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À feu mon père, indépendantiste et diplomate

Québec un pays1J’ai hésité à publier ce billet, car beaucoup de choses ont déjà été écrites et je ne voulais pas ajouter au bruit ambiant de surplus. Mais certains angles que j’effleure dans cette chronique n’ont pas ou peu été abordés. Et quand j’ai pensé à mon père, dont c’était l’anniversaire de naissance ces jours-ci, je me dis, voilà, je le fais aussi pour sa mémoire et sa transmission.

Vivant au Québec, je ne suis pas d’allégeance politique péquiste (c’est-à-dire ni membre ni votante pour le Parti québécois ou P.Q., -un parti provincial, au Québec seulement), comme mes parents l’ont été. Si j’ai voté quelquefois pour ce parti au début de ma vie de citoyenne dans les années ‘80, j’ai rapidement décroché, déçue par plusieurs politiques de droite de l’époque votées par cette coalition souverainiste et indépendantiste. Cependant, lors de quelques élections pus récentes, j’ai parfois voté stratégiquement pour ce parti, mais surtout contre un autre parti, lorsque ce dernier avait des chances de perdre les élections dans mon comté.

Je me sens néanmoins interpellée par les récents événements politiques québécois. J’ai toujours eu un bon nez pour le devenir politique. Je tiens sans doute cela de mon père diplomate. Je me souviens, qu’alors jeune étudiante au cégep, j’avais prévu, et cela contre l’avis de mes amis militants à l’Association étudiante et de mon prof d’histoire, que le P.Q. gagnerait à nouveau le cœur des Québécois aux élections de 1981, et ce même s’il venait pourtant de perdre son référendum sur l’accession à la souveraineté. Peu d’analystes l’avaient prévu comme moi, à une époque où il n’y avait pas autant de sondages (de toute façon, pour ce qu’ils valent…). Cette prédiction, que j’avais gagnée à mon corps défendant, m’avait aussi gagné l’estime de mes amis et de mon prof d’histoire et m’avait donné confiance dans mes intuitions politiques.

Québec un pays4Lors des élections d’octobre dernier (2018), le P.Q. a connu la débâcle historique depuis sa création avec seulement une dizaine d’élu.e.s sur 125. Cela amène la grande famille indépendantiste, tous partis confondus et hors partis) à une réflexion profonde (espérons-le) et éventuellement aux vraies actions. J’aimerais ici répondre aux affirmations et questions soulevées par cet article, paru dans journal Le Devoir et poursuivre la discussion avec mes lecteurs et lectrices sur :

https://www.ledevoir.com/politique/quebec/541621/parti-quebecois-la-necessite-de-reflechir-mais-surtout-d-agir

Certains militants péquistes accusent leur ancien chef, Jean-François Lisée, d’être la cause principale de leur débâcle ! Un peu court comme analyse… Toujours cette tendance infantile dans ce parti à accuser les autres, avant de se regarder soi-même ? Ce chef, avec cette vision-là, n’a-t-il pas été élu par ses membres ? Par ailleurs, les motifs invoqués par de récents électeurs péquistes pour voter cette fois-ci pour un autre parti, sont des raisons qui remontent parfois à… il y plus de 30 ans ! Cela montre-t-il (et je ne suis pas particulièrement fière de demander cela) aussi une certaine immaturité politique d’une partie de son électorat ? Il y a chez les péquistes une culture du ressentiment et du verbiage à courte vue qui a fait que ma mère a elle-même quitté le bateau du Parti québécois comme «vieille» militante il y a une dizaine d’années… Avec cette logique politique tordue, en comparaison, s’il fallait que les électeurs et électrices de l’île de Montréal remontent à toutes les erreurs passées du Parti libéral pour lequel ils et elles ont pourtant massivement voté en octobre (1), ce parti fédéraliste aurait déjà été depuis longtemps effacé de la carte… Bref, y a-t-il, dans le Parti québécois, une culture assez toxique qui concoure peut-être, à la longue, à sa propre déchéance ? Comme l’affirme le candidat péquiste défait, Mathieu Traversy, cette culture est le propre du petit frère du P.Q., avec cette complaisance ou désir de plonger dans la boue certains de leurs membres au Bloc québécois (c.-à-d. pour mes lecteurs et lectrices hors Québec, cet autre parti souverainiste siège à Ottawa, pour les élections nationales-fédérales)… Mais M. Traversy est-il lui-même aveuglé par les comportements politiques des membres de son propre parti, et à amener ses déchirements sur la place publique, sous la loupe des médias qui en font leur joie et leur beurre ?

Et la question qui tue (et qui me fait mal à la poser moi-même)… Si j’étais une personne qui ne connait pas beaucoup la politique ou qui vient assez récemment d’arriver au Canada, serais-je porté à voter pour ce genre de parti dont les membres et leurs représentants agissent de la sorte ?  Considérerais-je le P.Q. apte à mener une nation francophone (incluant ses minorités) à se gouverner elle-même ? Poser la question… c’est y répondre…

Si le P.Q. et ses futurs alliés veulent inspirer une grande majorité de Québécois.e.s de la gauche et de la droite à voter pour lui, il faudrait commencer par donner l’exemple de l’autodignité et de la certitude de la capacité à vraiment POUVOIR gouverner un nouveau pays, sans tomber dans l’anarchie (luttes de pouvoir ou corruption), comme l’a malheureusement montré l’histoire des transitions à l’indépendance de nombreux pays dans le monde.

En effet, de trop longs temps sous l’effet de l’oppression, de l’exploitation ou simplement de la minorisation indifférente d’un peuple amène ses citoyens à internaliser leurs propres conflits dans leurs comportements quotidiens, voire à préférer les choix politiques et la langue des dominants, comme l’a montré l’analyse célèbre d’Albert Memmi dans son classique « Portrait du colonisé » et aussi, d’une autre façon, Gaston Miron, dans la partie essai de son célèbre livre « L’homme rapaillé » …

Pour exemple, souvenons-nous que l’Ukraine a mis entre 500 et 600 ans (1991) à trouver son indépendance, et ce malgré une forte « polognisation » et russification et immigration (la langue et même les prénoms ukrainiens furent interdits au 19e siècle par le tsar) (2) mais vit encore d’importants problèmes de tensions interethniques et linguistiques, sur fond de corruption (3). L’histoire est longue pour les vraies nations… Ceci dit, ce ne sont pas tous les nouveaux pays qui ont connu ce destin autodestructeur, quand même !

Un ou une chef digne de ce nom, doit se souvenir de cette tendance inscrite au plus caché de la psyché des francophones et de leurs alliés sensibles à la différence culturelle des Québécois ou venus des autres nations autrefois colonisées. Dans sa direction et capacité de ralliement et rassemblement des troupes de toutes allégeances confondues, un ou une nouvelle chef pourrait ainsi créer un mobilisateur de buts communs pour un projet de société inspirant…

Néanmoins de la lumière au sein même du P.Q., à en croire la jeune trentenaire et nouvelle présidente du P.Q., Gabrielle Lemieux, qui affirme avec vision que le P.Q. ne dispose pas du « monopole [de la promotion et de la représentation] de l’indépendance [du Québec]. » Cette admission me semble un grand pas en avant, et met peut-être la table pour des alliances situationnelles de représentation et autres lors des prochaines élections… Un autre leader indépendantiste, hors P.Q. cette fois (?), Maxime Laporte, président de la Société Saint-Jean-Baptiste, plaide également pour sortir de la passivité et développer des projets d’actions concrètes.

Québec un pays3À suivre… Et bienvenue à vos commentaires, y compris de mes lecteurs et lectrices fédéralistes !

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  1. Et au contraire d’autres régions du Québec qui ont voté massivement pour la 1re fois pour le parti de la Coalition-Avenir-Québec, parti qui a emporté le pouvoir.
  2. Voir http://www.axl.cefan.ulaval.ca/europe/ukraine-2histoire.htm. Fait intéressant, «Aujourd’hui encore, beaucoup d’Ukrainiens utilisent un cocktail d’ukrainien et de russe lorsqu’ils parlent. Chacun mélange les langues à sa manière. On appelle ce phénomène de «bilinguisme alterné» le sourjyk écrit aussi surzhik ou surgik.». Un franglais vraiment indépendant est-il l’avenir du Québec ? Il est vrai que le français a eu et à encore un statut international supérieur à l’ukrainien. En ce sens, les deux histoires assimilatoires sont différentes et ne peuvent pas vraiment être comparées.
  3. L’Ukraine est classée, selon l’organisme Transparency International, au 142e rang mondial, ex æquo avec l’Ouganda.

 

  1. Québec un pays2

    Yvon Deschamps, célèbre humoriste québécois

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Journdenais violence faites au femmes 001

Je tombe parfois sur de vieilles coupures de presse que j’ai gardées dans un album jamais terminé. Aujourd’hui : le député conservateur canadien Fernand Jourdenais demande un débat sur la violence faite aux femmes après que le ministre conservateur John Crosbie ait déclaré -devant une foule partisane à Vancouver en 1990- au sujet la députée libérale Sheila Copps : « [elle] est dans une certaine course au leadership du parti libéral; cela me rappelle une veille chanson qui dit ‘Passe-moi la tequila Sheila, couche-toi et aime-moi encore.’ » Le député Jourdenais avait dénoncé ce genre de propos en expliquant qu’ils pouvaient contribuer à des tragédies comme les meurtres de femmes futures ingénieures survenues à la Polytechnique de Montréal quelques mois plus tôt.

Aujourd’hui comme hier, nous avons eu nos défenseurs et nos détracteurs.

À la différence qu’aujourd’hui, on n’entend que très peu ce genre de propos sur la place publique. Évolution heureuse à laquelle des femmes précurseures (1) et aussi des hommes avant nous, des générations précédentes ont contribué.  #MoiAussi, #MeToo viennent aussi de là. Remercions-les 🙂 !

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(1) À noter que la féminisation du mot «précurseur» est encore seulement officiellement acceptée au Québec et en Suisse, mais son usage est encore incertain…

 

Comme bilan annuel en forme de douce ironie, un petit clin d’œil à un court-métrage tourné en 1967 avec S. Distel, J. P. Cassel, J. M. Thibault, R. Pierre et J. Yanne , « Tout va très bien Madame la Marquise » (parait-il, paroles et musique de Paul Misraki, 1935) et une caricature du journal Le Devoir à Montréal, prise aujourd’hui, du dessinateur Garnotte :

Cette chanson a aussi été reprise par les Rita Mitsouko, dans une version encore plus hilarante…

Garnotte, Le Devoir, «L’année en dessins », 30-12-17

Quand certains dirigeants deviennent des «bullys» (intimidateurs), que se passe-t-il dans la société = 2017-18 ?

De mon côté pour 2018, je vous souhaite 5 gratitudes par jour et beaucoup de bienveillance, malgré tout…

« Plus que toute autre forme d’aliénation, je pourrais en dire ce qu’Angelo Rinaldi fait remarquer de la pauvreté : ‘Elle sépare à jamais de ceux qui ne l’ont pas subie, quelle qu’en soit la suite.’ Aliénation : traduction de Entfremdung, Hegel : dépossession. Ne plus s’appartenir. Devenir étranger à soi-même. En ces années auxquelles je fais allusion, je ne savais plus reconnaitre dans les signes de ma langue la présence incrustée, voilée ou éclatante, d’une autre langue : ses calques, ses syntagmes, sa sémantique. »

Gaston Miron, « L’Homme rapaillé »

 

Fete-Nationale-Quebec-logo-photo-courtoisie-publiee-par-INFOSuroit

source : Info Suroit

On s’est beaucoup penché sur les différences ces dernières années.

Maintenant, le temps semble être venu de davantage ressentir, exprimer et réfléchir notre socle commun, nos ressemblances sur lesquels construire notre territoire, notre nation, notre culture, notre mode de vie, notre vision du monde. Et le faire dans notre langue commune, le français. On pourrait regarder du côté de la condition humaine aussi… mais à ce compte toutes les frontières tomberaient aussi…

Puis viendra un autre temps où on pourra regarder en face à la fois nos différences et nos ressemblances, fondement, à mon avis, d’une véritable identité collective et d’une véritable vie démocratique.

***

.

 

Dans une lettre publiée aujourd’hui dans le journal Le Devoir « Aller de l’avant et ne laisser personne derrière » (1), les porte-parole du parti politique Québec Solidaire parlent d’un devoir d’exemplarité dans un « examen de conscience » des forces indépendantistes. Cette affirmation me laisse dubitative… Le récent échec de la convergence indépendantiste des différents partis et mouvements souverainistes ne me semble pas être spécialement exemplaire, même si je suis bien consciente que les médias ne peuvent que rapporter partiellement les fondements d’une nouvelle.

Si je venais d’un autre pays ou d’une autre province, je me dirais : mais comment ces Québécois peuvent-ils prétendre vouloir faire un pays alors qu’ils ne peuvent même pas se mettre d’accord sur une base de discussion ? Je crois que les forces indépendantistes sont conviées à un devoir d’alliances… eh oui à « faire mieux », comme les porte-parole de Québec solidaire le disent si bien.

Par ailleurs, nous manquons de données probantes pour analyser et comprendre l’évolution du vote allophone depuis le dernier référendum de 1995. Je lis dans les journaux des chiffres contradictoires. Aujourd’hui, on dit que « 68 à 80 % du vote non francophone » irait vraisemblablement au Parti libéral fédéraliste et anti-indépendantiste, mais il me semble avoir déjà lu que le vote de la jeune 2e génération issue de l’immigration se répartissait à peu près comme l’ensemble des Québécois quant à son allégeance indépendantiste ou fédéraliste. Les médias, les firmes de sondage et la recherche universitaire pourraient-ils mieux nous éclairer sur ces questions ? Cela aiderait à appuyer nos opinions et nos actions.

Enfin, je partage avec le parti de Québec Solidaire la vision idéale d’un rejet de politiques tablant sur la peur… Mais c’est, à mon avis, la faiblesse de la gauche de tout temps d’être enfermée dans un idéal et de ne pas vraiment comprendre profondément que, par exemple, des gens ont vraiment peur ! Il y a une sorte de déni de réalité qui a probablement fait la faiblesse des formations de gauche… et la force des groupes d’extrêmes.

«L’étau se resserre / Et lance un cri de détresse / Vers les cœurs de pierre / […] J’ai le mal du pays / […] J’ai mal à ma mère aussi/ L’étau se resserre / J’ai mal à mon frère aussi / L’étau se resserre / J’ai mal à ma sœur aussi / L’étau se resserre / J’ai peur et mon père aussi.» (2)

Louis-Jean Cormier « Un refrain trop long »

 

Finalement, j’aimerais faire un clin d’œil à l’auteur-compositeur et chanteur Claude Dubois qui a chanté sa chanson (un vrai classique !) hier, lors du spectacle de la fête nationale :

«Comme un million de gens
Qui pourraient se rassembler
Pour être beaucoup moins exploités
Et beaucoup plus communiquer,
Se distinguer,
Se raisonner,
S’émanciper,
Se libérer,
S’administrer,
Se décaver,
S’équilibrer,
S’évaporer,
S’évoluer,
Se posséder

Mais autour d’eux, y avait plus petit et plus grand
Des hommes semblables en dedans. »

Claude Dubois «Comme un million de gens»

Bonne Saint-Jean ! (3)

__________________

  1. http://www.ledevoir.com/politique/quebec/502017/aller-de-l-avant-et-ne-laisser-personne-derriere . Par ailleurs, leur titre Allons de l’avant est aussi le slogan du mouvement Occupons Montréal (Occupy)… mais ce n’est sans doute qu’un hasard.
  2. L’auteur-compositeur et chanteur Louis-Jean Cormier fait aussi référence au désastre écologique dans cette chanson… qui sera un enjeu puissant du débat-crise fédéraliste-indépendantiste, notamment en ce qui concerne le passage d’oléoducs sur le territoire québécois qui pourraient polluer le fleuve Saint-Laurent pendant des générations en cas d’accident. En effet, les deux Partis libéral du Canada et du Québec sont en accord avec le passage de l’oléoduc Énergie Est sur le territoire canadien et québécois. Et… notre Saint-Laurent d’amour vient d’être déclaré par le Parti Libéral du Québec le « premier lieu historique » du Québec !
  3. Pour mes lecteurs étrangers, sachez que la Saint-Jean est le nom traditionnel de la Fête nationale du Québec, le 24 juin.
«Les connaissances non reliées tuent la connaissance et font apparaître une nouvelle ignorance qui s’ignore elle-même au cœur de la prolifération des connaissances», souligne Edgar Morin.

Photo: Fred Dufour Agence France-Presse «Les connaissances non reliées tuent la connaissance et font apparaître une nouvelle ignorance qui s’ignore elle-même au cœur de la prolifération des connaissances», souligne Edgar Morin.

«… l’être humain serait-il surtout en train de se perdre… dans la simplification des choses, dans l’illusion, mais aussi dans cet aveuglement qui l’empêche d’appréhender sérieuse

ment les désastres qu’il est lui-même en train de nourrir ? »

Je relaie ici intégralement un trop bon article du journal Le Devoir de Fabien Deglise au sujet du plus récent opus d’Edgar Morin « Connaissance, ignorance, mystère », auteur et philosophe pour lequel j’ai toujours eu le plus grand respect et admiration.

«[il] montre du doigt le somnambulisme du monde politique qui vit au jour le jour, du monde intellectuel aveugle à la complexité et l’inconscience généralisée qui contribuent à la marche vers le désastre.»

 

Le coup de crayon du 8 mai
Garnotte et
Pascal

Edgar Morin et l’éloge du mystère

Le philosophe invite à aller au-delà des algorithmes pour éviter

la catastrophe

6 mai 2017 |Fabien Deglise | Livres
[Si vous avez un problème de lecture-mise en page, référez-vous directement à la source : http://www.ledevoir.com/culture/livres/498035/entrevue-edgar-morin-et-l-eloge-du-mystere]

A trop vouloir baliser ses déplacements, l’être humain serait-il surtout en train de se perdre… dans la simplification des choses, dans l’illusion, mais aussi dans cet aveuglement qui l’empêche d’appréhender sérieusement les désastres qu’il est lui-même en train de nourrir ?

Le philosophe français Edgar Morin, fin observateur du monde qui l’entoure depuis 95 ans, doute de moins en moins de cette dérive. Dans son dernier essai, Connaissance, ignorance, mystère (Fayard), il appelle d’ailleurs à lever la tête de nos réseaux sociaux, à affronter les déterminismes numériques pour mieux surmonter nos peurs ataviques de l’inconnu, déjouer les « nouvelles ignorances » et surtout changer le cours des choses dans des sociétés où paradoxalement, l’expansion des connaissances fait désormais régresser, selon lui, la connaissance.

« La croyance en une vie sociale ou personnelle régulée ou programmée par algorithme [ces formules mathématiques qui orientent choix et contenus dans les univers numériques] est illusoire, indique Edgar Morin dans une entrevue accordée il y a quelques jours au Devoir. L’histoire de l’humanité, des sociétés, de la personne ne peut échapper à l’inattendu, le hasard, la folie, la créativité. Or, si elle libère, la technique, aussi, asservit » en finissant même par atrophier l’intelligence, poursuit-il.

Sombre perspective ? Le malheur serait en marche et ses artisans ont, à l’écouter et à le lire, le nez collé sur un écran d’ordinateur et le doigt agité frénétiquement sur un clavier ou sur un écran tactile. « L’unification techno-économique du globe et la multiplication des communications ont provoqué non pas une conscience de communauté de destins humains, mais au contraire, les replis particularistes sur des identités ethniques et/ou religieuses ; non pas une grande union, mais une multiplication de dislocations et ruptures politiques et culturelles dégénérant en conflits », écrit-il dans cet essai alliant impressions, réflexions et sagesse, sorte de message d’un penseur indiscipliné, docteur honoris causa de vingt-quatre universités à travers le monde, à ceux et celles qui vont construire et le penser le monde après lui.

Et il montre du doigt « le somnambulisme du monde politique qui vit au jour le jour, du monde intellectuel aveugle à la complexité » et « l’inconscience généralisée » qui contribuent « à la marche vers le désastre »

Le leurre de l’émancipation

Le culte de l’instant présent, l’obsession de la quantification de l’activité humaine, du choix et du commentaire réduit à des codes binaires, tout comme l’enfermement de la pensée humaine dans des réseaux numériques cloisonnés, à des fins commerciales, n’y sont pas étrangers, même si tout cela se joue dans des sociétés dites du savoir où l’hyperconnexion et la démocratisation de l’accès à l’information, à la prise de parole sont érigées en vecteur d’émancipation, en faisant surtout illusion, selon lui. « L’excès d’information tue la connaissance, dit Edgar Morin. Les connaissances non reliées tuent la connaissance et font apparaître une nouvelle ignorance qui s’ignore elle-même au coeur de la prolifération des connaissances. » Cela entretient ce qu’il nomme l’ignorantisme, un mal contemporain qui frappe autant le citoyen ordinaire que les savants et experts confrontés à la même organisation fragmentée de la pensée, à la même connaissance dispersée qui empêche l’émergence de « cette connaissance pertinente qui les relie et qui permettrait d’affronter la complexité ».

« Le règne du calcul », dans lequel l’avènement du tout numérique nous a fait entrer, « occulte les réalités humaines les plus profondes », dit-il. « Le rêve d’une société humaine totalement automatisée sous la loi de l’algorithme conduirait non au surhumain mais à l’inhumain », poursuit-il dans son bouquin en parlant de cette post-humanité où l’humain est en train de se laisser conduire. « Le rêve d’une rationalité algorithmisante tendra à nous réduire en machines triviales. » Et cet idéal est forcément vain, puisque l’incertitude fait partie intégrante de l’aventure humaine, estime-t-il.

Le constat pourrait être sombre avec ces « myopies et aveuglements cognitifs » et collectifs qui « produisent erreurs et illusions » et qui nous rendent « inconscients des processus désastreux que subit la planète », dit Edgar Morin qui continue toutefois de chercher la lumière pour éclairer le présent en rappelant le caractère cacophonique, polymorphe et fou de la vie et à « ressentir la qualité poétique de la vie », à accepter « l’inachèvement de toute connaissance » pour retrouver le sens du mystère, dit-il. « Il faut détrivialiser la vie et s’en étonner 

« Le mystère ne dévalue nullement la connaissance qui y conduit, écrit-il. Il nous rend conscients des puissances occultes qui commandent », ces démons intérieurs et extérieurs qui conduisent « aux excès, aux folies, aux ivresses ». Le mystère permet aussi d’accéder au sublime en s’éloignant de cet « horrible » que trop de calcul serait en train de faire émerger, selon lui, mais qui demeure probabilité dont on échappe en changeant de voie, conclut Edgar Morin.

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«Connaissance, ignorance, mystère»
Edgar Morin, Fayard, Paris, 2017, 190 pages
Julia Gillard Prime Minister of Australia.

Julia Gillard Prime Minister of Australia. (Photo credit: thinboyfatter)

 

Lorsqu’une première ministre, Julia Gillard, Australie, a le courage de dénoncer les doubles standards, la misogynie et le sexisme en politique…

 

À ce niveau, c’est-à-dire pour les femmes qui ont «réussi» à franchir le plafond de verre, elles ont généralement intériorisé les limites des boysclub et se considèrent consciemment ou inconsciemment «chanceuses» de se retrouver là… et ne veulent pas avoir l’air revanchardes.

Voilà, ce que de façon convaincante et impressionnante, dans un discours-fleuve de 15 minutes, le conditionnement que Mme Gillard a réussi à repousser, et ce dans un chef-d’œuvre de clarté et de maitrise de soi. Inspirant
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