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Grande mosquée de Québec, au matin du 30 janvier 2017. Crédit photo : Le Devoir, Jacques Nadeau

Je prépare un billet sur les sentiments d’exclusion, d’injustice et d’oppression, qui sont, je crois, les sentiments les plus à vifs pour de larges pans de population, de minorités et d’individus en ce début du 21e siècle. Le choc de l’attentat de Québec le 29 janvier dernier, où des musulmans ont été tués par un tireur «fou», alors qu’il se trouvaient dans une Mosquée à Québec, soulève de nombreuses questions et appelle des actions nouvelles. Je suis allée aux funérailles de Montréal et j’aimerais plus tard trouver les mots pour vous en parler. J’envoie à nouveau mes condoléances aux familles éprouvées.

Mais avant, j’aimerais vous faire connaitre le regard croisé d’une militante bien connue de la culture sourde, ma cousine Julie Elaine Roy, qui s’exprime ici éloquemment au sujet de cet attentat et plus largement, au sujet de toute situation d’intolérance et de nos responsabilités.

***

Samedi 4 février 2017

Chère sœur,

Ce que j’ai ressenti lors des évènements du dimanche 29 janvier 2017 a suscité en moi de la grande tristesse vis-à-vis la communauté musulmane.

Cela m’a fait revivre toute l’intolérance face aux personnes « non conformes » à la majorité de la société.

Je suis une personne devenue sourde suite à une complication lors de ma naissance en 1948.

Je fus éduquée à l’Institution des Sourdes-Muettes de Montréal de 1955 à 1964. J’ai poursuivi mes études grâce à des cours privés en français et en anglais dans le but d’aller à l’université de Gallaudet (Washington D.C.),  seul établissement universitaire pour les étudiants sourds communiquant en langue des signes américaine. Diplômée de celle-ci, j’ai été professeure  d’élèves sourds à l’école Lucien-Pagé et conseillère pédagogique au cégep du Vieux-Montréal auprès d’élèves sourds et malentendants en leur prodiguant différents services adaptés à leurs besoins. Je suis présentement à la retraite depuis 10 ans.

Donc, forte de mon expérience et de mon vécu, je vais vous raconter tout ce que peuvent susciter des paroles blessantes chez un enfant.

Je me souviens à l’Institution, lors des leçons de catéchisme le professeur nous disait que la religion catholique était la meilleure au monde. J’avais peut-être 10-11 ans. Déjà à ce moment-là, j’éprouvais de la tristesse pour les autres humains de la terre qui n’en faisaient pas partie.

À cette époque-là, j’ai même dit à une élève qu’elle irait en enfer si elle n’allait pas à la messe plus souvent dans la semaine. Cette dernière a rapporté mes paroles au professeur. En me reprochant déjà ma bévue, j’allais répliquer : «  Oui, mais…), sauf qu’elle m’a giflée tout de suite avant que je ne finisse ma phrase qui aurait été celle-ci. « C’est vous qui me l’avez enseigné ». C’est vrai que ces dires ne devraient pas être prononcés, j’en suis consciente. Cette leçon me fut bénéfique lorsqu’à mon tour je suis devenue enseignante, 15 ans plus tard.

Nous professeurs, avons beaucoup de pouvoir face à une classe d’élèves. Nous avons la grande responsabilité de transmettre notre savoir. J’ai toujours respecté leurs réflexions. Étant moi-même sourde, j’ai eu durant des années à subir des préjugés selon lesquels les Sourds ne comprennent que le concret et pas l’abstrait. Heureusement, il y a longtemps que j’ai entendu cette ineptie.

J’ai toujours été à leur écoute et je corrigeais parfois leurs raisonnements incongrus tout en faisant bien attention à mes propos.

Au début de ma carrière à l’école Lucien-Pagé, les élèves des classes du secteur sourd nouvellement intégrés lors des récréations, des diners à la cafétéria et des participations aux activités de loisirs m’ont dit que les entendants étaient méchants. Je leur ai répondu que leurs parents l’étaient sans doute aussi, car 90% des enfants sourds ont des parents entendants. Cela les a fait réfléchir. C’est normal parce que c’est juste de l’ignorance.

Souvent dans mon enseignement, j’ai fait de la sensibilisation à la culture sourde et à la langue des signes québécoise (LSQ). Quelquefois mes élèves me contestaient. Je trouvais cela légitime, car j’ai toujours prôné le respect vis-à-vis de l’intelligence de ces enfants. À la longue, ils finiraient par comprendre et c’est le cas. Ils sont devenus les défenseurs de cette langue.

Tout au cours de ma vie, j’ai dû faire face à des propos racistes de la part de mes proches, selon le contexte de chacun. Depuis ma tendre enfance, j’ai toujours ressenti un malaise que je ne pouvais pas m’expliquer et que je n’ai compris que plus tard. Je n’étais pas l’une des leurs. Cette exclusion s’applique dans les domaines tels que la religion, la race, le sexe, le handicap, etc. Si nous continuons à pointer les différences qui ne nous conviennent pas, on fera le vide autour de nous et nous nous retrouverons seuls.

Suite à l’évènement du 29 janvier dernier, j’ai regardé à la télévision les deux cérémonies religieuses dédiées aux défunts. J’ai aimé les discours des deux premiers ministres, ceux des deux maires et surtout ceux des imams ou des personnalités de la communauté musulmane. Ces derniers nous ont rappelé ce qu’est la vraie religion musulmane. Ce que je savais déjà.

Là où je veux en venir est ceci : « Il est de notre devoir de faire attention à nos paroles et là je pense à Loïc mon petit-neveu de trois ans qui entend tout et qui commence à raisonner subtilement. J’aimerais que, comme adulte, lui donner l’exemple du respect dans la façon de communiquer.

 

Voilà ma chère sœur ce que je voulais dire.

 

Excuse les fautes de syntaxe ou coquilles dans le texte. L’important est de dire exactement ce que je ressens.

 

Julie Elaine Roy

 

De mes archives, 1999

 IMG_20150214_0001À la fin des années ’90, le nombre d’immigrants commençait à être visible à Montréal et nous commencions à comprendre qu’un jour, leurs enfants seraient majoritaires à Montréal. On commençait à réaliser la richesse de leur apport; c’est le point de vue (aujourd’hui devenu une habitude, voire un cliché) que je défendais à l’époque, en faisant connaitre un peu leur travail, leur questionnement et surtout leurs difficultés. J’y affirmais, entre autres, qu’au début du 21e siècle, ce serait les artistes migrants qui renouvelleraient les arts à cause de leur expérience unique en si grand nombre dans l’histoire humaine. Je pensais que les questions identitaires deviendraient au centre des discussions. Je ne me suis pas trop trompée… Néanmoins, en conclusion, par discipline journalistique, je me méfiais de moi-même, de mon si grand enthousiasme et de mes lunettes (peut-être) roses; j’émettais en filigrane des doutes sur l’unique positivité de l’immigration.

Depuis j’ai travaillé et enseigné la langue aux immigrants adultes. J’ai appris à les connaitre. Depuis les premières avancées de l’interculturalisme au Québec, après la Commission sur les accommodements raisonnables de Bouchard-Taylor, après la Charte avortée sur la laïcité, les valeurs québécoises et le voile des musulmanes (voir ma série d’articles sur ce sujet) et après les multiples événements de radicalisme, intégrisme ou terrorisme issu principalement d’une fange imbuvable et dangereuse de l’islam, on est maintenant collectivement mûr pour se poser ces questions : à quel moment une société cesse-t-elle d’être capable d’intégrer correctement ses immigrants ? Quels sont les facteurs psychosociaux du risque de nous faire tomber dans un repli identitaire, un nationalisme de droite, voire des violences ethniques, religieuses ou antidémocratiques (comme celle de Charlie Hebdo et autres -voir ma série d’articles sur ce sujet) ? Voilà les délicates questions que la gauche hésite encore à poser. En 1995, j’ai écrit un récit-conte poétique qui se passait dans un avenir rapproché (donc plus ou moins en ce moment…) où je plaçais le décor social de mon héroïne Amanda, dans une post-4e guerre mondiale, urbaine et larvée par des… terroristes qui font sauter des églises et où on apprend un grand scandale opéré sur des « câbles optiques » (la technologie des fibres optiques pour le câble télé commençait à peine à l’époque) devant les tribunaux militaires. Vous pouvez trouver un extrait de ce récit sur mon blogue au https://evemarieblog.wordpress.com/2013/12/26/refusons-la-societe-de-surveillance-et-vive-edward-snowden/ Voici donc rétrospectivement  l’intégrale de cette recherche sur l’intégration des artistes émigrés que j’avais réalisée en 1999, pour le compte de le revue d’art Esse Arts + Opinions à Montréal.

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Auteure : Ève Langevin, Esse arts + opinions, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Art, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Art, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Art, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Art, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Art, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Art, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Art, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Art, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Art, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999 (suite de l’article plus haut, p. 41)

Auteure : Ève Langevin, Esse Art, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Art, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Art, 1999

Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

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Auteure : Ève Langevin, Esse Arts, 1999

Auteure : Ève Langevin, revue Esse Arts + Opinions, 1999

Auteure : Ève Langevin, revue Esse Arts + Opinions, 1999

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