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« Plus que toute autre forme d’aliénation, je pourrais en dire ce qu’Angelo Rinaldi fait remarquer de la pauvreté : ‘Elle sépare à jamais de ceux qui ne l’ont pas subie, quelle qu’en soit la suite.’ Aliénation : traduction de Entfremdung, Hegel : dépossession. Ne plus s’appartenir. Devenir étranger à soi-même. En ces années auxquelles je fais allusion, je ne savais plus reconnaitre dans les signes de ma langue la présence incrustée, voilée ou éclatante, d’une autre langue : ses calques, ses syntagmes, sa sémantique. »

Gaston Miron, « L’Homme rapaillé »

 

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source : Info Suroit

On s’est beaucoup penché sur les différences ces dernières années.

Maintenant, le temps semble être venu de davantage ressentir, exprimer et réfléchir notre socle commun, nos ressemblances sur lesquels construire notre territoire, notre nation, notre culture, notre mode de vie, notre vision du monde. Et le faire dans notre langue commune, le français. On pourrait regarder du côté de la condition humaine aussi… mais à ce compte toutes les frontières tomberaient aussi…

Puis viendra un autre temps où on pourra regarder en face à la fois nos différences et nos ressemblances, fondement, à mon avis, d’une véritable identité collective et d’une véritable vie démocratique.

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Dans une lettre publiée aujourd’hui dans le journal Le Devoir « Aller de l’avant et ne laisser personne derrière » (1), les porte-parole du parti politique Québec Solidaire parlent d’un devoir d’exemplarité dans un « examen de conscience » des forces indépendantistes. Cette affirmation me laisse dubitative… Le récent échec de la convergence indépendantiste des différents partis et mouvements souverainistes ne me semble pas être spécialement exemplaire, même si je suis bien consciente que les médias ne peuvent que rapporter partiellement les fondements d’une nouvelle.

Si je venais d’un autre pays ou d’une autre province, je me dirais : mais comment ces Québécois peuvent-ils prétendre vouloir faire un pays alors qu’ils ne peuvent même pas se mettre d’accord sur une base de discussion ? Je crois que les forces indépendantistes sont conviées à un devoir d’alliances… eh oui à « faire mieux », comme les porte-parole de Québec solidaire le disent si bien.

Par ailleurs, nous manquons de données probantes pour analyser et comprendre l’évolution du vote allophone depuis le dernier référendum de 1995. Je lis dans les journaux des chiffres contradictoires. Aujourd’hui, on dit que « 68 à 80 % du vote non francophone » irait vraisemblablement au Parti libéral fédéraliste et anti-indépendantiste, mais il me semble avoir déjà lu que le vote de la jeune 2e génération issue de l’immigration se répartissait à peu près comme l’ensemble des Québécois quant à son allégeance indépendantiste ou fédéraliste. Les médias, les firmes de sondage et la recherche universitaire pourraient-ils mieux nous éclairer sur ces questions ? Cela aiderait à appuyer nos opinions et nos actions.

Enfin, je partage avec le parti de Québec Solidaire la vision idéale d’un rejet de politiques tablant sur la peur… Mais c’est, à mon avis, la faiblesse de la gauche de tout temps d’être enfermée dans un idéal et de ne pas vraiment comprendre profondément que, par exemple, des gens ont vraiment peur ! Il y a une sorte de déni de réalité qui a probablement fait la faiblesse des formations de gauche… et la force des groupes d’extrêmes.

«L’étau se resserre / Et lance un cri de détresse / Vers les cœurs de pierre / […] J’ai le mal du pays / […] J’ai mal à ma mère aussi/ L’étau se resserre / J’ai mal à mon frère aussi / L’étau se resserre / J’ai mal à ma sœur aussi / L’étau se resserre / J’ai peur et mon père aussi.» (2)

Louis-Jean Cormier « Un refrain trop long »

 

Finalement, j’aimerais faire un clin d’œil à l’auteur-compositeur et chanteur Claude Dubois qui a chanté sa chanson (un vrai classique !) hier, lors du spectacle de la fête nationale :

«Comme un million de gens
Qui pourraient se rassembler
Pour être beaucoup moins exploités
Et beaucoup plus communiquer,
Se distinguer,
Se raisonner,
S’émanciper,
Se libérer,
S’administrer,
Se décaver,
S’équilibrer,
S’évaporer,
S’évoluer,
Se posséder

Mais autour d’eux, y avait plus petit et plus grand
Des hommes semblables en dedans. »

Claude Dubois «Comme un million de gens»

Bonne Saint-Jean ! (3)

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  1. http://www.ledevoir.com/politique/quebec/502017/aller-de-l-avant-et-ne-laisser-personne-derriere . Par ailleurs, leur titre Allons de l’avant est aussi le slogan du mouvement Occupons Montréal (Occupy)… mais ce n’est sans doute qu’un hasard.
  2. L’auteur-compositeur et chanteur Louis-Jean Cormier fait aussi référence au désastre écologique dans cette chanson… qui sera un enjeu puissant du débat-crise fédéraliste-indépendantiste, notamment en ce qui concerne le passage d’oléoducs sur le territoire québécois qui pourraient polluer le fleuve Saint-Laurent pendant des générations en cas d’accident. En effet, les deux Partis libéral du Canada et du Québec sont en accord avec le passage de l’oléoduc Énergie Est sur le territoire canadien et québécois. Et… notre Saint-Laurent d’amour vient d’être déclaré par le Parti Libéral du Québec le « premier lieu historique » du Québec !
  3. Pour mes lecteurs étrangers, sachez que la Saint-Jean est le nom traditionnel de la Fête nationale du Québec, le 24 juin.
Crédit photo : Ève Marie 2011

Crédit photo : Ève Marie 2011

Vite il faut que j’écrive ce texte avant de revenir à la « normale ». Ce sera difficile de communiquer avec vous (de me faire bien comprendre), précisément pour cette raison. Dans un état normal, on oublie profondément la vérité spirituelle du corps et de ses émotions véritables.

Quelqu’un comme moi qui va vous parler de ça vous semblera au mieux trop différente de vous, voire déconnectée, au pire carrément folle ou n’importe quelle raison (rationnelle)  pour vous faire croire à la partie de vous-même qui dirige que je suis dans le tort, au moins un peu. Et il y aura aussi sans doute quelques personnes, plus rares, qui diront avoir déjà vécu ce que je vais décrire.

Même moi qui me relirai dans quelques jours trouverai que j’exagère…

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Effet de noir. Crédit photo : Ève Marie 2011

Alors, mise en garde faite, lisez ce texte la nuit, entre deux rêves, au moment précieux où la simple vérité émerge parfois, où vous vous souvenez peut-être que vous êtes le plus ou le mieux relié à votre être. Si vous n’avez jamais vécu cette expérience, je m’inquiète pour vous. Vous êtes déjà peut-être juste devenu une bonne machine à produire et vous perdez votre temps à lire ce stupide texte…

Pour les autres, il y a de l’espoir. Alors suivez mon histoire, banale et étrange à la fois.

Je relève d’une pneumonie qui m’a gardée plus de deux semaines à la maison. La dernière fois que j’ai eu ça, j’avais 6 ou 7 ans. Ça cogne. Je me suis donc considérablement affaiblie avant d’aller chez le médecin et sans m’en rendre compte, mes perceptions ont changé.

J’ai beaucoup écouté la radio et la télévision, Radio-Canada (le média d’État au Canada) et dernièrement une radio privée COGECO 98,5FM (Arcand). J’ai redécouvert la télé que je regarde très peu depuis quelques années, à part un ou deux téléromans comme 30 vies (vie dans dans une école secondaire). Pendant cette maladie, j’ai suivi Les Pays d’en haut (sorte de faux western imitant la vie des colons Canadiens-français de la fin du XIXe s.), Ruptures (histoires d’avocats), un vieil épisode d’Unité 9 sur Internet (vie des femmes en prison), Tout le monde en parle (talk-show), Virtuose (Grégory Charles et ses jeunes talents de musique), des bouts des Enfants de la télé (talk-show avec des vedettes), Les pêcheurs (histoire de gars au chalet, vedettes de l’humour), des bouts aussi de Prière de ne pas apporter de fleurs (talk-show pour rendre supposément hommage à un ami artiste). À la radio, j’ai écouté Gravel le Matin (émission réveil-matin), Médium large (entrevues diverses), La sphère (TIC) et surtout les trois spectacles supposés comiques de la fin de semaine pour me divertir, À la semaine prochaine et La soirée est encore jeune. Et sans parler des pubs…

Et je n’en suis pas revenue ! J’étais devenue comme une extra-terrestre de ce monde, c’est comme si je débarquais d’une autre planète pour les émissions de fiction et d’humour. Comme le monde a changé. C’est clairement une autre génération qui écrit. MA génération. Y’a eu comme un passage que j’avais raté jusqu’à maintenant. Mais, c’est beaucoup plus que cela.

Comme le monde a changé ! Mais quoi ? demandez-vous… elle va-t-y accoucher ?

Eh bien, dans l’état d’hypersensibilité où je me trouvais, en particulier lorsque la toux a commencé, chaque phrase humiliante, méchante, ‘impathique’(non empathique extrême), chaque ironie, idée à l’envers, sarcasme, fausse gentillesse remplie de sous-entendus dont on n’est pas certain exactement, bref chacune de ces sentences entendues ou chaque mini-pensée négative déclenchaient chez moi un micro-malaise interne qui déclenchait à son tour une quinte de toux (je ne me suis pas rendu compte du phénomène tout de suite, je vous le redis ma conscience était altérée). Jamais encore je n’ai constaté à quel point toutes ces sales choses influencent en profondeur ma psyché et de là, mon corps (à moins que ce ne soit l’inverse, mais peu importe). Ou, au contraire, chaque petit bonheur, comme ces jeunes qui jouent de la musique, faisait couler quelques larmes de joie. Jamais je n’avais constaté si évidemment la relation entre le corps et l’esprit…

«La maladie abat de son côté bien des certitudes, la mort ne s’accommode d’aucune vérité qui se veut plus grande qu’elle, elle ramène tout à zéro.» Boualem Sansal, 2084

Surtout, je réagissais intensément à la moindre vibration négative, ciel noir ou gris me tombait sur la tête ou plutôt sur le cœur, mais je n’ai pas eu de nausée, juste le besoin de cracher, d’expurger, de sortir quelque chose, le méchant peut-être. IL faut dire que les médias ne sont pas les seules responsables de ma réaction. J’ai eu dernièrement des déceptions amicales très très sérieuses qui m’ont rendue malade.

Surtout, ce qui m’a frappé, c’est de voir et entendre combien le « bitchage » est devenu la norme dans les communications des émissions à la mode, façon de dévaloriser le plus possible les autres pour se remonter soi-même. En particulier entre hommes, qui semblent avoir pris pour modèle les pires défauts des femmes… Et la norme est d’en rire, et de faire semblant, même si ça blesse; mais en fait, sans doute ne sont-ils pas blessés puisque tellement bardés de couches et de couches de protections qui font qu’ils ne ressentent tout simplement plus rien ou presque (comme le font chimiquement tous les antidépresseurs) et tous ils continuent le jeu, relançant généralement l’affaire de plus belle.

J’ai retenu une réplique qui ‘punche’ dans Ruptures. Isolée comme ça, elle est vraiment bonne, assassine et bien écrite, mais le problème dont je vous parle ici, c’est que des variations de cette ligne se répètent ad nauseum dans la plupart des émissions comme nourriture que vous prenez dans ces programmes. Le danger croit avec l’usage… Ça risque de vous rendre malade à micro-doses. Voici la situation de cette réplique : dans l’ascenseur, une avocate reproche à son associé d’avoir cherché à l’humilier devant les actionnaires, puis lui dit qu’elle a enfin repris le contrôle d’un des dossiers difficiles et lui . Son associé lui répond, imperturbable :

– Excuse-moi, je suis debout, alors je ne peux pas faire de standing ovation.

Comment la trouvez-vous ?

Maintenant, imaginez cela répété sous toutes les formes plusieurs fois par jour.

grenouille au formolLes téléspectateurs et les auditeurs (sans parler des contenus des médias écrits et des scripteurs/lecteurs sur les réseaux sociaux) sont-ils devenus cette pauvre grenouille dans un pot qui se réchauffe si lentement qu’elle finit par y mourir, avant même d’avoir pu se ressaisir, se rendre compte qu’elle était en danger de mort et faire le saut salvateur ?

À la longue, tout ce type de communication vraiment nulle, est-il une sorte de drogue que le public redemande, pensant se défouler sur le coup, mais le rendant de plus en plus insensible ? Comment se fait-il que ce soit si à la mode maintenant, que cela attire dans un cercle vicieux d’autres auteurs ou humoristes avec ce genre d’écriture ? Et qui se plaignent à la télé qu’ils ont de moins en moins de liberté pour écrire… Les pauvres ! Je pense à la débile revue de fin d’année du Bye-Bye 2015 (et pour laquelle j’ai fait un billet)(1).

Comprenez-moi bien. Il en faut pour tous les goûts, je suis d’accord. Il s’agit d’un média généraliste. Mais quand ils dominent le punch-line à ce point, y’a de quoi s’inquiéter, avec toutes ces sortes de prédateurs ou passif-agressifs en puissance, montés aux nues par les sacro-saintes cotes d’écoute. N’y a-t-il plus d’autres «modèles» d’être humains ? Le pire, je crois, ce sont les non-fictions, où les protagonistes se ‘bitchent’ agréablement à qui mieux mieux. Ben oui, c’est si drôle, mieux vaut en rire que d’en pleurer, n’est-ce pas ? S’en rendent-ils compte, eux/vous, leurs admirateurs, qu’ils finissent par devenir eux-mêmes ces personnages au travail, en amitié, en amour, en famille ? Que les rapports sociaux, le tissu social même se détériorent doucement, innocemment, dans le bocal et qu’ils en sont un des artisans, ce qu’ils prétendent parfois dénoncer par leur art ? Je croyais, après le Printemps érable, qu’on en avait fini avec le cynisme, mais non. Tous ceux qui l’ont dénoncé et qui ont mis sur la table leurs vrais rêves et leurs sensibilités sont rentrés se terrer à la maison et se taisent à nouveau. J’exagère ? Souvenez-vous : je ne suis pas en ce moment dans mon état normal : mais peut-être que je suis dans mon vrai état d’être vraiment humain.

Gloup ! La maladie m’aura permis d’ouvrir au moins un œil. Dieu merci qu’il me reste encore assez de force pour m’en indigner. Mais s’indigner ne suffit pas. Il me reste encore assez de conscience pour chercher des nourritures qui vont véritablement nourrir mon cœur et mon âme. Mais chercher seule, ça ne donne rien, parce que tout le reste continue à se détériorer…

Bonne chance ! Ben oui, après un tel alignement des chances, il me faut m’acheter un billet de loto 6/49, comme dans la pub. Ça c’est the solution monsieur !

Voyez ! J’ai presque attrapé leur maladie ! Je redeviens normale, sauve qui peut !

Partout Faust et Macbeth rôdent. Et sous les plus jolis traits, les plus spirituels parfois. Ne vous laissez pas berner !

C’est si facile de perdre son âme !

« Bizarrement, les gens ne sont plus qu’attirés par la beauté que lorsqu’ils vivent des tragédies ou des déceptions.» Rostropovitch (1927-2007)

… Suite dans mon prochain billet

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(1) https://evemarieblog.wordpress.com/2016/01/02/vraiment-bye-bye-bye-2015-a-radio-canada/

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« Quand chaque femme fait honneur au Soi, de la façon la plus dépouillée possible, l’énergie créatrice devient disponible pour l’ensemble, et cette énergie contribue aux changements qui soutiennent les transformations de l’humanité. Lorsque les femmes ne seront plus perdues, à demander aux autres de leur dire ce qu’elles devraient faire ou comment elles devraient vivre, il y aura de grands changements dans notre monde » Jamie Sans, «Treize mères originelles»

« L’inhumanité infligée à un autre détruit l’humanité en moi. » Emmanuel Kant

 

Je vous propose ici de (pour)suivre une réflexion sur le pouvoir dans les groupes, pour faire suite à une publication à la une d’aujourd’hui du journal Le Devoir (Montréal) qui se penche sur une des stratégies d’empowerment (ou libération de l’aliénation du peuple) : « Se libérer sans vous, se libérer de vous » (1) et pose des questions sur les actuelles imprécations du «Vivre ensemble».

En revenant sur une réflexion et expérimentation à ce sujet vécue au sein de la mouvance Occupy / Occupons Montréal en 2011-2012, la question du pouvoir se pose notamment dans la mixité ou non-mixité des (sous-)groupes militants. Question pour laquelle j’avais des sentiments tiraillés. Autrement dit, quelles sont les circonstances qui font qu’on choisit délibérément de militer dans un groupe non-mixte, comme un groupe de femmes, un groupe de Noirs, un groupe autochtone, un groupe gay ou queer, et même certains syndicats, etc., bref toutes ces «minorités» marginalisées où on vit, d’une manière ou d’une autre, une forme d’oppression face à la majorité ou à un groupe dominant, que ce soit l’exclusion sociale comme le sexisme, le racisme ou l’homophobie ou encore l’exclusion économique, politique ou religieuse. Vaste question…

J’aimerais alors partager ici d’abord quelques extraits significatifs de cet intéressant article du Devoir (1) que voici, suivi de mon billet.

« Constamment déçus par l’idéal d’une société  ‘juste’ qui leur est projetée encore davantage en ces temps de crise et de paupérisation, certains groupes pensent plutôt l’émancipation comme « la séparation d’une société fausse ». Ségolène Roy, blogueuse

« De telles pratiques peuvent mettre à l’abri certaines petites communautés pendant une période, mais à la longue, elles tendent à pénaliser les personnes qui en font partie en les privant de réseaux sociaux performants et en limitant la mobilité sociale.» Pierre Anctil, prof d’histoire, Université d’Ottawa

 

Quelques grands-mères et un grand-père font le résumé de leur cercle de parole.Crédit photo : Vincent-René

Quelques grands-mères font le résumé de leur cercle de parole puis plus âgé grand-père clôt la journée par un dernier témoignage, lors du cercle autochtone/non autochtone MITSHETUTEUAT, avril 2014. Crédit photo: Vincent-René

« Greg Robinson tempère en disant que ‘c’est un argument fort de demander comment les [personnes racisées] peuvent espérer mériter le respect ou l’égalité si elles n’ont pas les moyens de gérer leur propre mouvement. En revanche, c’est un argument fort de dire qu’on ne casse pas l’exclusion raciale par un mouvement exclusif.’» G.R., professeur d’histoire, Université du Québec à Montréal

« En tant que membre du groupe dominant, il est difficile pour les hommes cisgenres (nés de sexe mâle et s’identifiant au genre masculin) qui souhaitent se joindre au mouvement [féministe] de comprendre le refus de leur présence par les féministes. Car grandir et évoluer en tant qu’homme n’inclut pas – ou très peu- l’expérience de refus ou de rejet.» Sophie Chartier, journaliste, Le Devoir

Cercle afroaméricain. Angela Davis wanted_Black Panthers

Black Panthers

Une fois par année, le collectif radical Les Hyènes en jupons fait une manifestation non mixte à Montréal et les femmes reçoivent dans la rue des salves d’insultes misogynes de la part des passants et des policiers :

« À la question ‘pourquoi ça dérange ?’ Laura (nom changé) hésite. ‘Je pense que la non-mixité politique fait voir aux hommes qu’ils risquent de perdre certains privilèges.» « On l’utilise [notre groupe de femmes non mixte] comme lieu de ressourcement ». Laura, militante, Les Hyènes en jupons

Dans les groupes non mixtes (safer spaces), « On gagne des espaces intimes de confiance. Mais attention, les groupes non mixtes ne sont pas nécessairement dénués d’oppression. Il reste des rapports de pouvoir et il faut sans cesse les remettre en question.» Stéphanie Mayer, chercheuse en sciences politiques à l’Université Laval (2)

« Toutes trois soutiennent qu’il est important de remettre en question fréquemment les tactiques.» Sophie Chartier, journaliste, Le Devoir (1)

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1re assemblée générale d’Occupons Montréal au Square Victoria, rebaptisé «Place du peuple», 2011

La mouvance Occupons Montréal a expérimenté et réfléchi aussi sur cette façon de militer, et dont voici un résumé (3) :

– Concept d’espaces sécuritaires (safer spaces) pour soi et entre-sois : modèles de justice communautaire ou réparatrice (ni policière ni étatique), analyse et dénonciation de l’oppression vécue dans notre propre organisation : comment changer les dynamiques de pouvoir ? Sortir de l’aliénation par notre prise de conscience, on arrive enfin à ce niveau où on est prêt à développer une méthodologie concrète.

– Sortir de la culture l’hyper sécurisation pour exister dans l’espace public et psychique; trouver un équilibre entre sécurité/insécurité. Se défaire de la peur aussi qui nous est inculquée par le gouvernement et autres, en donnant une réponse originale à la violence de la marginalisation.

 

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Assemblée générale d’Occupons Montréal. Fabrice Marcoux, Mikelaï Cervera et Ben Godin anime un cercle sur les «Engagements», réflexion menée par le Comité de philosophie politique, 2012. Crédit photo: Ève Marie

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J’ajoute aujourd’hui ma réflexion et expérience sur le tissus social et la communication nonviolente qui a muri sur ce sujet.

Ce qui me frappe d’abord dans ces analyses, c’est l’absence complète de référents intra-personnels. Toute l’analyse est axée sur des dynamiques interpersonnelles, sociales ou politiques, au mieux groupales. Pourtant, ce sont aussi des individus qui exercent ce pouvoir. En effet, pourquoi toujours cette dichotomie tellement binaire entre sociologie et psychologie ? Dans quelle aliénation les relations de pouvoir nous mènent-elles ? Comment s’en sortir ? N’y a-t-il pas lieu de s’interroger sur les sources de ces relations de pouvoir ? Si tous les humains ont, certains plus que d’autres il s’entend, à un moment ou à un autre, vécu une relation de pouvoir avec un autre ou des autres, soit comme oppresseur, soit comme opprimé, soit les deux en même temps, n’est-ce pas là aussi un reflet de notre propre esprit et de la façon dont nous nous traitons nous-mêmes, soit la domination d’une partie notre psyché (l’ego par exemple) sur une autre partie? N’y a-t-il pas lieu de se demander comment une telle mécanique (?) se développe dès l’enfance et si elle n’est pas, à son tour, encouragée par certaines postures ou dynamiques familiale, sociale ou politique ? N’y a-t-il pas lieu aussi de chercher aussi du côté des neurones-miroirs qui seraient à la base du développement des langues humaines et du développement de l’aversion, de l’empathie et du désir mimétique (4) ?

Si la fin du XXe s. et une partie de XXIe siècle sont et seront dominés par une forte recherche identitaire menant à la fois à des évolutions individuelles ou nationales ET à des dérives communautaristes, voire sectaires, voire terroristes, il y a fort à parier que ce champ de recherche, d’expérimentation et de philosophie qui, pour l’instant, n’est que l’apanage d’avant-gardes, deviendra un thème fort de notre siècle si bouleversé.

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J’en profite pour remercier l’artiste, poète et militante Koby Roger Hall pour m’avoir fait connaitre ce concept de «safer spaces» et ces pratiques pour la 1re fois, lors d’une réunion bilan d’OM. Elle a tenu, notamment, avec Frédéric Biron Carmel et la galerie SKOL  un site d’«archives vivantes » d’Occupons Montréal. Plus de détails au http://skol.ca/wp-content/uploads/2012/08/feuillet_koby_fred_angl1.pdf et https://www.facebook.com/occupymontreal/posts/143543362450865 et http://www.rcaaq.org/html/fr/actualites/expositions_details.php?id=15600

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(1) Texte au complet au http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/457146/se-liberer-sans-vous-se-liberer-de-vous

(2) Auteure du mémoire « Du ‘nous femmes’ au ‘nous féministes’ : l’apport des critiques anti-essentialistes à la non-mixité organisationnelle »

(3) Voir mon billet du https://evemarieblog.wordpress.com/2012/09/16/occuponsmontreal-bilan/ et publié également dans la revue Possibles, au http://redtac.org/possibles/category/du-printemps-arabe-au-printemps-erable-un-nouveau-cycle-de-luttes-sociales-vol-36-no-2-hiver-2013/section-i-du-printemps-arabe-aux-indignes/

(4) 1996, Giacomo Rizzolatti et Corrado Sinigaglia, http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/neurones-miroirs-i-une-decouverte-48805 :

«Chez l’homme, on a observé la présence des neurones miroirs dans le cerveau encore immature du jeune enfant. Et chez l’adulte, ces réseaux miroirs apparaissent comme bien plus développés que chez les autres primates. Ce détail semble anodin et couler de source puisque le cerveau de l’homme est bien plus gros que celui des singes. Mais le fait que les neurones miroirs y soient très développés n’est pas fortuit. Car tout dispositif naturel possède une contrepartie fonctionnelle et si ces neurones sont présents en nombre, c’est sans doute parce qu’ils ont un lien avec ce qui sépare l’homme de l’animal. La raison et le langage aurait dit Aristote. Et plus généralement, l’intersubjectivité. »

«Voici ce que déclare Robert Sylvester, écrivain des sciences « La découverte des neurones miroirs est absolument renversante. C’est aussi la découverte la plus importante et elle est pratiquement négligée parce qu’elle est si monumentale que nul ne sait qu’en faire »

«Le neurone miroir est en fait multifonctionnel. Et semble fonctionner selon trois modes, le négatif, suscitant l’aversion et donc, porteur de différenciation ; puis le neutre, disons la cognition empathique, détachée de force attractive ou répulsive ; enfin le positif, lieu où le désir se fait mimétique et où le danger de conflit se dessine. »

«Il existe une sorte de mécanique, voire de dialectique des miroirs. En fait, un processus de renforcement, de surenchère, que Bateson avait du reste découvert dans les conflits»

«Et les oiseaux ? N’avons nous pas un mécanisme de ce type [mimétisme] lorsque deux moineaux se disputent une miette de pain ? Et aussi dans la genèse des langages que ces subtils animaux ont pu déployer pour communiquer à travers le champ. Ce qui nous ramène à l’homme et une question sur l’origine du langage. Selon Rizzolatti, les mécanismes miroirs font que des actions deviennent des messages sans médiation cognitive (sous entendu, rationnelle) Si bien que le mécanisme miroir pourrait être à l’origine de la genèse du langage. En permettant notamment qu’un message émis devienne pertinent pour son récepteur. »

Daniel Goleman, auteur de «L’intelligence émotionnelle» a aussi beaucoup aborder ce sujet des neurones miroir dans son livre.

 

 

 

Affiche du SFPQ, 2015.

Affiche de la Coalition pour la justice sociale, 2014.

Aujourd’hui 1er mai fête internationale des travailleuses et travailleurs. Fête qui passe généralement vaguement inaperçue, elle s’est multipliée par des centaines de petites actions de rue et d’écoles du Québec pour remettre en question le modèle d’organisation de l’État appelé «austérité ou rigueur budgétaire» du gouvernement québécois. SVP quelqu’un peut-il mettre en contact notre gouvernement avec la personne qui a écrit ces lignes ci-dessous??? Pour qu’enfin cesse cet immense mensonge des politiques d’austérité qui vont équilibrer à jamais le budget de l’État et résoudre tous nos problèmes… en ouvrant plutôt de manière déguisée la privatisation des services sociaux…
Attachez vos tuques… :

«Aujourd’hui se décide ce que sera le monde en 2050 et se prépare ce qu’il sera en 2100. Selon la façon dont nous agirons, nos enfants et nos petits-enfants habiteront un monde vivable ou traverseront un enfer en nous haïssant. Pour leur laisser une planète fréquentable, il nous faut prendre la peine de penser l’avenir, de comprendre d’où il vient et comment agir sur lui. C’est possible : l’Histoire obéit à des lois qui permettent de la prévoir et de l’orienter.

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La situation est simple : les forces du marché prennent en main la planète. Ultime expression du triomphe de l’individualisme, cette marche triomphante de l’argent explique l’essentiel des plus récents soubresauts de l’Histoire : pour l’accélérer, pour la refuser, pour la maitriser.

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Si cette évolution va à son terme, l’argent en finira avec tout ce qui peut lui nuire, y compris les États, qu’il détruira peu à peu, même les États-Unis d’Amérique. Devenu la loi unique du monde, le marché formera ce que je nommerai l’hyperempire insaisissable et planétaire, créateur de richesses marchandes et d’aliénations nouvelles, de fortunes et de misère extrêmes; la nature y sera mise en coupe réglée; tout sera privé, y compris l’armée, la police et la justice. L’être humain sera alors harnaché de prothèses avant de devenir lui-même un artefact, vendu en série à des consommateurs devenant eux-mêmes artefacts. Puis, l’homme, désormais inutile à ses propres créations, disparaitra.

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Si l’humanité recule devant cet avenir et interrompt la globalisation par la violence avant même d’être libérée de ses aliénations antérieures, elle basculera dans une succession de barbaries régressives et de batailles dévastatrices, utilisant des armes aujourd’hui impensables, opposant États, groupements religieux, entités terroristes et pirates privés. Je nommerai cette guerre l’hyperconflit. Il pourrait aussi faire disparaitre l’humanité.

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Enfin, si la mondialisation peut-être contenue sans être refusée, si le marché peut-être circonscrit sans être aboli, si la démocratie peut devenir planétaire tout en restant concrète, si la domination d’un empire sur le monde peut cesser, alors s’ouvrira un nouvel infini de liberté, de responsabilité, de dignité, de dépassement, de respect de l’autre. C’est ce que je nommerai l’hyperdémocratie. Celle-ci conduira à l’installation d’un gouvernement mondial démocratique et d’un ensemble d’institutions locales et régionales. Elle permettra à chacun, par un emploi réinventé des fabuleuses potentialités des prochaines technologies, d’aller vers la gratuité et l’abondance, de profiter équitablement des bienfaits de l’imagination marchande, de préserver la liberté de ses propres excès comme de ses ennemis, de laisser aux générations à venir un environnement mieux protégé, de faire naitre, à partir de toutes les sagesses du monde, de nouvelles façons de vivre et de créer ensemble.

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On peut alors raconter l’histoire des cinquante prochaines années : avant 2035, prendra fin la domination de l’empire américain, provisoire comme celle de tous ces prédécesseurs; puis déferleront l’une après l’autre trois vagues d’avenir; hyperempire, hyperconflit, puis hyperdémocratie. Deux vagues a priori mortelles. Une troisième a priori impossible.

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Sans doute ces trois avenirs se mêleront-ils; ils s’imbriquent déjà. Je crois en la victoire, vers 2060 de l’hyperdémocratie, forme supérieure d’organisation de l’humanité, expression ultime du moteur de l’histoire : la liberté.» (1)

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Qui a bien pu écrire ces lignes en 2008 ? Un gauchiste barbu ? Un anarchiste visionnaire ? Un communiste déchu ? Un professeur créatif ? Un auteur de science-fiction ? Un (rare) syndicaliste original ?

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Laissez tomber vos préjugés.

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C’est un économiste philosophe, ingénieur et ex-conseiller gouvernemental français et des Nations-Unies, patron d’une entreprise de microfinancement et auteur : Jacques Attali.breve_histoire_avenir

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Je me suis permise de mettre en gras les passages que je trouvais important et un passage souligné que je trouve sous-développé dans son analyse. Si le monde sombre dans la violence de l’argent et des riches avant même d’être libéré de ses aliénations antérieures… Quelles aliénations ? Avons-nous regardé dans le cœur de l’homme et de la femme ? Dans leur sexualité harnachée, maitrisée ou pervertie ? Dans nos rapports de domination quotidiens et en particulier ceux entre hommes et femmes ? C’est là où, je crois humblement, sa pensée est encore insuffisamment développée… ou plutôt était insuffisamment développée. Car oh! surprise, je viens de voir sur son site la phrase d’intro (2) :

«Pour avoir droit à une étincelle d’éternité, il faut avoir aimé.» Puis, je regarde sa plus récente publication, dont le titre est, eh oui, «Devenir soi». Je le cite encore (décidément…) :

«Dans un monde aujourd’hui insupportable et qui, bientôt, le sera bien plus encore, il est temps pour chacun de se prendre en main, sans attendre indéfiniment des solutions miraculeuses. Il ne s’agit pas de résistance, ni de résilience. Mais de devenir soi.»

«Plus nombreux seront ceux qui ne se résigneront pas, plus profonde sera la démocratie, plus seront libérées des énergies, plus seront créées des richesses

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Bonne fête des travailleurs et des travailleuses, et meilleur… avenir!

1er mai 2015. 11 h 30 Policiers, manifestants et travailleurs réunis devant le chantier de construction du CHUM.Crédit photo: J. Nadeau

1er mai 2015, 11 h 30. Policiers, manifestants et travailleurs réunis devant le chantier de construction du CHUM.Crédit photo: J. Nadeau

1er mai 2015, 11 h. Réunis devant la tour de la Bourse, à Montréal, des travailleurs se joignent aux dizaines de milliers de leurs comparses qui ont manifesté partout au Québec au cours de cette journée. Crédit photo: J.Nadeau

1er mai 2015, 11 h. Réunis devant la tour de la Bourse, à Montréal, des travailleurs se joignent aux dizaines de milliers de leurs comparses qui ont manifesté partout au Québec au cours de cette journée. Crédit photo: J.Nadeau

1er mai 2015-3_9 h 30 12 mai 2015, 9h 30. Des centaines de manifestants se sont rassemblés au square Phillips, Montréal, pour protester contre les mesures d’austérité du gouvernement libéral. Crédit photo: Jacques Nadeau, Le Devoir

1er mai 2015, 9h 30. Des centaines de manifestants se sont rassemblés au square Phillips, Montréal, pour protester contre les mesures d’austérité du gouvernement libéral. Crédit photo: Jacques Nadeau, Le Devoir

1er mai 2015, 8 h. Au cégep du Vieux-Montréal, des professeurs tiennent un piquet de grève tout juste avant l’heure habituelle des cours. Crédit photo: J.Nadeau

1er mai 2015, 8 h. Au cégep du Vieux-Montréal, des professeurs tiennent un piquet de grève tout juste avant l’heure habituelle des cours. Crédit photo: J.Nadeau

Manif anti-austérité à Québec 1er mai 2015. Crédit photo: Mickaël Bergeron

Manif anti-austérité à Québec 1er mai 2015. Crédit photo_ Mickaël Bergeron

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(1) Tiré de l’avant-propos de la bande dessinée «Une brève histoire de l’avenir» de Pécau, Damien et Fernandez, éd. Delcourt, 2008.
Toutes ces idées sont également développées dans un livre au même titre «Une brève histoire de l’avenir», écrit par Attali, aux éditions Fayard, 2006. Un livre qui m’a empêché de dormir. Cœur sensible : évitez. Résumé sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Une_br%C3%A8ve_histoire_de_l%27avenir
(2) http://www.attali.com/

Liberté, de Paul Éluard

liberte eluard leger

Poème-objet dépliant de Fernand Léger avec le poème de Paul Éluard, éd. Sehgers, 1953

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J’écris ton nom

Sur les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

«Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Paul Éluard

Paul Éluard

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.»

Paul Éluard
in Poésies et vérités
Éd. de Minuit, 1942

Sources bibliographiques

Poésies et Vérité de Paul Éluard
Dictionnaire des grandes oeuvres de la littérature française, Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty (Éd. Larousse)

Un budget d'austérité_main rouge_crédit photo_Coalition du Québec et Chaudière-Appalaches opposée à la privatisation des services publics

Crédit photo: Coalition de Québec et Chaudière-Appalaches opposée à la privatisation des services publics, 2015

Pourquoi ce poème aujourd’hui ?

Tristes journées cette semaine pour la communication humaine, à vrai dire. Et avec tout ce qui se passe à l’Université du Québec à Montréal (UQAM)… La grève sociale d’une petite partie des étudiants qui a commencé depuis deux semaines, contre le budget d’austérité du gouvernement et contre les hydrocarbures (sables bitumineux, notamment). Il y a quand même eu 130 000 étudiants en grève au Québec au jour du 2 avril. Maintenant, c’est seulement 7% des étudiants qui sont restés en grève. (*1). À l’UQAM, la situation est encore plus polarisée, car à ces motifs de grève, s’ajoutent l’appui aux 9 militants étudiants menacés d’expulsion pour des motifs tout ce qu’il y a de plus nébuleux. Le débordement intempestif de l’occupation à l’UQAM, puis du saccage d’un étage d’un de ses pavillons cette semaine, c’est aussi cela. Rien de bon ne peut sortir de ce genre d’escalade.

UQAM saccage 3Je ne comprends pas comment on peut arriver (déjà) à une telle polarisation des opinions et des émotions dans l’opinion publique : 2 jours avant même ces événements, un sondage (sur Internet… donc avec grande marge d’erreur) indiquait que 66% des Québecois sont contre ce nouveau mouvement de grève et que 24% l’approuve. J’ai moi-même fait d’assez dures grèves étudiantes dans les années ’80 et 2000. Je me souviens qu’un étudiant en gestion m’avait littéralement passée sur le corps juste pour aller à son cours, alors que je bloquais des portes de l’UQAM. Une autre fois, alors que j’avais convaincu mon grand-oncle, l’agronome et écologiste Pierre Dansereau (2) de ne pas franchir les lignes de piquetage pour sa conférence et qu’il avait accepté, j’avais reçu des critiques très difficiles de la part du prof de mon département qui l’avait invité et cela avait fait le tour du département (et vlan pour la liberté de pensée).

Occupation d'un jour et demi et saccage à l'UQAM, 8-9 avril 2015

Occupation à l’UQAM, contre les politiques d’austérité et en appui aux étudiants menacés d’expulsion, suivi d’un saccage, 9 avril 2015

Si la génération étudiante des boomers des années ’60 et ’70  a vécu de nombreux affrontements dans les universités et avec la police (voir la note de bas de page *3 sur l’influence des mouvements marxistes),  pour les années ’80 à 2010 au Québec, il y a eu une relative accalmie dans les mouvements sociaux et étudiants (cela correspond aux années de scolarité post-secondaire de la génération x). Il n’y avait pas de blessés graves il n’y avait pas saccage il n’y avait pas de police qui entre à l’université pas d’anti-émeutes qui envoient du gaz à bout portant sur une manifestante pacifique dans le rues de Québec, il n’y avait pas de cagoulés il n’y avait pas de journalistes qui les comparent à des terroristes! Mais actuellement, le niveau général de violence de part et d’autre est banalisé : violence policière, violence de quelques grévistes, violence économique, et pas de réponse au numéro que vous avez composé; plus globalement, incivilités dans la rue, sur la Toile, entre amis, collègues, patrons, etc.

Je suis très inquiète. Les autorités attentent-elles d’avoir sur la conscience un mort ou d’autres blessés graves ou quoi ? «Autorité» qu’est-ce que cela veut dire ? «Supériorité de mérite ou de séduction qui impose l’obéissance, le respect, la confiance», nous dit le Robert. Vraiment? Quelle hauteur les autorités de l’UQAM et du gouvernement montrent-elles, enseignent-elles, inspirent-elles par leur fermeture répressive ? Quelle liberté d’action, de parole et de pensée, quel humanisme  reste-t-il dans une institution d’enseignement? Ou plutôt  aliénation : saccager ? Se cagouler ? S’imposer ? d’un côté // Réprimer ? S’imposer aussi ? Écraser ? Se penser supérieur ? Refuser la discussion ? Refuser la communication ? de l’autre côté. Quand il y a escalade, les deux côtés finissent par se ressembler, aveuglés par l’éclat du miroir rejeté de l’autre. Qui fera la médiation ? Où est la 3e voie/voix ? Où sont les (vraies) discussions ?

Néanmoins, il convient de se questionner sur l’identité des 150 étudiants qui sont restés à l’intérieur de l’UQAM pour continuer l’occupation pendant la nuit où il y a eu ce terrible saccage, car selon le  journaliste du Devoir qui était resté à l’intérieur P. Orfali (voir son article dans les références ci-dessous), beaucoup de manifestants avaient quitté, dégoûtés par l’attitude des casseurs qui n’avaient rien à voir, selon lui, avec les étudiants, lorsque l’antiémeute est entrée en cassant une fenêtre et a procédé à des arrestations.

uqam saccage syndicatQuelques heures avant que les choses ne dégénèrent, des profs courageux ont fait une chaine humaine pour protéger leurs étudiants de la police et ont mené une négociation temporaire. Pourront-ils jouer ce rôle encore ? Est-ce à eux de le faire ? Je ne le crois pas, car ils seront eux-mêmes en négociation pour leur convention collective. Alors qui ? Comment se fait-il que les autorités en place et le ministre de l’Éducation, F. Blais lui-même, ne jouent pas ce rôle qui leur est dévolu par leur fonction, ne serait-ce que trouver un interlocuteur valable et reconnu par les deux parties ?  En pensant aux étudiants menacés d’expulsion, le ministre avait quelques jours auparavant déclaré publiquement qu’il serait bien que les universités expulsent deux ou trois étudiants par jour!

Lors d’une entrevue accordée mardi à Dominic Maurais sur les ondes de CHOI 98,1 FM, de Québec, François Blais, tout en affirmant qu’il ne voulait pas mettre « de l’huile sur le feu », a déclaré qu’« expulser deux ou trois personnes par jour refroidirait les ardeurs de certains » et « ferait réfléchir les autres ».

 Mercredi, le ministre a tenté de nuancer ses propos. « Je n’ai pas proposé de quotas, surtout pas [de quotas] d’expulsions », a-t-il dit au sortir de la réunion du Conseil des ministres.

Informés des propos du ministre François Blais en pleine conférence de presse portant sur la brutalité policière et la répression politique du mouvement social, des porte-parole d’organisations présentes ont vivement réagi. « Franchement, ça dépasse l’entendement ! », a dit Nicole Filion, de la Ligue des droits et libertés.(3)

Comment un ministre peut-il ainsi et de manière aussi irresponsable jeter, justement, de l’huile sur le feu ? Quelle amorce de solution y a-t-il dans cette méthode de gestion de conflit ?? Je comprends qu’on (syndicats) aient demandé leur démission (ministre et recteur) devant leur incurie. C’est d’abord la responsabilité des autorités de gérer et organiser un retour au calme. S’ils ne le font pas, en gardant la ligne dure et la fermeture comme on l’a vu jusqu’à maintenant, on comprendra que soit ils ont un agenda politique sous-jacent, soit ils sont trop stressés pour prendre des décisions éclairées. Ils seront les premiers responsables (mais pas les seuls, cela va de soi, les leaders étudiants ont aussi leur responsabilité) de toute dégradation ultérieure de la situation.

Quelques centaines d'étudiants qui s'étaient barricadés à l'intérieur des murs de l'UQAM ont été expulsés par les policiers, dans la nuit du jeudi 9 avril 2015, au centre-ville de Montréal. De nombreux actes de vandalisme et de pillage ont été commis à l'intérieur de l'établissement. MAXIME DELAND/AGENCE QMI

L’antiémeute rentre à l’UQAM après l’occupation des étudiants, 9 avril 2015

Puis un 3e point de vue de traverse m’apparait, encore informulé et peu clair encore. Je pense à l’écrivain et médecin Jacques Ferron qui a écrit en pensant à son ami Claude Gavreau, le poète et auteur de théâtre automatiste (*4)  et inventeur d’un nouveau langage «l’exploréen» : «Et si la folie n’était qu’une révolte contre ce qui offense l’humanité ?». Je pense aussi au saccage des fonctionnaires municipaux l’automne dernier à l’Hôtel de Ville de Montréal, suite à la manipulation comptable de leurs fonds de retraite proposée (imposée) dans la négociation collective : cela avait fait scandale, mais pas autant que le geste des grévistes de l’UQAM cette semaine… Peut-être le saccage n’avait-il pas la même ampleur, mais je me souviens pourtant que des ordinateurs ont été vandalisés notamment, par les fonctionnaires, pompiers et autres et toléré par les policiers (eux-mêmes visés par ces clauses pour leur retraite).

Et dans l’histoire, comme dans «Je me souviens» (devise du Québec) ? Comme à l’Université Concordia (Montréal) dans les années ’60 ou ’70, pendant une grève où les étudiants avaient jeté des machines par les fenêtres (là où elles s’ouvrent…), ou des manifestations violentes des étudiants de McGill français de 1968, mouvement qui avait donné naissance, notamment, à l’université «populaire» appelée… UQAM, on l’a oublié… (5). Se souvient-on de l’occupation de l’université de Berkeley en Californie dans les années ’60 qui avait duré entre 2 mois et 6 mois (? je n’arrive pas à vérifier) (6). En 2013, cette université qui a, comme l’UQAM, une longue tradition d’activisme, il y a eu de la casse aussi (7). Dans tous les cas, il y a eu de la casse des étudiants en colère.

Bref, en revenant aux événements de l’UQAM, et en les remettant dans leur contexte, on voit clairement que les journalistes professionnels n’ont pas fait leur travail de mise en perspective et que la plupart des médias s’est centré, comme d’habitude, sur la sensation de 5 ou 6 étudiants habillés en tout en noir… Les étudiants pourraient faire une plainte à la Fédération des journalistes, mais ils n’ont probablement le temps pour ce genre de chose.

Actuellement, les étudiants de l’Université d’Amsterdam fondent le «mouvement Nieuwe Universiteit». Ils en ont ras-le-bol de la commercialisation des universités, du néolibéralisme et des nouvelles de transfert de bourses en prêts de leur université (histoire connue partout dans le monde…)(8). Ils l’occupent depuis plusieurs semaines (début : 13 et 25  février, dans deux bâtiments : ils ont connu une forte répression policière, puis ensuite, ils sont partis occuper un autre bâtiment le 25-02, qu’ils occupent depuis lors sans matraques, mais avec des conférences et discussions -à la manière du mouvement Occupy- et grâce à de nombreux appuis d’intellectuels et d’écrivains. Les étudiants d’Amsterdam dénoncent également le manque de démocratie et de transparence universitaire…Un air (trop) connu… Presqu’en même temps (18 mars 2015), la London School of Economics est occupée par ses étudiants (eh oui, n’en déplaisent aux étudiants en gestion de l’UQAM…). Il y a eu aussi de courtes manifestations aux Universités de York et de Toronto, là où les étudiants sont d’ordinaire peu enclins à ce genre de démonstration. Cette actuelle mobilisation inspirera-t-elle d’autres universités ?

Emmeline Pankhurst, arrested,

Emmeline Pankhurst, arrested, 1914

Où encore, je pense aux suffragettes anglaises, pourtant pour la plupart des bourgeoises de «bonnes familles», comme on disait à l’époque, qui, à bout d’arguments raisonnables et par manque de couverture médiatique et manque d’appuis des députés élus, avaient choisi… eh oui la violence pour faire reconnaitre le droit de vote aux femmes. On se souvient du geste d’Emmeline Pankhurst qui s’était enchainée aux barreaux du parlement de Londres, provoqué des incendies, et autres méfaits qui lui ont valu de la prison. Mais on se souvient pas de la suffragette qui s’était volontairement jetée devant les chevaux pendant une course et qui en était morte pour la cause! Ou encore, au Québec, qui se souvient de la jeune poétesse Huguette Gaulin qui s’est immolée par le feu devant l’Hôtel de Ville à Montréal en 1972, en criant «Vous avez tué la beauté du monde!»? (9)

Bref, y a-t-il dans le jugement des médias, du peuple et des autorités, deux poids, deux mesures ? Au Québec, on a une allergie puissante aux actions violentes, avec raison, je crois… mais, il y a toujours un «mais» (nous avons eu des débats interminables sur cette question à Occupons Montréal : au regard de l’histoire, impossible de trancher définitivement), il y a toujours des exceptions et leurs pendants, des lois d’exception, comme la loi des mesures de guerre qui avait permis au Québec d’arrêter sans mandat environ 300 personnes supposément liées au FLQ (Front de Libération du Québec) lors d’une triste nuit d’octobre de 1970. Le meurtre/accident du ministre Laporte avait aussi tué le préjugé favorable du peuple au FLQ . Cette violence extrême avait considérablement nuit au mouvement révolutionnaire indépendantiste et communiste du FLQ.

Néanmoins, force est de constater que ces actions violentes font partie de l’histoire des mouvements sociaux de toutes les époques… que ça nous plaise ou non : c’est un fait de l’histoire.

Refusons de jouer aux aveugles et de tomber dans des jugements faciles! Dans tous les cas, c’est d’abord aux autorités de… donner l’exemple! Comme l’a bien écrit le philosophe et ex-conseiller gouvernemental Jacques Attali, au sujet d’un événement infiniment plus grave, après les assassinats à Charlie Hebdo de janvier dernier : «c’est à nous de tendre la main aux plus démunis, aux plus désorientés, aux plus agressifs. À nous de débattre, d’aider de soutenir. Sans rien attendre des politiques. À nous d’être fraternels.» (10). Ici, aux autorités de faire ce qu’il faut. À nous, de se poser les bonnes questions et de modifier la vision par des discussions incessantes, aller de l’avant. Il est plus facile de s’indigner que de se réconcilier.

En somme, les relations humaines, aussi personnelles que sociétales sont mises à mal. On se considère mutuellement avec peu d’égard et peu de courage, au mieux comme de la marchandise jetable, au pire comme des non-humains. Quelle «liberté» de se traiter ainsi entre personnes humaines ? J’ai comme un petit blues de nausée, on dirait…

La suite bientôt, avec un regard-synthèse sur l’éthique de l’action selon Malraux, Saint-Exupéry, Camus, Sartre et Miron, ce nouvel humanisme du XXe siècle mettant de l’avant la responsabilité de ses actes, le dépassement de soi par l’engagement social et politique pour transcender sa détresse de vivre… histoire de se donner un peu de hauteur de vue dans ce magma imbuvable de la Nausée de cette escalade des derniers mois. La nonviolence est un état d’être (11).

En conclusion, comme un baume, ma chanson préférée de Richard Desjardins, «Nous aurons», en version originale et en version live :

https://www.youtube.com/watch?v=mCA7SE-0HLQ

https://www.youtube.com/watch?v=Zw4VrCfqVz0

VOIR LES DÉTAILS DES NOUVELLES :

http://quebec.huffingtonpost.ca/steve-e-fortin/uqam-intervention-police_b_7032770.html

http://www.ledevoir.com/societe/education/436818/crise-a-l-uqam-les-appuis-aux-expulses-se-multiplient

http://www.ledevoir.com/societe/education/436734/greve-etudiante-derapage-majeur-a-l-uqam?utm_source=infolettre-2015-04-09&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/436622/le-premier-ministre-couillard-rejette-tout-dialogue-avec-les-etudiants

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/436957/sondage-leger-le-devoir-les-quebecois-condamnent-la-greve-etudiante

http://journalmetro.com/actualites/montreal/754901/la-ligue-des-droits-et-libertes-deplore-la-crise-a-luqam/

http://journalmetro.com/actualites/montreal/755129/le-syndicat-des-profs-de-luqam-souhaite-un-dialogue/

https://ricochet.media/fr/371/les-policiers-ne-vivent-pas-dans-un-bocal

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(1) En 2005, plus de 100 000 étudiants québécois étaient en grève, en 2012, 300 000.

(2) Pendant cette confrontation et humiliation de ce professeur, Gilles Coutley (qui ne s’est jamais excusé), alors maitre à penser de l’écologie de l’esprit à la Bateson dans mon département, mon grand-oncle était resté silencieux et ne m’avait pas défendue. Il y avait eu un froid entre Pierre et moi pendant de longs mois. Nous nous sommes réconciliés le jour où j’étais allée le voir pour un projet d’écopoésie, car ma grande tante, son épouse Françoise Masson, m’avait rapporté que Pierre venait de lui dire que les leaders étudiants d’aujourd’hui, comme à son époque à l’UdM, seront les décideurs de demain. Tous les deux sont récemment décédés à l’âge de 99 ans d’Alzheimer et sont, comme vous pouvez l’imaginer, à la fois une grande perte pour la société et pour notre famille.

(3) http://www.ledevoir.com/politique/quebec/436216/greve-etudiante-francois-blais-veut-des-sanctions

(4) Claude Gauvreau et son frère Pierre étaient parmi les signataires du Manifeste du Refus global, brûlot socioartistique publié en 1948 et dénonçant, notamment, à la fois la société dirigée par le clergé et les mouvements d’extrême gauche et mettant de l’avant une nouvelle esthétique de la création appelée plus tard «automatisme», qui se différenciera du surréalisme européen et de l’action painting américain. L’auteur de ce manifeste, le peintre Paul-Émile Borduas sera congédié par le 1er ministre du Québec lui-même, M. Duplessis, de son poste d’enseignant à l’École du meuble de Montréal. Jamais je n’aurai cru cette «Grande noirceur» revenir de mon vivant, avec un ministre de l’Éducation qui déclare qu’il faudrait expulser des universités quelques étudiants ouvertement opposants à son pouvoir et politiquement perturbateurs. Et encore plus perturbant qu’une telle déclaration n’ai pas fait davantage scandale. Au cas où quelqu’un débarque sur la planète Québec inc., c’est le micro-signe imparable de la crise dans laquelle nous sommes entrés depuis quelques années. Heureusement, il y a en même temps plein de micro-mouvements de solidarité et de créativité sociale qui se développent lentement mais sûrement.

(5) http://www.bulletinhistoirepolitique.org/le-bulletin/numeros-precedents/volume-16-numero-2/l%E2%80%99operation-mcgill-francais-une-page-meconnue-de-l%E2%80%99histoire-de-la-gauche-nationaliste/ et  http://quebec.huffingtonpost.ca/david-sanschagrin/violence-a-luqam-rappel-historique-et-mise-en-contexte_b_6745512.html

http://en.wikipedia.org/wiki/Berkeley_riots_%281960s%29

(6) http://www.bulletinhistoirepolitique.org/le-bulletin/numeros-precedents/volume-16-numero-2/l%E2%80%99operation-mcgill-francais-une-page-meconnue-de-l%E2%80%99histoire-de-la-gauche-nationaliste/

(7) http://archive.dailycal.org/article.php?id=108452 . De nombreuses autres manifestations violentes ou émeutes universitaires ont eu lieu, notamment aux États-Unis, voir http://ca.complex.com/pop-culture/2013/01/biggest-college-campus-riots-in-history/ohio-state-fans-rush-field-streets-following-footb dont certaines ressemblent davantage à des après-fêtes violentes du genre de certains après-matchs de hockey pendant les éliminatoires…

(8) http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article7408

http://resistances.discutforum.com/t2168-usa-des-universites-publiques-fragilisees-par-la-crise

et http://www.cafebabel.fr/article/au-coeur-de-loccupation-etudiante-a-amsterdam.html

Voir aussi leur page de discussion «Antithese» sur fb https://www.facebook.com/antithese.zine

En 2010, près de 70 universités étaient occupées dans le monde pour ces mes mêmes raisons, dans le mouvement étudiant «education is not for sale» : http://www.fabula.org/actualites/education-is-not-for-sale-bildungsstreik-maj-02-05-10_34551.php

(9) Tragédie devenue une belle chanson de Plamondon, chantée d’abord par Renée Claude, puis par Diane Dufresne https://www.youtube.com/watch?v=yfuCMGZcHtw&list=RDyfuCMGZcHtw#t=24 . Puis, plus récemment, par Isabelle Boulay https://www.youtube.com/watch?v=5qXcrNYQJ8c&list=RDyfuCMGZcHtw&index=4

(10) Collectif, « Nous sommes Charlie », éd. Le Livre de poche, librairie générale de France. 2015.

(11) Voir le CRNV et Normand Beaudet au http://nonviolence.ca/index.php/le-centre/

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11 avril

Un ami, à qui je viens de parler de mon article, me parle de celui de Christian Nadeau, prof à l’UdM dans la revue Ricochet, comme un écho. Je le trouve aussi cité dans les commentaires au journal Le Devoir d’aujourd’hui, qui fait aussi une réflexion sur l’incivilité, les problèmes des communications humaines dans l’espace public et virtuel, appelé : impolitesse, avec notamment la vision claire du chroniqueur David Desjardins, à lire absolument.

Voir https://ricochet.media/fr/392/brutalite-mediatique-brutalite-policiere-et-populisme-les-armes-incontrolables-dune-elite-economique et http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/436924/declaration-de-guerre-a-l-ordre

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«Ma peur veut que j’arrête, parce que ma peur veut que je sois en sécurité, et ma peur perçoit tout mouvement, toute inspiration, tout travail, toute activité, toute passion comme une menace potentielle pour ma vie. Ma peur veut que je vive une plus petite vie. La plus petite vie imaginable, idéalement. Ma peur préférerait que je ne sois jamais sortie du lit.

Votre peur est comme la mienne. Exactement comme la mienne. Je vous le garantis.»

Elizabeth Gilbert, «Mange, Prie, Aime»

Après quelques jours de recueillement, de deuil et un certain silence que nos médias avides de sensation n’ont pas su, comme d’habitude, nous donner…

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Est-ce qu’on aura le courage de regarder en soi après ces terribles événements ? Bon c’est vrai, je regarde d’abord les autres : il faut dire que les Charlie ne sont pas des enfants de chœurs et qu’ils ont commis plusieurs outrances, provocations et outrecuidances… Vanité, quand tu nous tiens… Mais ils ont aussi publié des dessins et textes brillants visant à dénoncer la bêtise et l’inhumanité de ces religieux radicaux islamistes, catholiques ou juifs qui fondent leurs actes sur « Dieu » sans se rendre compte que, des deux côtés, ils répandent et contribuent au mal, à la souffrance et à l’intolérance qu’ils veulent dénoncer par leurs actes : c’est l’aveuglement de l’escalade. À cet égard, on espère que les journalistes de Charlie Hebdo, qui sont davantage capables de se maitriser, seront plus « intelligents » et comprendront les limites de leur travail et de la forme de la liberté d’expression. Il y a plusieurs façons de réagir à la peur. L’ancien directeur la publication, Stéphane Charbonnier «Charb» qui  été assassiné par les djihadistes avait déjà très justement écrit à ce sujet : «Notre peur est leur raison de vivre». Lui et les autres caricaturistes et auteurs du journal avaient choisi la satire, parfois brillante, mais parfois débile, pour dénoncer ce nouvel obscurantisme de cette partie d’un islam pathologique et nihiliste.

Passage à l’acte

Dire à quelqu’un qu’il est un criss de con n’a jamais aidé à résoudre un problème… Bien au contraire. On a vu là deux groupes à la pensée radicale et sans compromis s’affronter pendant des années. Peu de personnes en France, pour de bonnes et de moins raisons les ont appuyés, y compris lorsqu’ils ont été incendiés en 2011, je crois. Et voilà que l’impensable tragique a surgi d’un côté, le passage à l’acte, celui de l’acte de tuer et de vouloir répandre la peur et la terreur tout autour. Pourquoi ? Pour imposer des idées, ses pensées, ses croyances aux autres. Paradoxalement et c’est là qu’il faut faire une énorme effort de compréhension : pour crier leur ressentiment d’un monde clivé où la liberté, c’est pour les autres… Pour ne pas comprendre que dans d’autres cultures et religions on PEUT représenter les images du dieu et des prophètes et même les critiquer (*1)… Oui dieu à perdu son grand D ce jour-là. Et pour toujours.  .  . Cèderons-nous encore à cette si lâche, mais si humaine aliénation  par la peur ? J’avoue que cela m’a empêchée de dormir la semaine dernière… J’ai repensé aux mots de la vieille chanson « Les Loups sont entrés dans Paris » (*2) chanté par Reggiani et que j’avais justement envoyé au chroniqueur David Desjardins en décembre et qui vient d’écrire une réflexion qui critique le confort de la rectitude et de la censure qui évite les difficiles débats (*3). Puis, échapperons-nous à la dérive sécuritaire, à ce piège puant tendu par ces (soi-disant) fous de Dieux ? Est-ce ce genre de monde que nous léguerons à nos enfants ? Le grand-père et homme médecine Atikamekw Charles Coocoo a déjà écrit que «nous sommes devenus peu à peu des êtres sans volonté» «dans une psychologie qui désacralise les êtres humains.» (*4)

Hypocrisie d’État et médiatique

Il est assez choquant de voir tous ces médias et ces chefs d’État crier à la liberté d’expression, alors qu’on se demande ce qu’ils ont fait concrètement dans le passé pour la liberté de presse et d’expression pour appuyer Charlie et leurs positions radicalement athées et laïcistes, alors que le journal a été victime plusieurs fois d’intimidation ou de vandalisme…

Point aveugle

Par ailleurs, on n’a pas entendu parler des familles endeuillées des djihadistes. Je suis à peine capable d’imaginer leurs sentiments contradictoires et leurs souffrances. Et les familles des 4 otages tués par Coulibaly dans l’épicerie juive cachère ? On n’a pas entendu non plus parler du 3e tueur qui était entré à CH. Est-il mort sur place ? Je me souviens clairement avoir vu la photo des trois (mais la photo de ce 3e était laissée vide) avec leur nom, le 1er jour aux nouvelles de Radio-Canada. Ou était-ce une erreur ? Vous souvenez-vous que les assassins se sont d’abord trompés d’adresse et sont allés à côté à l’imprimerie avant de réaliser leur méprise !? Je n’ai pas compris non plus comment ils sont pu faire tout ce chemin en sortant de la rédaction sans être repéré par la police. La police a-t-elle répondu adéquatement ? Et pour vous c’est comment ?

«Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas.» (attribué à) André Malraux

Voir la suite de cet article qui traite du sujet du point vue intérieur de la conscience où les pensées n’égalent pas soi au https://evemarieblog.wordpress.com/2015/01/17/charlie-hebdo-et-paresse-spirituelle-2/

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(*1) Dans les premiers siècles de la chrétienté, il n’était pas permis de représenter Dieu, ancienne doctrine basée sur l’Ancien Testament (Exode et Deutéronome). Mais l’évolution métaphysique de l’art a permis aux artistes, dessinateurs, peintres et sculpteurs et autres de représenter Dieu par la suite. Pour plus de détails sur cette évolution, voir le philosophe allemand Hans-Georg Gadamer et l’analyse du philosophe François Doyon au http://www.ledevoir.com/societe/le-devoir-de-philo/434430/le-devoir-de-philo-gadamer-contre-l-interdiction-de-representer-mahomet. À noter que les musulmans chiites ont évolué également dans ce sens. Les images du Prophète sont répandues chez eux puisque le Coran n’interdit pas sa représentation. «Mais pour un grand nombre de musulmans, notamment les sunnites, la simple représentation du Prophète pose problème» et est strictement interdite.

(*2) https://www.youtube.com/watch?v=hVkWgksDZDI

(*3) http://www.ledevoir.com/societe/medias/428549/c-est-pas-un-supermarche

(*4) Dans un article de Coocoo (2012) que j’ai reproduit sur mon blogue, il en appelle à une assemblée «regroupant des personnages appelés les hommes médecines, les saints hommes, les poètes, les sages, les grands humanistes et les sans-abris. C’est drôle, j’aurais plutôt dit : les femmes médecines (chamanes, sage-femmes, herboristes et praticiennes des médecines douces), les saintes femmes, les poétesses, les grandes humanistes et ainsi de suite, héhé. Mais on accepte les deux… Comme cela est arrivé à l’événement MITSHETUTEUAT, avec un peu ce genre de regroupement improbable de personnes proposé par Coocoo, mais en ajoutant les écolos, je pressens que les hommes vont, au cours des suivantes générations peu à peu apprendre à se taire et à écouter plus leurs femmes (voir https://evemarieblog.wordpress.com/2014/04/11/mitshetuteuat-cercle-de-parole/). De cette inversion progressive des polarités, émergera une nouvelle forme d’être au pouvoir.  Cette sensation m’a aussi été inspirée par le poète François Guerrette dans son recueil «Pleurer ne sauvera pas les étoiles», dans son chapitre émouvant «Aux hommes : attention à la foudre qui dort »(2014). Voir cet article de Coocoo au https://evemarieblog.wordpress.com/2013/02/20/gestion-attawapiskat-2/charles-coocoo_decolonisation-tradition-et-guerison/

Effet noir

Effet noir 1. Crédit photo : Ève Marie

Quiz. J’ai fait exprès de ne pas mettre le titre entre guillemets. Pour que vous pensiez d’abord, peut-être, que je parle du monde d’aujourd’hui. Mais non, alors, qui a pu écrire cela ? Et surtout à quelle époque, et où ? Voyons encore :

«Tous ces enfants étaient des gouttes de sang brûlant qui avait inondé la terre; ils étaient nés au sein de la guerre, pour la guerre. […] Ils n’étaient pas sortis de leurs villes, mais on avait dit que par chaque barrière de ces villes on allait à une capitale d’Europe. Ils avaient dans la tête tout un monde; ils regardaient la terre, le ciel, les rues et les chemins; tout cela était vide, et les cloches de leurs paroisses résonnaient seules dans le lointain.»

Alors qui… ? Essayons encore de trouver.

«Trois éléments partageaient donc la vie qui s’offrait alors aux jeunes gens : derrière eux un passé à jamais détruit, s’agitant encore sur ses ruines, avec tous les fossiles des siècles de l’absolutisme; devant eux l’aurore d’un immense horizon, les premières clartés de l’avenir; […] le siècle présent, en un mot, qui sépare le passé de l’avenir, qui n’est ni l’un ni l’autre et qui ressemble à tous deux à la fois, et où l’on ne sait, à chaque pas qu’on fait, si l’on marche sur une semence ou sur un débris.

Voilà dans quel chaos il fallut choisir alors; voilà ce qui se présentait à des enfants pleins de force et d’audace, fils de l’empire et petits-fils de la révolution.»

Magnifique, n’est-ce pas ? Vous avez deviné au moins l’époque ? L’absolutisme, ici, c’est celui du roi, les guerres sont les campagnes napoléoniennes en Russie et en Égypte, et la révolution, c’est la française de 1789.

Alfred de Musset, vers 1840, France

L’auteur : un «romantique» (1) par excellence, Alfred de Musset, dans «Confession d’un enfant du siècle, 1836 (sous le retour du dernier roi de France, le prince Louis-Philippe 1er).

N’est-ce pas troublant, ces retours de cycle, mais un pas plus loin, non pas la répétition défaitiste de l’histoire, mais une spirale qui repasse par le même endroit, mais sur un point supérieur ou inférieur ?

Notre monde en ruines. Si vous ne l’aviez pas encore constaté, soit vous vivez sur une autre planète, dans une bulle très fermée, soit vous êtes si occupé(e) par votre travail que tout le reste n’est que déni ou ignorance, soit… et quoi encore? Dans d’autres articles, j’ai eu l’occasion de traiter de la vision du «verre à moitié plein », d’un monde qui annonce à peine déjà quelques lueurs non pas d’espoir, car je suis marquée par ma génération du «no future», mais d’un refus du défaitisme et de la résignation au pire.

Somnifères, antidépresseurs, tranquillisants. Les vrais dangers. Crédit photo : Nouvel Obs

Somnifères, antidépresseurs, tranquillisants. Les vrais dangers. Crédit photo : Nouvel Obs

Les ruines d’aujourd’hui, c’est le regard tout aussi vrai du « verre à moitié vide ». De la consommation de tranquillisants et d’antianxiogènes qui augmente chaque année à vitesse exponentielle depuis les années 1950. Aliénation galopante ? De la moitié du monde qui n’est pas encore complètement respectée. De l’environnement qui est si détruit que même l’évocation de la fin de l’espèce humaine est régulièrement mentionnée dans des conversations sans faire sourciller!

Occupy 99% afficheDénoncés par les Indignés du mouvement Occupy dans le monde entier, les forces du marché capitaliste et les membres du 1%, principaux pollueurs de la petite planète ont perdu leur empathie pour les plus faibles à cause de leur avidité matérialiste. L’entrevue avec un de ses représentants connus, l’homme d’affaires torontois Kevin O’Leary (vedette des émissions Dragons’ Den et Shark Tank et auteur du livre (en traduction) Toute ma vérité), à l’émission québécoise «Tout le monde en parle», disait justement et sans sourciller, parfaitement convaincu dans son déni : «don’t change nothing», et… oubliais d’ajouter : for  me.

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Cacerolazo contre le FMI et le gouvernement et toutes les banques en faillite, Argentine, 2001, 2002.

Et ces millions de gens qui ont perdu leur fonds de pension en Argentine en 2002 (coupes du FMI), et ces milliers de Canadiens et autres, comme ma tante, qui ont perdu leurs économies durement gagnées lors de l’éclatement de la bulle Internet en 2000, ou ces millions qui ont perdu leur maison lors de la crise des hedge fund spéculatifs de marché aux États-Unis en 2008? Et les sans-abris dans nos pays riches… n’est-ce pas un scandale en soi! Et… et … et… la corruption des élites, des partis politiques? Et le cycle de plus en plus rapide des crises économiques ? Etc. Un tel égocentrisme force le dégoût et nous fait revenir au temps du Musset et des débuts du capitalisme sauvage.

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Manifestant pendant Occupy Wall Street, New-York, 2011

À la défense de ce capitaliste O’Leary cité plus haut, à la seule question non complaisante de l’animateur de télé Guy A. Lepage, il s’est cependant montré en désaccord avec le type spéculatif d’investissement en bourse, mais sans relever la contradiction dans son discours.

Des ruines, de grandes blessures au tissu social et humain… avec, entre autres, nos trop nombreuses relations jetées au moindre orage ou, à l’inverse, construites sur le mensonge et le profit personnel, gardant un silence politiquement correct sur les petits ou grands malaises vécus. Un jeune noir disait hier à ses amis, dans le métro, qu’il voulait quitter le Québec, l’Amérique pour aller vivre dans le Sud, là où les gens sont «plus humains», là où la société n’est pas basée sur «la paranoïa». Plus qu’un brin de vérité dans cette dure critique… Il disait aussi qu’il n’avait pas demandé à naitre ici parce ses lointains ancêtres avaient été amenés de force comme esclaves! Combien de générations cela prend-il pour se sentir intégré à une société ? Sur fond de tension identitaire, donc, autre ruine de notre époque. Aller plus au sud ? Évidemment le syndrome du plus beau dans le jardin du voisin est un piège à éviter… Plutôt : qu’est que je peux faire pour améliorer ou changer les choses ici, dans le pays où je vis, au lieu de la fuite en avant, car ailleurs, ce sont d’autres problèmes, républiques de bananes, et corruption endémique sous le soleil.

Manif avril 2012

Manif du printemps étudiant à Montréal, 2012. Contre les frais de scolarité. Virage à droite.

Cet «immense horizon» de Musset me fait penser aussi à ce qu’a vécu la génération des baby-boomers. Ils ont aussi connu cette internationalisation rapide avec les nouveaux moyens de communication. Puis, ont déchanté, pour la plupart, en atteignant la quarantaine ou la cinquantaine, devenant trop souvent plus égoïstes que ceux qu’ils avaient dénoncés jadis. On n’a qu’à penser à leur discours en 2012 contre les « enfants-rois » de la génération Y et contre les «carrés rouges» que le gouvernement québécois a faussement associé pendant des semaines «à la violence et à l’intimidation»… Eux qui refusaient, il y a deux ans, dans une grève historique, l’augmentation des frais de scolarité. En effet, depuis les années d’études des boomers, les frais de scolarité ont connu une augmentation largement supérieure à l’inflation, soit plus de 625 % (soit ±300$/cours universitaire). Et ces boomers critiques ont oublié que c’est toute la société qui avait payé pour leurs études universitaires entre 1968 et 1989  à… 50$ par cours. Heureusement, ce conflit (devenu par ailleurs crise sociale des «casseroles» par des lois antimanifestations) ne s’est pas transformé en fracture générationnelle, car de nombreux ainés les ont aussi supportés et encouragés. Mais quand la police tire et emprisonne nos enfants qui demandent à grands cris un meilleur accès à l’éducation, on se dit qu’il y a en effet quelque chose de pourri dans notre royaume.

Les Séguin

Les Séguin, 1975.

Et le titre ? Ne vous fait-il pas penser à une chanson, un classique des jeunes boomers des années ’70 au Québec, « Enfants d’un siècle fou » du groupe Les Séguins ? Voir http://www.youtube.com/watch?v=zDKaF4qgJco

« Semence ou débris ?» : voilà une question très contemporaine, finalement!

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Mes forts crocus, vivants sous la neige, en mars 2010, Montréal. Crédit photo Ève Marie

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(1) Le romantisme est une période littéraire, musicale et picturale européenne, exprimée par le mal de vivre de deux générations, que l’on situe généralement entre 1800 et 1850. «Le peintre ne doit pas seulement peindre ce qu’il voit devant lui, mais aussi ce qu’il voit en lui-même.» Caspar David Friedrich

Facebook

Le centre de serveurs de Facebook, en Suède. «Le droit fondamental à une intimité sans encombre est rendu caduc par l’usage abusif des avancées technologiques par les États et par des entreprises dans leurs activités de surveillance.» Crédit photo : Agence France-Presse, Jonathan Nackstrand

[Voir l’extrait de mon récit poétique «Le Fiel à la bouche» à la fin du texte.]

Pour faire suite à mon article critique sur l’impact numérique dans l’éducation, (https://evemarieblog.wordpress.com/2013/07/23/quand-lindustrie-numerique-sabote-leducation) je veux relayer une information qui me semble essentielle : 562 écrivains de renom de 80 pays, dont 5 prix Nobel, ont récemment publié dans tous les grands journaux du monde une lettre qui s’adresse aux Nations Unies pour dénoncer la surveillance numérique institutionnelle et titrée :

« Refusons la société de surveillance! ».

Essentiellement, en plus de critiquer la violation du droit à la vie privée et de la Constitution par les États et des entreprises, ils réclament des Nations Unies une « déclaration internationale des droits numériques » :

«Le pilier de la démocratie est l’intégrité inviolable de l’individu. L’intégrité humaine s’étend bien au-delà du corps physique. Dans leurs pensées et dans leur environnement personnel et de communication, tous les êtres humains ont le droit à une intimité sans encombre. Ce droit fondamental est rendu caduc par l’usage abusif des avancées technologiques par les États et par des entreprises dans leurs activités de surveillance.

Une personne placée sous surveillance n’est plus libre ; une société sous surveillance n’est plus une démocratie. Pour rester valides, nos droits démocratiques doivent s’appliquer aussi bien dans le monde virtuel que dans le monde réel. La surveillance viole la sphère privée et compromet la liberté d’opinion.» Les 562 écrivains, 11-12-2013 (1)

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Depuis longtemps, je suis préoccupée par la confidentialité des communications sur Internet et la notion de vie privée dans un monde de plus en plus numérisé.

J’écris ici, je crois, un des mes plus étranges textes. J’ai l’air de sauter du coq à l’âne, mais à la fin, à vous de faire les liens… Je suis une pensée plus latérale que linéaire, une pensée que je découvre moi-même au fil de l’écriture…

Grosse parenthèse. Dans un récit que j’ai écrit en 1995 « Le Fiel à la bouche » (inédit) et dont l’action se passait dans un proche avenir, je mettais en scène une héroïne, Amanda, qui devient aveugle suite à une morsure d’un de ses serpents dont elle est amoureuse, et ce pendant une guerre du genre phase 2 postKoweit alors que des terroristes font sauter quelques églises de Montréal dans un climat de peur, de suspicion préfolie collective… Quand j’ai écrit ça, ce sont les éditeurs et mes quelques lecteurs qui pensaient que j’étais devenue un peu « guerlot », comme on dit par chez nous… On connait la suite… Septembre 2001. Au Canada, loi anti terrosrste donnant plus de pouvoir à la police et aux services secrets, suspension de certains articles de la Constitution pour certains prisonniers, et de plus en plus d’actes terroristes dans la population civile dans le monde, genre de nouvelle guerre larvée prenant pour cible au hasard des non-militaires, des passants des grandes villes … (2)

Malheureusement, la réalité est devenue pire que ma fiction… Cependant, je suis aujourd’hui plus optimiste qu’à l’époque (il y a 20 ans), je sens que le vent tourne enfin… mais c’est à chaque citoyen de souffler dessus pour qu’il gonfle définitivement et prenne vraiment son envol. C’est pour cela que j’écris moi aussi. Voici, en très bref, pourquoi.

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The Million March Man à Washington d.c., 1995

Dans le milieu des années ‘90, lorsque j’ai écrit « Le Fiel à la bouche », les technologies des fibres optiques commençaient à peine à être développées et Internet n’était pas encore connu dans le grand public. Le déclencheur de ce récit a été une nouvelle que j’avais enregistrée par hasard à la radio et relatant cette très grosse manifestation organisée par « Nation of Islam », un mouvement communautaire, politique et religieux américain (légal) musulman-noir, évènement appelé aussi « The Million Man March », à Washington. Cette «marche» n’était pas ouverte aux femmes ni aux blancs. J’avais été… disons… très… pertubée… impressionnée… dérangée… par cet événement.

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Malcom X, en 1964. Crédit Photo : wikipédia

Nation of Islam a eu Malcom X comme porte-parole et organisateur, dans les années ’50 au début ‘60 (mais il été assassiné par des membres de son Mouvement après avoir critiqué son association pour racisme à l’envers [contre les blancs], avoir quitté NOI et pour s’être intéressé à une autre branche de l’islam). L’Association est dirigée depuis 1978 par Louis Farrakhan. À l’époque, je ne me suis pas renseignée sur cette association pour écrire. Comme la plupart des citoyens, je ne réalisais pas la gravité de la tension entre musulmans et chrétiens qui se dessinait peu à peu; pour moi, c’était juste un (curieux) déclencheur.

J’avais plutôt choisi une écriture impressionniste, voire automatique et sans contredit surréaliste. Ce n’est pas ma tête qui a écrit, mais ma main et mon cœur. J’ai moi-même été surprise de l’étrange résultat qui en est sorti… C’était aussi l’avis des éditeurs que j’avais approchés pour sa publication… J’ai aussi soumis mon récit de « fiction » plusieurs fois  aux concours de Radio-Canada en tout ou en partie, mais sans jamais qu’il ne soit remarqué… et pourtant. L’actualité, 20 ans plus tard, me donna raison. Fin de la parenthèse.

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Edward Snowden

Edward Snowden, 2013. «Une question de conscience», «Mission accomplie», dit-il, “All I wanted was for the public to be able to have a say in how they are governed,” dans son interview au WP fin décembre 2013.

« Le programme baptisé MUSCULAR, et opéré avec l’homologue britannique de la NSA/FBI, le Governement communications headquarters, permet aux agences de renseignements de récupérer des données depuis les fibres optiques utilisées par les géants d’Internet, selon des documents obtenus auprès de l’ex-consultant de la NSA Edward Snowden. […] Ces interceptions mises en œuvre par la NSA auraient eu lieu en dehors des États-Unis, grâce à un fournisseur d’accès télécoms dont le nom n’a pas été révélé.» Le Devoir, 31-10-13. Nous saurons par la suite qu’il s’agit du fournisseur Verizon.

«Le chef de la NSA, le général Keith Alexander, interrogé sur les allégations du Washington Post lors d’une conférence à Washington, a assuré ne pas être au courant de leur publication.» Le Devoir, 31-10-13

«With assistance from private communications firms, the NSA had learned to capture enormous flows of data at the speed of light from fiber-optic cables that carried Internet and telephone traffic over continents and under seas. According to one document in Snowden’s cache, the agency’s Special Source Operations group, which as early as 2006 was said to be ingesting  »one Library of Congress every 14.4 seconds, » had an official seal that might have been parody: an eagle with all the world’s cables in its grasp.» Washington Post, 23-12-13

«La plupart de ces données, par définition et par destination, a appartenu à des gens ordinaires qui n’étaient soupçonnés de rien.» trad. du Washington Post, 23-12-13, sur le Réseau international.net*

«I said to you the only fear [left] is apathy — that people won’t care, that they won’t want change, he recalled this month.» Edward Snowden, Washington Post, 23-12-13

«Using PRISM, the cover name for collection of user data from Google, Yahoo, Microsoft, Apple and five other U.S.-based companies, the NSA could obtain all communications to or from any specified target. The [U.S.] companies had no choice but to comply with the government’s request for data.

NSA is watching youBut the NSA could not use PRISM, which was overseen once a year by the surveillance court, for the collection of virtually all data handled by those companies. To widen its access, it teamed up with its British counterpart, Government Communications Headquarters, or GCHQ, to break into the private fiber-optic links that connected Google and Yahoo data centers around the world.» Washington Post, 23-12-13

Concrètement, PRISM (4) utiliserait des «accès dissimulés»  dans les applications numériques des TIC installées par les citoyens ordinaires eux-mêmes (comme pour M. et Mme Patate dans la vidéo ci-dessous) dans leurs ordinateurs, téléphones, et tablettes du monde entier et acquises auprès des compagnies numériques qu’on croyait pourtant honnêtes et respectables… Voir l’explication du fonctionnement de cet espionnage du citoyen dans ce court vidéo d’animation, à l’humour caustique, fait par le journal Le Monde, en cherchant sur cette page la «famille patate» (3). On ne sait pas encore quelle est l’implication du Canada dans ce scandale, mais il est évident que les services secrets canadiens ont été impliqués, il reste à savoir comment et jusqu’à où…

Que peut-on faire à notre petite échelle ? Commencer par changer de moteur de recherche et de compagnie de courriel; un ami qui fait des sites Internet me conseille Ixquick, dont le siège social est au Pays-Bas. Personnellement, j’utilise le navigateur internet Mozilla Firefox qui est un logiciel libre, et plus facile d’utilisation que l’Explorer de Microsoft. Quitter tous les réseaux sociaux qui nous suivent à la trace, Faceb, Skype et consort : plusieurs ont été payés par la NSA pour qu’ils leur laissent accès à leurs données, selon le Washington Post (4). J’utilise aussi les services internet de mon ancienne université, l’UQÀM et je suis très satisfaite de leur excellent service à la clientèle. Toutes les autres techniques de résistance se trouvent dans un brillant article de A. Damasio «701 000 heures de garde-à-vue», dont la référence est dans les commentaires à cet article, ci-dessous.

À mon avis, dans un proche avenir se développera des coops sans but lucratif de services internet, seule manière de sortir de cette terrifiante logique du profit, du renseignement et du contrôle social à la G. Orwell (à relire : son chef d’œuvre «1984», écrit en 1949 en plein guerre froide, et revoir le très bon film de Terry Gillian «Brazil» basé sur son livre et sa relecture dans le film «La Matrice/The Matrix» de Andy et Lana Wachowski ).

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En effet, un de mes chapitres du Fiel à la Bouche (1995) faisait état en toile de fond des mésaventures d’Amanda, mais sans donner de détails, d’un scandale international ayant pour objet la fibre optique. Et dont les principaux protagonistes étaient jugés devant des tribunaux militaires! Je ne croyais pas si bien dire! Depuis ce temps, je me demandais bien ce que signifiait ce passage, et si un jour il se réaliserait et comment ? Quelle ne fut pas ma surprise 15 ans plus tard, en octobre dernier (2013), d’apprendre que la National Security Agency américaine (NSA) et l’agence d’espionnage britannique utilisaient les réseaux de… fibres optiques des Yahoo, Apple, Google, Facebook, Microsoft, Twitter, Skype et deux autres compagnies américaines pour se renseigner sur des innocents citoyens!!! Et que mon héroïne de récit de fiction serait en fait, un vrai héros américain en chair et en os, réfugié en Russie contre son gré… du nom d’ Edward Snowden !

Depuis le 22 juin, il est accusée par les États-Unis d’espionnage, de trahison, de vol et d’utilisation illégale de biens gouvernementaux. Lui se défend pour l’instant en disant qu’il n’a fait que suivre la Constitution américaine, que son intention est d’améliorer les processus de la NSA et de provoquer un débat public, non de nuire à son pays. Il dit suivre sa conscience en se dégageant de la «peur égoïste» des conséquences d’un tel geste de transgression du ronron technocratique, prétotalitaire, où l’omerta est de mise pour conserver ses privilèges… Voilà comment la corruption et la laideur se répandent à tous les niveaux de notre société… et que Snowden dénonce dans un geste d’éclat avec peu de précédents.

En décembre 2013, Snowden a donné un entrevue au Washington Post (5). Selon le journaliste-photographe Jean-François Nadeau, Snowden bénéficie maintenant d’un large appui populaire. Cependant, aperçu dans la blogosphère, des citoyens et surtout des hauts gradés qui ne peuvent croire un tel niveau d’idéalisme parce qu’ils ont perdus eux-mêmes cette grande qualité spirituelle ou qu’ils ont eu à faire des «compromis» avec leur intégrité (6). Ils cherchent des intentions cachées, le dénigrent, le salissent, technique bien connue pour détruire la réputation et l’attention qu’on donne à une personne. Il y a pourtant des êtres dont la conscience reste à ce niveau-là. Quand ils sont jeunes, ils prennent aussi plus de risques (7). Alors, que fera-t-il dans les 5 prochaines années de sa vie ? Ses nerfs tiendront-ils le coup de toute cette pression ? En attendant, un ami russe architecte de données me dit que Snowden travaille maintenant comme programmeur-vedette pour l’équivalent Facebook russe, Vkontacte. Il est évident qu’il ne pourra pas se cacher le reste de sa vie. Les États-Unis ont déjà reconnu les excès du programme. L’État négociera-t-il avec son ex-consultant ? Les pressions de l’opinion publique feront-elle la différence ? D’autres informations viendront-elles boucler la boucle de l’inacceptable et de l’intolérable ? C’est fou comme on s’est habitué à cela! Des événements comme celui-là viennent heureusement secouer l’aliénation et l’aveuglement tranquille de nos sociétés relativement confortables dans nos mensonges quotidiens…

Grâce à lui, on se dit qu’au moins le pouvoir judiciaire fonctionne encore dans ce pays, parce qu’un juge d’une cour américaine a pu statuer :

«On Dec. 16 [2013], in a lawsuit that could not have gone forward without the disclosures made possible by Snowden, U.S. District Judge Richard J. Leon described the NSA’s capabilities as “almost Orwellian” and said its bulk collection of U.S. domestic telephone records was probably unconstitutional.»[…] «The following day, an advisory panel appointed by Obama recommended substantial new restrictions on the NSA, including an end to the domestic call-records program.

“This week is a turning point,” said the Government Accountability Project’s Jesselyn Radack, who is one of Snowden’s legal advisers. “It has been just a cascade.”» Washington Post, 23-12-13

Finalement, Snowden a fait ses vœux de Noël au sujet de l’importance de la protection de la vie privée, juste plein de bon sens, qu’il a envoyés au Channel 4 et qui sont ici retransmis et traduits par le journal Le Monde (8).

Ed Snowden est un lanceur l’alerte. Il n’a pas mis la vie de personne en danger par ses révélations. Il a passé par des médias reconnus qui ont l’expertise pour vérifier, valider et révéler ce genre de scandale, en protégeant leur source. Il a mis sur la place publique un autre débat sur la démocratie et la transparence de l’État. Il a enfreint les lois de son employeur, mais il a respecté le 4e amendement de la Constitution américaine relatif au respect de la vie privée. En ce sens, sa transgression devrait être en majeure partie pardonnée. Il faudrait relire les conclusions du procès du Nuremberg sur le respect de sa conscience et de devoir moral, lorsqu’on reçoit un ordre de l’armée qui nous semble injustifiable. Néanmoins, sans être naïfs, prenons garde que cet éventuel pardon et ces nouvelles mesures que viennent d’annoncer le comité d’analyse de la NSA nommé par le président Obama pour desserrer les contrôles des services d’espionnage ne produisent pas le contraire que ce qu’elles sont supposées ouvrir.

Des compagnies privées numériques américaines ont aussi participé à cet espionnage moyennant argent, ce qui est très grave. Mais cet espionnage non étatique se faisait déjà pour le développement des affaires et le marketing de ces compagnies et il tend à se développer rapidement avec la mise en marché des innovations d’«objets connectés» (lunette, montre, bracelet, ‘mother’, vêtement intelligent, etc.). Ces nouveaux objets ne soulèvent pas seulement des enjeux légaux, mais des enjeux psychosociaux en mettant en place un genre de terrible surmoi culturellement orienté (américain, encore!) qui ferait retourner Freud plusieurs fois dans sa tombe…(9) Infantilisation, aliénation volontaire à vie ? Non merci!

cyber-surveillanceDans un excellent dossier spécial du journal Le Devoir du 11 janvier 2014, on apprend par le journaliste Fabien Deglise que «La question de la transparence est centrale dans le développement de ces technologies» dit Jonathan Roberge, de l’INRS. «Mais elle est aussi problématisée.» «Cette connectivité des objets ne va pas être contrôlée par des millions d’entreprises, mais par une oligarchie assez réduite à qui l’on est en train d’octroyer une capacité transformative faramineuse.» «Une dérive qui, selon le prof de droit Simon Chesterman, de l’Université de Singapour, commande désormais une nouvelle connexion, rapide cette fois, ‘sur plus de transparence’ de la part de ces multinationales […] peut-on lire  dans les pages numériques du Tech in Asia (10).

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cildo_meireles_zero dollar_bill_1024x768

Cildo Meireles, «zero dollar bill», 1978 : résister à l’oppression capitaliste

Heureusement, mon récit du Fiel à la bouche finit bien (ou mal, c’est selon) et j’ai l’étrange impression qu’il se réalise justement à ce moment-ci dans mon histoire de vie. En voici deux extraits : celui dont je vous parle plus haut et le final.

LE FIEL À LA BOUCHE (extrait, 1995)

-chapitre 23-

La crise internationale s’est calmée. On commence à parler de paix. J’habite maintenant aux appartements communautaires. Je travaille quelques heures par semaine pour le Centre de recherche énergétique. Grâce à ce que je perçois maintenant, je peux détecter facilement toutes les défaillances de leurs nouveaux systèmes électromagnétiques.

Peu à peu, les souvenirs de mon ancienne vie me reviennent. Tout le fil conducteur en devient évident. Au fur et à mesure que je raffine mon œil intérieur, la perception de mon propre mystère s’éclaircit. Je vois les pensées circuler de plus en plus clairement. Ce sont des lignes oblongues autour de moi qui finissent par former un réseau de lianes tressées très serrées. Elles m’empêchent de circuler à mon aise. Je vois comment j’ai aimé ma cage mais aussi combien elle m’a fait pleurer.

Peu à peu, je vois autour de moi comment le tressage de mes pensées laisse de plus en plus passer de fins rayons de lumière. Cela semble avoir un impact sur les gens autour de moi et même sur le lieu où j’habite. Les objets se brisent beaucoup moins souvent. Je sens une nouvelle chaleur. J’entends plus de rires. Les érables ne pleureront plus en avril.

-chapitre 24-

Il y a eu de gros changements au niveau des Réseaux Internationaux de câbles optiques. Certains Réseaux sont maintenant devant les tribunaux militaires. On commence à peine à comprendre ce qui a provoqué la guerre. Je suis cela de très loin, mais j’avais remarqué des interférences depuis longtemps sur certaines lignes numérales. Mais personne ne m’avait prise vraiment au sérieux.

Les paysages paradisiaques que j’imaginais lorsque j’étais jeune me reviennent à l’esprit de plus en plus souvent. Je me sens aussi légère qu’une plume au soleil. Même ma robe s’envole.

 Nous ferons pousser un jardin d’amarantes. Nous mangerons des écorces de serpents au soleil. Voici venir l’état de grâce.

-chapitre 26-

 Quand ils entrent au-dedans de mes rêves, nous mangeons des coquelicots rouges et ils font de la musique. Nous prenons seulement ceux qui repoussent facilement pour ne pas en manquer. On les reconnaît facilement car ils sont plus beaux que les autres. Nous buvons l’eau à la bouche et elle nous raconte son ivresse. Chacun de nos gestes se forme à la manière d’une prière suave au Soleil. Nous sommes dans l’ivresse de Dieu, tous réunis. Nous voyons la racine et la cime des arbres d’un seul coup d’œil. L’est et l’ouest se trouvent au même endroit. C’est toujours le jour et c’est toujours la nuit en même temps. Il faut cultiver la joie pour y rester.

Le bassin des larmes perpétuelles a été inauguré. Tous ceux qui ont envie de pleurer viennent s’y laver. Les cygnes nous regardent, amusés. Jamais œuvre humaine n’eut le pouvoir d’attirer tant de monde. La filée fait plusieurs fois le tour de la Terre comme un grand jardin électrique branché sur la même fréquence… vue d’une autre planète, la Terre a maintenant l’air d’une comète dans sa robe du dimanche matin.

 

FIN

extrait inédit de « Le Fiel à la bouche » 1995, Ève Marie Langevin,  bientôt en CD

(à la recherche d’un éditeur)

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(1) Voir la lettre complète au http://www.ledevoir.com/societe/justice/394827/refusons-la-societe-de-surveillance?utm_source=infolettre-2013-12-11&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

Pour aller plus loin, il y a eu aussi un éditorial très inspiré dans le journal Le Devoir et une opinion très pertinente d’un professeur de gestion de l’Université McGill, Montréal : « Résister à la déshumanisation électronique du monde ». Voir http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/394954/appel-a-la-liberte

http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/394956/resister-a-la-deshumanisation-electronique-du-monde

(2) Voir à ce sujet mon texte archivé de 2001 au https://evemarieblog.wordpress.com/2012/11/02/declaration-pour-un-monde-sans-guerre-et-sans-violence/

(3) http://www.lemonde.fr/technologies/article/2013/12/04/la-nsa-localise-pres-de-5-milliards-de-portable-par-jour-dans-le-monde_3525520_651865.html#xtor=EPR-32280229-[NL_Titresdujour]-20131205-[titres]

(4) http://www.washingtonpost.com/world/national-security/nsa-paying-us-companies-for-access-to-communications-networks/2013/08/29/5641a4b6-10c2-11e3-bdf6-e4fc677d94a1_story.html

Plus de détails sur PRIM au http://www.lemonde.fr/international/infographie/2013/06/11/le-programme-prism-en-une-infographie_3427774_3210.html

(5) Voir son entrevue complète au http://www.washingtonpost.com/world/national-security/edward-snowden-after-months-of-nsa-revelations-says-his-missions-accomplished/2013/12/23/49fc36de-6c1c-11e3-a523-fe73f0ff6b8d_story.html ou en traduction française au http://reseauinternational.net/2013/12/26/edward-snowden-apres-des-mois-de-revelations-sur-la-nsa-dit-que-sa-mission-est-accomplie/

(6) Comme autres exemples croisés, il y a eu aussi aux États-Unis cette année, le soldat Bradley Manning qui a été reconnu coupable de la plus grande fuite de documents secrets aux États-Unis. Il a pris 35 ans de prison. Plus près de nous,  à une autre niveau, la fonctionnaire canadienne Sylvie Therrien a été congédiée et critiquée comme une paria pour avoir eu l’intégrité de révéler ce qui lui semblait contraire aux objectifs du programme d’assurance-emploi, soit des informations sur les quotas secrets du programme  du gouvernement fédéral. Dans leur campagne de soutien de 40,000 $ organisé par le Conseil national des chômeurs et chômeuses, une contributrice a écrit très justement : «Vous êtes un exemple de courage et d’intégrité à une époque de cynisme, de corruption, et d’individualisme… Bref, merci pour ce geste, vous êtes une femme remarquable.» Marie-S.

Au Québec, un autre lanceur d’alerte dans le domaine des syndicats de la construction et des fonds syndicaux de solidarité, associés au plan de pension (REER) à la centrale syndicale FTQ, est le très courageux Ken Pereira  (ex-directeur du local des mécaniciens industriels), alors qu’on vient d’apprendre à quel point les dirigeants de la FTQ-Construction étaient en contact avec le milieu criminalisé.

Les lanceurs d’alerte qui travaillent pour le bien commun devraient être mieux protégés par la loi, sans tomber dans la dérive des systèmes de délation tels que l’ont connu les pays communistes.

(7) Au Québec, nous avons vu et vécu de très nombreux exemples de ce genre de manifestation de l’être pendant le «printemps érable» de 2012.

(8) Vœux de Noël : http://www.lemonde.fr/technologies/video/2013/12/25/les-v-ux-de-noel-d-edward-snowden_4339825_651865.html

(9) http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/397064/nouveaux-gardiens-de-la-morale

(10) http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/397065/une-transparence-a-deux-vitesses

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MISE À JOUR

LA PRESSE (journal quotidien à Montréal) 20-01-2015 :

  • «Au Canada, le Centre de la sécurité des télécommunications a participé à cueillette.»
  • «Le groupe d’étude de la Maison-Blanche a conclu que la NSA était allée trop loin.»

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Voir aussi la Déclaration d’Ottawa sur la surveillance de masse au Canada.

J’ai mis aussi d’autres mise-à-jour dans les «commentaires» ci-dessous.

Proposition dans la Charte des valeurs

Proposition dans la Charte des valeurs québécoise

«La dignité humaine ne dérive pas de la religion mais la précède.» Hitchens (*a)

Après quelques lectures et autres discussions ces deux dernières semaines, mais surtout basé sur mon expérience quotidienne avec les immigrants depuis de nombreuses années, mon point de vue évolue et  je crois que je suis de plus en plus d’accord avec le projet de Charte des valeurs, même s’il reste encore des points de compromis, des éclaircissements à faire et des contradictions à résoudre.

Quatre des cinq principes proposés par le gouvernement du Parti québécois font consensus, soit l’égalité hommes-femmes, le devoir de réserve et de neutralité du personnel de l’État, donner et recevoir un service à visage découvert, établir une politique pour les demandes d’accommodements religieux.

Le principe qui fait débat actuellement est surtout celui de la nécessité ou non d’encadrer le port des signes religieux pour le personnel de l’État public et parapublic et si oui, comment le faire ? (1)

hijab au travail 2

policière au travail dans un autre pays, avec son hijab (petit voile)

–          La neutralité de l’État et la fonction de la personne devraient être exprimées par des vêtements neutres : c’est ce qu’on demande déjà aux pompiers, policiers, juges, etc. qui portent tous des costumes quand ils travaillent. Je vois de moins en moins quel « droit » on bafouerait en demandant aux employés de l’État de retirer les accessoires religieux dits ostentatoires (visibles). Si à l’ONU, on ne porte aucun signe religieux, si dans d’autres villes plus cosmopolites, on voit rarement des femmes voilées, quel est le vrai problème (2)? N’y a-t-il pas de la naïveté à vouloir faire des exceptions?

–          La question des droits doit être balancée par celle de la responsabilité : or c’est la responsabilité des fonctionnaires et autres employés des secteurs parapublics de ne pas indisposer, influencer les contribuables, patients, élèves en affichant trop clairement leur appartenance religieuse. Pour prendre un exemple extrême, je serais franchement très mal à l’aise d’arriver à la garderie avec mon enfant et que toutes les personnes soient voilées et recouvertes de la tête au pied même à 30°. Ce costume crée un mur entre les personnes. À terme, il ne favorise pas l’intégration. Avec le niqab et la burqa (voile intégral), le mur est encore plus évident et le retrait du contact public plus prononcé.

calotte et burka musulmans

calotte et niqab musulmans

Par contre, je l’accepterais si j’allais vivre en Égypte ou en Arabie. Imaginez maintenant un infirmier juif portant la kippa sur la tête qui prend soin d’un patient musulman… radical (=islamiste). Pas très bon pour sa guérison… Il demandera un autre, ça créera des complications. Ou imaginez un homme qui refuse que sa femme ou sa fille soit soignée ou accouchée par un autre homme. Que fait le personnel soignant? N’y a-t-il pas d’autres choses plus urgentes à régler? En  Amérique, monsieur, madame ne peuvent pas vivre comme dans leur pays.

kippa juive

kippa juive

Le débat social a parfois pris une tournure complètement déformée : il ne s’agit pas d’empêcher les gens de pratiquer leur religion !! Il importe de remettre les pendules à l’heure, de recadrer le débat et de calmer les esprits échauffés : il s’agit de réglementer le costume des fonctionnaires.

hijab au travail3

Hidjab/voile au travail. Le débat social est déjà récupéré par le marketing d’un hôpital en… Ontario. Au Québec, la Fédération des infirmières (FIQ), le syndicat avait déjà pris position pour la neutralité de l’État, mais avec «une période de transition» et pour un modèle de laïcité ouverte et non-coercitive. Elle rendra publique sa position spécifique sur la Charte prochainement.

Gravure de Jeanne Mance

Gravure de Jeanne Mance, missionnaire française laïque, ad 1660. Cofondatrice de Montréal et fondatrice de l’hôpital Hôtel-Dieu pour les sœurs de la Société Notre-Dame de Montréal

Portrait de Marguerite Bourgeoys par Pierre Leber, 1700.

Portrait de Marguerite Bourgeoys par Pierre Leber, 1700. Elle était enseignante et membre laïque de Congrégation Notre-Dame de Montréal (catholique)

Sur le plan des traditions, nous demandons aux immigrants de les partager avec nous lorsqu’ils viennent habiter dans notre pays. Tous les nouveaux arrivants, sauf exception, s’attendent à cela lorsqu’ils débarquent chez nous, je peux vous l’affirmer sans aucun doute puisque j’ai souvent discuté de cela avec mes étudiants.

tchador

tchador musulman (grand voile)

tchador Lev Tahor

Costume religieux porté par les femmes et le filles dans la secte juive Lev Tahor

Or comme en France, c’est surtout la question du voile chez les femmes musulmanes qui fait jaser et qui crée des clivages actuellement. Notez que certains groupes fondamentalistes juifs portent également un genre de tchador ou grand voile, qui couvre les femmes (et même les filles) complètement, sauf leur visage. Chez nous, il y a bien longtemps que les Québécoises ne se couvrent plus les cheveux en signe de modestie (3).

bonnet

Répliques de bonnets portés par les femmes du peuple de la colonie française au Québec (17e s.)

Au Québec, les religieuses catholiques ont à la fois été forcées (de par l’opprobre populaire) et ont choisi de retirer leur voile dans les écoles et sur la rue pendant la Révolution tranquille des années 1960 (4). Le voile est tout simplement d’un autre siècle. Néanmoins, je le tolère et l’accepte dans l’espace public, car je conviens que ça peut prendre un certain temps avant de changer ses habitudes. Je comprends et pratique dans mon travail tous les jours les différences dans une ville multiculturelle comme la nôtre. Plusieurs de mes étudiantes viennent voilées dans mes classes et je suis très à l’aise avec elles. Par contre je refuserais une femme avec le niqab (yeux seulement) ou le voile intégral, car pour apprendre une langue, on a besoin de voir l’expression complète du visage.

Autrement dit, c’est d’abord aux nouveaux arrivants de montrer leur bonne volonté de s’intégrer, en se montrant sensible à nos malaises : ils ont le fardeau de la preuve en se montrant accommodants et souples avec leur société d’accueil. Ce faisant, nous serons beaucoup plus tentés de l’être en retour. La tolérance et la communication ne commencent-elles pas par soi et par sa propre maison ? Les personnes qui donnent l’exemple sont habituellement plus convaincantes.

«De mon grand pays solitaire
Je crie avant que de me taire
À tous les hommes de la terre
Ma maison c´est votre maison

Gilles Vigneault, Mon pays

–          Par contre, ce qui m’énerve là-dedans, c’est que ces nouvelles mesures toucheraient surtout les femmes, et surtout celles, nombreuses, qui travaillent en garderie et dans le domaine de la santé. En renversant la perspective, juste pour faire boutade et faire réfléchir les hommes musulmans, à la limite j’accepterai cette modestie lorsque les hommes se couvriront la tête également, chose évidemment qui n’arrivera jamais (7). Alors?? C’est quoi, le fond de l’affaire? C’est néanmoins un dilemme pratique important et encore non-résolu par la discussion sociale, pour le quotidien et l’intégration au travail de ces femmes. Devrions-nous prévoir une période de transition, à la manière des clauses «grand-père» des syndicats pour protéger les anciennes, car le chômage sévit 2 fois plus chez les musulmanes ? D’un autre côté, comment s’intégreront-elles vraiment si elles continuent à porter le voile pendant des années encore ? À quoi bon se donner tant de mal pour des exceptions puisque, selon une interprétation libérale (contesté par les conservateurs) du Coran, rien n’oblige les femmes à mettre le hijab (ni à faire prière dans l’espace public 5 fois par jour), c’est pourquoi de très nombreuses femmes pratiquantes dans les pays musulmans ne le portent pas. Bref, ce que je comprends pour l’instant, c’est que les femmes musulmanes qui choisissent de le porter, le font soit par habitude, soit par nostalgie/attachement identitaire (pour celles qui ne le portaient pas dans leur pays et le portent ici), soit pour se conformer aux conventions ou aux pressions de leurs milieux immédiats –comme l’ont démontré des cas documentés en France où des jeunes filles, sous le couvert de l’anonymat (!), ont supplié le législateur d’interdire le voile à l’école (5)– qui sont soit conservateurs, soit radicalement pour un retour en arrière avec la charia.

«Le voile n’est pas un bout de tissu anodin, comme on le prétend. Bien au contraire, il véhicule le prosélytisme d’un islam fanatique et totalitaire. La plupart des musulmanes de Montréal ne portent pas le voile. Sont-elles moins pieuses pour autant ?» (6) Nadia Alexan, prof retraitée d’origine égyptienne

On n’a pas beaucoup entendu les hommes sikhs porteurs du turban ou du kirpan se plaindre dans cette histoire, vous avez remarqué?

hijab au travail

hijab/voile/foulard musulman et tchador ?

–          J’apprenais récemment que la Tunisie interdit le port de signes religieux dans sa fonction publique depuis… 1981. À cet égard, j’ai une anecdote à raconter qui m’a donné froid dans le dos. Une de mes collègue canado-tunisienne m’a raconté que lorsqu’elle est retournée en vacances dans son pays d’origine, quelques mois après la révolution de jasmin, elle se promenait, comme à Montréal, avec un T-shirt à petites bretelles qui laissait voir un petit tatou. Un jour, un homme, habillé à l’afghane, l’a agressé en pleine rue, en plein jour en lui disant d’aller se rhabiller. Elle s’est retrouvée à l’hôpital. Le médecin, qui l’a soignée et qu’elle connaissait, un homme moderne et libéral, lui a dit : quand même, tu pourrais faire attention! De plus, à peu près au même moment, sa sœur, qui ne s’est jamais voilée non plus, mais qui est restée en Tunisie, s’est fait demander, avec beaucoup d’insistance, par un chauffeur de taxi, donc un parfait inconnu, quand est-ce qu’elle allait mettre son hijab! Incroyable comment les hommes se donnent la liberté de contrôler le corps des femmes. Il faut rester très vigilant avec cela. Un pouce = un pied… Lui demandant récemment de commenter cette expérience, elle me dit que le fait que son agresseur venait probablement d’Afghanistan «rend la chose encore plus grave. Si la Tunisie va être sauvée, elle le sera grâce à ses femmes qui résistent et qui résistent… et qui refusent de voir leurs enfants voir et vivre l’inexplicable.» Évidemment, c’est loin, c’est pas chez nous, mais c’est juste pour illustrer ce qu’il peut y avoir en dessous de cette histoire de voile, et ce, malgré tous les discours de «liberté» et «choix complet» dont les femmes d’ici qui le portent nous assurent, alors le doute subsiste. Des hommes intégristes ou ultra-orthodoxes voyagent partout dans le monde pour influencer, voire terroriser les populations locales. Ce prosélytisme est tout simplement inacceptable. Gare à la manipulation! Au sujet de notre débat sur la Charte, ma collègue tunisienne me répond : «la religion est quelque chose de très personnel et on n’a pas à afficher ses croyances. Le Canada est un pays multiculturel et comme tu l’as si bien, dit un pouce = un  pied (8).»

« Les musulmanes portant le voile qui se prétendent féministes trahissent le combat mené par ces femmes héroïques, qui se sont débarrassées du voile, symbole du patriarcat. […] en portant le voile de l’aliénation, elles montrent qu’elles ne veulent pas s’intégrer. » Nadia Alexan (5)

–          Enfin, il importe de faire l’effort de sortir du présent et d’imaginer quel type de Charte aura le meilleur impact et des conséquences bénéfiques pour le futur, alors qu’il y a aura vraisemblablement de plus en plus d’immigrants. En ce sens, il importe de fixer des balises dès maintenant. De plus, dans une étape subséquente, il me semble que d’autres valeurs fondamentales des Québécois devraient faire l’objet de débat puis être incluses par consensus dans la Charte pour la bonifier. Occupons Montréal, a fait la démarche en 2011-2012 en produisant un document final intitulé : «Déclaration des engagements individuels et collectifs», publié au https://evemarieblog.wordpress.com/les-engagements-d-occupons-montreal/ et au http://www.occupons-montreal.org/?page_id=5

–          Le seul argument négatif que je retiens est justement dans cette projection dans l’avenir. Si le multiculturalisme à l’anglaise a créé des communautés fermées et parfois sectaires (on l’a vu avec les attentats de Londres en 2005, perpétrés par de jeunes islamistes… nés en Angleterre); mais le républicanisme à la française avec une pseudo-intégration forcée n’a pas marché non plus (on l’a vu avec des émeutes à répétition dans les banlieues d’immigrés). Bref, quel est le meilleur outil à court et long terme pour intégrer les immigrants ? : telle est la question de fond. Il importe d’affirmer clairement nos valeurs et nos façons de faire, tout en évitant les replis communautaristes et les crispations identitaires (les nôtres et celles de certains immigrants) d’une exclusion choisie. Pas simple comme nouveau contrat social.

Et pour vous?

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niquab

Photo ironique d’une femme en burqa se prenant pour Marilyn Monroe pour l’anniversaire du magazine féministe La Vie en rose, il y a une dizaine d’années

(a) Christopher Hitchens est un philosophe, journaliste et essayiste britanno-américain contemporain. Plus de détails au http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/395206/hitchens-appuierait-le-projet-de-loi-60

(1) http://www.nosvaleurs.gouv.qc.ca/fr

(2) «J’ai passé les 20 dernières années de ma carrière à l’ONU. J’ai aussi travaillé dans plusieurs autres organisations internationales. Dans tous ces cas, j’étais entouré de nombreux collègues juifs, musulmans et sikhs, entre autres. Je n’ai pratiquement jamais vu de signes vestimentaires religieux, ni turban, ni kippa, ni voile — surtout pas de voile –, ni chez les fonctionnaires de l’ONU ni chez les délégués ou visiteurs des différents pays.

Or, fait frappant, quand je viens à Montréal, je vois plus de femmes voilées en une journée que je n’en ai vues en 20 ans à l’ONU, à New York ou à Genève, à l’ONU ou en ville. Comment se fait-il que l’on voie autant de femmes voilées à Montréal et que l’on n’en voie pratiquement jamais dans ces villes cosmopolites ou dans les bureaux et les missions de l’ONU? N’y aurait-il là que des mécréants et des impies?

Par ailleurs, de passage à Toronto je n’ai pas vu là non plus autant de femmes voilées qu’à Montréal, et de beaucoup. N’y a-t-il pas lieu de s’interroger sur les causes de cette frénésie de manifestations d’intégrisme au Québec.» André Sirois, L’Aut’Journal, 9-10-13

(3) Au temps de la colonie française du 17e s., la mode et les conventions voulaient que les femmes se couvrent la tête avec un bonnet, sans que cela ne soit un signe religieux.

(4) La religieuse sœur Dumont a récemment témoigné de cette expérience à la radio d’État en disant que le voile faisait comme un mur désagréable entre elle et les autres personnes non-voilées :

«Le but de la religion est que les humains deviennent meilleurs. C’est une question de paix. Il n’y pas un voile qui peut être plus fort que la paix. C’est l’argument suprême. Il n’y a pas de religion qui a demandé à ses fidèles de se voiler. Ce sont les traditions qui nous l’ont imposé. » http://www.radio-canada.ca/emissions/medium_large/2013-2014/chronique.asp?idChronique=315050

«Que nous le voulions ou non, les signes religieux trop apparents dressent un mur et créent un malaise.»

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/388881/adieu-coiffe-voile-corset-cape-capuche-etc

(5) La commission Stasi (2003) pour une réflexion sur l’application du principe de laïcité à l’école, au travail, dans les services et lieux publics a examiné, notamment, la question du port du voile dans les écoles françaises. À la suite de son interdiction, 144 jeunes filles voilées se sont retirées… dans toute la France. Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Commission_Stasi

(6) Voir in http://www.ledevoir.com/politique/quebec/389246/arretons-de-dorloter-l-integrisme

(7) En fait, cela arrive parfois… pour manifester un appui aux femmes, ou à un homme déguisé en femme… pour échapper à la police politique, comme témoigne cette nouvelle en 2009 en Iran : http://blogues.lapresse.ca/hetu/2009/12/17/pourquoi-ces-hommes-portent-ils-le-tchador/ et http://iran.blog.lemonde.fr/2009/12/15/le-tchador-masculin-envahit-le-web/ : «Le blog Spittoon.org, spécialisé dans la religion et la politique dans le monde musulman, interprète la photo [de Majik Tavakoli déguisé en femme avec un tchador] comme étant une tentative pour les autorités iraniennes «d’humilier (Tavakoli) en utilisant une vieille pratique du gouvernement pour prouver au public que les leaders de l’opposition sont « moins que des hommes » et manquent cruellement de courage et de bravoure .» C’est tout dire sur la signification de ce vêtement dans la culture traditionnelle perse.

tchador au masculin

Tchador… au masculin, en appui à la campagne iranienne «Nous sommes tous Majid»Tavakoli.

(8) Expression comme pour dire 1mm = 10 cm.

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8 avril 2015

Suite à une recherche pour un autre article sur les autochtones, je tombe sur cette photo :

Selk’nam, à gauche costume et maquillage pour le rituel du Haïn. À droite, «clown sacré» maquillage des Shoorts, sorte de police et de gardien du territoire, également responsable de réprimer les femmes insoumises. Dans le rituel du Haïn, lors de leur dernier rituel avant leur extermination en 1923, Terre de Feu. Crédit photo: Anne Chapman. Dans la pièce d’Ondinnok, on raconte comment l’un d’entre eux brula la vulve d’une femme infidèle qui avait profité de l’absence des chasseurs pour coucher avec tous les jeunes hommes de la tribu. Ce rituel n’est pas sans faire penser à celui de la lapidation des femmes infidèles ou prostituées dans la Bible et dans les traditions musulmanes. Bien sûr, l’homme infidèle, lui, est rarement inquiété, habitude acquise probablement quand les hommes ont compris leur rôle dans la procréation pour «protéger» leur lignage et leur descendance… et qui fonda, peut-être, le patriarcat.

c Autochtones Selk’nam de la Terre du Feu (Argentine/Chili) aujourd’hui exterminés (!). À gauche, costume et maquillage pour le rituel d’initiation des jeunes hommes appelé «Haïn». À droite, «clown sacré»avec le maquillage des «Shoorts», sorte de police et de gardien du territoire, également responsable de réprimer les femmes insoumises. Dans le rituel du Haïn, lors de leur dernier rituel avant leur extermination en 1923. Crédit photo: Anne Chapman. Dans la pièce d’Ondinnok (Montréal), on raconte comment l’un d’entre eux brula la vulve d’une femme infidèle qui avait profité de l’absence des chasseurs pour coucher avec tous les jeunes hommes de la tribu. Ce rituel n’est pas sans faire penser à celui de la lapidation des femmes infidèles ou prostituées dans la Bible chrétienne et dans les traditions musulmanes. Bien sûr, l’homme infidèle, lui, est rarement inquiété, habitude acquise probablement quand les hommes ont compris leur rôle dans la procréation, pour «protéger» leur lignage et leur descendance… et qui fonda, peut-être, le patriarcat.

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Autres liens intéressants :

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/277804/guy-rocher-invite-le-quebec-a-achever-sa-laicisation

http://michelvenne.inm.qc.ca/?p=277&utm_medium=email& utm_campaign=Infolettre+d%27octobre+2013+-+Et+si+on+…&utm_source=YMLP&utm_term=En+qu%26ecirc%3Bte+de+la%26iuml%3Bcit%26…

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/387251/engouement-pour-le-manifeste-anti-charte

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/388738/les-religions-indiscretes-doivent-respecter-la-societe-civile

http://www.lactualite.com/opinions/le-blogue-de-manon-cornellier/suggestions-de-lecture-pour-ou-contre-la-charte-des-valeurs-quebecoises/

– Le cinéaste Teri Gillian dit que cette histoire lui fait penser à « Monty Python, la Vie de Brian » (la scène de la lapidation :-) . C’est autorisé, ce film, en Iran ? Après tout, ça se moque du christianisme, pas de l’Islam, donc y aurait pas de raisons de l’interdire… Ça ferait peut-être rire les iranien(e)s (qui doivent en avoir bien besoin). Voir ce film hilarant des Monty Python : http://www.youtube.com/watch?v=MIaORknS1Dk.  Gullian : «Ça y est… j’ai retrouvé le lien vers la fameuse scène de la lapidation, où des acteurs masculins jouent le rôle de femmes qui se mettent des fausses barbes pour se faire passer pour des hommes pour pouvoir participer à une lapidation dans l’Antiquité…» Source : blogue du journal Le Monde.

Student Protests; la tricoteuse du peuple

La tricoteuse du peuple, microaction «On se tricote un avenir» à la manif de soir du 1er juin 2012 contre l’augmentation des frais de scolarité et la loi 78. Crédit photo -Graham Hughes- CP

QUOI FAIRE??? Ma santé mentale, mon respect de moi-même, ma reconnaissance professionnelle sont  en jeu à mon travail, tout comme vous, probablement ? Pas question de me laisser aliéner. Je suis une professionnelle compétente, une spécialiste de ma matière, le français langue seconde, même si je n’ai pas le fameux papier qu’on m’exige subitement, après dix ans de valeureux travail. Alors, faisons deux choses ensemble : d’abord réfléchissons sur la surérogation, ces actes héroïques dont les exemples récents de Assange, Snowden, Manning, Weiwei ou Spence peuvent nous inspirer, mais créons-les à notre niveau, à notre travail de tous les jours. Partageons nos expériences d’actions «héroïques», puis créons nos propres scénarios et dispositifs de microactions grâce à de l’auto/intercoaching de groupe, en jouant au jeu du miroir, inspirées par les formes de théâtre participatif d’Augusto Boal, le théâtre de l’opprimé et par les actions de révélation collective et l’ethnométhodologie du psychosociologue Georges Lapassade (2). Voyons quelles actions citoyennes nous avons faites et celles que nous pourrions développer.

Ne plus avoir peur, tel est notre devoir. Il s’agit d’un retournement où le devoir d’accomplir quelque chose d’héroïque dans notre milieu de vie (travail, famille, réseaux) est plus important que nos droits. Précisément, accomplir de telles actions de simple héros et héroïne dans le proche quotidien, multiplié par deux, vingt, cent, mille personnes peuvent  finir par avoir un impact réel et créer un effet d’entrainement. Ces actes Ubuntu* nous permettent aussi, à un niveau spirituel, de dépasser justement notre peur et d’être les dignes enfants de ce que nos parents nous ont appris, en poussant plus loin par amour  leur propre expérience. Quand l’amour remplace la peur… on ne sait pas ce qui peut arriver de merveilleux.

* »A person with Ubuntu is open and available to others, affirming of others, does not feel threatened that others are able and good, based from a proper self-assurance that comes from knowing that he or she belongs in a greater whole and is diminished when others are humiliated or diminished, when others are tortured or oppressed » Archbishop Desmond Tutu

La tricoteuse du peuple vous invite à la RÉOCCUPATION DU COEUR DE L’ILE d’Occupons Montréal,  le 14 juillet à 12 h, au parc Molson.

Inscription sur notre meetup au http://www.meetup.com/Occupons-le-Parc-Molson-12-14-juillet-2013/

Plus d’info dans mon blogue précédent (24 juin 2013) «La tricoteuse du peuple lance un cri du cœur à son employeur, la CSMB» : https://evemarieblog.wordpress.com/2013/06/24/la-tricoteuse-du-peuple-lance-un-cri-du-coeur-a-son-employeur-la-csmb/

Voir aussi ma série d’articles sur le sujet des groupes de discussion :

https://evemarieblog.wordpress.com/2012/09/13/histoire_conversation_salons_groupe-de-discussion/

https://evemarieblog.wordpress.com/2013/06/04/histoire-active-des-salons-de-conversation-devenus-conversations-de-cuisine-2/

https://evemarieblog.wordpress.com/2013/09/21/groupedediscussion_democratie/

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