Tag Archive: médiation culturelle


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Avec mon groupe de la bibliothèque. Crédit photo : Catherine Roy

Pour ce nouvel opus du Tricot du peuple, cette fois-ci dans une bibliothèque de Montréal, sur le thème des conversations de confidences et d’impressions partagées sur le Québec et le Canada, quelques thèmes ont soulevé particulièrement l’attention des participantes : la condition féminine, la condition des sourds, la discrimination. Quoique présentée comme une activité de francisation, deux Québécoises francophones sourdes sont venues à toutes les rencontres avec leur interprète en LSQ (langue signée québecoise).

Cette fois-ci, le projet était de tricoter un tricot collectif qui prendrait la forme d’un chemin de table, une fois assemblé.

Pour Mai, qui vient de Hong Kong, de la génération d’après-guerre, tout comme pour de nombreux Québécois baby-boomers, elle a été la 1re de sa famille à aller à l’université, venant d’une famille pauvre. Contrairement aux autres femmes de son pays, elle n’a jamais appris à cuisiner, car sa mère le lui interdisait, préférant de sa fille consacre tout son temps aux études. Sharmin nous a apporté un dessert traditionnel de son pays, le halua du Bangladesh. Miam ! Partager des recettes, ça rapproche… Wow, quel beau geste d’amitié !

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Selon Sharmin, les mariages arrangés ne se font plus dans son pays. De plus, la famille de leur beau-fils ne peut plus réclamer une dote pour le mariage de leur fille; la police pourrait même venir chez eux s’il y avait une plainte. Cependant, on est « libre » d’offrir une dote à sa belle famille…

Lucie, une des deux Québécoises sourdes et un peu aussi son amie Nicole nous ont raconté les exigences de perfectionnisme des sœurs au couvent, à l’école de leur enfance et adolescence des années ’50 et ‘60. Elles devaient nettoyer les plinthes du bas des murs tous les jours et devaient souvent recommencer leur travail après l’inspection jugée insatisfaisante des religieuses. Au couvent, Lucie a aussi appris à plier et à repasser ses vêtements. Aujourd’hui, elle ne fait plus ainsi ce genre de tâches ménagères, sauf pour la façon de bien placer sa lingerie. Nous rions !

Je leur fais remarquer qu’à travers ce qui nous semble de nos jours un excès, les générations suivantes ont perdu le sens du travail bien fait. Il me semble qu’on atteint même depuis très récemment (4 ou 5 ans) de façon plus évidente un niveau fréquent de travail bâclé, voire des erreurs professionnelles dans tous les secteurs de la société, ce que j’appelle quasiment un fléau, car cela cause beaucoup de petits (et parfois gros) ennuis au quotidien… On nomme d’autres causes de cet état de fait : la déconcentration du multitâche avec les nouveaux outils technos, les coupes budgétaires issues des politiques du gouvernement dans les services sociaux et éducatifs, le déficit d’attention plus élevé qu’avant, notamment.

Plus tard dans la conversation, Mai, qui a un vraiment bon niveau de français avancé et qui avait demandé ce que voulait dire le mot « fléau », m’épate en reprenant rapidement et naturellement son nouveau mot «fléau» dans une autre phrase, dans un contexte un peu différent. Je la félicite pour sa maitrise de la langue française qu’elle a apprise à sa retraite : preuve que la chose est possible ! Mais disons qu’elle est spécialement douée, car même mes bons et jeunes étudiants ne savent pas assimiler un nouveau mot de vocabulaire aussi vite ! Détail amusant, la fille de Mai, Eva, a participé l’année dernière à une de mes rencontres, dans le cadre des festivités du 375e de Montréal…

Les tricoteuses sont bien curieuses de savoir comment il se fait que sont des religieux qui étaient à l’époque les seuls enseignants. Ça me donne l’occasion de parler d’histoire du Québec, ce que j’adore faire : je leur raconte la Révolution tranquille (1960-70) en éducation, en effleurant les autres domaines de la langue, de l’économie et de la condition féminine.

Francy de l’Équateur, mais ici depuis presque 20 ans et mariée à un Québécois francophone… qui porte un nom anglais, rapporte que son mari a vécu de la discrimination parmi les francophones lorsqu’ils sont venus s’établir définitivement au Québec au tournant des années 2000 et ce simplement à cause de son nom.

Lucie avoue avoir renoncé à chercher du travail dans la communauté entendante, à cause de la discrimination. On a aussi appris sur la langue des sourds : une véritable langue, comme le français ou n’importe quelle autre langue, avec sa grammaire et ses tournures de phrases particulières… qui cause parfois des problèmes de traduction. Nous avons un peu discuté de cela avec Rosiane, l’interprète qui accompagnait les deux sourdes.

Francy nous fait remarquer que même les personnes discriminées font involontairement de la discrimination. J’ajoute que même s’il y a bien sûr des formes plus graves de discrimination, comme celle pour le travail, la plupart des gens vivent à un moment ou à un autre de leur vie une forme ou une autre de discrimination… gros, femme, immigrant, langue, handicapé, etc. ou simplement une personne différente des autres dans un groupe s’en trouvant ainsi exclue.

Je conclus que notre activité a réussi à créer des liens vraiment amicaux entre plusieurs personnes, car elles ont appris à se connaitre, d’autant plus qu’il y avait, en même temps une autre activité de création avec plusieurs des mêmes personnes. Avec Catherine, la responsable de l’activité, nous concluons que c’est la fréquence rapprochée de l’activité qui est le principal vecteur de la réussite cette médiation culturelle.

Pour moi, je suis très heureuse d’avoir dirigé ces rencontres; j’ai beaucoup appris et les conversations étaient vraiment passionnantes. Merci !

Et notre création est vraiment réussie : elle servira d’élément décoratif et d’identification pour servir le thé lors d’autres activités à la bibliothèque.

Tricot du peuple_final_avec théière_Crédit photo Catherine Roy

Le Tricot du peuple «Confidences». Crédit photo : Catherine Roy

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« Malheureusement à notre époque, la notion d’engagement glisse trop souvent dans une perception utilitaire de l’art. Elle doit prendre une couleur politique identifiable pour prétendre à la nécessité. Mais moi, j’ai besoin de réaffirmer que ressentir le monde, c’est aussi un engagement. »

Evelyne de la Chenelière in Le Devoir, 21-04-2018

Le Tricot du peuple Feu Feu Joli F. avril et mai 2018. Crédit photo _CRousseau_3254 (41)

La Tricoteuse du peuple avec une des participantes au Parc Lafontaine (2018). Crédit photo: Caroline Rousseau

 

Dans cette performance, j’accompagne et j’appuie la démarche de l’anthropologue et créateur Mathieu Parent autour de son installation relatant l’incendie criminel du parlement de Montréal au Bas-Canada et de sa bibliothèque en 1849 par les torys anglais. Cet événement historique s’est passé dans le sillage de la rébellion des Patriotes et d’une crise économique qui affecte nouvellement les marchands anglais. En effet, à l’appel du journal The Gazette qui s’insurge contre le vote du parlement donnant une indemnité aux victimes de la guerre, dont de nombreuses veuves dont les maris sont morts, une manifestation contre ce vote vire à l’émeute autour du Parlement. La bibliothèque est une perte totale et la presque totalité des livres s’envole en fumée.

Autour de cette histoire qui mena à une nouvelle constitution par l’Acte d’Union des Haut et Bas-Canada, j’invite les gens à se questionner sur le contenu d’une éventuelle nouvelle constitution. Je demande aux passants et aux visiteurs de l’installation de Mathieu au Parc Lafontaine à Montréal: si vous aviez une nouvelle constitution à écrire, avec qui, comment ou qu’est-ce vous mettriez dedans ? (1)

Le Tricot du peuple Feu Feu Joli F. avril et mai 2018. Crédit photo _CRousseau_3254 (25)

L’installation Feu Feu Joli F de/avec Mathieu Parent et des participants. Crédit photo:  Caroline Rousseau

Les temps ont bien changé depuis les Patriotes et depuis l’écriture de la Constitution canadienne de 1867, écrite par une élite politique, elle-même élue par une poignée de gens favorisés économiquement. Et vous, mes lecteurs, si  aujourd’hui, vous aviez à écrire une constitution, quels mots importants, idées importantes afin de rassembler les gens y mettriez-vous ?

Tricot Feu Feu Joli F-1

Un des nouveaux Tricots du peuple fini sur l’installation de Mathieu Parent

Parfois on me demande qu’est-ce qu’une constitution exactement. Je dis aux gens que je ne suis pas une spécialiste, mais que, en gros, il s’agit d’un document qui permet de définir les valeurs d’un peuple, de partager les pouvoirs entre les provinces et d’établir les mécanismes de règlements de conflits entre les personnes et entre les provinces canadiennes. La question est complexe, mais tous les participants à ce nouveau Tricot du peuple ont eu au moins un mot en tête pour la définir : paix (pas d’obstruction) (dit 2 fois, dont une enfant de 4 ans), meilleur échange économique du commerce interprovincial, éducation gratuite, démocratie directe (représentation tirée au hasard, comme pour les procès criminels), vérité, silence, reddition de comptes, révolte pour un sans État, écoute, consultation, implication et fierté des Autochtones et Inuit, respect, meilleure communication et capacités de critique des autres, et d’autres qui m’ont moins frappée (je ne prends pas de notes durant nos conversations et confections du Tricot).

 

Peut-être parce qu’il s’agit d’un événement intellectuel, les passants sont moins portés que d’habitude à vouloir tricoter avec moi, plusieurs préfèrent simplement converser et réfléchir, avec moi… et le Tricot avance moins vite… Mais bon, tricoter n’est pas l’objectif, mais le prétexte… J’ai tendance à retomber comme nous tous dans une approche matérialiste… Aussi, comme tous mes Tricots de rue, je dois prendre le temps de montrer comment tricoter avant d’aborder véritablement notre sujet de conversation.

Le Tricot du peuple Feu Feu Joli F. avril et mai 2018. Crédit photo _CRousseau_3254 (30)

Les enfants sont aussi invités à faire quelques mailles et à donner leur opinion sur ce qui est important pour leur avenir… Crédit photo:  Caroline Rousseau

Lors de ma 3e et dernière performance, il fait enfin beau après un printemps tardif et il y a beaucoup de monde qui passe par là; les gens sont souriants et, tout comme moi, ont probablement plus envie de socialiser.

Bref, ma performance relationnelle qui vise, comme toutes les autres fois (2) à prendre contact avec des inconnus, joint plus spécialement des motifs politiques cette fois-ci…

Le Tricot du peuple Feu Feu Joli F. avril et mai 2018. Crédit photo _CRousseau_3254 (4)
Tricot en cours… sur conversation de démocratie directe. Crédit photo:  Caroline Rousseau

 -quoique que lors de mes performances pour le 375e de Montréal, nous avions beaucoup conversé autour d’enjeux sociaux comme l’immigration et le vivre-ensemble (3).

C’était vraiment intéressant de converser sur ce sujet, j’ai adoré mon expérience!

Mes deux prochaines performances comme Tricoteuse du peuple seront à la bibliothèque de Parc-Extension à Montréal (une activité de francisation, sur le thème des confidences et de l’appréciation critique du Québec)  en mai 2018 ainsi qu’à la Maison de la culture de Verdun (sur le thème de la poésie et de la démarche de création) en août et septembre 2018. Tous les détails sur la page Facebook à mon nom au https://www.facebook.com/%C3%88ve-Marie-Langevin-750633708443354/

Pour ma participation comme telle à l’installation de Mathieu, j’ai  choisi de restituer une notice d’un livre sur la teinture des vêtements.

*/*

Et vous, qu’en pensez-vous, comment voyez-vous les choses ?

 

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(1) Voici la démarche, la réflexion et les questions plus précises que nous avions préparées ensemble, Mathieu et moi pour la réalisation de cette performance.

QUESTION 1

  1. De quelle(s) façon(s), comment écrire une constitution ?
  2. Qui devrait écrire une nouvelle constitution tenant compte de nos nouvelles réalités du 21e siècle ?
  3. Pour ces questions, en intro, j’amènerais les choses ainsi :
  4. Si vous aviez à écrire une constitution, comment vous y prendriez-vous ?

QUESTION 2

  1. Quels sont les récits ou les mythes fondateurs qui vous inspirent (traditions occidentale, amérindienne, asiatique africaine, etc.) pour définir votre identité ?
  2. Quels sont les principes de bien commun qui sont importants pour vous / pour la nation ?
  3. Quels sont les éléments rassembleurs de sens commun que tous les humains partagent ?
  4. Si vous aviez à coécrire une constitution, quels seraient les éléments importants et pourquoi ?
  5. Qu’est-ce que vous chérissez dans votre cœur comme avenir pour le peuple ?
  6. Pour ces questions, au point de départ, on pourrait résumer les choses ainsi :
  7. Quels récits, raisons ou sagesses devraient selon vous inspirer la réalisation d’un tel écrit ?

SOUS-QUESTIONS (QUESTION 2)

  1. La notion de « droit » peut-elle être surpassée (pensée en dehors de ce cadre restreint) visant le plein développement humain et la limitation des abus individuel et collectif ?
  2. La notion de « besoin » peut-elle être surpassée (pensée en dehors de ce cadre restreint) visant le plein développement humain et la limitation des abus individuels et collectifs ?
  3. Pour ces sous-questions, au besoin, selon le déroulement de la conversation, on résumerait les choses ainsi :
  4. Quelles responsabilités devrions-nous prendre (et partager)
  5. pour élargir le bien commun et favoriser un développement
  6. humain respectueux des personnes dans nos sociétés ?

+ Autres thèmes à aborder (réflexion et compréhension) en préparation, au besoin

  1. À quoi sert une constitution ? et Quels sont les enjeux d’un tel exercice ?

 

(2) Voir mes autres billets sur mes performances au https://evemarieblog.wordpress.com/category/perfo-tricot-du-peuple/

 

(3) Voir mon livre « Mémoires. Tricotés serrés. Journal d’un vivre-ensemble. » disponible sur commande sur ma page fb ou en prêt à la Grande Bibliothèque de Montréal.

On se tricote un avenir 01-06-12 PLAN HANCHE

La Tricoteuse du peuple. Crédit photo: Pierre Chevalier

Je serai au Parc Lafontaine, à côté de l’Espace Lafontaine (Montréal)  les samedis 21 avril et 5 mai 2018, vers 15h* dans le cadre de l’événement Feu Feu Joli F organisé par l’Atelier Mange-Camion.

J’inviterai le public à monter maille par maille un nouveau Tricot du peuple collectif et à y mettre, dans votre geste et vos paroles, nos meilleures pensées et élans du cœur pour l’avenir du peuple. J’aimerais parler avec vous pendant qu’on fait ce Tricot : si vous aviez à écrire une constitution, comment vous y prendriez-vous? Quels récits, raisons ou sagesse devraient selon vous inspirer la réalisation d’un tel écrit ? Quelles responsabilités devrions-nous prendre et partager pour élargir le bien commun et favoriser un développement humain respectueux des personnes et du vivant dans nos sociétés ? C’est cette trame du peuple que nous voulons constituer, refaire notre tissu social si éraflé, créer peut-être un maillage entre les personnes.

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Tricoter ensemble, montrer/apprendre à tricoter, puis éventuellement échanger ou méditer sur l’avenir du Québec, tel est l’objet et la gestuelle concrète de cette performance artistique. C’est un art de la conversation.

 

Durant le printemps érable, lors de l’occupation du parc Lafontaine en 2012, j’ai remarqué que le fait de me tenir sur le trottoir pour inviter les gens à y participer créait comme une porte d’entrée à l’activité… et éventuellement, pour certaines personnes, permettait de s’intéresser aux ateliers d’Occupons Montréal** où je participais également. C’est une bonne stratégie relationnelle : je suis là avec mes deux Tricots collectifs : c’est spontanément vu comme une activité familière (qui permet l’échange) par les passants et par le public qui viennent voir, cette fois-ci,  une installation au sujet de la mémoire de la bibliothèque du Parlement du Bas-Canada incendié par les Anglais en 1849 (montée par Mathieu Parent).

Je suis là pour engager la conversation avec des questions sur l’écriture d’une éventuelle nouvelle constitution, une vision d’un bien et d’un sens commun et tout ce qui nous passe par la tête et le cœur ce jour-là… et ça crée un lien avec les inconnus… parce que les gens sont généralement timides (comme moi) et les personnes ont tellement besoin de parler et d’être écoutées, en ce moment plus que jamais.

Lors de mes plus récentes expériences comme Tricoteuse du peuple, j’ai beaucoup parlé de vivre-ensemble et d’immigration, notamment pendant les activités du 375e de la fondation de Montréal. Pendant les Journées de la culture, j’ai aussi parlé de l’avenir du Québec et d’art. Au parc Lafontaine en 2012, j’avais rencontré un biologiste qui avait longtemps vécu en Chine et m’a parlé de leur relation aux étrangers et de sa théorie sur la disparition progressive de l’immigration au Québec. Incroyable ! Au parc Émilie-Gamelin cette même année, lors de ma 1re performance, une itinérante m’avait raconté comment la police traitait son père dans les années 1950 lorsqu’il était drogué, et je l’avais admiré dans sa résilience. Elle n’était pas habituée à ça, on avait eu les larmes aux yeux ensemble, se serrant les mains. Elle était repartie les yeux brillants. Touchant ! Au parc Molson, j’avais longuement conversé avec un nouvel arrivant, artiste immigrant du Maroc, qui ne pouvait évidemment concevoir de critique à l’égard de son pays d’adoption. Même l’expression « printemps arabe » en français, il ne l’avait jamais entendue avant. Surprenant ! Bref, ces performances sont tissées de rencontres éphémères et de conversations enrichissantes… et parfois inattendues, et il me reste dans les mains le merveilleux travail collectif tricoté, les vibrations des conversations captées par la laine et les couleurs.

Alors, créer une petite rivière relationnelle qui y mène ou qui sort de l’installation de l’Atelier Mange-Camion, c’est vraiment plaisant !

Plus de détails sur l’ensemble de l’événement au https://www.feufeujolif.com/programme

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* Événement annulé en cas de pluie

** Dans la foulée des occupations de lieu public menée par le Mouvement Occupy en 2011, un peu partout dans le monde,a fin de questionner l’économie du «1%».

 

Note au lecteur : Ce texte a été publié dans la revue Possibles en avril 2017.

***

GroupeTricotés Serrés_BiblioVSL_03 (2)

Rencontre pour le Tricot du peuple «Tricotés serrés» à la bibliothèque de Saint-Laurent, Montréal, avril 2017

On se tricote un avenir ensemble…

Faites le nombre de rangs

rouges ou jaunes ou mélangés

qu’il vous plaira

en pensant à ce que

vous désirez, vous chérissez

comme avenir.

Que la pensée du peuple

se prenne dans les mailles

puis se projette sur notre monde

puisque c’est dans nos cordes.

***

Tricot du peuple 2012-12-détail 1

Le Tricot du peuple «Printemps érable». Détail 2. 2012-2016

Au printemps 2012, pendant ce qu’on appelle au Québec le « Printemps érable » ou le « Printemps étudiant », la créativité est descendue dans la rue pour appuyer les étudiants en grève pendant plusieurs mois. Par la parole, par des actions directes pacifiques concertées ou non, l’imaginaire s’est déployé incroyablement durant la crise sociale qui a opposé une partie du peuple au gouvernement. Slogans de rue, affichettes design, photos et graffitis géniaux, banderoles et objets divers de nature théâtrale, personnages de rue costumés (ou parfois quasi nus, en signe de rébellion…) ou mascottes, manœuvres artistiques et performatives et bien d’autres types de manifestations ont appuyé les plus traditionnels moyens de communication que sont les textes d’opinion dans les journaux, et maintenant sur les blogues et les commentaires dans les réseaux sociaux, les paroles prises à la radio, les débats souvent virulents, et les quelques rares émeutes de rue très durement réprimées par la police.

 

L’origine du Tricot du peuple

 J’ai vu un jour une photo (de Jacques Nadeau dans le journal Le Devoir) de trois jeunes femmes avec de la laine dans le visage durant une manif, comme «masque» -en signe de désapprobation- et j’ai voulu les retrouver. Lors d’une de ces fameuses manifs « du 22 » qui attiraient tant de monde et tant de joie et quelques frissons quelques jours après le vote de l’inique loi 78 qui interdisait notamment, à toute fin pratique, toutes les manifestations spontanées et les annonces de manifs[i], j’ai marché le 22 mai 2012 avec des milliers de Québécois en tenant une balle de laine rouge haut la main, la tête haute, invitant parfois à la blague et avec le sourire les policiers à venir chercher la balle… de laine (je me souvenais de la commotion qu’avait causée le « lancer du toutou » avec une sorte de gros lance-pierre artisanal de l’autre côté du « mur », lors des manifs altermondialistes au Sommet des Amériques à Québec en 2001). Je proposais ici une version modérée et ironisée de cet événement et cela faisait rire ou parler les gens.

C’est incroyable ce que mon personnage avec cette balle/ce fil de laine liée à mon visage et tenue ainsi a généré comme symbolique dans l’esprit très riche des passants ! Voici ce que des passants m’ont dit au sujet de cette balle de laine : pouvoir/force ou avenir du peuple, conflit mêlé/démêlé entre le gouvernement/les étudiants et une partie du peuple, bébé naissant, bombe à retardement, masque, paradoxe entre libération et enfermement ou emprisonnement, déesse Parques filant nos jours, notre destinée, etc., etc. On peut s’amuser énormément avec la métaphore du « fil » et de son verbe « filer » … J’ai été fascinée par l’imagination populaire et cela m’a donné l’idée, quelques jours plus tard, de créer un personnage de rue, une sorte de clown chic, très maquillée, un peu excentrique, qui ferait tricoter les gens, tout en discutant avec eux de l’avenir du Québec. Je me suis aussi souvenue de ma mère qui m’avait appris à tricoter pendant mon adolescence, et je n’avais pratiquement pas touché à des broches à tricoter depuis ce temps…

Le tricot : objet de médiation pour la conversation

Depuis ce jour, à chaque performance, j’invite des passants sur la rue ou des manifestants à monter maille par maille le Tricot du peuple et à y mettre, dans leur geste, dans leurs mots, leurs meilleures pensées et élans du coeur pour l’avenir du peuple. C’est la trame du peuple que nous voulons (re)constituer; refaire notre tissu social si éraflé, si déchiré et créer peut-être un maillage entre les personnes, entre les idées au hasard des rencontres. Une participation du public à la maison m’envoyant le fruit de leur travail par la poste ou lors de petites réunions de tricot politique est aussi parfois en branle pour que les personnes qui ne peuvent pas participer aux événements publics puissent le faire, à leur façon, chez eux. Ma cousine, la militante pour le droit des sourds et malentendants, Julie Elaine Roy m’en a fait un magnifique panneau, alors qu’elle devait rester chez elle, rageant de ne pouvoir sortir en voyant à la télé de jeunes étudiants se faire tabasser par la police chaque jour pendant des semaines, en 2012. Si le projet se développe suffisamment, on pourra penser organiser une exposition des travaux réalisés. Plus récemment, je viens de commencer un nouveau projet avec des groupes d’immigrants « Tricotés Serrés » dont je vous parlerai davantage plus loin.

Tricoter ensemble, montrer/apprendre à tricoter, puis éventuellement échanger, converser ou méditer sur l’avenir du Québec, tels sont les objets et la gestuelle concrète de cette performance artistique engagée.

Le tricot est le plus souvent un prétexte. Comme un objet de médiation pour avoir et favoriser la conversation entre inconnus. Un petit lien se crée alors entre le ou les participants et moi, comme artiste performeuse en leur expliquant brièvement le projet. Je leur montre d’abord comment tricoter, car la plupart ne savent pas, souvent cela s’arrête là, ils sont contents d’avoir fait quelques mailles ou quelques rangs et d’avoir encouragé ce projet; mais plus souvent encore, les tricoteuses ou les tricoteurs maitrisent assez rapidement le point mousse de base et parfois les meilleurs qui savent déjà tricoter ajoutent des points de fantaisie ou changent de couleur. Cette distance technique nous permet alors de converser librement sur les sujets qui les intéressent ou encore ils ou elles préfèrent tricoter et méditer dans leur bulle. Je dirige généralement la conversation de manière à faire parler les gens, me mettant davantage et mode écoute. Les hommes plus jeunes, en particulier et contre toute attente, s’y intéressent et prennent plaisir à apprendre à tricoter, ce qui est une petite révolution en soi pour ces derniers (on les voit occasionnellement en train de tricoter dans le métro, par exemple, durant l’hiver). Quelquefois, ils renoncent rapidement, mais continuent la discussion, alors je prends le relais et tricote à leur place, tout en continuant à converser. Mais cette situation arrive rarement. Toutes, tous, les jeunes et les moins jeunes s’y investissent avec une belle énergie. Ça peut ressembler autant à une rencontre haute en énergie qu’à un moment de quasi-prière… car ces deux Tricots du peuple portent la magie de tant de personnes qui y ont contribué avant et avec souvent des échanges inspirés et inspirants… Le Tricot porte sa porte « vibration »…  Cet échange peut durer quelques minutes et parfois plus, comme pendant le Forum social mondial l’été dernier à Montréal où deux participantes ont longuement échangé avec moi, pendant une heure ou deux, car les activités avaient changé de place et il n’y avait plus grand monde sur place au parc de Maisonneuve.

Également, lorsqu’il y a plus de monde, comme j’ai au moins deux Tricots en route, il y a deux personnes au tricot qui ne se connaissent pas et qui finissent généralement par parler ensemble, se donnent des trucs ou commentent la situation présente (manif, atelier d’Occupons Montréal, parfois Journée de la culture ou le temps qui passe). Dans ce cas, j’ai parfois besoin d’un/e complice ‘prof’ de tricot, qui aide un des participants lorsque la conversation tourne plus en duos ou que les deux participant.e.s ont besoin d’assistance technique en même temps.

Un nouveau projet de quartier pour le 375e anniversaire de Montréal

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Le Tricot du peuple «Tricotés serrés» en mars 2017

En 2017, je commence sept nouveaux Tricots du peuple dans le cadre d’une activité d’animation sociale et culturelle pour le 375e anniversaire de la ville de Montréal avec principalement les organismes du Comité immigrant du quartier de Saint-Laurent à Montréal et la bibliothèque du quartier, chapeauté par le Comité des organismes sociaux de Saint-Laurent (COSSL) : le projet « Tricotés serrés ». Il y aura aussi, une mémoire écrite de mes souvenirs de rencontres, pour témoigner de la parole du peuple et en particulier ici, celle des immigrants. Ainsi, ces rencontres se veulent un moment de conversations au sujet du « vivre ensemble »… depuis 375 ans jusqu’à nos jours d’interculturalisme, puisqu’il s’agit d’un projet de création populaire d’un très grand tricot de cinq mètres.

Avec un fil de laine qui nous relie tous, différent.e.s participant.e.s (avec ou sans expérience en tricot) confectionneront 6 tricots avec moi pendant ma tournée des associations communautaires et des bibliothèques. Ils seront aussi un témoignage-trace de nos conversations, partages et travail en commun après l’expérience : ils serviront finalement à « habiller » le mobilier de la nouvelle place publique Rodolphe-Rousseau derrière le métro Côte-Vertu, dans le quartier multiculturel de Saint-Laurent à Montréal, lors de son inauguration en été 2017. C’est pour moi une première expérience d’art public, en  laine-sculpture laissée à l’extérieur, on va voir combien de temps nos artefacts vont résister aux intempéries et aux vandales… pas de doutes qu’il s’agit d’un art… éphémère. Si les Tricots résistent jusqu’en novembre, je les retirerai pour les donner à un autre projet pour les itinérants dans le quartier de St-Léonard (Montréal) où Kathy Martel met, pour eux, des foulards autour des arbres et des poteaux avec les enfants de la garderie. Des tricoteurs et tricoteuses sont également recherchés pour la fabrication d’ornements en laine.

En somme, un art de la conversation et une gestuelle impliquant un travail collectif en art contemporain, avec de la fibre… Ainsi, retricoterons-nous le… tissu social.

L’occupation de l’espace public et la rencontre des personnes

À la mi-juin 2012, lors de la nouvelle stratégie d’occupation temporaire de lieu public d’Occupons Montréal au parc Lafontaine, lors du Printemps érable, j’ai remarqué que le fait de me tenir sur le trottoir pour inviter les gens à y participer créait comme une sorte de porte d’entrée pour certaines personnes. Lorsque je me tenais à proximité d’une activité de groupe, cela amenait parfois un passant à s’intéresser, par exemple, aux ateliers de discussions d’Occupons Montréal à proximité, ou plus souvent, à simplement me poser des questions sur ce qui se passe là… et à suivre le fil dans le gazon qui les mène jusqu’à l’atelier. Parce que les gens sont généralement timides (comme moi) et qu’ils ont tellement besoin de parler et d’être écoutés, en ce moment plus que jamais. C’est comme créer une petite rivière relationnelle qui mène en soi, vers les autres ou vers d’autres activités en cours. Une activité ludique et familière comme le tricot aide sans contredit à entrer en contact et à créer de petits liens sociaux dans l’anonymat et la solitude des villes, et surtout sur la place publique dont le mouvement international Occupy réclame à grands cris, ici comme ailleurs, la reconnaissance et la protection.

J’ai souvent été fascinée par la sagesse populaire, par ce que des personnes m’ont raconté à leur sujet ou au sujet de la société. Certaines personnes se confient volontiers; lors d’une perfo aux Journées de la culture, à côté du métro de l’Église à Montréal, un homme me racontait un jour qu’il avait entreposé chez lui quelques beaux tableaux de peintres reçus d’un héritage récent et que cela lui apportait bien des soucis. Intrigant !  Une autre fois, au même endroit à Verdun, alors que nous avions formé un petit groupe avec des amis qui étaient venus me visiter et deux participantes de la rue, une vieille dame nous racontait ses soucis de santé avec sa jambe bandée et nous l’a montrée. Elle refusait les soins d’une infirmière depuis trois jours, et ouf, la blessure n’était pas belle. Inquiétant! Au parc Lafontaine dans le quartier du Plateau Mont-Royal à Montréal, une autre fois, j’ai rencontré un biologiste qui a longtemps vécu en Chine et m’a parlé de la relation des Chinois avec leurs étrangers et de sa théorie sur la disparition progressive de l’immigration au Québec. Passionnant ! Un autre avait été observateur lors des premières élections en Tunisie et me relatait son expérience. Lors de l’occupation du parc Sir-Georges-Étienne-Cartier à St-Henri/Montréal juste après le Printemps érable, la police était là avec une ou deux voitures et surveillait de loin les ateliers de discussion et d’apprentissage dans le parc. Dans ce genre d’événement, je me tiens sur le trottoir et invite les passants à tricoter et à discuter de l’avenir du Québec. Comme la voiture de police se tenait non loin de moi, j’ai invité le policier qui était assis du côté passager à tricoter quelques mailles. Une conversation s’en est suivie, puis il est sorti de sa voiture, vite rejoint par son partenaire de route. L’ambiance était plutôt festive et la journée magnifique. Tout le monde était de très bonne humeur. Puis une autre voiture est arrivée, et les deux policiers sont venus voir ce que nous faisions : j’essayais de convaincre le 1er policier de mettre la main au tricot et il ne disait pas non. Nous savions tous les deux que c’était un jeu tacite. La conversation a pris un tour surréaliste quand le plus gros des policiers a confié que sa grand-mère lui avait montré à tricoter lorsqu’il était adolescent et qu’il n’avait pas détesté cela… J’imaginais, le sourire en coin, quelle rigolade ils auraient pendant longtemps de ce… témoignage… Au moment où j’allais mettre le tricot dans les mains du 1er policier, le plus petit, ils ont eu… un appel d’urgence, et ils ont dû partir rapidement. Incroyable !

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La Tricoteuse du peuple, rue Notre-Dame, Montréal, septembre 2012.
Crédit photo: Peter-Thomas Kennedy-OM99%

 

De temps en temps, la conversation prend un tour très personnel. Au parc Émilie-Gamelin, au centre-ville de Montréal, au début juin 2012, lors de ma première prestation, une itinérante m’a raconté comment la police traitait son père dans les années 1950 lorsqu’il était drogué, je l’ai admirée dans sa résilience. Elle n’était pas habituée à ça, on a eu les larmes aux yeux ensemble, se serrant les mains. Elle est partie les yeux brillants. Touchant ! Ou encore, sur la petite esplanade du métro Mont-Royal, un homme, qui semblait assez isolé dans la vie, m’a longuement parlé de sa mère qui était décédée il y a peu de temps parce que le tricot lui faisait penser à elle. Il revenait toujours à la même phrase, comme une obsession que j’essayais de décrypter; il me fallut plus de doigté dans cette conversation. Il m’a tellement remercié avant de partir, que j’en étais à la fois gênée et contente. Frappant ! Dans le quartier Villeray à Montréal, au parc Molson en juillet de cette année-là, j’ai longuement conversé et tricoté avec un artiste immigrant du Maroc, nouvellement arrivé, qui ne pouvait évidemment concevoir de critiques à l’égard de son nouveau pays d’adoption. Même l’expression « Printemps arabe » en français, il ne l’avait jamais entendue avant. Surprenant ! Quelquefois, c’est avec les enfants que je tricote et que j’échange. Trippant ! Et tout cela, généralement dans l’espace public, sur les parvis, sauf en hiver. Pour l’instant, j’ai amené mon personnage seulement dans les quartiers de Montréal, mais j’aimerais bien le faire voyager au Québec et ailleurs et pratiquer mon anglais et mon espagnol…

Ève Marie_Tricot du peuple_ détails recadrés_2014

La Tricoteuse du peuple lors des Journées de la culture 2014, au métro Mont-Royal, Montréal. Crédit photo : Pierre Boissonneault

***

« L’espace public » c’est quoi, au fait ?

Comme le remarquait récemment le journaliste Marco Fortier du journal Le Devoir[ii], le « ‘design tactique’ est devenu incontournable pour les administrations municipales. Les maires ont de la pression pour redonner une partie de l’espace public aux gens, réduire la circulation automobile et rendre la ville plus belle. » La récente tendance au développement de nouvelles places publiques, à Montréal comme partout dans le monde, voit récemment le déploiement de nouveaux lieux de convivialité, de repas et pique-niques en commun, de rencontres de voisinage et même d’activités sociales ou artistiques (avec une mini-scène permanente) ou d’activités politiques (comme « Nuit Debout sur la Place de la république à Paris) au gré d’initiatives citoyennes ou institutionnelles. D’après F. Choay (2009), « l’espace public est la partie du domaine public non bâti, affectée à des usages publics. L’espace public est donc formé par une propriété et par une affectation d’usage ». J. Jacobs (1961) souligne comment l’espace public « se caractérise non par l’affectation à un usage particulier, mais par le mélange entre le mouvement libre des piétons et toute une série d’activités publiques ou privées, qui peuvent s’y dérouler de façon temporaire et en tous cas s’y interfacent à partir des espaces plus spécialisés qui le bordent.[iii]  » Bien que les places publiques existent depuis l’Antiquité dans les cités grecques, le concept comme tel n’a été défini en sociologie qu’en 1962 par J. Habermas[iv], mais il se serait inspiré de Kant, selon Dominique Wolton[v] qui nous apprend que :

«Le mot public apparaît au 14e siècle, du latin « publicus »; ce qui concerne « tout le monde ») :  le processus au cours duquel le public constitué d’individus faisant usage de leur raison s’approprie la sphère publique contrôlée par l’autorité et la transforme en une sphère où la critique s’exerce contre le pouvoir de l’État.. On remarque au XXe siècle, une tendance à la privatisation des places publiques, en particulier dans les pays anglo-saxons.»

Ce n’est donc pas un hasard si le mouvement Occupy, lancé par un appel de la revue canadienne Adbusters a pris naissance à New York, dans le quartier de Wall Street, au royaume de l’espace privé, et des stratégies policières issues  de la « théorie de la fenêtre brisée » (Broken window/Broken glass theory, Georges L. Kelling, 1982/1996) dont s’est inspiré  le maire de New York Rudolph Giuliani  (et nouveau conseiller en sécurité informatique du président Donald Trump) au tournant des années 2000, puis poussée à l’extrême par le maire Bloomberg avec la « stop-and-frisk tactic », qui vise à intimider et à arrêter, via une police à pieds, notamment les itinérants et toutes personnes ‘non conformes’ dans l’espace public. Ne politique qui a eu néanmoins un certain succès ‘populaire’ en fassant baisser de manière importante le taux de criminalité de la ville[vi]. C’est justement cette réflexion sur la démocratie délibérative ou participative qu’a voulu faire Occupy, notamment en occupant 951 villes en 2011 partout dans le monde, avec une intention formulée ou non d’occuper et de redéfinir la place publique. Le mouvement Occupy aurait-il réussi à attirer l’attention des urbanistes de grandes villes de ce monde ? J’aime croire qu’il a été un des joueurs-clés dans la prise de conscience de l’importance de la (ré)appropriation de la « place publique » qui était alors en voie de régression. On entend encore les jeunes scander dans les rues du printemps-été 2012 : « À qui la rue ? À nous la rue ! » [voir le vol. 36, no 2, fév. 2013, de la revue Possibles consacrée à ces deux mouvements].

Des artistes et des philosophe de l’espace public

Mon travail rejoint sous plusieurs aspects celui de la performeuse canadienne Devora Neumark, et je rejoins comme elle la pensée de Walter Benjamin dans sa notion d’espace public tel que Hannah Arendt l’a définie : soit « un espace de pluralité, d’échange de paroles et d’expériences. »

«Walter Benjamin interroge la perte de l’art de raconter au passage de la modernité, en évoquant justement les communautés traditionnelles où mémoire, paroles, expériences et pratiques sociales étaient partagées. Cette perte serait liée, selon lui, à l’absence de parole commune, et correspondrait également à l’éclatement si ce n’est pas à l’effondrement de la communauté.  [… Il] attribuait une double fonction au narrateur dans la communauté [j’ajoute : conteur, quêteux, voire prêtre ou chamane] : celle de transmettre récit et expérience, mais aussi et conséquemment, de par cette médiation, celle de laisser des traces et de tisser des liens entre les individus.

Dans cette filiation avec la tradition orale, Benjamin passait lui aussi [comme Neumark] par la métaphore du tissage pour énoncer la fondation des rapports entre les individus, essentiels à l’idée de communauté. Liens qui dépendent autant d’une écoute que d’un échange de paroles et d’expériences : car témoigner et raconter impliquent aussi d’être témoin et d’écouter. […] Nous retrouvons là un aspect fondamental de la pensée de Hannah Arendt de faire qu’un simple geste peut devenir dans la sphère publique une action politique.» [Pour elle, voici] ce qui constitue toute la force et le pouvoir du totalitarisme : atteindre et contrôler jusque dans le domaine privé de la demeure.» (Marie Fraser, 2003)[vii]

En ce sens, l’espace public doit être non seulement défendu avant qu’il ne devienne privé, mais protégé et développé. Ce sont ces espaces, qui nous permettent de rester des humains en relation avec d’autres différents de soi, et qui permettent des rassemblements soit ludiques, soit artistiques, soit… politiques.

Enfin, un petit lien historique entre la geste (comme dans LA chanson de geste) de tricoter dans l’espace public avec la Révolution française est à faire.

« Durant l’ensemble de la période révolutionnaire [française], [les femmes] occupent la rue dans les semaines précédant les insurrections, et appellent les hommes à l’action, en les traitant de lâches. De cette façon, les femmes pénètrent la sphère du politique et y jouent un rôle actif. Mais dès que les associations révolutionnaires dirigent l’événement, les femmes sont exclues du peuple délibérant, du corps du peuple armé (garde nationale), des comités locaux et des associations politiques. » [viii]

Mais elles trouvent le moyen de reprendre une part active à la vie politique comme « Jacobines » en se présentant à la tribune des assemblées révolutionnaires, tout en tricotant pour gagner leur vie, pour se tenir au chaud et ainsi économiser les charbons de la maison qui coûtent cher. Par leurs cris et leurs voix indignées, elles influençaient les législateurs assemblés. Par la suite, « les tricoteuses de Robespierre » se rendaient sur le lieu de la guillotine, toujours en tricotant, pour participer à la vindicte populaire contre les guillotinés. C’est malheureusement surtout cette image négative que l’histoire machiste, la littérature[ix] et le cinéma ont gardée d’elles. Puis, quelques mois plus tard, la révolution se tourne contre elles.

« La Convention interdit aux femmes l’accès à ses tribunes, elles sont pourchassées durant la nuit, puis, trois jours plus tard, bannies de toute forme d’assemblée politique et de tout attroupement de plus de cinq personnes dans la rue [x]. Cette volonté de tenir les femmes à l’écart de la vie politique, quel que soit le parti dont elles se réclament, reflète les craintes de la société quant à la possible violence des femmes, [craintes] qui [ont] parfois pris des proportions démesurées en l’an II. » [xi]

Marilène du groupe Ville-Laine participe au Tricot du peuple pendant l’occupation du parc Molson en juillet 2012

Une amie russe de St-Petersbourg m’a dit aussi que des tricoteuses se tenaient au coin des rues pendant l’occupation nazie en France, lors de la 2e guerre mondiale, pour passer des « renseignements » à des courriers de la Résistance, mais je n’ai pas pu vérifier encore cette information.

Enfin, en tant qu’une des plus vieilles villes en Amérique du Nord, on retrouve à Montréal plus de 50 places ou espaces publics, en plus des rues (voir http://www.imtl.org/photo/place_publique/index.php?start=80&interval=20&sortBy=LAST_MODIFIED&sortType=DESC&TYPE=3&resume=2 . En voici quelques exemples de développement récent, incluant d’autres villes québécoises :

 

_______________________________________

[i] La loi 78 a été abrogée quelques mois plus tard, par le parti d’opposition ayant pris le pouvoir le lendemain de son élection. Même la police ne s’en servait généralement pas, préférant appliquer le règlement municipal du Code la route lui-même contesté en cour (il a fini par être invalidé lui aussi)… Mais un frisson glacé a passé dans la population pendant ces quelques semaines, preuve que la démocratie peut rapidement basculer.

[ii] http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/474364/l-amenagement-urbain-devient-citoyen

[iii] Tiré de http://www.espaces-publics-places.fr/la-place-espace-public-cl%C3%A9-de-la-ville-europ%C3%A9enne/

[iv] Jürgen Habermas . 1962. L’espace public : archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise.

[v] Voir Dominique Wolton, http://www.wolton.cnrs.fr/spip.php?article67 (

[vi] Laurent Lemasson, « La ville qui devient sûre », Revue française de criminologie et de droit pénal, vol. 4,‎ avril 2015 et Micheal Greenberg, 2014, in The New York Review of Books.  http://www.nybooks.com/articles/2014/11/06/broken-windows-and-new-york-police/

[vii] Tiré de la revue Parachute

[viii] Collectif, http://www.thucydide.com/realisations/comprendre/femmes/femmes2.htm

[ix] Chateaubriand dans ses Mémoires d’Outre-Tombe (1848), présente davantage les Tricoteuses sous l’échafaud comme un sabbat de sorcières révolutionnaires. Dickens (1859) les présente comme des monstres. Au cinéma, dans l’adaptation de son roman A Tale o Two Cities, J. Conway, cela est encore plus net. Dans l’histoire nationale française, on a retenu davantage l’expression « furie de guillotine » que « tricoteuse », mot qui a d’abord son entrée dans le dictionnaire de Reinhard (1795), alors que le phénomène des guillotines est survenu après les assemblées populaires des tricoteuses. Intéressant et déplorable phénomène de transformation de réalité… de la condition féminine…

[x] Il est intéressant de noter que la loi 78 (2012, gouvernement du Québec) contre la grève étudiante prévoyait, à l’origine, interdire des rassemblements de plus de 10 personnes, hommes et femmes confondus.

[xi] Charlotte Denoël

Tricot_lancement 375e_Crédit_TC Média-Isabelle Bergeron

La Tricoteuse du peuple avec Marie-Eve Labrecque du COSSL lors du lancement des projets pour le 375e de la ville de Montréal. Crédit photo : TCmédia/Isabelle Bergeron

Samedi dernier avait lieu le lancement de la centaine de projets culturels et communautaires dans plusieurs quartiers de Montréal, en prévision des festivités de son 375e anniversaire de fondation, l’année prochaine (1642-2017).

J’y participerai avec mon personnage de Tricoteuse du peuple et avec un nouveau Tricot du peuple d’une nouvelle couleur (le premier, rouge et jaune a été tricoté lors du Printemps érable avec Occupons Montréal et lors des Journées de la culture avec le grand public), mais cette fois-ci  dans le quartier de St-Laurent en collaboration avec la Table de concertation des organismes d’aide aux immigrants, le COSSL, à l’invitation de Marie-Eve Labrecque.

Notre projet est l’un des deux projets retenus pour ce quartier et l’un des 102 projets locaux choisis par des comités culturels de la Ville de Montréal parmi les 326 reçus. Le journal du quartier a couvert cet événement et j’ai eu l’occasion d’en donner plus de détails. J’y réaliserai des performances axées à la fois sur l’art de la conversation et sur l’art du tricot populaire : le tricot ensemble, comme geste et rêve en commun, comme prétexte à la conversation sur ce que les gens désirent dans leur cœur pour l’avenir du peuple. C’est souvent fascinant ce que les gens ont à dire ! Ainsi le Tricot du peuple comme maillage collectif, toujours le même tricot d’une place à l’autre, avancera de quelques mailles, de quelques rangs, de quelques idées, de quelques nouveaux contacts et échanges à chaque rencontre et nous retisserons ainsi le tissu social si fortement abimé ces dernières années…

J’animerai ainsi des ateliers auprès des membres de divers groupes communautaires, dont de nombreux immigrants de ce quartier, pour favoriser l’échange entre les communautés culturelles, francos, anglophones et Premières nations du quartier. Ce travail-tricot collectif servira, à la fin de l’année, d’habillement pour le mobilier public de la Ville dans leur quartier de St-Laurent, probablement sur une nouvelle place publique appelée «Une place pour rêver», actuellement en construction, en arrière du métro Côte-Vertu. Enfin, un autre aspect de mon travail plus à long terme est l’écriture de ces rencontres en couchant sur papier à la fois expérience vécue et perles de la sagesse populaire. Voir http://journalmetro.com/local/saint-laurent/actualites/982680/celebrations-entre-modernite-et-tradition/

Plus de détails sur l’ensemble des projets au http://www.375mtl.com/devoilement-programmation-quartier/  et dans l’onglet ci-haut  «Tricot du peuple».

Tricot du peuple 2012-12-gros plan- (6)

Le Tricot du peuple (détails) fait par le peuple, 2012-2015. Médiatrice et artiste : Ève Marie

Pour pousser plus loin votre réflexion sur l’importance de la conversation sociale dans une société anomique, solitaire et déstructurée sur le plan des relations humaines comme celle tristement devenue la nôtre, saviez-vous que :

«Selon Paul Hawken, auteur et activiste écologique, nous ne sommes conscients ni de notre importance ni de notre valeur dans notre société désordonnée et déstabilisée. » « Il n’est pas facile pour chacun d’entre nous de se sentir relié aux autres, de comprendre ce monde désordonné et déstabilisé et d’y trouver sa place. Bien des gens se demandent : Que puis-je faire? Par où commencer? À qui parler? Comment comprendre ce qui se passe? Comment tout cela me concerne-t-il?»

«La conversation est peut-être un des moyens les plus efficaces d’apprendre, de créer des liens et de trouver un sens à toute chose. Ce sont bien souvent les conversations informelles, plutôt que les propos structurés dans les salles de classe, les nouvelles du bulletin de 18 heures ou les petites phrases de 30 secondes énoncées par des experts, qui nous en apprennent le plus sur le monde. Pour la plupart d’entre nous, les conversations sont au cœur de nos relations. Elles constituent le principal moyen de communiquer avec nos amis, notre famille et même des inconnus dans l’autobus.» Elisabeth Hall, Percolab, Montréal, http://www.percolab.com/des-conversations-qui-recr%c3%a9ent-le-monde/

 

Scène de théâtre-forum organisé par ADT quart-monde

L’animation sociale et culturelle au théâtre

Une récente demande d’animation pour une pièce de théâtre m’a fait replonger dans le sujet. Comment le théâtre peut-il servir de lieu de prise de parole, de prise de conscience personnelle et politique ? Non plus des spectateurs passifs mais des acteurs intervenants dans leur vie/dans la pièce jouée devant eux et elles pour être des «spect-acteurs»? Comment faire la synthèse de ces pratiques variées dans une perspective de médiation culturelle?

C’est à ces questions que le psychiatre, psychosociologue et éducateur américain-roumain J. L. Moreno a répondu dans les années ’30 avec le psychodrame. Plus récemment, dans une veine de thérapie de groupe plus controversée, avec des recherches et expérimentations issues de la gestalt, Bert Hellinger a fondé les groupes de constellations familiales/systémiques. Dans le domaine de la création, des années ’60 à 2000, l’homme de théâtre brésilien A. Boal avec créé le théâtre de l’opprimé et ses différentes et passionnantes déclinaisons du théâtre-forum, théâtre de l’introspection, théâtre législatif  et théâtre invisible, dont on a moins entendu parler ces dernières années à Montréal.

Une séance de constellation familiale

Je me souviens, il y a quelques années, alors que je militais dans une asso étudiante à l’UQÀM, nous avions utilisé le théâtre invisible pour dénouer une impasse dans la prise de décision. D’ailleurs, si ma mémoire est bonne (référence-souvenir de mes études en animation et recherches culturelles), le psychosociologue, ethnologue et pédagogue français Georges Lapassade, avait aussi utilisé cette technique pour résoudre un problème organisationnel et un conflit lors de la création de l’UQÀM et d’un de ses syndicats, à la fin des années ’60.

 

REVUE DE PRESSE :

La médiation culturelle

«On entend par les activités de médiation culturelle des initiatives qui créent une opportunité de rencontres et d’échanges personnalisés favorisant l’apprentissage et l’appropriation de la culture par les clientèles les plus éloignées de l’offre culturelle professionnelle. Ces actions mettent l’accent sur un travail de contact et permettent de faire le pont entre le citoyen et l’activité culturelle.» Source : Ville de Montréal, Programme montréalais d’action culturelle

La médiation culturelle est une forme plus récente [années ‘70] et élaborée de l’animation culturelle – tant sur le plan de la pratique professionnelle et de la relation avec le public que du discours et de l’action étatiques – du fait de sa portée politique et civique. En effet, la médiation culturelle, telle que conçue par les décideurs politiques et par les intervenants culturels, ambitionne de travailler conjointement au niveau du sens (la vie avec la pensée) et au niveau du vivre ensemble. Ce mode d’intervention culturelle vise à restaurer le lien social et à inventer de nouvelles socialités en cherchant à faire le pont entre l’individu et la collectivité, la culture et le politique, l’art et la société. Elle implique donc une transformation des rapports sociaux en même temps qu’une évolution importante des transmissions culturelles.

Ainsi, l’animation culturelle se transforme en médiation culturelle du moment où les pouvoirs publics prennent en charge ses idéaux dans le cadre de programme d’actions volontaristes en direction de certains publics (prisonniers, malades, handicapés), zones en difficulté (banlieues, zones rurales), groupes sociaux particuliers, et en reconnaissant et en encourageant la création de nouveaux lieux d’activités et en privilégiant de nouveaux contenus artistiques ou de nouvelles méthodes.

Les approches et les activités en médiation culturelle s’articulent et se réinventent en fonction de la diversité et du renouvellement continuel des pratiques et des goûts culturels, souvent composites sur le plan individuel, allant de pair avec la diversité des modes de vie. Source : Ministère de la Culture et des Communications (France)

Une forme d’éducation populaire : «La médiation culturelle des arts est « l’action de mettre en relation un public avec une œuvre, par l’intermédiaire d’une institution culturelle ou à l’occasion d’une manifestation. »

«Deuxièmement, les définitions des médiations sociales, contenant en arrière-plan la notion de conflit, s’appliqueraient également aux caractères sociologique et sémiotique de la médiation culturelle, dans le premier cas en situant l’œuvre d’art dans son contexte social et dans l’espace public et, dans le deuxième cas en définissant, selon Lamizet, « […]la médiation culturelle [comme] un système de signifiants qui représente la sociabilité en lui donnant un sens pour nous-mêmes et pour les autres. » Lamizet poursuit : « la médiation représente l’impératif social majeur de la dialectique entre le singulier et le collectif [de la sociabilité] et de sa représentation dans des formes symboliques. » in Lamizet, Bernard, La médiation culturelle. Paris/Montréal : L’Harmattan, p. 40.

 

« La médiation culturelle est un projet politique de mise en commun des œuvres de l’art et de la culture. »

« Le travail de la médiation est éminemment politique, sorte de propédeutique à la politique, en tant qu’elle est non l’exercice ou la recherche de domination mais de pouvoir (le pouvoir est ce qui permet d’agir ensemble). Le médiateur participe ainsi à l’institution symbolique d’un monde commun où différents discours sont possibles ensemble, sans exclusive». Elisabeth Caillet, inédit, 2000

 

«S’il fallait re-donner un sens à la notion de médiation, aujourd’hui banalisée au point de qualifier tout processus de mise en relation, le mythe de Babel pourrait servir de cadre de pensée. Ce mythe exprime, en effet, la nécessité de distinguer la double fonction de la médiation : d’une part établir les liens entre les hommes, dans le temps présent et à travers les générations ; d’autre part, introduire la visée d’un sens qui dépasse la relation immédiate pour se projeter vers l’avenir.» Jean Caune, Pour une éthique de la médiation, Pug, 1999, p. 12.

Autres références :

Faire « sortir » le soi

« Se dire » dans l’entre-soi : une technique très romantique

Élargir le format acceptable de la narration

Se protéger, se représenter par la mise en scène

Un soi masqué, costumé, mesuré et destiné à rencontrer un public

Entre l’individuel et l’universel : enfiler un costume pour sortir de l’histoire singulière

 

LE THÉÂTRE-FORUM (théâtre de l’opprimé) et ses déclinaisons

Le théâtre-forum, «cette technique artistique et révolutionnaire a été inventée et codifiée par le regretté Augusto Boal (1931-2009), metteur en scène et comédien brésilien. Son travail est perpétué par des centaines de troupes théâtrales, sur les 5 continents.»

«La méthode:

Le public qui assiste à une histoire injuste, douloureuse, est invité à réagir, à proposer des solutions et à les mettre en œuvre sur scène.

Le spectateur devient alors acteur et joue sa proposition avec l’aide des autres acteurs présents sur scène.

Le public quittance (déclare quitte) et synthétise les solutions trouvées. La recherche de pistes se fait collectivement.»

« Le théâtre de l’opprimé cherche [donc] le contraire de la catharsis : il vise la dynamisation des spectateurs » [8] en vue de transformer la réalité. Ainsi, dans le cadre du théâtre-forum, on peut se lever et intervenir sur le cours des choses. Et cette dynamisation se prolonge en dehors de la salle ; elle donne le désir de reprendre l’initiative politique dans la vie de tous les jours. Dans le théâtre introspectif, on tente de mettre en question ses blocages affectifs pour pouvoir mieux réaliser ses désirs intimes. Quand on parvient à dépasser, dans le groupe restreint, les situations de souffrance qu’on a mises en scène et en question, ces victoires peuvent se prolonger dans la vie réelle.» in http://nopasaran.samizdat.net/spip.php?article1230

«Étapes de la conception et de la réalisation :

Chacune de nos productions se développe en étroite collaboration avec vous. L’élaboration de la stratégie de conception et de réalisation se forme lors de la première rencontre de contenu et se définit suite à l’atelier de « documentation vivante », ce qui assure la forme théâtrale la plus pertinente pour rejoindre votre public:

Le psychodrame

Bien avant le théâtre-forum, une forme thérapeutique beaucoup moins connue, le psychodrame est «inventé par Jacob Levy Moreno, psychiatre et psychologue américain d’origine roumaine, dès les années 1930-1932. Le premier avatar du psychodrame est le « Théâtre spontané« , que Moreno explore dès 1921. […] Moreno dit : « Comment cela s’est-il passé? Montrez-moi. »  Sa méthode, fondamentalement humaniste, s’est développée dans le monde entier. […] Moreno propose de mettre en action la complexité d’une situation réelle, semi-fictive ou imaginaire plutôt que d’en parler. […] D’après Laurent Schachmann, un des rares psychothérapeutes à l’utiliser au XXIe siècle, « le théâtre spontané présente l’avantage de permettre un travail complètement déconnecté du mental ». Mais il insiste sur l’importance du feedback que le thérapeute facilite, « sans lequel le théâtre spontané ne serait qu’un aimable divertissement ».»

«En psychodrame classique, l’être humain est conçu comme étant un « être relationnel, dont la spontanéité et la créativité sont les piliers qui lui permettent d’actualiser ses interactions et les rôles intériorisés qu’il utilise» «Pour Moreno, il y a deux piliers, fondamentaux et reliés, de la santé: la spontanéité et la créativité.»

C’est une «forme de thérapie utilisant la théâtralisation dramatique [du vécu du client] au moyen de scénarios improvisés, et permettant la mise en scène [et l’externalisation] de névroses. Le psychodrame est aujourd’hui utilisé en thérapie de groupe, en thérapie familiale ou en thérapie individuelle.» C’est aussi une technique novatrice et créative utilisée par des psychosociologues pour dénouer des crises ou des conflits organisationnels.

 

  • Collaborateurs potentiels :

http://mediationculturelle.culturepourtous.ca/articles/luniversite-autrement/

http://mediationculturelle.culturepourtous.ca/

http://miseaujeu.org/index.php?page=accueil

en tournée : http://www.zinneke.org/-C-est-quoi-Zinneke-

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