Tag Archive: politique


« Plus que toute autre forme d’aliénation, je pourrais en dire ce qu’Angelo Rinaldi fait remarquer de la pauvreté : ‘Elle sépare à jamais de ceux qui ne l’ont pas subie, quelle qu’en soit la suite.’ Aliénation : traduction de Entfremdung, Hegel : dépossession. Ne plus s’appartenir. Devenir étranger à soi-même. En ces années auxquelles je fais allusion, je ne savais plus reconnaitre dans les signes de ma langue la présence incrustée, voilée ou éclatante, d’une autre langue : ses calques, ses syntagmes, sa sémantique. »

Gaston Miron, « L’Homme rapaillé »

 

Fete-Nationale-Quebec-logo-photo-courtoisie-publiee-par-INFOSuroit

source : Info Suroit

On s’est beaucoup penché sur les différences ces dernières années.

Maintenant, le temps semble être venu de davantage ressentir, exprimer et réfléchir notre socle commun, nos ressemblances sur lesquels construire notre territoire, notre nation, notre culture, notre mode de vie, notre vision du monde. Et le faire dans notre langue commune, le français. On pourrait regarder du côté de la condition humaine aussi… mais à ce compte toutes les frontières tomberaient aussi…

Puis viendra un autre temps où on pourra regarder en face à la fois nos différences et nos ressemblances, fondement, à mon avis, d’une véritable identité collective et d’une véritable vie démocratique.

***

.

 

Dans une lettre publiée aujourd’hui dans le journal Le Devoir « Aller de l’avant et ne laisser personne derrière » (1), les porte-parole du parti politique Québec Solidaire parlent d’un devoir d’exemplarité dans un « examen de conscience » des forces indépendantistes. Cette affirmation me laisse dubitative… Le récent échec de la convergence indépendantiste des différents partis et mouvements souverainistes ne me semble pas être spécialement exemplaire, même si je suis bien consciente que les médias ne peuvent que rapporter partiellement les fondements d’une nouvelle.

Si je venais d’un autre pays ou d’une autre province, je me dirais : mais comment ces Québécois peuvent-ils prétendre vouloir faire un pays alors qu’ils ne peuvent même pas se mettre d’accord sur une base de discussion ? Je crois que les forces indépendantistes sont conviées à un devoir d’alliances… eh oui à « faire mieux », comme les porte-parole de Québec solidaire le disent si bien.

Par ailleurs, nous manquons de données probantes pour analyser et comprendre l’évolution du vote allophone depuis le dernier référendum de 1995. Je lis dans les journaux des chiffres contradictoires. Aujourd’hui, on dit que « 68 à 80 % du vote non francophone » irait vraisemblablement au Parti libéral fédéraliste et anti-indépendantiste, mais il me semble avoir déjà lu que le vote de la jeune 2e génération issue de l’immigration se répartissait à peu près comme l’ensemble des Québécois quant à son allégeance indépendantiste ou fédéraliste. Les médias, les firmes de sondage et la recherche universitaire pourraient-ils mieux nous éclairer sur ces questions ? Cela aiderait à appuyer nos opinions et nos actions.

Enfin, je partage avec le parti de Québec Solidaire la vision idéale d’un rejet de politiques tablant sur la peur… Mais c’est, à mon avis, la faiblesse de la gauche de tout temps d’être enfermée dans un idéal et de ne pas vraiment comprendre profondément que, par exemple, des gens ont vraiment peur ! Il y a une sorte de déni de réalité qui a probablement fait la faiblesse des formations de gauche… et la force des groupes d’extrêmes.

«L’étau se resserre / Et lance un cri de détresse / Vers les cœurs de pierre / […] J’ai le mal du pays / […] J’ai mal à ma mère aussi/ L’étau se resserre / J’ai mal à mon frère aussi / L’étau se resserre / J’ai mal à ma sœur aussi / L’étau se resserre / J’ai peur et mon père aussi.» (2)

Louis-Jean Cormier « Un refrain trop long »

 

Finalement, j’aimerais faire un clin d’œil à l’auteur-compositeur et chanteur Claude Dubois qui a chanté sa chanson (un vrai classique !) hier, lors du spectacle de la fête nationale :

«Comme un million de gens
Qui pourraient se rassembler
Pour être beaucoup moins exploités
Et beaucoup plus communiquer,
Se distinguer,
Se raisonner,
S’émanciper,
Se libérer,
S’administrer,
Se décaver,
S’équilibrer,
S’évaporer,
S’évoluer,
Se posséder

Mais autour d’eux, y avait plus petit et plus grand
Des hommes semblables en dedans. »

Claude Dubois «Comme un million de gens»

Bonne Saint-Jean ! (3)

__________________

  1. http://www.ledevoir.com/politique/quebec/502017/aller-de-l-avant-et-ne-laisser-personne-derriere . Par ailleurs, leur titre Allons de l’avant est aussi le slogan du mouvement Occupons Montréal (Occupy)… mais ce n’est sans doute qu’un hasard.
  2. L’auteur-compositeur et chanteur Louis-Jean Cormier fait aussi référence au désastre écologique dans cette chanson… qui sera un enjeu puissant du débat-crise fédéraliste-indépendantiste, notamment en ce qui concerne le passage d’oléoducs sur le territoire québécois qui pourraient polluer le fleuve Saint-Laurent pendant des générations en cas d’accident. En effet, les deux Partis libéral du Canada et du Québec sont en accord avec le passage de l’oléoduc Énergie Est sur le territoire canadien et québécois. Et… notre Saint-Laurent d’amour vient d’être déclaré par le Parti Libéral du Québec le « premier lieu historique » du Québec !
  3. Pour mes lecteurs étrangers, sachez que la Saint-Jean est le nom traditionnel de la Fête nationale du Québec, le 24 juin.
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«Les connaissances non reliées tuent la connaissance et font apparaître une nouvelle ignorance qui s’ignore elle-même au cœur de la prolifération des connaissances», souligne Edgar Morin.

Photo: Fred Dufour Agence France-Presse «Les connaissances non reliées tuent la connaissance et font apparaître une nouvelle ignorance qui s’ignore elle-même au cœur de la prolifération des connaissances», souligne Edgar Morin.

«… l’être humain serait-il surtout en train de se perdre… dans la simplification des choses, dans l’illusion, mais aussi dans cet aveuglement qui l’empêche d’appréhender sérieuse

ment les désastres qu’il est lui-même en train de nourrir ? »

Je relaie ici intégralement un trop bon article du journal Le Devoir de Fabien Deglise au sujet du plus récent opus d’Edgar Morin « Connaissance, ignorance, mystère », auteur et philosophe pour lequel j’ai toujours eu le plus grand respect et admiration.

«[il] montre du doigt le somnambulisme du monde politique qui vit au jour le jour, du monde intellectuel aveugle à la complexité et l’inconscience généralisée qui contribuent à la marche vers le désastre.»

 

Le coup de crayon du 8 mai
Garnotte et
Pascal

Edgar Morin et l’éloge du mystère

Le philosophe invite à aller au-delà des algorithmes pour éviter

la catastrophe

6 mai 2017 |Fabien Deglise | Livres
[Si vous avez un problème de lecture-mise en page, référez-vous directement à la source : http://www.ledevoir.com/culture/livres/498035/entrevue-edgar-morin-et-l-eloge-du-mystere]

A trop vouloir baliser ses déplacements, l’être humain serait-il surtout en train de se perdre… dans la simplification des choses, dans l’illusion, mais aussi dans cet aveuglement qui l’empêche d’appréhender sérieusement les désastres qu’il est lui-même en train de nourrir ?

Le philosophe français Edgar Morin, fin observateur du monde qui l’entoure depuis 95 ans, doute de moins en moins de cette dérive. Dans son dernier essai, Connaissance, ignorance, mystère (Fayard), il appelle d’ailleurs à lever la tête de nos réseaux sociaux, à affronter les déterminismes numériques pour mieux surmonter nos peurs ataviques de l’inconnu, déjouer les « nouvelles ignorances » et surtout changer le cours des choses dans des sociétés où paradoxalement, l’expansion des connaissances fait désormais régresser, selon lui, la connaissance.

« La croyance en une vie sociale ou personnelle régulée ou programmée par algorithme [ces formules mathématiques qui orientent choix et contenus dans les univers numériques] est illusoire, indique Edgar Morin dans une entrevue accordée il y a quelques jours au Devoir. L’histoire de l’humanité, des sociétés, de la personne ne peut échapper à l’inattendu, le hasard, la folie, la créativité. Or, si elle libère, la technique, aussi, asservit » en finissant même par atrophier l’intelligence, poursuit-il.

Sombre perspective ? Le malheur serait en marche et ses artisans ont, à l’écouter et à le lire, le nez collé sur un écran d’ordinateur et le doigt agité frénétiquement sur un clavier ou sur un écran tactile. « L’unification techno-économique du globe et la multiplication des communications ont provoqué non pas une conscience de communauté de destins humains, mais au contraire, les replis particularistes sur des identités ethniques et/ou religieuses ; non pas une grande union, mais une multiplication de dislocations et ruptures politiques et culturelles dégénérant en conflits », écrit-il dans cet essai alliant impressions, réflexions et sagesse, sorte de message d’un penseur indiscipliné, docteur honoris causa de vingt-quatre universités à travers le monde, à ceux et celles qui vont construire et le penser le monde après lui.

Et il montre du doigt « le somnambulisme du monde politique qui vit au jour le jour, du monde intellectuel aveugle à la complexité » et « l’inconscience généralisée » qui contribuent « à la marche vers le désastre »

Le leurre de l’émancipation

Le culte de l’instant présent, l’obsession de la quantification de l’activité humaine, du choix et du commentaire réduit à des codes binaires, tout comme l’enfermement de la pensée humaine dans des réseaux numériques cloisonnés, à des fins commerciales, n’y sont pas étrangers, même si tout cela se joue dans des sociétés dites du savoir où l’hyperconnexion et la démocratisation de l’accès à l’information, à la prise de parole sont érigées en vecteur d’émancipation, en faisant surtout illusion, selon lui. « L’excès d’information tue la connaissance, dit Edgar Morin. Les connaissances non reliées tuent la connaissance et font apparaître une nouvelle ignorance qui s’ignore elle-même au coeur de la prolifération des connaissances. » Cela entretient ce qu’il nomme l’ignorantisme, un mal contemporain qui frappe autant le citoyen ordinaire que les savants et experts confrontés à la même organisation fragmentée de la pensée, à la même connaissance dispersée qui empêche l’émergence de « cette connaissance pertinente qui les relie et qui permettrait d’affronter la complexité ».

« Le règne du calcul », dans lequel l’avènement du tout numérique nous a fait entrer, « occulte les réalités humaines les plus profondes », dit-il. « Le rêve d’une société humaine totalement automatisée sous la loi de l’algorithme conduirait non au surhumain mais à l’inhumain », poursuit-il dans son bouquin en parlant de cette post-humanité où l’humain est en train de se laisser conduire. « Le rêve d’une rationalité algorithmisante tendra à nous réduire en machines triviales. » Et cet idéal est forcément vain, puisque l’incertitude fait partie intégrante de l’aventure humaine, estime-t-il.

Le constat pourrait être sombre avec ces « myopies et aveuglements cognitifs » et collectifs qui « produisent erreurs et illusions » et qui nous rendent « inconscients des processus désastreux que subit la planète », dit Edgar Morin qui continue toutefois de chercher la lumière pour éclairer le présent en rappelant le caractère cacophonique, polymorphe et fou de la vie et à « ressentir la qualité poétique de la vie », à accepter « l’inachèvement de toute connaissance » pour retrouver le sens du mystère, dit-il. « Il faut détrivialiser la vie et s’en étonner 

« Le mystère ne dévalue nullement la connaissance qui y conduit, écrit-il. Il nous rend conscients des puissances occultes qui commandent », ces démons intérieurs et extérieurs qui conduisent « aux excès, aux folies, aux ivresses ». Le mystère permet aussi d’accéder au sublime en s’éloignant de cet « horrible » que trop de calcul serait en train de faire émerger, selon lui, mais qui demeure probabilité dont on échappe en changeant de voie, conclut Edgar Morin.

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«Connaissance, ignorance, mystère»
Edgar Morin, Fayard, Paris, 2017, 190 pages
Julia Gillard Prime Minister of Australia.

Julia Gillard Prime Minister of Australia. (Photo credit: thinboyfatter)

 

Lorsqu’une première ministre, Julia Gillard, Australie, a le courage de dénoncer les doubles standards, la misogynie et le sexisme en politique…

 

À ce niveau, c’est-à-dire pour les femmes qui ont «réussi» à franchir le plafond de verre, elles ont généralement intériorisé les limites des boysclub et se considèrent consciemment ou inconsciemment «chanceuses» de se retrouver là… et ne veulent pas avoir l’air revanchardes.

Voilà, ce que de façon convaincante et impressionnante, dans un discours-fleuve de 15 minutes, le conditionnement que Mme Gillard a réussi à repousser, et ce dans un chef-d’œuvre de clarté et de maitrise de soi. Inspirant
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