Category: regards croisés


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Pauline Marois, 2013

Dans son allocution à la Société Saint-Jean-Baptiste pour le 40e anniversaire de l’accession au pouvoir du Parti Québécois, l’ex-première ministre du Québec (2012-2014), Pauline Marois répond clairement à son échec et à celui de son parti. (1)

Surtout : « Les Québécois nous ont retiré leur appui parce que nous avons refusé de nous engager à ne pas tenir de référendum sur notre avenir constitutionnel.»

Et aussi, selon elle, le débat sur la laïcité n’a pas bien été compris : « La défense de la laïcité, c’est à la fois un héritage du Siècle des Lumières, un combat contre l’obscurantisme et une bataille pour l’égalité entre les femmes et les hommes. C’est une lutte pour la liberté.»

Également, plus gravement encore : « les adversaires de notre projet sont nombreux, puissants, riches et robustes. En 2014, nous les avons affrontés sans que nos forces soient mobilisées pour y faire face. Nous participions à une élection alors que nos adversaires orchestraient un simulacre de référendum.»

De plus, tirant également des leçons des récentes élections américaines : « Une ligne de fracture profonde s’est creusée entre celles et ceux qui incarnent le pouvoir et les populations dont les espoirs ont été déçus, la situation économique s’est détériorée et l’identité ignorée.»

Puis, un détail intéressant sur lequel elle semble glisser un peu vite attire mon attention… elle mentionne cet attentat sur les lieux de son discours de victoire en 2012, se qualifiant elle-même de « rescapée avec ma famille et les militants de mon parti d’un attentat politique meurtrier » : c’est la 1re fois que j’entends ces mots de sa bouche. À la télé l’année dernière, le plus loin qu’elle était allée, c’est d’estimer que le fait d’être une femme et la 1re femme 1re ministre n’était probablement pas étranger à cet attentat (un des premiers féminicides contemporains au monde (2) a eu lieu à Montréal à la Polytechnique en 1989, -on a jamais oublié cela, même si on a essayé- sans parler de celui des femmes autochtones, partout sur le territoire(3)). Je vais donc revoir sur Internet, et…

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Torpinouche, quelle n’est pas ma débine lorsqu’en revisionnant ce discours de victoire (4) sur le site du Parti québécois, je constate qu’une scène importante (au timecode 18:23 de cette vidéo) n’apparait pas, les minutes suivant le moment où elle est acclamée par la foule, car elle vient de dire qu’elle a «la conviction que l’avenir du Québec, c’est de devenir un pays souverain», cette scène où…

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Photos crédit : Société Radio-Canada, 4-09-12

La scène coupée est la suivante : on ne voit pas que… Mme Marois quittait la scène prestement, emportée par ses 2 gardes du corps, suite à un bruit à l’arrière de la scène !!! (On apprendra dans les heures suivantes qu’il y a eu mort d’homme et un très grave blessé).  Des agents ont demandé au maitre de cérémonie et artiste Yves Desgagné de s’adresser aux militants pour que tous quittent la salle, ce qu’il a fait.

La vidéo du PQ revient lorsque Mme Marois est au micro avec un aplomb remarquable pour demander aux gens, dans un calme olympien qui a calmé immédiatement le MC, de «quitter tranquillement, car il est arrivé un petit incident malheureux» et a pris le temps de remercier les gens «du plus profond du cœur d’être là ce soir».

Le montage coupe à nouveau cette scène (là où il y a un bleu) : Mme Marois a discuté avec les agents.

Puis les images complètes reviennent :  on la voit demandant au public d’attendre parce qu’«on croit avoir contrôlé l’incident» (à ce moment, on apprend à la télé qu’il y a eu aussi un feu à l’extérieur arrière et qu’un homme vient d’être arrêté par la police, en criant «Les Anglais se réveillent »). Enfin, entourée par sa famille, les candidats et les députés, elle a terminé rapidement son discours.

Le lendemain (septembre 2012), j’étais devant le Métropolis pour une veillée aux chandelles à la mémoire du technicien de scène qui se trouvait là, la veille et qui est mort. Richard Henry Bain est accusé de meurtre.

Son procès a lieu actuellement, depuis quelques semaines (ou mois?) en… fin 2016, mais les médias, étonnement, en ont peu parlé. J’ai appris aujourd’hui qu’un jury l’été dernier l’avait reconnu de meurtre (par balle) sans préméditation au 2e degré et de trois tentatives de meurtre  et qu’il recevra demain (18-11-16) sa sentence entre 10 et 25 ans de prison. À suivre.

Comment le Parti québécois peut-il effacer (?) ou ignorer l’histoire complète ? Je suis ahurie !! C’est déplorable et inexplicable.
Je viens de leur écrire pour leur demander de (re)mettre toute la scène… et de ne pas effacer mon message à cet effet sur YouTube.

Par ailleurs, je lis des insultes sur une autre page de son discours (complet), des injures et des vacheries totalement indignes d’une société démocratique avec une personne élue par une relative majorité du peuple (gouvernement minoritaire). Si ces personnes ne sont pas d’accord avec Mme Marois et le PQ, find, mais je les exhorte à le dire autrement ! Oseraient-ils parler ainsi si la personne était en face d’eux ? Et a-t-on déjà traité de « bitch » un homme politique ? Je ne crois pas. Une des raisons pour laquelle je ne ferai jamais de politique est exactement à cause de cela (et je lève mon chapeau à celles qui osent ! Y compris aux candidates dont je ne partage pas les options politiques : c’est le jeu de la démocratie; comme Voltaire, « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire. », aurait-il écrit). Le poète et chanteur Gilles Vigneault a déjà dit que les gens qui n’ont pas de mots font la guerre. Ces pleutres qui déversent leur fiel sur les réseaux sont-ils de ces tristes gens ? Je me souviens très bien que les réseaux sociaux sont devenus très sales et franchement impraticables dans les toutes dernières semaines de la campagne électorale avant la victoire du Parti québécois en 2012  et avant sa défaite  en 2014.

Cette incapacité de débattre et de critiquer autrement que par des invectives, ça devient franchement inquiétant pour la démocratie depuis 4 ou 5 ans, ici comme ailleurs. On se dirige droit au mur. Il faut impérativement des médiateurs, des modérateurs et des pacificateurs sur les réseaux. Par ailleurs, l’anonymat devrait être formellement empêché. Ces personnes qui se gargarisent de « Liberté », quelle sorte de liberté nous offrent-elles par ces comportements ?

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Pour revenir à mon propos du début, oui le Parti québécois (dont je n’ai jamais été membre et toujours critique) est à la croisée des chemins, comme l’admet Mme Marois. Les partis traditionnels devront intégrer des processus de démocratie horizontale, et même de démocratie directe, pour remettre au moins une partie du «bas» en haut des considérations de pouvoir décisionnel législatif, voire exécutif (comme dans les jurys dans le pouvoir législatif), pour donner une vraie voie-voix de pouvoir direct aux citoyens, en favorisant des initiatives locales et des utopies concrètes, notamment…

Gros programme, qui ne se fera pas en criant ciseaux… C’était une proposition du mouvement des Carrés rouges (mis sur pied par la Coalition de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante élargie), du groupe SANS PARTI – Citoyens constituants (mis sur pied entre autres par l’écologiste et paysan Roméo Dallaire) au Québec, du mouvement Occupy à l’international (dont une des initiatives locales est la plateforme internet d’action et de partages Weroes) et d’une très probable frange importante des militants du Forum Social Mondial, puis des Maisons des citoyens (mises sur pied entre autres par l’auteur Alexandre Jardin) et du mouvement des Colibris (mis sur pied entre autres par l’agriculteur, environnementaliste et écrivain Pierre Rabhi) et Les Amanins en France. C’est aussi l’objet des réflexions du dernier numéro de la revue Possibles à laquelle je participe «Utopies concrètes et pratiques émancipatrices», automne 2016); plus de détails au http://redtac.org/possibles/ ).

Bref, une situation exceptionnelle exigeant des moyens exceptionnels…

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18-11-2016 – dernière nouvelle

Richard H. Bain a reçu la perpétuité pour ses crimes et fera 20 ans de prison ferme. Le juge G. Cournoyer de la Cour supérieur du Québec a retenu l’argumentaire des procureurs de la couronne dans cette cause : « le facteur aggravant le plus important est la nature politique des crimes qui représente une atteinte à la démocratie» et que ce meurtre a été «motivé par la haine basée sur les opinions et croyances des membres du Parti québécois». Les victimes s’estiment satisfaites. Dave Courage, qui vit des séquelles permanentes, fait un appel à l’unité, mais d’autres pensent que le combat n’est pas terminé, car Bain pourrait aller en appel.

Tous se rappellent que l’arme de Bain s’est enrayé ce soir-là et… qu’il n’a pu tirer qu’une seule balle avant d’être immobilisé par les policiers et que nous sommes passés à un cheveu d’un drame plus grand encore (5).

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  1. http://quebec.huffingtonpost.ca/pauline-marois/le-pq-un-parti-a-la-croisee-des-chemins_b_13028398.html
  2. http://www.lamediatheque.tc/wp-content/uploads/html/JM_20161125/index.html#p=23
  3. Emmanuelle Walter. 2014. «Sœurs volées. Enquête sur un féminicide au Canada. Montréal : Lux.
  4. https://www.youtube.com/watch?v=Agz94dZXiJU
  5. «Bain, âgé de 65 ans, était lourdement armé et portait une cagoule de ski et une robe de chambre lorsqu’il a tiré un coup de feu derrière le Métropolis, avant que son arme ne s’enraye. Ce seul coup de feu a cependant été fatal pour Denis Blanchette, technicien de scène de 48 ans, et a grièvement blessé son collègue Dave Courage. Avec d’autres employés du Métropolis, les deux hommes attendaient à l’arrière de la salle de spectacles montréalaise que se termine la soirée électorale.Bain a finalement été plaqué au sol par un policier et arrêté sans pouvoir tirer d’autres coups de feu, malgré ses efforts, selon des témoignages entendus au procès. Alors qu’il était conduit au poste de police, il criait en français que « les Anglais se réveillent » — ces images, captées par les caméras de télévision, ont tourné en boucle depuis.» http://www.ledevoir.com/non-classe/478353/richard-henry-bain-coupable
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Crédit source : Ed Snowden, sur WBTHblog

La saga de l’affaire Snowden continue cette fois-ci avec l’agence d’espionnage du Canada, le SCRS. Alors que «la loi interdit de cibler des citoyens»*, on apprend dans les médias que ce service a espionné illégalement, tout comme l’agence américaine, les métadonnées des Canadiens via leur téléphone, leur courriel, leur géolocalisation ou leur adresse IP, pendant 10 ans, sans effacer les données non probantes, comme la loi l’exige. « Les agences contournent la loi en expliquant qu’elles ne ciblent personne en particulier, puisqu’elles ramassent toutes les métadonnées »* générales et non les conversations ou les écrits eux-mêmes… Plus de détails sur http://quebec.huffingtonpost.ca/2016/11/04/le-renseignement-canadien-epingle-pour-abus-de-collecte-de-donnees_n_12790658.html

De plus, un énorme scandale fait actuellement rage au Québec sujet de la possession par la police de listes de tous les numéros de téléphone effectués et reçus par une dizaine de journalistes, et dans certains cas, pendant plusieurs années. Cette affaire vise pour l’instant la police de Montréal et la Sureté du Québec. Si la police et encore davantage le pouvoir judiciaire (juges de paix) qui a donné ces mandats de surveillance est dans un effroyable tord, personne n’a encore demandé aux journalistes pourquoi ils n’ont pas protégé leur cellulaire et leur courriel ? Un reporter qui fait du journalisme d’enquête devrait protéger toutes ses données. Une négligence ou une naïveté qui pourrait leur coûter leurs sources, voire mettre la vie en danger de certaines qui sont en relation avec le monde criminel !

Les institutions sont, une fois de plus, fortement ébranlées, et la confiance des citoyens également, et dans certains cas, les sources ou les sonneurs d’alerte, ce qui met fortement à mal notre «démocratie», déjà fortement affaiblie.

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Étant fille de diplomate et journaliste, les questions de protection et de droit à la vie privée comme base de l’intégrité humaine dans un régime dit démocratique m’ont toujours intéressées au point où j’en ai fait la trame de fond d’un récit encore inédit que j’ai écrit en 1995 «Le Fiel à la bouche» et dont je parlais dans mon billet «Refusons la société de surveillance»(1) en  2013 (et dont vous pouvez trouver quelques extraits sonore dans le bandeau de droite). Ce billet portait également sur le lanceur d’alerte Ed Snowden et sur les méthodes légales et illégales d’espionnage et de surveillance de masse des gouvernements américains et britanniques via notamment les réseaux téléphoniques, les courriels privés et les réseaux sociaux. En 2013, j’avais joint ma voix aux 562 écrivains qui avaient écrit aux Nations-Unies pour dénoncer ces méthodes de société sous surveillance.(2)

Comme vient de le faire très justement remarquer Salil Shetty, le secrétaire général d’Amnesty International :« il est ironique que Snowden soit traité comme un espion alors que son acte courageux a attiré l’attention sur le fait que les gouvernements américain [via son agence NSA] et britannique ont espionné illégalement des millions de personnes sans leur consentement.» On nage en pleine inversion du discours public, comme l’avait si bien pressenti l’écrivain Aldous Huxley en 1932  dans son roman «Le meilleur des mondes» en pensant aux pays totalitaires comme la Russie avec ses caustique slogans «la paix, c’est la guerre» ou «l’amour c’est la haine» dans une «novlangue» bureaucratique édulcorée. Or ces méthodes ont non seulement maintenant cours en toute impunité… dans nos pays, mais des personnes qui les dénoncent en les révélant sont accusées au criminel d’espionnage ! À l’heure numérique, et comme l’a été Huxley à l’époque, il importe d’être vigilant, lucide et prévoyant quant à l’utilisation que la police et nos gouvernements élus font de nos données numériques et des nouvelles technologies.

«En juin 2013, Edward Snowden a partagé avec des journalistes des documents des services de renseignements américains qu’il avait collectés alors qu’il travaillait comme sous-traitant en matière de sécurité à la NSA. Ces documents ont révélé l’ampleur des opérations de surveillance électronique mises en place par les gouvernements américain et britannique, qui surveillaient les métadonnées via les activités en ligne et les communications téléphoniques de millions de personnes à travers le monde.»  (extrait de la pétition d’Amnesty International*).

Autrement dit, il est important de comprendre que Snowden n’a pas publié lui-même les informations, mais a demandé à des journalistes chevronnés du journal britannique The Guardian  de faire un tri dans la masse d’information sur les activités licites et illicites de la NSA et dont les actions portaient atteinte à la protection de la vie privée prévue dans la constitution américaine. En choisissant cette façon de faire des révélations, Snowden n’a pas porté atteinte à la sécurité des personnes et les journaux ont fait des révélations ciblées et vérifiées en toute légalité. Le Washington Post a aussi fait des révélations pour lesquelles il a obtenu le prix Pulitzer en 2014, conjointement avec le quotidien britannique The Guardian, pour ses articles sur les informations transmises par l’informaticien.

Mais cette semaine, l’éditeur vire-capot du Washington Post dénonce Snowden, ce qui est un précédent unique et dangereux dans les annales du journalisme d’enquête, où la direction d’un journal dénonce ensuite une de ses sources dans un éditorial (3). Ce texte vient de lui valoir (heureusement) une pluie de critiques aux États-Unis comme ailleurs dans le monde (4). La conséquence aberrante de cet éditorial est que les futurs lanceurs d’alerte pourraient devoir renoncer à leur devoir de conscience, seul devoir qui fait qu’on reste un être humain. Ce n’est pas un détail.

Un autre volet des révélations de Snowden concernait le programme de surveillance en ligne PRISM qui «consistait à obtenir [légalement] des données issues des réseaux sociaux et des plus importants services de messagerie électronique.» (2)… mais le faisaient à l’insu des utilisateurs de ces réseaux (Facebook, etc.) «La surveillance de masse révélée par Snowden a un impact sur les droits fondamentaux des citoyens du monde entier.» (autre extrait de la pétition d’Amnesty International)

*Peu avant le lancement du film d’Oliver Stone sur ce sujet, la pétition internationale :

«Edward Snowden is a hero not a traitor»

a été lancée pour demander à Barack Obama une grâce présidentielle pour Snowden. Cette pétition est menée notamment par Amnistie International, Human Rights Watch et l’Union américaine pour les libertés publiques (ACLU) : https://www.amnesty.ch/fr/themes/surveillance/docs/2016/la-grace-a-edward-snowden#  (texte d’explication) et https://www.amnesty.org/en/get-involved/take-action/Edward-Snowden-hero-not-traitor/ (pétition)

Par ailleurs, selon le BWRHblog , on apprenait en juillet 2016 que «Edward Snowden is working on an iPhone case which would alert its user and deactivate a device should it be accessed by an unauthorized party.»

Edward Snowden a posé néanmoins un geste illégal en 2013 en relayant des informations secrètes aux médias. Mais l’ancien procureur général des États-Unis Eric Holder avait parlé de son geste comme un « service public » en attirant l’attention du public sur ces actions cachées du gouvernement. Pour ces deux côtés de la médaille, un terrain d’entente doit être trouvé afin de permettre à Snowden de sortir de Russie non comme un criminel et lui donner la possibilité de défendre adéquatement son action dans le but d’élargir le débat public sur ce vital enjeu.

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(1) https://evemarieblog.wordpress.com/2013/12/26/refusons-la-societe-de-surveillance-et-vive-edward-snowden/

(2) http://www.ledevoir.com/societe/justice/394827/refusons-la-societe-de-surveillance?utm_source=infolettre-2013-12-11&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

(3) https://www.washingtonpost.com/opinions/edward-snowden-doesnt-deserve-a-pardon/2016/09/17/ec04d448-7c2e-11e6-ac8e-cf8e0dd91dc7_story.html?utm_term=.8c1c927d99be

(4) http://www.ledevoir.com/societe/medias/480500/le-washington-post-tance-pour-avoir-lache-snowden

et http://www.ledevoir.com/opinion/blogues/les-mutations-tranquilles/479959/appel-a-la-grace-presidentielle-pour-edward-snowden

 

bandelette_dialogues1666Il y a 350 ans, un 2 juillet, la ‘première’ dispute philosophique publique au Québec avait lieu…

« Les Relations des Jésuites nous apprennent que le premier débat philosophique public (disputatio) au Québec se déroula le 2 juillet 1666 (…). L’intendant Jean-Talon participa à la discussion en latin. L’un des étudiants soumis à cet examen de philosophie se nommait [le futur explorateur et découvreur] Louis Jolliet. » (Cauchy V. (1968) dans Houde R. (1979).» (1)

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Mathieu Parent, anthropologue et poète de l’Atelier Mange-Camion a organisé le 2 juillet dernier un happening de lecture-discussion autour du texte ancien de La Hontan (1666-1716) «Dialogue avec un Sauvage» (publié en 1703). Tous les participants, dont moi et mon ami Fabrice Marcoux, devaient en lire un extrait qu’il nous avait envoyé par courriel, avec seulement une répétition avant le happening dans un parc très spécial appelé «le Champ des Possibles» à Montréal.

C’était une journée grise, fraiche et très (anormalement) venteuse pour juillet, avec parfois quelques rayons de soleil pour nous réchauffer. La plupart des gens étaient insuffisamment habillés et plusieurs sont partis frissonnants avant la fin. Néanmoins, pour commencer, nous étions une bonne trentaine à s’être déplacés. Mathieu, faisant référence au vent et au chemin de train à proximité et sans doute pour mettre nos esprits ensemble, a proposé d’entonner en canon le chant d’une comptine traditionnelle «Vent frais, vent du matin» :

Vent qui souffle au sommet des grands pins.
Joie du vent qui souffle,
Allons dans le grand…
Vent frais, vent du matin,
Vent qui souffle au sommet des grands pins.
Joie du vent qui souffle,
Allons dans le grand…

Les trois chapitres lus, soit « les lois», «la religion» et «le bonheur» ont été choisis par l’historien Réal Ouellet qui n’a pu malheureusement être des nôtres. Mathieu m’a écrit que «Réal Ouellet a insisté, avec raison je crois, lors de notre rencontre, sur le fait que l’originalité des Dialogues tient d’abord au fait que « le Sauvage [est] Philosophe »,  plutôt qu’à l’idée qu’il serait « le Bon Sauvage ». » Le texte de La Hontan est un débat binaire entre deux personnages, soit l’auteur lui-même et un Amérindien, un Huron qu’il appelle Adario, prototype probable, selon un des lecteurs (Jean-Guy Parent), du grand chef huron Kondiaronk. C’est une sorte d’herméneutique critique du mode de vie français et européen de son époque (17e siècle). Un texte qui aura inspiré le philosophe Leibniz, que La Hontan a fréquenté et probablement Montesquieu et ses «Lettres persanes» (1721) et Rousseau avec le mythe du bon sauvage (1755).

«Les Iroquois & les Hurons […] ont renversé les maximes politiques trop universelles d’Aristote & de Hobes. Ils ont montré […] que des Peuples entiers peuvent être sans magistrats et sans querelles […]. Mais la rudesse des ces Sauvages fait voir, que ce n’est pas tant la nécessité, que l’inclinaison d’aller au meilleur [bien] & d’approcher de la félicité, par l’assistance mutuelle, qui fait le fondement des Sociétés et de Etats […]. Leibniz, Jugement sur les œuvres de Mr. le Compte Sharftesbury, dans Opera Omnia, vol. V (1715), texte rapporté par Réal Ouellet (2)

Le texte de La Hontan, sous forme d’essai-débat, présage peut-être d’un courant libertaire qui mènera notamment à la Révolution française. Mais aussi un texte qui lui aura valu de fortes inimitiés autant en Nouvelle-France qu’en France auprès des pouvoirs établis le menant deux fois à l’exil. Dans ce texte, l’Amérindien défend son mode de vie, mais on comprend vite de nos jours qu’il s’agit en fait de la vision d’un Européen et non des mots qu’aurait utilisés un Autochtone, même en partie instruit en France, comme il est suggéré dans le texte. Mais La Hontan a tout de même vécu 10 ans en Nouvelle-France, ce qui donne de la valeur à son texte, même de nos jours et surtout à l’époque, où il a connu un vif succès et fera le premier rêver du Nouveau Monde nombre d’Européens de l’époque. Là est son originalité littéraire.

Précisément parce que La Hontan expose ses préjugés et automatismes propres à son époque, malgré le degré « d’ouverture » dont il fait état ─comme Champlain qui l’a précédé d’un siècle─, ce livre nous en fait apprendre beaucoup d’un point de vue anthropologique et historique. Cependant plusieurs aspects importants de la vie autochtone manquent, comme le faisait bien remarquer un des participants du public, notamment sur les aspects de cruauté avec les prisonniers des Amérindiens.

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Ce temps si improbable pour un 2 juillet combiné avec cette énorme concentration à écouter des lectures pendant 3 heures, intercalées de deux déplacements dans le parc et de deux brèves périodes pour émettre des commentaires (qui serviront à la discussion finale après la lecture) ont induit chez moi un flottement de la pensée, augmenté par ce lieu improbable et plutôt enchanteur, un petit boisé au milieu de la ville, sauvé des condos par des citoyens agronomes, artistes et écolos –entre le chemin de fer, les blocs de manufactures et le couvent des Carmélites avec son très haut vieux mur de pierres et ses grands arbres matures. Justement, un des dialogues de l’auteur finit par le mot « couvent ». En se tournant vers Adario pour l’écouter lire à son tour, La Hontan (M.) se tourne davantage vers ce couvent, comme pour évoquer la syncronicité du moment…

Deux ou trois moments magiques me furent donnés lorsqu’à la lecture du dialogue sur la religion, la cloche du couvent sonna longuement, lentement. La couleur de la lumière sous le ciel ombrageux, parfois traversé par un bref rayon de soleil, les vents puissants virant à l’envers les feuilles des arbres centenaires, alors que j’étais à demi couchée dans ce parc sauvage, jonchés de petits sentiers naturalisés appelés ici par les habitants des « lignes de désir » et n’ayant pour vue que ces « grands-pères » feuillus et le vieux mur du couvent, je me sentis alors happée doucement dans un de ces moments hors temps et hors saison, presque hors histoire (avec cette vue de ce côté du parc sans bâtiments modernes). Les voix des lecteurs devinrent un décor lointain d’esprits parlant devant la toute puissance de la nature, cette voix du grand Manitou défendue par Adario, une 3e voix de la nature semblant s’imposer aux deux autres, l’air de dire : « Écoutez-moi bonnes gens !! ». Sensible à cet appel, j’ai senti une sorte de long moment de non-pensée et de présence totale au monde, un cadeau comme il ne m’en arrive pas souvent… Merci !

Durant ce dialogue sur la religion catholique vs. la spiritualité amérindienne, un autre de ces beaux moments finement synchrone fut la distribution de petits pains maison faits par M. lui-même. Étant assise, je voyais à peine les pains distribués aimablement dans un sac par une autre participante, la jeune Jeanne. Ma main tomba sur un double pain qui n’avait pas encore été détaché. Hésitant à le garder, J., en bonne future mère de famille… ou Sœur économe et gentiment sévère, me fit remarquer par un mot ou deux soufflés doucement qu’il pourrait en manquer pour les autres… et je m’empressai alors de remettre le 2e pain dans le sac… presque gênée d’avoir eu « une mauvaise pensée »… Le pain était exquis, comme discrètement aromatisé de tomates séchées (?). Manger ensemble ce pain… quel beau geste ensemble, à un moment où justement, on nous parle d’hostie dans le texte… Geste trop souvent oublié de nos jours où la chrétienté est exit par la nouvelle religion de l’argent ou de la violence.

La fin de l’après-midi ramena de plus longs moments ensoleillés très appréciés… alors que mon corps grelottait un peu sous les vents. Appuyée à un arbre, je fermai les yeux quelques instants pour mieux sentir la chaleur de notre père le Soleil réchauffer mes joues. Quel plaisir de sentir cette longue caresse quand on a été en manque toute la journée !

Ce fut bientôt mon tour de lire. Forte de cette expérience, j’introduisis ma lecture avec une improvisation assaisonnée d’une tournure discursive de l’époque,  m’adressant à l’auteur joué par Mathieu : « Mon ami, …, que notre Dieu le vent dissipe ces mauvaises pensées et que le Soleil réchauffe nos cœurs, aujourd’hui !», ce qui a bien fait rire les valeureux spectateurs qui restaient encore pour cette dernière lecture.

Ensuite, on nous a offert de rentrer à l’intérieur pour nous réchauffer à la coop Temps Libre, à l’arrière du parc pour discuter, échanger et pique-niquer. La table était haute, longue et étroite et pour peu, quoique dans un cadre très convivial, et sans façon, on se serait presque cru à la première cène…

Pour finir en beauté, les organisateurs avaient eu la délicatesse de prévoir un petit cérémonial pour clore le happening en plantant une fleur ou une plante symbolisant chacun des trois chapitres sur les trois sites où nous les avions lus… mais nous sommes partis à la fois délicieusement fatigués et ragaillardis…

Quelle belle journée !

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Quelques mots

sur le Champ des Possibles

Le lieu, un parc mi-sauvage derrière des manufactures, appelé «Le Champs des Possibles» à Montréal, dans la partie industrielle du quartier Mile-End est un parc indigène auto-organisé par des citoyenNEs du quartier, et plus récemment par la Ville. Ici on entend l’idéateur et organisateur appeler «Adario», le personnage qui discute avec l’auteur de La Hontan, dans son livre «Dialogue avec un Sauvage» (1703).

Ce livre d’histoire du Québec a été lu et discuté en partie lors de ce happening, 350 ans jour pour jour après la première dispute philosophique européenne organisée en terre du Québec.

Pour plus d’info sur ce parc citoyen, voir https://amisduchamp.com/

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(1) http://aqction.info/evenement/dialogues1666-lectures-debats-pique-nique/

(2) Réal Ouellet. 2010. «Lahontan. Dialogue avec un Sauvage». Montréal: Lux.

Dialogue 1666-2

 

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Sam Hamad, président du Conseil du trésor du gouvernement du Québec; Marc-Yvan Côté, organisateur libéral provincial, banni du parti libéral du Canada lors du scandale des commandites, après la Commission Gomery; in Le Devoir, 2 avril 2016

« Les témoignages abondent sur les capacités de renoncements, d’acquiescement, de souffrance du menu peuple. Ils abondent aussi sur l’insensibilité, le cynisme, la cruauté même des possédants, de ceux surtout qui se sont enrichis par la fortune, ou de ceux qui, en passe d’y parvenir ou au contraire délaissés par la fortune, tirent le diable par la queue et s’efforcent au milieu des angoisses de ‘tenir leur rang’.» Jean Ferriot, en parlant des caricatures du… XIXe siècle d’Honoré Daumier

Cette semaine, pour revenir à cette dernière excellente émission d’information et culture québécoise Bazzo.tv (1) ─dont je parlais aussi dans mon dernier billet─  où les commentateurs politiques se demandaient de quoi le Québec avait besoin, la plupart des intellectuels présents ont dit que le Québec était une société… bloquée ! C’est aussi le propos du journaliste Marco Fortier dans le journal Le Devoir d’aujourd’hui « Le Québec dans une impasse politique » (2). En très résumé, leur thèse est que les Québécois préféreraient voter pour le parti libéral (au pouvoir sur la scène provinciale depuis 11 des 13 dernières années), même corrompu (3), que voter pour l’opposition la plus structurée, soit le Parti québécois. Pourquoi ? Nous aurions peur d’un 3e référendum sur l’indépendance du Québec… Dans leur bulle, ils ont oublié de mentionner que c’était dans nos institutions et partis politiques, oui, sans doute, que le Québec était bloqué. Je reviens sur un sujet qui me tient ‘a cœur et que j’avais abordé dans mon tout premier billet sur ce blogue en 2012 :  (voir https://evemarieblog.wordpress.com/2011/10/01/ecrasant-corporatisme-au-quebec-de-la-pire-des-glus/ du point de vue du corporatisme des organisations sociales qui se disent etre porteuse de solidarité et de changement.

Depuis ma réflexion a avancé et je fais des nuances de taille. Il manque à leurs vues toutes les micro-initiatives de la société civile. Un numéro de la revue Possibles auquel je participe, en fera prochainement état, pour célébrer notre 40e anniversaire de fondation (4).

En effet au Québec, il y a eu un Réveil collectif, quasi une révolution en 2012, comme le disait la semaine dernière la cinéaste Micheline Lanctôt, un éveil issu d’une crise sociale à mon sens plus puissante que Mai ’68 en France, et provoqué par le Printemps étudiant (appelé aussi Printemps érable avec les Carrés rouges). Mais cette crise a été durement matée par l’ancien gouvernement libéral et par la police pendant qu’une autre moitié des Québécois ne comprenaient vraiment pas le fond de l’affaire et se montraient soit très critiques, soit carrément hostiles à ces changements. Je crois personnellement et un peu… toute seule dans mon coin que cette énergie, en dormance actuellement, resurgira quand les conditions seront plus propices et que les principaux activistes et professeurs auront repris des forces et convaincu les plus jeunes de leur pertinence, comme le décrit très bien l’histoire de la sociologie des mouvements sociaux dans le monde : on parle de cycles, jamais de pertes.

***

Plus globalement, je crois que tous ces traumatismes politiques que nous vivons en même temps dans le nouveau village globalisé (référence aussi et surtout à mon dernier billet sur le terrorisme) et dans un esprit de cynisme le plus total face à la classe politique, poussent une masse critique à s’intérioriser, ou, à tout le moins, à vouloir le faire (mais sans trop savoir comment, car Dieu est mort pour la plupart des Occidentaux et des Chinois). Probablement une nouvelle expérience unique aussi massive dans l’Histoire humaine…

Est-ce dans cette perspective proactive que certains leaders d’opinion s’apprêtent à lancer un mouvement d’« orphelin démocratique » ? On verra.

En attendant, petit retour sur l’histoire de la caricature comme ferment de changements politiques, avec le peintre, dessinateur et caricaturiste français du XIXe siècle, Honoré Daumier.

Daumier_Les mannequins Politiques-700x602

Honoré Daumier. 1834.

Ci-dessus : lithographie, état unique, avec la signature manuscrite de Daumier. Épreuve sur blanc, don A. Curtis en 1949. 22,1 x 26,6 cm. Delteil 96.
Publiée dans La Caricature, le 20 novembre 1834.
BnF, Estampes et Photographie, Rés. Dc-180b (2)-Fol.

 

Daumier-La déroute_1850

Honoré Daumier. 1850.

Les gens de justice_Honoré Daumier_1834

Honoré Daumier. 1834. Les gens de justice. «Le passé, le présent et le futur».

Daumier_Gargantua-1831

Honoré Daumier. 1831. Probablement sa caricature la plus connue.

«Paraît qu’les homm’s d’affair’s d’la Haute

Quand i’sont tannées de s’mentir

Pis tripoter l’argent des autres

Vont jouer au golf pour s’divertir

[…]

Les pauvrerr’ yâb’s, on est les boules

Que ces messieurs fess’nt à grands coups;

Y sont contents quand i’nous roulent

Pi qu’i’ nous voient tomber dans l’trou.»

Jean Narrache (Émile Coderre), «Le jeu du golfe», 1932 (!)

 

__________________

Dernières nouvelles…

3 mai 2016. La vérificatrice générale (indépendante) du gouvernement québécois ne porte aucun blâme contre Sam Hamad sur le plan de son aide financière à Premier Tech en tant que ministre : «Mon rapport ne le blanchit pas, et ne le blâme pas», a conclu Mme Leclerc en conférence de presse. Mais elle relève des irrégularités, comme l’augmentation de 1M $ d’une subvention, vraisemblablement après un diner d’affaire avec un membre du parti libéral qui siège sur le CA de cette compagnie. http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201606/01/01-4987221-rien-dincriminant-contre-sam-hamad-conclut-la-verificatrice-generale.php

Je ne comprends pas, et vous ?

Restent deux autres enquêtes, dont celle sur son éthique.

____________

(1) http://zonevideo.telequebec.tv/media/27716/derniere-emission-bazzotv/bazzo-tv

(2) http://www.ledevoir.com/politique/quebec/467128/le-quebec-dans-une-impasse-politique

(3) La récente Commission Charbonneau a démontré hors de tout doute des liens entre le financement politique illégal et l’attribution de contrats, en particulier dans le secteur de la construction, et ce dans tous les partis, en particulier au parti libéral du Québec au pouvoir depuis longtemps. L’ancienne vice-première ministre et ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau a été arrêtée la semaine dernière par la police (l’Unité permanente anticorruption -UPAC), notamment pour fraude et corruption à cet égard (http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/politique/2016/03/17/001-nathalie-normandeau-arrestations-upac-cote-lortie-roche.shtml), ainsi qu’un organisateur politique libéral et homme d’affaires, Marc-Yvan Côté, à nouveau pointé du doigt par les journalistes de Radio-Canada de l’émission « Enquête » (http://ici.radio-canada.ca/tele/enquete/2015-2016/segments/reportage/6144/enquete-sam-hamad-marc-yvan-cote-premier-tech). Un autre ministre libéral de l’actuel gouvernement, Sam Hamad (http://www.ledevoir.com/politique/quebec/467066/sam-hamad-aurait-favorise-marc-yvan-cote?utm_source=infolettre-2016-04-01&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne), ministre responsable de l’Administration gouvernementale (dont l’application des recommandations de la Commission Charbonneau !) et de la Révision permanente des programmes est également soupçonné de trafic d’influence, à cause d’un courriel très explicite de son chef de cabinet. Qui a coulé ces courriels ? Autre question intéressante, qui est restée dans l’ombre des sources confidentielles. L’apparence de vérité, si ce n’est la vérité elle-même, est gravement compromise. Ce ministre n’a plus aucune crédibilité et doit démissionner. Les partis d’opposition ont réclamé qu’il se retire du caucus libéral. Pour sa part, le ministre Hamad prétend qu’il n’a rien à se reprocher et se réclame de la présomption d’innocence. Il vient néanmoins de se retirer de ses fonctions ministérielles, le temps que le Commissaire à l’éthique fasse enquête.

LES SUITES : quelques jours tard, Sam Hamad revient de ses vacances en Floride (!) et démissionne de ses fonctions de ministre. Il était temps !

(4) http://redtac.org/possibles/

 

 

« je laisse en toi voler des oiseaux blancs

[…]

nos morts ne s’envolent  pas

sinon en nous-mêmes »

Paul-Marie Lapointe, «Hibernation»

J’avais promis dans mon dernier billet sur l’état mental de la maladie d’y donner suite, mais je n’ai pas encore trouvé les mots. Ce n’est que partie remise.

Pour le jour de Pâques j’aimerais produire un billet de renaissance printanière qui se termine de façon constructive, inspirante. Mais avant, il semble qu’il faille passer par le tragique et yeux bien en face. J’avais voulu commencer ce blogue (en juillet 2012) en disant : le temps des corrompus est terminé ! Maintenant j’écris : le temps du déni est terminé. Voyons voir.

L’actualité se bouscule et cette semaine, c’était les attentats tragiques à Bruxelles du groupe armé État Islamique (EI) qui ont fait 32 victimes civiles innocentes et 340 blessés. Comment avez-vous vécu cela ?

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Guerre du golfe, 1990. Dans le sens des aiguilles d’une montre depuis le haut: USAF F-15E, F-16 et F-15C volant au-dessus des puits de pétrole koweïtiens en feu; troupes britanniques du régiment de Staffordshire pendant l’opération Granby; vue par caméra d’un Lockheed AC-130; « autoroute de la mort »; M728 Combat Engineer Vehicle. Crédit photo : Wikipédia

Comme vous le savez sûrement si vous êtes Canadiens, le Canada est officiellement en guerre contre le groupe EI depuis plusieurs mois, action déclenchée par l’ancien gouvernement fédéral conservateur Harper (1) et maintenue par le nouveau gouvernement libéral Trudeau, quoiqu’avec des moyens assez différents, plus axés sur la formation. Avec une coalition d’une soixantaine de pays.

Un commentateur journaliste, Joseph Facal, aussi ancien ministre sous un gouvernement provincial péquiste, a déclaré cette semaine à l’émission Bazzo.tv que « nous étions en guerre », ce qui a surpris les gens, peu habitué à entendre ce mot, surtout, qu’apparemment, le gouvernement Trudeau ne l’a pas employé pour justifier les nouveaux millions destinés à être dépensés en Irak et en Syrie. Même l’ancien gouvernement n’aurait pas utilisé le mot « guerre », selon un autre journaliste, ce qui m’a vraiment surprise, ce serait à vérifier effectivement, car en ce domaine, la sémantique diplomatique n’est pas le fruit du hasard et est plutôt fortement significative pour tout observateur politique averti. Sur les ondes de l’émission de Gravel le matin, à Radio-Canada, Nicolas Hénin, journaliste français spécialiste des mouvements djihadistes et ancien otage dit que « L’État islamique cherche à nous entraîner dans la guerre, mais il faut se retenir d’employer le discours guerrier de l’ennemi. […] Le terrorisme est une guerre de propagande », souligne-t-il. «Cet état islamique est en quelque sorte le miroir très désagréable des dysfonctionnements de notre société» (2).

Ceci dit, les médias occidentaux ne reflètent pas correctement la réalité du terrorisme actuel. On oublie que que les actes terrorismes pour d’autres causes ont été très importants dans les années ’70. On ne se sent pas suffisamment compte qu’encore aujourd’hui, de terribles attentats visant des chrétiens sont survenus… dans un parc à Lahore au Pakistan, faisant 72 morts et 300 blessés, dont de nombreux enfants musulmans (3). Rappelons que les attentats terroristes des moudjahidines, toujours perpétrés par cette fange salafiste ou wahabiste (djihad du Moyen-Orient et de l’Afrique) ou par les Talibans afghans ou pakistanais, sont plus fréquents dans leurs propres pays. Ils sont à très grande fréquence, quasi-quotidienne à Bagdad et ont fait des milliers de morts parmi les civils cette année (4). Au Nigeria par exemple, la fréquence de ce type d’attentat est bi-hebdomadaire comme le faisait remarque le journaliste Jean-Jacques Sanson à l’émission Midi-Info sur Radio-Canada (5)… et que les médias internationaux suivent peu. Cette distorsion dans le rapport de l’information nous donne une fausse représentation de la réalité.

Il y a aussi donc des questions à poser à ces porteurs de la vision/interprétation hyper-conservatrice (charia) et anti-femmes de la religion musulmane. Un très rare témoignage de l’intérieur du groupe EI vient de paraitre, écrit par Sophie Kasiki «Dans la nuit de Daech. Confession d’une repentie» (6) qui aide à comprendre les manque psychologiques et émotionnels qui amènent des Occidentaux à se rendre en Syrie pour combattre. Autre piste de compréhension : l’échec des politiques de division du Moyen-Orient par les puissances occidentales au XXe siècle, en commençant par les tractations anglaises avec Laurence d’Arabie pendant la 1re guerre mondiale où l’Angleterre a fédéré des nations arabes pour provoquer la chute le l’Empire Ottoman.

Bref, il faut non seulement réfléchir à ce qu’implique collectivement et personnellement être en état de guerre politique et à ce qu’on peut faire individuellement si tel est le cas, comme actuellement, pour cultiver plus que jamais un état mental sain et pacifique, capable de prendre de bonnes décisions, capable de résister à la propagande de la haine et de l’intolérance et capable de développer/continuer des relations saines et aimantes autour de soi. Comme le disait un autre journaliste lors de cette émission de télé, c’est dans les périodes de guerre qu’on voit les comportements les plus aberrants et inhumains se produire. Il importe de ne pas se fermer les yeux et d’aborder la réalité à bras le corps aussi franchement que possible. Assez du déni.

***

Il y a longtemps que l’état de guerre me taraude en tant qu’artiste, auteure et poète. Je m’y intéresse depuis 1995 lorsque j’ai commencé à écrire le «Fiel la bouche» suite à une manifestation monstre à Washington des membres et sympathisants de Nation of Islam « « The Million March Man » et dont je parle brièvement dans un ancien billet portant sur Ed Snowden (7). Plus que la majeure partie des personnes en Amérique, j’ai une peur terrible de la guerre. Je me souviens avoir très mal réagi lors de la 1re guerre contre l’Irak au Koweït déclenchée en août 1990 : « la guerre du Golfe ».  Et vous ? Probablement que vous vous en souvenez à peine. Moi, je m’en souviens exactement, où je marchais ce jour-là d’hiver lors des premières frappes, ce que je pensais alors ce soir-là sinistre, mon insécurité, au début de cette guerre dite « chirurgicale », comme si ce n’était pas de vraies personnes que l’on tuait (8)… Remarquez, je ne suis pas la seule à m’en souvenir, Jean Leloup en a fait une chanson très dansante « 1990 »… Oui oui c’est bien au sujet de cette « Coalition » internationale de 34 pays issus de l’ONU dont la participation modeste du Canada, contre l’envahissement du Koweït par l’Irak. Une « 3e guerre mondiale » qui n’en a jamais porté officiellement le nom, car un seul territoire était visé. Vous en souvenez-vous ? Avez-vous « sauvé votre âme avec cette chanson » ? : https://www.youtube.com/watch?v=VI3C6MROOvY

Il y a longtemps que je nous considère dans cet espace mental de guerre et maintenant matériel et de plus en plus concret. L’avantage que j’ai sur la plupart d’entre vous, c’est que je réfléchis discrètement à la guerre et à la mort depuis longtemps… Thèmes pas très populaires, j’en conviens dans notre société hédoniste, de culture généralement superficielle et consommatoire de l’instant, le « présentisme », comme on commence à l’appeler… Voici donc une partie de l’état de mes réflexions, en commençant par mes débuts à moi.

Voici le poème que j’avais écrit plus ou moins 2 ans avant le 11 septembre 2001 et qui se trouve sur mon premier disque réalisé en 2003.

***

Petite histoire de ce poème : 1re lecture à CKUT (Radio McGill) à Montréal le… 10 septembre 2001, lors d’une entrevue avec Anne Farrell du Mouvement humaniste, au sujet de la violence, de la révolte et du fascisme. Lecture publique la plus récente : le 12 mai 2012, lors de l’évènement JAPPEL12M15M organisé entre autres par Occupons Montréal (Occupy) et des étudiants en grève du Printemps érable, à la Place du peuple (square Victoria) à Montréal.

Déclaration de guerre 15 octobre 1999

par Ève Marie   

 

Gisons, gisant, les lèvres pleines de fumées

Pour qu’ils n’y voient qu’un leurre

pire que la mort

 

Plantons un bulbe d’amour

À chaque coin de rue

 

Cousons cousins des mots incendiaires

sous chaque rebord de robe

Chaque mot prononcé en trop

est une minute de plus à vivre

surtout parler

la bouche un peu moins pleine

J’en connais beaucoup

qui mourront très jeunes

Ou qui sont déjà morts d’overdose

 

hum… [expression de plaisir]

 

Mangeons lentement

les plus belles fleurs du monde

Pendant qu’il en reste encore

Broutons, comme des vaches, s’il le faut

Et râlons, hurlons comme des louves

Pour le prochain enfant à naître

 

aou aou [cri de loup]

 

Il paraît que je suis dans l’espace

Que je marche sur des nuages mal pelletés

Il paraît qu’un rayon vert me porte

(C’est ce que les Djinns m’ont dit)

 

grr grr [grognement de colère]

 

Il paraît que je suis au bord de la crise de nerfs

Au sud, au nord, à l’est,

qu’il ne manque qu’il ne manque qu’une perle

Les petits soldats de bois

Déboulant les escaliers

Ils ont tant de peines

Un seul souffle suffit

pour les faire tomber

Ils sont si bien alignés

 

Il paraît que nous sommes en guerre

Et nous ne le savions même pas.

 

[Écoutez le pièce no7 ci-contre. Désolée pour la répétition commerciale du nom de la compagnie qui a fait le transfert de mon disque sur mp3…]

***

Revenons à aujourd’hui, j’ai fait un rêve bizarre tôt ce matin. Le voici.

Les chatons viennent de naitre et ont été mis dans des sortes de casiers sur l’accoudoir de mon sofa, très peu large –juste la largeur de l’animal. Puis mon chaton le dernier reste et les séparateurs sont enlevés. En passant, je bouscule par mégarde ce chaton et le pauvre, aveugle, commence à tomber à l’intérieur du sofa mais réussit à s’accrocher avec une patte. Pour lui, si petit, cela est très haut, même et surtout qu’il ne voit pas ! Il lâche en même temps un méga « miaou » quasi cosmique super puissant qui me glace d’effroi et je réussis à l’attraper au passage pour ne pas qu’il tombe et le remets doucement sur l’accoudoir. Il me semble que ce cri si fort a été entendu dans le monde entier !

Je me réveille brutalement, à la fois surprise, effrayée et résolue.

Puis je me dis en me réveillant, encore un peu branchée sur mon inconscient, comme une révélation : le chaton, c’est moi, c’est nous les Occidentaux qui sommes tombés en perdant Dieu. La chute est plus grave qu’on l’a pensé jusqu’à maintenant sur nos consciences. Nous en prenons progressivement conscience radicalement, surtout depuis les événements sociaux très troublants des dernières années et surtout des derniers mois. L’inconscient et l’âme de tous sont en panique et se généralisent alors avec des comportements individuels et collectifs de plus en plus aberrants. Nous sommes dans une sorte de cauchemar permanent dans lequel on ne sait comment sortir et duquel il ne suffirait que de… se réveiller… Le réveil est-il proche ? Avez-vous vous aussi entendu ce cri, rêver ce cri du peuple ?

Il reste maintenant de mon rêve ce cri de minou, ce cri animal… Il me semble, maintenant que mon esprit a repris un état de veille quasi « normal », que c’était un vrai cri du cœur (le mien, le vôtre?) qui vient d’être lancé et que tout le monde l’a entendu dans son inconscient… C’est la poète qui parle ici, vous l’aurez compris.

Je les emmerde ces faiseurs de guerre, c’est leur guerre, pas la guerre du peuple. Les mêmes causes de 2001, avec les mêmes moyens donneront les mêmes mauvais effets. Déjà en octobre 2001, alors que j’organisais avec le Mouvement humaniste de Montréal une manifestation contre la guerre en Afghanistan, j’écrivais que cette guerre contre le terrorisme contribue à une spirale de la violence par laquelle le terrorisme ne sera pas défait mais encouragé dans son développement et sa propagation. (voir notre communiqué de presse dans les archives en bas de ce billet).

Pour terminer en riant, pour une fois, très noir : voir ce stand up très ironique de l’humoriste américain George Carlin : https://www.youtube.com/watch?v=CwuP9rMhiQQ

***

Alors que faire ? Je crois qu’il faut cultiver son mental adéquatement par toutes sortes d’exercices visant à le maitriser, non l’annihiler, car il est le propre de la pensée de toujours fonctionner. La méditation est un de ces bons moyens, Mathieu Ricard et Y. M. Rinpotché ont écrit des livres réputés sur ce sujet. Se nourrir aussi de bonnes productions culturelles, être créatif de petites choses chaque jour. Aller chercher la beauté. Aimer recevoir/procurer de petits plaisirs. Nourrir et entrainer son corps le mieux possible. Téléphoner plus souvent, se parler en personne, sortir un peu des nouvelles technologies qui isolent infailliblement. Nourrir, le moment venu, ses amitiés, amours. En revanche, faire les ruptures qui s’imposent… de manière cohérente avec ses valeurs. Cultiver l’empathie comme notre qualité humaine la plus précieuse qui nous distingue des roches. Ralentir!!! Etc. Il faut commencer par l’action la plus facile à atteindre pour progresser. Et vous que faites-vous ?

Quelques idées glanées sur You Tube :

-Do in chinois (automassage) 5 minutes pour bien commencer sa journée : https://www.youtube.com/watch?v=t0XIzXDDsDA&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3&index=9

– Exercices de médecine chinoise de qi-gong : https://www.youtube.com/watch?v=559Iw6Tvt8U&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3&index=1

ou https://www.youtube.com/watch?v=p72J7YxZa5Q&index=3&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3

ou https://www.youtube.com/watch?v=fjzkIDvgNx4&index=3&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3#t=7.70839

ou https://www.youtube.com/watch?v=SqHBUVAznCg&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3&index=7

– 5 petits rituels pour bien commencer sa journée : https://www.youtube.com/watch?v=8nZ6GYAVnO4&index=10&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3

« Il est dans la beauté et dans la vertu

un charme indicible

qui fait tomber les portes de fer

et qui amollit les cœurs de bronze. »

Voltaire

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(1) http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/politique/201410/03/01-4806080-le-canada-sen-va-en-guerre-contre-le-groupe-etat-islamique.php

(2) @ 7:22 http://ici.radio-canada.ca/emissions/gravel_le_matin/2015-2016/

(3) http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/466736/attentat-a-lahore?utm_source=infolettre-2016-03-29&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

(4) Selon l’ONU, 575 civils sont morts dans des attentats seulement au mois de mars, et 1196 civils ont été blessés (Source : journal Métro, 05-04-16)
(5) http://ici.radio-canada.ca/emissions/midi_info/2015-2016/

(6) extrait : http://fr.calameo.com/read/000913544a9b626d85584

(7) https://evemarieblog.wordpress.com/2013/12/26/refusons-la-societe-de-surveillance-et-vive-edward-snowden/

(8) « La destruction des usines hydroélectriques et autres installations électriques irakienne, qui a permis d’anéantir les capacités de command and control de l’armée irakienne, a provoqué l’explosion d’épidémies de gastroentérites, de choléra et de typhoïde, en empêchant le fonctionnement des centres de traitement d’eau potable et d’eau usagée. Peut-être 100 000 civils sont ainsi morts indirectement, tandis que le taux de mortalité infantile» (Source : Rizer, Kenneth, « Bombing Dual-Use Targets: Legal, Ethical, and Doctrinal Perspectives[archive], Air & Space Power Journal, mai 2001).

« Le rapport d’une mission de l’ONU, dirigée par le sous-secrétaire Martti Ahtisaari et envoyée en mars 1991 pour évaluer les besoins humanitaires de l’Irak, décrivait l’état du pays comme « quasi apocalyptique ». (Source : Javier Pérez de Cuéllar. Report S/22366 to the United Nations Security Council, detailing the findings of the mission undertaken by Under-Secretary-General Martti Ahtisaari to assess the humanitarian needs arising in Iraq in the aftermath of the Gulf War.) Sur Wikipédia (page consultée le 27 mars 2016). Sans parler du désastre écologique local avec la destruction de 732 puits de pétrole koweïtiens par l’Irak.


de mes archives

19 octobre 2001

Pour diffusion immédiate

 

MOBILISATION POUR LA PAIX

PAR LE MOUVEMENT HUMANISTE DE MONTRÉAL

 

Montréal, 19 octobre 2001.― L’horreur du massacre du 11 septembre et la folie de la guerre déclarée par le gouvernement de George W. Bush et appuyée par le gouvernement canadien contribuent à une spirale de la violence par laquelle le terrorisme ne sera pas défait mais encouragé dans son développement et sa propagation.

Le Mouvement Humaniste de Montréal invite les MontréalaisEs à venir exprimer leur solidarité avec toutes celles et ceux qui s’opposent à cette violence par la participation à ses deux activités dans le cadre de la semaine Option non-violence : une conférence et un débat public sur les alternatives à la guerre le 20 octobre à l’UQAM et une marche pour la paix et la non-violence le 21 octobre au Carré Phillips.

 

Plusieurs actions seront aussi organisées partout dans le monde par les humanistes le 19 octobre, dans le but de dénoncer la violence et de proposer des alternatives. Parmi les dizaines d’événements prévus, notons la campagne d’information publique à l’Union Square à New-York,  un rallye devant l’ambassade de Grande-Bretagne à Zurich, une marche de protestation à Munich, une minute de silence dans plusieurs écoles en Grèce, une démonstration publique dans la région du Trans-Nzoia au Kenya, la visite des ambassades à Buenos Aires, une marche pour la paix en Hongrie, une visite des consulats à Hong Kong.

 

Le Mouvement Humaniste International réprouve fermement les attaques des États-Unis et de la Grande-Bretagne contre l’Afghanistan, qui semblent faussement motivées par un combat contre le terrorisme.

 

  1. CONFÉRENCE POUR LA PAIX

Samedi le 20 octobre : « Quelle alternative à la guerre ? »

À 12h30 à l’UQAM, au RM-150, niveau métro Berri-UQAM,

pavillon Alexandre-de-Sève, coin Ste-Catherine et Sanguinet

Conférenciers invités :

Dr Silvia Bercu, membre du mouvement humaniste de Londres

  1. Rezeq Sariq, membre co-fondateur du Groupe Palestiniens et Juifs Unis (PAJU).

 

  1. MARCHE POUR LA PAIX ET LA NON-VIOLENCE

Départ : Dimanche 21 octobre à 12h30 au Carré Philipps (coin Ste-Catherine et Union)

Le Mouvement Humaniste de Montréal invite tous ceux et celles qui sentent l’obligation de conscience de manifester leur désir de dire non à la guerre, en participant à une grande marche pour la paix et la non-violence et montrer leur refus à une réponse militaire fait au nom du droit à la vie et de la «liberté immuable».

Le peintre Nikolaï Kupriakov, dévoilera une nouvelle peinture ayant comme titre «U.S. War Department kill everybody that is not with us». Le groupe Sertao avec Lavanya Narasiah (voix, percussions) Nicolas Lépine (guitare), Geneviève Lapointe (sax) et Jean-François Bourdon (basse), seront également présents ainsi que d’autres surprises.

 

Pour information :

Courriel : humaniser@hotmail.com, site internet : http://www.geocities.com/forumhumaniste

 

-30-

 

Source : Ève Marie ou Ali Z.

Voir également  notre communiqué de presse sur le détail de nos activités internationales.

 

 

 

 

Crédit photo : Ève Marie 2011

Crédit photo : Ève Marie 2011

Vite il faut que j’écrive ce texte avant de revenir à la « normale ». Ce sera difficile de communiquer avec vous (de me faire bien comprendre), précisément pour cette raison. Dans un état normal, on oublie profondément la vérité spirituelle du corps et de ses émotions véritables.

Quelqu’un comme moi qui va vous parler de ça vous semblera au mieux trop différente de vous, voire déconnectée, au pire carrément folle ou n’importe quelle raison (rationnelle)  pour vous faire croire à la partie de vous-même qui dirige que je suis dans le tort, au moins un peu. Et il y aura aussi sans doute quelques personnes, plus rares, qui diront avoir déjà vécu ce que je vais décrire.

Même moi qui me relirai dans quelques jours trouverai que j’exagère…

Copie de Effet noir 240X360

Effet de noir. Crédit photo : Ève Marie 2011

Alors, mise en garde faite, lisez ce texte la nuit, entre deux rêves, au moment précieux où la simple vérité émerge parfois, où vous vous souvenez peut-être que vous êtes le plus ou le mieux relié à votre être. Si vous n’avez jamais vécu cette expérience, je m’inquiète pour vous. Vous êtes déjà peut-être juste devenu une bonne machine à produire et vous perdez votre temps à lire ce stupide texte…

Pour les autres, il y a de l’espoir. Alors suivez mon histoire, banale et étrange à la fois.

Je relève d’une pneumonie qui m’a gardée plus de deux semaines à la maison. La dernière fois que j’ai eu ça, j’avais 6 ou 7 ans. Ça cogne. Je me suis donc considérablement affaiblie avant d’aller chez le médecin et sans m’en rendre compte, mes perceptions ont changé.

J’ai beaucoup écouté la radio et la télévision, Radio-Canada (le média d’État au Canada) et dernièrement une radio privée COGECO 98,5FM (Arcand). J’ai redécouvert la télé que je regarde très peu depuis quelques années, à part un ou deux téléromans comme 30 vies (vie dans dans une école secondaire). Pendant cette maladie, j’ai suivi Les Pays d’en haut (sorte de faux western imitant la vie des colons Canadiens-français de la fin du XIXe s.), Ruptures (histoires d’avocats), un vieil épisode d’Unité 9 sur Internet (vie des femmes en prison), Tout le monde en parle (talk-show), Virtuose (Grégory Charles et ses jeunes talents de musique), des bouts des Enfants de la télé (talk-show avec des vedettes), Les pêcheurs (histoire de gars au chalet, vedettes de l’humour), des bouts aussi de Prière de ne pas apporter de fleurs (talk-show pour rendre supposément hommage à un ami artiste). À la radio, j’ai écouté Gravel le Matin (émission réveil-matin), Médium large (entrevues diverses), La sphère (TIC) et surtout les trois spectacles supposés comiques de la fin de semaine pour me divertir, À la semaine prochaine et La soirée est encore jeune. Et sans parler des pubs…

Et je n’en suis pas revenue ! J’étais devenue comme une extra-terrestre de ce monde, c’est comme si je débarquais d’une autre planète pour les émissions de fiction et d’humour. Comme le monde a changé. C’est clairement une autre génération qui écrit. MA génération. Y’a eu comme un passage que j’avais raté jusqu’à maintenant. Mais, c’est beaucoup plus que cela.

Comme le monde a changé ! Mais quoi ? demandez-vous… elle va-t-y accoucher ?

Eh bien, dans l’état d’hypersensibilité où je me trouvais, en particulier lorsque la toux a commencé, chaque phrase humiliante, méchante, ‘impathique’(non empathique extrême), chaque ironie, idée à l’envers, sarcasme, fausse gentillesse remplie de sous-entendus dont on n’est pas certain exactement, bref chacune de ces sentences entendues ou chaque mini-pensée négative déclenchaient chez moi un micro-malaise interne qui déclenchait à son tour une quinte de toux (je ne me suis pas rendu compte du phénomène tout de suite, je vous le redis ma conscience était altérée). Jamais encore je n’ai constaté à quel point toutes ces sales choses influencent en profondeur ma psyché et de là, mon corps (à moins que ce ne soit l’inverse, mais peu importe). Ou, au contraire, chaque petit bonheur, comme ces jeunes qui jouent de la musique, faisait couler quelques larmes de joie. Jamais je n’avais constaté si évidemment la relation entre le corps et l’esprit…

«La maladie abat de son côté bien des certitudes, la mort ne s’accommode d’aucune vérité qui se veut plus grande qu’elle, elle ramène tout à zéro.» Boualem Sansal, 2084

Surtout, je réagissais intensément à la moindre vibration négative, ciel noir ou gris me tombait sur la tête ou plutôt sur le cœur, mais je n’ai pas eu de nausée, juste le besoin de cracher, d’expurger, de sortir quelque chose, le méchant peut-être. IL faut dire que les médias ne sont pas les seules responsables de ma réaction. J’ai eu dernièrement des déceptions amicales très très sérieuses qui m’ont rendue malade.

Surtout, ce qui m’a frappé, c’est de voir et entendre combien le « bitchage » est devenu la norme dans les communications des émissions à la mode, façon de dévaloriser le plus possible les autres pour se remonter soi-même. En particulier entre hommes, qui semblent avoir pris pour modèle les pires défauts des femmes… Et la norme est d’en rire, et de faire semblant, même si ça blesse; mais en fait, sans doute ne sont-ils pas blessés puisque tellement bardés de couches et de couches de protections qui font qu’ils ne ressentent tout simplement plus rien ou presque (comme le font chimiquement tous les antidépresseurs) et tous ils continuent le jeu, relançant généralement l’affaire de plus belle.

J’ai retenu une réplique qui ‘punche’ dans Ruptures. Isolée comme ça, elle est vraiment bonne, assassine et bien écrite, mais le problème dont je vous parle ici, c’est que des variations de cette ligne se répètent ad nauseum dans la plupart des émissions comme nourriture que vous prenez dans ces programmes. Le danger croit avec l’usage… Ça risque de vous rendre malade à micro-doses. Voici la situation de cette réplique : dans l’ascenseur, une avocate reproche à son associé d’avoir cherché à l’humilier devant les actionnaires, puis lui dit qu’elle a enfin repris le contrôle d’un des dossiers difficiles et lui . Son associé lui répond, imperturbable :

– Excuse-moi, je suis debout, alors je ne peux pas faire de standing ovation.

Comment la trouvez-vous ?

Maintenant, imaginez cela répété sous toutes les formes plusieurs fois par jour.

grenouille au formolLes téléspectateurs et les auditeurs (sans parler des contenus des médias écrits et des scripteurs/lecteurs sur les réseaux sociaux) sont-ils devenus cette pauvre grenouille dans un pot qui se réchauffe si lentement qu’elle finit par y mourir, avant même d’avoir pu se ressaisir, se rendre compte qu’elle était en danger de mort et faire le saut salvateur ?

À la longue, tout ce type de communication vraiment nulle, est-il une sorte de drogue que le public redemande, pensant se défouler sur le coup, mais le rendant de plus en plus insensible ? Comment se fait-il que ce soit si à la mode maintenant, que cela attire dans un cercle vicieux d’autres auteurs ou humoristes avec ce genre d’écriture ? Et qui se plaignent à la télé qu’ils ont de moins en moins de liberté pour écrire… Les pauvres ! Je pense à la débile revue de fin d’année du Bye-Bye 2015 (et pour laquelle j’ai fait un billet)(1).

Comprenez-moi bien. Il en faut pour tous les goûts, je suis d’accord. Il s’agit d’un média généraliste. Mais quand ils dominent le punch-line à ce point, y’a de quoi s’inquiéter, avec toutes ces sortes de prédateurs ou passif-agressifs en puissance, montés aux nues par les sacro-saintes cotes d’écoute. N’y a-t-il plus d’autres «modèles» d’être humains ? Le pire, je crois, ce sont les non-fictions, où les protagonistes se ‘bitchent’ agréablement à qui mieux mieux. Ben oui, c’est si drôle, mieux vaut en rire que d’en pleurer, n’est-ce pas ? S’en rendent-ils compte, eux/vous, leurs admirateurs, qu’ils finissent par devenir eux-mêmes ces personnages au travail, en amitié, en amour, en famille ? Que les rapports sociaux, le tissu social même se détériorent doucement, innocemment, dans le bocal et qu’ils en sont un des artisans, ce qu’ils prétendent parfois dénoncer par leur art ? Je croyais, après le Printemps érable, qu’on en avait fini avec le cynisme, mais non. Tous ceux qui l’ont dénoncé et qui ont mis sur la table leurs vrais rêves et leurs sensibilités sont rentrés se terrer à la maison et se taisent à nouveau. J’exagère ? Souvenez-vous : je ne suis pas en ce moment dans mon état normal : mais peut-être que je suis dans mon vrai état d’être vraiment humain.

Gloup ! La maladie m’aura permis d’ouvrir au moins un œil. Dieu merci qu’il me reste encore assez de force pour m’en indigner. Mais s’indigner ne suffit pas. Il me reste encore assez de conscience pour chercher des nourritures qui vont véritablement nourrir mon cœur et mon âme. Mais chercher seule, ça ne donne rien, parce que tout le reste continue à se détériorer…

Bonne chance ! Ben oui, après un tel alignement des chances, il me faut m’acheter un billet de loto 6/49, comme dans la pub. Ça c’est the solution monsieur !

Voyez ! J’ai presque attrapé leur maladie ! Je redeviens normale, sauve qui peut !

Partout Faust et Macbeth rôdent. Et sous les plus jolis traits, les plus spirituels parfois. Ne vous laissez pas berner !

C’est si facile de perdre son âme !

« Bizarrement, les gens ne sont plus qu’attirés par la beauté que lorsqu’ils vivent des tragédies ou des déceptions.» Rostropovitch (1927-2007)

… Suite dans mon prochain billet

sauter-de-grenouille-du-pot-de-feu-de-camp______________________

(1) https://evemarieblog.wordpress.com/2016/01/02/vraiment-bye-bye-bye-2015-a-radio-canada/

20160218UJ4Y86_460« La seule chose qui ne doive pas céder à la loi de la majorité est la conscience de l’individu.» Harper Lee (1926-2016), écrivaine américaine*

La vérité est-elle complexe, selon vous ?

Il est rare qu’un humain meure deux fois. Une fois dans son corps biologique et une autre fois, beaucoup plus tard, par l’invective populaire ou la rectitude politique voulant rayer son travail de la mémoire historique et collective. Émotions de frustration pour la mémoire de l’artisan et d’accablement suivi de libération pour la victime qui le dénonce… Perdriez-vous la tête ?

Un scandale secoue le Québec ces jours-ci. Nous voulons à la fois connaitre la vérité et savoir comment agir dans le vague. Un grand cinéaste, Claude Jutra est rétrospectivement accusé de pédophilie par son biographe Yves Lever, puis par une victime anonyme qui avait à l’époque des faits allégués entre 6 et 16 ans. Le témoignage de la victime est bouleversant (1) et appelle la compassion. Louise Rinfret, une thérapeute auprès des personnes ayant subi des violences sexuelles, et qui avait travaillé avec Jutra est formelle : le témoignage est crédible (2). Le travail journalistique a été fait selon les règles de l’art : recoupements, vérifications auprès de la famille de la victime, preuve de non-intérêt financier. À sa demande auprès du biographe et du journaliste, son identité est confidentielle.

J’aimerais faire plus clair. Il y a toujours plusieurs côtés. Souvenons-nous-en !

Tout cela reste des allégations : la présumée victime veut rester anonyme et n’a jamais porté plainte à la police. Il n’y a pas actuellement de procès. Malgré cela, en deux jours, 30 ans après son décès, Jutra est passé de cinéaste vénéré à proscrit, voire malfrat infréquentable, même en pensée ou en photo. En deux petits jours, il a été jugé, condamné, victime de lynchage populaire de son travail par de nombreux Québécois et par nos élus. On a tout mêlé, sans prendre l’instant d’un recul et des vérifications habituelle d’une société de droits, comme au temps du Far West !

Québec Cinéma a décidé de changer le nom de ses prix Jutra pour sa cérémonie annuelle des meilleurs films québécois. La ministre de la Culture, Mme Hélène David, a demandé aux villes de retirer le nom de Claude Jutra de la toponymie du Québec. Quelques heures plus tard, de nombreux maires, dont le maire de Montréal M. Denis Coderre et le maire de Québec M. Régis Labaume, ont acquiescé.

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 J’ai connu Claude Jutra en 1972, quand j’étais enfant, mon petit frère aussi. Et je vous jure que c’était un monsieur bien.

En montage de son film Kamouraska dans un studio parisien, le cinéaste Claude Jutra cherchait une voix de petite fille avec l’accent québécois pour doubler celle qu’il avait filmée. Après avoir contacté la délégation du Québec où mon père travaillait, il est venu chez nous pour m’enregistrer. Ma mère nous avait avertis, mon frère et moi, qu’un «grand monsieur» allait venir pour me parler et qu’il fallait être gentils. Il était en effet impressionnant. Nous étions très intimidés par lui. Il ne parvenait pas à me faire parler normalement. Alors il a joué avec nous. Nous avons joué au cheval et cow-boy et nous avons beaucoup ri. Après cela, plus détendue, il a pu m’enregistrer correctement. Puis il a demandé à ce qui je vienne au studio pour faire un 2e enregistrement. Ma mère m’a mise dans un taxi (autre époque, autres mœurs!), a donné ses recommandations au chauffeur. Moi, je me sentais comme une grande. J’étais très fière. Là-bas, j’ai parlé au micro pour la première fois dans un studio noir. De l’autre côté de la vitre, Jutra écoutait et discutait avec une autre personne je crois. Puis une femme m’a donné des bonbons en me remerciant et  en me disant qu’ils allaient rappeler mes parents pour dire s’ils retenaient ou non ma version. Pour sortir, j’ai marché dans des couloirs drabes qui m’ont semblé infinis. Malheureusement, ils ont choisi une autre voix. Mais je crois que c’est cette forte expérience très positive qui m’a fait choisir le travail d’artiste-vidéaste à l’âge de 23 ans, lors de mon stage universitaire.

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Le problème dans cette affaire est l’anonymat de la victime d’une part, et d’autre part, la confusion entre l’homme et l’œuvre. Alors que les autres enfants, surtout les garçons, qui l’ont connu en bien sortent ! Au contraire, s’il y a d’autre(s) victime(s), qu’elle(s) sorte(nt) de l’anonymat  et porte(nt) plainte ! Venons-en au fait pour guérir. Oui c’est difficile de porter plainte, surtout après tout ce temps et contre une personne connue. Mais il faut le faire. Oui un crime semble avoir été commis, un crime grave dans une société de « droits», à prendre très très au sérieux pour avoir vraisemblablement gâché une vie. Ce témoignage m’a bouleversée… mais il manque une vérification légale encore AVANT de prendre des décisions si sérieuses. Ce présumé crime… s’il sort de l’anonymat, sera avéré  vrai (ou faux), il sera jugé pour ce qu’il est.

Toutefois, changer de nom le prix Jutra, ça se comprend, je suis entièrement d’accord, l’apparence de vérité suffit. Je comprends que des artisans du cinéma n’aimeraient pas nécessairement recevoir un prix à son nom. Il y aurait toujours un malaise chaque année. MAIS… faire disparaitre le nom de Claude Jutra de la toponymie du Québec ?? C’est aberrant, son œuvre devrait aussi disparaitre de la mémoire collective ? Quelle folie de la novlangue s’empare de nous ?

Il importe de tirer l’alarme sur le comportement prématuré des élites que nous avons élues. Ce n’est pas un détail. On croirait les ministres et maires être nos anciens curés qui excommuniaient ex cathedra à une autre époque, si loin, si proche… Pourquoi cet empressement ? Poser la question c’est y répondre…

Même l’Union des écrivaines et des écrivains du Québec, dont je suis membre, s’y met ! «Compte tenu des circonstances entourant les révélations sur Claude Jutra, le volet exposition qui présentait des photographies de la maison [des écrivains où siège l’UNEQ] à l’époque où elle lui appartenait et sur lesquelles il apparaissait a été retiré.» Info UNEQ No 136, 17-02-16 (4)

Au contraire, je crois que cette expo devrait être maintenue et être l’occasion de faire un débat sur l’impact de la vie privée sur la perception de l’œuvre des artistes. Et de se souvenir de notre histoire de curés qui nous disaient comment penser et comment travailler, à qui parler et à qui ne pas parler, qui enfermaient les homosexuels dans les asiles, mettaient des livres à l’index et promulguait en chaire et au gouvernement la censure. ET de se souvenir de tous ces enfants qui ont été abusés sexuellement… et que l’Église a habillement caché pendant des années. Ce fut un sale temps où l’inceste, la pédophilie et le viol étaient tolérés et les victimes toujours menteuses et mourant de honte comme dans les pensionnats autochtones (voir mon billet) (3), ou comme pour les Orphelins de Duplessis et tant d’autres plus isolés encore… Dieu merci, nous sommes un peu sortis de cette époque, mais faut-il aller à l’autre extrême en oubliant la complexité des individus et à ce qui les poussent à poser tel ou tel acte criminel ?

Réveillez-moi quelqu’un ! On dirait un cauchemar dans un film de série B. Qu’on fasse vraiment la lumière !

Quelqu’un, quelque part, gardera-t-il mon texte dans le big data mondialisé, le trafiquera-t-il, l’interprétera-t-il à la lumière de cette société de demain qui ne comprendra pas celle d’aujourd’hui qui me permet (encore) de prendre une position même modérée ? Et me le reprochera ? Fera de moi une paria humaine et artistique ?

Claude Jutra est devenu un pêché, même en pensée ! Oh pardonnez-moi !

Tout cela donne décidément froid dans le dos. Il importe de réagir.

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20-02-16

Une semaine plus tard après la sortie de la 1re présumée victime, une 2e victime de Claude Jutra, qui est ose courageusement sortir de l’anonymat, le scénariste Bernard Dansereau, fils du producteur de films Jean Dansereau, affirme au journal La Presse avoir été agressé sexuellement une fois vers l’âge de 12 ou 13 ans par son parrain, Claude Jutra. Son père Jean cessa de voir Jutra pendant 2 ans (5). Quelques années plus tard, ils retravaillèrent ensemble, sans toutefois reparler de cette agression. Dans les circonstances, il n’y a aucune raison de mettre en doute ce témoignage accablant.

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J’ai souvent raconté cette histoire de doublage de film à mes étudiants en français langue seconde, pour amorcer le jeu d’expression orale «détecteur de mensonge». Je trafiquais la fin en disant que j’avais obtenu le rôle et racontais deux autres histoires vraies. Ils devaient trouver le mensonge et ensuite raconter et soumettre leurs histoires au jugement des autres étudiants. Je ne la raconterai plus, avant un bon bon bout de temps. Ce 2e témoignage à visage découvert, cette fois-ci, altère irrémédiablement mon beau souvenir et m’accable. Ce silence des victimes et des témoins qui a duré trop longtemps, en créera d’autres au sujet du bon versant de la vie de Jutra.

Je persiste néanmoins à dire que le rapide effacement de son nom sur la place publique en mémoire de son œuvre (et non en mémoire de sa perversion) est une erreur et un très mauvais signe des temps. Mais j’ajoute que si cette affaire fait parler d’autres victimes de n’importe qui, qu’il n’est jamais trop tard pour le faire, au moins il y aura eu un bon côté.

À cet égard, la caricature de Garnotte ce matin est très éloquente. Pour bien la comprendre, il faut savoir que Jutra s’est suicidé en 1986 du haut du pont Jacques-Cartier à Montréal, qui surplombe le fleuve St-Laurent.

Jutra au poubelle

« Le courage, c’est de savoir que tu pars battu, mais d’agir quand même sans s’arrêter.» Harper Lee

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* tiré de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, prix Pulitzer 1960. Roman qui a dénoncé la  ségrégation raciale aux États-Unis et qui contribua à changer les mentalités.

(1) http://www.lapresse.ca/cinema/cinema-quebecois/201602/16/01-4951514-une-victime-de-claude-jutra-temoigne-des-attouchements-des-6-ans.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_4951523_article_POS1

(2)  http://www.lapresse.ca/cinema/cinema-quebecois/201602/17/01-4951523-affaire-claude-jutra-une-ancienne-amie-du-cineaste-soutient-la-victime.php

(3) https://evemarieblog.wordpress.com/2015/10/23/lettre-dexcuse-aux-autochtones-au-sujet-des-pensionnats-amerindiens/

(4) https://www.uneq.qc.ca/2016/02/18/il-etait-une-nuit-changements-au-programme/

(5) http://www.lapresse.ca/cinema/cinema-quebecois/201602/19/01-4952771-affaire-claude-jutra-une-deuxieme-victime-se-confie-a-la-presse.php

Merci«C’est le rôle de l’artiste d’être à contre-courant» Yann Martel

Hier, je croisais un groupe de jeunes sur la rue (à Montréal) dont une des filles disait que ça faisait déjà un an qu’elle travaillait à telle place et son amie lui demandait si elle allait mettre un statut sur Facebook pour se remercier elle-même.

J’ai trouvé que c’était une très bonne idée à la fois humoristique et sérieuse de se manifester… J’ai organisé récemment un groupe de discussion et cercle de parole. Alors je me remercie moi-même d’avoir organisé et animé cet atelier :))))) (1)
C’est toujours intéressant de regarder une activité ou même un party rétrospectivement. C’est souvent la partie de la communication qui manque. Le fait de remercier les personnes qui l’ont organisé permet de faire cela. Comme je l’avais justement dit pendant notre conversation avec ce groupe de discussion, je pense que le sentiment de gratitude est une belle façon de soigner nos rapports humains, notre tissu social dans une société trop souvent narcissique et en manque de temps. C’est une chose de l’énoncer et une autre de le faire ! Nous manquons tous d’entendre et de dire ces mots si simples : merci, bonjour, je m’excuse, je suis désolé. D’ailleurs, il font partie d’une prière qui s’appelle «ho’oponopono» dont j’ai déjà parlé dans un précédent billet (2).

Face à l’année de misère que nous avons vécue en 2015, c’est qu’il ne faut pas oublier qu’il y a eu le printemps érable au Québec en 2012. Pour les jeunes dans la vingtaine, c’est sans exagérer l’équivalent du mythique mai ’68, d’autant plus que le mouvement a duré 4 fois plus longtemps (d’avril à août)(3)… Même si la plupart des Québécois semble avoir déjà oublié cet épisode historique des mouvements sociaux de notre pays, je reste persuadée qu’il marquera progressivement positivement une longue période de temps de notre vie collective et individuelle. J’ai un livre chez moi qui en témoigne et où j’ai publié d’ailleurs :  « Pour un printemps» (4). Quand je déprime sur le monde, j’ouvre ce livre qui me redonne un vent de fraicheur et me rappelle de magnifiques souvenirs de mon propre engagement durant cette période. Il est bon d’avoir à porté de main des livres comme celui-là. La littérature et la philosophie, c’est aussi à cela que ça sert.

À ce sujet et pour témoigner que les jeunes de cette génération ne sont pas tous de fieffés individualistes centrés sur eux-mêmes, il y a justement une jeune femme qui pose un beau geste de gratitude dans le journal d’aujourd’hui. Justement un collègue de la revue Possibles, étudiant en droit, vient de me dire que l’article a déjà un grand écho parmi les étudiants en droit, et il me témoigne du même sentiment. À lire absolument :
http://www.ledevoir.com/societe/education/460626/gratitude-ce-diplome-n-est-pas-a-moi

C’est déjà mon 100e article depuis l’été 2012 où j’ai créé ce blogue!

J’en profite pour remercier à nouveau tous les lecteurs et les lectrices de mon blogue ainsi que les personnes qui ont fait des commentaires forts intéressants et remercier Joël B. qui m’a aidé à créer ce blogue.

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Ma réflexion sur les communications humaines peuplent ce blogue. Comme artiste, la déstructuration des communications est un vécu particulièrement éprouvant et on prend des années à réaliser qu’il s’agit non pas d’une situation personnelle, mais d’une délitescence psychosociale. De nombreuses œuvres contemporaines en témoignent, dont cette installation de l’Américain Bruce Nauman :

B.Nauman2

Bruce Nauman, Anthro/Socio (Rinde Spinning), installation vidéographique, 1992. Crédit photo:  VG Bild Kunst, Bonn

« Le spectateur entre dans une pièce sombre où il assiste à la démultiplication  d’un seul et même visage présenté à l’endroit, à l’envers, de trois quarts, de même qu’à la lancinante répétition des mêmes demandes, dans des tonalités différentes : «feed me / eat me / anthropology», «help me / hurt me / sociology». On peut interpréter son œuvre comme la métaphore d’une société sourde et aveugle aux besoin des autres. » Michel Laurin, Anthologie littéraire

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(1) Dans le même sens, voici une belle réflexion et évolution : https://cf-mg6.mail.yahoo.com/neo/launch?reason=launch_error&ec=LaunchTAE14#3977114438

(2) https://evemarieblog.wordpress.com/2015/06/05/priere-hooponopono/

(3) 680 manifestations (dont parfois plusieurs par jour à différents endroits du Québec; 180 jours de grève étudiante)

(4) https://www.indiegogo.com/projects/pour-un-printemps-livre-citoyen#/    édition Artmour : Jane D’eau https://www.facebook.com/jane.deau.98 et Katia Lazdane et Ani Shabazian

 

Marcel Barbeau-Réalisation-de-la-sculpture-Dualité_1984

Marcel Barbeau. Réalisation de «Dualité», 1984

Marcel Barbeau «Dualité», 1984

Marcel Barbeau «Dualité», 1984

Artiste multidisciplinaire,   Marcel   Barbeau  était peintre et sculpteur, et aussi estampiste, performeur, danseur, passionné de musique contemporaine, créateur d’une œuvre variée et considérable. À 23 ans, Barbeau est historiquement signataire en 1948 du manifeste du Refus global du «mouvement automatiste canadien-français» avec le peintre Paul-Émile Borduas, son mentor et père spirituel.

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EXTRAIT du manifeste du Refus Global – Paul Émile Borduas

«Le règne de la peur multiforme est terminée

Dans le fol espoir d’en effacer le souvenir je les énumère :

peur des préjugés — peur de l’opinion publique — des persécutions — de la réprobation générale

peur d’être seul sans Dieu et la société qui isole très infailliblement

peur de soi — de son frère — de la pauvreté

peur de l’ordre établi — de la ridicule justice

peur des relations neuves

peur du surrationnel

peur des nécessités

peur des écluses grandes ouvertes sur la foi en l’homme — en la société future

peur de toutes les formes susceptibles de déclencher un amour transformant

peur bleue — peur rouge — peur blanche : maillon de notre chaine.

Du règne de la peur soustrayante nous passons à celui de l’angoisse.

[…]

D’ici là notre devoir est simple.

Rompre définitivement avec toutes les habitudes de la société, se désolidariser de son esprit utilitaire. Refus d’être sciemment au-dessous de nos possibilités psychiques. Refus de fermer les yeux sur les vices, les duperies perpétrées sous le couvert du savoir, du service rendu, de la reconnaissance due. Refus d’un cantonnement dans la seule bourgade plastique, place fortifiée mais facile d’évitement. Refus de se taire — faites de nous ce qu’il vous plaira mais vous devez nous entendre — refus de la gloire, des honneurs (le premier consenti) : stigmates de la nuisance, de l’inconscience, de la servilité. Refus de servir, d’être utilisables pour de telles fins. Refus de toute INTENTION, arme néfaste de la RAISON. À bas toutes deux, au second rang !

Place à la magie ! Place aux mystères objectifs !

Place à l’amour !

Place aux nécessités !

Au refus global nous opposons la responsabilité entière. […]

(voir le texte complet au https://fr.wikisource.org/wiki/Refus_global)

Texte tiré du Refus global pour une de mes perfos en 2014

Texte tiré du Refus global pour une de mes perfos en 2014, collectif, «Mouvements de l’art». Inspirée par la gestuelle des Automatistes, et alliant mon travail performatif avec le kung-fu au bâton, j’amorçais un cycle de réflexion et expérimentation avec le public sur l’art psychique.

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Marcel Barbeau laisse dans le deuil le Québec, ses amis  et sa famille dont sa fille, la documentariste et directrice de Wapiconi Mobile pour les autochtones Manon Barbeau et sa petite-fille, la jeune cinéaste et auteure Anaïs Barbeau-Lavalette.

Être révolté toute sa vie contre l’ordre établi et en particulier contre tous les académismes ou nouveaux académismes du milieu très fermé et très cliqué des arts visuels (dixit le peintre Serge Lemoyne et le critique d’art Robert Bernier de la revue Parcours), «les petits copains» comme le disait Barbeau aussi, il a tardé à avoir une véritable reconnaissance.  Avant-gardiste comme premier peintre canadien à travailler avec la technique du «all over» et expérimentateur de l’art optique «op art», il a demandé 18 ou 20 fois le prix Paul-Émile Borduas (gouvernement du Québec) avant de le recevoir en… (seulement) 2013 ! «Ça montre l’imbécilité de ce milieu-là» dit le journaliste culturel Bernier, suite à son décès. Pourtant, il a eu une première grande rétrospective de son œuvre la première fois à l’âge de 44 ans au Winnipeg Art Gallery (1969) qui a aussi tourné au Musée d’art contemporain à Montréal.  Mais ensuite, à part quelques grandes expos dont celles du Musée du Québec à Québec et du Musée d’art contemporain à Montréal (1975) ou du Musée du Bas St-Laurent (1998), il a en effet peu exposé dans les grands musées du Québec (ou du Canada) et davantage à l’étranger. Pourquoi ? Mystère! L’historien d’art François Marc Gagnon, spécialiste du mouvement automatiste, tente quelques hypothèses : malchance, dispersion (à une époque où les artistes multidisciplinaires étaient rares) ou peut-être, en partie, colère ? Colère ? Ah bon !?! Le simple fait que cela puisse être une raison de son écart du «milieu» laisse songeur sur ce même milieu…

Sans être rejeté, Barbeau a été occulté et n’a pas reçu la considération qu’il aurait dû avoir de son vivant… comme beaucoup d’autres grands artistes. Dans un des documentaires que sa fille a fait sur lui, il dit : « Combien de fois ce criss de musée-là me refuse?! Après je sais pas combien de carrières… Moi j’ai expérimenté toute ma vie! […] Je vais continuer à travailler, ils ne m’empêcheront pas de travailler, pis j’vais continuer, j’vais les emmerder, j’vais faire la plus grande peinture qu’on puisse faire, pis à un moment donné, ils vont me reconnaitre! Mais c’est à ce moment-là que je pourrai leur dire non.» (1)

Il était «extrêmement déterminé». Même très malade, lorsqu’il se mettait à sa table de travail, il retrouvait presque magiquement sa force vitale. Je crois qu’on peut parler, sans trop se tromper, de véritable force de la nature, comme Riopelle d’ailleurs. Ce sont des trésors qui partent… Lui qui a affronté vents et marées et a toujours continué, malgré tout, à persévérer et à créer, malgré des périodes de vide.

Œuvres à la fois épurées et expressives, elles appartiennent à l’univers baroque, dit Barbeau de son travail sur son site internet. «Son défi était de rendre un espace signifiant et conscient » (Bernier). Œuvre réfléchie, synthétique, placée, mais néanmoins intuitive, il est resté toute sa vie dans l’esprit de l’automatisme, et un des inventeurs de la peinture gestuelle, peu avant Jackson Pollock. Son travail est comme une méditation consciente; sa colère disparaissait et était canalisée par la création. Bernier compare son œuvre, malgré toute sa diversité, à «l’espace du golf » (qui était une passion pour lui), comme «espace aménagé, pensé, codifié. Un espace jumelé au mouvement et nourri par la technique et l’intuition, par le moment présent comme dans le ‘swing’».  Un être d’une richesse créative hors du commun qui «voit une couche au-dessus de tous» (Bernier)

Marcel Barbeau, «Bas du Fleuve». New-York, 1964

Marcel Barbeau, «Bas du Fleuve». New-York, 1964

Marcel Barbeau dans le magazine Vie des Arts_2015

Marcel Barbeau dans le magazine Vie des Arts, 2015

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J’ai rencontré Marcel Barbeau en  2006 lors d’une performance-manifestation de rue du peintre et ami Nikolaï Kupriakov, à l’entrée du ministère de Culture à Montréal. Alors impliquée dans le groupe Divergences avec ce dernier ainsi qu’avec les peintres Hélène Goulet et Louisa Nicol, nous revendiquions  à ce moment-là plus d’ouverture au programme d’art public dit du «1%» du gouvernement du Québec. Plusieurs artistes avaient signé notre pétition, dont Barbeau qui était venu parler avec Kupriakov. L’ancienne ministre de la culture, Line Beauchamp à qui j’avais fait parvenir une œuvre postale intitulée «La boite de Pandore» au nom du groupe était venue nous parler. La conversation avait tourné autour de ces artistes, pourtant talentueux qui sont refusés, pour leurs idées, pour leurs esthétiques, par les programmes dits publics. Barbeau avait une longue expérience dans le domaine…

Ève Langevin, La boite de Pandore1_2006

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Ève Langevin, La boite de Pandore2-2006

J’ai toujours eu une filiation profonde avec ces artistes du mouvement automatiste. Probablement parce que j’étais la petite-petite nièce du mentor de Borduas, le peintre Ozias Leduc, bien que dans les années ’90, je n’étais pas vraiment consciente de ma filiation du côté paternel. Aussi, simplement parce que j’aimais les œuvres de Borduas et que je regardais souvent chez ma mère deux peintures de jeunesse (?)(2) qu’Ozias avait données à ma grand-mère. Mais surtout parce que j’ai lu et relu ce manifeste du Refus global, j’ai lu tout ce que Borduas a écrit sur l’art. Lors de la sortie du film de Manon Barbeau, «Les enfants du Refus global», où sa fille se questionnait sur les relations familiales entre ces grands artistes et leurs enfants, souvent abandonnés, je m’étais sentie interpellée, car mon père, homme de la même génération que Barbeau, avait lui aussi tout consacré à sa carrière (politique, pour l’indépendance du Québec), laissant femme et enfants derrière… pour le meilleur et pour le pire. Je reproduis ci-dessous, l’article que j’ai écrit pour le journal Le Devoir à ce sujet en 1998, suite au décès de mon père.

Écoutez l’entrevue avec Robert Bernier à Radio-Canada au http://ici.radio-canada.ca/emissions/desautels_le_dimanche/2015-2016/

Pour plus de détail voir :

http://www.marcelbarbeau.com/

http://revue-parcours.com/art-contemporain/marcel-barbeau-1925-2016/

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de mes archives, 1998

Mon texte sur le film «Les Enfants du Refus global»_p.1_Ève Langevin-1998_journal Le Devoir

Mon texte sur le film «Les enfants du Refus global», p.2

Mon texte sur le film «Les Enfants du Refus global»_Ève Langevin-1998_journal Le Devoir (le stupide titre n’est pas de moi…)

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Ève Langevin, La boite de Pandore3_2006

La boite de Pandore, Ève Langevin_2006

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(1) «Barbeau libre comme l’art», Manon Barbeau, ONF. 2000. http://www.dailymotion.com/video/xmo7vy_barbeau-libre-comme-l-art_shortfilms

«Les Enfants du Refus global», Manon Barbeau, ONF. 1998. https://www.youtube.com/watch?v=diwzK_zTgE8

(2) Malheureusement, l’authenticité de ces deux peintures n’a pas pu être attestée à ce jour. Voir ma série de billets sur cette question au https://evemarieblog.wordpress.com/2014/08/31/le-grand-peintre-ozias-leduc-recherches-familiales-1/

Bye bye 2015

Les comédiens sont Patrice L’Ecuyer, Hélène Bourgeois Leclerc, Louis Morissette, Pierre Brassard, Véronique Claveau et Laurent Paquin. Les auteurs sont François Avard, Pascal Barriault, Jean-François Léger, Benoit Pelletier et Louis-Philippe Rivard. Les producteurs sont Louis Morissette, Alain Chicoine et Louis-Philippe Drolet.

Je sais que le sport national des Québécois est de critiquer la revue de fin d’année Bye bye depuis toujours… Qu’on le regarde desfois juste pour pouvoir le critiquer le lendemain… Mais…

Étant une artiste, une poète moi-même, j’ai à cœur plutôt d’encourager les artistes et les auteurs que de les descendre.  Ayant déjà fait de la radio, j’essaie de les critiquer pour qu’il améliore leur art.

Mais… fois-ci, je crains de ne pas pouvoir arrimer ce juste équilibre, bien que certains sketches m’aient fait ricaner méchamment avec eux, en particulier celui sur l’ex-président du Comité olympique canadien Marcel Aubut (1).

 

J’écoutais justement aujourd’hui, lendemain du jour de l’an, sur la radio de Radio-Canada, l’émission où la chanteuse et auteure Isabelle Boulay rencontre virtuellement Édith Piaf.

On y entendait notamment la pianiste et compositrice de chansons de Piaf, Marguerite Monnot dire substantiellement (je recopie de mémoire) :

« On ne peut pas être un grand artiste si on ne sait pas parler d’amour sincère. »

 

Le rire jaune devient noir sang quand il ne sait rire que de la bêtise humaine des vedettes et personnalités de la vie publique, quand il n’est animé que par le désir de ne plus croire en rien, et nourrir le peuple de son cynisme, voire de sa vulgarité qui est trop souvent l’apanage des réseaux sociaux, comme l’a très bien fait remarquer la journaliste Anne-Marie Dussault dans un autre programme de la SRC. Les auteurs de cette revue, seulement inspirés par la bêt-ise, deviennent-ils bêtes et complices eux-mêmes en minables transmetteurs de la bêtise? N’aurait-il plus que leur propre vide à transmettre ?

Je me questionne également sur leur direction de jeu d’acteur. N’y a-t-il que ces grossières figures, scène après scènes à se mettre sous la dent ? Un peu de subtilités svp, le public est capable de comprendre les émotions plus subtiles! Pourtant Louis Morissette a fait un bon portrait cinglant de notre société de consommation dans son film «Le Mirage » cette année. Ce film a été LE plus vu par les Québécois cette année. On peut, on doit critiquer la société, mais sans tomber dans les travers que l’on veut dénoncer soi-même.

À part la chanson qui nous offre un moment d’humanité, on reste profondément triste, désemparé et perdu pour commencer la nouvelle année. Un vrai turn off, comme le disent les Anglais…

 

Enfin, le fait de continuer après minuit est vraiment de trop. Laissez donc les familles et les amis prolonger leurs vœux de minuit et leur réjouissance au lieu de les biberonner encore un peu!

 

J’attendrai que ces auteurs retrouvent un peu d’âme à la tendresse et s’intéressent aussi à la sans doute plus cachée beauté du monde en ces temps de déroute, des vrais bâtisseurs qui ont quelque chose à proposer, mais qui ont moins fait les manchettes. On pourrait demander la même chose aux journalistes, d’ailleurs!

Pour 2016, souhaitons que notre façon de consommer les médias et les réseaux sociaux changent et qu’on se montre plus exigeants et plus soucieux à cet égard, tout en gardant une petite touche d’autodérision et de rire… salutaire.

Bonne année grand nez, à tous mes lecteurs et lectrices !

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DERNIÈRE NOUVELLE

Il parait que la revue radiophonique «À l’année prochaine», exceptionnellement en format télé est bien meilleure! Voir http://ici.tou.tv/a-l-annee-prochaine

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(1) Après un plainte de harcèlement sexuel, il s’excuse et démissionne. http://ici.radio-canada.ca/sports/Jeux-Olympiques/2015/11/19/001-president-coc-marcel-aubut-peter-lawless-tricia-smith.shtml#!

 

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