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Totalement ignorés par les médias québécois, des indignés en France sortent depuis 3 nuits intitulées initialement « Le 31 mars, on ne rentre pas chez nous » ou sur Twitter #NuitDeboutParis. Source : Le Monde, 01-04-16. Voir ici

Des centaines de personnes se sont réunies en assemblée générale, place de la République à Paris,  hier soir vendredi 1er avril 2016, pour la deuxième soirée d’affilée, #Nuit Debout.

Dans le sillage des Indignés espagnols de Podemos, d’Occupy Wall Street (ici localement : Occupons Montréal) ou du printemps arabe, le collectif improvisé Convergence des luttes (1), dont de nombreux étudiants en grève, a appelé sur les réseaux sociaux à une «Nuit debout. On ne rentre pas chez nous». Ils manifestent depuis 3 nuits pour contester une loi libéralisant le Code du travail français en diminuant notamment le filet social. Cette loi veut notamment favoriser les ententes locales avec les employeurs, ce qui pourra affaiblir encore davantage les travailleurs précaires et les jeunes avec de nouvelles mesures visant par exemple à diminuer le salaire des heures supplémentaires et visant à affaiblir les syndicats (VOIR ICI)  (2). En même temps, des discussions sur le système capitalisme et le sauvetage des banques ont lieu.

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Nuit Debout du 31 mars 2016. Crédit photo : Revelli-Beaumont/SIPA

Des manifestations ont aussi donné lieu à des échauffourées avec la police… avec la technique de répression de la «souricière» contre des manifestants pourtant pacifiques, comme nous l’avons vu qu’à l’écœurement pendant le Printemps érable ici au Québec en 2012 et après. À noter aux nouvelles de France1 ce pm qu’un policier qui a manifestement abusé de ses forces dans une de ces manifestations contre la loi Travail la semaine dernière en frappant un lycéen (3), vient d’être retiré de ses fonctions pendant l’enquête. Il peut être passible de trois ans de prison.

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En parallèle, et à la suite des attentats de Paris de novembre dernier, cette nuit (2-3 avril), la mairesse de Paris (les Français disent « maire » pour une femme…) Anne Hidalgo invitait à la discussion et à la réflexion publique dans la rue et autres lieux publics. (4)

Pour approfondir la réflexion, voir aussi l’économiste du CNRS Frédéric Lordon qui parle de la «violence néolibérale» de la nouvelle loi Travail :

La fin du discours de Lordon est-elle surprenante pour vous ?

Oui et non pour moi : axée sur une philosophie nihiliste de la catastrophe, est-ce vraiment le seul moyen pour sortir de l’impasse politique-économique-sociale ? Oui c’est surprenant, car il s’agit d’une approche destructrice et pour laquelle on a assez peu conscience des conséquences sur nos vies; non pas très surprenant, car on entend de plus en plus souvent, au Québec aussi, cet appel désespéré, en particulier chez les jeunes dans la 20taine et la 30taine ne voyant pas d’issues, dans un ras-le-bol.

Comme je l’ai exprimé maintes fois sur ce blogue, en appeler d’une prise de pouvoir par un nouveau groupe ne changera rien sur le fond. Même les meilleurs intentionnés reviendront vite aux mêmes mauvaises habitudes du pouvoir : les mêmes travers personnels amèneront aux mêmes résultats. Il faut aussi et surtout chercher dans l’âme humaine : qu’est-ce qui amène les gens à voter de telles lois, à taper gratuitement sur des manifestants, à voler l’argent des épargnants dans les banques grâce à une économie spéculative, etc., etc., etc. ? Qu’est-ce qui amène l’humain, une fois «arrivé» à son petit pouvoir, à agir comme cela ? Et vous et moi, dans nos relations humaines de tous les jours?

Tant qu’une masse critique de personnes n’aura pas trouvé/compris clairement des réponses communes à ces questions, nous serons condamnés à tourner en rond comme des rats en cage, en pensant qu’un simple changement de gouvernement apportera une meilleure vie collective. À mon humble avis, une autre rÉvolution est à faire : celle de tenir compte de ces travers inéluctables des comportements humains dans une autre structure politique et économique à échelle humaine et se rappeler que les sciences économiques sont d’abord et avant tout une science humaine… C’est aussi cela le message d’Occupy.

Cette réflexion sur la nature humaine en politique a pris progressivement forme au XXe siècle en Asie. Dans le message de communication non violente de Gandhi et plus récemment dans le message de Aung San Suu Kyi, alors qu’elle était en détention surveillée au Myanmar (Birmanie), mais aussi dans la vieille philosophie millénaire chinoise taoïste.

« La révolution est essentiellement celle de l’esprit. » « La vraie liberté, c’est de ne pas vivre dans la peur.» Aung San Suu Kyi

« Les révolutions politiques sont chose excessivement grave. On ne doit les engager qu’en cas d’extrême nécessité, quand il ne reste plus d’autre issue. Tout le monde n’est pas appelé à une telle action, mais seulement celui qui a la confiance du peuple, et il ne l’entreprendra que si les temps sont mûrs. Il faut dans une telle affaire procéder de la façon correcte de manière à réjouir le peuple et à éviter les excès en l’éclairant. On doit en outre demeurer exempt de toute visée égoïste et venir réellement en aide aux besoins du peuple.» Yi King. Le livre des transformations (trad. De Étienne Perrot)

Nuit Debout_ Occupons_nouvelle-nuit-debout-place-de-la-republique-paris_2-04-16

3e Nuit debout du «33 mars» 2016

 

Voir aussi le blogue «Les indignés du Québec» au https://lesindignesduquebec.wordpress.com/2016/04/02/les-indignes-de-france-feront-ils-tomber-le-gouvernement/

3 avril

Selon le journaliste Pierre Tremblay, du média alternatif québécois Ricochet, le groupe Nuit Debout-Convergences des luttes est «associé à l’organisation altermondialiste ATTAC, l’association DAL («Droit au logement») et le syndicat français Sud-PTT.» https://ricochet.media/fr/1057/nuit-debout-symbole-de-lindignation-francaise

Inspirés par le carré rouge québécois en feutrine et 2005 et 2012, le symbole est devenu un rectangle rouge, comme la forme du livre du code civil dont les participants dénoncent la réforme.

Le scandale des paradis fiscaux Panama papers, dévoilé par un consortium international de journalistes d’enquête (ICIJ – dont au Canada CBC/Radio-Canada et le Toronto Star) sort. http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/467197/panama-papers?utm_source=infolettre-2016-04-04&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

Les riches et les puissants de ce monde, dont des banques et des hauts dirigeants de divers pays (sauf aux États-Unis ?!?) y sont notamment dénoncés. Cela donne encore plus de crédibilité aux économistes ou mouvements comme ATTAC,  Occupy et maintenant Nuit Debout qui dénoncent ce genre d’activités financières à l’abri des impôts pendant que le peuple souffre notamment des politiques d’austérité et de coupures budgétaires, de lutte au déficit et de lois qui l’appauvrissent toujours plus partout dans le monde !

les panama papers

Au Canada, ce scandale des panama papers qui vient de sortir, révèle que la «Banque Royale du Canada (RBC), [qui] aurait créé plus de 370 sociétés-écrans, surtout au Panama et aux îles Vierges britanniques.» (Le Devoir). Au Québec, seules les coopératives bancaires des Caisses Desjardins n’ont aucun actif dans les paradis fiscaux. Je viens d’entendre dans une entrevue un économiste à Radio-Canada : il disait que le Québec perd 3.5 milliards de dollars par année en revenus dans les paradis fiscaux ! À ce jour, le consortium ICIJ a dénombré pas moins de 109 entreprises québécoises qui placent leur argent dans les paradis fiscaux. Un journaliste économique réputé de la SRC a dit qu’entre le placement légal et illégal, la ligne est mince. Une fois placés légalement leurs avoirs, des entreprises «oublient» de les déclarer à leur pays d’origine et négligent de payer les impôts qui devraient revenir au peuple pour des services sociaux de meilleure qualité.

Combien de milliards, pendant toutes ces années, nous ont-il échappés ainsi ? Pas étonnant de voir le système d’éducation, de santé et autres se détériorer si rapidement et à ce point ! Et pendant ce temps, ces services se privatisent, les entreprises sont doublement «gagnantes»… sans réaliser qu’elle finiront par tout perdre quand elles finiront pas faire faillite quand la grogne populaire éclatera vraiment ! Pas besoin d’être devin ou docteur en sociologie pour voir que nous sommes très près de ce point de non retour si des mesures très sérieuses ne sont pas prises par nos gouvernements (en partie eux-mêmes corrompus par ces mêmes intérêts avec le trafic d’influence et le financement illégal des entreprises…)  pour récupérer l’argent volé au peuple !

Sur les effets de ces opérations d’avarice, voir https://www.youtube.com/watch?v=F6XnH_OnpO0

8 avril

Le mouvement continu et s’élargit ! Voir les commentaires.

16 avril

J’entends des versions contradictoires. M. Seymour, prof à l’UdeM, dit que le mouvement a duré 10 jours et touché 60 villes françaises. Il ne dit pas qu’il a touché quelques villes européennes aussi. Puis j’entends le soir une entrevue avec un militant qui commence sa 1re journée de Nuit Debout à Bayonne en France, dans une émission d’information de Radio-Canada. Vraisemblablement la 2e version est plus exacte, mais je n’ai pas le temps de vérifier maintenant. À suivre… La bonne nouvelle est que les médias traditionnels commencent ici à s’y intéresser 2 semaines plus tard…

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(1) http://www.convergence-des-luttes.org/

(2) http://www.lemonde.fr/videos/video/2016/04/02/la-loi-travail-expliquee-en-patates_4894397_1669088.html

(3) http://www.lemonde.fr/societe/video/2016/03/24/manifestations-contre-la-loi-el-khomri-un-lyceen-violemment-frappe-par-la-police-l-igpn-saisie_4889756_3224.html

(4) http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/03/25/a-paris-hidalgo-veut-refaire-le-monde-la-nuit_4890357_823448.html

 

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Sam Hamad, président du Conseil du trésor du gouvernement du Québec; Marc-Yvan Côté, organisateur libéral provincial, banni du parti libéral du Canada lors du scandale des commandites, après la Commission Gomery; in Le Devoir, 2 avril 2016

« Les témoignages abondent sur les capacités de renoncements, d’acquiescement, de souffrance du menu peuple. Ils abondent aussi sur l’insensibilité, le cynisme, la cruauté même des possédants, de ceux surtout qui se sont enrichis par la fortune, ou de ceux qui, en passe d’y parvenir ou au contraire délaissés par la fortune, tirent le diable par la queue et s’efforcent au milieu des angoisses de ‘tenir leur rang’.» Jean Ferriot, en parlant des caricatures du… XIXe siècle d’Honoré Daumier

Cette semaine, pour revenir à cette dernière excellente émission d’information et culture québécoise Bazzo.tv (1) ─dont je parlais aussi dans mon dernier billet─  où les commentateurs politiques se demandaient de quoi le Québec avait besoin, la plupart des intellectuels présents ont dit que le Québec était une société… bloquée ! C’est aussi le propos du journaliste Marco Fortier dans le journal Le Devoir d’aujourd’hui « Le Québec dans une impasse politique » (2). En très résumé, leur thèse est que les Québécois préféreraient voter pour le parti libéral (au pouvoir sur la scène provinciale depuis 11 des 13 dernières années), même corrompu (3), que voter pour l’opposition la plus structurée, soit le Parti québécois. Pourquoi ? Nous aurions peur d’un 3e référendum sur l’indépendance du Québec… Dans leur bulle, ils ont oublié de mentionner que c’était dans nos institutions et partis politiques, oui, sans doute, que le Québec était bloqué. Je reviens sur un sujet qui me tient ‘a cœur et que j’avais abordé dans mon tout premier billet sur ce blogue en 2012 :  (voir https://evemarieblog.wordpress.com/2011/10/01/ecrasant-corporatisme-au-quebec-de-la-pire-des-glus/ du point de vue du corporatisme des organisations sociales qui se disent etre porteuse de solidarité et de changement.

Depuis ma réflexion a avancé et je fais des nuances de taille. Il manque à leurs vues toutes les micro-initiatives de la société civile. Un numéro de la revue Possibles auquel je participe, en fera prochainement état, pour célébrer notre 40e anniversaire de fondation (4).

En effet au Québec, il y a eu un Réveil collectif, quasi une révolution en 2012, comme le disait la semaine dernière la cinéaste Micheline Lanctôt, un éveil issu d’une crise sociale à mon sens plus puissante que Mai ’68 en France, et provoqué par le Printemps étudiant (appelé aussi Printemps érable avec les Carrés rouges). Mais cette crise a été durement matée par l’ancien gouvernement libéral et par la police pendant qu’une autre moitié des Québécois ne comprenaient vraiment pas le fond de l’affaire et se montraient soit très critiques, soit carrément hostiles à ces changements. Je crois personnellement et un peu… toute seule dans mon coin que cette énergie, en dormance actuellement, resurgira quand les conditions seront plus propices et que les principaux activistes et professeurs auront repris des forces et convaincu les plus jeunes de leur pertinence, comme le décrit très bien l’histoire de la sociologie des mouvements sociaux dans le monde : on parle de cycles, jamais de pertes.

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Plus globalement, je crois que tous ces traumatismes politiques que nous vivons en même temps dans le nouveau village globalisé (référence aussi et surtout à mon dernier billet sur le terrorisme) et dans un esprit de cynisme le plus total face à la classe politique, poussent une masse critique à s’intérioriser, ou, à tout le moins, à vouloir le faire (mais sans trop savoir comment, car Dieu est mort pour la plupart des Occidentaux et des Chinois). Probablement une nouvelle expérience unique aussi massive dans l’Histoire humaine…

Est-ce dans cette perspective proactive que certains leaders d’opinion s’apprêtent à lancer un mouvement d’« orphelin démocratique » ? On verra.

En attendant, petit retour sur l’histoire de la caricature comme ferment de changements politiques, avec le peintre, dessinateur et caricaturiste français du XIXe siècle, Honoré Daumier.

Daumier_Les mannequins Politiques-700x602

Honoré Daumier. 1834.

Ci-dessus : lithographie, état unique, avec la signature manuscrite de Daumier. Épreuve sur blanc, don A. Curtis en 1949. 22,1 x 26,6 cm. Delteil 96.
Publiée dans La Caricature, le 20 novembre 1834.
BnF, Estampes et Photographie, Rés. Dc-180b (2)-Fol.

 

Daumier-La déroute_1850

Honoré Daumier. 1850.

Les gens de justice_Honoré Daumier_1834

Honoré Daumier. 1834. Les gens de justice. «Le passé, le présent et le futur».

Daumier_Gargantua-1831

Honoré Daumier. 1831. Probablement sa caricature la plus connue.

«Paraît qu’les homm’s d’affair’s d’la Haute

Quand i’sont tannées de s’mentir

Pis tripoter l’argent des autres

Vont jouer au golf pour s’divertir

[…]

Les pauvrerr’ yâb’s, on est les boules

Que ces messieurs fess’nt à grands coups;

Y sont contents quand i’nous roulent

Pi qu’i’ nous voient tomber dans l’trou.»

Jean Narrache (Émile Coderre), «Le jeu du golfe», 1932 (!)

 

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Dernières nouvelles…

3 mai 2016. La vérificatrice générale (indépendante) du gouvernement québécois ne porte aucun blâme contre Sam Hamad sur le plan de son aide financière à Premier Tech en tant que ministre : «Mon rapport ne le blanchit pas, et ne le blâme pas», a conclu Mme Leclerc en conférence de presse. Mais elle relève des irrégularités, comme l’augmentation de 1M $ d’une subvention, vraisemblablement après un diner d’affaire avec un membre du parti libéral qui siège sur le CA de cette compagnie. http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201606/01/01-4987221-rien-dincriminant-contre-sam-hamad-conclut-la-verificatrice-generale.php

Je ne comprends pas, et vous ?

Restent deux autres enquêtes, dont celle sur son éthique.

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(1) http://zonevideo.telequebec.tv/media/27716/derniere-emission-bazzotv/bazzo-tv

(2) http://www.ledevoir.com/politique/quebec/467128/le-quebec-dans-une-impasse-politique

(3) La récente Commission Charbonneau a démontré hors de tout doute des liens entre le financement politique illégal et l’attribution de contrats, en particulier dans le secteur de la construction, et ce dans tous les partis, en particulier au parti libéral du Québec au pouvoir depuis longtemps. L’ancienne vice-première ministre et ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau a été arrêtée la semaine dernière par la police (l’Unité permanente anticorruption -UPAC), notamment pour fraude et corruption à cet égard (http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/politique/2016/03/17/001-nathalie-normandeau-arrestations-upac-cote-lortie-roche.shtml), ainsi qu’un organisateur politique libéral et homme d’affaires, Marc-Yvan Côté, à nouveau pointé du doigt par les journalistes de Radio-Canada de l’émission « Enquête » (http://ici.radio-canada.ca/tele/enquete/2015-2016/segments/reportage/6144/enquete-sam-hamad-marc-yvan-cote-premier-tech). Un autre ministre libéral de l’actuel gouvernement, Sam Hamad (http://www.ledevoir.com/politique/quebec/467066/sam-hamad-aurait-favorise-marc-yvan-cote?utm_source=infolettre-2016-04-01&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne), ministre responsable de l’Administration gouvernementale (dont l’application des recommandations de la Commission Charbonneau !) et de la Révision permanente des programmes est également soupçonné de trafic d’influence, à cause d’un courriel très explicite de son chef de cabinet. Qui a coulé ces courriels ? Autre question intéressante, qui est restée dans l’ombre des sources confidentielles. L’apparence de vérité, si ce n’est la vérité elle-même, est gravement compromise. Ce ministre n’a plus aucune crédibilité et doit démissionner. Les partis d’opposition ont réclamé qu’il se retire du caucus libéral. Pour sa part, le ministre Hamad prétend qu’il n’a rien à se reprocher et se réclame de la présomption d’innocence. Il vient néanmoins de se retirer de ses fonctions ministérielles, le temps que le Commissaire à l’éthique fasse enquête.

LES SUITES : quelques jours tard, Sam Hamad revient de ses vacances en Floride (!) et démissionne de ses fonctions de ministre. Il était temps !

(4) http://redtac.org/possibles/

 

 

Crédit photo : Ève Marie 2011

Crédit photo : Ève Marie 2011

Vite il faut que j’écrive ce texte avant de revenir à la « normale ». Ce sera difficile de communiquer avec vous (de me faire bien comprendre), précisément pour cette raison. Dans un état normal, on oublie profondément la vérité spirituelle du corps et de ses émotions véritables.

Quelqu’un comme moi qui va vous parler de ça vous semblera au mieux trop différente de vous, voire déconnectée, au pire carrément folle ou n’importe quelle raison (rationnelle)  pour vous faire croire à la partie de vous-même qui dirige que je suis dans le tort, au moins un peu. Et il y aura aussi sans doute quelques personnes, plus rares, qui diront avoir déjà vécu ce que je vais décrire.

Même moi qui me relirai dans quelques jours trouverai que j’exagère…

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Effet de noir. Crédit photo : Ève Marie 2011

Alors, mise en garde faite, lisez ce texte la nuit, entre deux rêves, au moment précieux où la simple vérité émerge parfois, où vous vous souvenez peut-être que vous êtes le plus ou le mieux relié à votre être. Si vous n’avez jamais vécu cette expérience, je m’inquiète pour vous. Vous êtes déjà peut-être juste devenu une bonne machine à produire et vous perdez votre temps à lire ce stupide texte…

Pour les autres, il y a de l’espoir. Alors suivez mon histoire, banale et étrange à la fois.

Je relève d’une pneumonie qui m’a gardée plus de deux semaines à la maison. La dernière fois que j’ai eu ça, j’avais 6 ou 7 ans. Ça cogne. Je me suis donc considérablement affaiblie avant d’aller chez le médecin et sans m’en rendre compte, mes perceptions ont changé.

J’ai beaucoup écouté la radio et la télévision, Radio-Canada (le média d’État au Canada) et dernièrement une radio privée COGECO 98,5FM (Arcand). J’ai redécouvert la télé que je regarde très peu depuis quelques années, à part un ou deux téléromans comme 30 vies (vie dans dans une école secondaire). Pendant cette maladie, j’ai suivi Les Pays d’en haut (sorte de faux western imitant la vie des colons Canadiens-français de la fin du XIXe s.), Ruptures (histoires d’avocats), un vieil épisode d’Unité 9 sur Internet (vie des femmes en prison), Tout le monde en parle (talk-show), Virtuose (Grégory Charles et ses jeunes talents de musique), des bouts des Enfants de la télé (talk-show avec des vedettes), Les pêcheurs (histoire de gars au chalet, vedettes de l’humour), des bouts aussi de Prière de ne pas apporter de fleurs (talk-show pour rendre supposément hommage à un ami artiste). À la radio, j’ai écouté Gravel le Matin (émission réveil-matin), Médium large (entrevues diverses), La sphère (TIC) et surtout les trois spectacles supposés comiques de la fin de semaine pour me divertir, À la semaine prochaine et La soirée est encore jeune. Et sans parler des pubs…

Et je n’en suis pas revenue ! J’étais devenue comme une extra-terrestre de ce monde, c’est comme si je débarquais d’une autre planète pour les émissions de fiction et d’humour. Comme le monde a changé. C’est clairement une autre génération qui écrit. MA génération. Y’a eu comme un passage que j’avais raté jusqu’à maintenant. Mais, c’est beaucoup plus que cela.

Comme le monde a changé ! Mais quoi ? demandez-vous… elle va-t-y accoucher ?

Eh bien, dans l’état d’hypersensibilité où je me trouvais, en particulier lorsque la toux a commencé, chaque phrase humiliante, méchante, ‘impathique’(non empathique extrême), chaque ironie, idée à l’envers, sarcasme, fausse gentillesse remplie de sous-entendus dont on n’est pas certain exactement, bref chacune de ces sentences entendues ou chaque mini-pensée négative déclenchaient chez moi un micro-malaise interne qui déclenchait à son tour une quinte de toux (je ne me suis pas rendu compte du phénomène tout de suite, je vous le redis ma conscience était altérée). Jamais encore je n’ai constaté à quel point toutes ces sales choses influencent en profondeur ma psyché et de là, mon corps (à moins que ce ne soit l’inverse, mais peu importe). Ou, au contraire, chaque petit bonheur, comme ces jeunes qui jouent de la musique, faisait couler quelques larmes de joie. Jamais je n’avais constaté si évidemment la relation entre le corps et l’esprit…

«La maladie abat de son côté bien des certitudes, la mort ne s’accommode d’aucune vérité qui se veut plus grande qu’elle, elle ramène tout à zéro.» Boualem Sansal, 2084

Surtout, je réagissais intensément à la moindre vibration négative, ciel noir ou gris me tombait sur la tête ou plutôt sur le cœur, mais je n’ai pas eu de nausée, juste le besoin de cracher, d’expurger, de sortir quelque chose, le méchant peut-être. IL faut dire que les médias ne sont pas les seules responsables de ma réaction. J’ai eu dernièrement des déceptions amicales très très sérieuses qui m’ont rendue malade.

Surtout, ce qui m’a frappé, c’est de voir et entendre combien le « bitchage » est devenu la norme dans les communications des émissions à la mode, façon de dévaloriser le plus possible les autres pour se remonter soi-même. En particulier entre hommes, qui semblent avoir pris pour modèle les pires défauts des femmes… Et la norme est d’en rire, et de faire semblant, même si ça blesse; mais en fait, sans doute ne sont-ils pas blessés puisque tellement bardés de couches et de couches de protections qui font qu’ils ne ressentent tout simplement plus rien ou presque (comme le font chimiquement tous les antidépresseurs) et tous ils continuent le jeu, relançant généralement l’affaire de plus belle.

J’ai retenu une réplique qui ‘punche’ dans Ruptures. Isolée comme ça, elle est vraiment bonne, assassine et bien écrite, mais le problème dont je vous parle ici, c’est que des variations de cette ligne se répètent ad nauseum dans la plupart des émissions comme nourriture que vous prenez dans ces programmes. Le danger croit avec l’usage… Ça risque de vous rendre malade à micro-doses. Voici la situation de cette réplique : dans l’ascenseur, une avocate reproche à son associé d’avoir cherché à l’humilier devant les actionnaires, puis lui dit qu’elle a enfin repris le contrôle d’un des dossiers difficiles et lui . Son associé lui répond, imperturbable :

– Excuse-moi, je suis debout, alors je ne peux pas faire de standing ovation.

Comment la trouvez-vous ?

Maintenant, imaginez cela répété sous toutes les formes plusieurs fois par jour.

grenouille au formolLes téléspectateurs et les auditeurs (sans parler des contenus des médias écrits et des scripteurs/lecteurs sur les réseaux sociaux) sont-ils devenus cette pauvre grenouille dans un pot qui se réchauffe si lentement qu’elle finit par y mourir, avant même d’avoir pu se ressaisir, se rendre compte qu’elle était en danger de mort et faire le saut salvateur ?

À la longue, tout ce type de communication vraiment nulle, est-il une sorte de drogue que le public redemande, pensant se défouler sur le coup, mais le rendant de plus en plus insensible ? Comment se fait-il que ce soit si à la mode maintenant, que cela attire dans un cercle vicieux d’autres auteurs ou humoristes avec ce genre d’écriture ? Et qui se plaignent à la télé qu’ils ont de moins en moins de liberté pour écrire… Les pauvres ! Je pense à la débile revue de fin d’année du Bye-Bye 2015 (et pour laquelle j’ai fait un billet)(1).

Comprenez-moi bien. Il en faut pour tous les goûts, je suis d’accord. Il s’agit d’un média généraliste. Mais quand ils dominent le punch-line à ce point, y’a de quoi s’inquiéter, avec toutes ces sortes de prédateurs ou passif-agressifs en puissance, montés aux nues par les sacro-saintes cotes d’écoute. N’y a-t-il plus d’autres «modèles» d’être humains ? Le pire, je crois, ce sont les non-fictions, où les protagonistes se ‘bitchent’ agréablement à qui mieux mieux. Ben oui, c’est si drôle, mieux vaut en rire que d’en pleurer, n’est-ce pas ? S’en rendent-ils compte, eux/vous, leurs admirateurs, qu’ils finissent par devenir eux-mêmes ces personnages au travail, en amitié, en amour, en famille ? Que les rapports sociaux, le tissu social même se détériorent doucement, innocemment, dans le bocal et qu’ils en sont un des artisans, ce qu’ils prétendent parfois dénoncer par leur art ? Je croyais, après le Printemps érable, qu’on en avait fini avec le cynisme, mais non. Tous ceux qui l’ont dénoncé et qui ont mis sur la table leurs vrais rêves et leurs sensibilités sont rentrés se terrer à la maison et se taisent à nouveau. J’exagère ? Souvenez-vous : je ne suis pas en ce moment dans mon état normal : mais peut-être que je suis dans mon vrai état d’être vraiment humain.

Gloup ! La maladie m’aura permis d’ouvrir au moins un œil. Dieu merci qu’il me reste encore assez de force pour m’en indigner. Mais s’indigner ne suffit pas. Il me reste encore assez de conscience pour chercher des nourritures qui vont véritablement nourrir mon cœur et mon âme. Mais chercher seule, ça ne donne rien, parce que tout le reste continue à se détériorer…

Bonne chance ! Ben oui, après un tel alignement des chances, il me faut m’acheter un billet de loto 6/49, comme dans la pub. Ça c’est the solution monsieur !

Voyez ! J’ai presque attrapé leur maladie ! Je redeviens normale, sauve qui peut !

Partout Faust et Macbeth rôdent. Et sous les plus jolis traits, les plus spirituels parfois. Ne vous laissez pas berner !

C’est si facile de perdre son âme !

« Bizarrement, les gens ne sont plus qu’attirés par la beauté que lorsqu’ils vivent des tragédies ou des déceptions.» Rostropovitch (1927-2007)

… Suite dans mon prochain billet

sauter-de-grenouille-du-pot-de-feu-de-camp______________________

(1) https://evemarieblog.wordpress.com/2016/01/02/vraiment-bye-bye-bye-2015-a-radio-canada/

Merci«C’est le rôle de l’artiste d’être à contre-courant» Yann Martel

Hier, je croisais un groupe de jeunes sur la rue (à Montréal) dont une des filles disait que ça faisait déjà un an qu’elle travaillait à telle place et son amie lui demandait si elle allait mettre un statut sur Facebook pour se remercier elle-même.

J’ai trouvé que c’était une très bonne idée à la fois humoristique et sérieuse de se manifester… J’ai organisé récemment un groupe de discussion et cercle de parole. Alors je me remercie moi-même d’avoir organisé et animé cet atelier :))))) (1)
C’est toujours intéressant de regarder une activité ou même un party rétrospectivement. C’est souvent la partie de la communication qui manque. Le fait de remercier les personnes qui l’ont organisé permet de faire cela. Comme je l’avais justement dit pendant notre conversation avec ce groupe de discussion, je pense que le sentiment de gratitude est une belle façon de soigner nos rapports humains, notre tissu social dans une société trop souvent narcissique et en manque de temps. C’est une chose de l’énoncer et une autre de le faire ! Nous manquons tous d’entendre et de dire ces mots si simples : merci, bonjour, je m’excuse, je suis désolé. D’ailleurs, il font partie d’une prière qui s’appelle «ho’oponopono» dont j’ai déjà parlé dans un précédent billet (2).

Face à l’année de misère que nous avons vécue en 2015, c’est qu’il ne faut pas oublier qu’il y a eu le printemps érable au Québec en 2012. Pour les jeunes dans la vingtaine, c’est sans exagérer l’équivalent du mythique mai ’68, d’autant plus que le mouvement a duré 4 fois plus longtemps (d’avril à août)(3)… Même si la plupart des Québécois semble avoir déjà oublié cet épisode historique des mouvements sociaux de notre pays, je reste persuadée qu’il marquera progressivement positivement une longue période de temps de notre vie collective et individuelle. J’ai un livre chez moi qui en témoigne et où j’ai publié d’ailleurs :  « Pour un printemps» (4). Quand je déprime sur le monde, j’ouvre ce livre qui me redonne un vent de fraicheur et me rappelle de magnifiques souvenirs de mon propre engagement durant cette période. Il est bon d’avoir à porté de main des livres comme celui-là. La littérature et la philosophie, c’est aussi à cela que ça sert.

À ce sujet et pour témoigner que les jeunes de cette génération ne sont pas tous de fieffés individualistes centrés sur eux-mêmes, il y a justement une jeune femme qui pose un beau geste de gratitude dans le journal d’aujourd’hui. Justement un collègue de la revue Possibles, étudiant en droit, vient de me dire que l’article a déjà un grand écho parmi les étudiants en droit, et il me témoigne du même sentiment. À lire absolument :
http://www.ledevoir.com/societe/education/460626/gratitude-ce-diplome-n-est-pas-a-moi

C’est déjà mon 100e article depuis l’été 2012 où j’ai créé ce blogue!

J’en profite pour remercier à nouveau tous les lecteurs et les lectrices de mon blogue ainsi que les personnes qui ont fait des commentaires forts intéressants et remercier Joël B. qui m’a aidé à créer ce blogue.

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Ma réflexion sur les communications humaines peuplent ce blogue. Comme artiste, la déstructuration des communications est un vécu particulièrement éprouvant et on prend des années à réaliser qu’il s’agit non pas d’une situation personnelle, mais d’une délitescence psychosociale. De nombreuses œuvres contemporaines en témoignent, dont cette installation de l’Américain Bruce Nauman :

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Bruce Nauman, Anthro/Socio (Rinde Spinning), installation vidéographique, 1992. Crédit photo:  VG Bild Kunst, Bonn

« Le spectateur entre dans une pièce sombre où il assiste à la démultiplication  d’un seul et même visage présenté à l’endroit, à l’envers, de trois quarts, de même qu’à la lancinante répétition des mêmes demandes, dans des tonalités différentes : «feed me / eat me / anthropology», «help me / hurt me / sociology». On peut interpréter son œuvre comme la métaphore d’une société sourde et aveugle aux besoin des autres. » Michel Laurin, Anthologie littéraire

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(1) Dans le même sens, voici une belle réflexion et évolution : https://cf-mg6.mail.yahoo.com/neo/launch?reason=launch_error&ec=LaunchTAE14#3977114438

(2) https://evemarieblog.wordpress.com/2015/06/05/priere-hooponopono/

(3) 680 manifestations (dont parfois plusieurs par jour à différents endroits du Québec; 180 jours de grève étudiante)

(4) https://www.indiegogo.com/projects/pour-un-printemps-livre-citoyen#/    édition Artmour : Jane D’eau https://www.facebook.com/jane.deau.98 et Katia Lazdane et Ani Shabazian

 

Montréal, aux abords du métro Mt-Royal, 27 septembre ’14.

La tricoteuse du peuple au métro Mt-Royal, Montréal, sept. 2014, pendant les Journées de la culture. Crédit photo: Laurent Dansereau

Montréal, Plateau Mt-Royal, aux abords du métro. Il fait spécialement chaud et beau, bien sûr, les gens sont de très bonne humeur. En même temps, il y a un musicien et il y a deux comédiennes qui lisent du Michel Tremblay un peu plus loin ainsi qu’un mini groupe de manifestants au sujet des trainées suspectes très polluantes de petits avions supposés induire le climat. Belle ambiance culturelle sur la Place!

La tricoteuse du peuple enseigne à un garçon, métro Mt-Royal, Montréal, sept. 2014

La tricoteuse du peuple enseigne à un garçon, métro Mt-Royal, Montréal, sept. 2014. Crédit photo: Laurent Dansereau

À peine arrivée, je n’ai pas le temps de me faire mon « masque » de laine… qui sera très léger aujourd’hui vu la chaleur, que déjà des curieux et surtout des curieuses (peu d’hommes viennent tricoter aujourd’hui) m’approchent pour me demander ce que je fais, c’est quoi le Tricot du peuple, annoncé sur mon affiche par terre. Il y a les vraies tricoteuses qui me montrent des points en me donnant de bonnes adresses pour la laine ou de réseau social comme Ravelry, tout en échangeant sur le sort du monde. Il y a une maman (sur la photo) qui est venue spécialement avec ses enfants, car elle avait beaucoup aimé l’activité d’un groupe de tricot-graffiti, Les Villes-Laines, à l’école de ses enfants. Il y a cette dame et son mari qui me raconte sa vie. Une chinoise accompagnée par son mari francophone, mais qui ne parle pas français et avec qui j’essaie de converser en anglais, mais elle préfère se concentrer sur le tricot, alors je la laisse; une femme voilée qui veut faire tricoter sa fille très timide. Il y a ce jeune homme qui veut apprendre comment tricoter et insiste pour me donner des carottes avant de partir quand je lui dis que je n’ai pas encore diné, ou cet artiste-peintre qui arrive d’une perfo dans le cadre aussi des Journées de la culture et qui a envie de partager et plusieurs autres. Deux heures debout en bougeant peu, en plein soleil chaud, à converser et à montrer à tricoter, c’est une discrète performance pour moi, mais quand même qui me rentre dans le corps après; surtout, je raffine l’art de la conversation. Je me trouve meilleure, depuis le temps -depuis mes débuts en 2012, j’ai refait cette perfo 10 ou 15 fois dans différents contextes, le plus souvent dans le cadre de manifs et événements sociopolitiques. Aujourd’hui le thème qui ressort tourne autour du geste de donner/recevoir : plusieurs personnes l’ont soulevé d’elle-même, sans que je le suggère.

Affiche du Tricot du peuple, Montréal, sept. 2014

Affiche du Tricot du peuple, Montréal, sept. 2014. Crédit photo: Laurent Dansereau

La tricoteuse du peuple discute avec une participante, Montréal, sept. 2014. Crédit photo: Anatoly Orlovsky

Le lendemain, aux abords du métro de l’Église à Verdun, près de chez moi cette fois, du jeune homme engagé qui me parle de son souvenir du printemps érable qui reste mémorable et gravé à jamais dans son cœur, aux personnes âgées, plus nombreuses dans ce quartier, à une jeune femme d’origine indienne, j’ai des conversations particulièrement passionnantes : je n’en reviens toujours pas de la sagesse du peuple. Les gens très isolés par la vie urbaine et contemporaine ont besoin de parler et ne dédaignent pas un brin de philosophie sociale. Mais surtout aujourd’hui plus que les autres fois : les gens s’ouvrent immédiatement à moi. Les personnes conversent entre elles, si bien que nous finissons par former un miniclub social au coin de la rue, car il y a des bancs, mobilier urbain essentiel pour les rencontres de voisinage autant que pour le repos des passants. À quelque distance, un homme parle en anglais de moi et de mon tricoteur sur son cellulaire,  et ne tarit pas d’éloges, il décrit en détail mon costume et sa couleur (safran), comme étant la couleur des bouddhistes. J’ai l’impression d’être un personnage de film. Il ne sait pas qu’on entend presque tout son échange… À un moment, mon tricoteur me dit : il parle de vous. Alors je me tourne vers l’homme et je lui dis avec un large sourire : nous vous entendons! Je lui fais signe avec un tricot dans les mains de se joindre à nous. Interloqué, il me fait signe que non, continue quelques mots au téléphone puis s’éloigne en parlant… malheureusement. Mon tricoteur expert, un homme de 75 ans me raconte que son frère est mourant et qu’il est son exécuteur testamentaire, avec plusieurs tableaux de grands peintres chez lui et que cela lui pèse. Une femme plus âgée encore nous raconte son combat pour se faire respecter par le personnel soignant, considérant que leur méthode de bandage de sa jambe n’est pas adéquate. Elle nous montre sa jambe… vraiment très enflée et un grand oh! sort de nous. Elle nous dit « c’est mon corps après tout! Alors maintenant je fais à ma façon ». Difficile de croire qu’une jambe puisse être enflée à ce point et qu’elle puisse encore marcher! Quand même un peu inquiète, je lui demande pendant combien de temps ils ont mis des bandages et elle me répond : 2 ans!

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Ève Marie, la tricoteuse du peuple, sept. 2014. Crédit photo: Anatoly Orlovsky

Je constate, plus que jamais avec mon costume, mon maquillage coloré et soutenu et mon masque, que je projette sur les gens l’archétype de l’artiste, voire du clown (comme me l’a fait remarquer une amie) : cela met les gens immédiatement en confiance et je sais mieux comment la développer par mon écoute attentive, mes commentaires ou questions appropriés. Aujourd’hui et hier un peu aussi, on me parle surtout de paix. Ma nouvelle approche est de demander comment elles font pour appliquer ceci ou cela tous les jours dans leur vie quotidienne… Vaste sujet!

Les tricots du peuple, détails, 2014

Les tricots du peuple, détails, 2014. Crédit photo : Laurent Dansereau

Les tricots avancent très lentement à coups de quelques mailles à quelques rangs à chaque fois par les passants. Sont encore en cours les deux tricots d’origine, rendus à environ 75 X 40 cm. L’un est rouge (+ un peu de jaune), couleur du mouvement des carrés rouges de 2012 et l’autre est jaune (+ un peu plus de rouge), couleur du mouvement Occupons/Occupy de 2011.  Les deux couleurs mélangées symbolisent l’union et la relation qu’il y a eu entre les deux mouvements. Quelquefois, je tricote quand il n’y a personne qui vient ou lorsque la personne renonce à tricoter et préfère seulement me parler. Mais ils sont presque entièrement tricotés par des passants ou des participant.e.s à des actions sociopolitiques. Je dis aux gens : ces tricots dégagent une très bonne énergie, mais la plupart du temps, ce sont les gens qui me le disent spontanément. Un 3e tricot est terminé, il a été fait par ma cousine Julie-Élaine Roy (militante bien connue des Sourds et malentendants du Québec, initiatrice avec Raymond Dewar er Paul Bourcier de la langue des signes québécoise LSQ) pendant le printemps étudiant de 2012, alors qu’elle ne pouvait pas sortir pour prendre part aux manifestations devenues mouvement social. C’était sa façon à elle, me dit-elle, d’y participer, d’encourager le mouvement et de canaliser son indignation devant la réaction politique du gouvernement et celle des policiers.

Les gens me demandent ce que je ferai de ces tricots : je leur réponds qu’un jour (mais je ne suis pas pressée), je les exposerai. Hier, une dame qui avait déjà tricoté pour un abri d’itinérants me donne l’idée d’en donner un à un de ces organismes, d’autant plus que quelques itinérants y ont participé, à la Place Émilie-Gamelin, lors de ma 1re perfo (voir mon article de juin 2012).
Aujourd’hui le soleil est moins chaud, alors lorsqu’un ami, Anatoly Orlovsky, venu pour faire quelques photos et une amie voisine passée là par hasard, nous nous attardons un peu au plaisir de la douceur du temps, mes affiches rangées. Jacinthe nous raconte à quel point la mauvaise situation de la langue française à Montréal la met au bord de larmes, bilinguisme larvé et début d’assimilation, mais que sa situation personnelle ne lui permet pas, pour le moment, de militer.

Je vais revenir ici s’il y a encore de belles journées d’automne.

Ève Marie, 10-10-14

Effet noir

Effet noir 1. Crédit photo : Ève Marie

Quiz. J’ai fait exprès de ne pas mettre le titre entre guillemets. Pour que vous pensiez d’abord, peut-être, que je parle du monde d’aujourd’hui. Mais non, alors, qui a pu écrire cela ? Et surtout à quelle époque, et où ? Voyons encore :

«Tous ces enfants étaient des gouttes de sang brûlant qui avait inondé la terre; ils étaient nés au sein de la guerre, pour la guerre. […] Ils n’étaient pas sortis de leurs villes, mais on avait dit que par chaque barrière de ces villes on allait à une capitale d’Europe. Ils avaient dans la tête tout un monde; ils regardaient la terre, le ciel, les rues et les chemins; tout cela était vide, et les cloches de leurs paroisses résonnaient seules dans le lointain.»

Alors qui… ? Essayons encore de trouver.

«Trois éléments partageaient donc la vie qui s’offrait alors aux jeunes gens : derrière eux un passé à jamais détruit, s’agitant encore sur ses ruines, avec tous les fossiles des siècles de l’absolutisme; devant eux l’aurore d’un immense horizon, les premières clartés de l’avenir; […] le siècle présent, en un mot, qui sépare le passé de l’avenir, qui n’est ni l’un ni l’autre et qui ressemble à tous deux à la fois, et où l’on ne sait, à chaque pas qu’on fait, si l’on marche sur une semence ou sur un débris.

Voilà dans quel chaos il fallut choisir alors; voilà ce qui se présentait à des enfants pleins de force et d’audace, fils de l’empire et petits-fils de la révolution.»

Magnifique, n’est-ce pas ? Vous avez deviné au moins l’époque ? L’absolutisme, ici, c’est celui du roi, les guerres sont les campagnes napoléoniennes en Russie et en Égypte, et la révolution, c’est la française de 1789.

Alfred de Musset, vers 1840, France

L’auteur : un «romantique» (1) par excellence, Alfred de Musset, dans «Confession d’un enfant du siècle, 1836 (sous le retour du dernier roi de France, le prince Louis-Philippe 1er).

N’est-ce pas troublant, ces retours de cycle, mais un pas plus loin, non pas la répétition défaitiste de l’histoire, mais une spirale qui repasse par le même endroit, mais sur un point supérieur ou inférieur ?

Notre monde en ruines. Si vous ne l’aviez pas encore constaté, soit vous vivez sur une autre planète, dans une bulle très fermée, soit vous êtes si occupé(e) par votre travail que tout le reste n’est que déni ou ignorance, soit… et quoi encore? Dans d’autres articles, j’ai eu l’occasion de traiter de la vision du «verre à moitié plein », d’un monde qui annonce à peine déjà quelques lueurs non pas d’espoir, car je suis marquée par ma génération du «no future», mais d’un refus du défaitisme et de la résignation au pire.

Somnifères, antidépresseurs, tranquillisants. Les vrais dangers. Crédit photo : Nouvel Obs

Somnifères, antidépresseurs, tranquillisants. Les vrais dangers. Crédit photo : Nouvel Obs

Les ruines d’aujourd’hui, c’est le regard tout aussi vrai du « verre à moitié vide ». De la consommation de tranquillisants et d’antianxiogènes qui augmente chaque année à vitesse exponentielle depuis les années 1950. Aliénation galopante ? De la moitié du monde qui n’est pas encore complètement respectée. De l’environnement qui est si détruit que même l’évocation de la fin de l’espèce humaine est régulièrement mentionnée dans des conversations sans faire sourciller!

Occupy 99% afficheDénoncés par les Indignés du mouvement Occupy dans le monde entier, les forces du marché capitaliste et les membres du 1%, principaux pollueurs de la petite planète ont perdu leur empathie pour les plus faibles à cause de leur avidité matérialiste. L’entrevue avec un de ses représentants connus, l’homme d’affaires torontois Kevin O’Leary (vedette des émissions Dragons’ Den et Shark Tank et auteur du livre (en traduction) Toute ma vérité), à l’émission québécoise «Tout le monde en parle», disait justement et sans sourciller, parfaitement convaincu dans son déni : «don’t change nothing», et… oubliais d’ajouter : for  me.

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Cacerolazo contre le FMI et le gouvernement et toutes les banques en faillite, Argentine, 2001, 2002.

Et ces millions de gens qui ont perdu leur fonds de pension en Argentine en 2002 (coupes du FMI), et ces milliers de Canadiens et autres, comme ma tante, qui ont perdu leurs économies durement gagnées lors de l’éclatement de la bulle Internet en 2000, ou ces millions qui ont perdu leur maison lors de la crise des hedge fund spéculatifs de marché aux États-Unis en 2008? Et les sans-abris dans nos pays riches… n’est-ce pas un scandale en soi! Et… et … et… la corruption des élites, des partis politiques? Et le cycle de plus en plus rapide des crises économiques ? Etc. Un tel égocentrisme force le dégoût et nous fait revenir au temps du Musset et des débuts du capitalisme sauvage.

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Manifestant pendant Occupy Wall Street, New-York, 2011

À la défense de ce capitaliste O’Leary cité plus haut, à la seule question non complaisante de l’animateur de télé Guy A. Lepage, il s’est cependant montré en désaccord avec le type spéculatif d’investissement en bourse, mais sans relever la contradiction dans son discours.

Des ruines, de grandes blessures au tissu social et humain… avec, entre autres, nos trop nombreuses relations jetées au moindre orage ou, à l’inverse, construites sur le mensonge et le profit personnel, gardant un silence politiquement correct sur les petits ou grands malaises vécus. Un jeune noir disait hier à ses amis, dans le métro, qu’il voulait quitter le Québec, l’Amérique pour aller vivre dans le Sud, là où les gens sont «plus humains», là où la société n’est pas basée sur «la paranoïa». Plus qu’un brin de vérité dans cette dure critique… Il disait aussi qu’il n’avait pas demandé à naitre ici parce ses lointains ancêtres avaient été amenés de force comme esclaves! Combien de générations cela prend-il pour se sentir intégré à une société ? Sur fond de tension identitaire, donc, autre ruine de notre époque. Aller plus au sud ? Évidemment le syndrome du plus beau dans le jardin du voisin est un piège à éviter… Plutôt : qu’est que je peux faire pour améliorer ou changer les choses ici, dans le pays où je vis, au lieu de la fuite en avant, car ailleurs, ce sont d’autres problèmes, républiques de bananes, et corruption endémique sous le soleil.

Manif avril 2012

Manif du printemps étudiant à Montréal, 2012. Contre les frais de scolarité. Virage à droite.

Cet «immense horizon» de Musset me fait penser aussi à ce qu’a vécu la génération des baby-boomers. Ils ont aussi connu cette internationalisation rapide avec les nouveaux moyens de communication. Puis, ont déchanté, pour la plupart, en atteignant la quarantaine ou la cinquantaine, devenant trop souvent plus égoïstes que ceux qu’ils avaient dénoncés jadis. On n’a qu’à penser à leur discours en 2012 contre les « enfants-rois » de la génération Y et contre les «carrés rouges» que le gouvernement québécois a faussement associé pendant des semaines «à la violence et à l’intimidation»… Eux qui refusaient, il y a deux ans, dans une grève historique, l’augmentation des frais de scolarité. En effet, depuis les années d’études des boomers, les frais de scolarité ont connu une augmentation largement supérieure à l’inflation, soit plus de 625 % (soit ±300$/cours universitaire). Et ces boomers critiques ont oublié que c’est toute la société qui avait payé pour leurs études universitaires entre 1968 et 1989  à… 50$ par cours. Heureusement, ce conflit (devenu par ailleurs crise sociale des «casseroles» par des lois antimanifestations) ne s’est pas transformé en fracture générationnelle, car de nombreux ainés les ont aussi supportés et encouragés. Mais quand la police tire et emprisonne nos enfants qui demandent à grands cris un meilleur accès à l’éducation, on se dit qu’il y a en effet quelque chose de pourri dans notre royaume.

Les Séguin

Les Séguin, 1975.

Et le titre ? Ne vous fait-il pas penser à une chanson, un classique des jeunes boomers des années ’70 au Québec, « Enfants d’un siècle fou » du groupe Les Séguins ? Voir http://www.youtube.com/watch?v=zDKaF4qgJco

« Semence ou débris ?» : voilà une question très contemporaine, finalement!

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Mes forts crocus, vivants sous la neige, en mars 2010, Montréal. Crédit photo Ève Marie

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(1) Le romantisme est une période littéraire, musicale et picturale européenne, exprimée par le mal de vivre de deux générations, que l’on situe généralement entre 1800 et 1850. «Le peintre ne doit pas seulement peindre ce qu’il voit devant lui, mais aussi ce qu’il voit en lui-même.» Caspar David Friedrich

La revue québécoise Possibles vient de mettre en ligne tous ses articles de leur numéro de février 2013 sur Occupons Montréal/Occupy et les grèves étudiantes : «Du printemps arabe au printemps érable. Un nouveau cycle de luttes sociales». Voir http://redtac.org/possibles/category/du-printemps-arabe-au-printemps-erable-un-nouveau-cycle-de-luttes-sociales-vol-36-no-2-hiver-2013/section-i-du-printemps-arabe-aux-indignes/

On y retrouve, entre autres, un article de l’auteur de Noir Canada Alain Deneault, un témoignage des activistes à Occupons Montréal François Genest et feu Wassim Al Ezzi avec une analyse du mouvement , mon bilan sur Occupons Montréal, mon texte sur la tricoteuse du peuple et de mes poèmes.

À noter qu’un numéro sur le capitalisme est en préparation pour l’automne 2013.

Dernières nouvelles. Des activistes d’Occupons Montréal sont encore en action. Il y a eu une occupation nomade du groupe de quartier Occupons le cœur de l’ile avec deux jours au parc Molson au début juillet 2013.

Eve Marie, la tricoteuse du peuple en train de convaincre un policier de tricoter pour l’avenir du peuple… Crédit photo_Peter-Thomas Kennedy_OM99%

Durant cet événement Occupons le Sud-Ouest de septembre dernier à Montréal, il y a eu plusieurs passants sur la rue pour participer à mon Tricot du peuple, mais moins que d’habitude. La rue Notre-Dame est plus tranquille à cette hauteur à St-Henri. Jeunes, vieux, enfant, hommes, femmes, touriste japonaise et son chum ont tous tricoté le nouveau tissu social du peuple. À un certain moment, c’était tranquille. Une voiture de police était juste à côté de moi. Deux policiers avaient assisté à mes derniers échanges. Comme ces deux policiers n’avaient rien de mieux à faire que de surveiller des pacifistes réunis en ateliers de discussion, je me suis dit : tient, pourquoi pas leur proposer de participer au Tricot…

Je vous rappelle ici que je suis dans mon personnage théâtral de tricoteuse du peuple et que tout me semble possible; j’ai un maquillage des yeux, un masque avec des fils de laine rouge qui m’entourent le visage, un costume plutôt chic, des bijoux… Le policier ne dit pas non, je m’approche, je lui demande s’il sait tricoter, il répond non. Je lui demande s’il veut que je lui montre et, à ma grande surprise, il accepte.

Intérieurement, je me dis, merde… qu’est-ce que je suis en train de faire, là ? Je ris un peu, et je me sens un peu nerveuse comme lorsque je rentre en scène. Heureusement ça passe vite. Alors je m’exécute le plus sérieusement du monde et lui donne un petit cours de tricot; il dit que je dois faire de beaux chandails et à sa grande surprise, je lui dis non, que tout ce que je sais faire pour l’instant, c’est le point de base, mais que les participants m’en montrent parfois de nouveaux… que je dois pratiquer… Tous les autres beaux points, ce n’est pas moi qui les ai faits, ce sont des passants ou participants lors des manifestations étudiantes et populaires du printemps/été érable ou dans les occupations des parcs par Occupons Montréal… Je lui montre la partie du tricot faite de petits carrés rouges dans la trame jaune. Je glisse dans la conversation que je suis prof de français dans la vie, et que quand on est prof, on peut enseigner n’importe quoi après.

À ce moment, les fils de laine montent un peu sur le trottoir, car les balles sont tirées au loin vers les occupants en discussion et les gens ne peuvent plus passer sur le trottoir. Un jeune couple veut passer, et je leur suggère qu’ils sautent, comme lorsqu’on était jeune et qu’on jouait à l’élastique… À ma grande surprise, ils s’exécutent et nous rions un bon coup. Puis une vieille dame passe et je descends les fils de laine en lui faisant une large révérence. Le policier, toujours dans sa voiture, dit : je vais sortir, ça va être plus facile. Une fois ma démonstration de tricotage terminée, je lui demande s’il veut tricoter. Entretemps, trois de ses collègues sont sortis de leur voiture pour assister au cours de tricot et notre apprenti n’ose pas… Il refuse, mais je sens que je peux le ‘tricoter’… et tisser un petit lien avec lui. Je lui dis que je suis très déçue de son refus, j’explique ma démarche artistique. Pendant qu’il tricotera, il devra penser à ce qu’il souhaite de meilleur pour l’avenir du peuple québécois, mettre son cœur et ses pensées dans chacun de ses gestes. Je lui remontre le tricot. Je lui dis : regardez, toutes les personnes qui ont fait ça avant vous, elles ont imprégné le tricot de leur cœur et de leurs pensées et c’est à votre tour maintenant de refaire le nouveau tissu social… Je lui dis, que, s’il préfère, il pourra m’envoyer le tout par la poste. Je lui explique que c’est un geste à la fois artistique et politique. Il me répond : oui je vois ça !

A protester opposing Quebec student tuition fee hikes holds a ball of wool during a demonstration in Montreal, Friday, June 1, 2012. THE CANADIAN PRESS/Graham Hughes

Je continue à tricoter. Nous sommes maintenant cinq. Quatre policiers et moi sur le trottoir à bavarder. Un autre policier raconte que sa grand-mère lui a montré à tricoter quand il était jeune et je lui dis : tricoter, c’est comme faire de la bicyclette, ça ne s’oublie pas… Il réplique qu’elle fait des pantoufles en phentex et je lui réponds de faire attention à ce qu’il dit parce que là ses camarades vont lui passer une grosse commande pour Noël et qu’il va devoir tricoter lui aussi pour suffire à la demande… Il rit. Tout le monde joue son rôle à merveille; pour eux, ça les relaxe un peu et c’est très bon pour leurs relations publiques et pour moi c’est un jeu sans précédent… C’est un paradoxe, puisqu’en même temps, je suis très sincère… En tout cas, ça nous change des stupides clivages et symboles habituels sur Brutus [1] le flic… Bien oui, il y a des humains qui se cachent derrière des bœufs et derrières des manifestantes. Bon, en tout cas, c’est sans importance, puisque ça, c’est ce que je me suis dit plus tard; là je suis très concentrée sur le moment présent et je ne porte aucun jugement de valeur.

Je vous rappelle encore que je suis dans l’action de ce qu’on peut appeler une performance relationnelle dans un art in situ visant, entre autres, à se réapproprier l’espace public. Le visuel compte, les interactions comptent, le lieu compte, le hasard compte, également. Hum, ça doit fait bien faire dix ou quinze minutes que cela dure, je vois que j’ai presque gagné mon homme (le premier). Il va peut-être enfin se sentir en confiance et se laisser tenter… mais ils ont un call et décampent tous en quatrième vitesse. Fin de la mémorable histoire (j’imagine le running gag que ça va faire au poste…). Pour moi, c’est un morceau d’anthologie dans mon activisme à Occupons Montréal depuis un an….. Complicité limite interruptus. Mais, oh combien plaisante à raconter par la suite…

Ève Marie, Parc Georges-Étienne-Cartier, Montréal, 15-09-12

+Une autre expérience dans le genre est relatée sur le blogue http://madmanknitting.wordpress.com/

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[1] Du latin brutus = lourd, stupide ou idiot. Marcus Junius Brutus, à la fin de l’empire romain, tua ou contribua à l’assassinat de Jules César pour sauver l’empire de l’esclavage. Pour parvenir à ses fins, il a joué au fou d’où son surnom. Dans l’imaginaire populaire, «brutus» est davantage associé à «brute» d’où un grand nombre de mots français sont dérivés. «Dans Les Douze Travaux d’Astérix, on peut voir Brutus siéger avec les conseillers de César et « jouer » constamment avec un couteau. Jules César finit par lui dire « Brutus! Cesse de jouer avec ce couteau! Tu finiras par blesser quelqu’un! » (il se blesse effectivement lui-même).» (Wikipédia)

Brutus Bonaparte, nom que le frère de Napoléon Bonaparte, Lucien Bonaparte, a pris pendant la Terreur après la révolution française «en hommage au personnage de la Rome antique qui assassina Jules César pour « sauver la République ».

Sans être naïve non plus, la violence policière existe aussi. Voir http://www.radio-canada.ca/regions/Montreal/2012/10/10/004-matricule-728-spvm-arrestation.shtml  Voir aussi sur mon blogue la lettre ouverte au sujet de la violence policière que j’ai préparée avec Occupons Montréal : https://evemarieblog.wordpress.com/2012/11/04/une-enquete-sur-la-violence-policiere-est-incontournable/

Tricot manifeste 1 de Magali

Ève Marie à la manif du 22 mai 2012. Crédit photo_Magali

 « Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas

communiste.

Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas Juif.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas syndicaliste.

Quand ils sont

venus chercher les catholiques, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas catholique.

Et lorsqu’ils sont venus me chercher, il n’y avait plus personne pour protester. » Martin Niemöller

18 mai 2012

Le journal Le Devoir titre : « Déclaration de guerre aux étudiants. Des amendes pouvant aller jusqu’à 125,000$ [sic] par jour pour les associations étudiantes.»

Du jamais vu dans notre histoire, une partie importante des Québécois est sous le choc. Qu’est-ce qui se passe ?? On glisse vers le fascisme ou quoi ? Je repense à cette citation célèbre de Martin Niemöller. Surtout ne pas céder à la peur. Qu’est-ce que je peux faire individuellement ? Des mots d’ordre de désobéissance civile commencent déjà à circuler. On ressort les textes et la pensée de Gandhi, de Thoreau ou de Luther King,  ou l’action de Rosa Park. Ce qui est légal n’est pas nécessairement légitime dans certaines situations extrêmes. Le but de ce genre de démonstration est de susciter une conscience autonome de la justice et non de défier les autorités.

21 mai

Nouveau règlement municipal à Montréal interdisant le port du masque dans les manifestations, depuis 3 jours.

Toute cette agitation et atteinte à ce que je conçois comme une atteinte à la démocratie me donne l’idée d’une perfo masquée à la vénitienne, inspirée par les peintures faites assez récemment par Nikolaï Kupriakov. Demain mardi, il y aura une grosse manif étudiante + alliance sociale à 14 h. Si la tendance se maintient, il devrait y avoir plus de 200 000, à moins que la peur de la loi 78 ne fasse des ravages… Ce serait la place idéale pour cette perfo. J’ai invité Nikolaï, je lui propose qu’il prépare une toile et de l’équipement pour pouvoir peindre en marchant dans la rue, peut-être peindre le bitume? Moi, je serai à pied, plus mobile. Mais il n’a pas le temps de préparer ça pour demain. On reporte de le faire ensemble le 1er juin à la place Émilie-Gamelin où il y a une manif tous les soirs depuis fin avril. J’irai donc seule, en compagnie de mes camarades du Comité de philo politique d’Occupons Montréal. (1)

– Couleur dominante : rouge, avec un peu de blanc pour la paix.

– Les 4 aveuglements : yeux, oreilles, mains, sexe.

– La forme carrée en l’honneur du symbole de la lutte étudiante (2).

– Matériaux : laine ou bandelettes de tissu rouge ou masque vénitien de bal masqué, maquillage blanc de clown. Parapluie (annonce de pluie).

– 2 gros cintres rouges pour m’attacher les bras. (finalement pas fait ça).

– Costume : robe de toile genre, peut-être peinte par Niko ? (pas eu le temps pour ça, est allée habillée neutre de blanc/beige).

Plus tard, développer ma forme de Kung-Fu-Xing-Yi avec mon grand bâton pour des démonstrations de rue ? (deviendra un autre projet indépendant)

Pour plus tard, traine de laine tricotée sur place. En attendant, une balle de laine rouge attachée à mon masque, et que je porte dans une main fièrement devant moi, la  tête haute.

Cela génère un contact très intéressant avec d’autres manifestants, qui viennent spontanément me parler. Voici quelques interprétations qu’on m’a données de mon personnage :

–          Ha! On se tricote un avenir!

–          Oui, c’est dans nos cordes !

–          La balle de laine est vue comme : un œuf, l’avenir, une bombe, le pouvoir du peuple, ou rappelle à certains le toutou lancé sur les policiers antiémeutes lors du Sommet des Amériques en 2001 à Québec.

–          L’enrobage de mon visage en laine rouge : perçu comme un masque contre le nouveau règlement antimasque. La laine bloque ma bouche et mes yeux, c’est vu comme si on m’empêchait de manifester.

SUPERBE EXPÉRIENCE!

Manif du 22 mai. Jacques Nadeau

Manif du 22 mai. Crédit photo : Jacques Nadeau

Manif du 22 mai (2)

Manif du 22 mai. Crédit photo : Adoc Mario Jean.

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(1)    Finalement plus de 250 000 personnes de tous âges seront présentes au Centre-Ville, au 100e jour de grève étudiante, dans un conflit qui s’enlise. La quasi-totalité des manifestants, avec en tête une centaine de militants de l’ASSÉ, ont bifurqué selon un trajet non prévu vers l’ouest sur Sherbrooke, faisant un pied de nez à la loi 78 qui oblige, entre autres, maintenant à donner un trajet à la police et à le suivre (évidemment, la plupart des gens ne savent pas s’il y a eu un trajet donné et quel est-il, c’est pourquoi cette loi est si inique!). Ainsi, près de 249 000 étaient en attroupement illégal (=plus de 50 personnes, selon la loi 78), mais la police, pour une fois, s’est tenue tranquille, probablement à cause du nombre si imposant… Mais pour tous ceux qui, comme moi, savaient que l’arrivée de la manif était vers l’est au parc Lafontaine, ont eu un moment d’hésitation avant de tourner… de l’autre côté. Ce fut un moment libératoire! Non, on ne se laisserait pas imposer des lois si aberrantes, peu importe les conséquences! Et le tout s’est déroulé de façon très pacifique.

(2)    Grève et manifs pour la gratuité scolaire ou le gel des frais de scolarité, la révision du modèle mercantile de gestion universitaire, globalement une plus grande accessibilité à tous/toutes.

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