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« Plus que toute autre forme d’aliénation, je pourrais en dire ce qu’Angelo Rinaldi fait remarquer de la pauvreté : ‘Elle sépare à jamais de ceux qui ne l’ont pas subie, quelle qu’en soit la suite.’ Aliénation : traduction de Entfremdung, Hegel : dépossession. Ne plus s’appartenir. Devenir étranger à soi-même. En ces années auxquelles je fais allusion, je ne savais plus reconnaitre dans les signes de ma langue la présence incrustée, voilée ou éclatante, d’une autre langue : ses calques, ses syntagmes, sa sémantique. »

Gaston Miron, « L’Homme rapaillé »

 

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source : Info Suroit

On s’est beaucoup penché sur les différences ces dernières années.

Maintenant, le temps semble être venu de davantage ressentir, exprimer et réfléchir notre socle commun, nos ressemblances sur lesquels construire notre territoire, notre nation, notre culture, notre mode de vie, notre vision du monde. Et le faire dans notre langue commune, le français. On pourrait regarder du côté de la condition humaine aussi… mais à ce compte toutes les frontières tomberaient aussi…

Puis viendra un autre temps où on pourra regarder en face à la fois nos différences et nos ressemblances, fondement, à mon avis, d’une véritable identité collective et d’une véritable vie démocratique.

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Dans une lettre publiée aujourd’hui dans le journal Le Devoir « Aller de l’avant et ne laisser personne derrière » (1), les porte-parole du parti politique Québec Solidaire parlent d’un devoir d’exemplarité dans un « examen de conscience » des forces indépendantistes. Cette affirmation me laisse dubitative… Le récent échec de la convergence indépendantiste des différents partis et mouvements souverainistes ne me semble pas être spécialement exemplaire, même si je suis bien consciente que les médias ne peuvent que rapporter partiellement les fondements d’une nouvelle.

Si je venais d’un autre pays ou d’une autre province, je me dirais : mais comment ces Québécois peuvent-ils prétendre vouloir faire un pays alors qu’ils ne peuvent même pas se mettre d’accord sur une base de discussion ? Je crois que les forces indépendantistes sont conviées à un devoir d’alliances… eh oui à « faire mieux », comme les porte-parole de Québec solidaire le disent si bien.

Par ailleurs, nous manquons de données probantes pour analyser et comprendre l’évolution du vote allophone depuis le dernier référendum de 1995. Je lis dans les journaux des chiffres contradictoires. Aujourd’hui, on dit que « 68 à 80 % du vote non francophone » irait vraisemblablement au Parti libéral fédéraliste et anti-indépendantiste, mais il me semble avoir déjà lu que le vote de la jeune 2e génération issue de l’immigration se répartissait à peu près comme l’ensemble des Québécois quant à son allégeance indépendantiste ou fédéraliste. Les médias, les firmes de sondage et la recherche universitaire pourraient-ils mieux nous éclairer sur ces questions ? Cela aiderait à appuyer nos opinions et nos actions.

Enfin, je partage avec le parti de Québec Solidaire la vision idéale d’un rejet de politiques tablant sur la peur… Mais c’est, à mon avis, la faiblesse de la gauche de tout temps d’être enfermée dans un idéal et de ne pas vraiment comprendre profondément que, par exemple, des gens ont vraiment peur ! Il y a une sorte de déni de réalité qui a probablement fait la faiblesse des formations de gauche… et la force des groupes d’extrêmes.

«L’étau se resserre / Et lance un cri de détresse / Vers les cœurs de pierre / […] J’ai le mal du pays / […] J’ai mal à ma mère aussi/ L’étau se resserre / J’ai mal à mon frère aussi / L’étau se resserre / J’ai mal à ma sœur aussi / L’étau se resserre / J’ai peur et mon père aussi.» (2)

Louis-Jean Cormier « Un refrain trop long »

 

Finalement, j’aimerais faire un clin d’œil à l’auteur-compositeur et chanteur Claude Dubois qui a chanté sa chanson (un vrai classique !) hier, lors du spectacle de la fête nationale :

«Comme un million de gens
Qui pourraient se rassembler
Pour être beaucoup moins exploités
Et beaucoup plus communiquer,
Se distinguer,
Se raisonner,
S’émanciper,
Se libérer,
S’administrer,
Se décaver,
S’équilibrer,
S’évaporer,
S’évoluer,
Se posséder

Mais autour d’eux, y avait plus petit et plus grand
Des hommes semblables en dedans. »

Claude Dubois «Comme un million de gens»

Bonne Saint-Jean ! (3)

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  1. http://www.ledevoir.com/politique/quebec/502017/aller-de-l-avant-et-ne-laisser-personne-derriere . Par ailleurs, leur titre Allons de l’avant est aussi le slogan du mouvement Occupons Montréal (Occupy)… mais ce n’est sans doute qu’un hasard.
  2. L’auteur-compositeur et chanteur Louis-Jean Cormier fait aussi référence au désastre écologique dans cette chanson… qui sera un enjeu puissant du débat-crise fédéraliste-indépendantiste, notamment en ce qui concerne le passage d’oléoducs sur le territoire québécois qui pourraient polluer le fleuve Saint-Laurent pendant des générations en cas d’accident. En effet, les deux Partis libéral du Canada et du Québec sont en accord avec le passage de l’oléoduc Énergie Est sur le territoire canadien et québécois. Et… notre Saint-Laurent d’amour vient d’être déclaré par le Parti Libéral du Québec le « premier lieu historique » du Québec !
  3. Pour mes lecteurs étrangers, sachez que la Saint-Jean est le nom traditionnel de la Fête nationale du Québec, le 24 juin.
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Grande mosquée de Québec, au matin du 30 janvier 2017. Crédit photo : Le Devoir, Jacques Nadeau

Je prépare un billet sur les sentiments d’exclusion, d’injustice et d’oppression, qui sont, je crois, les sentiments les plus à vifs pour de larges pans de population, de minorités et d’individus en ce début du 21e siècle. Le choc de l’attentat de Québec le 29 janvier dernier, où des musulmans ont été tués par un tireur «fou», alors qu’il se trouvaient dans une Mosquée à Québec, soulève de nombreuses questions et appelle des actions nouvelles. Je suis allée aux funérailles de Montréal et j’aimerais plus tard trouver les mots pour vous en parler. J’envoie à nouveau mes condoléances aux familles éprouvées.

Mais avant, j’aimerais vous faire connaitre le regard croisé d’une militante bien connue de la culture sourde, ma cousine Julie Elaine Roy, qui s’exprime ici éloquemment au sujet de cet attentat et plus largement, au sujet de toute situation d’intolérance et de nos responsabilités.

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Samedi 4 février 2017

Chère sœur,

Ce que j’ai ressenti lors des évènements du dimanche 29 janvier 2017 a suscité en moi de la grande tristesse vis-à-vis la communauté musulmane.

Cela m’a fait revivre toute l’intolérance face aux personnes « non conformes » à la majorité de la société.

Je suis une personne devenue sourde suite à une complication lors de ma naissance en 1948.

Je fus éduquée à l’Institution des Sourdes-Muettes de Montréal de 1955 à 1964. J’ai poursuivi mes études grâce à des cours privés en français et en anglais dans le but d’aller à l’université de Gallaudet (Washington D.C.),  seul établissement universitaire pour les étudiants sourds communiquant en langue des signes américaine. Diplômée de celle-ci, j’ai été professeure  d’élèves sourds à l’école Lucien-Pagé et conseillère pédagogique au cégep du Vieux-Montréal auprès d’élèves sourds et malentendants en leur prodiguant différents services adaptés à leurs besoins. Je suis présentement à la retraite depuis 10 ans.

Donc, forte de mon expérience et de mon vécu, je vais vous raconter tout ce que peuvent susciter des paroles blessantes chez un enfant.

Je me souviens à l’Institution, lors des leçons de catéchisme le professeur nous disait que la religion catholique était la meilleure au monde. J’avais peut-être 10-11 ans. Déjà à ce moment-là, j’éprouvais de la tristesse pour les autres humains de la terre qui n’en faisaient pas partie.

À cette époque-là, j’ai même dit à une élève qu’elle irait en enfer si elle n’allait pas à la messe plus souvent dans la semaine. Cette dernière a rapporté mes paroles au professeur. En me reprochant déjà ma bévue, j’allais répliquer : «  Oui, mais…), sauf qu’elle m’a giflée tout de suite avant que je ne finisse ma phrase qui aurait été celle-ci. « C’est vous qui me l’avez enseigné ». C’est vrai que ces dires ne devraient pas être prononcés, j’en suis consciente. Cette leçon me fut bénéfique lorsqu’à mon tour je suis devenue enseignante, 15 ans plus tard.

Nous professeurs, avons beaucoup de pouvoir face à une classe d’élèves. Nous avons la grande responsabilité de transmettre notre savoir. J’ai toujours respecté leurs réflexions. Étant moi-même sourde, j’ai eu durant des années à subir des préjugés selon lesquels les Sourds ne comprennent que le concret et pas l’abstrait. Heureusement, il y a longtemps que j’ai entendu cette ineptie.

J’ai toujours été à leur écoute et je corrigeais parfois leurs raisonnements incongrus tout en faisant bien attention à mes propos.

Au début de ma carrière à l’école Lucien-Pagé, les élèves des classes du secteur sourd nouvellement intégrés lors des récréations, des diners à la cafétéria et des participations aux activités de loisirs m’ont dit que les entendants étaient méchants. Je leur ai répondu que leurs parents l’étaient sans doute aussi, car 90% des enfants sourds ont des parents entendants. Cela les a fait réfléchir. C’est normal parce que c’est juste de l’ignorance.

Souvent dans mon enseignement, j’ai fait de la sensibilisation à la culture sourde et à la langue des signes québécoise (LSQ). Quelquefois mes élèves me contestaient. Je trouvais cela légitime, car j’ai toujours prôné le respect vis-à-vis de l’intelligence de ces enfants. À la longue, ils finiraient par comprendre et c’est le cas. Ils sont devenus les défenseurs de cette langue.

Tout au cours de ma vie, j’ai dû faire face à des propos racistes de la part de mes proches, selon le contexte de chacun. Depuis ma tendre enfance, j’ai toujours ressenti un malaise que je ne pouvais pas m’expliquer et que je n’ai compris que plus tard. Je n’étais pas l’une des leurs. Cette exclusion s’applique dans les domaines tels que la religion, la race, le sexe, le handicap, etc. Si nous continuons à pointer les différences qui ne nous conviennent pas, on fera le vide autour de nous et nous nous retrouverons seuls.

Suite à l’évènement du 29 janvier dernier, j’ai regardé à la télévision les deux cérémonies religieuses dédiées aux défunts. J’ai aimé les discours des deux premiers ministres, ceux des deux maires et surtout ceux des imams ou des personnalités de la communauté musulmane. Ces derniers nous ont rappelé ce qu’est la vraie religion musulmane. Ce que je savais déjà.

Là où je veux en venir est ceci : « Il est de notre devoir de faire attention à nos paroles et là je pense à Loïc mon petit-neveu de trois ans qui entend tout et qui commence à raisonner subtilement. J’aimerais que, comme adulte, lui donner l’exemple du respect dans la façon de communiquer.

 

Voilà ma chère sœur ce que je voulais dire.

 

Excuse les fautes de syntaxe ou coquilles dans le texte. L’important est de dire exactement ce que je ressens.

 

Julie Elaine Roy

 

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Sam Hamad, président du Conseil du trésor du gouvernement du Québec; Marc-Yvan Côté, organisateur libéral provincial, banni du parti libéral du Canada lors du scandale des commandites, après la Commission Gomery; in Le Devoir, 2 avril 2016

« Les témoignages abondent sur les capacités de renoncements, d’acquiescement, de souffrance du menu peuple. Ils abondent aussi sur l’insensibilité, le cynisme, la cruauté même des possédants, de ceux surtout qui se sont enrichis par la fortune, ou de ceux qui, en passe d’y parvenir ou au contraire délaissés par la fortune, tirent le diable par la queue et s’efforcent au milieu des angoisses de ‘tenir leur rang’.» Jean Ferriot, en parlant des caricatures du… XIXe siècle d’Honoré Daumier

Cette semaine, pour revenir à cette dernière excellente émission d’information et culture québécoise Bazzo.tv (1) ─dont je parlais aussi dans mon dernier billet─  où les commentateurs politiques se demandaient de quoi le Québec avait besoin, la plupart des intellectuels présents ont dit que le Québec était une société… bloquée ! C’est aussi le propos du journaliste Marco Fortier dans le journal Le Devoir d’aujourd’hui « Le Québec dans une impasse politique » (2). En très résumé, leur thèse est que les Québécois préféreraient voter pour le parti libéral (au pouvoir sur la scène provinciale depuis 11 des 13 dernières années), même corrompu (3), que voter pour l’opposition la plus structurée, soit le Parti québécois. Pourquoi ? Nous aurions peur d’un 3e référendum sur l’indépendance du Québec… Dans leur bulle, ils ont oublié de mentionner que c’était dans nos institutions et partis politiques, oui, sans doute, que le Québec était bloqué. Je reviens sur un sujet qui me tient ‘a cœur et que j’avais abordé dans mon tout premier billet sur ce blogue en 2012 :  (voir https://evemarieblog.wordpress.com/2011/10/01/ecrasant-corporatisme-au-quebec-de-la-pire-des-glus/ du point de vue du corporatisme des organisations sociales qui se disent etre porteuse de solidarité et de changement.

Depuis ma réflexion a avancé et je fais des nuances de taille. Il manque à leurs vues toutes les micro-initiatives de la société civile. Un numéro de la revue Possibles auquel je participe, en fera prochainement état, pour célébrer notre 40e anniversaire de fondation (4).

En effet au Québec, il y a eu un Réveil collectif, quasi une révolution en 2012, comme le disait la semaine dernière la cinéaste Micheline Lanctôt, un éveil issu d’une crise sociale à mon sens plus puissante que Mai ’68 en France, et provoqué par le Printemps étudiant (appelé aussi Printemps érable avec les Carrés rouges). Mais cette crise a été durement matée par l’ancien gouvernement libéral et par la police pendant qu’une autre moitié des Québécois ne comprenaient vraiment pas le fond de l’affaire et se montraient soit très critiques, soit carrément hostiles à ces changements. Je crois personnellement et un peu… toute seule dans mon coin que cette énergie, en dormance actuellement, resurgira quand les conditions seront plus propices et que les principaux activistes et professeurs auront repris des forces et convaincu les plus jeunes de leur pertinence, comme le décrit très bien l’histoire de la sociologie des mouvements sociaux dans le monde : on parle de cycles, jamais de pertes.

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Plus globalement, je crois que tous ces traumatismes politiques que nous vivons en même temps dans le nouveau village globalisé (référence aussi et surtout à mon dernier billet sur le terrorisme) et dans un esprit de cynisme le plus total face à la classe politique, poussent une masse critique à s’intérioriser, ou, à tout le moins, à vouloir le faire (mais sans trop savoir comment, car Dieu est mort pour la plupart des Occidentaux et des Chinois). Probablement une nouvelle expérience unique aussi massive dans l’Histoire humaine…

Est-ce dans cette perspective proactive que certains leaders d’opinion s’apprêtent à lancer un mouvement d’« orphelin démocratique » ? On verra.

En attendant, petit retour sur l’histoire de la caricature comme ferment de changements politiques, avec le peintre, dessinateur et caricaturiste français du XIXe siècle, Honoré Daumier.

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Honoré Daumier. 1834.

Ci-dessus : lithographie, état unique, avec la signature manuscrite de Daumier. Épreuve sur blanc, don A. Curtis en 1949. 22,1 x 26,6 cm. Delteil 96.
Publiée dans La Caricature, le 20 novembre 1834.
BnF, Estampes et Photographie, Rés. Dc-180b (2)-Fol.

 

Daumier-La déroute_1850

Honoré Daumier. 1850.

Les gens de justice_Honoré Daumier_1834

Honoré Daumier. 1834. Les gens de justice. «Le passé, le présent et le futur».

Daumier_Gargantua-1831

Honoré Daumier. 1831. Probablement sa caricature la plus connue.

«Paraît qu’les homm’s d’affair’s d’la Haute

Quand i’sont tannées de s’mentir

Pis tripoter l’argent des autres

Vont jouer au golf pour s’divertir

[…]

Les pauvrerr’ yâb’s, on est les boules

Que ces messieurs fess’nt à grands coups;

Y sont contents quand i’nous roulent

Pi qu’i’ nous voient tomber dans l’trou.»

Jean Narrache (Émile Coderre), «Le jeu du golfe», 1932 (!)

 

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Dernières nouvelles…

3 mai 2016. La vérificatrice générale (indépendante) du gouvernement québécois ne porte aucun blâme contre Sam Hamad sur le plan de son aide financière à Premier Tech en tant que ministre : «Mon rapport ne le blanchit pas, et ne le blâme pas», a conclu Mme Leclerc en conférence de presse. Mais elle relève des irrégularités, comme l’augmentation de 1M $ d’une subvention, vraisemblablement après un diner d’affaire avec un membre du parti libéral qui siège sur le CA de cette compagnie. http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201606/01/01-4987221-rien-dincriminant-contre-sam-hamad-conclut-la-verificatrice-generale.php

Je ne comprends pas, et vous ?

Restent deux autres enquêtes, dont celle sur son éthique.

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(1) http://zonevideo.telequebec.tv/media/27716/derniere-emission-bazzotv/bazzo-tv

(2) http://www.ledevoir.com/politique/quebec/467128/le-quebec-dans-une-impasse-politique

(3) La récente Commission Charbonneau a démontré hors de tout doute des liens entre le financement politique illégal et l’attribution de contrats, en particulier dans le secteur de la construction, et ce dans tous les partis, en particulier au parti libéral du Québec au pouvoir depuis longtemps. L’ancienne vice-première ministre et ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau a été arrêtée la semaine dernière par la police (l’Unité permanente anticorruption -UPAC), notamment pour fraude et corruption à cet égard (http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/politique/2016/03/17/001-nathalie-normandeau-arrestations-upac-cote-lortie-roche.shtml), ainsi qu’un organisateur politique libéral et homme d’affaires, Marc-Yvan Côté, à nouveau pointé du doigt par les journalistes de Radio-Canada de l’émission « Enquête » (http://ici.radio-canada.ca/tele/enquete/2015-2016/segments/reportage/6144/enquete-sam-hamad-marc-yvan-cote-premier-tech). Un autre ministre libéral de l’actuel gouvernement, Sam Hamad (http://www.ledevoir.com/politique/quebec/467066/sam-hamad-aurait-favorise-marc-yvan-cote?utm_source=infolettre-2016-04-01&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne), ministre responsable de l’Administration gouvernementale (dont l’application des recommandations de la Commission Charbonneau !) et de la Révision permanente des programmes est également soupçonné de trafic d’influence, à cause d’un courriel très explicite de son chef de cabinet. Qui a coulé ces courriels ? Autre question intéressante, qui est restée dans l’ombre des sources confidentielles. L’apparence de vérité, si ce n’est la vérité elle-même, est gravement compromise. Ce ministre n’a plus aucune crédibilité et doit démissionner. Les partis d’opposition ont réclamé qu’il se retire du caucus libéral. Pour sa part, le ministre Hamad prétend qu’il n’a rien à se reprocher et se réclame de la présomption d’innocence. Il vient néanmoins de se retirer de ses fonctions ministérielles, le temps que le Commissaire à l’éthique fasse enquête.

LES SUITES : quelques jours tard, Sam Hamad revient de ses vacances en Floride (!) et démissionne de ses fonctions de ministre. Il était temps !

(4) http://redtac.org/possibles/

 

 

« je laisse en toi voler des oiseaux blancs

[…]

nos morts ne s’envolent  pas

sinon en nous-mêmes »

Paul-Marie Lapointe, «Hibernation»

J’avais promis dans mon dernier billet sur l’état mental de la maladie d’y donner suite, mais je n’ai pas encore trouvé les mots. Ce n’est que partie remise.

Pour le jour de Pâques j’aimerais produire un billet de renaissance printanière qui se termine de façon constructive, inspirante. Mais avant, il semble qu’il faille passer par le tragique et yeux bien en face. J’avais voulu commencer ce blogue (en juillet 2012) en disant : le temps des corrompus est terminé ! Maintenant j’écris : le temps du déni est terminé. Voyons voir.

L’actualité se bouscule et cette semaine, c’était les attentats tragiques à Bruxelles du groupe armé État Islamique (EI) qui ont fait 32 victimes civiles innocentes et 340 blessés. Comment avez-vous vécu cela ?

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Guerre du golfe, 1990. Dans le sens des aiguilles d’une montre depuis le haut: USAF F-15E, F-16 et F-15C volant au-dessus des puits de pétrole koweïtiens en feu; troupes britanniques du régiment de Staffordshire pendant l’opération Granby; vue par caméra d’un Lockheed AC-130; « autoroute de la mort »; M728 Combat Engineer Vehicle. Crédit photo : Wikipédia

Comme vous le savez sûrement si vous êtes Canadiens, le Canada est officiellement en guerre contre le groupe EI depuis plusieurs mois, action déclenchée par l’ancien gouvernement fédéral conservateur Harper (1) et maintenue par le nouveau gouvernement libéral Trudeau, quoiqu’avec des moyens assez différents, plus axés sur la formation. Avec une coalition d’une soixantaine de pays.

Un commentateur journaliste, Joseph Facal, aussi ancien ministre sous un gouvernement provincial péquiste, a déclaré cette semaine à l’émission Bazzo.tv que « nous étions en guerre », ce qui a surpris les gens, peu habitué à entendre ce mot, surtout, qu’apparemment, le gouvernement Trudeau ne l’a pas employé pour justifier les nouveaux millions destinés à être dépensés en Irak et en Syrie. Même l’ancien gouvernement n’aurait pas utilisé le mot « guerre », selon un autre journaliste, ce qui m’a vraiment surprise, ce serait à vérifier effectivement, car en ce domaine, la sémantique diplomatique n’est pas le fruit du hasard et est plutôt fortement significative pour tout observateur politique averti. Sur les ondes de l’émission de Gravel le matin, à Radio-Canada, Nicolas Hénin, journaliste français spécialiste des mouvements djihadistes et ancien otage dit que « L’État islamique cherche à nous entraîner dans la guerre, mais il faut se retenir d’employer le discours guerrier de l’ennemi. […] Le terrorisme est une guerre de propagande », souligne-t-il. «Cet état islamique est en quelque sorte le miroir très désagréable des dysfonctionnements de notre société» (2).

Ceci dit, les médias occidentaux ne reflètent pas correctement la réalité du terrorisme actuel. On oublie que que les actes terrorismes pour d’autres causes ont été très importants dans les années ’70. On ne se sent pas suffisamment compte qu’encore aujourd’hui, de terribles attentats visant des chrétiens sont survenus… dans un parc à Lahore au Pakistan, faisant 72 morts et 300 blessés, dont de nombreux enfants musulmans (3). Rappelons que les attentats terroristes des moudjahidines, toujours perpétrés par cette fange salafiste ou wahabiste (djihad du Moyen-Orient et de l’Afrique) ou par les Talibans afghans ou pakistanais, sont plus fréquents dans leurs propres pays. Ils sont à très grande fréquence, quasi-quotidienne à Bagdad et ont fait des milliers de morts parmi les civils cette année (4). Au Nigeria par exemple, la fréquence de ce type d’attentat est bi-hebdomadaire comme le faisait remarque le journaliste Jean-Jacques Sanson à l’émission Midi-Info sur Radio-Canada (5)… et que les médias internationaux suivent peu. Cette distorsion dans le rapport de l’information nous donne une fausse représentation de la réalité.

Il y a aussi donc des questions à poser à ces porteurs de la vision/interprétation hyper-conservatrice (charia) et anti-femmes de la religion musulmane. Un très rare témoignage de l’intérieur du groupe EI vient de paraitre, écrit par Sophie Kasiki «Dans la nuit de Daech. Confession d’une repentie» (6) qui aide à comprendre les manque psychologiques et émotionnels qui amènent des Occidentaux à se rendre en Syrie pour combattre. Autre piste de compréhension : l’échec des politiques de division du Moyen-Orient par les puissances occidentales au XXe siècle, en commençant par les tractations anglaises avec Laurence d’Arabie pendant la 1re guerre mondiale où l’Angleterre a fédéré des nations arabes pour provoquer la chute le l’Empire Ottoman.

Bref, il faut non seulement réfléchir à ce qu’implique collectivement et personnellement être en état de guerre politique et à ce qu’on peut faire individuellement si tel est le cas, comme actuellement, pour cultiver plus que jamais un état mental sain et pacifique, capable de prendre de bonnes décisions, capable de résister à la propagande de la haine et de l’intolérance et capable de développer/continuer des relations saines et aimantes autour de soi. Comme le disait un autre journaliste lors de cette émission de télé, c’est dans les périodes de guerre qu’on voit les comportements les plus aberrants et inhumains se produire. Il importe de ne pas se fermer les yeux et d’aborder la réalité à bras le corps aussi franchement que possible. Assez du déni.

***

Il y a longtemps que l’état de guerre me taraude en tant qu’artiste, auteure et poète. Je m’y intéresse depuis 1995 lorsque j’ai commencé à écrire le «Fiel la bouche» suite à une manifestation monstre à Washington des membres et sympathisants de Nation of Islam « « The Million March Man » et dont je parle brièvement dans un ancien billet portant sur Ed Snowden (7). Plus que la majeure partie des personnes en Amérique, j’ai une peur terrible de la guerre. Je me souviens avoir très mal réagi lors de la 1re guerre contre l’Irak au Koweït déclenchée en août 1990 : « la guerre du Golfe ».  Et vous ? Probablement que vous vous en souvenez à peine. Moi, je m’en souviens exactement, où je marchais ce jour-là d’hiver lors des premières frappes, ce que je pensais alors ce soir-là sinistre, mon insécurité, au début de cette guerre dite « chirurgicale », comme si ce n’était pas de vraies personnes que l’on tuait (8)… Remarquez, je ne suis pas la seule à m’en souvenir, Jean Leloup en a fait une chanson très dansante « 1990 »… Oui oui c’est bien au sujet de cette « Coalition » internationale de 34 pays issus de l’ONU dont la participation modeste du Canada, contre l’envahissement du Koweït par l’Irak. Une « 3e guerre mondiale » qui n’en a jamais porté officiellement le nom, car un seul territoire était visé. Vous en souvenez-vous ? Avez-vous « sauvé votre âme avec cette chanson » ? : https://www.youtube.com/watch?v=VI3C6MROOvY

Il y a longtemps que je nous considère dans cet espace mental de guerre et maintenant matériel et de plus en plus concret. L’avantage que j’ai sur la plupart d’entre vous, c’est que je réfléchis discrètement à la guerre et à la mort depuis longtemps… Thèmes pas très populaires, j’en conviens dans notre société hédoniste, de culture généralement superficielle et consommatoire de l’instant, le « présentisme », comme on commence à l’appeler… Voici donc une partie de l’état de mes réflexions, en commençant par mes débuts à moi.

Voici le poème que j’avais écrit plus ou moins 2 ans avant le 11 septembre 2001 et qui se trouve sur mon premier disque réalisé en 2003.

***

Petite histoire de ce poème : 1re lecture à CKUT (Radio McGill) à Montréal le… 10 septembre 2001, lors d’une entrevue avec Anne Farrell du Mouvement humaniste, au sujet de la violence, de la révolte et du fascisme. Lecture publique la plus récente : le 12 mai 2012, lors de l’évènement JAPPEL12M15M organisé entre autres par Occupons Montréal (Occupy) et des étudiants en grève du Printemps érable, à la Place du peuple (square Victoria) à Montréal.

Déclaration de guerre 15 octobre 1999

par Ève Marie   

 

Gisons, gisant, les lèvres pleines de fumées

Pour qu’ils n’y voient qu’un leurre

pire que la mort

 

Plantons un bulbe d’amour

À chaque coin de rue

 

Cousons cousins des mots incendiaires

sous chaque rebord de robe

Chaque mot prononcé en trop

est une minute de plus à vivre

surtout parler

la bouche un peu moins pleine

J’en connais beaucoup

qui mourront très jeunes

Ou qui sont déjà morts d’overdose

 

hum… [expression de plaisir]

 

Mangeons lentement

les plus belles fleurs du monde

Pendant qu’il en reste encore

Broutons, comme des vaches, s’il le faut

Et râlons, hurlons comme des louves

Pour le prochain enfant à naître

 

aou aou [cri de loup]

 

Il paraît que je suis dans l’espace

Que je marche sur des nuages mal pelletés

Il paraît qu’un rayon vert me porte

(C’est ce que les Djinns m’ont dit)

 

grr grr [grognement de colère]

 

Il paraît que je suis au bord de la crise de nerfs

Au sud, au nord, à l’est,

qu’il ne manque qu’il ne manque qu’une perle

Les petits soldats de bois

Déboulant les escaliers

Ils ont tant de peines

Un seul souffle suffit

pour les faire tomber

Ils sont si bien alignés

 

Il paraît que nous sommes en guerre

Et nous ne le savions même pas.

 

[Écoutez le pièce no7 ci-contre. Désolée pour la répétition commerciale du nom de la compagnie qui a fait le transfert de mon disque sur mp3…]

***

Revenons à aujourd’hui, j’ai fait un rêve bizarre tôt ce matin. Le voici.

Les chatons viennent de naitre et ont été mis dans des sortes de casiers sur l’accoudoir de mon sofa, très peu large –juste la largeur de l’animal. Puis mon chaton le dernier reste et les séparateurs sont enlevés. En passant, je bouscule par mégarde ce chaton et le pauvre, aveugle, commence à tomber à l’intérieur du sofa mais réussit à s’accrocher avec une patte. Pour lui, si petit, cela est très haut, même et surtout qu’il ne voit pas ! Il lâche en même temps un méga « miaou » quasi cosmique super puissant qui me glace d’effroi et je réussis à l’attraper au passage pour ne pas qu’il tombe et le remets doucement sur l’accoudoir. Il me semble que ce cri si fort a été entendu dans le monde entier !

Je me réveille brutalement, à la fois surprise, effrayée et résolue.

Puis je me dis en me réveillant, encore un peu branchée sur mon inconscient, comme une révélation : le chaton, c’est moi, c’est nous les Occidentaux qui sommes tombés en perdant Dieu. La chute est plus grave qu’on l’a pensé jusqu’à maintenant sur nos consciences. Nous en prenons progressivement conscience radicalement, surtout depuis les événements sociaux très troublants des dernières années et surtout des derniers mois. L’inconscient et l’âme de tous sont en panique et se généralisent alors avec des comportements individuels et collectifs de plus en plus aberrants. Nous sommes dans une sorte de cauchemar permanent dans lequel on ne sait comment sortir et duquel il ne suffirait que de… se réveiller… Le réveil est-il proche ? Avez-vous vous aussi entendu ce cri, rêver ce cri du peuple ?

Il reste maintenant de mon rêve ce cri de minou, ce cri animal… Il me semble, maintenant que mon esprit a repris un état de veille quasi « normal », que c’était un vrai cri du cœur (le mien, le vôtre?) qui vient d’être lancé et que tout le monde l’a entendu dans son inconscient… C’est la poète qui parle ici, vous l’aurez compris.

Je les emmerde ces faiseurs de guerre, c’est leur guerre, pas la guerre du peuple. Les mêmes causes de 2001, avec les mêmes moyens donneront les mêmes mauvais effets. Déjà en octobre 2001, alors que j’organisais avec le Mouvement humaniste de Montréal une manifestation contre la guerre en Afghanistan, j’écrivais que cette guerre contre le terrorisme contribue à une spirale de la violence par laquelle le terrorisme ne sera pas défait mais encouragé dans son développement et sa propagation. (voir notre communiqué de presse dans les archives en bas de ce billet).

Pour terminer en riant, pour une fois, très noir : voir ce stand up très ironique de l’humoriste américain George Carlin : https://www.youtube.com/watch?v=CwuP9rMhiQQ

***

Alors que faire ? Je crois qu’il faut cultiver son mental adéquatement par toutes sortes d’exercices visant à le maitriser, non l’annihiler, car il est le propre de la pensée de toujours fonctionner. La méditation est un de ces bons moyens, Mathieu Ricard et Y. M. Rinpotché ont écrit des livres réputés sur ce sujet. Se nourrir aussi de bonnes productions culturelles, être créatif de petites choses chaque jour. Aller chercher la beauté. Aimer recevoir/procurer de petits plaisirs. Nourrir et entrainer son corps le mieux possible. Téléphoner plus souvent, se parler en personne, sortir un peu des nouvelles technologies qui isolent infailliblement. Nourrir, le moment venu, ses amitiés, amours. En revanche, faire les ruptures qui s’imposent… de manière cohérente avec ses valeurs. Cultiver l’empathie comme notre qualité humaine la plus précieuse qui nous distingue des roches. Ralentir!!! Etc. Il faut commencer par l’action la plus facile à atteindre pour progresser. Et vous que faites-vous ?

Quelques idées glanées sur You Tube :

-Do in chinois (automassage) 5 minutes pour bien commencer sa journée : https://www.youtube.com/watch?v=t0XIzXDDsDA&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3&index=9

– Exercices de médecine chinoise de qi-gong : https://www.youtube.com/watch?v=559Iw6Tvt8U&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3&index=1

ou https://www.youtube.com/watch?v=p72J7YxZa5Q&index=3&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3

ou https://www.youtube.com/watch?v=fjzkIDvgNx4&index=3&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3#t=7.70839

ou https://www.youtube.com/watch?v=SqHBUVAznCg&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3&index=7

– 5 petits rituels pour bien commencer sa journée : https://www.youtube.com/watch?v=8nZ6GYAVnO4&index=10&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3

« Il est dans la beauté et dans la vertu

un charme indicible

qui fait tomber les portes de fer

et qui amollit les cœurs de bronze. »

Voltaire

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___________________________

(1) http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/politique/201410/03/01-4806080-le-canada-sen-va-en-guerre-contre-le-groupe-etat-islamique.php

(2) @ 7:22 http://ici.radio-canada.ca/emissions/gravel_le_matin/2015-2016/

(3) http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/466736/attentat-a-lahore?utm_source=infolettre-2016-03-29&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

(4) Selon l’ONU, 575 civils sont morts dans des attentats seulement au mois de mars, et 1196 civils ont été blessés (Source : journal Métro, 05-04-16)
(5) http://ici.radio-canada.ca/emissions/midi_info/2015-2016/

(6) extrait : http://fr.calameo.com/read/000913544a9b626d85584

(7) https://evemarieblog.wordpress.com/2013/12/26/refusons-la-societe-de-surveillance-et-vive-edward-snowden/

(8) « La destruction des usines hydroélectriques et autres installations électriques irakienne, qui a permis d’anéantir les capacités de command and control de l’armée irakienne, a provoqué l’explosion d’épidémies de gastroentérites, de choléra et de typhoïde, en empêchant le fonctionnement des centres de traitement d’eau potable et d’eau usagée. Peut-être 100 000 civils sont ainsi morts indirectement, tandis que le taux de mortalité infantile» (Source : Rizer, Kenneth, « Bombing Dual-Use Targets: Legal, Ethical, and Doctrinal Perspectives[archive], Air & Space Power Journal, mai 2001).

« Le rapport d’une mission de l’ONU, dirigée par le sous-secrétaire Martti Ahtisaari et envoyée en mars 1991 pour évaluer les besoins humanitaires de l’Irak, décrivait l’état du pays comme « quasi apocalyptique ». (Source : Javier Pérez de Cuéllar. Report S/22366 to the United Nations Security Council, detailing the findings of the mission undertaken by Under-Secretary-General Martti Ahtisaari to assess the humanitarian needs arising in Iraq in the aftermath of the Gulf War.) Sur Wikipédia (page consultée le 27 mars 2016). Sans parler du désastre écologique local avec la destruction de 732 puits de pétrole koweïtiens par l’Irak.


de mes archives

19 octobre 2001

Pour diffusion immédiate

 

MOBILISATION POUR LA PAIX

PAR LE MOUVEMENT HUMANISTE DE MONTRÉAL

 

Montréal, 19 octobre 2001.― L’horreur du massacre du 11 septembre et la folie de la guerre déclarée par le gouvernement de George W. Bush et appuyée par le gouvernement canadien contribuent à une spirale de la violence par laquelle le terrorisme ne sera pas défait mais encouragé dans son développement et sa propagation.

Le Mouvement Humaniste de Montréal invite les MontréalaisEs à venir exprimer leur solidarité avec toutes celles et ceux qui s’opposent à cette violence par la participation à ses deux activités dans le cadre de la semaine Option non-violence : une conférence et un débat public sur les alternatives à la guerre le 20 octobre à l’UQAM et une marche pour la paix et la non-violence le 21 octobre au Carré Phillips.

 

Plusieurs actions seront aussi organisées partout dans le monde par les humanistes le 19 octobre, dans le but de dénoncer la violence et de proposer des alternatives. Parmi les dizaines d’événements prévus, notons la campagne d’information publique à l’Union Square à New-York,  un rallye devant l’ambassade de Grande-Bretagne à Zurich, une marche de protestation à Munich, une minute de silence dans plusieurs écoles en Grèce, une démonstration publique dans la région du Trans-Nzoia au Kenya, la visite des ambassades à Buenos Aires, une marche pour la paix en Hongrie, une visite des consulats à Hong Kong.

 

Le Mouvement Humaniste International réprouve fermement les attaques des États-Unis et de la Grande-Bretagne contre l’Afghanistan, qui semblent faussement motivées par un combat contre le terrorisme.

 

  1. CONFÉRENCE POUR LA PAIX

Samedi le 20 octobre : « Quelle alternative à la guerre ? »

À 12h30 à l’UQAM, au RM-150, niveau métro Berri-UQAM,

pavillon Alexandre-de-Sève, coin Ste-Catherine et Sanguinet

Conférenciers invités :

Dr Silvia Bercu, membre du mouvement humaniste de Londres

  1. Rezeq Sariq, membre co-fondateur du Groupe Palestiniens et Juifs Unis (PAJU).

 

  1. MARCHE POUR LA PAIX ET LA NON-VIOLENCE

Départ : Dimanche 21 octobre à 12h30 au Carré Philipps (coin Ste-Catherine et Union)

Le Mouvement Humaniste de Montréal invite tous ceux et celles qui sentent l’obligation de conscience de manifester leur désir de dire non à la guerre, en participant à une grande marche pour la paix et la non-violence et montrer leur refus à une réponse militaire fait au nom du droit à la vie et de la «liberté immuable».

Le peintre Nikolaï Kupriakov, dévoilera une nouvelle peinture ayant comme titre «U.S. War Department kill everybody that is not with us». Le groupe Sertao avec Lavanya Narasiah (voix, percussions) Nicolas Lépine (guitare), Geneviève Lapointe (sax) et Jean-François Bourdon (basse), seront également présents ainsi que d’autres surprises.

 

Pour information :

Courriel : humaniser@hotmail.com, site internet : http://www.geocities.com/forumhumaniste

 

-30-

 

Source : Ève Marie ou Ali Z.

Voir également  notre communiqué de presse sur le détail de nos activités internationales.

 

 

 

 

20160218UJ4Y86_460« La seule chose qui ne doive pas céder à la loi de la majorité est la conscience de l’individu.» Harper Lee (1926-2016), écrivaine américaine*

La vérité est-elle complexe, selon vous ?

Il est rare qu’un humain meure deux fois. Une fois dans son corps biologique et une autre fois, beaucoup plus tard, par l’invective populaire ou la rectitude politique voulant rayer son travail de la mémoire historique et collective. Émotions de frustration pour la mémoire de l’artisan et d’accablement suivi de libération pour la victime qui le dénonce… Perdriez-vous la tête ?

Un scandale secoue le Québec ces jours-ci. Nous voulons à la fois connaitre la vérité et savoir comment agir dans le vague. Un grand cinéaste, Claude Jutra est rétrospectivement accusé de pédophilie par son biographe Yves Lever, puis par une victime anonyme qui avait à l’époque des faits allégués entre 6 et 16 ans. Le témoignage de la victime est bouleversant (1) et appelle la compassion. Louise Rinfret, une thérapeute auprès des personnes ayant subi des violences sexuelles, et qui avait travaillé avec Jutra est formelle : le témoignage est crédible (2). Le travail journalistique a été fait selon les règles de l’art : recoupements, vérifications auprès de la famille de la victime, preuve de non-intérêt financier. À sa demande auprès du biographe et du journaliste, son identité est confidentielle.

J’aimerais faire plus clair. Il y a toujours plusieurs côtés. Souvenons-nous-en !

Tout cela reste des allégations : la présumée victime veut rester anonyme et n’a jamais porté plainte à la police. Il n’y a pas actuellement de procès. Malgré cela, en deux jours, 30 ans après son décès, Jutra est passé de cinéaste vénéré à proscrit, voire malfrat infréquentable, même en pensée ou en photo. En deux petits jours, il a été jugé, condamné, victime de lynchage populaire de son travail par de nombreux Québécois et par nos élus. On a tout mêlé, sans prendre l’instant d’un recul et des vérifications habituelle d’une société de droits, comme au temps du Far West !

Québec Cinéma a décidé de changer le nom de ses prix Jutra pour sa cérémonie annuelle des meilleurs films québécois. La ministre de la Culture, Mme Hélène David, a demandé aux villes de retirer le nom de Claude Jutra de la toponymie du Québec. Quelques heures plus tard, de nombreux maires, dont le maire de Montréal M. Denis Coderre et le maire de Québec M. Régis Labaume, ont acquiescé.

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 J’ai connu Claude Jutra en 1972, quand j’étais enfant, mon petit frère aussi. Et je vous jure que c’était un monsieur bien.

En montage de son film Kamouraska dans un studio parisien, le cinéaste Claude Jutra cherchait une voix de petite fille avec l’accent québécois pour doubler celle qu’il avait filmée. Après avoir contacté la délégation du Québec où mon père travaillait, il est venu chez nous pour m’enregistrer. Ma mère nous avait avertis, mon frère et moi, qu’un «grand monsieur» allait venir pour me parler et qu’il fallait être gentils. Il était en effet impressionnant. Nous étions très intimidés par lui. Il ne parvenait pas à me faire parler normalement. Alors il a joué avec nous. Nous avons joué au cheval et cow-boy et nous avons beaucoup ri. Après cela, plus détendue, il a pu m’enregistrer correctement. Puis il a demandé à ce qui je vienne au studio pour faire un 2e enregistrement. Ma mère m’a mise dans un taxi (autre époque, autres mœurs!), a donné ses recommandations au chauffeur. Moi, je me sentais comme une grande. J’étais très fière. Là-bas, j’ai parlé au micro pour la première fois dans un studio noir. De l’autre côté de la vitre, Jutra écoutait et discutait avec une autre personne je crois. Puis une femme m’a donné des bonbons en me remerciant et  en me disant qu’ils allaient rappeler mes parents pour dire s’ils retenaient ou non ma version. Pour sortir, j’ai marché dans des couloirs drabes qui m’ont semblé infinis. Malheureusement, ils ont choisi une autre voix. Mais je crois que c’est cette forte expérience très positive qui m’a fait choisir le travail d’artiste-vidéaste à l’âge de 23 ans, lors de mon stage universitaire.

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Le problème dans cette affaire est l’anonymat de la victime d’une part, et d’autre part, la confusion entre l’homme et l’œuvre. Alors que les autres enfants, surtout les garçons, qui l’ont connu en bien sortent ! Au contraire, s’il y a d’autre(s) victime(s), qu’elle(s) sorte(nt) de l’anonymat  et porte(nt) plainte ! Venons-en au fait pour guérir. Oui c’est difficile de porter plainte, surtout après tout ce temps et contre une personne connue. Mais il faut le faire. Oui un crime semble avoir été commis, un crime grave dans une société de « droits», à prendre très très au sérieux pour avoir vraisemblablement gâché une vie. Ce témoignage m’a bouleversée… mais il manque une vérification légale encore AVANT de prendre des décisions si sérieuses. Ce présumé crime… s’il sort de l’anonymat, sera avéré  vrai (ou faux), il sera jugé pour ce qu’il est.

Toutefois, changer de nom le prix Jutra, ça se comprend, je suis entièrement d’accord, l’apparence de vérité suffit. Je comprends que des artisans du cinéma n’aimeraient pas nécessairement recevoir un prix à son nom. Il y aurait toujours un malaise chaque année. MAIS… faire disparaitre le nom de Claude Jutra de la toponymie du Québec ?? C’est aberrant, son œuvre devrait aussi disparaitre de la mémoire collective ? Quelle folie de la novlangue s’empare de nous ?

Il importe de tirer l’alarme sur le comportement prématuré des élites que nous avons élues. Ce n’est pas un détail. On croirait les ministres et maires être nos anciens curés qui excommuniaient ex cathedra à une autre époque, si loin, si proche… Pourquoi cet empressement ? Poser la question c’est y répondre…

Même l’Union des écrivaines et des écrivains du Québec, dont je suis membre, s’y met ! «Compte tenu des circonstances entourant les révélations sur Claude Jutra, le volet exposition qui présentait des photographies de la maison [des écrivains où siège l’UNEQ] à l’époque où elle lui appartenait et sur lesquelles il apparaissait a été retiré.» Info UNEQ No 136, 17-02-16 (4)

Au contraire, je crois que cette expo devrait être maintenue et être l’occasion de faire un débat sur l’impact de la vie privée sur la perception de l’œuvre des artistes. Et de se souvenir de notre histoire de curés qui nous disaient comment penser et comment travailler, à qui parler et à qui ne pas parler, qui enfermaient les homosexuels dans les asiles, mettaient des livres à l’index et promulguait en chaire et au gouvernement la censure. ET de se souvenir de tous ces enfants qui ont été abusés sexuellement… et que l’Église a habillement caché pendant des années. Ce fut un sale temps où l’inceste, la pédophilie et le viol étaient tolérés et les victimes toujours menteuses et mourant de honte comme dans les pensionnats autochtones (voir mon billet) (3), ou comme pour les Orphelins de Duplessis et tant d’autres plus isolés encore… Dieu merci, nous sommes un peu sortis de cette époque, mais faut-il aller à l’autre extrême en oubliant la complexité des individus et à ce qui les poussent à poser tel ou tel acte criminel ?

Réveillez-moi quelqu’un ! On dirait un cauchemar dans un film de série B. Qu’on fasse vraiment la lumière !

Quelqu’un, quelque part, gardera-t-il mon texte dans le big data mondialisé, le trafiquera-t-il, l’interprétera-t-il à la lumière de cette société de demain qui ne comprendra pas celle d’aujourd’hui qui me permet (encore) de prendre une position même modérée ? Et me le reprochera ? Fera de moi une paria humaine et artistique ?

Claude Jutra est devenu un pêché, même en pensée ! Oh pardonnez-moi !

Tout cela donne décidément froid dans le dos. Il importe de réagir.

_________________________

20-02-16

Une semaine plus tard après la sortie de la 1re présumée victime, une 2e victime de Claude Jutra, qui est ose courageusement sortir de l’anonymat, le scénariste Bernard Dansereau, fils du producteur de films Jean Dansereau, affirme au journal La Presse avoir été agressé sexuellement une fois vers l’âge de 12 ou 13 ans par son parrain, Claude Jutra. Son père Jean cessa de voir Jutra pendant 2 ans (5). Quelques années plus tard, ils retravaillèrent ensemble, sans toutefois reparler de cette agression. Dans les circonstances, il n’y a aucune raison de mettre en doute ce témoignage accablant.

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J’ai souvent raconté cette histoire de doublage de film à mes étudiants en français langue seconde, pour amorcer le jeu d’expression orale «détecteur de mensonge». Je trafiquais la fin en disant que j’avais obtenu le rôle et racontais deux autres histoires vraies. Ils devaient trouver le mensonge et ensuite raconter et soumettre leurs histoires au jugement des autres étudiants. Je ne la raconterai plus, avant un bon bon bout de temps. Ce 2e témoignage à visage découvert, cette fois-ci, altère irrémédiablement mon beau souvenir et m’accable. Ce silence des victimes et des témoins qui a duré trop longtemps, en créera d’autres au sujet du bon versant de la vie de Jutra.

Je persiste néanmoins à dire que le rapide effacement de son nom sur la place publique en mémoire de son œuvre (et non en mémoire de sa perversion) est une erreur et un très mauvais signe des temps. Mais j’ajoute que si cette affaire fait parler d’autres victimes de n’importe qui, qu’il n’est jamais trop tard pour le faire, au moins il y aura eu un bon côté.

À cet égard, la caricature de Garnotte ce matin est très éloquente. Pour bien la comprendre, il faut savoir que Jutra s’est suicidé en 1986 du haut du pont Jacques-Cartier à Montréal, qui surplombe le fleuve St-Laurent.

Jutra au poubelle

« Le courage, c’est de savoir que tu pars battu, mais d’agir quand même sans s’arrêter.» Harper Lee

______________

* tiré de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, prix Pulitzer 1960. Roman qui a dénoncé la  ségrégation raciale aux États-Unis et qui contribua à changer les mentalités.

(1) http://www.lapresse.ca/cinema/cinema-quebecois/201602/16/01-4951514-une-victime-de-claude-jutra-temoigne-des-attouchements-des-6-ans.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_4951523_article_POS1

(2)  http://www.lapresse.ca/cinema/cinema-quebecois/201602/17/01-4951523-affaire-claude-jutra-une-ancienne-amie-du-cineaste-soutient-la-victime.php

(3) https://evemarieblog.wordpress.com/2015/10/23/lettre-dexcuse-aux-autochtones-au-sujet-des-pensionnats-amerindiens/

(4) https://www.uneq.qc.ca/2016/02/18/il-etait-une-nuit-changements-au-programme/

(5) http://www.lapresse.ca/cinema/cinema-quebecois/201602/19/01-4952771-affaire-claude-jutra-une-deuxieme-victime-se-confie-a-la-presse.php

Marcel Barbeau-Réalisation-de-la-sculpture-Dualité_1984

Marcel Barbeau. Réalisation de «Dualité», 1984

Marcel Barbeau «Dualité», 1984

Marcel Barbeau «Dualité», 1984

Artiste multidisciplinaire,   Marcel   Barbeau  était peintre et sculpteur, et aussi estampiste, performeur, danseur, passionné de musique contemporaine, créateur d’une œuvre variée et considérable. À 23 ans, Barbeau est historiquement signataire en 1948 du manifeste du Refus global du «mouvement automatiste canadien-français» avec le peintre Paul-Émile Borduas, son mentor et père spirituel.

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EXTRAIT du manifeste du Refus Global – Paul Émile Borduas

«Le règne de la peur multiforme est terminée

Dans le fol espoir d’en effacer le souvenir je les énumère :

peur des préjugés — peur de l’opinion publique — des persécutions — de la réprobation générale

peur d’être seul sans Dieu et la société qui isole très infailliblement

peur de soi — de son frère — de la pauvreté

peur de l’ordre établi — de la ridicule justice

peur des relations neuves

peur du surrationnel

peur des nécessités

peur des écluses grandes ouvertes sur la foi en l’homme — en la société future

peur de toutes les formes susceptibles de déclencher un amour transformant

peur bleue — peur rouge — peur blanche : maillon de notre chaine.

Du règne de la peur soustrayante nous passons à celui de l’angoisse.

[…]

D’ici là notre devoir est simple.

Rompre définitivement avec toutes les habitudes de la société, se désolidariser de son esprit utilitaire. Refus d’être sciemment au-dessous de nos possibilités psychiques. Refus de fermer les yeux sur les vices, les duperies perpétrées sous le couvert du savoir, du service rendu, de la reconnaissance due. Refus d’un cantonnement dans la seule bourgade plastique, place fortifiée mais facile d’évitement. Refus de se taire — faites de nous ce qu’il vous plaira mais vous devez nous entendre — refus de la gloire, des honneurs (le premier consenti) : stigmates de la nuisance, de l’inconscience, de la servilité. Refus de servir, d’être utilisables pour de telles fins. Refus de toute INTENTION, arme néfaste de la RAISON. À bas toutes deux, au second rang !

Place à la magie ! Place aux mystères objectifs !

Place à l’amour !

Place aux nécessités !

Au refus global nous opposons la responsabilité entière. […]

(voir le texte complet au https://fr.wikisource.org/wiki/Refus_global)

Texte tiré du Refus global pour une de mes perfos en 2014

Texte tiré du Refus global pour une de mes perfos en 2014, collectif, «Mouvements de l’art». Inspirée par la gestuelle des Automatistes, et alliant mon travail performatif avec le kung-fu au bâton, j’amorçais un cycle de réflexion et expérimentation avec le public sur l’art psychique.

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Marcel Barbeau laisse dans le deuil le Québec, ses amis  et sa famille dont sa fille, la documentariste et directrice de Wapiconi Mobile pour les autochtones Manon Barbeau et sa petite-fille, la jeune cinéaste et auteure Anaïs Barbeau-Lavalette.

Être révolté toute sa vie contre l’ordre établi et en particulier contre tous les académismes ou nouveaux académismes du milieu très fermé et très cliqué des arts visuels (dixit le peintre Serge Lemoyne et le critique d’art Robert Bernier de la revue Parcours), «les petits copains» comme le disait Barbeau aussi, il a tardé à avoir une véritable reconnaissance.  Avant-gardiste comme premier peintre canadien à travailler avec la technique du «all over» et expérimentateur de l’art optique «op art», il a demandé 18 ou 20 fois le prix Paul-Émile Borduas (gouvernement du Québec) avant de le recevoir en… (seulement) 2013 ! «Ça montre l’imbécilité de ce milieu-là» dit le journaliste culturel Bernier, suite à son décès. Pourtant, il a eu une première grande rétrospective de son œuvre la première fois à l’âge de 44 ans au Winnipeg Art Gallery (1969) qui a aussi tourné au Musée d’art contemporain à Montréal.  Mais ensuite, à part quelques grandes expos dont celles du Musée du Québec à Québec et du Musée d’art contemporain à Montréal (1975) ou du Musée du Bas St-Laurent (1998), il a en effet peu exposé dans les grands musées du Québec (ou du Canada) et davantage à l’étranger. Pourquoi ? Mystère! L’historien d’art François Marc Gagnon, spécialiste du mouvement automatiste, tente quelques hypothèses : malchance, dispersion (à une époque où les artistes multidisciplinaires étaient rares) ou peut-être, en partie, colère ? Colère ? Ah bon !?! Le simple fait que cela puisse être une raison de son écart du «milieu» laisse songeur sur ce même milieu…

Sans être rejeté, Barbeau a été occulté et n’a pas reçu la considération qu’il aurait dû avoir de son vivant… comme beaucoup d’autres grands artistes. Dans un des documentaires que sa fille a fait sur lui, il dit : « Combien de fois ce criss de musée-là me refuse?! Après je sais pas combien de carrières… Moi j’ai expérimenté toute ma vie! […] Je vais continuer à travailler, ils ne m’empêcheront pas de travailler, pis j’vais continuer, j’vais les emmerder, j’vais faire la plus grande peinture qu’on puisse faire, pis à un moment donné, ils vont me reconnaitre! Mais c’est à ce moment-là que je pourrai leur dire non.» (1)

Il était «extrêmement déterminé». Même très malade, lorsqu’il se mettait à sa table de travail, il retrouvait presque magiquement sa force vitale. Je crois qu’on peut parler, sans trop se tromper, de véritable force de la nature, comme Riopelle d’ailleurs. Ce sont des trésors qui partent… Lui qui a affronté vents et marées et a toujours continué, malgré tout, à persévérer et à créer, malgré des périodes de vide.

Œuvres à la fois épurées et expressives, elles appartiennent à l’univers baroque, dit Barbeau de son travail sur son site internet. «Son défi était de rendre un espace signifiant et conscient » (Bernier). Œuvre réfléchie, synthétique, placée, mais néanmoins intuitive, il est resté toute sa vie dans l’esprit de l’automatisme, et un des inventeurs de la peinture gestuelle, peu avant Jackson Pollock. Son travail est comme une méditation consciente; sa colère disparaissait et était canalisée par la création. Bernier compare son œuvre, malgré toute sa diversité, à «l’espace du golf » (qui était une passion pour lui), comme «espace aménagé, pensé, codifié. Un espace jumelé au mouvement et nourri par la technique et l’intuition, par le moment présent comme dans le ‘swing’».  Un être d’une richesse créative hors du commun qui «voit une couche au-dessus de tous» (Bernier)

Marcel Barbeau, «Bas du Fleuve». New-York, 1964

Marcel Barbeau, «Bas du Fleuve». New-York, 1964

Marcel Barbeau dans le magazine Vie des Arts_2015

Marcel Barbeau dans le magazine Vie des Arts, 2015

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J’ai rencontré Marcel Barbeau en  2006 lors d’une performance-manifestation de rue du peintre et ami Nikolaï Kupriakov, à l’entrée du ministère de Culture à Montréal. Alors impliquée dans le groupe Divergences avec ce dernier ainsi qu’avec les peintres Hélène Goulet et Louisa Nicol, nous revendiquions  à ce moment-là plus d’ouverture au programme d’art public dit du «1%» du gouvernement du Québec. Plusieurs artistes avaient signé notre pétition, dont Barbeau qui était venu parler avec Kupriakov. L’ancienne ministre de la culture, Line Beauchamp à qui j’avais fait parvenir une œuvre postale intitulée «La boite de Pandore» au nom du groupe était venue nous parler. La conversation avait tourné autour de ces artistes, pourtant talentueux qui sont refusés, pour leurs idées, pour leurs esthétiques, par les programmes dits publics. Barbeau avait une longue expérience dans le domaine…

Ève Langevin, La boite de Pandore1_2006

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Ève Langevin, La boite de Pandore2-2006

J’ai toujours eu une filiation profonde avec ces artistes du mouvement automatiste. Probablement parce que j’étais la petite-petite nièce du mentor de Borduas, le peintre Ozias Leduc, bien que dans les années ’90, je n’étais pas vraiment consciente de ma filiation du côté paternel. Aussi, simplement parce que j’aimais les œuvres de Borduas et que je regardais souvent chez ma mère deux peintures de jeunesse (?)(2) qu’Ozias avait données à ma grand-mère. Mais surtout parce que j’ai lu et relu ce manifeste du Refus global, j’ai lu tout ce que Borduas a écrit sur l’art. Lors de la sortie du film de Manon Barbeau, «Les enfants du Refus global», où sa fille se questionnait sur les relations familiales entre ces grands artistes et leurs enfants, souvent abandonnés, je m’étais sentie interpellée, car mon père, homme de la même génération que Barbeau, avait lui aussi tout consacré à sa carrière (politique, pour l’indépendance du Québec), laissant femme et enfants derrière… pour le meilleur et pour le pire. Je reproduis ci-dessous, l’article que j’ai écrit pour le journal Le Devoir à ce sujet en 1998, suite au décès de mon père.

Écoutez l’entrevue avec Robert Bernier à Radio-Canada au http://ici.radio-canada.ca/emissions/desautels_le_dimanche/2015-2016/

Pour plus de détail voir :

http://www.marcelbarbeau.com/

http://revue-parcours.com/art-contemporain/marcel-barbeau-1925-2016/

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de mes archives, 1998

Mon texte sur le film «Les Enfants du Refus global»_p.1_Ève Langevin-1998_journal Le Devoir

Mon texte sur le film «Les enfants du Refus global», p.2

Mon texte sur le film «Les Enfants du Refus global»_Ève Langevin-1998_journal Le Devoir (le stupide titre n’est pas de moi…)

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Ève Langevin, La boite de Pandore3_2006

La boite de Pandore, Ève Langevin_2006

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(1) «Barbeau libre comme l’art», Manon Barbeau, ONF. 2000. http://www.dailymotion.com/video/xmo7vy_barbeau-libre-comme-l-art_shortfilms

«Les Enfants du Refus global», Manon Barbeau, ONF. 1998. https://www.youtube.com/watch?v=diwzK_zTgE8

(2) Malheureusement, l’authenticité de ces deux peintures n’a pas pu être attestée à ce jour. Voir ma série de billets sur cette question au https://evemarieblog.wordpress.com/2014/08/31/le-grand-peintre-ozias-leduc-recherches-familiales-1/

Bye bye 2015

Les comédiens sont Patrice L’Ecuyer, Hélène Bourgeois Leclerc, Louis Morissette, Pierre Brassard, Véronique Claveau et Laurent Paquin. Les auteurs sont François Avard, Pascal Barriault, Jean-François Léger, Benoit Pelletier et Louis-Philippe Rivard. Les producteurs sont Louis Morissette, Alain Chicoine et Louis-Philippe Drolet.

Je sais que le sport national des Québécois est de critiquer la revue de fin d’année Bye bye depuis toujours… Qu’on le regarde desfois juste pour pouvoir le critiquer le lendemain… Mais…

Étant une artiste, une poète moi-même, j’ai à cœur plutôt d’encourager les artistes et les auteurs que de les descendre.  Ayant déjà fait de la radio, j’essaie de les critiquer pour qu’il améliore leur art.

Mais… fois-ci, je crains de ne pas pouvoir arrimer ce juste équilibre, bien que certains sketches m’aient fait ricaner méchamment avec eux, en particulier celui sur l’ex-président du Comité olympique canadien Marcel Aubut (1).

 

J’écoutais justement aujourd’hui, lendemain du jour de l’an, sur la radio de Radio-Canada, l’émission où la chanteuse et auteure Isabelle Boulay rencontre virtuellement Édith Piaf.

On y entendait notamment la pianiste et compositrice de chansons de Piaf, Marguerite Monnot dire substantiellement (je recopie de mémoire) :

« On ne peut pas être un grand artiste si on ne sait pas parler d’amour sincère. »

 

Le rire jaune devient noir sang quand il ne sait rire que de la bêtise humaine des vedettes et personnalités de la vie publique, quand il n’est animé que par le désir de ne plus croire en rien, et nourrir le peuple de son cynisme, voire de sa vulgarité qui est trop souvent l’apanage des réseaux sociaux, comme l’a très bien fait remarquer la journaliste Anne-Marie Dussault dans un autre programme de la SRC. Les auteurs de cette revue, seulement inspirés par la bêt-ise, deviennent-ils bêtes et complices eux-mêmes en minables transmetteurs de la bêtise? N’aurait-il plus que leur propre vide à transmettre ?

Je me questionne également sur leur direction de jeu d’acteur. N’y a-t-il que ces grossières figures, scène après scènes à se mettre sous la dent ? Un peu de subtilités svp, le public est capable de comprendre les émotions plus subtiles! Pourtant Louis Morissette a fait un bon portrait cinglant de notre société de consommation dans son film «Le Mirage » cette année. Ce film a été LE plus vu par les Québécois cette année. On peut, on doit critiquer la société, mais sans tomber dans les travers que l’on veut dénoncer soi-même.

À part la chanson qui nous offre un moment d’humanité, on reste profondément triste, désemparé et perdu pour commencer la nouvelle année. Un vrai turn off, comme le disent les Anglais…

 

Enfin, le fait de continuer après minuit est vraiment de trop. Laissez donc les familles et les amis prolonger leurs vœux de minuit et leur réjouissance au lieu de les biberonner encore un peu!

 

J’attendrai que ces auteurs retrouvent un peu d’âme à la tendresse et s’intéressent aussi à la sans doute plus cachée beauté du monde en ces temps de déroute, des vrais bâtisseurs qui ont quelque chose à proposer, mais qui ont moins fait les manchettes. On pourrait demander la même chose aux journalistes, d’ailleurs!

Pour 2016, souhaitons que notre façon de consommer les médias et les réseaux sociaux changent et qu’on se montre plus exigeants et plus soucieux à cet égard, tout en gardant une petite touche d’autodérision et de rire… salutaire.

Bonne année grand nez, à tous mes lecteurs et lectrices !

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DERNIÈRE NOUVELLE

Il parait que la revue radiophonique «À l’année prochaine», exceptionnellement en format télé est bien meilleure! Voir http://ici.tou.tv/a-l-annee-prochaine

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(1) Après un plainte de harcèlement sexuel, il s’excuse et démissionne. http://ici.radio-canada.ca/sports/Jeux-Olympiques/2015/11/19/001-president-coc-marcel-aubut-peter-lawless-tricia-smith.shtml#!

 

Affiche du SFPQ, 2015.

Affiche de la Coalition pour la justice sociale, 2014.

Aujourd’hui 1er mai fête internationale des travailleuses et travailleurs. Fête qui passe généralement vaguement inaperçue, elle s’est multipliée par des centaines de petites actions de rue et d’écoles du Québec pour remettre en question le modèle d’organisation de l’État appelé «austérité ou rigueur budgétaire» du gouvernement québécois. SVP quelqu’un peut-il mettre en contact notre gouvernement avec la personne qui a écrit ces lignes ci-dessous??? Pour qu’enfin cesse cet immense mensonge des politiques d’austérité qui vont équilibrer à jamais le budget de l’État et résoudre tous nos problèmes… en ouvrant plutôt de manière déguisée la privatisation des services sociaux…
Attachez vos tuques… :

«Aujourd’hui se décide ce que sera le monde en 2050 et se prépare ce qu’il sera en 2100. Selon la façon dont nous agirons, nos enfants et nos petits-enfants habiteront un monde vivable ou traverseront un enfer en nous haïssant. Pour leur laisser une planète fréquentable, il nous faut prendre la peine de penser l’avenir, de comprendre d’où il vient et comment agir sur lui. C’est possible : l’Histoire obéit à des lois qui permettent de la prévoir et de l’orienter.

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La situation est simple : les forces du marché prennent en main la planète. Ultime expression du triomphe de l’individualisme, cette marche triomphante de l’argent explique l’essentiel des plus récents soubresauts de l’Histoire : pour l’accélérer, pour la refuser, pour la maitriser.

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Si cette évolution va à son terme, l’argent en finira avec tout ce qui peut lui nuire, y compris les États, qu’il détruira peu à peu, même les États-Unis d’Amérique. Devenu la loi unique du monde, le marché formera ce que je nommerai l’hyperempire insaisissable et planétaire, créateur de richesses marchandes et d’aliénations nouvelles, de fortunes et de misère extrêmes; la nature y sera mise en coupe réglée; tout sera privé, y compris l’armée, la police et la justice. L’être humain sera alors harnaché de prothèses avant de devenir lui-même un artefact, vendu en série à des consommateurs devenant eux-mêmes artefacts. Puis, l’homme, désormais inutile à ses propres créations, disparaitra.

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Si l’humanité recule devant cet avenir et interrompt la globalisation par la violence avant même d’être libérée de ses aliénations antérieures, elle basculera dans une succession de barbaries régressives et de batailles dévastatrices, utilisant des armes aujourd’hui impensables, opposant États, groupements religieux, entités terroristes et pirates privés. Je nommerai cette guerre l’hyperconflit. Il pourrait aussi faire disparaitre l’humanité.

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Enfin, si la mondialisation peut-être contenue sans être refusée, si le marché peut-être circonscrit sans être aboli, si la démocratie peut devenir planétaire tout en restant concrète, si la domination d’un empire sur le monde peut cesser, alors s’ouvrira un nouvel infini de liberté, de responsabilité, de dignité, de dépassement, de respect de l’autre. C’est ce que je nommerai l’hyperdémocratie. Celle-ci conduira à l’installation d’un gouvernement mondial démocratique et d’un ensemble d’institutions locales et régionales. Elle permettra à chacun, par un emploi réinventé des fabuleuses potentialités des prochaines technologies, d’aller vers la gratuité et l’abondance, de profiter équitablement des bienfaits de l’imagination marchande, de préserver la liberté de ses propres excès comme de ses ennemis, de laisser aux générations à venir un environnement mieux protégé, de faire naitre, à partir de toutes les sagesses du monde, de nouvelles façons de vivre et de créer ensemble.

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On peut alors raconter l’histoire des cinquante prochaines années : avant 2035, prendra fin la domination de l’empire américain, provisoire comme celle de tous ces prédécesseurs; puis déferleront l’une après l’autre trois vagues d’avenir; hyperempire, hyperconflit, puis hyperdémocratie. Deux vagues a priori mortelles. Une troisième a priori impossible.

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Sans doute ces trois avenirs se mêleront-ils; ils s’imbriquent déjà. Je crois en la victoire, vers 2060 de l’hyperdémocratie, forme supérieure d’organisation de l’humanité, expression ultime du moteur de l’histoire : la liberté.» (1)

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Qui a bien pu écrire ces lignes en 2008 ? Un gauchiste barbu ? Un anarchiste visionnaire ? Un communiste déchu ? Un professeur créatif ? Un auteur de science-fiction ? Un (rare) syndicaliste original ?

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Laissez tomber vos préjugés.

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C’est un économiste philosophe, ingénieur et ex-conseiller gouvernemental français et des Nations-Unies, patron d’une entreprise de microfinancement et auteur : Jacques Attali.breve_histoire_avenir

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Je me suis permise de mettre en gras les passages que je trouvais important et un passage souligné que je trouve sous-développé dans son analyse. Si le monde sombre dans la violence de l’argent et des riches avant même d’être libéré de ses aliénations antérieures… Quelles aliénations ? Avons-nous regardé dans le cœur de l’homme et de la femme ? Dans leur sexualité harnachée, maitrisée ou pervertie ? Dans nos rapports de domination quotidiens et en particulier ceux entre hommes et femmes ? C’est là où, je crois humblement, sa pensée est encore insuffisamment développée… ou plutôt était insuffisamment développée. Car oh! surprise, je viens de voir sur son site la phrase d’intro (2) :

«Pour avoir droit à une étincelle d’éternité, il faut avoir aimé.» Puis, je regarde sa plus récente publication, dont le titre est, eh oui, «Devenir soi». Je le cite encore (décidément…) :

«Dans un monde aujourd’hui insupportable et qui, bientôt, le sera bien plus encore, il est temps pour chacun de se prendre en main, sans attendre indéfiniment des solutions miraculeuses. Il ne s’agit pas de résistance, ni de résilience. Mais de devenir soi.»

«Plus nombreux seront ceux qui ne se résigneront pas, plus profonde sera la démocratie, plus seront libérées des énergies, plus seront créées des richesses

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Bonne fête des travailleurs et des travailleuses, et meilleur… avenir!

1er mai 2015. 11 h 30 Policiers, manifestants et travailleurs réunis devant le chantier de construction du CHUM.Crédit photo: J. Nadeau

1er mai 2015, 11 h 30. Policiers, manifestants et travailleurs réunis devant le chantier de construction du CHUM.Crédit photo: J. Nadeau

1er mai 2015, 11 h. Réunis devant la tour de la Bourse, à Montréal, des travailleurs se joignent aux dizaines de milliers de leurs comparses qui ont manifesté partout au Québec au cours de cette journée. Crédit photo: J.Nadeau

1er mai 2015, 11 h. Réunis devant la tour de la Bourse, à Montréal, des travailleurs se joignent aux dizaines de milliers de leurs comparses qui ont manifesté partout au Québec au cours de cette journée. Crédit photo: J.Nadeau

1er mai 2015-3_9 h 30 12 mai 2015, 9h 30. Des centaines de manifestants se sont rassemblés au square Phillips, Montréal, pour protester contre les mesures d’austérité du gouvernement libéral. Crédit photo: Jacques Nadeau, Le Devoir

1er mai 2015, 9h 30. Des centaines de manifestants se sont rassemblés au square Phillips, Montréal, pour protester contre les mesures d’austérité du gouvernement libéral. Crédit photo: Jacques Nadeau, Le Devoir

1er mai 2015, 8 h. Au cégep du Vieux-Montréal, des professeurs tiennent un piquet de grève tout juste avant l’heure habituelle des cours. Crédit photo: J.Nadeau

1er mai 2015, 8 h. Au cégep du Vieux-Montréal, des professeurs tiennent un piquet de grève tout juste avant l’heure habituelle des cours. Crédit photo: J.Nadeau

Manif anti-austérité à Québec 1er mai 2015. Crédit photo: Mickaël Bergeron

Manif anti-austérité à Québec 1er mai 2015. Crédit photo_ Mickaël Bergeron

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(1) Tiré de l’avant-propos de la bande dessinée «Une brève histoire de l’avenir» de Pécau, Damien et Fernandez, éd. Delcourt, 2008.
Toutes ces idées sont également développées dans un livre au même titre «Une brève histoire de l’avenir», écrit par Attali, aux éditions Fayard, 2006. Un livre qui m’a empêché de dormir. Cœur sensible : évitez. Résumé sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Une_br%C3%A8ve_histoire_de_l%27avenir
(2) http://www.attali.com/

Liberté, de Paul Éluard

liberte eluard leger

Poème-objet dépliant de Fernand Léger avec le poème de Paul Éluard, éd. Sehgers, 1953

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J’écris ton nom

Sur les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

«Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Paul Éluard

Paul Éluard

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.»

Paul Éluard
in Poésies et vérités
Éd. de Minuit, 1942

Sources bibliographiques

Poésies et Vérité de Paul Éluard
Dictionnaire des grandes oeuvres de la littérature française, Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty (Éd. Larousse)

Un budget d'austérité_main rouge_crédit photo_Coalition du Québec et Chaudière-Appalaches opposée à la privatisation des services publics

Crédit photo: Coalition de Québec et Chaudière-Appalaches opposée à la privatisation des services publics, 2015

Pourquoi ce poème aujourd’hui ?

Tristes journées cette semaine pour la communication humaine, à vrai dire. Et avec tout ce qui se passe à l’Université du Québec à Montréal (UQAM)… La grève sociale d’une petite partie des étudiants qui a commencé depuis deux semaines, contre le budget d’austérité du gouvernement et contre les hydrocarbures (sables bitumineux, notamment). Il y a quand même eu 130 000 étudiants en grève au Québec au jour du 2 avril. Maintenant, c’est seulement 7% des étudiants qui sont restés en grève. (*1). À l’UQAM, la situation est encore plus polarisée, car à ces motifs de grève, s’ajoutent l’appui aux 9 militants étudiants menacés d’expulsion pour des motifs tout ce qu’il y a de plus nébuleux. Le débordement intempestif de l’occupation à l’UQAM, puis du saccage d’un étage d’un de ses pavillons cette semaine, c’est aussi cela. Rien de bon ne peut sortir de ce genre d’escalade.

UQAM saccage 3Je ne comprends pas comment on peut arriver (déjà) à une telle polarisation des opinions et des émotions dans l’opinion publique : 2 jours avant même ces événements, un sondage (sur Internet… donc avec grande marge d’erreur) indiquait que 66% des Québecois sont contre ce nouveau mouvement de grève et que 24% l’approuve. J’ai moi-même fait d’assez dures grèves étudiantes dans les années ’80 et 2000. Je me souviens qu’un étudiant en gestion m’avait littéralement passée sur le corps juste pour aller à son cours, alors que je bloquais des portes de l’UQAM. Une autre fois, alors que j’avais convaincu mon grand-oncle, l’agronome et écologiste Pierre Dansereau (2) de ne pas franchir les lignes de piquetage pour sa conférence et qu’il avait accepté, j’avais reçu des critiques très difficiles de la part du prof de mon département qui l’avait invité et cela avait fait le tour du département (et vlan pour la liberté de pensée).

Occupation d'un jour et demi et saccage à l'UQAM, 8-9 avril 2015

Occupation à l’UQAM, contre les politiques d’austérité et en appui aux étudiants menacés d’expulsion, suivi d’un saccage, 9 avril 2015

Si la génération étudiante des boomers des années ’60 et ’70  a vécu de nombreux affrontements dans les universités et avec la police (voir la note de bas de page *3 sur l’influence des mouvements marxistes),  pour les années ’80 à 2010 au Québec, il y a eu une relative accalmie dans les mouvements sociaux et étudiants (cela correspond aux années de scolarité post-secondaire de la génération x). Il n’y avait pas de blessés graves il n’y avait pas saccage il n’y avait pas de police qui entre à l’université pas d’anti-émeutes qui envoient du gaz à bout portant sur une manifestante pacifique dans le rues de Québec, il n’y avait pas de cagoulés il n’y avait pas de journalistes qui les comparent à des terroristes! Mais actuellement, le niveau général de violence de part et d’autre est banalisé : violence policière, violence de quelques grévistes, violence économique, et pas de réponse au numéro que vous avez composé; plus globalement, incivilités dans la rue, sur la Toile, entre amis, collègues, patrons, etc.

Je suis très inquiète. Les autorités attentent-elles d’avoir sur la conscience un mort ou d’autres blessés graves ou quoi ? «Autorité» qu’est-ce que cela veut dire ? «Supériorité de mérite ou de séduction qui impose l’obéissance, le respect, la confiance», nous dit le Robert. Vraiment? Quelle hauteur les autorités de l’UQAM et du gouvernement montrent-elles, enseignent-elles, inspirent-elles par leur fermeture répressive ? Quelle liberté d’action, de parole et de pensée, quel humanisme  reste-t-il dans une institution d’enseignement? Ou plutôt  aliénation : saccager ? Se cagouler ? S’imposer ? d’un côté // Réprimer ? S’imposer aussi ? Écraser ? Se penser supérieur ? Refuser la discussion ? Refuser la communication ? de l’autre côté. Quand il y a escalade, les deux côtés finissent par se ressembler, aveuglés par l’éclat du miroir rejeté de l’autre. Qui fera la médiation ? Où est la 3e voie/voix ? Où sont les (vraies) discussions ?

Néanmoins, il convient de se questionner sur l’identité des 150 étudiants qui sont restés à l’intérieur de l’UQAM pour continuer l’occupation pendant la nuit où il y a eu ce terrible saccage, car selon le  journaliste du Devoir qui était resté à l’intérieur P. Orfali (voir son article dans les références ci-dessous), beaucoup de manifestants avaient quitté, dégoûtés par l’attitude des casseurs qui n’avaient rien à voir, selon lui, avec les étudiants, lorsque l’antiémeute est entrée en cassant une fenêtre et a procédé à des arrestations.

uqam saccage syndicatQuelques heures avant que les choses ne dégénèrent, des profs courageux ont fait une chaine humaine pour protéger leurs étudiants de la police et ont mené une négociation temporaire. Pourront-ils jouer ce rôle encore ? Est-ce à eux de le faire ? Je ne le crois pas, car ils seront eux-mêmes en négociation pour leur convention collective. Alors qui ? Comment se fait-il que les autorités en place et le ministre de l’Éducation, F. Blais lui-même, ne jouent pas ce rôle qui leur est dévolu par leur fonction, ne serait-ce que trouver un interlocuteur valable et reconnu par les deux parties ?  En pensant aux étudiants menacés d’expulsion, le ministre avait quelques jours auparavant déclaré publiquement qu’il serait bien que les universités expulsent deux ou trois étudiants par jour!

Lors d’une entrevue accordée mardi à Dominic Maurais sur les ondes de CHOI 98,1 FM, de Québec, François Blais, tout en affirmant qu’il ne voulait pas mettre « de l’huile sur le feu », a déclaré qu’« expulser deux ou trois personnes par jour refroidirait les ardeurs de certains » et « ferait réfléchir les autres ».

 Mercredi, le ministre a tenté de nuancer ses propos. « Je n’ai pas proposé de quotas, surtout pas [de quotas] d’expulsions », a-t-il dit au sortir de la réunion du Conseil des ministres.

Informés des propos du ministre François Blais en pleine conférence de presse portant sur la brutalité policière et la répression politique du mouvement social, des porte-parole d’organisations présentes ont vivement réagi. « Franchement, ça dépasse l’entendement ! », a dit Nicole Filion, de la Ligue des droits et libertés.(3)

Comment un ministre peut-il ainsi et de manière aussi irresponsable jeter, justement, de l’huile sur le feu ? Quelle amorce de solution y a-t-il dans cette méthode de gestion de conflit ?? Je comprends qu’on (syndicats) aient demandé leur démission (ministre et recteur) devant leur incurie. C’est d’abord la responsabilité des autorités de gérer et organiser un retour au calme. S’ils ne le font pas, en gardant la ligne dure et la fermeture comme on l’a vu jusqu’à maintenant, on comprendra que soit ils ont un agenda politique sous-jacent, soit ils sont trop stressés pour prendre des décisions éclairées. Ils seront les premiers responsables (mais pas les seuls, cela va de soi, les leaders étudiants ont aussi leur responsabilité) de toute dégradation ultérieure de la situation.

Quelques centaines d'étudiants qui s'étaient barricadés à l'intérieur des murs de l'UQAM ont été expulsés par les policiers, dans la nuit du jeudi 9 avril 2015, au centre-ville de Montréal. De nombreux actes de vandalisme et de pillage ont été commis à l'intérieur de l'établissement. MAXIME DELAND/AGENCE QMI

L’antiémeute rentre à l’UQAM après l’occupation des étudiants, 9 avril 2015

Puis un 3e point de vue de traverse m’apparait, encore informulé et peu clair encore. Je pense à l’écrivain et médecin Jacques Ferron qui a écrit en pensant à son ami Claude Gavreau, le poète et auteur de théâtre automatiste (*4)  et inventeur d’un nouveau langage «l’exploréen» : «Et si la folie n’était qu’une révolte contre ce qui offense l’humanité ?». Je pense aussi au saccage des fonctionnaires municipaux l’automne dernier à l’Hôtel de Ville de Montréal, suite à la manipulation comptable de leurs fonds de retraite proposée (imposée) dans la négociation collective : cela avait fait scandale, mais pas autant que le geste des grévistes de l’UQAM cette semaine… Peut-être le saccage n’avait-il pas la même ampleur, mais je me souviens pourtant que des ordinateurs ont été vandalisés notamment, par les fonctionnaires, pompiers et autres et toléré par les policiers (eux-mêmes visés par ces clauses pour leur retraite).

Et dans l’histoire, comme dans «Je me souviens» (devise du Québec) ? Comme à l’Université Concordia (Montréal) dans les années ’60 ou ’70, pendant une grève où les étudiants avaient jeté des machines par les fenêtres (là où elles s’ouvrent…), ou des manifestations violentes des étudiants de McGill français de 1968, mouvement qui avait donné naissance, notamment, à l’université «populaire» appelée… UQAM, on l’a oublié… (5). Se souvient-on de l’occupation de l’université de Berkeley en Californie dans les années ’60 qui avait duré entre 2 mois et 6 mois (? je n’arrive pas à vérifier) (6). En 2013, cette université qui a, comme l’UQAM, une longue tradition d’activisme, il y a eu de la casse aussi (7). Dans tous les cas, il y a eu de la casse des étudiants en colère.

Bref, en revenant aux événements de l’UQAM, et en les remettant dans leur contexte, on voit clairement que les journalistes professionnels n’ont pas fait leur travail de mise en perspective et que la plupart des médias s’est centré, comme d’habitude, sur la sensation de 5 ou 6 étudiants habillés en tout en noir… Les étudiants pourraient faire une plainte à la Fédération des journalistes, mais ils n’ont probablement le temps pour ce genre de chose.

Actuellement, les étudiants de l’Université d’Amsterdam fondent le «mouvement Nieuwe Universiteit». Ils en ont ras-le-bol de la commercialisation des universités, du néolibéralisme et des nouvelles de transfert de bourses en prêts de leur université (histoire connue partout dans le monde…)(8). Ils l’occupent depuis plusieurs semaines (début : 13 et 25  février, dans deux bâtiments : ils ont connu une forte répression policière, puis ensuite, ils sont partis occuper un autre bâtiment le 25-02, qu’ils occupent depuis lors sans matraques, mais avec des conférences et discussions -à la manière du mouvement Occupy- et grâce à de nombreux appuis d’intellectuels et d’écrivains. Les étudiants d’Amsterdam dénoncent également le manque de démocratie et de transparence universitaire…Un air (trop) connu… Presqu’en même temps (18 mars 2015), la London School of Economics est occupée par ses étudiants (eh oui, n’en déplaisent aux étudiants en gestion de l’UQAM…). Il y a eu aussi de courtes manifestations aux Universités de York et de Toronto, là où les étudiants sont d’ordinaire peu enclins à ce genre de démonstration. Cette actuelle mobilisation inspirera-t-elle d’autres universités ?

Emmeline Pankhurst, arrested,

Emmeline Pankhurst, arrested, 1914

Où encore, je pense aux suffragettes anglaises, pourtant pour la plupart des bourgeoises de «bonnes familles», comme on disait à l’époque, qui, à bout d’arguments raisonnables et par manque de couverture médiatique et manque d’appuis des députés élus, avaient choisi… eh oui la violence pour faire reconnaitre le droit de vote aux femmes. On se souvient du geste d’Emmeline Pankhurst qui s’était enchainée aux barreaux du parlement de Londres, provoqué des incendies, et autres méfaits qui lui ont valu de la prison. Mais on se souvient pas de la suffragette qui s’était volontairement jetée devant les chevaux pendant une course et qui en était morte pour la cause! Ou encore, au Québec, qui se souvient de la jeune poétesse Huguette Gaulin qui s’est immolée par le feu devant l’Hôtel de Ville à Montréal en 1972, en criant «Vous avez tué la beauté du monde!»? (9)

Bref, y a-t-il dans le jugement des médias, du peuple et des autorités, deux poids, deux mesures ? Au Québec, on a une allergie puissante aux actions violentes, avec raison, je crois… mais, il y a toujours un «mais» (nous avons eu des débats interminables sur cette question à Occupons Montréal : au regard de l’histoire, impossible de trancher définitivement), il y a toujours des exceptions et leurs pendants, des lois d’exception, comme la loi des mesures de guerre qui avait permis au Québec d’arrêter sans mandat environ 300 personnes supposément liées au FLQ (Front de Libération du Québec) lors d’une triste nuit d’octobre de 1970. Le meurtre/accident du ministre Laporte avait aussi tué le préjugé favorable du peuple au FLQ . Cette violence extrême avait considérablement nuit au mouvement révolutionnaire indépendantiste et communiste du FLQ.

Néanmoins, force est de constater que ces actions violentes font partie de l’histoire des mouvements sociaux de toutes les époques… que ça nous plaise ou non : c’est un fait de l’histoire.

Refusons de jouer aux aveugles et de tomber dans des jugements faciles! Dans tous les cas, c’est d’abord aux autorités de… donner l’exemple! Comme l’a bien écrit le philosophe et ex-conseiller gouvernemental Jacques Attali, au sujet d’un événement infiniment plus grave, après les assassinats à Charlie Hebdo de janvier dernier : «c’est à nous de tendre la main aux plus démunis, aux plus désorientés, aux plus agressifs. À nous de débattre, d’aider de soutenir. Sans rien attendre des politiques. À nous d’être fraternels.» (10). Ici, aux autorités de faire ce qu’il faut. À nous, de se poser les bonnes questions et de modifier la vision par des discussions incessantes, aller de l’avant. Il est plus facile de s’indigner que de se réconcilier.

En somme, les relations humaines, aussi personnelles que sociétales sont mises à mal. On se considère mutuellement avec peu d’égard et peu de courage, au mieux comme de la marchandise jetable, au pire comme des non-humains. Quelle «liberté» de se traiter ainsi entre personnes humaines ? J’ai comme un petit blues de nausée, on dirait…

La suite bientôt, avec un regard-synthèse sur l’éthique de l’action selon Malraux, Saint-Exupéry, Camus, Sartre et Miron, ce nouvel humanisme du XXe siècle mettant de l’avant la responsabilité de ses actes, le dépassement de soi par l’engagement social et politique pour transcender sa détresse de vivre… histoire de se donner un peu de hauteur de vue dans ce magma imbuvable de la Nausée de cette escalade des derniers mois. La nonviolence est un état d’être (11).

En conclusion, comme un baume, ma chanson préférée de Richard Desjardins, «Nous aurons», en version originale et en version live :

https://www.youtube.com/watch?v=mCA7SE-0HLQ

https://www.youtube.com/watch?v=Zw4VrCfqVz0

VOIR LES DÉTAILS DES NOUVELLES :

http://quebec.huffingtonpost.ca/steve-e-fortin/uqam-intervention-police_b_7032770.html

http://www.ledevoir.com/societe/education/436818/crise-a-l-uqam-les-appuis-aux-expulses-se-multiplient

http://www.ledevoir.com/societe/education/436734/greve-etudiante-derapage-majeur-a-l-uqam?utm_source=infolettre-2015-04-09&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/436622/le-premier-ministre-couillard-rejette-tout-dialogue-avec-les-etudiants

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/436957/sondage-leger-le-devoir-les-quebecois-condamnent-la-greve-etudiante

http://journalmetro.com/actualites/montreal/754901/la-ligue-des-droits-et-libertes-deplore-la-crise-a-luqam/

http://journalmetro.com/actualites/montreal/755129/le-syndicat-des-profs-de-luqam-souhaite-un-dialogue/

https://ricochet.media/fr/371/les-policiers-ne-vivent-pas-dans-un-bocal

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(1) En 2005, plus de 100 000 étudiants québécois étaient en grève, en 2012, 300 000.

(2) Pendant cette confrontation et humiliation de ce professeur, Gilles Coutley (qui ne s’est jamais excusé), alors maitre à penser de l’écologie de l’esprit à la Bateson dans mon département, mon grand-oncle était resté silencieux et ne m’avait pas défendue. Il y avait eu un froid entre Pierre et moi pendant de longs mois. Nous nous sommes réconciliés le jour où j’étais allée le voir pour un projet d’écopoésie, car ma grande tante, son épouse Françoise Masson, m’avait rapporté que Pierre venait de lui dire que les leaders étudiants d’aujourd’hui, comme à son époque à l’UdM, seront les décideurs de demain. Tous les deux sont récemment décédés à l’âge de 99 ans d’Alzheimer et sont, comme vous pouvez l’imaginer, à la fois une grande perte pour la société et pour notre famille.

(3) http://www.ledevoir.com/politique/quebec/436216/greve-etudiante-francois-blais-veut-des-sanctions

(4) Claude Gauvreau et son frère Pierre étaient parmi les signataires du Manifeste du Refus global, brûlot socioartistique publié en 1948 et dénonçant, notamment, à la fois la société dirigée par le clergé et les mouvements d’extrême gauche et mettant de l’avant une nouvelle esthétique de la création appelée plus tard «automatisme», qui se différenciera du surréalisme européen et de l’action painting américain. L’auteur de ce manifeste, le peintre Paul-Émile Borduas sera congédié par le 1er ministre du Québec lui-même, M. Duplessis, de son poste d’enseignant à l’École du meuble de Montréal. Jamais je n’aurai cru cette «Grande noirceur» revenir de mon vivant, avec un ministre de l’Éducation qui déclare qu’il faudrait expulser des universités quelques étudiants ouvertement opposants à son pouvoir et politiquement perturbateurs. Et encore plus perturbant qu’une telle déclaration n’ai pas fait davantage scandale. Au cas où quelqu’un débarque sur la planète Québec inc., c’est le micro-signe imparable de la crise dans laquelle nous sommes entrés depuis quelques années. Heureusement, il y a en même temps plein de micro-mouvements de solidarité et de créativité sociale qui se développent lentement mais sûrement.

(5) http://www.bulletinhistoirepolitique.org/le-bulletin/numeros-precedents/volume-16-numero-2/l%E2%80%99operation-mcgill-francais-une-page-meconnue-de-l%E2%80%99histoire-de-la-gauche-nationaliste/ et  http://quebec.huffingtonpost.ca/david-sanschagrin/violence-a-luqam-rappel-historique-et-mise-en-contexte_b_6745512.html

http://en.wikipedia.org/wiki/Berkeley_riots_%281960s%29

(6) http://www.bulletinhistoirepolitique.org/le-bulletin/numeros-precedents/volume-16-numero-2/l%E2%80%99operation-mcgill-francais-une-page-meconnue-de-l%E2%80%99histoire-de-la-gauche-nationaliste/

(7) http://archive.dailycal.org/article.php?id=108452 . De nombreuses autres manifestations violentes ou émeutes universitaires ont eu lieu, notamment aux États-Unis, voir http://ca.complex.com/pop-culture/2013/01/biggest-college-campus-riots-in-history/ohio-state-fans-rush-field-streets-following-footb dont certaines ressemblent davantage à des après-fêtes violentes du genre de certains après-matchs de hockey pendant les éliminatoires…

(8) http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article7408

http://resistances.discutforum.com/t2168-usa-des-universites-publiques-fragilisees-par-la-crise

et http://www.cafebabel.fr/article/au-coeur-de-loccupation-etudiante-a-amsterdam.html

Voir aussi leur page de discussion «Antithese» sur fb https://www.facebook.com/antithese.zine

En 2010, près de 70 universités étaient occupées dans le monde pour ces mes mêmes raisons, dans le mouvement étudiant «education is not for sale» : http://www.fabula.org/actualites/education-is-not-for-sale-bildungsstreik-maj-02-05-10_34551.php

(9) Tragédie devenue une belle chanson de Plamondon, chantée d’abord par Renée Claude, puis par Diane Dufresne https://www.youtube.com/watch?v=yfuCMGZcHtw&list=RDyfuCMGZcHtw#t=24 . Puis, plus récemment, par Isabelle Boulay https://www.youtube.com/watch?v=5qXcrNYQJ8c&list=RDyfuCMGZcHtw&index=4

(10) Collectif, « Nous sommes Charlie », éd. Le Livre de poche, librairie générale de France. 2015.

(11) Voir le CRNV et Normand Beaudet au http://nonviolence.ca/index.php/le-centre/

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11 avril

Un ami, à qui je viens de parler de mon article, me parle de celui de Christian Nadeau, prof à l’UdM dans la revue Ricochet, comme un écho. Je le trouve aussi cité dans les commentaires au journal Le Devoir d’aujourd’hui, qui fait aussi une réflexion sur l’incivilité, les problèmes des communications humaines dans l’espace public et virtuel, appelé : impolitesse, avec notamment la vision claire du chroniqueur David Desjardins, à lire absolument.

Voir https://ricochet.media/fr/392/brutalite-mediatique-brutalite-policiere-et-populisme-les-armes-incontrolables-dune-elite-economique et http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/436924/declaration-de-guerre-a-l-ordre

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De mes archives, 1999

 IMG_20150214_0001À la fin des années ’90, le nombre d’immigrants commençait à être visible à Montréal et nous commencions à comprendre qu’un jour, leurs enfants seraient majoritaires à Montréal. On commençait à réaliser la richesse de leur apport; c’est le point de vue (aujourd’hui devenu une habitude, voire un cliché) que je défendais à l’époque, en faisant connaitre un peu leur travail, leur questionnement et surtout leurs difficultés. J’y affirmais, entre autres, qu’au début du 21e siècle, ce serait les artistes migrants qui renouvelleraient les arts à cause de leur expérience unique en si grand nombre dans l’histoire humaine. Je pensais que les questions identitaires deviendraient au centre des discussions. Je ne me suis pas trop trompée… Néanmoins, en conclusion, par discipline journalistique, je me méfiais de moi-même, de mon si grand enthousiasme et de mes lunettes (peut-être) roses; j’émettais en filigrane des doutes sur l’unique positivité de l’immigration.

Depuis j’ai travaillé et enseigné la langue aux immigrants adultes. J’ai appris à les connaitre. Depuis les premières avancées de l’interculturalisme au Québec, après la Commission sur les accommodements raisonnables de Bouchard-Taylor, après la Charte avortée sur la laïcité, les valeurs québécoises et le voile des musulmanes (voir ma série d’articles sur ce sujet) et après les multiples événements de radicalisme, intégrisme ou terrorisme issu principalement d’une fange imbuvable et dangereuse de l’islam, on est maintenant collectivement mûr pour se poser ces questions : à quel moment une société cesse-t-elle d’être capable d’intégrer correctement ses immigrants ? Quels sont les facteurs psychosociaux du risque de nous faire tomber dans un repli identitaire, un nationalisme de droite, voire des violences ethniques, religieuses ou antidémocratiques (comme celle de Charlie Hebdo et autres -voir ma série d’articles sur ce sujet) ? Voilà les délicates questions que la gauche hésite encore à poser. En 1995, j’ai écrit un récit-conte poétique qui se passait dans un avenir rapproché (donc plus ou moins en ce moment…) où je plaçais le décor social de mon héroïne Amanda, dans une post-4e guerre mondiale, urbaine et larvée par des… terroristes qui font sauter des églises et où on apprend un grand scandale opéré sur des « câbles optiques » (la technologie des fibres optiques pour le câble télé commençait à peine à l’époque) devant les tribunaux militaires. Vous pouvez trouver un extrait de ce récit sur mon blogue au https://evemarieblog.wordpress.com/2013/12/26/refusons-la-societe-de-surveillance-et-vive-edward-snowden/ Voici donc rétrospectivement  l’intégrale de cette recherche sur l’intégration des artistes émigrés que j’avais réalisée en 1999, pour le compte de le revue d’art Esse Arts + Opinions à Montréal.

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Auteure : Ève Langevin, Esse arts + opinions, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Art, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999 (suite de l’article plus haut, p. 41)

Auteure : Ève Langevin, Esse Art, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Art, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Art, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

Auteure : Ève Langevin, revue Esse Arts + Opinions, 1999

Auteure : Ève Langevin, revue Esse Arts + Opinions, 1999

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