Category: regards croisés


Quizz Symboles - Quiz Société

Pour le prochain numéro de la revue Possibles* (Montréal), nous sommes à la recherche de poèmes, nouvelles littéraires, récits, photos, peintures, dessins, BD, partitions, chansons, extraits de pièces de théâtre inédites ou autres formes mixtes d’expression artistique portant, de près ou de loin, sur la musique comme instrument de réconciliation et de résistance à la déshumanisation.

 

Il s’agit de résistance tout aussi sociopolitique qu’existentielle, culturelle et spirituelle, par le surgissement ou l’amplification du sens, de son désir (réenchantement), de beauté et de ses conditions d’existence. Parmi les principaux sujets abordés, nous nous intéresserons plus particulièrement (mais pas exclusivement- à titre indicatif seulement, car vos autres idées sont les bienvenues pour notre comité de sélection) à :

 

  • L’écriture musicale sous l’angle social des poètes et auteur.e.s/compositeurs/interprètes : solidarité, culture(s), levier et terreau de résistance; les musiques associées aux minorités ostracisées, autochtone, hip-hop & afro-américaine, rom, arabe, etc.
  • La transmission de la musique d’art, vivante et passée : médias, éducation, pédagogie; « le grand art pour le peuple »; y compris des extraits commentés de partitions ou des liens internet de musique
  • La passion musicale sous l’angle esthétique: mélomanie, ses formes et expériences; thérapie affective; beauté
  • La passion musicale sous l’angle spirituel / existentiel : sens, transcendance, ravissement, recentrement, extase, communion, drogue
  • La réflexion sur l’esthétique de la musique contemporaine et future. En particulier, l’écologie musicale, l’après-post-moderne, beauté et révolution, floraison et radicalité, esprit, amour et prophétie, solidarité, enchantement, ironie, joie et mélancolie, désir et contemplation, etc.
  • La musique solidaire des autres formes d’art.
  • Etc.

La date limite pour soumettre votre proposition est le 31 octobre 2017 pour les textes et le 31 décembre pour le visuel. Pour avoir les détails, communiquez avec moi en écrivant un commentaire ci-dessous ou dans l’onglet«à propos» en haut de page .

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« Plus que toute autre forme d’aliénation, je pourrais en dire ce qu’Angelo Rinaldi fait remarquer de la pauvreté : ‘Elle sépare à jamais de ceux qui ne l’ont pas subie, quelle qu’en soit la suite.’ Aliénation : traduction de Entfremdung, Hegel : dépossession. Ne plus s’appartenir. Devenir étranger à soi-même. En ces années auxquelles je fais allusion, je ne savais plus reconnaitre dans les signes de ma langue la présence incrustée, voilée ou éclatante, d’une autre langue : ses calques, ses syntagmes, sa sémantique. »

Gaston Miron, « L’Homme rapaillé »

 

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source : Info Suroit

On s’est beaucoup penché sur les différences ces dernières années.

Maintenant, le temps semble être venu de davantage ressentir, exprimer et réfléchir notre socle commun, nos ressemblances sur lesquels construire notre territoire, notre nation, notre culture, notre mode de vie, notre vision du monde. Et le faire dans notre langue commune, le français. On pourrait regarder du côté de la condition humaine aussi… mais à ce compte toutes les frontières tomberaient aussi…

Puis viendra un autre temps où on pourra regarder en face à la fois nos différences et nos ressemblances, fondement, à mon avis, d’une véritable identité collective et d’une véritable vie démocratique.

***

.

 

Dans une lettre publiée aujourd’hui dans le journal Le Devoir « Aller de l’avant et ne laisser personne derrière » (1), les porte-parole du parti politique Québec Solidaire parlent d’un devoir d’exemplarité dans un « examen de conscience » des forces indépendantistes. Cette affirmation me laisse dubitative… Le récent échec de la convergence indépendantiste des différents partis et mouvements souverainistes ne me semble pas être spécialement exemplaire, même si je suis bien consciente que les médias ne peuvent que rapporter partiellement les fondements d’une nouvelle.

Si je venais d’un autre pays ou d’une autre province, je me dirais : mais comment ces Québécois peuvent-ils prétendre vouloir faire un pays alors qu’ils ne peuvent même pas se mettre d’accord sur une base de discussion ? Je crois que les forces indépendantistes sont conviées à un devoir d’alliances… eh oui à « faire mieux », comme les porte-parole de Québec solidaire le disent si bien.

Par ailleurs, nous manquons de données probantes pour analyser et comprendre l’évolution du vote allophone depuis le dernier référendum de 1995. Je lis dans les journaux des chiffres contradictoires. Aujourd’hui, on dit que « 68 à 80 % du vote non francophone » irait vraisemblablement au Parti libéral fédéraliste et anti-indépendantiste, mais il me semble avoir déjà lu que le vote de la jeune 2e génération issue de l’immigration se répartissait à peu près comme l’ensemble des Québécois quant à son allégeance indépendantiste ou fédéraliste. Les médias, les firmes de sondage et la recherche universitaire pourraient-ils mieux nous éclairer sur ces questions ? Cela aiderait à appuyer nos opinions et nos actions.

Enfin, je partage avec le parti de Québec Solidaire la vision idéale d’un rejet de politiques tablant sur la peur… Mais c’est, à mon avis, la faiblesse de la gauche de tout temps d’être enfermée dans un idéal et de ne pas vraiment comprendre profondément que, par exemple, des gens ont vraiment peur ! Il y a une sorte de déni de réalité qui a probablement fait la faiblesse des formations de gauche… et la force des groupes d’extrêmes.

«L’étau se resserre / Et lance un cri de détresse / Vers les cœurs de pierre / […] J’ai le mal du pays / […] J’ai mal à ma mère aussi/ L’étau se resserre / J’ai mal à mon frère aussi / L’étau se resserre / J’ai mal à ma sœur aussi / L’étau se resserre / J’ai peur et mon père aussi.» (2)

Louis-Jean Cormier « Un refrain trop long »

 

Finalement, j’aimerais faire un clin d’œil à l’auteur-compositeur et chanteur Claude Dubois qui a chanté sa chanson (un vrai classique !) hier, lors du spectacle de la fête nationale :

«Comme un million de gens
Qui pourraient se rassembler
Pour être beaucoup moins exploités
Et beaucoup plus communiquer,
Se distinguer,
Se raisonner,
S’émanciper,
Se libérer,
S’administrer,
Se décaver,
S’équilibrer,
S’évaporer,
S’évoluer,
Se posséder

Mais autour d’eux, y avait plus petit et plus grand
Des hommes semblables en dedans. »

Claude Dubois «Comme un million de gens»

Bonne Saint-Jean ! (3)

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  1. http://www.ledevoir.com/politique/quebec/502017/aller-de-l-avant-et-ne-laisser-personne-derriere . Par ailleurs, leur titre Allons de l’avant est aussi le slogan du mouvement Occupons Montréal (Occupy)… mais ce n’est sans doute qu’un hasard.
  2. L’auteur-compositeur et chanteur Louis-Jean Cormier fait aussi référence au désastre écologique dans cette chanson… qui sera un enjeu puissant du débat-crise fédéraliste-indépendantiste, notamment en ce qui concerne le passage d’oléoducs sur le territoire québécois qui pourraient polluer le fleuve Saint-Laurent pendant des générations en cas d’accident. En effet, les deux Partis libéral du Canada et du Québec sont en accord avec le passage de l’oléoduc Énergie Est sur le territoire canadien et québécois. Et… notre Saint-Laurent d’amour vient d’être déclaré par le Parti Libéral du Québec le « premier lieu historique » du Québec !
  3. Pour mes lecteurs étrangers, sachez que la Saint-Jean est le nom traditionnel de la Fête nationale du Québec, le 24 juin.
«Les connaissances non reliées tuent la connaissance et font apparaître une nouvelle ignorance qui s’ignore elle-même au cœur de la prolifération des connaissances», souligne Edgar Morin.

Photo: Fred Dufour Agence France-Presse «Les connaissances non reliées tuent la connaissance et font apparaître une nouvelle ignorance qui s’ignore elle-même au cœur de la prolifération des connaissances», souligne Edgar Morin.

«… l’être humain serait-il surtout en train de se perdre… dans la simplification des choses, dans l’illusion, mais aussi dans cet aveuglement qui l’empêche d’appréhender sérieuse

ment les désastres qu’il est lui-même en train de nourrir ? »

Je relaie ici intégralement un trop bon article du journal Le Devoir de Fabien Deglise au sujet du plus récent opus d’Edgar Morin « Connaissance, ignorance, mystère », auteur et philosophe pour lequel j’ai toujours eu le plus grand respect et admiration.

«[il] montre du doigt le somnambulisme du monde politique qui vit au jour le jour, du monde intellectuel aveugle à la complexité et l’inconscience généralisée qui contribuent à la marche vers le désastre.»

 

Le coup de crayon du 8 mai
Garnotte et
Pascal

Edgar Morin et l’éloge du mystère

Le philosophe invite à aller au-delà des algorithmes pour éviter

la catastrophe

6 mai 2017 |Fabien Deglise | Livres
[Si vous avez un problème de lecture-mise en page, référez-vous directement à la source : http://www.ledevoir.com/culture/livres/498035/entrevue-edgar-morin-et-l-eloge-du-mystere]

A trop vouloir baliser ses déplacements, l’être humain serait-il surtout en train de se perdre… dans la simplification des choses, dans l’illusion, mais aussi dans cet aveuglement qui l’empêche d’appréhender sérieusement les désastres qu’il est lui-même en train de nourrir ?

Le philosophe français Edgar Morin, fin observateur du monde qui l’entoure depuis 95 ans, doute de moins en moins de cette dérive. Dans son dernier essai, Connaissance, ignorance, mystère (Fayard), il appelle d’ailleurs à lever la tête de nos réseaux sociaux, à affronter les déterminismes numériques pour mieux surmonter nos peurs ataviques de l’inconnu, déjouer les « nouvelles ignorances » et surtout changer le cours des choses dans des sociétés où paradoxalement, l’expansion des connaissances fait désormais régresser, selon lui, la connaissance.

« La croyance en une vie sociale ou personnelle régulée ou programmée par algorithme [ces formules mathématiques qui orientent choix et contenus dans les univers numériques] est illusoire, indique Edgar Morin dans une entrevue accordée il y a quelques jours au Devoir. L’histoire de l’humanité, des sociétés, de la personne ne peut échapper à l’inattendu, le hasard, la folie, la créativité. Or, si elle libère, la technique, aussi, asservit » en finissant même par atrophier l’intelligence, poursuit-il.

Sombre perspective ? Le malheur serait en marche et ses artisans ont, à l’écouter et à le lire, le nez collé sur un écran d’ordinateur et le doigt agité frénétiquement sur un clavier ou sur un écran tactile. « L’unification techno-économique du globe et la multiplication des communications ont provoqué non pas une conscience de communauté de destins humains, mais au contraire, les replis particularistes sur des identités ethniques et/ou religieuses ; non pas une grande union, mais une multiplication de dislocations et ruptures politiques et culturelles dégénérant en conflits », écrit-il dans cet essai alliant impressions, réflexions et sagesse, sorte de message d’un penseur indiscipliné, docteur honoris causa de vingt-quatre universités à travers le monde, à ceux et celles qui vont construire et le penser le monde après lui.

Et il montre du doigt « le somnambulisme du monde politique qui vit au jour le jour, du monde intellectuel aveugle à la complexité » et « l’inconscience généralisée » qui contribuent « à la marche vers le désastre »

Le leurre de l’émancipation

Le culte de l’instant présent, l’obsession de la quantification de l’activité humaine, du choix et du commentaire réduit à des codes binaires, tout comme l’enfermement de la pensée humaine dans des réseaux numériques cloisonnés, à des fins commerciales, n’y sont pas étrangers, même si tout cela se joue dans des sociétés dites du savoir où l’hyperconnexion et la démocratisation de l’accès à l’information, à la prise de parole sont érigées en vecteur d’émancipation, en faisant surtout illusion, selon lui. « L’excès d’information tue la connaissance, dit Edgar Morin. Les connaissances non reliées tuent la connaissance et font apparaître une nouvelle ignorance qui s’ignore elle-même au coeur de la prolifération des connaissances. » Cela entretient ce qu’il nomme l’ignorantisme, un mal contemporain qui frappe autant le citoyen ordinaire que les savants et experts confrontés à la même organisation fragmentée de la pensée, à la même connaissance dispersée qui empêche l’émergence de « cette connaissance pertinente qui les relie et qui permettrait d’affronter la complexité ».

« Le règne du calcul », dans lequel l’avènement du tout numérique nous a fait entrer, « occulte les réalités humaines les plus profondes », dit-il. « Le rêve d’une société humaine totalement automatisée sous la loi de l’algorithme conduirait non au surhumain mais à l’inhumain », poursuit-il dans son bouquin en parlant de cette post-humanité où l’humain est en train de se laisser conduire. « Le rêve d’une rationalité algorithmisante tendra à nous réduire en machines triviales. » Et cet idéal est forcément vain, puisque l’incertitude fait partie intégrante de l’aventure humaine, estime-t-il.

Le constat pourrait être sombre avec ces « myopies et aveuglements cognitifs » et collectifs qui « produisent erreurs et illusions » et qui nous rendent « inconscients des processus désastreux que subit la planète », dit Edgar Morin qui continue toutefois de chercher la lumière pour éclairer le présent en rappelant le caractère cacophonique, polymorphe et fou de la vie et à « ressentir la qualité poétique de la vie », à accepter « l’inachèvement de toute connaissance » pour retrouver le sens du mystère, dit-il. « Il faut détrivialiser la vie et s’en étonner 

« Le mystère ne dévalue nullement la connaissance qui y conduit, écrit-il. Il nous rend conscients des puissances occultes qui commandent », ces démons intérieurs et extérieurs qui conduisent « aux excès, aux folies, aux ivresses ». Le mystère permet aussi d’accéder au sublime en s’éloignant de cet « horrible » que trop de calcul serait en train de faire émerger, selon lui, mais qui demeure probabilité dont on échappe en changeant de voie, conclut Edgar Morin.

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«Connaissance, ignorance, mystère»
Edgar Morin, Fayard, Paris, 2017, 190 pages
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André Komatsu Base Hierarquica, Hong-Kong, 2011-2013

Le billet pourrait aussi s’intituler l’immobilité ou la décadence. Période de transition qui précède le vrai printemps, la Renaissance. C’est ce que la philosophie chinoise de la sagesse taoïste «Yi King» (bien avant Confucius) nous apprend dans le chapitre 12 «P’i» où les forces de la terre et du ciel vont dans des directions opposées. Je potasse ce livre depuis plus de 25 ans, je commence à le connaitre et je suis tombée cette nuit sur ceci. J’ai pensé que cela vous inspirerait.

« Le ciel et la terre n’ont plus commerce l’un avec l’autre et toutes choses se figent. Le haut et le bas n’entretiennent plus de relations mutuelles, la confusion et le désordre règnent sur la terre. Au-dedans est l’obscurité, et au-dehors la lumière. Au-dedans est la faiblesse, et au-dehors la dureté; au-dedans est le vulgaire, et au-dehors les êtres nobles (1). La nature du vulgaire croît et celle des êtres nobles est en décroissance. Mais les êtres nobles ne se laissent pas détourner de leurs principes. S’ils n’ont plus la possibilité d’agir, ils n’en demeurent pas moins fidèles à ces principes et se retirent dans le secret (2). Ils ne permettent pas qu’on les gratifie de revenus.

Lorsque la défiance mutuelle règne dans la vie publique par suite de l’influence exercée par les hommes vulgaires, une activité fructueuse est impossible parce que les bases sont erronées. C’est pourquoi l’homme noble sait ce qu’il a à faire en de telles circonstances. Il ne se laisse pas séduire par des propositions brillantes l’invitant à participer aux affaires publiques : celles-ci ne seraient que périlleuses pour lui, car il ne peut faire sienne la mesquinerie des autres. C’est pourquoi il cache son mérite et se retire en secret.

Les êtres vulgaires sont prêts à flatter servilement leurs supérieurs. Ils supporteraient également l’homme noble s’il pouvait les aider à dissiper la confusion. Cela leur est salutaire. Mais le grand homme supporte tranquillement les conséquences de la stagnation. Il ne se mêle pas aux affaires du vulgaire. Sa place n’est pas là. En acceptant de souffrir personnellement, il assure le succès de ses principes.

Les temps changent. L’homme (3) capable de rétablir l’ordre (4) est arrivé. Mais c’est précisément dans de tels temps de transition que l’on doit demeurer dans la crainte et le tremblement. Le succès ne sera consolidé que par une extrême appréhension qui pense sans cesse : « Et si cela échouait ! ». Confucius dit au sujet de ce trait : « Le danger nait là où l’on se sent assuré à sa place. Le déclin menace là où l’on cherche trop à conserver la situation. »

Mais la stagnation ne dure ne pas éternellement. Toutefois elle ne cesse pas d’elle-même, mais requiert l’homme capable d’y mettre un terme. Là réside la différence entre la paix et la stagnation. » Yi King

Dans le chapitre 64, celui qui précède le printemps aussi, « Avant l’accomplissement », il est écrit :

Les conditions sont difficiles. La tâche est grande et lourde de responsabilités. Il ne s’agit de rien de moins que de ramener le monde de la confusion à l’ordre. C’est pourtant une tâche qui promet le succès, car il existe un but permettant d’unir les forces divergentes.  Il faut seulement s’avancer à pas comptés, comme un vieux renard qui marche sur la glace.

De même, aux moments qui précèdent l’accomplissement, la réflexion et la circonspection sont la condition fondamentale du succès. Si l’on veut parvenir à un résultat, on doit commencer par examiner la nature des forces considérées et la place qui leur convient. Si l’on dispose les forces à leur juste place, elles produisent l’effet désiré et l’accomplissement est réalisé. Mais pour pouvoir manier comme il le faut les forces extérieures, il faut soi-même adopter le point de vue correct. Ce n’est qu’à partir de ce moment que l’on peut agir correctement.

[Le moment venu], il faut que le passage soit réalisé. Il faut s’affermir entièrement dans sa résolution; une telle attitude procure la fortune. Tous les doutes qui peuvent s’élever dans ces graves moments de combat doivent se taire. »

***

Quelques commentaires d’abord et surtout sur la langue. Il va de soi qu’un aussi ancien texte a subi plusieurs modifications, voire évolutions au cours des âges. Approcher ces Anciens demande à la fois du doigté, de l’humilité et du détachement, autant comme lecteur que comme traducteur devant l’incroyable difficulté de saisir une civilisation aussi étrangère à la nôtre, même encore aujourd’hui. Il ne s’agit donc pas de se faire une nouvelle bible du plus ancien livre de Chine, source d’inspiration infinie pour Confucius et Lao Tseu, mais de méditer sur un texte ancien qui a passé le cap des 150 générations et qui vaut vraiment la peine qu’on s’y arrête et qu’on le médite…

 

Il s’agit de la traduction du Yi King – le livre des transformations d’abord en allemand au début du 20e siècle de Richard Wilhelm, puis de l’allemand au français d’Étienne Perrot, aux éditions de la Librairie de Médicis, Paris, 1968. Les défis de traduction sont immenses aussi d’un simple point de vue linguistique, car la langue chinoise écrite se « compose de mots dont le sens est incertain, et ne sont précisés que par le contexte » (Perrot).

Ce texte, d’abord connu par les missions jésuites à la fin du 17e siècle, tomba dans les mains du psychanalyste de G. Jung en 1924, qui le fit traduire par son ami missionnaire protestant ayant longuement vécu en Chine, R. Wilhelm.

Il existe aussi d’autres traductions, dont une autre fort intéressante, mais encore plus impénétrable pour qui ne connait pas les fondements du bouddhisme, le « Yi King bouddhiste » du bouddhiste chinois Chih- Hsu Ou-i (1599-1655), traduit du chinois par Thomas Cleary et de l’américain par Cannelle Ownie aux mêmes éditions Librairie de Médicis, 1987. Dans cette traduction, ce chapitre porte plutôt le titre de « L’obstacle » et éclaire différemment, mais avec autant d’intérêt, ce blocage en soi et dans la société humaine, comme reflet un de l’autre. Cette version plus ésotérique est écrite pour « élucider des possibilités d’avenir, dans le développement social, psychologique et spirituel » (Ownie). Selon cette traductrice, la légende veut qu’une partie du texte ait été transmise bien avant le 17e siècle, à l’époque de la Rome des Césars, ce qui n’est pas impossible, car on sait qu’il y avait déjà commerce de la soie via la Syrie en ces temps reculés. En voici un dernier extrait :

« Si intérieurement, vous parvenez à la tolérance passive, flexible et docile, et placez la nature éclairée, forte, positive, au-delà de vous, intérieurement, vous êtes identique aux petites gens, qui sont principalement concernés par leur propre libération et [que] vous placez les dirigeants éclairés au-dessus de vous, incapable de parvenir à l’illumination vous-même, vous ne pouvez pas influencer les autres, en les poussant à y parvenir. C’est pourquoi la voie du petit sera favorisée, et la voie du vrai gouvernement subira un déclin. »

***

Que veut dire « grand homme » dans notre société défaillante occidentale d’aujourd’hui ? Qu’est-ce que notre histoire nous a appris à ce sujet ? Y a-t-il le risque d’y voir un effet de nouveauté incarné par l’archétype du « sauveur » ? Il convient d’interpréter ces mots «grand homme» avec la plus grande circonspection, car ils viennent probablement d’une antique société chinoise hautement hiérarchisée et machiste. Peut-être aussi faut-il l’intérioriser : le grand homme en soi ? Même question pour «être vulgaire».

Quoiqu’il en soi, ce texte et ce passage dégage une réflexion toujours utile sur le sens de l’action et de la non-action dans différentes périodes de notre vie autant que dans les étapes de la toujours difficile vie collective.

Enfin, ce texte n’est pas une apologie de la passivité politique. Il s’agit plutôt de percevoir et sentir où, quand et à quel endroit l’action politique peut vraiment servir des buts qui dépassent largement notre personne et nos intérêts personnels, un peu comme dans l’«Ubuntu» de Nelson Mandela.

Si ce billet vous a donné le goût de connaitre ce grand livre, j’aurai déjà atteint un de mes but 🙂

Et faites-moi part plus tard de vos découvertes !

Bonne lecture !

 

Mahabharata-1

Je viens d’aller voir la pièce «Battlefied» du très fameux metteur en scène Peter Brook (92 ans !) et Marie-Hélène Estienne qui reprennent un des poèmes épiques du livre sacré hindou Mahabharata (« La Grande Guerre des Bhārata »)…  toujours aussi criant d’actualité (1).

Guerre fratricide, victoire triste sur les questionnements humains et sur ce qui reste après le champ de bataille, les frères ennemis réalisent trop tard que «toute victoire est une défaite». Riche matière à réflexion de cette culture millénaire, les personnages se questionnent en faisant référence aux conflits entre deux familles et «aux nombreux dilemmes où entrent en conflit les obligations consécutives aux liens de parenté, d’amitié et de loyauté qui se sont noués précédemment entre les combattants»(2) et plus précisément sur ce qu’est la vraie richesse et la vraie pauvreté. Ils nous montrent notamment que ce qui mène à la guerre, outre la recherche de pouvoir, est la confusion entre le bien et le mal, l’injustice prenant les habits de la justice, l’importance du destin, la mise en veilleuse de la recherche de la vérité et la montée du mensonge public et politique appelé aujourd’hui «faits alternatifs»… Tout un écho à notre actualité mondiale…

En fouillant un peu sur cette épopée, je trouve que cet extrait précède la dernière partie du livre où « la mort de Krishna marque aussi, dans la cosmogonie hindoue, le début de l’ère de Kali Yuga, quatrième et dernier âge de l’humanité, où les grandes idées et les valeurs nobles se sont effondrées et où l’humanité s’achemine vers la dissolution complète des actions justes, de la morale et de la vertu. » On entend assez peu les hindous sur la place publique. Les musulmans et leurs combattants prennent toute la place. On aurait intérêt à tendre l’oreille plus souvent à cette culture et vision du monde. Dans la pièce, un autre passage m’a frappé, celui où on dit que le mal, la guerre n’arrive pas tout d’un coup, mais subrepticement, par petite dose anodine. Et ce vers : «L’anéantissement ne vient jamais les armes à la main. Il vient doucement nu-pieds.» Que faire en de telles périodes sombres ? À mon «âge»:), j’ai vécu assez de belles victoires et de cuisants échecs pour avoir finalement compris qu’il faille simplement accuser le coup, comprendre la leçon de vie puis raller de l’avant avec d’autres projets que l’on considère pour le bien commun, sans trop d’attentes et surtout malgré tout.

Dans la même veine, je poursuis avec vous mes lecteurs dans ce 3e billet ma réflexion sur les attentats de Québec et les intolérances à la différence qui déchirent actuellement nos sociétés. Une autre de mes lectrices m’a écrit un message si touchant, en réponse à la lettre de Paola (publiée dans mon billet précédent «Alerte à a bombe à Concordia»), et que j’ai voulu le publier également à la une. En plus, elle nous fait découvrir une poétesse. Voici son texte.

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***

Ah, comme c’est beau.
Depuis ce qui me semble être une éternité, à lire en ligne et dans les journaux tout ce que je peux trouver pour mieux comprendre la douleur que j’ai à vivre dans le climat (mondial) actuel, et à chercher presque désespérément des réponses et des analyses sobres et rigoureuses pouvant m’aider à prendre du recul, j’en suis arrivée au même questionnement que celui que tu présentes ici, sur ton blogue.

Dans mes moments d’épuisement et de haut-le-cœur moral, je me suis tournée vers la poésie.
Il y a quelques jours à peine, je suis aussi tombée sur ce poème de Naomi Sihab Nye, une grande poète (1) :

« Kindness » rejoint le message de Paola. Malheureusement, l’œuvre de Shihab Nye n’a pas encore été traduite en français.

Pour paraphraser la poète, je dirais que nous habitons présentement le paysage désolant qui existe entre les régions de la gentillesse (le mot KINDNESS désigne la bonté-bienveillance-générosité-chaleur humaine); nous devons apprendre « la gravité tendre » de la gentillesse.

Il nous faut réellement comprendre tout ce que nous risquons de perdre.

«Kindness

Before you know what kindness really is
you must lose things,
feel the future dissolve in a moment
like salt in a weakened broth.
What you held in your hand,
what you counted and carefully saved,
all this must go so you know
how desolate the landscape can be
between the regions of kindness.
How you ride and ride
thinking the bus will never stop,
the passengers eating maize and chicken
will stare out the window forever.
Before you learn the tender gravity of kindness,
you must travel where the Indian in a white poncho
lies dead by the side of the road.
You must see how this could be you,
how he too was someone
who journeyed through the night with plans
and the simple breath that kept him alive.
Before you know kindness as the deepest thing inside,
you must know sorrow as the other deepest thing.
You must wake up with sorrow.
You must speak to it till your voice
catches the thread of all sorrows
and you see the size of the cloth.
Then it is only kindness that makes sense anymore,
only kindness that ties your shoes
and sends you out into the day to mail letters and purchase bread,
only kindness that raises its head
from the crowd of the world to say
it is I you have been looking for,
and then goes with you everywhere
like a shadow or a friend.»

Naomi Sihab Nye

Réf.: http://writersalmanac.publicradio.org/index.php?date=2007/07/23

Voici le poème lu : https://www.youtube.com/watch?v=MxRiZEwZntM

Michelle P.-Daoust

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(1) Dans les années 1980, avec Jean-Claude Carrière, ils ont aussi créé une pièce de théâtre, véritable morceau d’anthologie sur ce livre,  ainsi qu’un film-série en plusieurs épisodes; voir https://www.youtube.com/watch?v=EENh1hxkD6E&list=PLfWN1WPpI57FpIBbNGPDZ56jK3w7Etdh2

(2) Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mahabharata#cite_note-1

Bonjour chers lecteurs et lectrices,

Tout ce climat actuel délétère d’intolérance, en particulier sur les réseaux sociaux ici comme ailleurs, est franchement inquiétant; je n’ai pas été aussi socialement inquiète depuis le début des années 1990, quand il y a eu la guerre du Golfe au Koweït. D’ailleurs, un commentateur a dit la semaine dernière que nos problèmes avec les (pays?) musulmans extrémistes ont commencé là…

Mais ce n’est pas seulement sur cette question que les gens se lâchent et s’expriment n’importe comment. Toute question controversée (féminisme, LGBT, référendum, langue, noirs, immigration, accommodement religieux, etc.) devient vite l’enfer côté «discussion». Éducation zéro sur la façon de communiquer correctement son opposition !

Je cherche à comprendre ce qui peut spirituellement pousser des gens à agir ainsi. Comment en est-on arrivé à autant d’intolérance de tous les côtés ? Je questionne mes amis, ma famille.

Dans ma série sur l’attentat du Québec, j’aimerais vous présenter à nouveau la réflexion d’une autre amie et lectrice de ce blogue au sujet d’un autre événement dans la lignée d’un certain nombre d’attaques contre les musulmans au Québec. La semaine dernière, l’université Concordia à Montréal a reçu une lettre haineuse contre les musulmans, assortie d’une menace à la bombe. L’université a dû fermer ses portes pendant que la police cherchait ce qui s’est avéré être finalement une fausse alerte. L’auteur de ce méfait, Hisham Saadi, a été arrêté et interrogé par la police (1).

Je publie sur mon blogue cette lettre, car je trouve que c’est une partie importante de la réponse, et que trop souvent, on n’entend pas ce genre de voix/vision dans les médias traditionnels.

Et vous, comment sentez-vous ces événements ?

***

« Alerte à Concordia

Malheureusement il me vient une parole qui peut être réactive, mais pourtant irréfutable. « Nous récoltons ce que nous avons semé ».

Le cycle de la haine se perpétue en proclamant de la haine à ces gens qui ont déjà agi contre eux sans le savoir. Quand cesserons-nous de semer la haine?

Nous jouons tous contre nous-mêmes.

Ma pensée et ma parole resteront les mêmes vis-à-vis toute situation.

Il n’y a que la compréhension, la compassion, l’écoute et l’amour inconditionnel qui changera le mouvement de la roue humaine.

Tout être humain cherche à aimer, être aimé et s’unir au tout. Ne sachant pas comment agir, nous semons l’opposé de ce que nous désirons.

L’ego veut à tout prix nous protéger et devient mauvais conseiller.

Nous devrons nous rendre compte que c’est en aimant que nous serons aimés. C’est en s’aimant tous, malgré nos souffrances et celles subies, que nous allons nous unir.

La source de la spiritualité, notre âme, est neutre. Elle ne pousse ni ne tire. Elle est, tout simplement.

Quand nous souffrons et réagissons, elle pourrait se dire.

Enfin ! Ils vont cesser et prendre conscience que répondre à la douleur par la douleur enflamme la douleur.

Cet homme souffre et nous le ferons souffrir.

 

Nous avons quelques siècles à vivre avant de voir le changement de pensée.

Cela parait injuste, mais nous sommes ici pour apprendre et sommes dans le moment le plus sombre de l’existence.

Merci à toi et à tous les êtres lumineux de soutenir l’amour,

🙂

Paola

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(1) http://quebec.huffingtonpost.ca/2017/03/02/arrestation-homme-menaces-musulmans-universite-concordia_n_15104482.htm

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Grande mosquée de Québec, au matin du 30 janvier 2017. Crédit photo : Le Devoir, Jacques Nadeau

Je prépare un billet sur les sentiments d’exclusion, d’injustice et d’oppression, qui sont, je crois, les sentiments les plus à vifs pour de larges pans de population, de minorités et d’individus en ce début du 21e siècle. Le choc de l’attentat de Québec le 29 janvier dernier, où des musulmans ont été tués par un tireur «fou», alors qu’il se trouvaient dans une Mosquée à Québec, soulève de nombreuses questions et appelle des actions nouvelles. Je suis allée aux funérailles de Montréal et j’aimerais plus tard trouver les mots pour vous en parler. J’envoie à nouveau mes condoléances aux familles éprouvées.

Mais avant, j’aimerais vous faire connaitre le regard croisé d’une militante bien connue de la culture sourde, ma cousine Julie Elaine Roy, qui s’exprime ici éloquemment au sujet de cet attentat et plus largement, au sujet de toute situation d’intolérance et de nos responsabilités.

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Samedi 4 février 2017

Chère sœur,

Ce que j’ai ressenti lors des évènements du dimanche 29 janvier 2017 a suscité en moi de la grande tristesse vis-à-vis la communauté musulmane.

Cela m’a fait revivre toute l’intolérance face aux personnes « non conformes » à la majorité de la société.

Je suis une personne devenue sourde suite à une complication lors de ma naissance en 1948.

Je fus éduquée à l’Institution des Sourdes-Muettes de Montréal de 1955 à 1964. J’ai poursuivi mes études grâce à des cours privés en français et en anglais dans le but d’aller à l’université de Gallaudet (Washington D.C.),  seul établissement universitaire pour les étudiants sourds communiquant en langue des signes américaine. Diplômée de celle-ci, j’ai été professeure  d’élèves sourds à l’école Lucien-Pagé et conseillère pédagogique au cégep du Vieux-Montréal auprès d’élèves sourds et malentendants en leur prodiguant différents services adaptés à leurs besoins. Je suis présentement à la retraite depuis 10 ans.

Donc, forte de mon expérience et de mon vécu, je vais vous raconter tout ce que peuvent susciter des paroles blessantes chez un enfant.

Je me souviens à l’Institution, lors des leçons de catéchisme le professeur nous disait que la religion catholique était la meilleure au monde. J’avais peut-être 10-11 ans. Déjà à ce moment-là, j’éprouvais de la tristesse pour les autres humains de la terre qui n’en faisaient pas partie.

À cette époque-là, j’ai même dit à une élève qu’elle irait en enfer si elle n’allait pas à la messe plus souvent dans la semaine. Cette dernière a rapporté mes paroles au professeur. En me reprochant déjà ma bévue, j’allais répliquer : «  Oui, mais…), sauf qu’elle m’a giflée tout de suite avant que je ne finisse ma phrase qui aurait été celle-ci. « C’est vous qui me l’avez enseigné ». C’est vrai que ces dires ne devraient pas être prononcés, j’en suis consciente. Cette leçon me fut bénéfique lorsqu’à mon tour je suis devenue enseignante, 15 ans plus tard.

Nous professeurs, avons beaucoup de pouvoir face à une classe d’élèves. Nous avons la grande responsabilité de transmettre notre savoir. J’ai toujours respecté leurs réflexions. Étant moi-même sourde, j’ai eu durant des années à subir des préjugés selon lesquels les Sourds ne comprennent que le concret et pas l’abstrait. Heureusement, il y a longtemps que j’ai entendu cette ineptie.

J’ai toujours été à leur écoute et je corrigeais parfois leurs raisonnements incongrus tout en faisant bien attention à mes propos.

Au début de ma carrière à l’école Lucien-Pagé, les élèves des classes du secteur sourd nouvellement intégrés lors des récréations, des diners à la cafétéria et des participations aux activités de loisirs m’ont dit que les entendants étaient méchants. Je leur ai répondu que leurs parents l’étaient sans doute aussi, car 90% des enfants sourds ont des parents entendants. Cela les a fait réfléchir. C’est normal parce que c’est juste de l’ignorance.

Souvent dans mon enseignement, j’ai fait de la sensibilisation à la culture sourde et à la langue des signes québécoise (LSQ). Quelquefois mes élèves me contestaient. Je trouvais cela légitime, car j’ai toujours prôné le respect vis-à-vis de l’intelligence de ces enfants. À la longue, ils finiraient par comprendre et c’est le cas. Ils sont devenus les défenseurs de cette langue.

Tout au cours de ma vie, j’ai dû faire face à des propos racistes de la part de mes proches, selon le contexte de chacun. Depuis ma tendre enfance, j’ai toujours ressenti un malaise que je ne pouvais pas m’expliquer et que je n’ai compris que plus tard. Je n’étais pas l’une des leurs. Cette exclusion s’applique dans les domaines tels que la religion, la race, le sexe, le handicap, etc. Si nous continuons à pointer les différences qui ne nous conviennent pas, on fera le vide autour de nous et nous nous retrouverons seuls.

Suite à l’évènement du 29 janvier dernier, j’ai regardé à la télévision les deux cérémonies religieuses dédiées aux défunts. J’ai aimé les discours des deux premiers ministres, ceux des deux maires et surtout ceux des imams ou des personnalités de la communauté musulmane. Ces derniers nous ont rappelé ce qu’est la vraie religion musulmane. Ce que je savais déjà.

Là où je veux en venir est ceci : « Il est de notre devoir de faire attention à nos paroles et là je pense à Loïc mon petit-neveu de trois ans qui entend tout et qui commence à raisonner subtilement. J’aimerais que, comme adulte, lui donner l’exemple du respect dans la façon de communiquer.

 

Voilà ma chère sœur ce que je voulais dire.

 

Excuse les fautes de syntaxe ou coquilles dans le texte. L’important est de dire exactement ce que je ressens.

 

Julie Elaine Roy

 

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Pauline Marois, 2013

Dans son allocution à la Société Saint-Jean-Baptiste pour le 40e anniversaire de l’accession au pouvoir du Parti Québécois, l’ex-première ministre du Québec (2012-2014), Pauline Marois répond clairement à son échec et à celui de son parti. (1)

Surtout : « Les Québécois nous ont retiré leur appui parce que nous avons refusé de nous engager à ne pas tenir de référendum sur notre avenir constitutionnel.»

Et aussi, selon elle, le débat sur la laïcité n’a pas bien été compris : « La défense de la laïcité, c’est à la fois un héritage du Siècle des Lumières, un combat contre l’obscurantisme et une bataille pour l’égalité entre les femmes et les hommes. C’est une lutte pour la liberté.»

Également, plus gravement encore : « les adversaires de notre projet sont nombreux, puissants, riches et robustes. En 2014, nous les avons affrontés sans que nos forces soient mobilisées pour y faire face. Nous participions à une élection alors que nos adversaires orchestraient un simulacre de référendum.»

De plus, tirant également des leçons des récentes élections américaines : « Une ligne de fracture profonde s’est creusée entre celles et ceux qui incarnent le pouvoir et les populations dont les espoirs ont été déçus, la situation économique s’est détériorée et l’identité ignorée.»

Puis, un détail intéressant sur lequel elle semble glisser un peu vite attire mon attention… elle mentionne cet attentat sur les lieux de son discours de victoire en 2012, se qualifiant elle-même de « rescapée avec ma famille et les militants de mon parti d’un attentat politique meurtrier » : c’est la 1re fois que j’entends ces mots de sa bouche. À la télé l’année dernière, le plus loin qu’elle était allée, c’est d’estimer que le fait d’être une femme et la 1re femme 1re ministre n’était probablement pas étranger à cet attentat (un des premiers féminicides contemporains au monde (2) a eu lieu à Montréal à la Polytechnique en 1989, -on a jamais oublié cela, même si on a essayé- sans parler de celui des femmes autochtones, partout sur le territoire(3)). Je vais donc revoir sur Internet, et…

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Torpinouche, quelle n’est pas ma débine lorsqu’en revisionnant ce discours de victoire (4) sur le site du Parti québécois, je constate qu’une scène importante (au timecode 18:23 de cette vidéo) n’apparait pas, les minutes suivant le moment où elle est acclamée par la foule, car elle vient de dire qu’elle a «la conviction que l’avenir du Québec, c’est de devenir un pays souverain», cette scène où…

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Photos crédit : Société Radio-Canada, 4-09-12

La scène coupée est la suivante : on ne voit pas que… Mme Marois quittait la scène prestement, emportée par ses 2 gardes du corps, suite à un bruit à l’arrière de la scène !!! (On apprendra dans les heures suivantes qu’il y a eu mort d’homme et un très grave blessé).  Des agents ont demandé au maitre de cérémonie et artiste Yves Desgagné de s’adresser aux militants pour que tous quittent la salle, ce qu’il a fait.

La vidéo du PQ revient lorsque Mme Marois est au micro avec un aplomb remarquable pour demander aux gens, dans un calme olympien qui a calmé immédiatement le MC, de «quitter tranquillement, car il est arrivé un petit incident malheureux» et a pris le temps de remercier les gens «du plus profond du cœur d’être là ce soir».

Le montage coupe à nouveau cette scène (là où il y a un bleu) : Mme Marois a discuté avec les agents.

Puis les images complètes reviennent :  on la voit demandant au public d’attendre parce qu’«on croit avoir contrôlé l’incident» (à ce moment, on apprend à la télé qu’il y a eu aussi un feu à l’extérieur arrière et qu’un homme vient d’être arrêté par la police, en criant «Les Anglais se réveillent »). Enfin, entourée par sa famille, les candidats et les députés, elle a terminé rapidement son discours.

Le lendemain (septembre 2012), j’étais devant le Métropolis pour une veillée aux chandelles à la mémoire du technicien de scène qui se trouvait là, la veille et qui est mort. Richard Henry Bain est accusé de meurtre.

Son procès a lieu actuellement, depuis quelques semaines (ou mois?) en… fin 2016, mais les médias, étonnement, en ont peu parlé. J’ai appris aujourd’hui qu’un jury l’été dernier l’avait reconnu de meurtre (par balle) sans préméditation au 2e degré et de trois tentatives de meurtre  et qu’il recevra demain (18-11-16) sa sentence entre 10 et 25 ans de prison. À suivre.

Comment le Parti québécois peut-il effacer (?) ou ignorer l’histoire complète ? Je suis ahurie !! C’est déplorable et inexplicable.
Je viens de leur écrire pour leur demander de (re)mettre toute la scène… et de ne pas effacer mon message à cet effet sur YouTube.

Par ailleurs, je lis des insultes sur une autre page de son discours (complet), des injures et des vacheries totalement indignes d’une société démocratique avec une personne élue par une relative majorité du peuple (gouvernement minoritaire). Si ces personnes ne sont pas d’accord avec Mme Marois et le PQ, find, mais je les exhorte à le dire autrement ! Oseraient-ils parler ainsi si la personne était en face d’eux ? Et a-t-on déjà traité de « bitch » un homme politique ? Je ne crois pas. Une des raisons pour laquelle je ne ferai jamais de politique est exactement à cause de cela (et je lève mon chapeau à celles qui osent ! Y compris aux candidates dont je ne partage pas les options politiques : c’est le jeu de la démocratie; comme Voltaire, « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire. », aurait-il écrit). Le poète et chanteur Gilles Vigneault a déjà dit que les gens qui n’ont pas de mots font la guerre. Ces pleutres qui déversent leur fiel sur les réseaux sont-ils de ces tristes gens ? Je me souviens très bien que les réseaux sociaux sont devenus très sales et franchement impraticables dans les toutes dernières semaines de la campagne électorale avant la victoire du Parti québécois en 2012  et avant sa défaite  en 2014.

Cette incapacité de débattre et de critiquer autrement que par des invectives, ça devient franchement inquiétant pour la démocratie depuis 4 ou 5 ans, ici comme ailleurs. On se dirige droit au mur. Il faut impérativement des médiateurs, des modérateurs et des pacificateurs sur les réseaux. Par ailleurs, l’anonymat devrait être formellement empêché. Ces personnes qui se gargarisent de « Liberté », quelle sorte de liberté nous offrent-elles par ces comportements ?

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Pour revenir à mon propos du début, oui le Parti québécois (dont je n’ai jamais été membre et toujours critique) est à la croisée des chemins, comme l’admet Mme Marois. Les partis traditionnels devront intégrer des processus de démocratie horizontale, et même de démocratie directe, pour remettre au moins une partie du «bas» en haut des considérations de pouvoir décisionnel législatif, voire exécutif (comme dans les jurys dans le pouvoir législatif), pour donner une vraie voie-voix de pouvoir direct aux citoyens, en favorisant des initiatives locales et des utopies concrètes, notamment…

Gros programme, qui ne se fera pas en criant ciseaux… C’était une proposition du mouvement des Carrés rouges (mis sur pied par la Coalition de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante élargie), du groupe SANS PARTI – Citoyens constituants (mis sur pied entre autres par l’écologiste et paysan Roméo Dallaire) au Québec, du mouvement Occupy à l’international (dont une des initiatives locales est la plateforme internet d’action et de partages Weroes) et d’une très probable frange importante des militants du Forum Social Mondial, puis des Maisons des citoyens (mises sur pied entre autres par l’auteur Alexandre Jardin) et du mouvement des Colibris (mis sur pied entre autres par l’agriculteur, environnementaliste et écrivain Pierre Rabhi) et Les Amanins en France. C’est aussi l’objet des réflexions du dernier numéro de la revue Possibles à laquelle je participe «Utopies concrètes et pratiques émancipatrices», automne 2016); plus de détails au http://redtac.org/possibles/ ).

Bref, une situation exceptionnelle exigeant des moyens exceptionnels…

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18-11-2016 – dernière nouvelle

Richard H. Bain a reçu la perpétuité pour ses crimes et fera 20 ans de prison ferme. Le juge G. Cournoyer de la Cour supérieur du Québec a retenu l’argumentaire des procureurs de la couronne dans cette cause : « le facteur aggravant le plus important est la nature politique des crimes qui représente une atteinte à la démocratie» et que ce meurtre a été «motivé par la haine basée sur les opinions et croyances des membres du Parti québécois». Les victimes s’estiment satisfaites. Dave Courage, qui vit des séquelles permanentes, fait un appel à l’unité, mais d’autres pensent que le combat n’est pas terminé, car Bain pourrait aller en appel.

Tous se rappellent que l’arme de Bain s’est enrayé ce soir-là et… qu’il n’a pu tirer qu’une seule balle avant d’être immobilisé par les policiers et que nous sommes passés à un cheveu d’un drame plus grand encore (5).

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  1. http://quebec.huffingtonpost.ca/pauline-marois/le-pq-un-parti-a-la-croisee-des-chemins_b_13028398.html
  2. http://www.lamediatheque.tc/wp-content/uploads/html/JM_20161125/index.html#p=23
  3. Emmanuelle Walter. 2014. «Sœurs volées. Enquête sur un féminicide au Canada. Montréal : Lux.
  4. https://www.youtube.com/watch?v=Agz94dZXiJU
  5. «Bain, âgé de 65 ans, était lourdement armé et portait une cagoule de ski et une robe de chambre lorsqu’il a tiré un coup de feu derrière le Métropolis, avant que son arme ne s’enraye. Ce seul coup de feu a cependant été fatal pour Denis Blanchette, technicien de scène de 48 ans, et a grièvement blessé son collègue Dave Courage. Avec d’autres employés du Métropolis, les deux hommes attendaient à l’arrière de la salle de spectacles montréalaise que se termine la soirée électorale.Bain a finalement été plaqué au sol par un policier et arrêté sans pouvoir tirer d’autres coups de feu, malgré ses efforts, selon des témoignages entendus au procès. Alors qu’il était conduit au poste de police, il criait en français que « les Anglais se réveillent » — ces images, captées par les caméras de télévision, ont tourné en boucle depuis.» http://www.ledevoir.com/non-classe/478353/richard-henry-bain-coupable
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Crédit source : Ed Snowden, sur WBTHblog

La saga de l’affaire Snowden continue cette fois-ci avec l’agence d’espionnage du Canada, le SCRS. Alors que «la loi interdit de cibler des citoyens»*, on apprend dans les médias que ce service a espionné illégalement, tout comme l’agence américaine, les métadonnées des Canadiens via leur téléphone, leur courriel, leur géolocalisation ou leur adresse IP, pendant 10 ans, sans effacer les données non probantes, comme la loi l’exige. « Les agences contournent la loi en expliquant qu’elles ne ciblent personne en particulier, puisqu’elles ramassent toutes les métadonnées »* générales et non les conversations ou les écrits eux-mêmes… Plus de détails sur http://quebec.huffingtonpost.ca/2016/11/04/le-renseignement-canadien-epingle-pour-abus-de-collecte-de-donnees_n_12790658.html

De plus, un énorme scandale fait actuellement rage au Québec sujet de la possession par la police de listes de tous les numéros de téléphone effectués et reçus par une dizaine de journalistes, et dans certains cas, pendant plusieurs années. Cette affaire vise pour l’instant la police de Montréal et la Sureté du Québec. Si la police et encore davantage le pouvoir judiciaire (juges de paix) qui a donné ces mandats de surveillance est dans un effroyable tord, personne n’a encore demandé aux journalistes pourquoi ils n’ont pas protégé leur cellulaire et leur courriel ? Un reporter qui fait du journalisme d’enquête devrait protéger toutes ses données. Une négligence ou une naïveté qui pourrait leur coûter leurs sources, voire mettre la vie en danger de certaines qui sont en relation avec le monde criminel !

Les institutions sont, une fois de plus, fortement ébranlées, et la confiance des citoyens également, et dans certains cas, les sources ou les sonneurs d’alerte, ce qui met fortement à mal notre «démocratie», déjà fortement affaiblie.

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Étant fille de diplomate et journaliste, les questions de protection et de droit à la vie privée comme base de l’intégrité humaine dans un régime dit démocratique m’ont toujours intéressées au point où j’en ai fait la trame de fond d’un récit encore inédit que j’ai écrit en 1995 «Le Fiel à la bouche» et dont je parlais dans mon billet «Refusons la société de surveillance»(1) en  2013 (et dont vous pouvez trouver quelques extraits sonore dans le bandeau de droite). Ce billet portait également sur le lanceur d’alerte Ed Snowden et sur les méthodes légales et illégales d’espionnage et de surveillance de masse des gouvernements américains et britanniques via notamment les réseaux téléphoniques, les courriels privés et les réseaux sociaux. En 2013, j’avais joint ma voix aux 562 écrivains qui avaient écrit aux Nations-Unies pour dénoncer ces méthodes de société sous surveillance.(2)

Comme vient de le faire très justement remarquer Salil Shetty, le secrétaire général d’Amnesty International :« il est ironique que Snowden soit traité comme un espion alors que son acte courageux a attiré l’attention sur le fait que les gouvernements américain [via son agence NSA] et britannique ont espionné illégalement des millions de personnes sans leur consentement.» On nage en pleine inversion du discours public, comme l’avait si bien pressenti l’écrivain Aldous Huxley en 1932  dans son roman «Le meilleur des mondes» en pensant aux pays totalitaires comme la Russie avec ses caustique slogans «la paix, c’est la guerre» ou «l’amour c’est la haine» dans une «novlangue» bureaucratique édulcorée. Or ces méthodes ont non seulement maintenant cours en toute impunité… dans nos pays, mais des personnes qui les dénoncent en les révélant sont accusées au criminel d’espionnage ! À l’heure numérique, et comme l’a été Huxley à l’époque, il importe d’être vigilant, lucide et prévoyant quant à l’utilisation que la police et nos gouvernements élus font de nos données numériques et des nouvelles technologies.

«En juin 2013, Edward Snowden a partagé avec des journalistes des documents des services de renseignements américains qu’il avait collectés alors qu’il travaillait comme sous-traitant en matière de sécurité à la NSA. Ces documents ont révélé l’ampleur des opérations de surveillance électronique mises en place par les gouvernements américain et britannique, qui surveillaient les métadonnées via les activités en ligne et les communications téléphoniques de millions de personnes à travers le monde.»  (extrait de la pétition d’Amnesty International*).

Autrement dit, il est important de comprendre que Snowden n’a pas publié lui-même les informations, mais a demandé à des journalistes chevronnés du journal britannique The Guardian  de faire un tri dans la masse d’information sur les activités licites et illicites de la NSA et dont les actions portaient atteinte à la protection de la vie privée prévue dans la constitution américaine. En choisissant cette façon de faire des révélations, Snowden n’a pas porté atteinte à la sécurité des personnes et les journaux ont fait des révélations ciblées et vérifiées en toute légalité. Le Washington Post a aussi fait des révélations pour lesquelles il a obtenu le prix Pulitzer en 2014, conjointement avec le quotidien britannique The Guardian, pour ses articles sur les informations transmises par l’informaticien.

Mais cette semaine, l’éditeur vire-capot du Washington Post dénonce Snowden, ce qui est un précédent unique et dangereux dans les annales du journalisme d’enquête, où la direction d’un journal dénonce ensuite une de ses sources dans un éditorial (3). Ce texte vient de lui valoir (heureusement) une pluie de critiques aux États-Unis comme ailleurs dans le monde (4). La conséquence aberrante de cet éditorial est que les futurs lanceurs d’alerte pourraient devoir renoncer à leur devoir de conscience, seul devoir qui fait qu’on reste un être humain. Ce n’est pas un détail.

Un autre volet des révélations de Snowden concernait le programme de surveillance en ligne PRISM qui «consistait à obtenir [légalement] des données issues des réseaux sociaux et des plus importants services de messagerie électronique.» (2)… mais le faisaient à l’insu des utilisateurs de ces réseaux (Facebook, etc.) «La surveillance de masse révélée par Snowden a un impact sur les droits fondamentaux des citoyens du monde entier.» (autre extrait de la pétition d’Amnesty International)

*Peu avant le lancement du film d’Oliver Stone sur ce sujet, la pétition internationale :

«Edward Snowden is a hero not a traitor»

a été lancée pour demander à Barack Obama une grâce présidentielle pour Snowden. Cette pétition est menée notamment par Amnistie International, Human Rights Watch et l’Union américaine pour les libertés publiques (ACLU) : https://www.amnesty.ch/fr/themes/surveillance/docs/2016/la-grace-a-edward-snowden#  (texte d’explication) et https://www.amnesty.org/en/get-involved/take-action/Edward-Snowden-hero-not-traitor/ (pétition)

Par ailleurs, selon le BWRHblog , on apprenait en juillet 2016 que «Edward Snowden is working on an iPhone case which would alert its user and deactivate a device should it be accessed by an unauthorized party.»

Edward Snowden a posé néanmoins un geste illégal en 2013 en relayant des informations secrètes aux médias. Mais l’ancien procureur général des États-Unis Eric Holder avait parlé de son geste comme un « service public » en attirant l’attention du public sur ces actions cachées du gouvernement. Pour ces deux côtés de la médaille, un terrain d’entente doit être trouvé afin de permettre à Snowden de sortir de Russie non comme un criminel et lui donner la possibilité de défendre adéquatement son action dans le but d’élargir le débat public sur ce vital enjeu.

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(1) https://evemarieblog.wordpress.com/2013/12/26/refusons-la-societe-de-surveillance-et-vive-edward-snowden/

(2) http://www.ledevoir.com/societe/justice/394827/refusons-la-societe-de-surveillance?utm_source=infolettre-2013-12-11&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

(3) https://www.washingtonpost.com/opinions/edward-snowden-doesnt-deserve-a-pardon/2016/09/17/ec04d448-7c2e-11e6-ac8e-cf8e0dd91dc7_story.html?utm_term=.8c1c927d99be

(4) http://www.ledevoir.com/societe/medias/480500/le-washington-post-tance-pour-avoir-lache-snowden

et http://www.ledevoir.com/opinion/blogues/les-mutations-tranquilles/479959/appel-a-la-grace-presidentielle-pour-edward-snowden

 

bandelette_dialogues1666Il y a 350 ans, un 2 juillet, la ‘première’ dispute philosophique publique au Québec avait lieu…

« Les Relations des Jésuites nous apprennent que le premier débat philosophique public (disputatio) au Québec se déroula le 2 juillet 1666 (…). L’intendant Jean-Talon participa à la discussion en latin. L’un des étudiants soumis à cet examen de philosophie se nommait [le futur explorateur et découvreur] Louis Jolliet. » (Cauchy V. (1968) dans Houde R. (1979).» (1)

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Mathieu Parent, anthropologue et poète de l’Atelier Mange-Camion a organisé le 2 juillet dernier un happening de lecture-discussion autour du texte ancien de La Hontan (1666-1716) «Dialogue avec un Sauvage» (publié en 1703). Tous les participants, dont moi et mon ami Fabrice Marcoux, devaient en lire un extrait qu’il nous avait envoyé par courriel, avec seulement une répétition avant le happening dans un parc très spécial appelé «le Champ des Possibles» à Montréal.

C’était une journée grise, fraiche et très (anormalement) venteuse pour juillet, avec parfois quelques rayons de soleil pour nous réchauffer. La plupart des gens étaient insuffisamment habillés et plusieurs sont partis frissonnants avant la fin. Néanmoins, pour commencer, nous étions une bonne trentaine à s’être déplacés. Mathieu, faisant référence au vent et au chemin de train à proximité et sans doute pour mettre nos esprits ensemble, a proposé d’entonner en canon le chant d’une comptine traditionnelle «Vent frais, vent du matin» :

Vent qui souffle au sommet des grands pins.
Joie du vent qui souffle,
Allons dans le grand…
Vent frais, vent du matin,
Vent qui souffle au sommet des grands pins.
Joie du vent qui souffle,
Allons dans le grand…

Les trois chapitres lus, soit « les lois», «la religion» et «le bonheur» ont été choisis par l’historien Réal Ouellet qui n’a pu malheureusement être des nôtres. Mathieu m’a écrit que «Réal Ouellet a insisté, avec raison je crois, lors de notre rencontre, sur le fait que l’originalité des Dialogues tient d’abord au fait que « le Sauvage [est] Philosophe »,  plutôt qu’à l’idée qu’il serait « le Bon Sauvage ». » Le texte de La Hontan est un débat binaire entre deux personnages, soit l’auteur lui-même et un Amérindien, un Huron qu’il appelle Adario, prototype probable, selon un des lecteurs (Jean-Guy Parent), du grand chef huron Kondiaronk. C’est une sorte d’herméneutique critique du mode de vie français et européen de son époque (17e siècle). Un texte qui aura inspiré le philosophe Leibniz, que La Hontan a fréquenté et probablement Montesquieu et ses «Lettres persanes» (1721) et Rousseau avec le mythe du bon sauvage (1755).

«Les Iroquois & les Hurons […] ont renversé les maximes politiques trop universelles d’Aristote & de Hobes. Ils ont montré […] que des Peuples entiers peuvent être sans magistrats et sans querelles […]. Mais la rudesse des ces Sauvages fait voir, que ce n’est pas tant la nécessité, que l’inclinaison d’aller au meilleur [bien] & d’approcher de la félicité, par l’assistance mutuelle, qui fait le fondement des Sociétés et de Etats […]. Leibniz, Jugement sur les œuvres de Mr. le Compte Sharftesbury, dans Opera Omnia, vol. V (1715), texte rapporté par Réal Ouellet (2)

Le texte de La Hontan, sous forme d’essai-débat, présage peut-être d’un courant libertaire qui mènera notamment à la Révolution française. Mais aussi un texte qui lui aura valu de fortes inimitiés autant en Nouvelle-France qu’en France auprès des pouvoirs établis le menant deux fois à l’exil. Dans ce texte, l’Amérindien défend son mode de vie, mais on comprend vite de nos jours qu’il s’agit en fait de la vision d’un Européen et non des mots qu’aurait utilisés un Autochtone, même en partie instruit en France, comme il est suggéré dans le texte. Mais La Hontan a tout de même vécu 10 ans en Nouvelle-France, ce qui donne de la valeur à son texte, même de nos jours et surtout à l’époque, où il a connu un vif succès et fera le premier rêver du Nouveau Monde nombre d’Européens de l’époque. Là est son originalité littéraire.

Précisément parce que La Hontan expose ses préjugés et automatismes propres à son époque, malgré le degré « d’ouverture » dont il fait état ─comme Champlain qui l’a précédé d’un siècle─, ce livre nous en fait apprendre beaucoup d’un point de vue anthropologique et historique. Cependant plusieurs aspects importants de la vie autochtone manquent, comme le faisait bien remarquer un des participants du public, notamment sur les aspects de cruauté avec les prisonniers des Amérindiens.

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Ce temps si improbable pour un 2 juillet combiné avec cette énorme concentration à écouter des lectures pendant 3 heures, intercalées de deux déplacements dans le parc et de deux brèves périodes pour émettre des commentaires (qui serviront à la discussion finale après la lecture) ont induit chez moi un flottement de la pensée, augmenté par ce lieu improbable et plutôt enchanteur, un petit boisé au milieu de la ville, sauvé des condos par des citoyens agronomes, artistes et écolos –entre le chemin de fer, les blocs de manufactures et le couvent des Carmélites avec son très haut vieux mur de pierres et ses grands arbres matures. Justement, un des dialogues de l’auteur finit par le mot « couvent ». En se tournant vers Adario pour l’écouter lire à son tour, La Hontan (M.) se tourne davantage vers ce couvent, comme pour évoquer la syncronicité du moment…

Deux ou trois moments magiques me furent donnés lorsqu’à la lecture du dialogue sur la religion, la cloche du couvent sonna longuement, lentement. La couleur de la lumière sous le ciel ombrageux, parfois traversé par un bref rayon de soleil, les vents puissants virant à l’envers les feuilles des arbres centenaires, alors que j’étais à demi couchée dans ce parc sauvage, jonchés de petits sentiers naturalisés appelés ici par les habitants des « lignes de désir » et n’ayant pour vue que ces « grands-pères » feuillus et le vieux mur du couvent, je me sentis alors happée doucement dans un de ces moments hors temps et hors saison, presque hors histoire (avec cette vue de ce côté du parc sans bâtiments modernes). Les voix des lecteurs devinrent un décor lointain d’esprits parlant devant la toute puissance de la nature, cette voix du grand Manitou défendue par Adario, une 3e voix de la nature semblant s’imposer aux deux autres, l’air de dire : « Écoutez-moi bonnes gens !! ». Sensible à cet appel, j’ai senti une sorte de long moment de non-pensée et de présence totale au monde, un cadeau comme il ne m’en arrive pas souvent… Merci !

Durant ce dialogue sur la religion catholique vs. la spiritualité amérindienne, un autre de ces beaux moments finement synchrone fut la distribution de petits pains maison faits par M. lui-même. Étant assise, je voyais à peine les pains distribués aimablement dans un sac par une autre participante, la jeune Jeanne. Ma main tomba sur un double pain qui n’avait pas encore été détaché. Hésitant à le garder, J., en bonne future mère de famille… ou Sœur économe et gentiment sévère, me fit remarquer par un mot ou deux soufflés doucement qu’il pourrait en manquer pour les autres… et je m’empressai alors de remettre le 2e pain dans le sac… presque gênée d’avoir eu « une mauvaise pensée »… Le pain était exquis, comme discrètement aromatisé de tomates séchées (?). Manger ensemble ce pain… quel beau geste ensemble, à un moment où justement, on nous parle d’hostie dans le texte… Geste trop souvent oublié de nos jours où la chrétienté est exit par la nouvelle religion de l’argent ou de la violence.

La fin de l’après-midi ramena de plus longs moments ensoleillés très appréciés… alors que mon corps grelottait un peu sous les vents. Appuyée à un arbre, je fermai les yeux quelques instants pour mieux sentir la chaleur de notre père le Soleil réchauffer mes joues. Quel plaisir de sentir cette longue caresse quand on a été en manque toute la journée !

Ce fut bientôt mon tour de lire. Forte de cette expérience, j’introduisis ma lecture avec une improvisation assaisonnée d’une tournure discursive de l’époque,  m’adressant à l’auteur joué par Mathieu : « Mon ami, …, que notre Dieu le vent dissipe ces mauvaises pensées et que le Soleil réchauffe nos cœurs, aujourd’hui !», ce qui a bien fait rire les valeureux spectateurs qui restaient encore pour cette dernière lecture.

Ensuite, on nous a offert de rentrer à l’intérieur pour nous réchauffer à la coop Temps Libre, à l’arrière du parc pour discuter, échanger et pique-niquer. La table était haute, longue et étroite et pour peu, quoique dans un cadre très convivial, et sans façon, on se serait presque cru à la première cène…

Pour finir en beauté, les organisateurs avaient eu la délicatesse de prévoir un petit cérémonial pour clore le happening en plantant une fleur ou une plante symbolisant chacun des trois chapitres sur les trois sites où nous les avions lus… mais nous sommes partis à la fois délicieusement fatigués et ragaillardis…

Quelle belle journée !

***

Quelques mots

sur le Champ des Possibles

Le lieu, un parc mi-sauvage derrière des manufactures, appelé «Le Champs des Possibles» à Montréal, dans la partie industrielle du quartier Mile-End est un parc indigène auto-organisé par des citoyenNEs du quartier, et plus récemment par la Ville. Ici on entend l’idéateur et organisateur appeler «Adario», le personnage qui discute avec l’auteur de La Hontan, dans son livre «Dialogue avec un Sauvage» (1703).

Ce livre d’histoire du Québec a été lu et discuté en partie lors de ce happening, 350 ans jour pour jour après la première dispute philosophique européenne organisée en terre du Québec.

Pour plus d’info sur ce parc citoyen, voir https://amisduchamp.com/

___________________

(1) http://aqction.info/evenement/dialogues1666-lectures-debats-pique-nique/

(2) Réal Ouellet. 2010. «Lahontan. Dialogue avec un Sauvage». Montréal: Lux.

Dialogue 1666-2

 

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