Tag Archive: carré rouge


Effet noir

Effet noir 1. Crédit photo : Ève Marie

Quiz. J’ai fait exprès de ne pas mettre le titre entre guillemets. Pour que vous pensiez d’abord, peut-être, que je parle du monde d’aujourd’hui. Mais non, alors, qui a pu écrire cela ? Et surtout à quelle époque, et où ? Voyons encore :

«Tous ces enfants étaient des gouttes de sang brûlant qui avait inondé la terre; ils étaient nés au sein de la guerre, pour la guerre. […] Ils n’étaient pas sortis de leurs villes, mais on avait dit que par chaque barrière de ces villes on allait à une capitale d’Europe. Ils avaient dans la tête tout un monde; ils regardaient la terre, le ciel, les rues et les chemins; tout cela était vide, et les cloches de leurs paroisses résonnaient seules dans le lointain.»

Alors qui… ? Essayons encore de trouver.

«Trois éléments partageaient donc la vie qui s’offrait alors aux jeunes gens : derrière eux un passé à jamais détruit, s’agitant encore sur ses ruines, avec tous les fossiles des siècles de l’absolutisme; devant eux l’aurore d’un immense horizon, les premières clartés de l’avenir; […] le siècle présent, en un mot, qui sépare le passé de l’avenir, qui n’est ni l’un ni l’autre et qui ressemble à tous deux à la fois, et où l’on ne sait, à chaque pas qu’on fait, si l’on marche sur une semence ou sur un débris.

Voilà dans quel chaos il fallut choisir alors; voilà ce qui se présentait à des enfants pleins de force et d’audace, fils de l’empire et petits-fils de la révolution.»

Magnifique, n’est-ce pas ? Vous avez deviné au moins l’époque ? L’absolutisme, ici, c’est celui du roi, les guerres sont les campagnes napoléoniennes en Russie et en Égypte, et la révolution, c’est la française de 1789.

Alfred de Musset, vers 1840, France

L’auteur : un «romantique» (1) par excellence, Alfred de Musset, dans «Confession d’un enfant du siècle, 1836 (sous le retour du dernier roi de France, le prince Louis-Philippe 1er).

N’est-ce pas troublant, ces retours de cycle, mais un pas plus loin, non pas la répétition défaitiste de l’histoire, mais une spirale qui repasse par le même endroit, mais sur un point supérieur ou inférieur ?

Notre monde en ruines. Si vous ne l’aviez pas encore constaté, soit vous vivez sur une autre planète, dans une bulle très fermée, soit vous êtes si occupé(e) par votre travail que tout le reste n’est que déni ou ignorance, soit… et quoi encore? Dans d’autres articles, j’ai eu l’occasion de traiter de la vision du «verre à moitié plein », d’un monde qui annonce à peine déjà quelques lueurs non pas d’espoir, car je suis marquée par ma génération du «no future», mais d’un refus du défaitisme et de la résignation au pire.

Somnifères, antidépresseurs, tranquillisants. Les vrais dangers. Crédit photo : Nouvel Obs

Somnifères, antidépresseurs, tranquillisants. Les vrais dangers. Crédit photo : Nouvel Obs

Les ruines d’aujourd’hui, c’est le regard tout aussi vrai du « verre à moitié vide ». De la consommation de tranquillisants et d’antianxiogènes qui augmente chaque année à vitesse exponentielle depuis les années 1950. Aliénation galopante ? De la moitié du monde qui n’est pas encore complètement respectée. De l’environnement qui est si détruit que même l’évocation de la fin de l’espèce humaine est régulièrement mentionnée dans des conversations sans faire sourciller!

Occupy 99% afficheDénoncés par les Indignés du mouvement Occupy dans le monde entier, les forces du marché capitaliste et les membres du 1%, principaux pollueurs de la petite planète ont perdu leur empathie pour les plus faibles à cause de leur avidité matérialiste. L’entrevue avec un de ses représentants connus, l’homme d’affaires torontois Kevin O’Leary (vedette des émissions Dragons’ Den et Shark Tank et auteur du livre (en traduction) Toute ma vérité), à l’émission québécoise «Tout le monde en parle», disait justement et sans sourciller, parfaitement convaincu dans son déni : «don’t change nothing», et… oubliais d’ajouter : for  me.

Cacerolazo_Argentina_2001-2002

Cacerolazo contre le FMI et le gouvernement et toutes les banques en faillite, Argentine, 2001, 2002.

Et ces millions de gens qui ont perdu leur fonds de pension en Argentine en 2002 (coupes du FMI), et ces milliers de Canadiens et autres, comme ma tante, qui ont perdu leurs économies durement gagnées lors de l’éclatement de la bulle Internet en 2000, ou ces millions qui ont perdu leur maison lors de la crise des hedge fund spéculatifs de marché aux États-Unis en 2008? Et les sans-abris dans nos pays riches… n’est-ce pas un scandale en soi! Et… et … et… la corruption des élites, des partis politiques? Et le cycle de plus en plus rapide des crises économiques ? Etc. Un tel égocentrisme force le dégoût et nous fait revenir au temps du Musset et des débuts du capitalisme sauvage.

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Manifestant pendant Occupy Wall Street, New-York, 2011

À la défense de ce capitaliste O’Leary cité plus haut, à la seule question non complaisante de l’animateur de télé Guy A. Lepage, il s’est cependant montré en désaccord avec le type spéculatif d’investissement en bourse, mais sans relever la contradiction dans son discours.

Des ruines, de grandes blessures au tissu social et humain… avec, entre autres, nos trop nombreuses relations jetées au moindre orage ou, à l’inverse, construites sur le mensonge et le profit personnel, gardant un silence politiquement correct sur les petits ou grands malaises vécus. Un jeune noir disait hier à ses amis, dans le métro, qu’il voulait quitter le Québec, l’Amérique pour aller vivre dans le Sud, là où les gens sont «plus humains», là où la société n’est pas basée sur «la paranoïa». Plus qu’un brin de vérité dans cette dure critique… Il disait aussi qu’il n’avait pas demandé à naitre ici parce ses lointains ancêtres avaient été amenés de force comme esclaves! Combien de générations cela prend-il pour se sentir intégré à une société ? Sur fond de tension identitaire, donc, autre ruine de notre époque. Aller plus au sud ? Évidemment le syndrome du plus beau dans le jardin du voisin est un piège à éviter… Plutôt : qu’est que je peux faire pour améliorer ou changer les choses ici, dans le pays où je vis, au lieu de la fuite en avant, car ailleurs, ce sont d’autres problèmes, républiques de bananes, et corruption endémique sous le soleil.

Manif avril 2012

Manif du printemps étudiant à Montréal, 2012. Contre les frais de scolarité. Virage à droite.

Cet «immense horizon» de Musset me fait penser aussi à ce qu’a vécu la génération des baby-boomers. Ils ont aussi connu cette internationalisation rapide avec les nouveaux moyens de communication. Puis, ont déchanté, pour la plupart, en atteignant la quarantaine ou la cinquantaine, devenant trop souvent plus égoïstes que ceux qu’ils avaient dénoncés jadis. On n’a qu’à penser à leur discours en 2012 contre les « enfants-rois » de la génération Y et contre les «carrés rouges» que le gouvernement québécois a faussement associé pendant des semaines «à la violence et à l’intimidation»… Eux qui refusaient, il y a deux ans, dans une grève historique, l’augmentation des frais de scolarité. En effet, depuis les années d’études des boomers, les frais de scolarité ont connu une augmentation largement supérieure à l’inflation, soit plus de 625 % (soit ±300$/cours universitaire). Et ces boomers critiques ont oublié que c’est toute la société qui avait payé pour leurs études universitaires entre 1968 et 1989  à… 50$ par cours. Heureusement, ce conflit (devenu par ailleurs crise sociale des «casseroles» par des lois antimanifestations) ne s’est pas transformé en fracture générationnelle, car de nombreux ainés les ont aussi supportés et encouragés. Mais quand la police tire et emprisonne nos enfants qui demandent à grands cris un meilleur accès à l’éducation, on se dit qu’il y a en effet quelque chose de pourri dans notre royaume.

Les Séguin

Les Séguin, 1975.

Et le titre ? Ne vous fait-il pas penser à une chanson, un classique des jeunes boomers des années ’70 au Québec, « Enfants d’un siècle fou » du groupe Les Séguins ? Voir http://www.youtube.com/watch?v=zDKaF4qgJco

« Semence ou débris ?» : voilà une question très contemporaine, finalement!

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Mes forts crocus, vivants sous la neige, en mars 2010, Montréal. Crédit photo Ève Marie

_________________________

(1) Le romantisme est une période littéraire, musicale et picturale européenne, exprimée par le mal de vivre de deux générations, que l’on situe généralement entre 1800 et 1850. «Le peintre ne doit pas seulement peindre ce qu’il voit devant lui, mais aussi ce qu’il voit en lui-même.» Caspar David Friedrich

Lafontaine, 2012

J’ai remarqué que depuis que je porte le carré rouge dans l’espace public, je reçois et je donne plus d’aide. C’est peut-être seulement une coïncidence, mais à la lumière du récent manifeste du muvement /etudiant des carres rouges, où ils élargissent considérablement leurs horizons, ça me donne l’idée de pousser la sensation et le concept plus loin au sujet du port du carré rouge : comme citoyen.e.s  engagé.e.s  et  disposé.e.s  dans la rue à de petits gestes civiques pour aider les autres, de manière à (faire) bénéficier des apprentissages de cette magnifique lutte sociale. Après la grève, leurs porteurs et leurs porteuses pourraient continuer à s’afficher avec le carré rouge pour la mémoire, bien sûr, mais aussi pour continuer à donner de la visibilité à leur ‘service social’.

Je pense qu’il faut rapidement détourner de façon constructive tout ce discours purulent qui a et va associer (pendant les élections) le carré rouge à «la violence et à l’intimidation»[1] et au chaos social. Le carré rouge, «c’est la rue» ? OK, prenons la désinformation et retournons-la comme une crêpe (ou une tarte à la crème). Prenons-la à bras-le-corps comme on le fait dans les arts martiaux, suivons le mouvement de l’adversaire et poussons-le encore plus loin. C’est une idée, il y en aura d’autres, mais comme citoyen.ne.s, en grève ou non, il faut proposer des actions concrètes pour que les gens se sentent plus en sécurité dans les rues de la ville en tout temps, entre autres…  grâce au carré rouge. De toutes les façons, il faut combattre la peur. Cela me semble une bonne façon de déjouer ces tactiques malsaines du gouvernement. Tout le monde sera gagnant, sauf les menteurs qui seront démasqués par la force de ce genre de gestes empathiques répétés et vus au quotidien. Même le maire de Montréal sera content :)). Il pourra venter «sa» ville comme étant la plus accueillante et la plus sécuritaire au monde…

Dans le manifeste de la CLASSE[2] qui fait assez bien la démonstration du terrible risque de la marchandisation de la vie, un détail m’a frappé : «Si nous avons choisi la grève, […], c’est pour créer un rapport de force, seule mécanique nous permettant de peser dans la balance». Seule ? C’est en effet le principal mécanisme, ou du moins le plus utilisé dans la tradition de la gauche syndicale, mais il en existe un autre, plus subtil et dont les effets sont plus profonds à long terme seulement. Il s’agit de pousser à la conscience/faire voir l’inconscience de certains comportements humains. C’est un aspect peut-être plus spirituel, mais dans l’état de corruption et d’ÉGOisme où nous nous trouvons, ça devient de plus en plus évident et une question concrète de survie collective. Je crois que ce «nouvel» aspect apporté à la vie politique peut être vraiment novateur[3], surtout s’il est porté par les plus jeunes et par les plus vieux de notre société. Et par la conscience, tout le monde est touché, de l’élite au peuple, du 1% au 99%. Sauf que… y’en a pour qui les conséquences sont plus dommageables…

De plus, autre sujet, je suggère une nouvelle image dans les prochaines manifs de nuits : une lampe de poche ou de cell dirigée vers un petit miroir et portée haut la main… le miroir de ceux qui ne se rendent pas compte qu’il n’y a plus de miroir quand ils s’y mirent. Travailler artistiquement sur des symboles à interprétations multiples est tout aussi puissant, comme vous le savez et l’avez démontré. Si ce geste était répété en masse, nul doute que ce serait le genre d’image médiatique frappante qui ferait le tour du monde, attirant ainsi l’attention là ou quand il le faut.

Chers étudiant.e.s, dans le fond, ce que je veux vous dire essentiellement, et que je ressens depuis un an ou deux, c’est que…

Quand les hommes et les femmes de cœur (re)commencent

à prendre la parole de l’action,

c’est qu’un autre pays est en marche,

c’est que notre âme,

exaspérée et famélique

a décidé de franchir le Rubicon,

l’illusoire distance qui

nous

sépare

de

l’autre.

***

Petit moment d,histoire du Québec.

“Depuis bientôt 5 ans l’Agéum revendique auprès du gouvernement
pour obtenir la gratuité scolaire que ce dernier avait formellement promise en 1960, depuis 5 ans le gouvernement refuse, depuis 5 ans l’Agéum re­nouvelle bêtement ses revendications et depuis 5 ans aussi le gouvernement se fout d’elle parce qu’il la sait incapable de sortir gagnante d’une épreuve de force avec lui. Un véritable syndicat n’aurait jamais accepté une telle situation et aurait proposé à ses commettants des moyens “syndicaux” de résoudre le problème, entre autres la grève. Mais l’Agéum, à cause du re­fus du gouvernement et son incapacité propre, voit ses membres patauger dans des conditions de travail assez pénibles pour quelques-uns et se sent dépassée par un problème qui pourrait trouver ses solutions immédiatement si elle était une véritable force syndicale.”
Tiré de la revue Parti Pris, vol. 3 no 6, janvier 1966 (Montréal)

 


[1] En juin, la ministre de la ‘culture’ avait confondu et associé publiquement, sans l’ombre d’un doute et au nom d’une «grande, grande, grande partie des Québécois», le carré rouge avec la «l’intimidation, la violence», pour se rétracter du bout des lèvres suite à une levée de boucliers, tout en enfonçant le clou encore une fois. Sans parler des nombreuses allusions du premier ministre à ce sujet.

[3] C’est le sens de la «Déclaration des engagements individuels et collectifs» mis de l’avant par Occupons Montréal en février 2012. Voir le lien ici-bas.

http://occupons-montreal.info/philo-politique/node/197

Le temps des récoltes est commencé 

Je ne sais pas encore si «je» peux parler au nom du peuple, si mes antennes sont assez aiguisées, mais certains indices, observations, sentiments, intuitions, alouette, me donnent à entendre que je peux au moins parler en mon nom, dans un état total de vase communiquant. J’imagine que ces réserves sont aussi mes dernières défenses devant un silence trop longtemps tenu en laisse, contrôlé maitrisé minimisé. Qui a dit qu’un peuple sans vocabulaire tombe dans la violence ?

Disons que mon histoire commence en octobre dernier dans les réunions du groupe de philo politique d’Occupons Montréal. Les mots sortent en désordre de ma bouche. Moi qui suis d’habitude lente et posée, je me surprends dans un pêle-mêle de phrases qui prennent naissance là, au rond point écho du métro Square-Victoria à Montréal, sous «la Place du peuple». Je ne me rendais pas compte à quel point j’avais accumulés ces mots, juste là sur le bord des lèvres, juste sur les confins de ma langue.

Quelques mois avant, une collègue avait dit «la politique ne m’intéresse pas !» Un silence gêné s’en était suivi. Puis quelqu’un avait parlé de ses rénos. J’avais seulement tenté timidement de soulever un sujet d’actualité. On était en pleine crise économique mondiale, personne ne comprenait vraiment la gravité et la nouveauté de la situation.

Maintenant, le bouchon a sauté et plus jamais nous ne retournerons à ce silence morbide de négation d’être collectif, même lorsque tout se sera calmé. Il y a eu avant. Il y aura après.

J’ai beaucoup souffert de ce silence politique, le mien, celui du peuple. En particulier du cynisme, de la détestation de soi, de l’indifférence alliée à l’inertie, recette implacable de la corruption, de ce genre d’usage sans conscience de la liberté humaine.

Puisque acculée au silence par le mensonge triomphant porté en valeur suprême de notre nouvelle (ou ancienne) aliénation postmoderne, personne n’avait osé s’y opposer. L’héroïsme n’était plus à la mode.  En même temps, je me disais, il n’y a aucune autre époque où j’aimerais  vivre. Alors quoi ? Et comme tout le monde se taisait, je ne rencontrais que peu de personnes…

Accumulation, accumulation… quel grain de sel a tout déclenché ? Ou juste le fruit était mûr et maintenant, il tombe ? Et la chute de l’empire est vertigineuse. Voilà son point faible, le clou sur lequel même «eux» pourront en partie devenir «nous» quand ils comprendront à quel pont ils se sont perdus eux-mêmes.

C’est le retour du refoulé. D’autres petits morceaux de lambeaux humains nous serons envoyés. C’est le repoussoir, l’image suprême de folie aliénante dans laquelle notre ‘civilisation’ tombée produit le mal être. Ça ne fait pas plaisir à écrire, mais lui c’est nous aussi. Quand on l’aura vraiment intégré, un autre grand pas sera franchi. En même temps, les alternatives se pensent et se vivent. «Dieu est mort» ça fait longtemps, mais n’a jamais cessé de vivre au plus secret de mon/notre âme. Quand les hommes et les femmes de cœur (re)commencent à prendre la parole de l’action, c’est qu’un autre pays est en marche, c’est que notre âme, exaspérée et famélique, a décidé de franchir le Rubicon, l’illusoire distance qui nous sépare de l’autre.

Dans le mouvement des Indignés, je découvre des jeunes super articulés, avec un fort désir spirituel hors religion consacrée, sensible au fait féminin et un fort besoin de fraternité avec, paradoxalement, une grande difficulté à faire des compromis. Choisir un resto à huit têtes peut devenir un sport extrême… Mais ça s’arrange, ce n’est pas incontournable. Les petits poussins ont grandi et n’ont plus besoin d’être couvés. Voilà donc ceux que notre gouvernement dénigre tant. Il a réussi assez bien sa campagne de division et de salissage avec le remplissage mur à mur d’«enfants gâtés», «consommateurs» ou «d’enfants-roi». Parents-rois, grands-parents rois, ai-je envie de répondre à mes parvenus, nouveaux riches de congénères ! Quand le pouvoir discrédite à ce point ses forces vives et l’avenir de sa nation, c’est qu’il a peur. Lorsqu’il (… joue à ?) se montrer temporairement incapable de négocier avec ses objecteurs de conscience, c’est qu’il est en fin de règne. Ça s’est déjà vu dans d’autres (r)évolutions.

Hey ! Ce sont sur mes enfants, nos enfants que tu tapes – vient pas me dire que les 3000 arrêtés ont tous commis un méfait ! J’étais là, j’ai vu comment se fait la création de la réalité, la mise en scène et le montage en épingle de la violence dans notre chère nation distincte si terriblement pacifique qu’on peut te faire perdre un œil pour t’obliger à rester pacifique…

Mais ça ne marche plus. Le peuple est scolarisé, plus éveillé, communique hors-réseau standard. La réalité a changé subitement. Les membres du gouvernement semblent dépassés. Ils regardent en arrière avec leurs œillères. Ils donnent l’impression d’être incapables de voir en avant un autre monde, incapables de voir venir les nouveaux risques. Ils sont tellement coupés d’eux-mêmes que c’en est tragique et dangereux.

Dans le mouvement Occupy et dans l’espace public, on cherche tout aussi tragiquement et radicalement à dépasser cette exclusion habituelle eux/nous. C’est très très difficile. Le cerveau résiste, ça demande une révolution de l’esprit – celle qui dépasse en profondeur toutes les autres qui se sont lamentablement transformées en tyrannie. Tyrannie du capital de la haute finance, du 1%, tyrannie de la ‘nomenklatura’ communiste ou pseudo, tyrannie des extrémistes religieux fanatisés islamistes, catholiques et ainsi soit-il. Aïe – on n’a pas fini avec ça, ce retour dans le continuum des incivilités aux extrémismes, dans la plus grande téléréalité émotionnelle de tous les temps. Ils ne sont pas l’apanage de ces nouveaux ou anciens rois. À court terme, j’espère que les plus radicaux dans le mouvement de contestation actuelle comprendront que s’ils continuaient plus loin, le peuple pourrait les lâcher et qu’ils risque de provoquer l’inverse de ce qu’ils recherchent = le backlash. À long terme, dans le très bon Abécédaire d’Hugo Latulippe, Serge Bouchard avance cette idée lumineuse : dans le corps humain, la nature a parié sur notre tête, «c’est la matière qui commence à réfléchir sur elle-même». C’est notre partie la plus développée. C’est notre conscience qui évoluera dans le temps, pour notre survie.

*/*

Quand le même jour, une ministre de la ‘culture’ confond et associe publiquement, sans l’ombre d’un doute et au nom d’une «grande, grande, grande partie des Québécois», le carré rouge avec la «l’intimidation, la violence» et qu’un directeur de F1 fait l’apologie du dictateur comme mode de gouvernance, c’est qu’ils sont encore capables de se regarder dans le miroir le matin en se levant parce qu’ils ne se rendent pas compte qu’il n’y a plus de miroir. On se dit que la dérive est commencée et on désespère de voir sur quel point aveugle nos dirigeants élus par le peuple veulent nous faire croire que nous sommes tombés, et dans quel trou noir démocratique nous nous étions enfoncés. En même temps, c’est sans doute la condition nécessaire pour qu’une comète fulgurante en sorte. Je suggère une nouvelle image dans les prochaines manifs : une lampe de poche dirigée vers un petit miroir. De plus, j’ai remarqué que depuis que je porte le carré rouge dans l’espace public, je reçois et je donne plus d’aide. C’est peut-être seulement une coïncidence, mais ça me donne l’idée qu’une fois la grève vraiment terminée, leurs porteurs et leurs porteuses affichent leur ‘service social’ en continuant à porter le carré rouge. Pour la mémoire, bien sûr, mais aussi comme citoyens engagés et disposés dans le rue à des gestes civiques pour aider les autres, pour bénéficier des apprentissages de cette magnifique lutte sociale.

Pour sa résolution, un changement d’interlocuteurs pourrait sans doute aider. En ’70 et en ’90, les gouvernements libéraux ont négocié avec des adversaires armés; il y a eu mort d’homme. Le dénouement de ces deux crises est très instructif. Les libéraux négocieront avec les étudiants nus pour leur plus grande accessibilité à l’université. Les libéraux joueront peut-être la carte du sauveur juste avant les élections… En attendant, s’il vous plait, venez m’arrêter avec mon petit carré rouge porté sur mon cœur.

9-12 juin 2012

P.S. Voir le lien en bas de page du magnifique vidéoclip du groupe québécois Mes aïeux.

Voir aussi http://www.avaaz.org/fr/la_fin_de_limpunite_des_banquiers_fr/?cotMxab

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