Tag Archive: violence policière


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Totalement ignorés par les médias québécois, des indignés en France sortent depuis 3 nuits intitulées initialement « Le 31 mars, on ne rentre pas chez nous » ou sur Twitter #NuitDeboutParis. Source : Le Monde, 01-04-16. Voir ici

Des centaines de personnes se sont réunies en assemblée générale, place de la République à Paris,  hier soir vendredi 1er avril 2016, pour la deuxième soirée d’affilée, #Nuit Debout.

Dans le sillage des Indignés espagnols de Podemos, d’Occupy Wall Street (ici localement : Occupons Montréal) ou du printemps arabe, le collectif improvisé Convergence des luttes (1), dont de nombreux étudiants en grève, a appelé sur les réseaux sociaux à une «Nuit debout. On ne rentre pas chez nous». Ils manifestent depuis 3 nuits pour contester une loi libéralisant le Code du travail français en diminuant notamment le filet social. Cette loi veut notamment favoriser les ententes locales avec les employeurs, ce qui pourra affaiblir encore davantage les travailleurs précaires et les jeunes avec de nouvelles mesures visant par exemple à diminuer le salaire des heures supplémentaires et visant à affaiblir les syndicats (VOIR ICI)  (2). En même temps, des discussions sur le système capitalisme et le sauvetage des banques ont lieu.

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Nuit Debout du 31 mars 2016. Crédit photo : Revelli-Beaumont/SIPA

Des manifestations ont aussi donné lieu à des échauffourées avec la police… avec la technique de répression de la «souricière» contre des manifestants pourtant pacifiques, comme nous l’avons vu qu’à l’écœurement pendant le Printemps érable ici au Québec en 2012 et après. À noter aux nouvelles de France1 ce pm qu’un policier qui a manifestement abusé de ses forces dans une de ces manifestations contre la loi Travail la semaine dernière en frappant un lycéen (3), vient d’être retiré de ses fonctions pendant l’enquête. Il peut être passible de trois ans de prison.

***

En parallèle, et à la suite des attentats de Paris de novembre dernier, cette nuit (2-3 avril), la mairesse de Paris (les Français disent « maire » pour une femme…) Anne Hidalgo invitait à la discussion et à la réflexion publique dans la rue et autres lieux publics. (4)

Pour approfondir la réflexion, voir aussi l’économiste du CNRS Frédéric Lordon qui parle de la «violence néolibérale» de la nouvelle loi Travail :

La fin du discours de Lordon est-elle surprenante pour vous ?

Oui et non pour moi : axée sur une philosophie nihiliste de la catastrophe, est-ce vraiment le seul moyen pour sortir de l’impasse politique-économique-sociale ? Oui c’est surprenant, car il s’agit d’une approche destructrice et pour laquelle on a assez peu conscience des conséquences sur nos vies; non pas très surprenant, car on entend de plus en plus souvent, au Québec aussi, cet appel désespéré, en particulier chez les jeunes dans la 20taine et la 30taine ne voyant pas d’issues, dans un ras-le-bol.

Comme je l’ai exprimé maintes fois sur ce blogue, en appeler d’une prise de pouvoir par un nouveau groupe ne changera rien sur le fond. Même les meilleurs intentionnés reviendront vite aux mêmes mauvaises habitudes du pouvoir : les mêmes travers personnels amèneront aux mêmes résultats. Il faut aussi et surtout chercher dans l’âme humaine : qu’est-ce qui amène les gens à voter de telles lois, à taper gratuitement sur des manifestants, à voler l’argent des épargnants dans les banques grâce à une économie spéculative, etc., etc., etc. ? Qu’est-ce qui amène l’humain, une fois «arrivé» à son petit pouvoir, à agir comme cela ? Et vous et moi, dans nos relations humaines de tous les jours?

Tant qu’une masse critique de personnes n’aura pas trouvé/compris clairement des réponses communes à ces questions, nous serons condamnés à tourner en rond comme des rats en cage, en pensant qu’un simple changement de gouvernement apportera une meilleure vie collective. À mon humble avis, une autre rÉvolution est à faire : celle de tenir compte de ces travers inéluctables des comportements humains dans une autre structure politique et économique à échelle humaine et se rappeler que les sciences économiques sont d’abord et avant tout une science humaine… C’est aussi cela le message d’Occupy.

Cette réflexion sur la nature humaine en politique a pris progressivement forme au XXe siècle en Asie. Dans le message de communication non violente de Gandhi et plus récemment dans le message de Aung San Suu Kyi, alors qu’elle était en détention surveillée au Myanmar (Birmanie), mais aussi dans la vieille philosophie millénaire chinoise taoïste.

« La révolution est essentiellement celle de l’esprit. » « La vraie liberté, c’est de ne pas vivre dans la peur.» Aung San Suu Kyi

« Les révolutions politiques sont chose excessivement grave. On ne doit les engager qu’en cas d’extrême nécessité, quand il ne reste plus d’autre issue. Tout le monde n’est pas appelé à une telle action, mais seulement celui qui a la confiance du peuple, et il ne l’entreprendra que si les temps sont mûrs. Il faut dans une telle affaire procéder de la façon correcte de manière à réjouir le peuple et à éviter les excès en l’éclairant. On doit en outre demeurer exempt de toute visée égoïste et venir réellement en aide aux besoins du peuple.» Yi King. Le livre des transformations (trad. De Étienne Perrot)

Nuit Debout_ Occupons_nouvelle-nuit-debout-place-de-la-republique-paris_2-04-16

3e Nuit debout du «33 mars» 2016

 

Voir aussi le blogue «Les indignés du Québec» au https://lesindignesduquebec.wordpress.com/2016/04/02/les-indignes-de-france-feront-ils-tomber-le-gouvernement/

3 avril

Selon le journaliste Pierre Tremblay, du média alternatif québécois Ricochet, le groupe Nuit Debout-Convergences des luttes est «associé à l’organisation altermondialiste ATTAC, l’association DAL («Droit au logement») et le syndicat français Sud-PTT.» https://ricochet.media/fr/1057/nuit-debout-symbole-de-lindignation-francaise

Inspirés par le carré rouge québécois en feutrine et 2005 et 2012, le symbole est devenu un rectangle rouge, comme la forme du livre du code civil dont les participants dénoncent la réforme.

Le scandale des paradis fiscaux Panama papers, dévoilé par un consortium international de journalistes d’enquête (ICIJ – dont au Canada CBC/Radio-Canada et le Toronto Star) sort. http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/467197/panama-papers?utm_source=infolettre-2016-04-04&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

Les riches et les puissants de ce monde, dont des banques et des hauts dirigeants de divers pays (sauf aux États-Unis ?!?) y sont notamment dénoncés. Cela donne encore plus de crédibilité aux économistes ou mouvements comme ATTAC,  Occupy et maintenant Nuit Debout qui dénoncent ce genre d’activités financières à l’abri des impôts pendant que le peuple souffre notamment des politiques d’austérité et de coupures budgétaires, de lutte au déficit et de lois qui l’appauvrissent toujours plus partout dans le monde !

les panama papers

Au Canada, ce scandale des panama papers qui vient de sortir, révèle que la «Banque Royale du Canada (RBC), [qui] aurait créé plus de 370 sociétés-écrans, surtout au Panama et aux îles Vierges britanniques.» (Le Devoir). Au Québec, seules les coopératives bancaires des Caisses Desjardins n’ont aucun actif dans les paradis fiscaux. Je viens d’entendre dans une entrevue un économiste à Radio-Canada : il disait que le Québec perd 3.5 milliards de dollars par année en revenus dans les paradis fiscaux ! À ce jour, le consortium ICIJ a dénombré pas moins de 109 entreprises québécoises qui placent leur argent dans les paradis fiscaux. Un journaliste économique réputé de la SRC a dit qu’entre le placement légal et illégal, la ligne est mince. Une fois placés légalement leurs avoirs, des entreprises «oublient» de les déclarer à leur pays d’origine et négligent de payer les impôts qui devraient revenir au peuple pour des services sociaux de meilleure qualité.

Combien de milliards, pendant toutes ces années, nous ont-il échappés ainsi ? Pas étonnant de voir le système d’éducation, de santé et autres se détériorer si rapidement et à ce point ! Et pendant ce temps, ces services se privatisent, les entreprises sont doublement «gagnantes»… sans réaliser qu’elle finiront par tout perdre quand elles finiront pas faire faillite quand la grogne populaire éclatera vraiment ! Pas besoin d’être devin ou docteur en sociologie pour voir que nous sommes très près de ce point de non retour si des mesures très sérieuses ne sont pas prises par nos gouvernements (en partie eux-mêmes corrompus par ces mêmes intérêts avec le trafic d’influence et le financement illégal des entreprises…)  pour récupérer l’argent volé au peuple !

Sur les effets de ces opérations d’avarice, voir https://www.youtube.com/watch?v=F6XnH_OnpO0

8 avril

Le mouvement continu et s’élargit ! Voir les commentaires.

16 avril

J’entends des versions contradictoires. M. Seymour, prof à l’UdeM, dit que le mouvement a duré 10 jours et touché 60 villes françaises. Il ne dit pas qu’il a touché quelques villes européennes aussi. Puis j’entends le soir une entrevue avec un militant qui commence sa 1re journée de Nuit Debout à Bayonne en France, dans une émission d’information de Radio-Canada. Vraisemblablement la 2e version est plus exacte, mais je n’ai pas le temps de vérifier maintenant. À suivre… La bonne nouvelle est que les médias traditionnels commencent ici à s’y intéresser 2 semaines plus tard…

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(1) http://www.convergence-des-luttes.org/

(2) http://www.lemonde.fr/videos/video/2016/04/02/la-loi-travail-expliquee-en-patates_4894397_1669088.html

(3) http://www.lemonde.fr/societe/video/2016/03/24/manifestations-contre-la-loi-el-khomri-un-lyceen-violemment-frappe-par-la-police-l-igpn-saisie_4889756_3224.html

(4) http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/03/25/a-paris-hidalgo-veut-refaire-le-monde-la-nuit_4890357_823448.html

 

Liberté, de Paul Éluard

liberte eluard leger

Poème-objet dépliant de Fernand Léger avec le poème de Paul Éluard, éd. Sehgers, 1953

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J’écris ton nom

Sur les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

«Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Paul Éluard

Paul Éluard

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.»

Paul Éluard
in Poésies et vérités
Éd. de Minuit, 1942

Sources bibliographiques

Poésies et Vérité de Paul Éluard
Dictionnaire des grandes oeuvres de la littérature française, Jean-Pierre de Beaumarchais, Daniel Couty (Éd. Larousse)

Un budget d'austérité_main rouge_crédit photo_Coalition du Québec et Chaudière-Appalaches opposée à la privatisation des services publics

Crédit photo: Coalition de Québec et Chaudière-Appalaches opposée à la privatisation des services publics, 2015

Pourquoi ce poème aujourd’hui ?

Tristes journées cette semaine pour la communication humaine, à vrai dire. Et avec tout ce qui se passe à l’Université du Québec à Montréal (UQAM)… La grève sociale d’une petite partie des étudiants qui a commencé depuis deux semaines, contre le budget d’austérité du gouvernement et contre les hydrocarbures (sables bitumineux, notamment). Il y a quand même eu 130 000 étudiants en grève au Québec au jour du 2 avril. Maintenant, c’est seulement 7% des étudiants qui sont restés en grève. (*1). À l’UQAM, la situation est encore plus polarisée, car à ces motifs de grève, s’ajoutent l’appui aux 9 militants étudiants menacés d’expulsion pour des motifs tout ce qu’il y a de plus nébuleux. Le débordement intempestif de l’occupation à l’UQAM, puis du saccage d’un étage d’un de ses pavillons cette semaine, c’est aussi cela. Rien de bon ne peut sortir de ce genre d’escalade.

UQAM saccage 3Je ne comprends pas comment on peut arriver (déjà) à une telle polarisation des opinions et des émotions dans l’opinion publique : 2 jours avant même ces événements, un sondage (sur Internet… donc avec grande marge d’erreur) indiquait que 66% des Québecois sont contre ce nouveau mouvement de grève et que 24% l’approuve. J’ai moi-même fait d’assez dures grèves étudiantes dans les années ’80 et 2000. Je me souviens qu’un étudiant en gestion m’avait littéralement passée sur le corps juste pour aller à son cours, alors que je bloquais des portes de l’UQAM. Une autre fois, alors que j’avais convaincu mon grand-oncle, l’agronome et écologiste Pierre Dansereau (2) de ne pas franchir les lignes de piquetage pour sa conférence et qu’il avait accepté, j’avais reçu des critiques très difficiles de la part du prof de mon département qui l’avait invité et cela avait fait le tour du département (et vlan pour la liberté de pensée).

Occupation d'un jour et demi et saccage à l'UQAM, 8-9 avril 2015

Occupation à l’UQAM, contre les politiques d’austérité et en appui aux étudiants menacés d’expulsion, suivi d’un saccage, 9 avril 2015

Si la génération étudiante des boomers des années ’60 et ’70  a vécu de nombreux affrontements dans les universités et avec la police (voir la note de bas de page *3 sur l’influence des mouvements marxistes),  pour les années ’80 à 2010 au Québec, il y a eu une relative accalmie dans les mouvements sociaux et étudiants (cela correspond aux années de scolarité post-secondaire de la génération x). Il n’y avait pas de blessés graves il n’y avait pas saccage il n’y avait pas de police qui entre à l’université pas d’anti-émeutes qui envoient du gaz à bout portant sur une manifestante pacifique dans le rues de Québec, il n’y avait pas de cagoulés il n’y avait pas de journalistes qui les comparent à des terroristes! Mais actuellement, le niveau général de violence de part et d’autre est banalisé : violence policière, violence de quelques grévistes, violence économique, et pas de réponse au numéro que vous avez composé; plus globalement, incivilités dans la rue, sur la Toile, entre amis, collègues, patrons, etc.

Je suis très inquiète. Les autorités attentent-elles d’avoir sur la conscience un mort ou d’autres blessés graves ou quoi ? «Autorité» qu’est-ce que cela veut dire ? «Supériorité de mérite ou de séduction qui impose l’obéissance, le respect, la confiance», nous dit le Robert. Vraiment? Quelle hauteur les autorités de l’UQAM et du gouvernement montrent-elles, enseignent-elles, inspirent-elles par leur fermeture répressive ? Quelle liberté d’action, de parole et de pensée, quel humanisme  reste-t-il dans une institution d’enseignement? Ou plutôt  aliénation : saccager ? Se cagouler ? S’imposer ? d’un côté // Réprimer ? S’imposer aussi ? Écraser ? Se penser supérieur ? Refuser la discussion ? Refuser la communication ? de l’autre côté. Quand il y a escalade, les deux côtés finissent par se ressembler, aveuglés par l’éclat du miroir rejeté de l’autre. Qui fera la médiation ? Où est la 3e voie/voix ? Où sont les (vraies) discussions ?

Néanmoins, il convient de se questionner sur l’identité des 150 étudiants qui sont restés à l’intérieur de l’UQAM pour continuer l’occupation pendant la nuit où il y a eu ce terrible saccage, car selon le  journaliste du Devoir qui était resté à l’intérieur P. Orfali (voir son article dans les références ci-dessous), beaucoup de manifestants avaient quitté, dégoûtés par l’attitude des casseurs qui n’avaient rien à voir, selon lui, avec les étudiants, lorsque l’antiémeute est entrée en cassant une fenêtre et a procédé à des arrestations.

uqam saccage syndicatQuelques heures avant que les choses ne dégénèrent, des profs courageux ont fait une chaine humaine pour protéger leurs étudiants de la police et ont mené une négociation temporaire. Pourront-ils jouer ce rôle encore ? Est-ce à eux de le faire ? Je ne le crois pas, car ils seront eux-mêmes en négociation pour leur convention collective. Alors qui ? Comment se fait-il que les autorités en place et le ministre de l’Éducation, F. Blais lui-même, ne jouent pas ce rôle qui leur est dévolu par leur fonction, ne serait-ce que trouver un interlocuteur valable et reconnu par les deux parties ?  En pensant aux étudiants menacés d’expulsion, le ministre avait quelques jours auparavant déclaré publiquement qu’il serait bien que les universités expulsent deux ou trois étudiants par jour!

Lors d’une entrevue accordée mardi à Dominic Maurais sur les ondes de CHOI 98,1 FM, de Québec, François Blais, tout en affirmant qu’il ne voulait pas mettre « de l’huile sur le feu », a déclaré qu’« expulser deux ou trois personnes par jour refroidirait les ardeurs de certains » et « ferait réfléchir les autres ».

 Mercredi, le ministre a tenté de nuancer ses propos. « Je n’ai pas proposé de quotas, surtout pas [de quotas] d’expulsions », a-t-il dit au sortir de la réunion du Conseil des ministres.

Informés des propos du ministre François Blais en pleine conférence de presse portant sur la brutalité policière et la répression politique du mouvement social, des porte-parole d’organisations présentes ont vivement réagi. « Franchement, ça dépasse l’entendement ! », a dit Nicole Filion, de la Ligue des droits et libertés.(3)

Comment un ministre peut-il ainsi et de manière aussi irresponsable jeter, justement, de l’huile sur le feu ? Quelle amorce de solution y a-t-il dans cette méthode de gestion de conflit ?? Je comprends qu’on (syndicats) aient demandé leur démission (ministre et recteur) devant leur incurie. C’est d’abord la responsabilité des autorités de gérer et organiser un retour au calme. S’ils ne le font pas, en gardant la ligne dure et la fermeture comme on l’a vu jusqu’à maintenant, on comprendra que soit ils ont un agenda politique sous-jacent, soit ils sont trop stressés pour prendre des décisions éclairées. Ils seront les premiers responsables (mais pas les seuls, cela va de soi, les leaders étudiants ont aussi leur responsabilité) de toute dégradation ultérieure de la situation.

Quelques centaines d'étudiants qui s'étaient barricadés à l'intérieur des murs de l'UQAM ont été expulsés par les policiers, dans la nuit du jeudi 9 avril 2015, au centre-ville de Montréal. De nombreux actes de vandalisme et de pillage ont été commis à l'intérieur de l'établissement. MAXIME DELAND/AGENCE QMI

L’antiémeute rentre à l’UQAM après l’occupation des étudiants, 9 avril 2015

Puis un 3e point de vue de traverse m’apparait, encore informulé et peu clair encore. Je pense à l’écrivain et médecin Jacques Ferron qui a écrit en pensant à son ami Claude Gavreau, le poète et auteur de théâtre automatiste (*4)  et inventeur d’un nouveau langage «l’exploréen» : «Et si la folie n’était qu’une révolte contre ce qui offense l’humanité ?». Je pense aussi au saccage des fonctionnaires municipaux l’automne dernier à l’Hôtel de Ville de Montréal, suite à la manipulation comptable de leurs fonds de retraite proposée (imposée) dans la négociation collective : cela avait fait scandale, mais pas autant que le geste des grévistes de l’UQAM cette semaine… Peut-être le saccage n’avait-il pas la même ampleur, mais je me souviens pourtant que des ordinateurs ont été vandalisés notamment, par les fonctionnaires, pompiers et autres et toléré par les policiers (eux-mêmes visés par ces clauses pour leur retraite).

Et dans l’histoire, comme dans «Je me souviens» (devise du Québec) ? Comme à l’Université Concordia (Montréal) dans les années ’60 ou ’70, pendant une grève où les étudiants avaient jeté des machines par les fenêtres (là où elles s’ouvrent…), ou des manifestations violentes des étudiants de McGill français de 1968, mouvement qui avait donné naissance, notamment, à l’université «populaire» appelée… UQAM, on l’a oublié… (5). Se souvient-on de l’occupation de l’université de Berkeley en Californie dans les années ’60 qui avait duré entre 2 mois et 6 mois (? je n’arrive pas à vérifier) (6). En 2013, cette université qui a, comme l’UQAM, une longue tradition d’activisme, il y a eu de la casse aussi (7). Dans tous les cas, il y a eu de la casse des étudiants en colère.

Bref, en revenant aux événements de l’UQAM, et en les remettant dans leur contexte, on voit clairement que les journalistes professionnels n’ont pas fait leur travail de mise en perspective et que la plupart des médias s’est centré, comme d’habitude, sur la sensation de 5 ou 6 étudiants habillés en tout en noir… Les étudiants pourraient faire une plainte à la Fédération des journalistes, mais ils n’ont probablement le temps pour ce genre de chose.

Actuellement, les étudiants de l’Université d’Amsterdam fondent le «mouvement Nieuwe Universiteit». Ils en ont ras-le-bol de la commercialisation des universités, du néolibéralisme et des nouvelles de transfert de bourses en prêts de leur université (histoire connue partout dans le monde…)(8). Ils l’occupent depuis plusieurs semaines (début : 13 et 25  février, dans deux bâtiments : ils ont connu une forte répression policière, puis ensuite, ils sont partis occuper un autre bâtiment le 25-02, qu’ils occupent depuis lors sans matraques, mais avec des conférences et discussions -à la manière du mouvement Occupy- et grâce à de nombreux appuis d’intellectuels et d’écrivains. Les étudiants d’Amsterdam dénoncent également le manque de démocratie et de transparence universitaire…Un air (trop) connu… Presqu’en même temps (18 mars 2015), la London School of Economics est occupée par ses étudiants (eh oui, n’en déplaisent aux étudiants en gestion de l’UQAM…). Il y a eu aussi de courtes manifestations aux Universités de York et de Toronto, là où les étudiants sont d’ordinaire peu enclins à ce genre de démonstration. Cette actuelle mobilisation inspirera-t-elle d’autres universités ?

Emmeline Pankhurst, arrested,

Emmeline Pankhurst, arrested, 1914

Où encore, je pense aux suffragettes anglaises, pourtant pour la plupart des bourgeoises de «bonnes familles», comme on disait à l’époque, qui, à bout d’arguments raisonnables et par manque de couverture médiatique et manque d’appuis des députés élus, avaient choisi… eh oui la violence pour faire reconnaitre le droit de vote aux femmes. On se souvient du geste d’Emmeline Pankhurst qui s’était enchainée aux barreaux du parlement de Londres, provoqué des incendies, et autres méfaits qui lui ont valu de la prison. Mais on se souvient pas de la suffragette qui s’était volontairement jetée devant les chevaux pendant une course et qui en était morte pour la cause! Ou encore, au Québec, qui se souvient de la jeune poétesse Huguette Gaulin qui s’est immolée par le feu devant l’Hôtel de Ville à Montréal en 1972, en criant «Vous avez tué la beauté du monde!»? (9)

Bref, y a-t-il dans le jugement des médias, du peuple et des autorités, deux poids, deux mesures ? Au Québec, on a une allergie puissante aux actions violentes, avec raison, je crois… mais, il y a toujours un «mais» (nous avons eu des débats interminables sur cette question à Occupons Montréal : au regard de l’histoire, impossible de trancher définitivement), il y a toujours des exceptions et leurs pendants, des lois d’exception, comme la loi des mesures de guerre qui avait permis au Québec d’arrêter sans mandat environ 300 personnes supposément liées au FLQ (Front de Libération du Québec) lors d’une triste nuit d’octobre de 1970. Le meurtre/accident du ministre Laporte avait aussi tué le préjugé favorable du peuple au FLQ . Cette violence extrême avait considérablement nuit au mouvement révolutionnaire indépendantiste et communiste du FLQ.

Néanmoins, force est de constater que ces actions violentes font partie de l’histoire des mouvements sociaux de toutes les époques… que ça nous plaise ou non : c’est un fait de l’histoire.

Refusons de jouer aux aveugles et de tomber dans des jugements faciles! Dans tous les cas, c’est d’abord aux autorités de… donner l’exemple! Comme l’a bien écrit le philosophe et ex-conseiller gouvernemental Jacques Attali, au sujet d’un événement infiniment plus grave, après les assassinats à Charlie Hebdo de janvier dernier : «c’est à nous de tendre la main aux plus démunis, aux plus désorientés, aux plus agressifs. À nous de débattre, d’aider de soutenir. Sans rien attendre des politiques. À nous d’être fraternels.» (10). Ici, aux autorités de faire ce qu’il faut. À nous, de se poser les bonnes questions et de modifier la vision par des discussions incessantes, aller de l’avant. Il est plus facile de s’indigner que de se réconcilier.

En somme, les relations humaines, aussi personnelles que sociétales sont mises à mal. On se considère mutuellement avec peu d’égard et peu de courage, au mieux comme de la marchandise jetable, au pire comme des non-humains. Quelle «liberté» de se traiter ainsi entre personnes humaines ? J’ai comme un petit blues de nausée, on dirait…

La suite bientôt, avec un regard-synthèse sur l’éthique de l’action selon Malraux, Saint-Exupéry, Camus, Sartre et Miron, ce nouvel humanisme du XXe siècle mettant de l’avant la responsabilité de ses actes, le dépassement de soi par l’engagement social et politique pour transcender sa détresse de vivre… histoire de se donner un peu de hauteur de vue dans ce magma imbuvable de la Nausée de cette escalade des derniers mois. La nonviolence est un état d’être (11).

En conclusion, comme un baume, ma chanson préférée de Richard Desjardins, «Nous aurons», en version originale et en version live :

https://www.youtube.com/watch?v=mCA7SE-0HLQ

https://www.youtube.com/watch?v=Zw4VrCfqVz0

VOIR LES DÉTAILS DES NOUVELLES :

http://quebec.huffingtonpost.ca/steve-e-fortin/uqam-intervention-police_b_7032770.html

http://www.ledevoir.com/societe/education/436818/crise-a-l-uqam-les-appuis-aux-expulses-se-multiplient

http://www.ledevoir.com/societe/education/436734/greve-etudiante-derapage-majeur-a-l-uqam?utm_source=infolettre-2015-04-09&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/436622/le-premier-ministre-couillard-rejette-tout-dialogue-avec-les-etudiants

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/436957/sondage-leger-le-devoir-les-quebecois-condamnent-la-greve-etudiante

http://journalmetro.com/actualites/montreal/754901/la-ligue-des-droits-et-libertes-deplore-la-crise-a-luqam/

http://journalmetro.com/actualites/montreal/755129/le-syndicat-des-profs-de-luqam-souhaite-un-dialogue/

https://ricochet.media/fr/371/les-policiers-ne-vivent-pas-dans-un-bocal

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(1) En 2005, plus de 100 000 étudiants québécois étaient en grève, en 2012, 300 000.

(2) Pendant cette confrontation et humiliation de ce professeur, Gilles Coutley (qui ne s’est jamais excusé), alors maitre à penser de l’écologie de l’esprit à la Bateson dans mon département, mon grand-oncle était resté silencieux et ne m’avait pas défendue. Il y avait eu un froid entre Pierre et moi pendant de longs mois. Nous nous sommes réconciliés le jour où j’étais allée le voir pour un projet d’écopoésie, car ma grande tante, son épouse Françoise Masson, m’avait rapporté que Pierre venait de lui dire que les leaders étudiants d’aujourd’hui, comme à son époque à l’UdM, seront les décideurs de demain. Tous les deux sont récemment décédés à l’âge de 99 ans d’Alzheimer et sont, comme vous pouvez l’imaginer, à la fois une grande perte pour la société et pour notre famille.

(3) http://www.ledevoir.com/politique/quebec/436216/greve-etudiante-francois-blais-veut-des-sanctions

(4) Claude Gauvreau et son frère Pierre étaient parmi les signataires du Manifeste du Refus global, brûlot socioartistique publié en 1948 et dénonçant, notamment, à la fois la société dirigée par le clergé et les mouvements d’extrême gauche et mettant de l’avant une nouvelle esthétique de la création appelée plus tard «automatisme», qui se différenciera du surréalisme européen et de l’action painting américain. L’auteur de ce manifeste, le peintre Paul-Émile Borduas sera congédié par le 1er ministre du Québec lui-même, M. Duplessis, de son poste d’enseignant à l’École du meuble de Montréal. Jamais je n’aurai cru cette «Grande noirceur» revenir de mon vivant, avec un ministre de l’Éducation qui déclare qu’il faudrait expulser des universités quelques étudiants ouvertement opposants à son pouvoir et politiquement perturbateurs. Et encore plus perturbant qu’une telle déclaration n’ai pas fait davantage scandale. Au cas où quelqu’un débarque sur la planète Québec inc., c’est le micro-signe imparable de la crise dans laquelle nous sommes entrés depuis quelques années. Heureusement, il y a en même temps plein de micro-mouvements de solidarité et de créativité sociale qui se développent lentement mais sûrement.

(5) http://www.bulletinhistoirepolitique.org/le-bulletin/numeros-precedents/volume-16-numero-2/l%E2%80%99operation-mcgill-francais-une-page-meconnue-de-l%E2%80%99histoire-de-la-gauche-nationaliste/ et  http://quebec.huffingtonpost.ca/david-sanschagrin/violence-a-luqam-rappel-historique-et-mise-en-contexte_b_6745512.html

http://en.wikipedia.org/wiki/Berkeley_riots_%281960s%29

(6) http://www.bulletinhistoirepolitique.org/le-bulletin/numeros-precedents/volume-16-numero-2/l%E2%80%99operation-mcgill-francais-une-page-meconnue-de-l%E2%80%99histoire-de-la-gauche-nationaliste/

(7) http://archive.dailycal.org/article.php?id=108452 . De nombreuses autres manifestations violentes ou émeutes universitaires ont eu lieu, notamment aux États-Unis, voir http://ca.complex.com/pop-culture/2013/01/biggest-college-campus-riots-in-history/ohio-state-fans-rush-field-streets-following-footb dont certaines ressemblent davantage à des après-fêtes violentes du genre de certains après-matchs de hockey pendant les éliminatoires…

(8) http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article7408

http://resistances.discutforum.com/t2168-usa-des-universites-publiques-fragilisees-par-la-crise

et http://www.cafebabel.fr/article/au-coeur-de-loccupation-etudiante-a-amsterdam.html

Voir aussi leur page de discussion «Antithese» sur fb https://www.facebook.com/antithese.zine

En 2010, près de 70 universités étaient occupées dans le monde pour ces mes mêmes raisons, dans le mouvement étudiant «education is not for sale» : http://www.fabula.org/actualites/education-is-not-for-sale-bildungsstreik-maj-02-05-10_34551.php

(9) Tragédie devenue une belle chanson de Plamondon, chantée d’abord par Renée Claude, puis par Diane Dufresne https://www.youtube.com/watch?v=yfuCMGZcHtw&list=RDyfuCMGZcHtw#t=24 . Puis, plus récemment, par Isabelle Boulay https://www.youtube.com/watch?v=5qXcrNYQJ8c&list=RDyfuCMGZcHtw&index=4

(10) Collectif, « Nous sommes Charlie », éd. Le Livre de poche, librairie générale de France. 2015.

(11) Voir le CRNV et Normand Beaudet au http://nonviolence.ca/index.php/le-centre/

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11 avril

Un ami, à qui je viens de parler de mon article, me parle de celui de Christian Nadeau, prof à l’UdM dans la revue Ricochet, comme un écho. Je le trouve aussi cité dans les commentaires au journal Le Devoir d’aujourd’hui, qui fait aussi une réflexion sur l’incivilité, les problèmes des communications humaines dans l’espace public et virtuel, appelé : impolitesse, avec notamment la vision claire du chroniqueur David Desjardins, à lire absolument.

Voir https://ricochet.media/fr/392/brutalite-mediatique-brutalite-policiere-et-populisme-les-armes-incontrolables-dune-elite-economique et http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/436924/declaration-de-guerre-a-l-ordre

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Exigeons une Commission d’enquête publique et indépendante sur le travail des forces policières pendant la crise sociale

Lettre ouverte aux citoyens et citoyennes du Québec

Nous, les soussigné.e.s, sommes des participant.e.s et des sympathisant.e.s d’Occupons Montréal.

Nous avons été indignés et consternés par les opérations policières du printemps dernier pendant la plus longue grève étudiante de l’histoire du Québec.

Nous nous rappelons des déclarations mal avisées — au plus fort du conflit — de la ministre de l’Éducation, du ministre de la Sécurité publique, de la ministre de la Culture, du premier ministre. Nous nous rappelons également les écrits incendiaires de chroniqueurs de La Presse et du Journal de Montréal.

Nous reconnaissons que les forces de l’ordre ont agi dans un espace public dominé par les appels à la répression. Cependant, nous refusons que le contexte politique serve d’excuse à passer sous silence le comportement des corps policiers.

Nous avons vu une escalade dans les moyens de répression. Nous avons vu des blessures graves infligées à des civils. Nous avons entendu des propos injurieux et méprisants de la part de représentants de la loi.

Encore aujourd’hui, alors que la contestation a diminué d’ampleur, le Service de police de la Ville de Montréal continue d’utiliser des tactiques inappropriées et exagérées (arrestations au milieu des foules, harcèlement de journalistes, prises en souricière, émissions abusives de contraventions sous prétexte d’infractions au Code de la sécurité routière, etc.) Ces pratiques alimentent la colère des manifestants, humilient les membres de la société civile et créent une perte de confiance envers les forces de l’ordre. S’il n’y a pas de volonté politique pour régler la situation, nous ne croyons pas que les choses changeront.

Attendu que :

– Des actes illégitimes ont été commis par des policiers durant les manifestations contre la hausse des frais de scolarité au Québec en 2012 : violence physique et verbale, arrestations arbitraires (dont certaines furent massives), profilage politique, détentions et amendes injustifiées, blessures par armes létales, etc. ;

– Cette inquiétante répression d’une ampleur sans précédent dans notre histoire contemporaine ainsi que son caractère systématique ont mis en évidence une culture et des pratiques policières inacceptables.

Nous sommes convaincus qu’une enquête publique et indépendante sur les actions des forces policières pendant la récente crise sociale au Québec est devenue nécessaire. Nous appuyons la demande d’une rencontre avec la première ministre du Québec en vue d’obtenir que la lumière soit faite sur ces dérapages. Nous souhaitons d’une part, plus de transparence dans l’examen des dérives policières, et d’autre part, des solutions pour mieux respecter le droit de manifester.

Pour ces raisons, nous demandons aux citoyens et citoyennes du Québec d’appuyer cette demande de rencontre avec la première ministre pour qu’une Commission d’enquête publique et indépendante sur le travail des policiers soit créée.

_______________________________

Cette lettre est en appui à une Coalition d’une cinquantaine d’organismes et collectifs de la société civile qui a présenté une demande formelle à la première ministre du Québec, Pauline Marois, le 13 novembre 2012.

Enregistrement de la conférence de presse : http://chirb.it/7rvtcN

Clip : http://www.facebook.com/photo.php?v=4253367530079

___________________

Les suites :

  • En hiver 2013,  le gouvernement du Parti Québécois récemment élu a mis sur pied une commission d’enquête gouvernementale (non-indépendante). Les conclusions ont montré des abus. Voir les commentaires ci-dessous.
  • En 2016, une policière a été mise en prison après des mois de procès.

 

Version recadrée, d'un portrait d'Alfred de Mu...«j’attendais toujours que l’humanité me laissa voir sur sa face quelque chose d’honnête.» «Qu’importe que la conscience soit vivante, si le bras est mort ?» «Il est trop tard. Je me suis fait à mon métier. Le vice a été pour moi un vêtement; maintenant il est collé à ma peau. Je suis vraiment un ruffian, et quand je plaisante sur mes pareils, je me sens sérieux comme la mort au milieu de ma gaieté.» Lorenzaccio, Alfred de Musset, 1834.

 

UNE CERTAINE POLICE

Quand je pense qu’au printemps dernier, pendant la grève étudiante et les manifestations sociales, notre ancien premier ministre, Jean Charest, nous empoisonnait quotidiennement avec ses accusations de «violence et d’intimidation» par les porteurs de carrés rouges… je suis dégoûtée avec cette nouvelle histoire de violence policière. Qu’est-ce que faisait le gars ? Il tenait la porte d’entrée de chez lui avec une bière à la main pour laisser entrer un musicien avec tout son attirail !! «Là, je tiens la porte ouverte, je me fais interpeller, je dis :  »oui madame », puis là elle m’a crié après, elle m’a dit  »toé ». [Je réponds] :  »Oui madame ». Elle me dit :  »permis de conduire, assurance »», dit Rudy Orchietti.

La policière Stéphanie Trudeau et son partenaire procédant à l’arrestation de Serge Lavoie

M. Orchietti demande pourquoi à la policière. C’est une question de trop. Il est plaqué au sol, menotté.» Je vous dis pas la suite, bien plus horrrrible… Voir http://www.radio-canada.ca/regions/Montreal/2012/10/10/004-matricule-728-spvm-arrestation.shtml

Reste à voir si on peut faire quelque chose d’autre pour ces quatre personnes arrêtées. Questionné  en disant que ce comportement était inacceptable et que la policière était sous enquête interne, le porte-parole de la police de Montréal,  Ian Lafrenière,  mentionnait ce matin (11 oct.)  qu’il n’avait pas reçu de plaintes de citoyens. Voilà une invite à ne pas manquer. Il faudrait demander à qui cette policière rapportait la situation et si c’était son supérieur, pourquoi il ne disait rien.  Le chef  de police, M. Parent, vient d’ailleurs de produire des excuses et de suspendre matricule 728 (11 oct.) http://www.radio-canada.ca/regions/Montreal/2012/10/11/004-trudeau-reactions-viedo.shtml.

Le 12 octobre, nous apprenons par Radio-Canada qu’il y a eu d’autres plaintes et demandes d’enquête sur l’agente 728. On se demande avec inquiétude comment le système policier peut tolérer de tels comportements à répétition et si ce n’est pas systémique. Un fois, de plus, après les évènements du printemps érable, on perd «confiance» dans le corps policier.

Par contre des initiatives déplorables toutes aussi violentes de personnes habituées à manger de la police, du genre des menaces de mort sur des pages ou événements facebook et autres, sont également à dénoncer.

Le journal Voir a lancé une action créative et ironique à ce sujet : proposer à ses lecteurs de faire un remix musical avec les paroles de 748 et de la diffuser :  http://voir.ca/le-projet-matricule-728-remix

Une autre histoire, celle-là de profilage détaille bien la culture policière, voir:  http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/352102/recit-d-un-petit-voyage-en-metro-avec-un-carre-rouge

 

UNE CERTAINE MAFIA, UN CERTAIN GOUVERNEMENT, CERTAINES MUNICIPALITÉS, UN CERTAIN oups! DANS MA COUR…

Ah oui, bien sûr, il y a du monde correct des policiers corrects des entrepreneurs corrects des ingénieurs corrects des députés des ministres des maires des conseillers municipaux corrects des hauts  fonctionnaires corrects… Mais quand est-ce qu’on les entend ? Oui, il y a aussi des journalistes corrects qui ne cherchent pas la sensation…

À ce spectacle à la fois risible et dégoûtant, on se prend à se dire : bon, dans ma vie, autour de moi qu’est-ce qui n’est pas correct ? Quels sont ces petites aberrations que j’ai laissé passer et qui sont peut-être devenues des grandes? Puis on flanche à nouveau, bien sûr, je ne suis coupable ni responsable de rien, ce sont les autres, le problème… J’ai pas le temps, pas l’énergie… Aie ! Quand est-ce qu’on va passer à l’âge adulte, avec un certain retour de la morale privée et publique ? Ne rien faire, c’est tout simplement laisser la porte à une dictature future. Merde ! Que le printemps ne soit pas fini, les yeux ouverts, dans la plus grande vigilance active !

C’est à cause de…  c’ta cause des… « stakose » de la… comme un mantra qui veut cacher notre impuissance programmée… qui sert aussi de prétexte à notre silence. Voici des extraits biens inspirés de chansons du groupe Mes Aïeux :

«Stakose des médias, stakose du gouvernement […]

Stakose d’la malbouffe, stakose de la police […]

Stakose de l’Église, stakose de la mafia […]

Stakose de la déprime, stakose de la corruption […]

Stakose du cynisme, stakose de la construction […]

Stakose de Wall Street, stakose des pas-de-couilles […]

Stakose du stress, stakose de mon ego […]…»

La Stakose, Mes Aïeux/Stéphane Archambault, 2012 [1]

 

«Il faut que je m’en sorte

Mais je ne trouve pas la porte

Il faut que je m’en sorte

Avant que le diable ne m’emporte»

Le fil, Mes Aïeux/Stéphane Archambault, 2012

[1] http://www.youtube.com/watch?v=GMtoSZcYiFs

http://www.youtube.com/watch?v=BY8YOlSS9iI

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