets chauds à aborder en classe, afin de ne pas trop soulever la controverse et simplifier leur gestion de classe. Comme enseignante à l’éducation des adultes au secondaire et à l’université, je me sens très interpellée par cette nouvelle. Ainsi, afin de respecter la diversité des modes de vie et des opinions, on choisirait l’indiversité des discours abordés en classe ?  J’ai soumis récemment ce problème philosophique et pratique à ma directrice qui m’a simplement répondu : «merci pour ce partage».

À suivre… dans le silence et la réflexion pour l’instant… Bienvenue comme toujours à vos commentaires afin de susciter la conversation virtuelle 🙂

Anatoly et Ève Marie. Crédit photo Alix Coudurier_2010

Ève Marie et Anatoly Orlovsky en récital. Photo : Alix Coudurier

Nous bâtissions des milliers

de cœurs volants

Nous cherchions juste

Juste un peu plus de lumière

Nous balbutiions dans

une vie pleine de failles

 

Nous trouvions quelquefois une

source qui nous ressemble

Petites dans la rupture

l’âme impure

***

C’est un des mes poèmes, mis en musique  par Anatoly Orlovsky,  sur notre disque « Soleils, éclater dans le ciel» (écoutez des extraits dans la colonne de droite, sur cette page) et donné en récital à la Salle Claude-Léveillée de la Place-des-Arts à Montréal.

 

Comme bilan annuel en forme de douce ironie, un petit clin d’œil à un court-métrage tourné en 1967 avec S. Distel, J. P. Cassel, J. M. Thibault, R. Pierre et J. Yanne , « Tout va très bien Madame la Marquise » (parait-il, paroles et musique de Paul Misraki, 1935) et une caricature du journal Le Devoir à Montréal, prise aujourd’hui, du dessinateur Garnotte :

Cette chanson a aussi été reprise par les Rita Mitsouko, dans une version encore plus hilarante…

Garnotte, Le Devoir, «L’année en dessins », 30-12-17

Quand certains dirigeants deviennent des «bullys» (intimidateurs), que se passe-t-il dans la société = 2017-18 ?

De mon côté pour 2018, je vous souhaite 5 gratitudes par jour et beaucoup de bienveillance, malgré tout…

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