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Facebook

Le centre de serveurs de Facebook, en Suède. «Le droit fondamental à une intimité sans encombre est rendu caduc par l’usage abusif des avancées technologiques par les États et par des entreprises dans leurs activités de surveillance.» Crédit photo : Agence France-Presse, Jonathan Nackstrand

[Voir l’extrait de mon récit poétique «Le Fiel à la bouche» à la fin du texte.]

Pour faire suite à mon article critique sur l’impact numérique dans l’éducation, (https://evemarieblog.wordpress.com/2013/07/23/quand-lindustrie-numerique-sabote-leducation) je veux relayer une information qui me semble essentielle : 562 écrivains de renom de 80 pays, dont 5 prix Nobel, ont récemment publié dans tous les grands journaux du monde une lettre qui s’adresse aux Nations Unies pour dénoncer la surveillance numérique institutionnelle et titrée :

« Refusons la société de surveillance! ».

Essentiellement, en plus de critiquer la violation du droit à la vie privée et de la Constitution par les États et des entreprises, ils réclament des Nations Unies une « déclaration internationale des droits numériques » :

«Le pilier de la démocratie est l’intégrité inviolable de l’individu. L’intégrité humaine s’étend bien au-delà du corps physique. Dans leurs pensées et dans leur environnement personnel et de communication, tous les êtres humains ont le droit à une intimité sans encombre. Ce droit fondamental est rendu caduc par l’usage abusif des avancées technologiques par les États et par des entreprises dans leurs activités de surveillance.

Une personne placée sous surveillance n’est plus libre ; une société sous surveillance n’est plus une démocratie. Pour rester valides, nos droits démocratiques doivent s’appliquer aussi bien dans le monde virtuel que dans le monde réel. La surveillance viole la sphère privée et compromet la liberté d’opinion.» Les 562 écrivains, 11-12-2013 (1)

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Depuis longtemps, je suis préoccupée par la confidentialité des communications sur Internet et la notion de vie privée dans un monde de plus en plus numérisé.

J’écris ici, je crois, un des mes plus étranges textes. J’ai l’air de sauter du coq à l’âne, mais à la fin, à vous de faire les liens… Je suis une pensée plus latérale que linéaire, une pensée que je découvre moi-même au fil de l’écriture…

Grosse parenthèse. Dans un récit que j’ai écrit en 1995 « Le Fiel à la bouche » (inédit) et dont l’action se passait dans un proche avenir, je mettais en scène une héroïne, Amanda, qui devient aveugle suite à une morsure d’un de ses serpents dont elle est amoureuse, et ce pendant une guerre du genre phase 2 postKoweit alors que des terroristes font sauter quelques églises de Montréal dans un climat de peur, de suspicion préfolie collective… Quand j’ai écrit ça, ce sont les éditeurs et mes quelques lecteurs qui pensaient que j’étais devenue un peu « guerlot », comme on dit par chez nous… On connait la suite… Septembre 2001. Au Canada, loi anti terrosrste donnant plus de pouvoir à la police et aux services secrets, suspension de certains articles de la Constitution pour certains prisonniers, et de plus en plus d’actes terroristes dans la population civile dans le monde, genre de nouvelle guerre larvée prenant pour cible au hasard des non-militaires, des passants des grandes villes … (2)

Malheureusement, la réalité est devenue pire que ma fiction… Cependant, je suis aujourd’hui plus optimiste qu’à l’époque (il y a 20 ans), je sens que le vent tourne enfin… mais c’est à chaque citoyen de souffler dessus pour qu’il gonfle définitivement et prenne vraiment son envol. C’est pour cela que j’écris moi aussi. Voici, en très bref, pourquoi.

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The Million March Man à Washington d.c., 1995

Dans le milieu des années ‘90, lorsque j’ai écrit « Le Fiel à la bouche », les technologies des fibres optiques commençaient à peine à être développées et Internet n’était pas encore connu dans le grand public. Le déclencheur de ce récit a été une nouvelle que j’avais enregistrée par hasard à la radio et relatant cette très grosse manifestation organisée par « Nation of Islam », un mouvement communautaire, politique et religieux américain (légal) musulman-noir, évènement appelé aussi « The Million Man March », à Washington. Cette «marche» n’était pas ouverte aux femmes ni aux blancs. J’avais été… disons… très… pertubée… impressionnée… dérangée… par cet événement.

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Malcom X, en 1964. Crédit Photo : wikipédia

Nation of Islam a eu Malcom X comme porte-parole et organisateur, dans les années ’50 au début ‘60 (mais il été assassiné par des membres de son Mouvement après avoir critiqué son association pour racisme à l’envers [contre les blancs], avoir quitté NOI et pour s’être intéressé à une autre branche de l’islam). L’Association est dirigée depuis 1978 par Louis Farrakhan. À l’époque, je ne me suis pas renseignée sur cette association pour écrire. Comme la plupart des citoyens, je ne réalisais pas la gravité de la tension entre musulmans et chrétiens qui se dessinait peu à peu; pour moi, c’était juste un (curieux) déclencheur.

J’avais plutôt choisi une écriture impressionniste, voire automatique et sans contredit surréaliste. Ce n’est pas ma tête qui a écrit, mais ma main et mon cœur. J’ai moi-même été surprise de l’étrange résultat qui en est sorti… C’était aussi l’avis des éditeurs que j’avais approchés pour sa publication… J’ai aussi soumis mon récit de « fiction » plusieurs fois  aux concours de Radio-Canada en tout ou en partie, mais sans jamais qu’il ne soit remarqué… et pourtant. L’actualité, 20 ans plus tard, me donna raison. Fin de la parenthèse.

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Edward Snowden

Edward Snowden, 2013. «Une question de conscience», «Mission accomplie», dit-il, “All I wanted was for the public to be able to have a say in how they are governed,” dans son interview au WP fin décembre 2013.

« Le programme baptisé MUSCULAR, et opéré avec l’homologue britannique de la NSA/FBI, le Governement communications headquarters, permet aux agences de renseignements de récupérer des données depuis les fibres optiques utilisées par les géants d’Internet, selon des documents obtenus auprès de l’ex-consultant de la NSA Edward Snowden. […] Ces interceptions mises en œuvre par la NSA auraient eu lieu en dehors des États-Unis, grâce à un fournisseur d’accès télécoms dont le nom n’a pas été révélé.» Le Devoir, 31-10-13. Nous saurons par la suite qu’il s’agit du fournisseur Verizon.

«Le chef de la NSA, le général Keith Alexander, interrogé sur les allégations du Washington Post lors d’une conférence à Washington, a assuré ne pas être au courant de leur publication.» Le Devoir, 31-10-13

«With assistance from private communications firms, the NSA had learned to capture enormous flows of data at the speed of light from fiber-optic cables that carried Internet and telephone traffic over continents and under seas. According to one document in Snowden’s cache, the agency’s Special Source Operations group, which as early as 2006 was said to be ingesting  »one Library of Congress every 14.4 seconds, » had an official seal that might have been parody: an eagle with all the world’s cables in its grasp.» Washington Post, 23-12-13

«La plupart de ces données, par définition et par destination, a appartenu à des gens ordinaires qui n’étaient soupçonnés de rien.» trad. du Washington Post, 23-12-13, sur le Réseau international.net*

«I said to you the only fear [left] is apathy — that people won’t care, that they won’t want change, he recalled this month.» Edward Snowden, Washington Post, 23-12-13

«Using PRISM, the cover name for collection of user data from Google, Yahoo, Microsoft, Apple and five other U.S.-based companies, the NSA could obtain all communications to or from any specified target. The [U.S.] companies had no choice but to comply with the government’s request for data.

NSA is watching youBut the NSA could not use PRISM, which was overseen once a year by the surveillance court, for the collection of virtually all data handled by those companies. To widen its access, it teamed up with its British counterpart, Government Communications Headquarters, or GCHQ, to break into the private fiber-optic links that connected Google and Yahoo data centers around the world.» Washington Post, 23-12-13

Concrètement, PRISM (4) utiliserait des «accès dissimulés»  dans les applications numériques des TIC installées par les citoyens ordinaires eux-mêmes (comme pour M. et Mme Patate dans la vidéo ci-dessous) dans leurs ordinateurs, téléphones, et tablettes du monde entier et acquises auprès des compagnies numériques qu’on croyait pourtant honnêtes et respectables… Voir l’explication du fonctionnement de cet espionnage du citoyen dans ce court vidéo d’animation, à l’humour caustique, fait par le journal Le Monde, en cherchant sur cette page la «famille patate» (3). On ne sait pas encore quelle est l’implication du Canada dans ce scandale, mais il est évident que les services secrets canadiens ont été impliqués, il reste à savoir comment et jusqu’à où…

Que peut-on faire à notre petite échelle ? Commencer par changer de moteur de recherche et de compagnie de courriel; un ami qui fait des sites Internet me conseille Ixquick, dont le siège social est au Pays-Bas. Personnellement, j’utilise le navigateur internet Mozilla Firefox qui est un logiciel libre, et plus facile d’utilisation que l’Explorer de Microsoft. Quitter tous les réseaux sociaux qui nous suivent à la trace, Faceb, Skype et consort : plusieurs ont été payés par la NSA pour qu’ils leur laissent accès à leurs données, selon le Washington Post (4). J’utilise aussi les services internet de mon ancienne université, l’UQÀM et je suis très satisfaite de leur excellent service à la clientèle. Toutes les autres techniques de résistance se trouvent dans un brillant article de A. Damasio «701 000 heures de garde-à-vue», dont la référence est dans les commentaires à cet article, ci-dessous.

À mon avis, dans un proche avenir se développera des coops sans but lucratif de services internet, seule manière de sortir de cette terrifiante logique du profit, du renseignement et du contrôle social à la G. Orwell (à relire : son chef d’œuvre «1984», écrit en 1949 en plein guerre froide, et revoir le très bon film de Terry Gillian «Brazil» basé sur son livre et sa relecture dans le film «La Matrice/The Matrix» de Andy et Lana Wachowski ).

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En effet, un de mes chapitres du Fiel à la Bouche (1995) faisait état en toile de fond des mésaventures d’Amanda, mais sans donner de détails, d’un scandale international ayant pour objet la fibre optique. Et dont les principaux protagonistes étaient jugés devant des tribunaux militaires! Je ne croyais pas si bien dire! Depuis ce temps, je me demandais bien ce que signifiait ce passage, et si un jour il se réaliserait et comment ? Quelle ne fut pas ma surprise 15 ans plus tard, en octobre dernier (2013), d’apprendre que la National Security Agency américaine (NSA) et l’agence d’espionnage britannique utilisaient les réseaux de… fibres optiques des Yahoo, Apple, Google, Facebook, Microsoft, Twitter, Skype et deux autres compagnies américaines pour se renseigner sur des innocents citoyens!!! Et que mon héroïne de récit de fiction serait en fait, un vrai héros américain en chair et en os, réfugié en Russie contre son gré… du nom d’ Edward Snowden !

Depuis le 22 juin, il est accusée par les États-Unis d’espionnage, de trahison, de vol et d’utilisation illégale de biens gouvernementaux. Lui se défend pour l’instant en disant qu’il n’a fait que suivre la Constitution américaine, que son intention est d’améliorer les processus de la NSA et de provoquer un débat public, non de nuire à son pays. Il dit suivre sa conscience en se dégageant de la «peur égoïste» des conséquences d’un tel geste de transgression du ronron technocratique, prétotalitaire, où l’omerta est de mise pour conserver ses privilèges… Voilà comment la corruption et la laideur se répandent à tous les niveaux de notre société… et que Snowden dénonce dans un geste d’éclat avec peu de précédents.

En décembre 2013, Snowden a donné un entrevue au Washington Post (5). Selon le journaliste-photographe Jean-François Nadeau, Snowden bénéficie maintenant d’un large appui populaire. Cependant, aperçu dans la blogosphère, des citoyens et surtout des hauts gradés qui ne peuvent croire un tel niveau d’idéalisme parce qu’ils ont perdus eux-mêmes cette grande qualité spirituelle ou qu’ils ont eu à faire des «compromis» avec leur intégrité (6). Ils cherchent des intentions cachées, le dénigrent, le salissent, technique bien connue pour détruire la réputation et l’attention qu’on donne à une personne. Il y a pourtant des êtres dont la conscience reste à ce niveau-là. Quand ils sont jeunes, ils prennent aussi plus de risques (7). Alors, que fera-t-il dans les 5 prochaines années de sa vie ? Ses nerfs tiendront-ils le coup de toute cette pression ? En attendant, un ami russe architecte de données me dit que Snowden travaille maintenant comme programmeur-vedette pour l’équivalent Facebook russe, Vkontacte. Il est évident qu’il ne pourra pas se cacher le reste de sa vie. Les États-Unis ont déjà reconnu les excès du programme. L’État négociera-t-il avec son ex-consultant ? Les pressions de l’opinion publique feront-elle la différence ? D’autres informations viendront-elles boucler la boucle de l’inacceptable et de l’intolérable ? C’est fou comme on s’est habitué à cela! Des événements comme celui-là viennent heureusement secouer l’aliénation et l’aveuglement tranquille de nos sociétés relativement confortables dans nos mensonges quotidiens…

Grâce à lui, on se dit qu’au moins le pouvoir judiciaire fonctionne encore dans ce pays, parce qu’un juge d’une cour américaine a pu statuer :

«On Dec. 16 [2013], in a lawsuit that could not have gone forward without the disclosures made possible by Snowden, U.S. District Judge Richard J. Leon described the NSA’s capabilities as “almost Orwellian” and said its bulk collection of U.S. domestic telephone records was probably unconstitutional.»[…] «The following day, an advisory panel appointed by Obama recommended substantial new restrictions on the NSA, including an end to the domestic call-records program.

“This week is a turning point,” said the Government Accountability Project’s Jesselyn Radack, who is one of Snowden’s legal advisers. “It has been just a cascade.”» Washington Post, 23-12-13

Finalement, Snowden a fait ses vœux de Noël au sujet de l’importance de la protection de la vie privée, juste plein de bon sens, qu’il a envoyés au Channel 4 et qui sont ici retransmis et traduits par le journal Le Monde (8).

Ed Snowden est un lanceur l’alerte. Il n’a pas mis la vie de personne en danger par ses révélations. Il a passé par des médias reconnus qui ont l’expertise pour vérifier, valider et révéler ce genre de scandale, en protégeant leur source. Il a mis sur la place publique un autre débat sur la démocratie et la transparence de l’État. Il a enfreint les lois de son employeur, mais il a respecté le 4e amendement de la Constitution américaine relatif au respect de la vie privée. En ce sens, sa transgression devrait être en majeure partie pardonnée. Il faudrait relire les conclusions du procès du Nuremberg sur le respect de sa conscience et de devoir moral, lorsqu’on reçoit un ordre de l’armée qui nous semble injustifiable. Néanmoins, sans être naïfs, prenons garde que cet éventuel pardon et ces nouvelles mesures que viennent d’annoncer le comité d’analyse de la NSA nommé par le président Obama pour desserrer les contrôles des services d’espionnage ne produisent pas le contraire que ce qu’elles sont supposées ouvrir.

Des compagnies privées numériques américaines ont aussi participé à cet espionnage moyennant argent, ce qui est très grave. Mais cet espionnage non étatique se faisait déjà pour le développement des affaires et le marketing de ces compagnies et il tend à se développer rapidement avec la mise en marché des innovations d’«objets connectés» (lunette, montre, bracelet, ‘mother’, vêtement intelligent, etc.). Ces nouveaux objets ne soulèvent pas seulement des enjeux légaux, mais des enjeux psychosociaux en mettant en place un genre de terrible surmoi culturellement orienté (américain, encore!) qui ferait retourner Freud plusieurs fois dans sa tombe…(9) Infantilisation, aliénation volontaire à vie ? Non merci!

cyber-surveillanceDans un excellent dossier spécial du journal Le Devoir du 11 janvier 2014, on apprend par le journaliste Fabien Deglise que «La question de la transparence est centrale dans le développement de ces technologies» dit Jonathan Roberge, de l’INRS. «Mais elle est aussi problématisée.» «Cette connectivité des objets ne va pas être contrôlée par des millions d’entreprises, mais par une oligarchie assez réduite à qui l’on est en train d’octroyer une capacité transformative faramineuse.» «Une dérive qui, selon le prof de droit Simon Chesterman, de l’Université de Singapour, commande désormais une nouvelle connexion, rapide cette fois, ‘sur plus de transparence’ de la part de ces multinationales […] peut-on lire  dans les pages numériques du Tech in Asia (10).

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Cildo Meireles, «zero dollar bill», 1978 : résister à l’oppression capitaliste

Heureusement, mon récit du Fiel à la bouche finit bien (ou mal, c’est selon) et j’ai l’étrange impression qu’il se réalise justement à ce moment-ci dans mon histoire de vie. En voici deux extraits : celui dont je vous parle plus haut et le final.

LE FIEL À LA BOUCHE (extrait, 1995)

-chapitre 23-

La crise internationale s’est calmée. On commence à parler de paix. J’habite maintenant aux appartements communautaires. Je travaille quelques heures par semaine pour le Centre de recherche énergétique. Grâce à ce que je perçois maintenant, je peux détecter facilement toutes les défaillances de leurs nouveaux systèmes électromagnétiques.

Peu à peu, les souvenirs de mon ancienne vie me reviennent. Tout le fil conducteur en devient évident. Au fur et à mesure que je raffine mon œil intérieur, la perception de mon propre mystère s’éclaircit. Je vois les pensées circuler de plus en plus clairement. Ce sont des lignes oblongues autour de moi qui finissent par former un réseau de lianes tressées très serrées. Elles m’empêchent de circuler à mon aise. Je vois comment j’ai aimé ma cage mais aussi combien elle m’a fait pleurer.

Peu à peu, je vois autour de moi comment le tressage de mes pensées laisse de plus en plus passer de fins rayons de lumière. Cela semble avoir un impact sur les gens autour de moi et même sur le lieu où j’habite. Les objets se brisent beaucoup moins souvent. Je sens une nouvelle chaleur. J’entends plus de rires. Les érables ne pleureront plus en avril.

-chapitre 24-

Il y a eu de gros changements au niveau des Réseaux Internationaux de câbles optiques. Certains Réseaux sont maintenant devant les tribunaux militaires. On commence à peine à comprendre ce qui a provoqué la guerre. Je suis cela de très loin, mais j’avais remarqué des interférences depuis longtemps sur certaines lignes numérales. Mais personne ne m’avait prise vraiment au sérieux.

Les paysages paradisiaques que j’imaginais lorsque j’étais jeune me reviennent à l’esprit de plus en plus souvent. Je me sens aussi légère qu’une plume au soleil. Même ma robe s’envole.

 Nous ferons pousser un jardin d’amarantes. Nous mangerons des écorces de serpents au soleil. Voici venir l’état de grâce.

-chapitre 26-

 Quand ils entrent au-dedans de mes rêves, nous mangeons des coquelicots rouges et ils font de la musique. Nous prenons seulement ceux qui repoussent facilement pour ne pas en manquer. On les reconnaît facilement car ils sont plus beaux que les autres. Nous buvons l’eau à la bouche et elle nous raconte son ivresse. Chacun de nos gestes se forme à la manière d’une prière suave au Soleil. Nous sommes dans l’ivresse de Dieu, tous réunis. Nous voyons la racine et la cime des arbres d’un seul coup d’œil. L’est et l’ouest se trouvent au même endroit. C’est toujours le jour et c’est toujours la nuit en même temps. Il faut cultiver la joie pour y rester.

Le bassin des larmes perpétuelles a été inauguré. Tous ceux qui ont envie de pleurer viennent s’y laver. Les cygnes nous regardent, amusés. Jamais œuvre humaine n’eut le pouvoir d’attirer tant de monde. La filée fait plusieurs fois le tour de la Terre comme un grand jardin électrique branché sur la même fréquence… vue d’une autre planète, la Terre a maintenant l’air d’une comète dans sa robe du dimanche matin.

 

FIN

extrait inédit de « Le Fiel à la bouche » 1995, Ève Marie Langevin,  bientôt en CD

(à la recherche d’un éditeur)

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(1) Voir la lettre complète au http://www.ledevoir.com/societe/justice/394827/refusons-la-societe-de-surveillance?utm_source=infolettre-2013-12-11&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

Pour aller plus loin, il y a eu aussi un éditorial très inspiré dans le journal Le Devoir et une opinion très pertinente d’un professeur de gestion de l’Université McGill, Montréal : « Résister à la déshumanisation électronique du monde ». Voir http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/394954/appel-a-la-liberte

http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/394956/resister-a-la-deshumanisation-electronique-du-monde

(2) Voir à ce sujet mon texte archivé de 2001 au https://evemarieblog.wordpress.com/2012/11/02/declaration-pour-un-monde-sans-guerre-et-sans-violence/

(3) http://www.lemonde.fr/technologies/article/2013/12/04/la-nsa-localise-pres-de-5-milliards-de-portable-par-jour-dans-le-monde_3525520_651865.html#xtor=EPR-32280229-[NL_Titresdujour]-20131205-[titres]

(4) http://www.washingtonpost.com/world/national-security/nsa-paying-us-companies-for-access-to-communications-networks/2013/08/29/5641a4b6-10c2-11e3-bdf6-e4fc677d94a1_story.html

Plus de détails sur PRIM au http://www.lemonde.fr/international/infographie/2013/06/11/le-programme-prism-en-une-infographie_3427774_3210.html

(5) Voir son entrevue complète au http://www.washingtonpost.com/world/national-security/edward-snowden-after-months-of-nsa-revelations-says-his-missions-accomplished/2013/12/23/49fc36de-6c1c-11e3-a523-fe73f0ff6b8d_story.html ou en traduction française au http://reseauinternational.net/2013/12/26/edward-snowden-apres-des-mois-de-revelations-sur-la-nsa-dit-que-sa-mission-est-accomplie/

(6) Comme autres exemples croisés, il y a eu aussi aux États-Unis cette année, le soldat Bradley Manning qui a été reconnu coupable de la plus grande fuite de documents secrets aux États-Unis. Il a pris 35 ans de prison. Plus près de nous,  à une autre niveau, la fonctionnaire canadienne Sylvie Therrien a été congédiée et critiquée comme une paria pour avoir eu l’intégrité de révéler ce qui lui semblait contraire aux objectifs du programme d’assurance-emploi, soit des informations sur les quotas secrets du programme  du gouvernement fédéral. Dans leur campagne de soutien de 40,000 $ organisé par le Conseil national des chômeurs et chômeuses, une contributrice a écrit très justement : «Vous êtes un exemple de courage et d’intégrité à une époque de cynisme, de corruption, et d’individualisme… Bref, merci pour ce geste, vous êtes une femme remarquable.» Marie-S.

Au Québec, un autre lanceur d’alerte dans le domaine des syndicats de la construction et des fonds syndicaux de solidarité, associés au plan de pension (REER) à la centrale syndicale FTQ, est le très courageux Ken Pereira  (ex-directeur du local des mécaniciens industriels), alors qu’on vient d’apprendre à quel point les dirigeants de la FTQ-Construction étaient en contact avec le milieu criminalisé.

Les lanceurs d’alerte qui travaillent pour le bien commun devraient être mieux protégés par la loi, sans tomber dans la dérive des systèmes de délation tels que l’ont connu les pays communistes.

(7) Au Québec, nous avons vu et vécu de très nombreux exemples de ce genre de manifestation de l’être pendant le «printemps érable» de 2012.

(8) Vœux de Noël : http://www.lemonde.fr/technologies/video/2013/12/25/les-v-ux-de-noel-d-edward-snowden_4339825_651865.html

(9) http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/397064/nouveaux-gardiens-de-la-morale

(10) http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/397065/une-transparence-a-deux-vitesses

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MISE À JOUR

LA PRESSE (journal quotidien à Montréal) 20-01-2015 :

  • «Au Canada, le Centre de la sécurité des télécommunications a participé à cueillette.»
  • «Le groupe d’étude de la Maison-Blanche a conclu que la NSA était allée trop loin.»

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Voir aussi la Déclaration d’Ottawa sur la surveillance de masse au Canada.

J’ai mis aussi d’autres mise-à-jour dans les «commentaires» ci-dessous.

Student Protests; la tricoteuse du peuple

La tricoteuse du peuple, microaction «On se tricote un avenir» à la manif de soir du 1er juin 2012 contre l’augmentation des frais de scolarité et la loi 78. Crédit photo -Graham Hughes- CP

QUOI FAIRE??? Ma santé mentale, mon respect de moi-même, ma reconnaissance professionnelle sont  en jeu à mon travail, tout comme vous, probablement ? Pas question de me laisser aliéner. Je suis une professionnelle compétente, une spécialiste de ma matière, le français langue seconde, même si je n’ai pas le fameux papier qu’on m’exige subitement, après dix ans de valeureux travail. Alors, faisons deux choses ensemble : d’abord réfléchissons sur la surérogation, ces actes héroïques dont les exemples récents de Assange, Snowden, Manning, Weiwei ou Spence peuvent nous inspirer, mais créons-les à notre niveau, à notre travail de tous les jours. Partageons nos expériences d’actions «héroïques», puis créons nos propres scénarios et dispositifs de microactions grâce à de l’auto/intercoaching de groupe, en jouant au jeu du miroir, inspirées par les formes de théâtre participatif d’Augusto Boal, le théâtre de l’opprimé et par les actions de révélation collective et l’ethnométhodologie du psychosociologue Georges Lapassade (2). Voyons quelles actions citoyennes nous avons faites et celles que nous pourrions développer.

Ne plus avoir peur, tel est notre devoir. Il s’agit d’un retournement où le devoir d’accomplir quelque chose d’héroïque dans notre milieu de vie (travail, famille, réseaux) est plus important que nos droits. Précisément, accomplir de telles actions de simple héros et héroïne dans le proche quotidien, multiplié par deux, vingt, cent, mille personnes peuvent  finir par avoir un impact réel et créer un effet d’entrainement. Ces actes Ubuntu* nous permettent aussi, à un niveau spirituel, de dépasser justement notre peur et d’être les dignes enfants de ce que nos parents nous ont appris, en poussant plus loin par amour  leur propre expérience. Quand l’amour remplace la peur… on ne sait pas ce qui peut arriver de merveilleux.

* »A person with Ubuntu is open and available to others, affirming of others, does not feel threatened that others are able and good, based from a proper self-assurance that comes from knowing that he or she belongs in a greater whole and is diminished when others are humiliated or diminished, when others are tortured or oppressed » Archbishop Desmond Tutu

La tricoteuse du peuple vous invite à la RÉOCCUPATION DU COEUR DE L’ILE d’Occupons Montréal,  le 14 juillet à 12 h, au parc Molson.

Inscription sur notre meetup au http://www.meetup.com/Occupons-le-Parc-Molson-12-14-juillet-2013/

Plus d’info dans mon blogue précédent (24 juin 2013) «La tricoteuse du peuple lance un cri du cœur à son employeur, la CSMB» : https://evemarieblog.wordpress.com/2013/06/24/la-tricoteuse-du-peuple-lance-un-cri-du-coeur-a-son-employeur-la-csmb/

Voir aussi ma série d’articles sur le sujet des groupes de discussion :

https://evemarieblog.wordpress.com/2012/09/13/histoire_conversation_salons_groupe-de-discussion/

https://evemarieblog.wordpress.com/2013/06/04/histoire-active-des-salons-de-conversation-devenus-conversations-de-cuisine-2/

https://evemarieblog.wordpress.com/2013/09/21/groupedediscussion_democratie/

«Une personne dotée d’Ubuntu se démarque par son ouverture d’esprit et sa disponibilité aux autres. Elle s’exprime à propos d’autrui comme s’il s’agissait d’elle-même (elle sait faire preuve d’empathie et défendre celles et ceux qui sont dans le besoin), et jamais elle ne se sent menacée par les autres, sous prétexte qu’ils pourraient faire mieux qu’elle ou tout simplement faire bien (ou faire du bien…). Ces capacités de se mettre à la place des autres et de se dévouer à des causes qui la dépassent, sans souci de la gloire, semble provenir d’une juste confiance en soi qui s’expliquerait par le fait qu’elle (ou il) appartient à un ensemble plus large, un tout global. De cette intuition découle pour les personnes ayant de l’Ubuntu (prononcer « Oubountou ») la capacité à réaliser rapidement que ce qui atteint les autres dans leur dignité nous blesse toutes et tous autant que nous sommes en tant qu’humains. Quand les autres sont rabaissés, humiliés, torturés ou oppressés, il nous revient donc de nous indigner, de nous révolter dans le respect de l’Ubuntu qui est en nous.» Archevêque Desmond Tutu. (citation originale en anglais à la fin du texte). Voir le clip de Mandela à ce sujet au http://www.youtube.com/watch?v=qyN9AZUb_4c

1-      Mise en contexte : petit historique

Après multiples pressions auprès de notre syndicat et recherche d’informations auprès de mon député, du cabinet de l’ancienne ministre de l’Éducation et du Conseil des gouverneurs élus de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB), à Montréal en 2012 les nouvelles étaient mauvaises. Je voulais connaitre le sort des enseignants « à taux horaire » [= sans permis d’enseignement] (1)  au secondaire pour adultes,  On nous a dit de deux sources sûres (de très haut niveau dans le gouvernement et dans l’administration de notre employeur) que le syndicat était partie prenante et avait «échappé la balle», ce que notre syndicat local a formellement démenti… Quoi ? Eh bien, les profs à taux horaire perdront leur travail d’ici deux ou trois ans s’ils ne se dotent pas d’une nouvelle maitrise qui donne le brevet d’enseignement. Pourtant, tous les permanents ne détiennent qu’un niveau bacc, en éducation, et pas toujours dans leur champ d’enseignement… Deux poids deux mesures? Mais rien n’y fait, c’était l’inertie ou le déni total de toutes les parties en présence, y compris des profs. Ma suggestion faite au syndicat de développer un programme de formation professionnelle sur le modèle des infirmières n’intéresse personne. Rien ne bouge. Au contraire. Ma proposition en assemblée générale syndicale en mars 2012 pour « améliorer les conditions de travail des taux horaire est jugée non recevable par la présidente adjointe de notre syndicat, le SEOM, puis rejetée par l’assemblée des membres collègues qui ne comprennent pas la gravité de ces enjeux complexes.

Puis en avril 2013, au terme de la négociation locale de notre convention collective, les mauvaises nouvelles se confirment : les taux horaires seront relégués à une nouvelle et 3e liste de priorité dans l’attribution des contrats à partir de 2016, nous faisant perdre toute notre ancienneté. Concrètement, cela veut dire que les nouveaux profs sortants du bacc. en éducation mais sans expérience, passeront devant nous. Cela veut dire qu’il n’y aura plus de postes à temps plein, que « des grenailles » (l’expression est d’une directrice d’un des Centres pour adultes où nous travaillons), et ce même si les administrateurs scolaires manquent désespérément de profs… Du corporatisme à l’état pur.

Il y a des limites à l’indignité. Nous avons été « bons » pendant 10 ou 15 ans et tout à coup nous sommes jetés? Nous ne sommes pas défendus par notre syndicat, au contraire? Ils veulent que je me taise alors que j’ai déjà commencé à perdre mon emploi (en 2010, il y avait 28 postes pour les taux horaire; en 2013, seulement quatre sont encore proposés dans notre programme). Pas question! De toute façon, je n’ai plus rien à perdre!

QUOI FAIRE??? Ma santé mentale, mon respect de moi-même, ma reconnaissance professionnelle sont aussi en jeu. Pas question de me laisser aliéner. Je suis une professionnelle compétente, une spécialiste de ma matière, le français langue seconde, même si je n’ai pas le fameux papier. Alors, jouons au jeu du miroir, inspirée par les formes de théâtre participatif d’Augusto Boal, le théâtre de l’opprimé et par les actions de révélation collective et l’ethnométhodologie du psychosociologue Georges Lapassade (2).

*/*

2-  La scène : du théâtre-réalité : une performance artisticopolitique avec un enjeu très réel : un travail.

J’arrive à la séance d’attribution des contrats appelée « bassin » le 22 juin. J’ai mon costume de tricoteuse du peuple, mon Tricot du peuple entre les mains pour m’apaiser et me donner du courage, je suis plus chic que d’habitude, avec de beaux bijoux et je me tiendrai debout.

Je m’assois seule en avant pour avoir les collègues dans le dos, car le spectacle ce ne sera pas moi, mais la mine de la coordonnatrice des ressources humaines et des représentants syndicaux.  Je me concentre en tricotant quelques minutes avant le début de la séance. Comme je suis une des plus anciennes sur la liste de priorité, et qu’il y a quelques absentes, on m’appelle en 2e. Je prends du temps à réagir, mais je me sens poussée, je sens que je n’ai pas le choix de faire un coup d’éclat.

-Absente ? demande la patronne.

– Non, je suis là, dis-je en me levant lentement avec la liste des postes entre les mains.

Silence. D’habitude nous sommes poussés sous pression pour aller à toute vitesse pour choisir un poste.

– Quel poste prenez-vous ?

Encore silence.

–          J’ai un dilemme, j’aurais besoin de vos conseils. J’hésite entre un poste d’été et un poste annuel (mon 2e objectif est de mettre en doute les faits et les réactions à notre exclusion à venir).

Silence. (D’habitude les profs disent sans tarder leur choix, même s’ils ne savent plus trop quoi prendre, c’est très très stressant, cela ressemble à un marché de viande. Mon premier objectif est de ralentir le processus et de revenir à un temps plus humain). Dans la salle, il devient évident  que quelque chose ne  tourne pas comme d’habitude.

–          Notre syndicat vient de négocier une 3e liste de priorité pour les taux horaire où nous serons relégués à la voie… (je cherche mes mots)… de garage…, dis-je en me tournant vers mes soi-disant représentants pour lesquels je vote et paient une cotisation.

Quelques rires dans la salle. Je sens que je peux pousser un peu plus loin.

–          Bon, ce n’est pas la place pour parler de ça, vous allez me dire quel poste vous voulez.

–          Je peux enseigner au cégep et à l’université, mais je ne pourrai plus enseigner au secondaire?

–          C’est seulement en 2016, intervient la représentante syndicale.

Ils grimacent tous en avant, déjà exaspérés. Il y a une centaine de profs dans la salle, dont un bon nombre sans brevet, mais avec beaucoup d’expérience. À la séance, on vient de comprendre le jeu, quelques collègues plus hardis ou plus désespérés crient,  m’applaudissent, d’autres lancent : vas-y Ève! Mais c’est une toute petite minorité qui ose réagir. J’estime que je n’ai pas assez d’appui pour chauffer davantage la soupe.  Encore calmement, je propose une solution.

–          À la CSDM, ils ont eu le même dilemme dans les années ’90 et ils ont proposé aux profs une formation professionnelle à l’interne.

Aucune manifestation d’intérêt de la part de la patronne ni du syndicat. Il me reste à achever mon tour de piste. La démonstration est sans équivoque au cas où certains en douteraient encore. Le résultat du test est désolant, mais cela à l’avantage d’être (enfin) clair.

–          Quel poste ?

–          C’est vous la spécialiste en ressources humaines. Pouvez-vous me conseiller ce que je devrais choisir?

–          C’est à vous à choisir.

Encore silence. On s’impatiente sérieusement à la table, incapable de percevoir le drame humain qui se joue.

–          Étant donné que la Commission scolaire ne m’offre aucune perspective d’avenir, je vais prendre seulement le poste à court terme, le numéro 31. Et je me rassois.

–          Il est déjà pris (rire dans la salle).

–          Je me relève. La patronne grimace. Hum… alors je vais prendre le…32.

Je me rassois et reprends mon tricot.

On passe au numéro suivant…

*/*

Mes expériences à Occupons Montréal et dans le printemps érable m’ont appris une chose : la nécessité de transporter nos luttes et nos idéaux dans notre vie quotidienne, y compris à notre travail. La vie n’est pas séparée en morceaux : le croire ou faire comme si, c’est succomber à l’aliénation et à la facilité qui finit par se retourner.

J’ai donc pratiqué la communication non violente tout en affirmant et informant sur un point essentiel. La rue ne suffit pas. Le mouvement se continue, même s’il est plus discret. Même si le « jeu » met en scène deux côtés, à la fin je ne considère pas la partie adverse comme des ennemis, mais plutôt comme un miroir de moi et de nous. J’essaie de laisser au moins une toute petite porte ouverte, sait-on jamais… un miracle inattendu. Quelqu’un quelque part va-t-il se réveiller et réaliser l’aberration et l’énormité de cette erreur?

Une fois de plus, on voit comment en « ressources humaines », un conflit de travail mal géré ou pire nié, s’il mène à l’apathie d’une majorité, à des stratégies de séduction (communément appelée lichage de …) d’un petit nombre, il mène également à la radicalisation d’une fange plus ou moins importante et plus ou moins active de personnes estimant vivre une grave injustice collective. Le conflit étudiant l’année dernière en est notre plus récent exemple, et  nous vivons exactement cela à l’interne, à plus petite échelle (d’ailleurs, ces mesures ne sont pas étrangères à la marchandisation de l’éducation dénoncée l’année dernière et issues notamment des nouvelles méthodes de gestion du bien public comme un bien privé : tout cela se tient). Même certains enseignants permanents, d’ordinaire si frileux et habituellement de fieffés individualistes, devant l’ampleur du désastre annoncé, commencent à comprendre que cette mise au rancart d’un certain nombre de profs aura des effets pervers sur leur propre travail. Certains se mettent récemment à nous conseiller des poursuites judiciaires ou une sortie en règle dans les médias.

Enfin, cette situation n’est pas sans amener une importante remise en question du syndicalisme comme outil de protection et de développement des travailleuses(eurs) à statut précaire. De plus en plus, ce syndicalisme de nantis, devenu des corporations déguisées, peine à répondre à leurs obligations légales de défense de l’ensemble de leurs membres et à servir de courroie de négociation tampon entre l’employeur et les travailleurs. (3)

Néanmoins, ma décision est prise depuis longtemps : je me cherche un nouveau travail au cégep ou à l’université comme prof de langue/littérature/didactique. Mais je suis peinée pour mes collègues d’expérience qui n’ont pas de maitrise et donc pas cette possibilité d’aller travailler au postsecondaire, ils sont complètement piégés. Il leur reste à faire la nouvelle maitrise qualifiante ou à se contenter de petits remplacements à la pièce des années durant, dans un état de précarité totale. Mais pour la plupart d’entre eux (sauf les plus jeunes),  ce ne sont  pas des options, pour toutes sortes de bonnes raisons. Pour ma part, je refuse de faire cette maitrise,  car j’ai déjà une maitrise récente en linguistique et didactique des langues secondes (4); je n’ai  ni le temps, ni l’argent, ni la motivation de le faire, car je n’apprendrai rien et j’y perdrai mon temps et mon $. Je préfère quitter le système et perdre toutes mes années d’ancienneté.  Il n’est pas très tentant de donner sa force de travail, son intelligence et son cœur à un tel employeur… À un niveau plus spirituel, je sens que je me dois d’être la digne fille de ses parents, je me dois de pousser plus loin l’héritage de mon père qui m’a appris à ne pas avoir peur et de ma mère qui m’apprend encore à lutter contre les injustices…

3-        Épilogue

Pourtant, j’aime l’école où je travaille présentement; le choix est déchirant et je pleure en sortant de cette séance, rapidement suivie de rires lorsqu’une autre collègue se met à pleurer en évoquant son inscription à la maitrise qualifiante et que je propose de former un clan des pleureuses…

Finalement et contre toute attente, plusieurs collègues m’ont félicité par la suite pour cette intervention.

(1) La vaste majorité des enseignants au secondaire détient un bacc. en enseignement qui leur donne accès au permis d’enseignement et au brevet après la réussite de leur stage et un certain nombre d’heures d’enseignement. La loi sur l’instruction publique permet néanmoins aux commissions scolaires d’engager des enseignants à taux horaire. Les mêmes programmes de langue seconde donnés par des profs au ministère de l’Immigration ou dans les universités ne requièrent pas ce permis.

(2)    Le psychosociologue français s’est fait connaitre à la fin des années ’60 avec un contrat de l’Université du Québec à Montréal visant à régler un important conflit de travail avec les employés de soutien et dont les interventions ont contribué nommément à créer leur 1er syndicat, le SEUQAM. Une de ses interventions réussies, qui avait fait école par la suite, est d’avoir créé une situation de toute pièce, genre de dérapage contrôlé pour amener les parties à trouver une solution issue d’une crise.

(3) Comme une lutte similaire, menée dans les années ‘9o auprès puis contre mon syndicat d’artistes, le RAAV, avec les peintres Nikolaï Kupriakov, Hélène Goulet et Louisa Nicol (et notre groupe Divergence ) a montré les effets pervers du syndicalisme par réaction grégaire des «tinamis», formation de clique et reproduction de lutte de pouvoir entre les chefs et une minorité active.

(4) Ma formation initiale de «jeunesse»  était en psychosociologie de la communication… et en animation et recherches culturelles. J’arrive à l’âge merveilleux où on commence à faire une synthèse de soi et à voir le fil conducteur de sa vie…

________________________

Les suites : une nouvelle activité :

ATELIER SUR LA SURÉROGATION = ACTIONS HÉROÏQUES

QUOI FAIRE??? Ma santé mentale, mon respect de moi-même, ma reconnaissance professionnelle sont  en jeu à mon travail, tout comme vous, probablement ? Pas question de me laisser aliéner. Je suis une professionnelle compétente, une spécialiste de ma matière, le français langue seconde, même si je n’ai pas le fameux papier qu’on m’exige subitement, après dix ans de valeureux travail. Alors, faisons deux choses ensemble : d’abord réfléchissons sur la surérogation, ces actes héroïques dont les exemples récents de Assange, Snowden, Manning , Weiwei ou Spence peuvent nous inspirer, mais créons-les à notre niveau, à notre travail de tous les jours. Partageons nos expériences d’actions héroïques, puis créons nos propres scénarios et dispositifs de microactions grâce à de l’auto/intercoaching de groupe, en jouant au jeu du miroir, inspirées par les formes de théâtre participatif d’Augusto Boal, le théâtre de l’opprimé et par les actions de révélation collective et l’ethnométhodologie du psychosociologue Georges Lapassade (2).

Ne plus avoir peur, tel est notre devoir. Il s’agit d’un retournement où le devoir d’accomplir quelque chose d’héroïque dans notre milieu de vie (travail, famille, réseaux) est plus important que nos droits. Précisément, accomplir de telles actions de simple héros et héroïne dans le proche quotidien, multiplié par deux, vingt, cent, mille peut finir par avoir un impact réel et créer un effet d’entrainement. Ces actes Ubuntu* nous permettent aussi, à un niveau spirituel, de dépasser justement notre peur et d’être les dignes enfants de ce que nos parents nous ont appris, en poussant plus loin par amour  leur propre expérience. Quand l’amour remplace la peur… on ne sait pas ce qui peut arriver de merveilleux.

* «ubuntu» : revoir la citation du Tutu à ce sujet au début de l’article

La tricoteuse du peuple vous invite à la RÉOCCUPATION DU COEUR DE L’ILE d’Occupons Montréal,  le 14 juillet à 12 h, au parc Molson.

Inscription sur notre meetup au http://www.meetup.com/Occupons-le-Parc-Molson-12-14-juillet-2013/

« A person with Ubuntu is open and available to others, affirming of others, does not feel threatened that others are able and good, based from a proper self-assurance that comes from knowing that he or she belongs in a greater whole and is diminished when others are humiliated or diminished, when others are tortured or oppressed » Archbishop Desmond Tutu

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