Voltaire fought intolerance and fanaticism, an...

Voltaire fought intolerance and fanaticism, and was a prominent and very prolific philosopher of the Enlightenment/Les philosophes des Lumières. (Photo credit: Wikipedia)

« Prière à Dieu

Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : s’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi qui as tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de la boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni de quoi envier, ni de quoi s’enorgueillir.
Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible ! Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant.»

Voltaire, Traité sur la tolérance à l’occasion de la mort de Jean Calas (1763), chapitre XXIII.

(C’est moi qui souligne)

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 31 octobre 2013

Plus d’une semaine plus tard, j’ai bien pris le temps de méditer ces sages paroles en me demandant à qui elle s’adresse d’abord. À moi, aux pro-Charte, aux anti-Charte tous confondus, aux citoyens pratiquants musulmans qui insistent pour s’afficher au travail ?

J’ai un principe qui me dit : ne tolère pas l’intolérance. Soyons francs : ce débat réveille la peur de l’Islam dans son radicalisme et ses dérives identitaires. Je ne crains pas d’être accusée de racisme et d’islamophobie : comme prof auprès d’adultes, je travaille tous les jours depuis 13 ans avec des immigrants, nouveaux arrivants pour la plupart. Les radicaux et les intolérants connaissent nos faiblesses et accusent, le plus souvent à tort, des Québécois de racisme et d’islamophobie. Il faut savoir quoi répondre.

Voici ce que je réponds aux modérés. Pourquoi ce débat réveille-t-il ces peurs-là ? 95% des musulmans sont modérés, font leur affaire et laissent tranquilles les mécréants ou autres religions. Alors quoi ? Alors où étaient ces modérés après le 11 septembre pour critiquer les radicaux parmi eux ? Ils avaient peur ? Depuis le printemps érable, on les entend heureusement plus souvent. Mais malheureusement, le mal et fait et la confiance est rompue dans la population. Depuis 15 ans, nous avons été trop souvent témoins d’excès religieux rebutants voire scandaleux, ici comme ailleurs. Je ne parle même pas du terrorisme, qui aurait dû être dénoncé publiquement partout par le peuple musulman et ne l’a pas été, je parle des choses triviales, quotidiennes, comme ces caricatures dont on n’a pas entendu des musulmans en masse se lever pour dénoncer le radicalisme de leurs frères, je parle des filles Shafia mortes par crime d’honneur dans le fond de la rivière chez nous, et de toutes les autres jeunes filles de nos écoles secondaires qui vivent des pressions immenses dans leur famille et ne savent pas quoi faire, prise dans un conflit intérieur quasi insurmontable, je n’ai pas entendu non plus beaucoup de musulmans non plus dénoncer cela, etc., etc., etc. Alors ce silence est assourdissant maintenant, voilà pourquoi on en arrive avec un besoin de Charte. C’est dommage, c’est triste, j’aimerais que nous soyons tous frères, mais ce n’est pas comme cela pour l’instant. Pour cette raison, c’est spécialement aux musulmans modérés et particulièrement aux femmes féministes de cette tradition à prendre la parole et de porter le flambeau actuellement et d’expliquer calmement et pédagogiquement en quoi l’interdiction à tous de ces symboles ostentatoires dans la fonction publique et parapublique est nécessaire, un peu comme le faisait l’écrivaine féministe algérienne et ex-directrice du programme de l’UNESCO pour le droit des femmes Wassyla Tamzali dans journal Le Devoir du 31 octobre http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/391392/pas-de-compromis-au-nom-d-un-feminisme-islamique-inexistant-previent-wassyla-tamzali

elle «ajoute sa voix vibrante à celles d’autres féministes musulmanes qui affirment que la ‘laïcité ouverte’ donne actuellement lieu à un glissement idéologique sacrifiant les droits des femmes au nom de la tolérance religieuse. […] : ‘En tant qu’intellectuelle, ça me tue que pour des questions aussi fondamentales que les droits des femmes, on prenne la voie du milieu. Sur une loi tellement importante, on ne peut dire : ça sera permis, dans telles ou telles conditions. On ouvre la porte toute grande au fanatisme religieux.’ […] Si être religieux, c’est pouvoir faire n’importe quoi, aucune loi ou charte ne peut tenir. Toutes les lois et les libertés ont des limites’» Wassyla Tamzali (elle sera en conférence à Montréal le 1er novembre dans le cadre du Festival du monde arabe de Montréal)

…surtout lorsqu’on est en terrain religieux, qui est, historiquement une des trois principales raisons de guerre. Non, on n’est pas en guerre chez nous, mais justement, on ne veut pas que les radicaux importent leur guerre chez nous, en s’affichant outre mesure, comme l’ont fait les Français et les Anglais en d’autres temps… Une prévoyance et une perspicacité politique à long terme s’imposent ici, c’est pourquoi il ne faut pas prendre de décision précipitée. Écoutons avec attention et ouverture ces voix/voies modérées laïques de tradition musulmane; elles savent plus que nous lire entre les lignes et prévoir les dérives qu’elles ont trop vues à l’œuvre dans leur pays. Encore une fois, il ne s’agit pas d’activer un épouvantail; il s’agit de regarder aussi lucidement que possible les conséquences moyen terme de telles ou telles décisions politiques et sortit une fois pour toute de notre naïveté politique d’Américains du Nord. Aux immigrants à faire d’abord ce premier pas vers nous qui les avons accueillis dans notre pays, dans notre maison. Cette main tendue détendra le débat et ouvrira à une meilleure compréhension mutuelle et nous rendra plus… tolérants.

Autrement dit, quand toutes ces aberrations faites aux femmes ici et surtout ailleurs, seront choses du passé, on sera rassuré.e.s et on pourra mettre à la fois le voile, le turban, la kippa et la croix sur une même tête sans risquer d’être ostracisé. On pourra les mettre aussi comme costume et comme caricature sans risquer… vous savez quoi. On est très loin du compte, alors prenons les moyens pour y arriver.

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15 novembre 2013

Depuis quelques jours, l’idée de la Charte des valeurs québécoises coulée puis discutée dans les médias est devenue finalement le projet de loi 60 «Charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l’État ainsi que d’égalité entre les femmes et les hommes et encadrant les demandes d’accommodement» Voir http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/projets-loi/projet-loi-60-40-1.html

Fatima Houda-PepinJe ne croyais pas si bien dire en invitant les musulmanes modérées ou laïques à prendre la parole pour éclairer une histoire qui nous manque. La députée libérale Fatima Houda-Pepin, celle qui avait  fait adopter à l’Assemblée nationale un décret unanime contre l’utilisation de la Charia au Québec (comme l’Ontario s’apprêtait à faire le contraire), a enfin brisé le silence de la ligne de son parti contre la Charte. Elle s’est prononcée pour une laïcité contrôlée. Elle est contre le port du tchador au parti libéral et plus largement, même, voit ces voiles comme un symbole général d’oppression des femmes dans le monde.

Elle a de plus fustigé ce relativisme culturel qui fait qu’on accepte tout, même le pire. Elle a fait ressortir que tous les droits ne s’équivalent pas (ce qui est contesté par les tenants de l’approche plus légaliste), compte tenu de l’histoire des religions qui ont toujours, toutes sans exception, diminué ou opprimé les femmes. Ce que je comprends c’est que, pour elle, la valeur de l’égalité homme/femme dans notre société domine celle de la liberté de religion qui n’est d’ailleurs pas remise en question sur le fond, mais plus sur la forme. Même si elle ne s’est pas encore prononcée au sujet de la Charte du parti québécois, sauf pour dire qu’elle ne l’accepte pas telle qu’elle est actuellement, son commentaire principal est de dire que «en démocratie, il est permis d’interdire quand l’intérêt public l’exige», en donnant des exemples historiques de lois votées tant par sa formation politique que chez les péquistes. Ainsi, sans le dire directement, elle semble contester le fond de la position de son parti qui est de tout permettre parce c’est une «liberté individuelle». Elle soulève ainsi l’intéressant débat de la primauté du droit individuel contre le droit collectif. On attend ses propositions d’amendement(s) avec intérêt…

Pour plus de détails, voir http://www.ledevoir.com/politique/quebec/392834/la-liberale-houda-pepin-fustige-la-position-de-son-parti?utm_source=infolettre-2013-11-15&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

Enfin, ce discours libéral sur «les libertés individuelles» à tout prix (y compris sur celui d’accueillir éventuellement une députée avec la tchador à l’Assemblée nationale… [deux jours plus tard, le chef du parti libéral, P., Couillard reviendra sur cette position) ressemble davantage à une novlangue de fiction destinée à semer la confusion dans les esprits pour les affaiblir. Les mots, pour être crédibles, doivent être accompagnés d’actes qui militent dans le même sens. Dans l’histoire récente du parti Libéral, on n’avait pas remarqué, par exemple, de respect pour les libertés individuelles, pour le droit d’expression et d’association dans la loi 78 (2012) pendant la grève étudiante (par exemple, annoncer une manif contre la loi, sur Internet ou ailleurs était passible de fortes amendes!).

Même remarque pour ces accusations de racisme et de xénophobie de la part d’immigrant ou de Québécois «pur poil». Que ces personnes regardent donc dans leur propre jardin avant d’accuser les autres. Cela contribuera un peu plus au dialogue.

Même remarque pour les accusations de division, en soulignant davantage ici leurs incohérences : un débat sans phase de division est impossible. Or, il y a évidence et urgence à débattre, à voir le nombre de réactions sur les réseaux sociaux et dans les journaux.

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et  http://www.etudes-litteraires.com/voltaire-tolerance.php#ixzz2iN9rndw7

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