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Totalement ignorés par les médias québécois, des indignés en France sortent depuis 3 nuits intitulées initialement « Le 31 mars, on ne rentre pas chez nous » ou sur Twitter #NuitDeboutParis. Source : Le Monde, 01-04-16. Voir ici

Des centaines de personnes se sont réunies en assemblée générale, place de la République à Paris,  hier soir vendredi 1er avril 2016, pour la deuxième soirée d’affilée, #Nuit Debout.

Dans le sillage des Indignés espagnols de Podemos, d’Occupy Wall Street (ici localement : Occupons Montréal) ou du printemps arabe, le collectif improvisé Convergence des luttes (1), dont de nombreux étudiants en grève, a appelé sur les réseaux sociaux à une «Nuit debout. On ne rentre pas chez nous». Ils manifestent depuis 3 nuits pour contester une loi libéralisant le Code du travail français en diminuant notamment le filet social. Cette loi veut notamment favoriser les ententes locales avec les employeurs, ce qui pourra affaiblir encore davantage les travailleurs précaires et les jeunes avec de nouvelles mesures visant par exemple à diminuer le salaire des heures supplémentaires et visant à affaiblir les syndicats (VOIR ICI)  (2). En même temps, des discussions sur le système capitalisme et le sauvetage des banques ont lieu.

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Nuit Debout du 31 mars 2016. Crédit photo : Revelli-Beaumont/SIPA

Des manifestations ont aussi donné lieu à des échauffourées avec la police… avec la technique de répression de la «souricière» contre des manifestants pourtant pacifiques, comme nous l’avons vu qu’à l’écœurement pendant le Printemps érable ici au Québec en 2012 et après. À noter aux nouvelles de France1 ce pm qu’un policier qui a manifestement abusé de ses forces dans une de ces manifestations contre la loi Travail la semaine dernière en frappant un lycéen (3), vient d’être retiré de ses fonctions pendant l’enquête. Il peut être passible de trois ans de prison.

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En parallèle, et à la suite des attentats de Paris de novembre dernier, cette nuit (2-3 avril), la mairesse de Paris (les Français disent « maire » pour une femme…) Anne Hidalgo invitait à la discussion et à la réflexion publique dans la rue et autres lieux publics. (4)

Pour approfondir la réflexion, voir aussi l’économiste du CNRS Frédéric Lordon qui parle de la «violence néolibérale» de la nouvelle loi Travail :

La fin du discours de Lordon est-elle surprenante pour vous ?

Oui et non pour moi : axée sur une philosophie nihiliste de la catastrophe, est-ce vraiment le seul moyen pour sortir de l’impasse politique-économique-sociale ? Oui c’est surprenant, car il s’agit d’une approche destructrice et pour laquelle on a assez peu conscience des conséquences sur nos vies; non pas très surprenant, car on entend de plus en plus souvent, au Québec aussi, cet appel désespéré, en particulier chez les jeunes dans la 20taine et la 30taine ne voyant pas d’issues, dans un ras-le-bol.

Comme je l’ai exprimé maintes fois sur ce blogue, en appeler d’une prise de pouvoir par un nouveau groupe ne changera rien sur le fond. Même les meilleurs intentionnés reviendront vite aux mêmes mauvaises habitudes du pouvoir : les mêmes travers personnels amèneront aux mêmes résultats. Il faut aussi et surtout chercher dans l’âme humaine : qu’est-ce qui amène les gens à voter de telles lois, à taper gratuitement sur des manifestants, à voler l’argent des épargnants dans les banques grâce à une économie spéculative, etc., etc., etc. ? Qu’est-ce qui amène l’humain, une fois «arrivé» à son petit pouvoir, à agir comme cela ? Et vous et moi, dans nos relations humaines de tous les jours?

Tant qu’une masse critique de personnes n’aura pas trouvé/compris clairement des réponses communes à ces questions, nous serons condamnés à tourner en rond comme des rats en cage, en pensant qu’un simple changement de gouvernement apportera une meilleure vie collective. À mon humble avis, une autre rÉvolution est à faire : celle de tenir compte de ces travers inéluctables des comportements humains dans une autre structure politique et économique à échelle humaine et se rappeler que les sciences économiques sont d’abord et avant tout une science humaine… C’est aussi cela le message d’Occupy.

Cette réflexion sur la nature humaine en politique a pris progressivement forme au XXe siècle en Asie. Dans le message de communication non violente de Gandhi et plus récemment dans le message de Aung San Suu Kyi, alors qu’elle était en détention surveillée au Myanmar (Birmanie), mais aussi dans la vieille philosophie millénaire chinoise taoïste.

« La révolution est essentiellement celle de l’esprit. » « La vraie liberté, c’est de ne pas vivre dans la peur.» Aung San Suu Kyi

« Les révolutions politiques sont chose excessivement grave. On ne doit les engager qu’en cas d’extrême nécessité, quand il ne reste plus d’autre issue. Tout le monde n’est pas appelé à une telle action, mais seulement celui qui a la confiance du peuple, et il ne l’entreprendra que si les temps sont mûrs. Il faut dans une telle affaire procéder de la façon correcte de manière à réjouir le peuple et à éviter les excès en l’éclairant. On doit en outre demeurer exempt de toute visée égoïste et venir réellement en aide aux besoins du peuple.» Yi King. Le livre des transformations (trad. De Étienne Perrot)

Nuit Debout_ Occupons_nouvelle-nuit-debout-place-de-la-republique-paris_2-04-16

3e Nuit debout du «33 mars» 2016

 

Voir aussi le blogue «Les indignés du Québec» au https://lesindignesduquebec.wordpress.com/2016/04/02/les-indignes-de-france-feront-ils-tomber-le-gouvernement/

3 avril

Selon le journaliste Pierre Tremblay, du média alternatif québécois Ricochet, le groupe Nuit Debout-Convergences des luttes est «associé à l’organisation altermondialiste ATTAC, l’association DAL («Droit au logement») et le syndicat français Sud-PTT.» https://ricochet.media/fr/1057/nuit-debout-symbole-de-lindignation-francaise

Inspirés par le carré rouge québécois en feutrine et 2005 et 2012, le symbole est devenu un rectangle rouge, comme la forme du livre du code civil dont les participants dénoncent la réforme.

Le scandale des paradis fiscaux Panama papers, dévoilé par un consortium international de journalistes d’enquête (ICIJ – dont au Canada CBC/Radio-Canada et le Toronto Star) sort. http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/467197/panama-papers?utm_source=infolettre-2016-04-04&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

Les riches et les puissants de ce monde, dont des banques et des hauts dirigeants de divers pays (sauf aux États-Unis ?!?) y sont notamment dénoncés. Cela donne encore plus de crédibilité aux économistes ou mouvements comme ATTAC,  Occupy et maintenant Nuit Debout qui dénoncent ce genre d’activités financières à l’abri des impôts pendant que le peuple souffre notamment des politiques d’austérité et de coupures budgétaires, de lutte au déficit et de lois qui l’appauvrissent toujours plus partout dans le monde !

les panama papers

Au Canada, ce scandale des panama papers qui vient de sortir, révèle que la «Banque Royale du Canada (RBC), [qui] aurait créé plus de 370 sociétés-écrans, surtout au Panama et aux îles Vierges britanniques.» (Le Devoir). Au Québec, seules les coopératives bancaires des Caisses Desjardins n’ont aucun actif dans les paradis fiscaux. Je viens d’entendre dans une entrevue un économiste à Radio-Canada : il disait que le Québec perd 3.5 milliards de dollars par année en revenus dans les paradis fiscaux ! À ce jour, le consortium ICIJ a dénombré pas moins de 109 entreprises québécoises qui placent leur argent dans les paradis fiscaux. Un journaliste économique réputé de la SRC a dit qu’entre le placement légal et illégal, la ligne est mince. Une fois placés légalement leurs avoirs, des entreprises «oublient» de les déclarer à leur pays d’origine et négligent de payer les impôts qui devraient revenir au peuple pour des services sociaux de meilleure qualité.

Combien de milliards, pendant toutes ces années, nous ont-il échappés ainsi ? Pas étonnant de voir le système d’éducation, de santé et autres se détériorer si rapidement et à ce point ! Et pendant ce temps, ces services se privatisent, les entreprises sont doublement «gagnantes»… sans réaliser qu’elle finiront par tout perdre quand elles finiront pas faire faillite quand la grogne populaire éclatera vraiment ! Pas besoin d’être devin ou docteur en sociologie pour voir que nous sommes très près de ce point de non retour si des mesures très sérieuses ne sont pas prises par nos gouvernements (en partie eux-mêmes corrompus par ces mêmes intérêts avec le trafic d’influence et le financement illégal des entreprises…)  pour récupérer l’argent volé au peuple !

Sur les effets de ces opérations d’avarice, voir https://www.youtube.com/watch?v=F6XnH_OnpO0

8 avril

Le mouvement continu et s’élargit ! Voir les commentaires.

16 avril

J’entends des versions contradictoires. M. Seymour, prof à l’UdeM, dit que le mouvement a duré 10 jours et touché 60 villes françaises. Il ne dit pas qu’il a touché quelques villes européennes aussi. Puis j’entends le soir une entrevue avec un militant qui commence sa 1re journée de Nuit Debout à Bayonne en France, dans une émission d’information de Radio-Canada. Vraisemblablement la 2e version est plus exacte, mais je n’ai pas le temps de vérifier maintenant. À suivre… La bonne nouvelle est que les médias traditionnels commencent ici à s’y intéresser 2 semaines plus tard…

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(1) http://www.convergence-des-luttes.org/

(2) http://www.lemonde.fr/videos/video/2016/04/02/la-loi-travail-expliquee-en-patates_4894397_1669088.html

(3) http://www.lemonde.fr/societe/video/2016/03/24/manifestations-contre-la-loi-el-khomri-un-lyceen-violemment-frappe-par-la-police-l-igpn-saisie_4889756_3224.html

(4) http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/03/25/a-paris-hidalgo-veut-refaire-le-monde-la-nuit_4890357_823448.html

 

Merci«C’est le rôle de l’artiste d’être à contre-courant» Yann Martel

Hier, je croisais un groupe de jeunes sur la rue (à Montréal) dont une des filles disait que ça faisait déjà un an qu’elle travaillait à telle place et son amie lui demandait si elle allait mettre un statut sur Facebook pour se remercier elle-même.

J’ai trouvé que c’était une très bonne idée à la fois humoristique et sérieuse de se manifester… J’ai organisé récemment un groupe de discussion et cercle de parole. Alors je me remercie moi-même d’avoir organisé et animé cet atelier :))))) (1)
C’est toujours intéressant de regarder une activité ou même un party rétrospectivement. C’est souvent la partie de la communication qui manque. Le fait de remercier les personnes qui l’ont organisé permet de faire cela. Comme je l’avais justement dit pendant notre conversation avec ce groupe de discussion, je pense que le sentiment de gratitude est une belle façon de soigner nos rapports humains, notre tissu social dans une société trop souvent narcissique et en manque de temps. C’est une chose de l’énoncer et une autre de le faire ! Nous manquons tous d’entendre et de dire ces mots si simples : merci, bonjour, je m’excuse, je suis désolé. D’ailleurs, il font partie d’une prière qui s’appelle «ho’oponopono» dont j’ai déjà parlé dans un précédent billet (2).

Face à l’année de misère que nous avons vécue en 2015, c’est qu’il ne faut pas oublier qu’il y a eu le printemps érable au Québec en 2012. Pour les jeunes dans la vingtaine, c’est sans exagérer l’équivalent du mythique mai ’68, d’autant plus que le mouvement a duré 4 fois plus longtemps (d’avril à août)(3)… Même si la plupart des Québécois semble avoir déjà oublié cet épisode historique des mouvements sociaux de notre pays, je reste persuadée qu’il marquera progressivement positivement une longue période de temps de notre vie collective et individuelle. J’ai un livre chez moi qui en témoigne et où j’ai publié d’ailleurs :  « Pour un printemps» (4). Quand je déprime sur le monde, j’ouvre ce livre qui me redonne un vent de fraicheur et me rappelle de magnifiques souvenirs de mon propre engagement durant cette période. Il est bon d’avoir à porté de main des livres comme celui-là. La littérature et la philosophie, c’est aussi à cela que ça sert.

À ce sujet et pour témoigner que les jeunes de cette génération ne sont pas tous de fieffés individualistes centrés sur eux-mêmes, il y a justement une jeune femme qui pose un beau geste de gratitude dans le journal d’aujourd’hui. Justement un collègue de la revue Possibles, étudiant en droit, vient de me dire que l’article a déjà un grand écho parmi les étudiants en droit, et il me témoigne du même sentiment. À lire absolument :
http://www.ledevoir.com/societe/education/460626/gratitude-ce-diplome-n-est-pas-a-moi

C’est déjà mon 100e article depuis l’été 2012 où j’ai créé ce blogue!

J’en profite pour remercier à nouveau tous les lecteurs et les lectrices de mon blogue ainsi que les personnes qui ont fait des commentaires forts intéressants et remercier Joël B. qui m’a aidé à créer ce blogue.

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Ma réflexion sur les communications humaines peuplent ce blogue. Comme artiste, la déstructuration des communications est un vécu particulièrement éprouvant et on prend des années à réaliser qu’il s’agit non pas d’une situation personnelle, mais d’une délitescence psychosociale. De nombreuses œuvres contemporaines en témoignent, dont cette installation de l’Américain Bruce Nauman :

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Bruce Nauman, Anthro/Socio (Rinde Spinning), installation vidéographique, 1992. Crédit photo:  VG Bild Kunst, Bonn

« Le spectateur entre dans une pièce sombre où il assiste à la démultiplication  d’un seul et même visage présenté à l’endroit, à l’envers, de trois quarts, de même qu’à la lancinante répétition des mêmes demandes, dans des tonalités différentes : «feed me / eat me / anthropology», «help me / hurt me / sociology». On peut interpréter son œuvre comme la métaphore d’une société sourde et aveugle aux besoin des autres. » Michel Laurin, Anthologie littéraire

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(1) Dans le même sens, voici une belle réflexion et évolution : https://cf-mg6.mail.yahoo.com/neo/launch?reason=launch_error&ec=LaunchTAE14#3977114438

(2) https://evemarieblog.wordpress.com/2015/06/05/priere-hooponopono/

(3) 680 manifestations (dont parfois plusieurs par jour à différents endroits du Québec; 180 jours de grève étudiante)

(4) https://www.indiegogo.com/projects/pour-un-printemps-livre-citoyen#/    édition Artmour : Jane D’eau https://www.facebook.com/jane.deau.98 et Katia Lazdane et Ani Shabazian

 

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« Quand chaque femme fait honneur au Soi, de la façon la plus dépouillée possible, l’énergie créatrice devient disponible pour l’ensemble, et cette énergie contribue aux changements qui soutiennent les transformations de l’humanité. Lorsque les femmes ne seront plus perdues, à demander aux autres de leur dire ce qu’elles devraient faire ou comment elles devraient vivre, il y aura de grands changements dans notre monde » Jamie Sans, «Treize mères originelles»

« L’inhumanité infligée à un autre détruit l’humanité en moi. » Emmanuel Kant

 

Je vous propose ici de (pour)suivre une réflexion sur le pouvoir dans les groupes, pour faire suite à une publication à la une d’aujourd’hui du journal Le Devoir (Montréal) qui se penche sur une des stratégies d’empowerment (ou libération de l’aliénation du peuple) : « Se libérer sans vous, se libérer de vous » (1) et pose des questions sur les actuelles imprécations du «Vivre ensemble».

En revenant sur une réflexion et expérimentation à ce sujet vécue au sein de la mouvance Occupy / Occupons Montréal en 2011-2012, la question du pouvoir se pose notamment dans la mixité ou non-mixité des (sous-)groupes militants. Question pour laquelle j’avais des sentiments tiraillés. Autrement dit, quelles sont les circonstances qui font qu’on choisit délibérément de militer dans un groupe non-mixte, comme un groupe de femmes, un groupe de Noirs, un groupe autochtone, un groupe gay ou queer, et même certains syndicats, etc., bref toutes ces «minorités» marginalisées où on vit, d’une manière ou d’une autre, une forme d’oppression face à la majorité ou à un groupe dominant, que ce soit l’exclusion sociale comme le sexisme, le racisme ou l’homophobie ou encore l’exclusion économique, politique ou religieuse. Vaste question…

J’aimerais alors partager ici d’abord quelques extraits significatifs de cet intéressant article du Devoir (1) que voici, suivi de mon billet.

« Constamment déçus par l’idéal d’une société  ‘juste’ qui leur est projetée encore davantage en ces temps de crise et de paupérisation, certains groupes pensent plutôt l’émancipation comme « la séparation d’une société fausse ». Ségolène Roy, blogueuse

« De telles pratiques peuvent mettre à l’abri certaines petites communautés pendant une période, mais à la longue, elles tendent à pénaliser les personnes qui en font partie en les privant de réseaux sociaux performants et en limitant la mobilité sociale.» Pierre Anctil, prof d’histoire, Université d’Ottawa

 

Quelques grands-mères et un grand-père font le résumé de leur cercle de parole.Crédit photo : Vincent-René

Quelques grands-mères font le résumé de leur cercle de parole puis plus âgé grand-père clôt la journée par un dernier témoignage, lors du cercle autochtone/non autochtone MITSHETUTEUAT, avril 2014. Crédit photo: Vincent-René

« Greg Robinson tempère en disant que ‘c’est un argument fort de demander comment les [personnes racisées] peuvent espérer mériter le respect ou l’égalité si elles n’ont pas les moyens de gérer leur propre mouvement. En revanche, c’est un argument fort de dire qu’on ne casse pas l’exclusion raciale par un mouvement exclusif.’» G.R., professeur d’histoire, Université du Québec à Montréal

« En tant que membre du groupe dominant, il est difficile pour les hommes cisgenres (nés de sexe mâle et s’identifiant au genre masculin) qui souhaitent se joindre au mouvement [féministe] de comprendre le refus de leur présence par les féministes. Car grandir et évoluer en tant qu’homme n’inclut pas – ou très peu- l’expérience de refus ou de rejet.» Sophie Chartier, journaliste, Le Devoir

Cercle afroaméricain. Angela Davis wanted_Black Panthers

Black Panthers

Une fois par année, le collectif radical Les Hyènes en jupons fait une manifestation non mixte à Montréal et les femmes reçoivent dans la rue des salves d’insultes misogynes de la part des passants et des policiers :

« À la question ‘pourquoi ça dérange ?’ Laura (nom changé) hésite. ‘Je pense que la non-mixité politique fait voir aux hommes qu’ils risquent de perdre certains privilèges.» « On l’utilise [notre groupe de femmes non mixte] comme lieu de ressourcement ». Laura, militante, Les Hyènes en jupons

Dans les groupes non mixtes (safer spaces), « On gagne des espaces intimes de confiance. Mais attention, les groupes non mixtes ne sont pas nécessairement dénués d’oppression. Il reste des rapports de pouvoir et il faut sans cesse les remettre en question.» Stéphanie Mayer, chercheuse en sciences politiques à l’Université Laval (2)

« Toutes trois soutiennent qu’il est important de remettre en question fréquemment les tactiques.» Sophie Chartier, journaliste, Le Devoir (1)

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1re assemblée générale d’Occupons Montréal au Square Victoria, rebaptisé «Place du peuple», 2011

La mouvance Occupons Montréal a expérimenté et réfléchi aussi sur cette façon de militer, et dont voici un résumé (3) :

– Concept d’espaces sécuritaires (safer spaces) pour soi et entre-sois : modèles de justice communautaire ou réparatrice (ni policière ni étatique), analyse et dénonciation de l’oppression vécue dans notre propre organisation : comment changer les dynamiques de pouvoir ? Sortir de l’aliénation par notre prise de conscience, on arrive enfin à ce niveau où on est prêt à développer une méthodologie concrète.

– Sortir de la culture l’hyper sécurisation pour exister dans l’espace public et psychique; trouver un équilibre entre sécurité/insécurité. Se défaire de la peur aussi qui nous est inculquée par le gouvernement et autres, en donnant une réponse originale à la violence de la marginalisation.

 

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Assemblée générale d’Occupons Montréal. Fabrice Marcoux, Mikelaï Cervera et Ben Godin anime un cercle sur les «Engagements», réflexion menée par le Comité de philosophie politique, 2012. Crédit photo: Ève Marie

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J’ajoute aujourd’hui ma réflexion et expérience sur le tissus social et la communication nonviolente qui a muri sur ce sujet.

Ce qui me frappe d’abord dans ces analyses, c’est l’absence complète de référents intra-personnels. Toute l’analyse est axée sur des dynamiques interpersonnelles, sociales ou politiques, au mieux groupales. Pourtant, ce sont aussi des individus qui exercent ce pouvoir. En effet, pourquoi toujours cette dichotomie tellement binaire entre sociologie et psychologie ? Dans quelle aliénation les relations de pouvoir nous mènent-elles ? Comment s’en sortir ? N’y a-t-il pas lieu de s’interroger sur les sources de ces relations de pouvoir ? Si tous les humains ont, certains plus que d’autres il s’entend, à un moment ou à un autre, vécu une relation de pouvoir avec un autre ou des autres, soit comme oppresseur, soit comme opprimé, soit les deux en même temps, n’est-ce pas là aussi un reflet de notre propre esprit et de la façon dont nous nous traitons nous-mêmes, soit la domination d’une partie notre psyché (l’ego par exemple) sur une autre partie? N’y a-t-il pas lieu de se demander comment une telle mécanique (?) se développe dès l’enfance et si elle n’est pas, à son tour, encouragée par certaines postures ou dynamiques familiale, sociale ou politique ? N’y a-t-il pas lieu aussi de chercher aussi du côté des neurones-miroirs qui seraient à la base du développement des langues humaines et du développement de l’aversion, de l’empathie et du désir mimétique (4) ?

Si la fin du XXe s. et une partie de XXIe siècle sont et seront dominés par une forte recherche identitaire menant à la fois à des évolutions individuelles ou nationales ET à des dérives communautaristes, voire sectaires, voire terroristes, il y a fort à parier que ce champ de recherche, d’expérimentation et de philosophie qui, pour l’instant, n’est que l’apanage d’avant-gardes, deviendra un thème fort de notre siècle si bouleversé.

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J’en profite pour remercier l’artiste, poète et militante Koby Roger Hall pour m’avoir fait connaitre ce concept de «safer spaces» et ces pratiques pour la 1re fois, lors d’une réunion bilan d’OM. Elle a tenu, notamment, avec Frédéric Biron Carmel et la galerie SKOL  un site d’«archives vivantes » d’Occupons Montréal. Plus de détails au http://skol.ca/wp-content/uploads/2012/08/feuillet_koby_fred_angl1.pdf et https://www.facebook.com/occupymontreal/posts/143543362450865 et http://www.rcaaq.org/html/fr/actualites/expositions_details.php?id=15600

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(1) Texte au complet au http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/457146/se-liberer-sans-vous-se-liberer-de-vous

(2) Auteure du mémoire « Du ‘nous femmes’ au ‘nous féministes’ : l’apport des critiques anti-essentialistes à la non-mixité organisationnelle »

(3) Voir mon billet du https://evemarieblog.wordpress.com/2012/09/16/occuponsmontreal-bilan/ et publié également dans la revue Possibles, au http://redtac.org/possibles/category/du-printemps-arabe-au-printemps-erable-un-nouveau-cycle-de-luttes-sociales-vol-36-no-2-hiver-2013/section-i-du-printemps-arabe-aux-indignes/

(4) 1996, Giacomo Rizzolatti et Corrado Sinigaglia, http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/neurones-miroirs-i-une-decouverte-48805 :

«Chez l’homme, on a observé la présence des neurones miroirs dans le cerveau encore immature du jeune enfant. Et chez l’adulte, ces réseaux miroirs apparaissent comme bien plus développés que chez les autres primates. Ce détail semble anodin et couler de source puisque le cerveau de l’homme est bien plus gros que celui des singes. Mais le fait que les neurones miroirs y soient très développés n’est pas fortuit. Car tout dispositif naturel possède une contrepartie fonctionnelle et si ces neurones sont présents en nombre, c’est sans doute parce qu’ils ont un lien avec ce qui sépare l’homme de l’animal. La raison et le langage aurait dit Aristote. Et plus généralement, l’intersubjectivité. »

«Voici ce que déclare Robert Sylvester, écrivain des sciences « La découverte des neurones miroirs est absolument renversante. C’est aussi la découverte la plus importante et elle est pratiquement négligée parce qu’elle est si monumentale que nul ne sait qu’en faire »

«Le neurone miroir est en fait multifonctionnel. Et semble fonctionner selon trois modes, le négatif, suscitant l’aversion et donc, porteur de différenciation ; puis le neutre, disons la cognition empathique, détachée de force attractive ou répulsive ; enfin le positif, lieu où le désir se fait mimétique et où le danger de conflit se dessine. »

«Il existe une sorte de mécanique, voire de dialectique des miroirs. En fait, un processus de renforcement, de surenchère, que Bateson avait du reste découvert dans les conflits»

«Et les oiseaux ? N’avons nous pas un mécanisme de ce type [mimétisme] lorsque deux moineaux se disputent une miette de pain ? Et aussi dans la genèse des langages que ces subtils animaux ont pu déployer pour communiquer à travers le champ. Ce qui nous ramène à l’homme et une question sur l’origine du langage. Selon Rizzolatti, les mécanismes miroirs font que des actions deviennent des messages sans médiation cognitive (sous entendu, rationnelle) Si bien que le mécanisme miroir pourrait être à l’origine de la genèse du langage. En permettant notamment qu’un message émis devienne pertinent pour son récepteur. »

Daniel Goleman, auteur de «L’intelligence émotionnelle» a aussi beaucoup aborder ce sujet des neurones miroir dans son livre.

 

 

 

Liberté, de Paul Éluard

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Poème-objet dépliant de Fernand Léger avec le poème de Paul Éluard, éd. Sehgers, 1953

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J’écris ton nom

Sur les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

«Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Paul Éluard

Paul Éluard

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.»

Paul Éluard
in Poésies et vérités
Éd. de Minuit, 1942

Sources bibliographiques

Poésies et Vérité de Paul Éluard
Dictionnaire des grandes oeuvres de la littérature française, Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty (Éd. Larousse)

Un budget d'austérité_main rouge_crédit photo_Coalition du Québec et Chaudière-Appalaches opposée à la privatisation des services publics

Crédit photo: Coalition de Québec et Chaudière-Appalaches opposée à la privatisation des services publics, 2015

Pourquoi ce poème aujourd’hui ?

Tristes journées cette semaine pour la communication humaine, à vrai dire. Et avec tout ce qui se passe à l’Université du Québec à Montréal (UQAM)… La grève sociale d’une petite partie des étudiants qui a commencé depuis deux semaines, contre le budget d’austérité du gouvernement et contre les hydrocarbures (sables bitumineux, notamment). Il y a quand même eu 130 000 étudiants en grève au Québec au jour du 2 avril. Maintenant, c’est seulement 7% des étudiants qui sont restés en grève. (*1). À l’UQAM, la situation est encore plus polarisée, car à ces motifs de grève, s’ajoutent l’appui aux 9 militants étudiants menacés d’expulsion pour des motifs tout ce qu’il y a de plus nébuleux. Le débordement intempestif de l’occupation à l’UQAM, puis du saccage d’un étage d’un de ses pavillons cette semaine, c’est aussi cela. Rien de bon ne peut sortir de ce genre d’escalade.

UQAM saccage 3Je ne comprends pas comment on peut arriver (déjà) à une telle polarisation des opinions et des émotions dans l’opinion publique : 2 jours avant même ces événements, un sondage (sur Internet… donc avec grande marge d’erreur) indiquait que 66% des Québecois sont contre ce nouveau mouvement de grève et que 24% l’approuve. J’ai moi-même fait d’assez dures grèves étudiantes dans les années ’80 et 2000. Je me souviens qu’un étudiant en gestion m’avait littéralement passée sur le corps juste pour aller à son cours, alors que je bloquais des portes de l’UQAM. Une autre fois, alors que j’avais convaincu mon grand-oncle, l’agronome et écologiste Pierre Dansereau (2) de ne pas franchir les lignes de piquetage pour sa conférence et qu’il avait accepté, j’avais reçu des critiques très difficiles de la part du prof de mon département qui l’avait invité et cela avait fait le tour du département (et vlan pour la liberté de pensée).

Occupation d'un jour et demi et saccage à l'UQAM, 8-9 avril 2015

Occupation à l’UQAM, contre les politiques d’austérité et en appui aux étudiants menacés d’expulsion, suivi d’un saccage, 9 avril 2015

Si la génération étudiante des boomers des années ’60 et ’70  a vécu de nombreux affrontements dans les universités et avec la police (voir la note de bas de page *3 sur l’influence des mouvements marxistes),  pour les années ’80 à 2010 au Québec, il y a eu une relative accalmie dans les mouvements sociaux et étudiants (cela correspond aux années de scolarité post-secondaire de la génération x). Il n’y avait pas de blessés graves il n’y avait pas saccage il n’y avait pas de police qui entre à l’université pas d’anti-émeutes qui envoient du gaz à bout portant sur une manifestante pacifique dans le rues de Québec, il n’y avait pas de cagoulés il n’y avait pas de journalistes qui les comparent à des terroristes! Mais actuellement, le niveau général de violence de part et d’autre est banalisé : violence policière, violence de quelques grévistes, violence économique, et pas de réponse au numéro que vous avez composé; plus globalement, incivilités dans la rue, sur la Toile, entre amis, collègues, patrons, etc.

Je suis très inquiète. Les autorités attentent-elles d’avoir sur la conscience un mort ou d’autres blessés graves ou quoi ? «Autorité» qu’est-ce que cela veut dire ? «Supériorité de mérite ou de séduction qui impose l’obéissance, le respect, la confiance», nous dit le Robert. Vraiment? Quelle hauteur les autorités de l’UQAM et du gouvernement montrent-elles, enseignent-elles, inspirent-elles par leur fermeture répressive ? Quelle liberté d’action, de parole et de pensée, quel humanisme  reste-t-il dans une institution d’enseignement? Ou plutôt  aliénation : saccager ? Se cagouler ? S’imposer ? d’un côté // Réprimer ? S’imposer aussi ? Écraser ? Se penser supérieur ? Refuser la discussion ? Refuser la communication ? de l’autre côté. Quand il y a escalade, les deux côtés finissent par se ressembler, aveuglés par l’éclat du miroir rejeté de l’autre. Qui fera la médiation ? Où est la 3e voie/voix ? Où sont les (vraies) discussions ?

Néanmoins, il convient de se questionner sur l’identité des 150 étudiants qui sont restés à l’intérieur de l’UQAM pour continuer l’occupation pendant la nuit où il y a eu ce terrible saccage, car selon le  journaliste du Devoir qui était resté à l’intérieur P. Orfali (voir son article dans les références ci-dessous), beaucoup de manifestants avaient quitté, dégoûtés par l’attitude des casseurs qui n’avaient rien à voir, selon lui, avec les étudiants, lorsque l’antiémeute est entrée en cassant une fenêtre et a procédé à des arrestations.

uqam saccage syndicatQuelques heures avant que les choses ne dégénèrent, des profs courageux ont fait une chaine humaine pour protéger leurs étudiants de la police et ont mené une négociation temporaire. Pourront-ils jouer ce rôle encore ? Est-ce à eux de le faire ? Je ne le crois pas, car ils seront eux-mêmes en négociation pour leur convention collective. Alors qui ? Comment se fait-il que les autorités en place et le ministre de l’Éducation, F. Blais lui-même, ne jouent pas ce rôle qui leur est dévolu par leur fonction, ne serait-ce que trouver un interlocuteur valable et reconnu par les deux parties ?  En pensant aux étudiants menacés d’expulsion, le ministre avait quelques jours auparavant déclaré publiquement qu’il serait bien que les universités expulsent deux ou trois étudiants par jour!

Lors d’une entrevue accordée mardi à Dominic Maurais sur les ondes de CHOI 98,1 FM, de Québec, François Blais, tout en affirmant qu’il ne voulait pas mettre « de l’huile sur le feu », a déclaré qu’« expulser deux ou trois personnes par jour refroidirait les ardeurs de certains » et « ferait réfléchir les autres ».

 Mercredi, le ministre a tenté de nuancer ses propos. « Je n’ai pas proposé de quotas, surtout pas [de quotas] d’expulsions », a-t-il dit au sortir de la réunion du Conseil des ministres.

Informés des propos du ministre François Blais en pleine conférence de presse portant sur la brutalité policière et la répression politique du mouvement social, des porte-parole d’organisations présentes ont vivement réagi. « Franchement, ça dépasse l’entendement ! », a dit Nicole Filion, de la Ligue des droits et libertés.(3)

Comment un ministre peut-il ainsi et de manière aussi irresponsable jeter, justement, de l’huile sur le feu ? Quelle amorce de solution y a-t-il dans cette méthode de gestion de conflit ?? Je comprends qu’on (syndicats) aient demandé leur démission (ministre et recteur) devant leur incurie. C’est d’abord la responsabilité des autorités de gérer et organiser un retour au calme. S’ils ne le font pas, en gardant la ligne dure et la fermeture comme on l’a vu jusqu’à maintenant, on comprendra que soit ils ont un agenda politique sous-jacent, soit ils sont trop stressés pour prendre des décisions éclairées. Ils seront les premiers responsables (mais pas les seuls, cela va de soi, les leaders étudiants ont aussi leur responsabilité) de toute dégradation ultérieure de la situation.

Quelques centaines d'étudiants qui s'étaient barricadés à l'intérieur des murs de l'UQAM ont été expulsés par les policiers, dans la nuit du jeudi 9 avril 2015, au centre-ville de Montréal. De nombreux actes de vandalisme et de pillage ont été commis à l'intérieur de l'établissement. MAXIME DELAND/AGENCE QMI

L’antiémeute rentre à l’UQAM après l’occupation des étudiants, 9 avril 2015

Puis un 3e point de vue de traverse m’apparait, encore informulé et peu clair encore. Je pense à l’écrivain et médecin Jacques Ferron qui a écrit en pensant à son ami Claude Gavreau, le poète et auteur de théâtre automatiste (*4)  et inventeur d’un nouveau langage «l’exploréen» : «Et si la folie n’était qu’une révolte contre ce qui offense l’humanité ?». Je pense aussi au saccage des fonctionnaires municipaux l’automne dernier à l’Hôtel de Ville de Montréal, suite à la manipulation comptable de leurs fonds de retraite proposée (imposée) dans la négociation collective : cela avait fait scandale, mais pas autant que le geste des grévistes de l’UQAM cette semaine… Peut-être le saccage n’avait-il pas la même ampleur, mais je me souviens pourtant que des ordinateurs ont été vandalisés notamment, par les fonctionnaires, pompiers et autres et toléré par les policiers (eux-mêmes visés par ces clauses pour leur retraite).

Et dans l’histoire, comme dans «Je me souviens» (devise du Québec) ? Comme à l’Université Concordia (Montréal) dans les années ’60 ou ’70, pendant une grève où les étudiants avaient jeté des machines par les fenêtres (là où elles s’ouvrent…), ou des manifestations violentes des étudiants de McGill français de 1968, mouvement qui avait donné naissance, notamment, à l’université «populaire» appelée… UQAM, on l’a oublié… (5). Se souvient-on de l’occupation de l’université de Berkeley en Californie dans les années ’60 qui avait duré entre 2 mois et 6 mois (? je n’arrive pas à vérifier) (6). En 2013, cette université qui a, comme l’UQAM, une longue tradition d’activisme, il y a eu de la casse aussi (7). Dans tous les cas, il y a eu de la casse des étudiants en colère.

Bref, en revenant aux événements de l’UQAM, et en les remettant dans leur contexte, on voit clairement que les journalistes professionnels n’ont pas fait leur travail de mise en perspective et que la plupart des médias s’est centré, comme d’habitude, sur la sensation de 5 ou 6 étudiants habillés en tout en noir… Les étudiants pourraient faire une plainte à la Fédération des journalistes, mais ils n’ont probablement le temps pour ce genre de chose.

Actuellement, les étudiants de l’Université d’Amsterdam fondent le «mouvement Nieuwe Universiteit». Ils en ont ras-le-bol de la commercialisation des universités, du néolibéralisme et des nouvelles de transfert de bourses en prêts de leur université (histoire connue partout dans le monde…)(8). Ils l’occupent depuis plusieurs semaines (début : 13 et 25  février, dans deux bâtiments : ils ont connu une forte répression policière, puis ensuite, ils sont partis occuper un autre bâtiment le 25-02, qu’ils occupent depuis lors sans matraques, mais avec des conférences et discussions -à la manière du mouvement Occupy- et grâce à de nombreux appuis d’intellectuels et d’écrivains. Les étudiants d’Amsterdam dénoncent également le manque de démocratie et de transparence universitaire…Un air (trop) connu… Presqu’en même temps (18 mars 2015), la London School of Economics est occupée par ses étudiants (eh oui, n’en déplaisent aux étudiants en gestion de l’UQAM…). Il y a eu aussi de courtes manifestations aux Universités de York et de Toronto, là où les étudiants sont d’ordinaire peu enclins à ce genre de démonstration. Cette actuelle mobilisation inspirera-t-elle d’autres universités ?

Emmeline Pankhurst, arrested,

Emmeline Pankhurst, arrested, 1914

Où encore, je pense aux suffragettes anglaises, pourtant pour la plupart des bourgeoises de «bonnes familles», comme on disait à l’époque, qui, à bout d’arguments raisonnables et par manque de couverture médiatique et manque d’appuis des députés élus, avaient choisi… eh oui la violence pour faire reconnaitre le droit de vote aux femmes. On se souvient du geste d’Emmeline Pankhurst qui s’était enchainée aux barreaux du parlement de Londres, provoqué des incendies, et autres méfaits qui lui ont valu de la prison. Mais on se souvient pas de la suffragette qui s’était volontairement jetée devant les chevaux pendant une course et qui en était morte pour la cause! Ou encore, au Québec, qui se souvient de la jeune poétesse Huguette Gaulin qui s’est immolée par le feu devant l’Hôtel de Ville à Montréal en 1972, en criant «Vous avez tué la beauté du monde!»? (9)

Bref, y a-t-il dans le jugement des médias, du peuple et des autorités, deux poids, deux mesures ? Au Québec, on a une allergie puissante aux actions violentes, avec raison, je crois… mais, il y a toujours un «mais» (nous avons eu des débats interminables sur cette question à Occupons Montréal : au regard de l’histoire, impossible de trancher définitivement), il y a toujours des exceptions et leurs pendants, des lois d’exception, comme la loi des mesures de guerre qui avait permis au Québec d’arrêter sans mandat environ 300 personnes supposément liées au FLQ (Front de Libération du Québec) lors d’une triste nuit d’octobre de 1970. Le meurtre/accident du ministre Laporte avait aussi tué le préjugé favorable du peuple au FLQ . Cette violence extrême avait considérablement nuit au mouvement révolutionnaire indépendantiste et communiste du FLQ.

Néanmoins, force est de constater que ces actions violentes font partie de l’histoire des mouvements sociaux de toutes les époques… que ça nous plaise ou non : c’est un fait de l’histoire.

Refusons de jouer aux aveugles et de tomber dans des jugements faciles! Dans tous les cas, c’est d’abord aux autorités de… donner l’exemple! Comme l’a bien écrit le philosophe et ex-conseiller gouvernemental Jacques Attali, au sujet d’un événement infiniment plus grave, après les assassinats à Charlie Hebdo de janvier dernier : «c’est à nous de tendre la main aux plus démunis, aux plus désorientés, aux plus agressifs. À nous de débattre, d’aider de soutenir. Sans rien attendre des politiques. À nous d’être fraternels.» (10). Ici, aux autorités de faire ce qu’il faut. À nous, de se poser les bonnes questions et de modifier la vision par des discussions incessantes, aller de l’avant. Il est plus facile de s’indigner que de se réconcilier.

En somme, les relations humaines, aussi personnelles que sociétales sont mises à mal. On se considère mutuellement avec peu d’égard et peu de courage, au mieux comme de la marchandise jetable, au pire comme des non-humains. Quelle «liberté» de se traiter ainsi entre personnes humaines ? J’ai comme un petit blues de nausée, on dirait…

La suite bientôt, avec un regard-synthèse sur l’éthique de l’action selon Malraux, Saint-Exupéry, Camus, Sartre et Miron, ce nouvel humanisme du XXe siècle mettant de l’avant la responsabilité de ses actes, le dépassement de soi par l’engagement social et politique pour transcender sa détresse de vivre… histoire de se donner un peu de hauteur de vue dans ce magma imbuvable de la Nausée de cette escalade des derniers mois. La nonviolence est un état d’être (11).

En conclusion, comme un baume, ma chanson préférée de Richard Desjardins, «Nous aurons», en version originale et en version live :

https://www.youtube.com/watch?v=mCA7SE-0HLQ

https://www.youtube.com/watch?v=Zw4VrCfqVz0

VOIR LES DÉTAILS DES NOUVELLES :

http://quebec.huffingtonpost.ca/steve-e-fortin/uqam-intervention-police_b_7032770.html

http://www.ledevoir.com/societe/education/436818/crise-a-l-uqam-les-appuis-aux-expulses-se-multiplient

http://www.ledevoir.com/societe/education/436734/greve-etudiante-derapage-majeur-a-l-uqam?utm_source=infolettre-2015-04-09&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/436622/le-premier-ministre-couillard-rejette-tout-dialogue-avec-les-etudiants

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/436957/sondage-leger-le-devoir-les-quebecois-condamnent-la-greve-etudiante

http://journalmetro.com/actualites/montreal/754901/la-ligue-des-droits-et-libertes-deplore-la-crise-a-luqam/

http://journalmetro.com/actualites/montreal/755129/le-syndicat-des-profs-de-luqam-souhaite-un-dialogue/

https://ricochet.media/fr/371/les-policiers-ne-vivent-pas-dans-un-bocal

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(1) En 2005, plus de 100 000 étudiants québécois étaient en grève, en 2012, 300 000.

(2) Pendant cette confrontation et humiliation de ce professeur, Gilles Coutley (qui ne s’est jamais excusé), alors maitre à penser de l’écologie de l’esprit à la Bateson dans mon département, mon grand-oncle était resté silencieux et ne m’avait pas défendue. Il y avait eu un froid entre Pierre et moi pendant de longs mois. Nous nous sommes réconciliés le jour où j’étais allée le voir pour un projet d’écopoésie, car ma grande tante, son épouse Françoise Masson, m’avait rapporté que Pierre venait de lui dire que les leaders étudiants d’aujourd’hui, comme à son époque à l’UdM, seront les décideurs de demain. Tous les deux sont récemment décédés à l’âge de 99 ans d’Alzheimer et sont, comme vous pouvez l’imaginer, à la fois une grande perte pour la société et pour notre famille.

(3) http://www.ledevoir.com/politique/quebec/436216/greve-etudiante-francois-blais-veut-des-sanctions

(4) Claude Gauvreau et son frère Pierre étaient parmi les signataires du Manifeste du Refus global, brûlot socioartistique publié en 1948 et dénonçant, notamment, à la fois la société dirigée par le clergé et les mouvements d’extrême gauche et mettant de l’avant une nouvelle esthétique de la création appelée plus tard «automatisme», qui se différenciera du surréalisme européen et de l’action painting américain. L’auteur de ce manifeste, le peintre Paul-Émile Borduas sera congédié par le 1er ministre du Québec lui-même, M. Duplessis, de son poste d’enseignant à l’École du meuble de Montréal. Jamais je n’aurai cru cette «Grande noirceur» revenir de mon vivant, avec un ministre de l’Éducation qui déclare qu’il faudrait expulser des universités quelques étudiants ouvertement opposants à son pouvoir et politiquement perturbateurs. Et encore plus perturbant qu’une telle déclaration n’ai pas fait davantage scandale. Au cas où quelqu’un débarque sur la planète Québec inc., c’est le micro-signe imparable de la crise dans laquelle nous sommes entrés depuis quelques années. Heureusement, il y a en même temps plein de micro-mouvements de solidarité et de créativité sociale qui se développent lentement mais sûrement.

(5) http://www.bulletinhistoirepolitique.org/le-bulletin/numeros-precedents/volume-16-numero-2/l%E2%80%99operation-mcgill-francais-une-page-meconnue-de-l%E2%80%99histoire-de-la-gauche-nationaliste/ et  http://quebec.huffingtonpost.ca/david-sanschagrin/violence-a-luqam-rappel-historique-et-mise-en-contexte_b_6745512.html

http://en.wikipedia.org/wiki/Berkeley_riots_%281960s%29

(6) http://www.bulletinhistoirepolitique.org/le-bulletin/numeros-precedents/volume-16-numero-2/l%E2%80%99operation-mcgill-francais-une-page-meconnue-de-l%E2%80%99histoire-de-la-gauche-nationaliste/

(7) http://archive.dailycal.org/article.php?id=108452 . De nombreuses autres manifestations violentes ou émeutes universitaires ont eu lieu, notamment aux États-Unis, voir http://ca.complex.com/pop-culture/2013/01/biggest-college-campus-riots-in-history/ohio-state-fans-rush-field-streets-following-footb dont certaines ressemblent davantage à des après-fêtes violentes du genre de certains après-matchs de hockey pendant les éliminatoires…

(8) http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article7408

http://resistances.discutforum.com/t2168-usa-des-universites-publiques-fragilisees-par-la-crise

et http://www.cafebabel.fr/article/au-coeur-de-loccupation-etudiante-a-amsterdam.html

Voir aussi leur page de discussion «Antithese» sur fb https://www.facebook.com/antithese.zine

En 2010, près de 70 universités étaient occupées dans le monde pour ces mes mêmes raisons, dans le mouvement étudiant «education is not for sale» : http://www.fabula.org/actualites/education-is-not-for-sale-bildungsstreik-maj-02-05-10_34551.php

(9) Tragédie devenue une belle chanson de Plamondon, chantée d’abord par Renée Claude, puis par Diane Dufresne https://www.youtube.com/watch?v=yfuCMGZcHtw&list=RDyfuCMGZcHtw#t=24 . Puis, plus récemment, par Isabelle Boulay https://www.youtube.com/watch?v=5qXcrNYQJ8c&list=RDyfuCMGZcHtw&index=4

(10) Collectif, « Nous sommes Charlie », éd. Le Livre de poche, librairie générale de France. 2015.

(11) Voir le CRNV et Normand Beaudet au http://nonviolence.ca/index.php/le-centre/

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11 avril

Un ami, à qui je viens de parler de mon article, me parle de celui de Christian Nadeau, prof à l’UdM dans la revue Ricochet, comme un écho. Je le trouve aussi cité dans les commentaires au journal Le Devoir d’aujourd’hui, qui fait aussi une réflexion sur l’incivilité, les problèmes des communications humaines dans l’espace public et virtuel, appelé : impolitesse, avec notamment la vision claire du chroniqueur David Desjardins, à lire absolument.

Voir https://ricochet.media/fr/392/brutalite-mediatique-brutalite-policiere-et-populisme-les-armes-incontrolables-dune-elite-economique et http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/436924/declaration-de-guerre-a-l-ordre

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«La vraie grandeur consiste à rendre le bien pour le mal.» Gandhi

Dans la 1re partie de cette réflexion, je commentais les aspects extérieurs et plus pragmatiques de ce drame, soit la peur générée à maitriser, les pièges de dérive sécuritaire et une certaine critique de la posture des Charlie, l’hypocrisie médiatique et d’État et certains points aveugles déjà tombés ou bizarrement tombés dans l’oubli.

Dans ce 2e article, je tenterai de regarder la situation d’un autre angle, plus rarement, voire presque jamais conscientisé ou tenu en compte : les aspects psychiques collectifs de cette crise. La réalité totale est constituée d’une infinie variété de prismes et d’angles ainsi que l’ont démontré visuellement les peintres avant-gardistes cubistes et certains écrivains du XXe s. Ma constatation est que nous avons confondu cette découverte majeure de l’esprit humain et un genre de réalité où toutes les vérités se valent, dans un genre de nivellement vers le bas dont je cherche le mot exact : le relativisme culturel.

Regarder en soi

Mais il nous manque une compréhension, une intuition plus fine, plus intérieure, plus yin ou plus féminine de ces événements. Les faits sont qu’entre 2012 et 2015 (*1), il y a eu récemment 2000 morts au Nigeria, en même temps que la tuerie à CH, et mené pour les mêmes motifs : des djihadistes du Boko Haram voulant imposer leurs couilles, leur pouvoir, leur loi et leur détestation des femmes au Nigeria (*1) (événement très peu couvert par les médias…), et ceux tués en Australie, au Canada, les musulmans progressistes tués par les talibans en Afghanistan et au Pakistan –dont la jeune Malala (*2) était une des cibles, et tant d’autres, la plupart du temps dans des pays musulmans, oublie-t-on trop souvent.

Et si toutes ces tragédies n’étaient que le reflet grossi mille fois de notre propre violence intérieure, hommes, femmes, enfants –surtout hommes, il va sans dire ? Et si on arrêtait de dire c’est eux les fous, les méchants, et qu’on regardait nos petites violences, nos petites intolérances, nos petits actes de domination dans notre vie quotidienne ? Ce serait une façon de reprendre le pouvoir sur nos vies dans la société. Le temps de l’enseignement purement intellectuel est-il terminé ? Verrons-nous le retour des femmes et des hommes de cœurs prendre en main leur destinée et celle des peuples ? Mais des cœurs affermis par la raison (ou le contraire?).

Pensées ≠ moi

Mieux comprendre la relation qu’il y a entre MA vie et LA vie des autres, et tous ensembles. On comprendrait que notre sentiment d’impuissance n’est que paresse spirituelle et que nous avons tous et toutes le pouvoir de faire quelque chose à notre niveau, dans notre famille, à l’école, au travail, avec nos voisins, etc. On peut le faire, notamment par la méditation, comme un genre de musculation non religieuse de l’esprit, en prenant conscience de nos pensées et en voyant comment nous sommes manipulés par nos pensées (à ne pas confondre avec notre esprit beaucoup plus large) et comment, surtout comment NOS PENSÉES NE SONT PAS SOI. On peut le faire aussi en se renseignant et pratiquant la technique de la communication NonViolente de Rosenberg (CNV) (*3)

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Au 21e s., avec l’éducation, la culture et un certain rejet des religions, l’humain apprendra à moins s’identifier à ses pensées. Chaque personne humaine est PLUS que ses pensées. Jusqu’à la semaine dernière, j’étais encore attachée à l’idée romantique très 19e que mourir pour ses idées pour ses pensées est noble, cette idée du Grand soir. Je viens enfin de lâcher cela doucement. Je perçois maintenant que c’est un piège de la pensée utilitaire et égotique. Nos pensées ne sont qu’une partie importante dans notre psyché (qu’il importe de ne pas renier non plus en tombant dans l’excès contraire : la raison a totalement sa place pour combattre ce nouvel obscurantisme et nihilisme imposés par les djihadistes partout dans le monde).
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Les philosophes des Lumières du 18e s. en Europe et principalement en France étaient une étape de la (r)évolution humaine occidentale pour leur foi en la toute puissance du savoir et de la raison en dénonçant les barbaries, les tyrannies et les intolérances. Pendant ce temps -sauf chez Diderot puis Rousseau(*4), paradoxalement, les peuples autochtones des nouvelles colonies étaient horriblement combattus et détruits partout dans le monde. Puis vint un autre siècle tragique, le XXe s., dont on commence à peine à voir l’ampleur du déclin, de la décadence et du vide. Maintenant, toutes ces tragédies amènent le village global à aller ailleurs, à mieux comprendre, selon la philosophie de Weber (que je connais peu), à prendre cette posture de comprendre (c’est que le journaliste Stéphane Baillargeon du Devoir à Montréal relate : cette posture fait partie du travail de la pensée journalistique, voir http://www.ledevoir.com/societe/medias/428644/confession-aux-cons ). Cependant, cette actuelle prise de conscience s’accompagne d’un énorme risque : celui du désir à tout prix de rééquilibrage rapide et irréfléchi par un désir de vie tranquille et confortable au détriment des libertés d’expression, de pensée, de vie privée, de nouvelles religions ou spiritualités fondamentalistes, de compromissions intellectuelles, de perte de beauté, de pertes de rapports humains sincères, d'(auto)tyrannie du corps, de la sexualité et des femmes. Bref, de tout ce qui tue le cœur à petit feu, comme une grenouille plongée dans une eau tiède chauffée lentement.

Le spirituel au quotidien

Ces événements qui soulèvent d’importants conflits sur le plan identitaire et religieux devraient nous faire ramener le spirituel au cœur de notre quotidien et dans nos choix politiques. Je reviendrai plus tard sur cette question qui n’est pas encore claire pour moi.
Le spirituel s’élève au-dessus des institutions religieuses montées par des hommes et donc faillibles et s’élève au-dessus du récit religieux qui varie un peu (mais tant que ça) d’une religion à une autre. Depuis les années ’70, il existe dans la population au Québec une allergie largement répandue à toutes formes de religions (seul le bouddhisme a fait de nouveaux doux adeptes, et plus rarement , l’Islam (1.5% en 2003) (*4) (*5).

Et pour vous ?

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Pour compléter, voici pour le dessert une réflexion qui ajoute une pierre importante à notre prise de conscience, issue du Mouvement des Colibris en France : http://links.mailingplus.net/newsl_view.php?data=b32-bn97mcgs69nhgn003jjpjqts8bj0v5m59g9qju0
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En fait, je m’intéresse à ces questions de terrorisme urbain et religieux depuis 1995. Voir à ce sujet mon blogue sur mon récit « Le Fiel à la bouche » où j’abordais déjà en filigrane cette appréhension et ses dégâts potentiels, suite à la « Million Man March » organisée par Nation of Islam à Washington en 1995. Voir https://evemarieblog.wordpress.com/2013/12/26/refusons-la-societe-de-surveillance-et-vive-edward-snowden/

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Nous connaissons très mal le Coran (comme la Bible, du reste…). Impossible d’aborder un tel livre en petits morceaux (ce que font les fondamentalistes, justement). Traditionnellement, l’islam accepte toutes les interprétations du texte sacré, y compris les plus conservatrices des salafistes charieurs de la charia (qui a failli être acceptée par le gouvernement ontarien en 2012… dans leur apologie et naïveté du multiculturalisme). Mais il faut bien commencer quelque part… Voici pour votre réflexion ce site : http://www.01quran.com/fr/s/2/

«Le beauté sera convulsive ou ne sera pas.» André Breton

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(*1) Le Devoir rapporte, via la plume de Georges Leroux, que selon Europol, des milliers d’actes terroristes ont eu lieu en Europe depuis 2010, formant ainsi «un bouillon de culture de la terreur». Aie! Sur les récentes tueries au Nigeria, sont «le pire massacre perpétré par Boko Haram» selon Amnistie Internationale. Pour la nouvelle oubliée, voir http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/428687/l-armee-du-nigeria-demande-une-aide-internationale-pour-lutter-contre-boko-haram. Il y a 13 000 morts dans ce pays depuis que Boko Haram a commencé ses exactions. C’est eux qui avaient kidnappé et transformé en esclaves près de 200 jeunes femmes l’année dernière.

(*2) Malala Yousafzaï, prix Nobel de la paix 2014, pour son action en faveur de l’éducation des filles au Pakistan. Voir son passionnant livre «Moi Malala, je lutte pour l’éducation et je résiste aux talibans» (2013)

(*3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Communication_non-violente_%28Rosenberg%29

(*4) http://www.carrefourkairos.net/archives_site_sme_141030/site_internet_sme_wmaker/www.seminairedequebec.org/blogsme/Religions-au-Quebec-chiffres-et-statistiques_a68.html

(*5)  http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pages/statistiques/3729.html

Affiche du jour de la Terre 2014, tiré de la plateforme Unify  http://unify.org/earthday

Affiche du jour de la Terre 2014, tiré de la plateforme Unify http://unify.org/earthday

MITSHETUTEUAT signifie en innu «ils sont plusieurs à marcher ensemble» (1). Lors de cet évènement nouveau genre organisé à Montréal en avril 2014 par SOS Territoire, le GRIP-UQAM et des étudiant.e.s en travail social de l’UQÀM, ils ont invité, l’espace d’une journée, des militants écologistes, des militants autochtones et des autochtones traditionalistes à se rencontrer pour partager. Les ainé.e.s autochtones appelés grands-pères et grands-mères furent invités à parler en cercle de parole et les autres à écouter et à poser des questions. L’objectif était de « se donner des moyens de créer de l’unité pour la protection de la Mère-Terre ».

Une participante m’a rapporté qu’une situation vint considérablement changer l’horaire de la journée. Les hommes ayant pris beaucoup de temps de parole en matinée, les grands-mères demandèrent d’avoir du temps pour être écoutées à leur tour, ce qui fut fait. Plus tard dans la journée, lors d’un 2e rassemblement plus large, où j’étais, quelqu’un fit devant tous la blague que les hommes n’écoutent pas suffisamment les femmes, ce qui causa hilarité et détente dans le grand cercle de parole…

Un instructif jeu de rôle mené par Richard Renshaw sur l’histoire des Premières Nations commencent notre après-midi, pendant que le cercle de parole avec les écolos, les grands-mères et grands-pères se termine dans une autre salle. On voit comment les territoires autochtones se sont réduits à peau de chagrin (2) depuis le 17e s.

J’y revois aussi agréablement quelques camarades d’Occupons Montréal.

Puis, plusieurs petits cercles de parole se refont auprès des grands-mères, selon notre langue : français, anglais ou atikamek.  Pour ceux et celles qui se joignent, on explique les règles de communication à suivre :

«Dans le ‘cercle d’échange’ ou ‘cercle de parole’ des cultures des Premières Nations, l’écoute et le silence font partie intégrante de la communication de façon plus marquée que dans la culture occidentale. Il est clair que dans ces cercles, personne n’est obligé de prendre la parole. On ne doit pas interrompre personne, chacun parle à son tour dans le cercle ou laisse la parole au suivant. On évite aussi de juger ou de contester de la parole d’un autre membre du cercle.» À la fin du cercle, il faut terminer par un apport positif.

Quelques grands-mères et un grand-père font le résumé de leur cercle de parole.Crédit photo : Vincent-René

Quelques grands-mères font le résumé de leur cercle de parole puis le plus âgé grand-père clôt la journée par un dernier témoignage. Crédit photo : Vincent-René

Dans notre cercle, nous sommes 8. Monique, grand-mère au Lac Simon commence par une courte prière en algonquin et nous demande de nous tenir les mains. Puis elle se présente : elle est enseignante, retraitée et thérapeute à sa façon auprès des membres de sa communauté. Elle nous parle de ses préoccupations face à la nature, face aux jeunes. Puis un échange commence : on se passe le bâton de parole. Quand je demande si elle fait un lien entre la destruction de l’environnement et la condition de la femme, elle me répond : « oui, parce que nous, les femmes, nous ne savons pas si nos petits-enfants auront une terre pour y vivre dignement et en santé. Nous ne savons pas s’ils auront un avenir… », l’air songeur…

Les autochtones traditionalistes impressionnent généralement les blancs, sur lesquels nous projetons souvent notre désir d’«être lavés». Cet état nous amène souvent à les idéaliser, comme l’ont fait les philosophes français Montaigne et Diderot, et Cartier au Canada dans leur mythe du «bon sauvage», du 16e au 18e s. Pendant le cercle, je fais remarquer à un participant que les autochtones ne sont pas un groupe homogène, ce que confirment trois femmes autochtones présentes dans le cercle, dont notre grand-mère. Mieux vaut rester ouvert… les yeux ouverts aussi, sans naïveté ou dogmatisme.

Je me suis sentie très portée par cette journée, par ce que j’ai vécu, par ce que j’ai entendu, par ce que j’ai exprimé. Pour moi, tout cela était hautement signifiant, je dirais même un signe des temps qui changent, vraiment. Il me semble que la prophétie anishinabes du 7e feu se concrétise peu à peu, que les autochtones vont reprendre un leadership très important au niveau de l’environnement et qu’ils vont fortement contribuer à l’amitié entre les peuples, grâce aux «guerriers arc-en-ciel», est-il dit dans la légende. Encore faudra-t-il qu’on y mette tous du nôtre.
Je remercie les organisateurs, notamment, Vincent Dostaler pour cette belle journée, et la Cuisine du peuple d’Occupons Montréal pour nous avoir bien nourris toute la journée.

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La suite ?

«Marche des peuples pour la Terre-Mère»

«Du 10 mai au 14 juin 2014, des citoyen.ne.s se rassembleront [au Québec] pour marcher en moyenne 20 km par jour pendant 34 jours. Ils suivront le tracé des projets de pipelines de TransCanada (Énergie Est) et d’Enbridge (inversion de la ligne 9). L’objectif de la marche est de sensibiliser et de renforcer la mobilisation citoyenne contre l’arrivée des oléoducs de sables bitumineux et les projets d’exploitation des hydrocarbures au Québec. Les marcheurs.euses s’arrêteront chaque soir pour rencontrer les communautés par le biais de spectacles engagés et de discussion sur ces enjeux qui nous touchent tous et toutes directement.

Partant de Cacouana, en territoire malécite, et finissant à Kanehsa:tàke, en terre mohawk, la marche des Peuples pour la Terre-Mère s’inscrit dans une volonté d’unir notre voix à celle des Premières Nations. Ensemble, défendons notre droit fondamental de vivre et d’élever nos enfants dans un environnement sain.»

Alors, ça vous tente ? Il est aussi possible de marcher une petite partie, près de chez vous, à Montréal ou ailleurs.

Financement citoyen : Indiegogo.com
Pour s’inscrire : https://www.facebook.com/peuplespourlaterremere
Plus d’info au http://journal.alternatives.ca/spip.php?article7758

Carte interactive de la marche :

Trousse de mobilisation : https://drive.google.com/file/d/0Bxct2i8nnHB0Y05ITVMzRXBTU2M/edit?pli=1

Démo de la Chorale du peuple pour la Marche : http://choraledupeuple.bandcamp.com/album/pour-la-terre-m-re-d-mo

P.-S. Voir un complément d’info sur le blogue de François Genest : http://atenacite.blogspot.ca/2014/04/mitshetuteuat.html

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(1) Ma formation de linguiste m’amène à observer que dans des langues autochtones, des concepts complexes peuvent être exprimés par un seul mot, chose qui n’existe pas dans les langues latines et anglo-saxonnes. Cette façon de nommer les choses est culturellement très différente et très intéressante, il va sans dire…

(2) L’origine de cette étrange expression est vraiment intéressante. Balzac publie en 1831 son conte fantastique «Peau de chagrin» :

«À la veille de se suicider, un personnage [Raphaël] rencontre un vieil antiquaire qui lui remet un talisman au pouvoir extraordinaire : une peau de chagrin (cuir grenu, fait de peau de mouton, de chèvre ou d’âne), qui lui permet de vivre intensément et passionnément, tout en satisfaisant chacun de ses désirs. Cependant, chaque fois qu’un de ses souhaits est comblé, la peau se rétrécit inexorablement, et il en va de même de sa vie. Ce pacte avec une puissance infernale est l’allégorie du désir destructeur, de l’écart persistant entre les passions et les possibilités de la nature, puisque la vie s’épuise à mesure que désirs et jouissances s’accumulent.» Michel Laurin -Anthologie Littéraire

À la lumière des enjeux du XXIe s., n’est-ce pas encore une formidable image de ce qui nous arrive à notre environnement ? et une formidable explication à la fois simple et complexe  de la psyché faustienne de l’homme blanc qui détruit trop souvent tout sur son passage?

Les préoccupations et la façon d’écrire des auteurs du mouvement romantique européen (19e s.) sont souvent très proches des auteurs contemporains, comme un retour de cycle. Voir à ce sujet mon article sur Musset au https://evemarieblog.wordpress.com/2014/03/04/alors-sassit-sur-un-monde-en-ruines-une-jeunesse-soucieuse/

2e partie

(1re partie : https://evemarieblog.wordpress.com/2014/01/03/lettre-spirituelle-a-mes-amis/ )

couple amiMes réflexions et constatations précédentes m’amènent à réfléchir sur les relations humaines, en particulier les relations dans le couple, mais aussi, quoique de façon plus légère et moins intime, dans l’amitié. Nous sommes dans une ère où l’individu a eu vraiment besoin de s’affirmer et de s’individualiser après avoir été écrasé et écœuré pendant des siècles par les religions et par les grands seigneurs de ce monde. Chicane de coupleMais nous nous frappons actuellement, je crois, aux limites de l’individualisme, qui a eu pourtant de belles heures et de très bons côtés. Arriverons-nous à une étape «synthèse» après avoir passé par les dialectiques étapes thèse/antithèse socioculturelles ?

Nous (surtout les femmes, mais certains hommes également, dans certains pays plus culturellement avancés sur le plan du féminisme) cherchons déjà maintenant de plus en plus des relations sans domination ni soumission, ou chacun, tour à tour, selon ses capacités et intérêts, prend le « lead » dans la relation. De ce point de vue, la révolution féministe n’est pas terminée et les femmes apporteront davantage dans la vie de la société dans les prochaines années. Après avoir été, plus que les hommes, écrasées socialement pendant des siècles, c’est à leur tour de contribuer davantage au monde. Autrement, il va sans dire, alors que notre Mère-terre se meurt.

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Site maya de Copan_Crédit photo: Jean-Luc Dallona

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«Stèle maya» à Copan, dessin de Philippe Van Dyck, http://pilpik.wordpress.com/

« Le plus important dans la tradition maya, le plus important enseignement, nous dit la chamane chiapas-mexicaine Simeth-Maya de Palenque, c’est de se respecter soi-même et de respecter la Mère-Terre.» (1)

Pour cela, hommes, femmes, enfants, nous cherchons de plus en plus des relations où nous pourrons exprimer qui nous sommes, nos doutes, nos désarrois, nos désirs sans crainte d’être rejetés, exclus, jugés ou faibles, avec de moins en moins de mensonges en soi (et donc avec les autres). Si les nouvelles technologies viennent en même temps nous infantiliser ou nous robotiser et souvent même diminuer notre potentiel humain, elles nous font au moins ressentir le besoin de connexion. Je fais le pari que cette étape va se terminer progressivement ou rapidement, mais se terminer parce qu’en même temps, une nouvelle tendance me semble avoir déjà commencé, celle de nous connecter sur le cœur (et dont le « printemps érable » au Québec nous a donné de nombreux et spectaculaires exemples avec la génération Y). En même temps, il y a aussi cette contre-tendance à nous surveiller, nous autosurveiller et nous faire surveiller par l’État (tel qu’il nous a été révélé par le scandale de Snowden (2), dans un délire de contrôle numérique… Quelle tendance gagnera ? Chercherons-nous davantage qu’actuellement, de façon plus intégrée dans la culture et dans la (nouvelle) norme sociale, des lieux d’ouverture dans la nature, dans l’architecture, dans les personnes et en soi, où nos âmes pourraient s’agrandir, se connecter, s’épanouir, se connaitre… ? C’est à souhaiter… Il n’en tient qu’à nous dans notre vie quotidienne d’y veiller jalousement, comme un vieille louve qui protège ses petits, et de voter/s’impliquer socialement pour mettre en place de meilleurs gouvernements.

Marie Uguay

Marie Uguay. Crédit photo : Stéphan Kovacs

« L’outre-vie comme l’outre-mer ou l’outre-tombe. Il faut traverser la rigidité des évidences, des préjugés, des peurs, des habitudes, traverser le réel obtus pour entrer dans une réalité à la fois plus douloureuse et plus plaisante, dans l’inconnu, le secret, le contradictoire, ouvrir ses sens et connaitre. Traverser l’opacité du silence et inventer nos existences, nos amours, là où il n’y a plus de fatalité d’aucune sorte.» Marie Uguay (1979)

Conscience fumée et tambour rituel4 toltèques

Conscience, fumée et tambour rituel chez les toltèques

Oui, c’est bien cela, traverser les illusions qui nous séparent des autres… se libérer du « mitote », comme on l’appelle dans la tradition toltèque, ce genre de brouillard de l’esprit non unifié à plusieurs voix discordantes. En particulier, la médisance sur les réseaux sociaux et ailleurs doit être spécialement combattue et critiquée. Il faut comprendre en soi, ce qui nous porte à (se) dire du mal contre soi et contre les autres, en particulier quand on le fait dans le dos des autres. Il faut se demander ce qui nous porte à vouloir contrôler et surveiller les autres et soi -même par le biais des nouvelles technos, genre puces, «mother», goggler les autres, vérifier leurs mails, leurs appels sur leurs cells, etc. Tout cela va et vient de la même peur, de la même insécurité psychosociale qui va se retourner contre nous comme base trop faible pour vivre (c’est la provocante thèse d’Alain Damasio) si on ne fait rien maintenant (3).

Médire contre soi, voilà qui peut paraitre étonnant. Cela prend une forme un peu différente; c’est pourtant ce que l’on fait quand on se dit :

Pseronne ne me comprend_Nutellaandyou

Crédit dessin: Nutellaandyou

–          Personne ne me comprend.

–          Et s’il/elle ne m’aime pas ?

–          Personne ne veut être avec moi.

Personne ne m'aime1_Enrique Gonzalez

Crédit dessin: Enrique Gonzalez

–          Personne ne m’aime vraiment.

–          Je me demande si ces gens parlent de moi.

–          Que pensent-ils de moi ?

–          Je ne suis pas assez bon/bonne.

–          Je ne mérite pas l’amour.

–          Pourquoi je ne peux pas avoir confiance?

–          Je ne serai jamais assez grand/e, beau/belle ou parfait/e.

D’abord l’entendre clairement. Puis… je n’accepte plus cette voie/voix débilitante, tout simplement.

Et comme on a peur de l’amour…

« L’amour ne fait jamais de mal. Ce qui fait mal, c’est la peur, c’est l’égoïsme, et le contrôle qui viennent des mensonges auxquels vous croyez. » Miguel Ruiz («Les 4 accords toltèques» -voir la 1re partie de cet article sur mon blogue)

Ce qui fait mal, c’est notre façon de réagir à ce que l’on perçoit (et donc pas nécessairement « vrai ») comme un manque d’amour… Dans la religion, c’est aussi pour cela que la foi aveugle est si dangereuse et que nous ne suivons plus la vérité sur/en soi. C’est probablement aussi pour cela que le peuple a si massivement rejeté la religion en Occident et en Chine au XXe s. Mais aussi pourquoi on voit un retour du fondamentalisme ou athéisme radical (ce qui revient au même…) car cette transition peut être vécue comme insupportable.

conscience fumée2C’est pour cela que l’amour de soi, qui se traduit entre autres par le respect de soi, nécessite de réagir quand on se sent blessé :

1-      Introspection sincère : l’autre a-t-il (en partie ou en totalité) raison ?

2-      Communication adéquate ou retrait partiel ou complet de la relation.

«Pour créer l’effet lune de miel, il est impératif que les couples apprennent à communiquer en profondeur. Ce type de communication ne peut exister si les deux personnes n’ont pas la même conscience. Lorsque les deux partenaires sont conscients des blocages de l’inconscient qu’ils doivent affronter, ils peuvent se concentrer à transformer en discussions ce qui pourrait être des disputes.» le biologiste  Bruce H. Lipton (4)

De très nombreuses techniques, méthodes ou démarches pour atteindre cette bonne communication ont été écrites ces dernières années (5). Pour des amis ou dans un couple qui ont développé une intimité et une confiance, cette communication peut se faire (entendu à l’avance) à donner consciemment de l’énergie à l’autre et inversement, pour qu’on puisse s’exprimer le mieux possible et le plus clairement possible dans toutes les circonstances, et ce même lors d’un conflit. Cela a aussi pour avantage de se détacher un peu de l’objet de discorde… Évidemment plus facile à écrire qu’à faire… Reformer/rediriger/maitriser son mental/esprit demande un travail énorme et conscient. Il est étonnant qu’on donne encore tant de cours de gym pour nos muscles et si peu pour notre (pauvre) mental, appelé plus scientifiquement «connexions nerveuses» dans le cerveau.

Bref, un parcours spirituel demande de prendre conscience de nos pensées, et en particulier de celles qui sont débilitantes et de choisir comment y faire face en soi et dans nos relations où elles prennent nécessairement forme comme miroir de soi.

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(1)   Voir une assez récente entrevue en espagnol de Simeth-Maya de Palenque, une chamane mexicaine au http://www.youtube.com/watch?v=OImkrSwGQzE&feature=player_embedded

Ma collègue chilienne Patricia Vial traduit et résume cette vidéo de la façon suivante : «Au début, elle explique que contrairement à une croyance assez répandue, les Mayas n’ont pas « disparu », leur culture est bien vivante et qu’il s’agit d’une culture proche des éléments de la nature, de la Terre mère et du cosmos…On observe les astres, les changements saisonniers, le règne animal et on se met au diapason de tous les phénomènes terrestres…

Elle explique aussi que ce que certains interprétaient dans le calendrier maya comme « la fin du monde » n’était que la fin d’un cycle… La fin d’un cycle générant le début d’un nouveau cycle, d’une nouvelle ère pour ainsi dire, et que cette ère sera cruciale pour l’avenir de l’humanité car elle devra « rendre des comptes » à la Terre mère…

Elle mentionne aussi, sans trop s’étendre là-dessus, une théorie sur l’origine pléiadienne des Mayas… qui veut dire qu’il viendraient de la galaxie des Pleiades et auraient trouvé le moyen de voyager dans l’espace temps… C’est ce qu’elle dit… [nous ajoutons, hum, hum… sans commentaire]

Hier j’ai assisté à une conférence sur les origines de l’univers à la Faculté de Mathématiques et Physique de l’Universidad de Chile, et le conférencier a parlé de cycles dans notre univers en expansion. De plus, on constate une accélération marquée de l’expansion de l’univers dans ce cycle; c’est en fait cette accélération qui indique aux observateurs un changement de cycle… Intéressant non ?

La présence de grands télescopes disséminés dans notre territoire nous gratifie de beaucoup d’éminences grises en matière de cosmologie…

Si je me souviens bien du graphique, il y a 4% de matière connue, 23% de matière inconnue, et 76% d’énergie inconnue (mathématiquement on calcule qu’elle est là, mais on ne connaît pas sa nature).»

(2) Voir mon article https://evemarieblog.wordpress.com/2013/12/26/refusons-la-societe-de-surveillance-et-vive-edward-snowden/

(3) http://www.playlistsociety.fr/2014/01/701-000-heures-de-garde-a-vue/116176/

(4) «L’effet lune de miel» éd. Ariane, 2013/«The Honeymoon Effect»

(5) Voir entre autres la démarche de Byron Katie «Le travail / Aimer ce qui est»  http://www.le-travail.ch/

Lipton, cité dans la notice précédente, conseille également la PSYCH-K, «un ensemble de principes et de processus qui permettent de modifier les croyances inconscientes limitant l’expression du plein potentiel ». Je ne connais pas cette technique qui transporte aussi tout son bagage de culture américaine. Au Québec, des amis sont des praticiens de la technique «Love energetic» que je ne connais pas non plus, mais qui me semble assez intéressante : http://www.santereiki.com/categorie/services/love-energetic

Perso, dans le domaine des thérapies énergétiques, je préfère le reiki, simple, facilement accessible (qu’on se donne à soi-même) et très revitalisant.

«Une personne dotée d’Ubuntu se démarque par son ouverture d’esprit et sa disponibilité aux autres. Elle s’exprime à propos d’autrui comme s’il s’agissait d’elle-même (elle sait faire preuve d’empathie et défendre celles et ceux qui sont dans le besoin), et jamais elle ne se sent menacée par les autres, sous prétexte qu’ils pourraient faire mieux qu’elle ou tout simplement faire bien (ou faire du bien…). Ces capacités de se mettre à la place des autres et de se dévouer à des causes qui la dépassent, sans souci de la gloire, semble provenir d’une juste confiance en soi qui s’expliquerait par le fait qu’elle (ou il) appartient à un ensemble plus large, un tout global. De cette intuition découle pour les personnes ayant de l’Ubuntu (prononcer « Oubountou ») la capacité à réaliser rapidement que ce qui atteint les autres dans leur dignité nous blesse toutes et tous autant que nous sommes en tant qu’humains. Quand les autres sont rabaissés, humiliés, torturés ou oppressés, il nous revient donc de nous indigner, de nous révolter dans le respect de l’Ubuntu qui est en nous.» Archevêque Desmond Tutu. (citation originale en anglais à la fin du texte). Voir le clip de Mandela à ce sujet au http://www.youtube.com/watch?v=qyN9AZUb_4c

1-      Mise en contexte : petit historique

Après multiples pressions auprès de notre syndicat et recherche d’informations auprès de mon député, du cabinet de l’ancienne ministre de l’Éducation et du Conseil des gouverneurs élus de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB), à Montréal en 2012 les nouvelles étaient mauvaises. Je voulais connaitre le sort des enseignants « à taux horaire » [= sans permis d’enseignement] (1)  au secondaire pour adultes,  On nous a dit de deux sources sûres (de très haut niveau dans le gouvernement et dans l’administration de notre employeur) que le syndicat était partie prenante et avait «échappé la balle», ce que notre syndicat local a formellement démenti… Quoi ? Eh bien, les profs à taux horaire perdront leur travail d’ici deux ou trois ans s’ils ne se dotent pas d’une nouvelle maitrise qui donne le brevet d’enseignement. Pourtant, tous les permanents ne détiennent qu’un niveau bacc, en éducation, et pas toujours dans leur champ d’enseignement… Deux poids deux mesures? Mais rien n’y fait, c’était l’inertie ou le déni total de toutes les parties en présence, y compris des profs. Ma suggestion faite au syndicat de développer un programme de formation professionnelle sur le modèle des infirmières n’intéresse personne. Rien ne bouge. Au contraire. Ma proposition en assemblée générale syndicale en mars 2012 pour « améliorer les conditions de travail des taux horaire est jugée non recevable par la présidente adjointe de notre syndicat, le SEOM, puis rejetée par l’assemblée des membres collègues qui ne comprennent pas la gravité de ces enjeux complexes.

Puis en avril 2013, au terme de la négociation locale de notre convention collective, les mauvaises nouvelles se confirment : les taux horaires seront relégués à une nouvelle et 3e liste de priorité dans l’attribution des contrats à partir de 2016, nous faisant perdre toute notre ancienneté. Concrètement, cela veut dire que les nouveaux profs sortants du bacc. en éducation mais sans expérience, passeront devant nous. Cela veut dire qu’il n’y aura plus de postes à temps plein, que « des grenailles » (l’expression est d’une directrice d’un des Centres pour adultes où nous travaillons), et ce même si les administrateurs scolaires manquent désespérément de profs… Du corporatisme à l’état pur.

Il y a des limites à l’indignité. Nous avons été « bons » pendant 10 ou 15 ans et tout à coup nous sommes jetés? Nous ne sommes pas défendus par notre syndicat, au contraire? Ils veulent que je me taise alors que j’ai déjà commencé à perdre mon emploi (en 2010, il y avait 28 postes pour les taux horaire; en 2013, seulement quatre sont encore proposés dans notre programme). Pas question! De toute façon, je n’ai plus rien à perdre!

QUOI FAIRE??? Ma santé mentale, mon respect de moi-même, ma reconnaissance professionnelle sont aussi en jeu. Pas question de me laisser aliéner. Je suis une professionnelle compétente, une spécialiste de ma matière, le français langue seconde, même si je n’ai pas le fameux papier. Alors, jouons au jeu du miroir, inspirée par les formes de théâtre participatif d’Augusto Boal, le théâtre de l’opprimé et par les actions de révélation collective et l’ethnométhodologie du psychosociologue Georges Lapassade (2).

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2-  La scène : du théâtre-réalité : une performance artisticopolitique avec un enjeu très réel : un travail.

J’arrive à la séance d’attribution des contrats appelée « bassin » le 22 juin. J’ai mon costume de tricoteuse du peuple, mon Tricot du peuple entre les mains pour m’apaiser et me donner du courage, je suis plus chic que d’habitude, avec de beaux bijoux et je me tiendrai debout.

Je m’assois seule en avant pour avoir les collègues dans le dos, car le spectacle ce ne sera pas moi, mais la mine de la coordonnatrice des ressources humaines et des représentants syndicaux.  Je me concentre en tricotant quelques minutes avant le début de la séance. Comme je suis une des plus anciennes sur la liste de priorité, et qu’il y a quelques absentes, on m’appelle en 2e. Je prends du temps à réagir, mais je me sens poussée, je sens que je n’ai pas le choix de faire un coup d’éclat.

-Absente ? demande la patronne.

– Non, je suis là, dis-je en me levant lentement avec la liste des postes entre les mains.

Silence. D’habitude nous sommes poussés sous pression pour aller à toute vitesse pour choisir un poste.

– Quel poste prenez-vous ?

Encore silence.

–          J’ai un dilemme, j’aurais besoin de vos conseils. J’hésite entre un poste d’été et un poste annuel (mon 2e objectif est de mettre en doute les faits et les réactions à notre exclusion à venir).

Silence. (D’habitude les profs disent sans tarder leur choix, même s’ils ne savent plus trop quoi prendre, c’est très très stressant, cela ressemble à un marché de viande. Mon premier objectif est de ralentir le processus et de revenir à un temps plus humain). Dans la salle, il devient évident  que quelque chose ne  tourne pas comme d’habitude.

–          Notre syndicat vient de négocier une 3e liste de priorité pour les taux horaire où nous serons relégués à la voie… (je cherche mes mots)… de garage…, dis-je en me tournant vers mes soi-disant représentants pour lesquels je vote et paient une cotisation.

Quelques rires dans la salle. Je sens que je peux pousser un peu plus loin.

–          Bon, ce n’est pas la place pour parler de ça, vous allez me dire quel poste vous voulez.

–          Je peux enseigner au cégep et à l’université, mais je ne pourrai plus enseigner au secondaire?

–          C’est seulement en 2016, intervient la représentante syndicale.

Ils grimacent tous en avant, déjà exaspérés. Il y a une centaine de profs dans la salle, dont un bon nombre sans brevet, mais avec beaucoup d’expérience. À la séance, on vient de comprendre le jeu, quelques collègues plus hardis ou plus désespérés crient,  m’applaudissent, d’autres lancent : vas-y Ève! Mais c’est une toute petite minorité qui ose réagir. J’estime que je n’ai pas assez d’appui pour chauffer davantage la soupe.  Encore calmement, je propose une solution.

–          À la CSDM, ils ont eu le même dilemme dans les années ’90 et ils ont proposé aux profs une formation professionnelle à l’interne.

Aucune manifestation d’intérêt de la part de la patronne ni du syndicat. Il me reste à achever mon tour de piste. La démonstration est sans équivoque au cas où certains en douteraient encore. Le résultat du test est désolant, mais cela à l’avantage d’être (enfin) clair.

–          Quel poste ?

–          C’est vous la spécialiste en ressources humaines. Pouvez-vous me conseiller ce que je devrais choisir?

–          C’est à vous à choisir.

Encore silence. On s’impatiente sérieusement à la table, incapable de percevoir le drame humain qui se joue.

–          Étant donné que la Commission scolaire ne m’offre aucune perspective d’avenir, je vais prendre seulement le poste à court terme, le numéro 31. Et je me rassois.

–          Il est déjà pris (rire dans la salle).

–          Je me relève. La patronne grimace. Hum… alors je vais prendre le…32.

Je me rassois et reprends mon tricot.

On passe au numéro suivant…

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Mes expériences à Occupons Montréal et dans le printemps érable m’ont appris une chose : la nécessité de transporter nos luttes et nos idéaux dans notre vie quotidienne, y compris à notre travail. La vie n’est pas séparée en morceaux : le croire ou faire comme si, c’est succomber à l’aliénation et à la facilité qui finit par se retourner.

J’ai donc pratiqué la communication non violente tout en affirmant et informant sur un point essentiel. La rue ne suffit pas. Le mouvement se continue, même s’il est plus discret. Même si le « jeu » met en scène deux côtés, à la fin je ne considère pas la partie adverse comme des ennemis, mais plutôt comme un miroir de moi et de nous. J’essaie de laisser au moins une toute petite porte ouverte, sait-on jamais… un miracle inattendu. Quelqu’un quelque part va-t-il se réveiller et réaliser l’aberration et l’énormité de cette erreur?

Une fois de plus, on voit comment en « ressources humaines », un conflit de travail mal géré ou pire nié, s’il mène à l’apathie d’une majorité, à des stratégies de séduction (communément appelée lichage de …) d’un petit nombre, il mène également à la radicalisation d’une fange plus ou moins importante et plus ou moins active de personnes estimant vivre une grave injustice collective. Le conflit étudiant l’année dernière en est notre plus récent exemple, et  nous vivons exactement cela à l’interne, à plus petite échelle (d’ailleurs, ces mesures ne sont pas étrangères à la marchandisation de l’éducation dénoncée l’année dernière et issues notamment des nouvelles méthodes de gestion du bien public comme un bien privé : tout cela se tient). Même certains enseignants permanents, d’ordinaire si frileux et habituellement de fieffés individualistes, devant l’ampleur du désastre annoncé, commencent à comprendre que cette mise au rancart d’un certain nombre de profs aura des effets pervers sur leur propre travail. Certains se mettent récemment à nous conseiller des poursuites judiciaires ou une sortie en règle dans les médias.

Enfin, cette situation n’est pas sans amener une importante remise en question du syndicalisme comme outil de protection et de développement des travailleuses(eurs) à statut précaire. De plus en plus, ce syndicalisme de nantis, devenu des corporations déguisées, peine à répondre à leurs obligations légales de défense de l’ensemble de leurs membres et à servir de courroie de négociation tampon entre l’employeur et les travailleurs. (3)

Néanmoins, ma décision est prise depuis longtemps : je me cherche un nouveau travail au cégep ou à l’université comme prof de langue/littérature/didactique. Mais je suis peinée pour mes collègues d’expérience qui n’ont pas de maitrise et donc pas cette possibilité d’aller travailler au postsecondaire, ils sont complètement piégés. Il leur reste à faire la nouvelle maitrise qualifiante ou à se contenter de petits remplacements à la pièce des années durant, dans un état de précarité totale. Mais pour la plupart d’entre eux (sauf les plus jeunes),  ce ne sont  pas des options, pour toutes sortes de bonnes raisons. Pour ma part, je refuse de faire cette maitrise,  car j’ai déjà une maitrise récente en linguistique et didactique des langues secondes (4); je n’ai  ni le temps, ni l’argent, ni la motivation de le faire, car je n’apprendrai rien et j’y perdrai mon temps et mon $. Je préfère quitter le système et perdre toutes mes années d’ancienneté.  Il n’est pas très tentant de donner sa force de travail, son intelligence et son cœur à un tel employeur… À un niveau plus spirituel, je sens que je me dois d’être la digne fille de ses parents, je me dois de pousser plus loin l’héritage de mon père qui m’a appris à ne pas avoir peur et de ma mère qui m’apprend encore à lutter contre les injustices…

3-        Épilogue

Pourtant, j’aime l’école où je travaille présentement; le choix est déchirant et je pleure en sortant de cette séance, rapidement suivie de rires lorsqu’une autre collègue se met à pleurer en évoquant son inscription à la maitrise qualifiante et que je propose de former un clan des pleureuses…

Finalement et contre toute attente, plusieurs collègues m’ont félicité par la suite pour cette intervention.

(1) La vaste majorité des enseignants au secondaire détient un bacc. en enseignement qui leur donne accès au permis d’enseignement et au brevet après la réussite de leur stage et un certain nombre d’heures d’enseignement. La loi sur l’instruction publique permet néanmoins aux commissions scolaires d’engager des enseignants à taux horaire. Les mêmes programmes de langue seconde donnés par des profs au ministère de l’Immigration ou dans les universités ne requièrent pas ce permis.

(2)    Le psychosociologue français s’est fait connaitre à la fin des années ’60 avec un contrat de l’Université du Québec à Montréal visant à régler un important conflit de travail avec les employés de soutien et dont les interventions ont contribué nommément à créer leur 1er syndicat, le SEUQAM. Une de ses interventions réussies, qui avait fait école par la suite, est d’avoir créé une situation de toute pièce, genre de dérapage contrôlé pour amener les parties à trouver une solution issue d’une crise.

(3) Comme une lutte similaire, menée dans les années ‘9o auprès puis contre mon syndicat d’artistes, le RAAV, avec les peintres Nikolaï Kupriakov, Hélène Goulet et Louisa Nicol (et notre groupe Divergence ) a montré les effets pervers du syndicalisme par réaction grégaire des «tinamis», formation de clique et reproduction de lutte de pouvoir entre les chefs et une minorité active.

(4) Ma formation initiale de «jeunesse»  était en psychosociologie de la communication… et en animation et recherches culturelles. J’arrive à l’âge merveilleux où on commence à faire une synthèse de soi et à voir le fil conducteur de sa vie…

________________________

Les suites : une nouvelle activité :

ATELIER SUR LA SURÉROGATION = ACTIONS HÉROÏQUES

QUOI FAIRE??? Ma santé mentale, mon respect de moi-même, ma reconnaissance professionnelle sont  en jeu à mon travail, tout comme vous, probablement ? Pas question de me laisser aliéner. Je suis une professionnelle compétente, une spécialiste de ma matière, le français langue seconde, même si je n’ai pas le fameux papier qu’on m’exige subitement, après dix ans de valeureux travail. Alors, faisons deux choses ensemble : d’abord réfléchissons sur la surérogation, ces actes héroïques dont les exemples récents de Assange, Snowden, Manning , Weiwei ou Spence peuvent nous inspirer, mais créons-les à notre niveau, à notre travail de tous les jours. Partageons nos expériences d’actions héroïques, puis créons nos propres scénarios et dispositifs de microactions grâce à de l’auto/intercoaching de groupe, en jouant au jeu du miroir, inspirées par les formes de théâtre participatif d’Augusto Boal, le théâtre de l’opprimé et par les actions de révélation collective et l’ethnométhodologie du psychosociologue Georges Lapassade (2).

Ne plus avoir peur, tel est notre devoir. Il s’agit d’un retournement où le devoir d’accomplir quelque chose d’héroïque dans notre milieu de vie (travail, famille, réseaux) est plus important que nos droits. Précisément, accomplir de telles actions de simple héros et héroïne dans le proche quotidien, multiplié par deux, vingt, cent, mille peut finir par avoir un impact réel et créer un effet d’entrainement. Ces actes Ubuntu* nous permettent aussi, à un niveau spirituel, de dépasser justement notre peur et d’être les dignes enfants de ce que nos parents nous ont appris, en poussant plus loin par amour  leur propre expérience. Quand l’amour remplace la peur… on ne sait pas ce qui peut arriver de merveilleux.

* «ubuntu» : revoir la citation du Tutu à ce sujet au début de l’article

La tricoteuse du peuple vous invite à la RÉOCCUPATION DU COEUR DE L’ILE d’Occupons Montréal,  le 14 juillet à 12 h, au parc Molson.

Inscription sur notre meetup au http://www.meetup.com/Occupons-le-Parc-Molson-12-14-juillet-2013/

« A person with Ubuntu is open and available to others, affirming of others, does not feel threatened that others are able and good, based from a proper self-assurance that comes from knowing that he or she belongs in a greater whole and is diminished when others are humiliated or diminished, when others are tortured or oppressed » Archbishop Desmond Tutu

Voir la première partie de cet article plus bas.

«L’histoire, réalité ou connaissance, a toujours été masculine : elle ne s’est intéressées qu’aux activités culturellement assignées aux hommes. Cette histoire est foncièrement patriarcale. Ce n’est que depuis un siècle environ que des femmes ont réalisé que cette histoire était partielle et partiale, puisqu’elle oblitérait la moitié de l’humanité.» Micheline Dumont, historienne

28 novembre

Femmes et politique 8Les manarchistes

Il me semble que j’aurais beaucoup de choses à dire sur cet atelier sur les manarchistes, organisé par le comité femmes de l’UQÀM. En bref, un outil, dont le but était de faire prendre conscience à ces messieurs leur comportement contradictoire, nous a été proposé pour qu’on en fasse l’analyse et la critique. Ce long questionnaire n’était pas sans… contradictions aussi. Un truc assez oppressant finalement, pour dénoncer des oppresseurs qui se disent féministes appelés, si j’ai bien compris des «manarchistes»*? (voir la définition donnée en atelier en bas de page). Comme quoi, ni les hommes, ni les femmes ne sont à l’abri des incohérences, les yeux aveuglés par le rétroviseur. Si le but est de sensibiliser ces dites personnes, ce sera raté, si c’est de les confronter, 5 questions au lieu de 84 feraient la job… À mon avis, un zine avec des cas vécus serait beaucoup plus efficace comme outil. Par contre, la discussion était excellente pour nous faire prendre conscience de l’oppression que nous avons vécue dans notre vie…

La violence dans les relations

L’automne dernier, j’ai subi une courte série d’autres insultes et actes violents, pour la plupart venant d’hommes inconnus. J’ai été très déstabilisée par tout cela, dans le foulée de l’attentat raté contre notre nouvelle première femme première ministre (Québec) qui faisait son discours de victoire (et qui a fait un mort parmi les techniciens). Sur une page de forum d’OM, j’ai raconté plus en détails ces actes d’agressivité, dont deux bizarres quasi accidents où je me suis trouvée surprise d’être encore en vie. Est venu à mes oreilles les commentaires d’un militant : c’était, selon lui, de la paranoïa. J’étais estomaquée, la personne en question ne s’est jamais souciée de prendre de mes nouvelles, mais me jugeait du panache de sa haute connaissance de la psychologie humaine. Pour la camaraderie, on repassera! Je me suis sortie de cette mauvaise passe en organisant chez moi un cercle de discussion privé sur la violence dans la société. Le désir de domination semble malheureusement intrinsèque aux rapports humains générant de la violence explicite ou insidieuse. C’est une autre piste de réflexion développée par les féministes qui a déjà été beaucoup développée, mais à mon avis avec un manque de posture interrelationnelle. Autrement dit, sur fb, ce ne sont pas tant les attaques personnelles ou le manque de répondant qui démobilise, mais la façon dont tous les autres réagissent par leur indifférence et parfois leur désensibilisation qui les déshumanise et qui est propre au médium puisque tout passe si vite… Et cela a un impact sur notre militance. Cela dépasse aussi de beaucoup le seul cadre d’analyse homme-femme.

8 mars

Le plaisir et la reconnaissance

Oui, le plaisir et la reconnaissance, parlons-en aussi. Il va sans dire que tout ce bénévolat communautaire et politique apporte de nombreuses satisfactions qui nourrissent au quotidien notre engagement, notre implication, nos relations sociales et notre futur. Fraternité/sororité, réseau d’entraide, expériences de vie unique en son genre, fierté, dépassement de soi, résultats concrets sur la place publique, inspiration à vivre mieux et autrement, etc. Ces actions répondent à de profonds besoins psychosociaux qui ont été bien définis par le classique de la pyramide de Maslow :

  •      Besoin d’accomplissement de soi
  •      Besoin d’estime
  •      Besoin d’appartenance et d’amour
  •      Besoin de sécurité
  •      Besoins physiologiques

Il est important de comprendre mieux quels sont les besoins universels de tous les êtres humains, hommes, femmes, enfants et de tous âges. Puis de les garder en tête et dans notre cœur lorsqu’on prétend avoir une action politique pour le bien commun.

«il y avait le droit plaisir, et par-dessous tout, le bon plaisir, la raison du plus fort.» Zola

Traditionnellement, les hommes portent davantage leur attention sur la tâche et sur les résultats visibles; ils sont aiguillés par la compétition comme principe d’avancement. Les femmes sont plus axées sur les relations et le processus de travail invisibles et mettent plutôt de l’avant la coopération (ce dernier point sera à rediscuter) comme principe de développement. Si le plaisir d’être dans une action bénévole politique veut être partagé par tous et toutes, son accomplissement se vit différemment selon les personnes, les sexes et les classes sociales et son échec aussi. Une femme qui quitte un parti politique, une association ou un collectif informel ou communautaire le fait entre autres parce qu’elle en a assez des jeux de coulisse où elle voit voler les couteaux dans le dos contre elle ou contre d’autres, – comme ma mère au Parti Québécois. Ou encore parce qu’une femme ne se sent pas suffisamment appréciée, comme parfois moi-même à Occupons Montréal, où des publications écrites résultant d’un vrai travail de réflexion ont été peu commentées, tombant vite dans l’oubli ou dans l’indifférence.

Cela peut être aussi le fait d’un mauvais choix de canal de communication, mais j’ai l’impression que les hommes vont passer par-dessus cela plus facilement que les femmes. Je vais plutôt chercher le canal qui existe déjà pour me faire entendre, tandis que peut-être un homme va vouloir le créer à son image? Ou encore, même phénomène de sentiment d’exclusion (la perception peut être juste ou fausse, mais peu importe, le sentiment est là, incontournable tant qu’il n’est pas nommé) : ainsi une personne propose une action qui est d’emblée rejetée, pour des raisons à l’opposé de ce qui la motive au départ, les personnes qui la repoussent en bloc ne prenant le temps d’en questionner les tenants et aboutissants. Lorsque cela m’arrive, je suis peut-être moins ‘armée’ pour tourner la page rapidement. Et cela arrive très souvent en politique, peu importe qu’on soit un homme ou une femme, mais j’avance que c’est la réaction qui est généralement différente. J’ai occasionnellement  travaillé dans des milieux d’hommes (la construction) et j’ai toujours été fascinée à quel point les hommes peuvent s’engueuler et se critiquer vertement puis aller prendre une bière après… Les femmes sont rarement capables de faire cela. Par contre, ils vont se ‘compétitionner’ de manière souvent aberrante, avec une grande perte d’énergie. Je reviendrai dans un autre article sur les travers des femmes au travail ou en politique, bien évidemment loin d’être parfaites mesdames… Peut-être heureusement, ça reste à voir…

Modération ou radicalisme ?

Vous remarquez peut-être que même dans cette réflexion présente, je reste prudente et nuancée dans mes affirmations et questions, est-ce par manque de confiance ou par sentiment que la Vérité n’existe pas? Peut-être un peu des deux? Ce qui veut dire aussi que lorsque je me trouve dans un groupe de radicaux, je suis mal à l’aise, je quitte assez vite, autre raison de fuite. Et ce, même si je considère, comme plusieurs personnes de ma génération X, être devenue plus radicale ou moins modérée avec l’âge, ce qui est contraire à l’évolution normalement observée des générations. À l’opposé, plusieurs jeunes militants masculins ont quitté OM parce qu’ils trouvaient, entre autres, pas assez radical. Cependant, est-ce que la modération est une marque féminine? Je n’en suis pas certaine… N’a-t-on pas parlé de féministes radicales des années ’70? Le radicalisme vient plutôt d’une condition sociale d’opprimé.e.s, combinée à une condition familiale difficile. Mais cela est une toute une autre histoire…

 

Femmes et politique 3Boysclub et « plancher collant »

J’écoutais l’automne dernier une entrevue au sujet de la publication d’un livre le sexisme en politique par une ancienne ministre libérale des finances et du Conseil du trésor du Québec, Monique Jérôme-Forget. Dans son livre, elle dénonçait entre autres, ce plafond de verre du « boysclub » qui cantonne les femmes à des postes de pouvoir subalterne. Mais ce qu’elle ajoute est encore plus intéressant. Elle parle du « plancher collant » où les femmes elles-mêmes sont à critiquer puisqu’elles se bloquent aussi elles-mêmes trop souvent en se demandant si elles vont être capables d’aller plus haut… Je trouve que cette posture est très mature. C’est bien beau de critiquer les autres, ici en l’occurrence les hommes, mais quand on regarde dans sa cour… c’est tout aussi important et on y trouve aussi nos propres faiblesses comme femmes. C’est précisément cette prise de conscience qui nous fait évoluer comme personne et comme peuple.

Une autre façon totalement alternative d’envisager cette question est de me demander si j’ai envie de participer à ce type de pouvoir et ce type de réussite. Pour ma part, la réponse est clairement non, ce qui ne veut pas dire que je n’appuie pas les femmes (et les hommes) qui choisissent cette voie.

Femmes et politique 6De la discussion aux salons au type d’organisation

Prendre connaissance de notre histoire et de l’apport des femmes à la politique nous apporte beaucoup d’enseignement aussi. « Afin de se soustraire au diktat [de l’absolutisme royal du roi Louis XIV], de grandes dames de l’aristocratie se retirent de la cour, préférant un espace privé où elles accueillent leurs familiers. Ce phénomène semble naître vers 1618 avec la marquise de Rambouillet. […] Ces dames animent des salons qui s’efforcent de tenir à distance la violence du siècle autant que la tutelle de l’Église. Elles en viennent à établir un savoir-vivre et une nouvelle civilité liée à l’art de la conversation : l’intuition psychologique et l’improvisation comptent désormais autant que les connaissances. Subtilement décliné, l’esprit définit une nouvelle politesse et les limites de l’humour toléré, de même que l’éloquence du corps (regard et gestes). Ces nouveaux usages, qui supposent l’égalité des partenaires, font découvrir à la noblesse, bridée à la cour, une nouvelle civilité ou l’épée est échangée contre la rhétorique.» (Michel Laurin) Voir mon blogue à ce sujet : https://evemarieblog.wordpress.com/2012/09/13/histoire_conversation_salons_groupe-de-discussion/

Ce qui m’apparait particulièrement pertinent à notre sujet ici est le nouveau mode de communication que ces femmes d’autrefois ont mis en place après la Renaissance. C’est ce manque d’intuition dans les communications, la « structurite » aigüe de certaines organisations militantes et le pouvoir de type hiérarchique (ou vertical) qui font aussi parfois fuir certaines femmes, plus à l’aise dans un fonctionnement informel ou organique. Mais par contre, j’en connais quelques-unes qui sont parties, comme leurs camarades masculins d’ailleurs, parce qu’Occupons Montréal n’était pas assez structuré…

Femmes et politique 9

En conclusion, je crois qu’on peut dire que la vie politique et la vie… tout court se vit différemment selon que l’on soit un homme ou une femme et d’un individu à un autre. Le mouvement féministe des années ‘60/70 avec son égalitarisme ‘aplanisseur’ a nié les différences, qui, je crois, sont pertinentes et nécessaires à la vie humaine, c’est du moins la thèse récente de l’auteure Nancy Houston « Reflets dans un œil d’homme », contredisant ainsi la célèbre thèse de Beauvoir  « On ne nait pas femme, on le devient » (voir références ici-bas). Houston renverse la perspective en affirmant au contraire « qu’on ne nait pas homme, mais on le devient. Le masculin a besoin d’être trouvé, renforcé ou réitéré ». En ce sens, j’ajoute que peut-être la vie politique permet davantage aux hommes de le devenir et de s’y exprimer, tandis que les femmes y trouvent moins leur compte en « étant » tout simplement ? La question est loin d’être cernée complètement. Mais toujours est-il que le féminisme en politique d’aujourd’hui ne signifie plus être pareille au « sexe fort », comme l’on disait autrefois, mais plutôt être exigeante dans l’acceptation et la formation de notre sensibilité particulière comme enrichissement spirituel au monde et à la vie collective.

Paix. Justice. Confiance. Transparence. Partage des ressources… Valeurs féminines? Valeurs humaines.

*/*

*Manarchiste : «Discours généralement tenu par un homme qui n’est pas relié à ses actes, de type oppressant envers les femmes.»

«Valorisation de certains comportements militants : leadership par l’action directe et les actions physiques (manif et autres).»

«Vit sur des privilèges qui fait qu’il peut ne pas faire ce qu’il dit et ne pas faire attention à l’oppression des autres.»

Références :

http://www.feministisktinitiativ.se/franska.php?text=eu-valmanifest-2009

http://www.levif.be/info/actualite/dossiers/les-entretiens-du-vif/nancy-huston-on-ne-nait-ni-homme-ni-femme/article-4000120771196.htm

http://www.universalis.fr/encyclopedie/le-deuxieme-sexe/

http://www.leconflit.com/article-le-deuxieme-sexe-de-simone-de-beauvoir-102878746.html

http://www.ina.fr/video/PH806055647

http://www.ledevoir.com/culture/livres/376066/ou-sont-les-femmes

FEMEN ou les manifestantes aux seins nus défendant les droits des femmes qui soulèvent d’importantes questions très controversées sur la place des femmes en politique, la démocratie, la corruption, la prostitution, la religion. Néanmoins des doutes subsistent sur le financement de ces groupes d’activistes. Voir  http://fr.wikipedia.org/wiki/Femen

Femmes et politique 1 «Qu’est-ce qui me bloque en politique? Et moi, j’ai réalisé en répondant que j’avais peur de ce monde d’hommes, dans lequel il faut se battre pour parler, qu’on nous interrompt, qu’on nous ridiculise, que c’est un milieu agressif et arrogant et que ça me bloque. Je suis une personne de compromis, de discussion, d’entente, comme bien des femmes je crois, et c’est à l’opposé de ce milieu. »

Maude Ménard, militante à Québec Solidaire

 « Pardonnez ma franchise, mais la crise des subprimes était une crise d’hommes.»  En Afrique du Sud, les femmes dirigeantes de multinationales « sont vues comme un rempart de compétence et un rempart contre la corruption chronique.»

Aude de Thuin, fondatrice de la World Entrepreneurship Forum

Femmes et politique 21er  novembre

Un camarade d’Occupons Montréal (OM) qui cherche à fonder un nouveau parti axé sur la démocratie directe, Joël Brosseau, demandait en octobre dernier sur Facebook pourquoi les femmes tendent à quitter les associations militantes comme l’ASSÉ (étudiants) ou même OM. Question très intéressante, d’autant plus quand elle est remarquée puis posée publiquement par un homme. J’ai répondu tout de go que les hommes du groupe auraient avantage à chercher les réponses en eux-mêmes et à travers une discussion franche entre eux.  Je vois une telle démarche comme plus durable pour la prise de conscience nécessaire de ce qu’il faut faire pour favoriser la participation à long terme des femmes dans les mouvements politiques. Mais ne pouvant quand même pas résister au besoin de les mettre sur la piste tout de suite, je les ai référés au récent et incroyable discours sur ce sujet de la première ministre australienne Julia Guillard. (https://evemarieblog.wordpress.com/2012/10/11/sexisme-en-politique-denonce-par-gillard-1ere-ministre-australienne/). Pour ceux qui vont le regarder, certains d’entre eux pourraient se poser la question à savoir pourquoi j’ai qualifié ce discours d’« incroyable ». Ce sera déjà un début de bonne question à résoudre. Autrement dit, j’invitais les hommes à regarder aussi en eux-mêmes ce qui, dans leurs comportements, font fuir les femmes d’un groupe politique.

3 novembre

Question en filigrane : en plus de tout ce qui nous relie aux hommes dans notre humanité des semblables, de quoi les femmes ont-elles plus spécifiquement besoin ou quelles sont les motivations qui leur sont propres dans la vie collective ? Le sexisme est un des aspects du problème, mais pas le tout. Après enquête informelle autour de moi, voici les enjeux dont on m’a parlé.

Des enjeux nombreux

Il n’y a pas de réponses simples à cette question qui a sûrement fait l’objet de nombreuses thèses en études féministes, en sociologie ou en politique, à consulter éventuellement. Pour l’heure, on sera d’abord tenté d’évoquer ces enjeux (ou clichés ?) de quatre types :

–          Personnel : manque de temps pour la famille, sensibilité de caractère plus grande, peur de se tromper; le désir de plaire ou de ne pas déplaire;

–          Interpersonnel/Psychosocial : évitement/peur des conflits ou du radicalisme, la peur de confronter/de critiquer, de faire face à la critique; le besoin de reconnaissance; le besoin de se lier et de se relier; transformer des détails en grande affaire qui tourne mal…; n’aime pas le combat, ou s’y intéresse moins? (selon Xavier); perçoive la politique comme un match extrême (P. Marois); peur des médias/peur de la visibilité/peur de mal paraitre/de ne pas être assez bonne/ de mal répondre (F. David); problèmes ou intimidation sur Facebook et Twitter, dénigrement sur les médias sociaux;

–          Sociologique : conflit hommes/femmes latent ou non-dit ou explicitement misogyne. Stéréotypes ou éducation limitant les efforts des femmes et renforçant leurs faiblesses. Scolarité limitée ou confinée à des domaines traditionnels; conditions de vie où l’inégalité limite les femmes dans leur participation à la vie collective. Plafond de verre, boysclub, pouvoir, type d’organisation hiérarchique.

« Les hommes possèdent 99% des biens et reçoivent 90% des revenus, bien que les femmes représentent plus de la moitié de la population à l’échelle mondiale et qu’elles effectuent globalement les deux tiers du travail.» Initiative féministe (Suède) (1) (voir référence ici-bas)

N’empêche qu’il y a plus qu’un fond de vérité dans ces clichés de surface… La façon dont nous vivons le pouvoir et les communications sont d’autres pistes à suivre.

Femmes et politique 5Le pouvoir

Si j’essaie de gratter plus loin, je dois commencer par témoigner de ma propre expérience et de celle de ma mère. Venant d’une famille politisée, j’ai milité depuis l’âge de 17 ans dans plusieurs groupes, principalement des associations étudiantes et culturelles, et plus récemment, dans un collectif plus typiquement activiste en politique (Occupons Montréal), mais se voulant nouveau genre, axé sur l’inclusion, l’ouverture à la différence, l’importance du processus et porté principalement par la génération suivante, la génération Y.

Prise de conscience

À l’époque, au cégep, après avoir visionné une vidéo où je m’étais vue pour la première fois en train de parler en assemblée générale de grève, j’avais été (agréablement) surprise de moi-même, de cette image d’affirmation que je projetais publiquement et dont je n’étais pas encore consciente. Cela m’avait donné de la confiance. Mais je n’étais pas encore consciente de mes limites, ni de celles des autres et j’ai juste foncé en avant et connu beaucoup de succès et géré le pouvoir naturellement, et je crois, très positivement, s’en m’en rendre bien compte, sans me poser de questions, jusqu’à m’en désintéresser.

De la peur du jugement au désir d’être

Plus tard, j’ai commencé à me préoccuper du jugement des autres, et même si cela semble essentiel pour ne pas devenir asociale, je dois dire que cela a eu progressivement un effet de frein sur mon expression et mon action. Autrement dit, je suis devenue plus sensible aux relations et à l’amour que je recevais ou non des autres et au fait que je pouvais en être potentiellement exclue, comme lors de mon adolescence. Plus récemment, mon action politique a évolué  vers un questionnement sur la liberté intérieure de penser par soi-même et pour soi-même, alors que je constate autour de moi que les cadres mentaux ont tendance, avec l’âge, à se ridiculement cristalliser dans l’esprit et nous empêcher de continuer à évoluer.  Cette observation est également pour moi, une préoccupation artistique de liberté et surtout de non-censure intérieure.

Les communications par courriel

Comment le pouvoir est-il géré dans les communications? Mon hypothèse est que lorsque les personnes ne communique pas ou plus, tout le monde, à terme est perdant, mais surtout la personne qui s’est ouverte en premier, qui a pris ce risque, et qui tombe sur une fin de non-recevoir ou de non-dit. C’est aussi cette personne qui risque de se décourager, tandis que les autres sont «déjà passés à un autre appel» pour de multiples raisons. Par exemple, ces derniers jours, dans un débat par courriel sur les autochtones avec des camarades d’Occupons Montréal, j’ai eu la mauvaise surprise de frapper un mur un silence sur certaines questions que je soulevais, autant sur ce sujet que sur le genre de relation et communication à avoir entre nous. À tort ou à raison (cet épisode est encore trop récent pour en avoir une vision épurée et juste), j’ai vu comment des militants peuvent consacrer leur vie à changer le monde, mais disparaitre quand on remet en question des comportements. Cela donne l’impression que ces activistes peuvent être plein d’empathie pour nos « frères et sœurs autochtones », mais lorsqu’une camarade, que l’on côtoie depuis des mois, émet explicitement des questions potentiellement embarrassantes et manifeste un malaise et de la déception dans les communications, cela est-il moins important? Personnellement et peut-être malheureusement (car cela me fait vivre des soucis, mais je préfère des regrets d’avoir (mal) agi  que des remords de n’avoir rien fait), je supporte difficilement ce genre d’incohérence. Le féminisme a justement apporté cela : une demande de cohérence entre le privé et le politique. Vous vous souvenez de ce slogan de nos mères ou grand-mères dans les années ’70 : « Le privé est politique » ?  Il s’agit d’une posture véritablement révolutionnaire… et exigeante, il va sans dire! Jamais le monde ne changera si nous nous ne changeons pas nous-mêmes et vice versa, et en particulier dans nos rapports homme-femme, dont j’ai expérimenté la limite avec cette expérience de communication/ discussion ratée, avec des hommes pourtant très attentifs à cette dimension des rapports d’oppression. Par contre, lors du Printemps érable, alors qu’un jeune homme est venu à nos réunions plusieurs fois masqué, et ce malgré nos limites clairement exprimées, et que cela avait grandement intimidé les femmes, les hommes du groupe se sont montrés très solidaires, touchant, et de bon support.

NOUS

Après tout cela, maintenant, je me demande : comment les autres peuvent-ils être mes professeurs? Quelle importance les militants hommes donnent-ils aux questions et sensibilités parfois hors cadre des femmes?  Perso, plutôt que la perspective de changer le monde, je préfère celle de voir et sentir comment le monde me change… On ne peut pas changer le monde contre son gré, sans verser dans la tyrannie. L’option reste de travailler sur notre conscience et celle des autres. Pour moi, c’est cette vision et surtout sensation inégalée du « nous » que je retire du Printemps érable et de nos manifestations. S’est manifesté là l’amorce d’un nouveau sens collectif et frappé bien des âmes (2), quelque chose d’intangible s’est ouvert, et là c’est la poète qui parle… et est là pour rester et de développer lentement, quoiqu’en dise tous les prophètes de malheur et les «réalistes». Ma conscience n’est pas séparée de celle des autres, de la vôtre, de la tienne, mais elle se vit habituellement de façon différente dans chaque individualité et parfois de façon identique dans des moments de communion. Il me semble que l’action politique de notre siècle sera celle de contribuer à une unité de vue qui nous manque tant actuellement. Mais comment y arriver ?

Facebook-tamponLes communications par Facebook

Les courriels donc, mais Facebook aussi est venu incroyablement fausser et compliquer nos relations politiques, d’une manière que, tel le bouton sur le nez, nous n’arrivons pas à voir clairement encore. Ce médium induit la mise-en-scène de l’exposition narcissique du moi, généralement notre meilleur côté, ou parfois notre pire côté, d’une manière qui n’arrive pas dans des conversations face à face ou au téléphone. Médium multiplicateur des « moi je », nous risquons d’y perdre, par ses excès,  tous les acquis durement gagnés de l’individualité. Fb, comme toute participation à un groupe humain, génère une anxiété de l’acceptabilité et dans plusieurs cas, une dépendance affective, voire hormonale. De plus, par son effet de masse, il multiplie dangereusement ces affects, mais aussi les potentiels interlocuteurs, si bien que quelqu’un qu’on ignore peut avoir lu un commentaire avec lequel il est en désaccord, ne pas l’écrire ou le dire et nous regarder croche à la prochaine réunion/rencontre, sans qu’on sache pourquoi ou pire, s’en qu’on s’en rende compte. Évidemment, cela arrivait avant, mais je veux dire que l’effet est multiplié et c’est là où toutes nos communications se compliquent, car elles multiplient les vides, les non-dits, les malentendus, les inconnaissances, les attentes nécessairement déçues un jour ou l’autre. Comme si la communication n’était pas déjà assez complexe! Bref, nous sommes déjà dans la tour de Babel et nous ne le savons pas.

Labyrinthe et Babel par Marcel Thériault

« Labyrinthe et Babel » par Marcel Thériault

Cela nous éloigne de notre sujet sur l’engagement féminin en politique, mais d’une certaine façon, on s’en rapproche, puisque les femmes ont généralement une autre forme de communication que les hommes… Autre exemple, notamment, des insultes sur ma personne sur une page Facebook d’une APAQ (Assemblée Populaire Autonome de Quartier, nées dans la foulée du Printemps érable 2012) de la part d’un homme que je connaissais à peine, dans une discussion sur la potentielle tyrannie de l’extrême-gauche, sur le fait que je militais aussi à Occupons Montréal (OM) et sur l’apport différent des femmes en politique… justement. Cette mauvaise communication remplie d’ego blessé m’a pris des semaines à m’en remettre. Quelques hommes, à qui j’avais demandé d’intervenir, ne comprenaient pas pourquoi je faisais tout un plat et surtout pendant si longtemps… « Ah, tu es encore sur ça…  ». Heureusement, un homme et une femme de ce groupe ont finalement pris les choses en main après quelque temps et tenté de formuler en réunion un code partagé de saine communication. Mais malheureusement, le mal était fait et c’était trop tard. Je ne suis jamais retournée à cette APAQ; j’ai vu le gars sur la rue, je n’ai pas été capable d’aller lui parler car j’étais intimidée. J’ai rencontré l’insulteur à une réunion d’OM et il ne s’est jamais excusé. Par la suite, j’ai appris que les militantes féministes avaient un terme pour ce genre d’homme activiste : « manarchiste », soit des hommes qui luttent contre l’oppression dans le monde, mais reproduisent consciemment ou inconsciemment l’oppression dans leur rapport aux autres et particulièrement aux femmes. (… à suivre)

Références :

(1)  http://www.feministisktinitiativ.se/franska.php?text=eu-valmanifest-2009

(2) Collectif, «Pour un printemps», édition Artmour, 2012.

Bruegel tour de babel vienne

Pieter Bruegel, La tour de Babel, 1563.

 

 

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