Category: new spirit


Bonjour chers lecteurs et lectrices,

Tout ce climat actuel délétère d’intolérance, en particulier sur les réseaux sociaux ici comme ailleurs, est franchement inquiétant; je n’ai pas été aussi socialement inquiète depuis le début des années 1990, quand il y a eu la guerre du Golfe au Koweït. D’ailleurs, un commentateur a dit la semaine dernière que nos problèmes avec les (pays?) musulmans extrémistes ont commencé là…

Mais ce n’est pas seulement sur cette question que les gens se lâchent et s’expriment n’importe comment. Toute question controversée (féminisme, LGBT, référendum, langue, noirs, immigration, accommodement religieux, etc.) devient vite l’enfer côté «discussion». Éducation zéro sur la façon de communiquer correctement son opposition !

Je cherche à comprendre ce qui peut spirituellement pousser des gens à agir ainsi. Comment en est-on arrivé à autant d’intolérance de tous les côtés ? Je questionne mes amis, ma famille.

Dans ma série sur l’attentat du Québec, j’aimerais vous présenter à nouveau la réflexion d’une autre amie et lectrice de ce blogue au sujet d’un autre événement dans la lignée d’un certain nombre d’attaques contre les musulmans au Québec. La semaine dernière, l’université Concordia à Montréal a reçu une lettre haineuse contre les musulmans, assortie d’une menace à la bombe. L’université a dû fermer ses portes pendant que la police cherchait ce qui s’est avéré être finalement une fausse alerte. L’auteur de ce méfait, Hisham Saadi, a été arrêté et interrogé par la police (1).

Je publie sur mon blogue cette lettre, car je trouve que c’est une partie importante de la réponse, et que trop souvent, on n’entend pas ce genre de voix/vision dans les médias traditionnels.

Et vous, comment sentez-vous ces événements ?

***

« Alerte à Concordia

Malheureusement il me vient une parole qui peut être réactive, mais pourtant irréfutable. « Nous récoltons ce que nous avons semé ».

Le cycle de la haine se perpétue en proclamant de la haine à ces gens qui ont déjà agi contre eux sans le savoir. Quand cesserons-nous de semer la haine?

Nous jouons tous contre nous-mêmes.

Ma pensée et ma parole resteront les mêmes vis-à-vis toute situation.

Il n’y a que la compréhension, la compassion, l’écoute et l’amour inconditionnel qui changera le mouvement de la roue humaine.

Tout être humain cherche à aimer, être aimé et s’unir au tout. Ne sachant pas comment agir, nous semons l’opposé de ce que nous désirons.

L’ego veut à tout prix nous protéger et devient mauvais conseiller.

Nous devrons nous rendre compte que c’est en aimant que nous serons aimés. C’est en s’aimant tous, malgré nos souffrances et celles subies, que nous allons nous unir.

La source de la spiritualité, notre âme, est neutre. Elle ne pousse ni ne tire. Elle est, tout simplement.

Quand nous souffrons et réagissons, elle pourrait se dire.

Enfin ! Ils vont cesser et prendre conscience que répondre à la douleur par la douleur enflamme la douleur.

Cet homme souffre et nous le ferons souffrir.

 

Nous avons quelques siècles à vivre avant de voir le changement de pensée.

Cela parait injuste, mais nous sommes ici pour apprendre et sommes dans le moment le plus sombre de l’existence.

Merci à toi et à tous les êtres lumineux de soutenir l’amour,

🙂

Paola

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(1) http://quebec.huffingtonpost.ca/2017/03/02/arrestation-homme-menaces-musulmans-universite-concordia_n_15104482.htm

N’abandonne surtout pas…

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Photo: Ève Marie. Esprit. 2011

Ouf quelle année intense, difficile ! Qu’est-ce que toute cette série de mensonges privés et publics, de corruption révélée, de morts innocents dans des endroits apparemment en paix révèlent de notre nature « humaine » (et ça continue, encore aujourd’hui à Berlin -et toutes les semaines en Irak, en Syrie, au Nigeria, en Afghanistan- et ailleurs), de météos en folie ? Quel étrange miroir déformant cela nous fait ? Aie! Il faut pourtant bien finir par se regarder en face… La tentation est de fuir,,, encore… Ou d’imaginer l’autre en soi bien pire (ou bien mieux) qu’il ne l’est. N’est-ce pas toujours la souffrance qui cause les pires cataclysmes ?

De l’autre côté du verre, il y a les utopies concrètes qui se préparent à gauche, à droite, un peu partout et dont on entend encore peu parler; à lire, à voir dans la revue à laquelle je participe au http://redtac.org/possibles/

Mais en attendant, si vous avez une dure année, n’abandonnez surtout pas; tout, même le pire, finit par passer; on finit par se relever, un morceau à la fois, une petite tâche à la fois, on reconstruit autrement.

Voyez ci-dessous ce vieux texte que j’avais pris dans une revue il y a longtemps et qui a longtemps été collé sur mon frigo… Peut-être qu’il vous inspirera aussi le moment venu. Courage !

Un sourire dans votre cœur, de joyeuses Fêtes à mes lecteurs !

nabandonne-surtout-pas

***

Lundi 2 janvier 2017

Je trouve des auteurs, des artistes, partageant les mêmes préoccupations, par la lecture du journal. Et à qui j’ai envie de passer le relais de la parole.

D’abord le metteur en scène de théâtre Mani Soleymanlou, en préparation pour sa pièce «8», constate que :

« Tout le monde est dans le jus. Je n’ai jamais vu autant de gens autour de moi qui frôlent le burn-out. La technologie oblige à ça aussi, à devoir répondre sur huit plateformes en même temps. 

Et la journaliste Marie Labrecque poursuit : « Et le trop-plein d’information dont nous sommes bombardés génère une impuissance qui génère la colère et un sentiment de culpabilité. Cette incapacité d’apprivoiser le moment présent entraîne le besoin de la fuir, selon Soleymanlou. Mais aussi chez l’artiste, un besoin de se regrouper. Et une interrogation : qu’est-ce qu’on à dire ensemble ? » Le metteur en scène poursuit : « Les réseaux sociaux ont tout fragmenté. Le temps, notre rapport à l’autre. Notre haine est compartimentée. Et tout est bref. En Syrie, les gens envoient par Twitter leurs derniers mots et des vidéos de fin du monde. On est rendus là. La guerre, le génocide, traduits en 140 caractères. » (1)

***Si vous habitez à Montréal et que vous avez envie de venir voir cette pièce avec moi,

faites-moi signe. À la Place des Arts, du 10 au 28 janvier 2017***

Par ailleurs, le romancier métis Jean Bédard, dont le journaliste Christian Desmeules nous rapporte la parution de son dernier livre « Le dernier chant des Premiers peuples » nous écrit que :

« C’est une sorte de fable sombre aux accents apocalyptiques où les hommes et les animaux courent ensemble à leur perte. Comme un groupe de coureurs affolés lancés vers un grand mur qui a pour nom, au choix, réchauffement climatique, inondations à grande échelle, sécheresse, extinction de masse. » Bédard lui dit : « On s’est tous entassés à Montréal, à Toronto, à Pékin, à Liverpool, dans un gros tas de malheurs et de hurlements, juste pour éviter de se retrouver dans un équilibre écologique qui nous rejette dans l’inutilité parfaite. On a coulé du ciment, on a étendu de l’asphalte, on a dressé des tours de Babel, on a blasphémé contre la paix, contre la vie, contre l’amour, contre notre propre existence… » (2)

Puis en regardant le listage des livres le plus vendus cette semaine, je découvre que l’excellent roman d’Anaïs Barbeau-Lavalette, « La femme qui fuit » qui est dans les « best sellers » depuis 13 semaines, s’est hissé au 1er rang ! Elle raconte l’histoire tragique de sa grand-mère, Suzanne Meloche, poètesse et peintre qui a rejeté complètement sa famille en la fuyant et donc se fuyant elle-même toute sa vie. La fuite… métaphore de notre temps qui aimante tant ses lecteurs ? Hum.

À suivre…

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(1) http://www.ledevoir.com/culture/theatre/488101/soleymanlou-sonne-la-fin-du-party

(2) http://www.ledevoir.com/culture/livres/488095/fiction-quebecoise-un-monde-en-chute-libre

 

 

« je laisse en toi voler des oiseaux blancs

[…]

nos morts ne s’envolent  pas

sinon en nous-mêmes »

Paul-Marie Lapointe, «Hibernation»

J’avais promis dans mon dernier billet sur l’état mental de la maladie d’y donner suite, mais je n’ai pas encore trouvé les mots. Ce n’est que partie remise.

Pour le jour de Pâques j’aimerais produire un billet de renaissance printanière qui se termine de façon constructive, inspirante. Mais avant, il semble qu’il faille passer par le tragique et yeux bien en face. J’avais voulu commencer ce blogue (en juillet 2012) en disant : le temps des corrompus est terminé ! Maintenant j’écris : le temps du déni est terminé. Voyons voir.

L’actualité se bouscule et cette semaine, c’était les attentats tragiques à Bruxelles du groupe armé État Islamique (EI) qui ont fait 32 victimes civiles innocentes et 340 blessés. Comment avez-vous vécu cela ?

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Guerre du golfe, 1990. Dans le sens des aiguilles d’une montre depuis le haut: USAF F-15E, F-16 et F-15C volant au-dessus des puits de pétrole koweïtiens en feu; troupes britanniques du régiment de Staffordshire pendant l’opération Granby; vue par caméra d’un Lockheed AC-130; « autoroute de la mort »; M728 Combat Engineer Vehicle. Crédit photo : Wikipédia

Comme vous le savez sûrement si vous êtes Canadiens, le Canada est officiellement en guerre contre le groupe EI depuis plusieurs mois, action déclenchée par l’ancien gouvernement fédéral conservateur Harper (1) et maintenue par le nouveau gouvernement libéral Trudeau, quoiqu’avec des moyens assez différents, plus axés sur la formation. Avec une coalition d’une soixantaine de pays.

Un commentateur journaliste, Joseph Facal, aussi ancien ministre sous un gouvernement provincial péquiste, a déclaré cette semaine à l’émission Bazzo.tv que « nous étions en guerre », ce qui a surpris les gens, peu habitué à entendre ce mot, surtout, qu’apparemment, le gouvernement Trudeau ne l’a pas employé pour justifier les nouveaux millions destinés à être dépensés en Irak et en Syrie. Même l’ancien gouvernement n’aurait pas utilisé le mot « guerre », selon un autre journaliste, ce qui m’a vraiment surprise, ce serait à vérifier effectivement, car en ce domaine, la sémantique diplomatique n’est pas le fruit du hasard et est plutôt fortement significative pour tout observateur politique averti. Sur les ondes de l’émission de Gravel le matin, à Radio-Canada, Nicolas Hénin, journaliste français spécialiste des mouvements djihadistes et ancien otage dit que « L’État islamique cherche à nous entraîner dans la guerre, mais il faut se retenir d’employer le discours guerrier de l’ennemi. […] Le terrorisme est une guerre de propagande », souligne-t-il. «Cet état islamique est en quelque sorte le miroir très désagréable des dysfonctionnements de notre société» (2).

Ceci dit, les médias occidentaux ne reflètent pas correctement la réalité du terrorisme actuel. On oublie que que les actes terrorismes pour d’autres causes ont été très importants dans les années ’70. On ne se sent pas suffisamment compte qu’encore aujourd’hui, de terribles attentats visant des chrétiens sont survenus… dans un parc à Lahore au Pakistan, faisant 72 morts et 300 blessés, dont de nombreux enfants musulmans (3). Rappelons que les attentats terroristes des moudjahidines, toujours perpétrés par cette fange salafiste ou wahabiste (djihad du Moyen-Orient et de l’Afrique) ou par les Talibans afghans ou pakistanais, sont plus fréquents dans leurs propres pays. Ils sont à très grande fréquence, quasi-quotidienne à Bagdad et ont fait des milliers de morts parmi les civils cette année (4). Au Nigeria par exemple, la fréquence de ce type d’attentat est bi-hebdomadaire comme le faisait remarque le journaliste Jean-Jacques Sanson à l’émission Midi-Info sur Radio-Canada (5)… et que les médias internationaux suivent peu. Cette distorsion dans le rapport de l’information nous donne une fausse représentation de la réalité.

Il y a aussi donc des questions à poser à ces porteurs de la vision/interprétation hyper-conservatrice (charia) et anti-femmes de la religion musulmane. Un très rare témoignage de l’intérieur du groupe EI vient de paraitre, écrit par Sophie Kasiki «Dans la nuit de Daech. Confession d’une repentie» (6) qui aide à comprendre les manque psychologiques et émotionnels qui amènent des Occidentaux à se rendre en Syrie pour combattre. Autre piste de compréhension : l’échec des politiques de division du Moyen-Orient par les puissances occidentales au XXe siècle, en commençant par les tractations anglaises avec Laurence d’Arabie pendant la 1re guerre mondiale où l’Angleterre a fédéré des nations arabes pour provoquer la chute le l’Empire Ottoman.

Bref, il faut non seulement réfléchir à ce qu’implique collectivement et personnellement être en état de guerre politique et à ce qu’on peut faire individuellement si tel est le cas, comme actuellement, pour cultiver plus que jamais un état mental sain et pacifique, capable de prendre de bonnes décisions, capable de résister à la propagande de la haine et de l’intolérance et capable de développer/continuer des relations saines et aimantes autour de soi. Comme le disait un autre journaliste lors de cette émission de télé, c’est dans les périodes de guerre qu’on voit les comportements les plus aberrants et inhumains se produire. Il importe de ne pas se fermer les yeux et d’aborder la réalité à bras le corps aussi franchement que possible. Assez du déni.

***

Il y a longtemps que l’état de guerre me taraude en tant qu’artiste, auteure et poète. Je m’y intéresse depuis 1995 lorsque j’ai commencé à écrire le «Fiel la bouche» suite à une manifestation monstre à Washington des membres et sympathisants de Nation of Islam « « The Million March Man » et dont je parle brièvement dans un ancien billet portant sur Ed Snowden (7). Plus que la majeure partie des personnes en Amérique, j’ai une peur terrible de la guerre. Je me souviens avoir très mal réagi lors de la 1re guerre contre l’Irak au Koweït déclenchée en août 1990 : « la guerre du Golfe ».  Et vous ? Probablement que vous vous en souvenez à peine. Moi, je m’en souviens exactement, où je marchais ce jour-là d’hiver lors des premières frappes, ce que je pensais alors ce soir-là sinistre, mon insécurité, au début de cette guerre dite « chirurgicale », comme si ce n’était pas de vraies personnes que l’on tuait (8)… Remarquez, je ne suis pas la seule à m’en souvenir, Jean Leloup en a fait une chanson très dansante « 1990 »… Oui oui c’est bien au sujet de cette « Coalition » internationale de 34 pays issus de l’ONU dont la participation modeste du Canada, contre l’envahissement du Koweït par l’Irak. Une « 3e guerre mondiale » qui n’en a jamais porté officiellement le nom, car un seul territoire était visé. Vous en souvenez-vous ? Avez-vous « sauvé votre âme avec cette chanson » ? : https://www.youtube.com/watch?v=VI3C6MROOvY

Il y a longtemps que je nous considère dans cet espace mental de guerre et maintenant matériel et de plus en plus concret. L’avantage que j’ai sur la plupart d’entre vous, c’est que je réfléchis discrètement à la guerre et à la mort depuis longtemps… Thèmes pas très populaires, j’en conviens dans notre société hédoniste, de culture généralement superficielle et consommatoire de l’instant, le « présentisme », comme on commence à l’appeler… Voici donc une partie de l’état de mes réflexions, en commençant par mes débuts à moi.

Voici le poème que j’avais écrit plus ou moins 2 ans avant le 11 septembre 2001 et qui se trouve sur mon premier disque réalisé en 2003.

***

Petite histoire de ce poème : 1re lecture à CKUT (Radio McGill) à Montréal le… 10 septembre 2001, lors d’une entrevue avec Anne Farrell du Mouvement humaniste, au sujet de la violence, de la révolte et du fascisme. Lecture publique la plus récente : le 12 mai 2012, lors de l’évènement JAPPEL12M15M organisé entre autres par Occupons Montréal (Occupy) et des étudiants en grève du Printemps érable, à la Place du peuple (square Victoria) à Montréal.

Déclaration de guerre 15 octobre 1999

par Ève Marie   

 

Gisons, gisant, les lèvres pleines de fumées

Pour qu’ils n’y voient qu’un leurre

pire que la mort

 

Plantons un bulbe d’amour

À chaque coin de rue

 

Cousons cousins des mots incendiaires

sous chaque rebord de robe

Chaque mot prononcé en trop

est une minute de plus à vivre

surtout parler

la bouche un peu moins pleine

J’en connais beaucoup

qui mourront très jeunes

Ou qui sont déjà morts d’overdose

 

hum… [expression de plaisir]

 

Mangeons lentement

les plus belles fleurs du monde

Pendant qu’il en reste encore

Broutons, comme des vaches, s’il le faut

Et râlons, hurlons comme des louves

Pour le prochain enfant à naître

 

aou aou [cri de loup]

 

Il paraît que je suis dans l’espace

Que je marche sur des nuages mal pelletés

Il paraît qu’un rayon vert me porte

(C’est ce que les Djinns m’ont dit)

 

grr grr [grognement de colère]

 

Il paraît que je suis au bord de la crise de nerfs

Au sud, au nord, à l’est,

qu’il ne manque qu’il ne manque qu’une perle

Les petits soldats de bois

Déboulant les escaliers

Ils ont tant de peines

Un seul souffle suffit

pour les faire tomber

Ils sont si bien alignés

 

Il paraît que nous sommes en guerre

Et nous ne le savions même pas.

 

[Écoutez le pièce no7 ci-contre. Désolée pour la répétition commerciale du nom de la compagnie qui a fait le transfert de mon disque sur mp3…]

***

Revenons à aujourd’hui, j’ai fait un rêve bizarre tôt ce matin. Le voici.

Les chatons viennent de naitre et ont été mis dans des sortes de casiers sur l’accoudoir de mon sofa, très peu large –juste la largeur de l’animal. Puis mon chaton le dernier reste et les séparateurs sont enlevés. En passant, je bouscule par mégarde ce chaton et le pauvre, aveugle, commence à tomber à l’intérieur du sofa mais réussit à s’accrocher avec une patte. Pour lui, si petit, cela est très haut, même et surtout qu’il ne voit pas ! Il lâche en même temps un méga « miaou » quasi cosmique super puissant qui me glace d’effroi et je réussis à l’attraper au passage pour ne pas qu’il tombe et le remets doucement sur l’accoudoir. Il me semble que ce cri si fort a été entendu dans le monde entier !

Je me réveille brutalement, à la fois surprise, effrayée et résolue.

Puis je me dis en me réveillant, encore un peu branchée sur mon inconscient, comme une révélation : le chaton, c’est moi, c’est nous les Occidentaux qui sommes tombés en perdant Dieu. La chute est plus grave qu’on l’a pensé jusqu’à maintenant sur nos consciences. Nous en prenons progressivement conscience radicalement, surtout depuis les événements sociaux très troublants des dernières années et surtout des derniers mois. L’inconscient et l’âme de tous sont en panique et se généralisent alors avec des comportements individuels et collectifs de plus en plus aberrants. Nous sommes dans une sorte de cauchemar permanent dans lequel on ne sait comment sortir et duquel il ne suffirait que de… se réveiller… Le réveil est-il proche ? Avez-vous vous aussi entendu ce cri, rêver ce cri du peuple ?

Il reste maintenant de mon rêve ce cri de minou, ce cri animal… Il me semble, maintenant que mon esprit a repris un état de veille quasi « normal », que c’était un vrai cri du cœur (le mien, le vôtre?) qui vient d’être lancé et que tout le monde l’a entendu dans son inconscient… C’est la poète qui parle ici, vous l’aurez compris.

Je les emmerde ces faiseurs de guerre, c’est leur guerre, pas la guerre du peuple. Les mêmes causes de 2001, avec les mêmes moyens donneront les mêmes mauvais effets. Déjà en octobre 2001, alors que j’organisais avec le Mouvement humaniste de Montréal une manifestation contre la guerre en Afghanistan, j’écrivais que cette guerre contre le terrorisme contribue à une spirale de la violence par laquelle le terrorisme ne sera pas défait mais encouragé dans son développement et sa propagation. (voir notre communiqué de presse dans les archives en bas de ce billet).

Pour terminer en riant, pour une fois, très noir : voir ce stand up très ironique de l’humoriste américain George Carlin : https://www.youtube.com/watch?v=CwuP9rMhiQQ

***

Alors que faire ? Je crois qu’il faut cultiver son mental adéquatement par toutes sortes d’exercices visant à le maitriser, non l’annihiler, car il est le propre de la pensée de toujours fonctionner. La méditation est un de ces bons moyens, Mathieu Ricard et Y. M. Rinpotché ont écrit des livres réputés sur ce sujet. Se nourrir aussi de bonnes productions culturelles, être créatif de petites choses chaque jour. Aller chercher la beauté. Aimer recevoir/procurer de petits plaisirs. Nourrir et entrainer son corps le mieux possible. Téléphoner plus souvent, se parler en personne, sortir un peu des nouvelles technologies qui isolent infailliblement. Nourrir, le moment venu, ses amitiés, amours. En revanche, faire les ruptures qui s’imposent… de manière cohérente avec ses valeurs. Cultiver l’empathie comme notre qualité humaine la plus précieuse qui nous distingue des roches. Ralentir!!! Etc. Il faut commencer par l’action la plus facile à atteindre pour progresser. Et vous que faites-vous ?

Quelques idées glanées sur You Tube :

-Do in chinois (automassage) 5 minutes pour bien commencer sa journée : https://www.youtube.com/watch?v=t0XIzXDDsDA&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3&index=9

– Exercices de médecine chinoise de qi-gong : https://www.youtube.com/watch?v=559Iw6Tvt8U&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3&index=1

ou https://www.youtube.com/watch?v=p72J7YxZa5Q&index=3&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3

ou https://www.youtube.com/watch?v=fjzkIDvgNx4&index=3&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3#t=7.70839

ou https://www.youtube.com/watch?v=SqHBUVAznCg&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3&index=7

– 5 petits rituels pour bien commencer sa journée : https://www.youtube.com/watch?v=8nZ6GYAVnO4&index=10&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3

« Il est dans la beauté et dans la vertu

un charme indicible

qui fait tomber les portes de fer

et qui amollit les cœurs de bronze. »

Voltaire

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(1) http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/politique/201410/03/01-4806080-le-canada-sen-va-en-guerre-contre-le-groupe-etat-islamique.php

(2) @ 7:22 http://ici.radio-canada.ca/emissions/gravel_le_matin/2015-2016/

(3) http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/466736/attentat-a-lahore?utm_source=infolettre-2016-03-29&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

(4) Selon l’ONU, 575 civils sont morts dans des attentats seulement au mois de mars, et 1196 civils ont été blessés (Source : journal Métro, 05-04-16)
(5) http://ici.radio-canada.ca/emissions/midi_info/2015-2016/

(6) extrait : http://fr.calameo.com/read/000913544a9b626d85584

(7) https://evemarieblog.wordpress.com/2013/12/26/refusons-la-societe-de-surveillance-et-vive-edward-snowden/

(8) « La destruction des usines hydroélectriques et autres installations électriques irakienne, qui a permis d’anéantir les capacités de command and control de l’armée irakienne, a provoqué l’explosion d’épidémies de gastroentérites, de choléra et de typhoïde, en empêchant le fonctionnement des centres de traitement d’eau potable et d’eau usagée. Peut-être 100 000 civils sont ainsi morts indirectement, tandis que le taux de mortalité infantile» (Source : Rizer, Kenneth, « Bombing Dual-Use Targets: Legal, Ethical, and Doctrinal Perspectives[archive], Air & Space Power Journal, mai 2001).

« Le rapport d’une mission de l’ONU, dirigée par le sous-secrétaire Martti Ahtisaari et envoyée en mars 1991 pour évaluer les besoins humanitaires de l’Irak, décrivait l’état du pays comme « quasi apocalyptique ». (Source : Javier Pérez de Cuéllar. Report S/22366 to the United Nations Security Council, detailing the findings of the mission undertaken by Under-Secretary-General Martti Ahtisaari to assess the humanitarian needs arising in Iraq in the aftermath of the Gulf War.) Sur Wikipédia (page consultée le 27 mars 2016). Sans parler du désastre écologique local avec la destruction de 732 puits de pétrole koweïtiens par l’Irak.


de mes archives

19 octobre 2001

Pour diffusion immédiate

 

MOBILISATION POUR LA PAIX

PAR LE MOUVEMENT HUMANISTE DE MONTRÉAL

 

Montréal, 19 octobre 2001.― L’horreur du massacre du 11 septembre et la folie de la guerre déclarée par le gouvernement de George W. Bush et appuyée par le gouvernement canadien contribuent à une spirale de la violence par laquelle le terrorisme ne sera pas défait mais encouragé dans son développement et sa propagation.

Le Mouvement Humaniste de Montréal invite les MontréalaisEs à venir exprimer leur solidarité avec toutes celles et ceux qui s’opposent à cette violence par la participation à ses deux activités dans le cadre de la semaine Option non-violence : une conférence et un débat public sur les alternatives à la guerre le 20 octobre à l’UQAM et une marche pour la paix et la non-violence le 21 octobre au Carré Phillips.

 

Plusieurs actions seront aussi organisées partout dans le monde par les humanistes le 19 octobre, dans le but de dénoncer la violence et de proposer des alternatives. Parmi les dizaines d’événements prévus, notons la campagne d’information publique à l’Union Square à New-York,  un rallye devant l’ambassade de Grande-Bretagne à Zurich, une marche de protestation à Munich, une minute de silence dans plusieurs écoles en Grèce, une démonstration publique dans la région du Trans-Nzoia au Kenya, la visite des ambassades à Buenos Aires, une marche pour la paix en Hongrie, une visite des consulats à Hong Kong.

 

Le Mouvement Humaniste International réprouve fermement les attaques des États-Unis et de la Grande-Bretagne contre l’Afghanistan, qui semblent faussement motivées par un combat contre le terrorisme.

 

  1. CONFÉRENCE POUR LA PAIX

Samedi le 20 octobre : « Quelle alternative à la guerre ? »

À 12h30 à l’UQAM, au RM-150, niveau métro Berri-UQAM,

pavillon Alexandre-de-Sève, coin Ste-Catherine et Sanguinet

Conférenciers invités :

Dr Silvia Bercu, membre du mouvement humaniste de Londres

  1. Rezeq Sariq, membre co-fondateur du Groupe Palestiniens et Juifs Unis (PAJU).

 

  1. MARCHE POUR LA PAIX ET LA NON-VIOLENCE

Départ : Dimanche 21 octobre à 12h30 au Carré Philipps (coin Ste-Catherine et Union)

Le Mouvement Humaniste de Montréal invite tous ceux et celles qui sentent l’obligation de conscience de manifester leur désir de dire non à la guerre, en participant à une grande marche pour la paix et la non-violence et montrer leur refus à une réponse militaire fait au nom du droit à la vie et de la «liberté immuable».

Le peintre Nikolaï Kupriakov, dévoilera une nouvelle peinture ayant comme titre «U.S. War Department kill everybody that is not with us». Le groupe Sertao avec Lavanya Narasiah (voix, percussions) Nicolas Lépine (guitare), Geneviève Lapointe (sax) et Jean-François Bourdon (basse), seront également présents ainsi que d’autres surprises.

 

Pour information :

Courriel : humaniser@hotmail.com, site internet : http://www.geocities.com/forumhumaniste

 

-30-

 

Source : Ève Marie ou Ali Z.

Voir également  notre communiqué de presse sur le détail de nos activités internationales.

 

 

 

 

Crédit photo : Ève Marie 2011

Crédit photo : Ève Marie 2011

Vite il faut que j’écrive ce texte avant de revenir à la « normale ». Ce sera difficile de communiquer avec vous (de me faire bien comprendre), précisément pour cette raison. Dans un état normal, on oublie profondément la vérité spirituelle du corps et de ses émotions véritables.

Quelqu’un comme moi qui va vous parler de ça vous semblera au mieux trop différente de vous, voire déconnectée, au pire carrément folle ou n’importe quelle raison (rationnelle)  pour vous faire croire à la partie de vous-même qui dirige que je suis dans le tort, au moins un peu. Et il y aura aussi sans doute quelques personnes, plus rares, qui diront avoir déjà vécu ce que je vais décrire.

Même moi qui me relirai dans quelques jours trouverai que j’exagère…

Copie de Effet noir 240X360

Effet de noir. Crédit photo : Ève Marie 2011

Alors, mise en garde faite, lisez ce texte la nuit, entre deux rêves, au moment précieux où la simple vérité émerge parfois, où vous vous souvenez peut-être que vous êtes le plus ou le mieux relié à votre être. Si vous n’avez jamais vécu cette expérience, je m’inquiète pour vous. Vous êtes déjà peut-être juste devenu une bonne machine à produire et vous perdez votre temps à lire ce stupide texte…

Pour les autres, il y a de l’espoir. Alors suivez mon histoire, banale et étrange à la fois.

Je relève d’une pneumonie qui m’a gardée plus de deux semaines à la maison. La dernière fois que j’ai eu ça, j’avais 6 ou 7 ans. Ça cogne. Je me suis donc considérablement affaiblie avant d’aller chez le médecin et sans m’en rendre compte, mes perceptions ont changé.

J’ai beaucoup écouté la radio et la télévision, Radio-Canada (le média d’État au Canada) et dernièrement une radio privée COGECO 98,5FM (Arcand). J’ai redécouvert la télé que je regarde très peu depuis quelques années, à part un ou deux téléromans comme 30 vies (vie dans dans une école secondaire). Pendant cette maladie, j’ai suivi Les Pays d’en haut (sorte de faux western imitant la vie des colons Canadiens-français de la fin du XIXe s.), Ruptures (histoires d’avocats), un vieil épisode d’Unité 9 sur Internet (vie des femmes en prison), Tout le monde en parle (talk-show), Virtuose (Grégory Charles et ses jeunes talents de musique), des bouts des Enfants de la télé (talk-show avec des vedettes), Les pêcheurs (histoire de gars au chalet, vedettes de l’humour), des bouts aussi de Prière de ne pas apporter de fleurs (talk-show pour rendre supposément hommage à un ami artiste). À la radio, j’ai écouté Gravel le Matin (émission réveil-matin), Médium large (entrevues diverses), La sphère (TIC) et surtout les trois spectacles supposés comiques de la fin de semaine pour me divertir, À la semaine prochaine et La soirée est encore jeune. Et sans parler des pubs…

Et je n’en suis pas revenue ! J’étais devenue comme une extra-terrestre de ce monde, c’est comme si je débarquais d’une autre planète pour les émissions de fiction et d’humour. Comme le monde a changé. C’est clairement une autre génération qui écrit. MA génération. Y’a eu comme un passage que j’avais raté jusqu’à maintenant. Mais, c’est beaucoup plus que cela.

Comme le monde a changé ! Mais quoi ? demandez-vous… elle va-t-y accoucher ?

Eh bien, dans l’état d’hypersensibilité où je me trouvais, en particulier lorsque la toux a commencé, chaque phrase humiliante, méchante, ‘impathique’(non empathique extrême), chaque ironie, idée à l’envers, sarcasme, fausse gentillesse remplie de sous-entendus dont on n’est pas certain exactement, bref chacune de ces sentences entendues ou chaque mini-pensée négative déclenchaient chez moi un micro-malaise interne qui déclenchait à son tour une quinte de toux (je ne me suis pas rendu compte du phénomène tout de suite, je vous le redis ma conscience était altérée). Jamais encore je n’ai constaté à quel point toutes ces sales choses influencent en profondeur ma psyché et de là, mon corps (à moins que ce ne soit l’inverse, mais peu importe). Ou, au contraire, chaque petit bonheur, comme ces jeunes qui jouent de la musique, faisait couler quelques larmes de joie. Jamais je n’avais constaté si évidemment la relation entre le corps et l’esprit…

«La maladie abat de son côté bien des certitudes, la mort ne s’accommode d’aucune vérité qui se veut plus grande qu’elle, elle ramène tout à zéro.» Boualem Sansal, 2084

Surtout, je réagissais intensément à la moindre vibration négative, ciel noir ou gris me tombait sur la tête ou plutôt sur le cœur, mais je n’ai pas eu de nausée, juste le besoin de cracher, d’expurger, de sortir quelque chose, le méchant peut-être. IL faut dire que les médias ne sont pas les seules responsables de ma réaction. J’ai eu dernièrement des déceptions amicales très très sérieuses qui m’ont rendue malade.

Surtout, ce qui m’a frappé, c’est de voir et entendre combien le « bitchage » est devenu la norme dans les communications des émissions à la mode, façon de dévaloriser le plus possible les autres pour se remonter soi-même. En particulier entre hommes, qui semblent avoir pris pour modèle les pires défauts des femmes… Et la norme est d’en rire, et de faire semblant, même si ça blesse; mais en fait, sans doute ne sont-ils pas blessés puisque tellement bardés de couches et de couches de protections qui font qu’ils ne ressentent tout simplement plus rien ou presque (comme le font chimiquement tous les antidépresseurs) et tous ils continuent le jeu, relançant généralement l’affaire de plus belle.

J’ai retenu une réplique qui ‘punche’ dans Ruptures. Isolée comme ça, elle est vraiment bonne, assassine et bien écrite, mais le problème dont je vous parle ici, c’est que des variations de cette ligne se répètent ad nauseum dans la plupart des émissions comme nourriture que vous prenez dans ces programmes. Le danger croit avec l’usage… Ça risque de vous rendre malade à micro-doses. Voici la situation de cette réplique : dans l’ascenseur, une avocate reproche à son associé d’avoir cherché à l’humilier devant les actionnaires, puis lui dit qu’elle a enfin repris le contrôle d’un des dossiers difficiles et lui . Son associé lui répond, imperturbable :

– Excuse-moi, je suis debout, alors je ne peux pas faire de standing ovation.

Comment la trouvez-vous ?

Maintenant, imaginez cela répété sous toutes les formes plusieurs fois par jour.

grenouille au formolLes téléspectateurs et les auditeurs (sans parler des contenus des médias écrits et des scripteurs/lecteurs sur les réseaux sociaux) sont-ils devenus cette pauvre grenouille dans un pot qui se réchauffe si lentement qu’elle finit par y mourir, avant même d’avoir pu se ressaisir, se rendre compte qu’elle était en danger de mort et faire le saut salvateur ?

À la longue, tout ce type de communication vraiment nulle, est-il une sorte de drogue que le public redemande, pensant se défouler sur le coup, mais le rendant de plus en plus insensible ? Comment se fait-il que ce soit si à la mode maintenant, que cela attire dans un cercle vicieux d’autres auteurs ou humoristes avec ce genre d’écriture ? Et qui se plaignent à la télé qu’ils ont de moins en moins de liberté pour écrire… Les pauvres ! Je pense à la débile revue de fin d’année du Bye-Bye 2015 (et pour laquelle j’ai fait un billet)(1).

Comprenez-moi bien. Il en faut pour tous les goûts, je suis d’accord. Il s’agit d’un média généraliste. Mais quand ils dominent le punch-line à ce point, y’a de quoi s’inquiéter, avec toutes ces sortes de prédateurs ou passif-agressifs en puissance, montés aux nues par les sacro-saintes cotes d’écoute. N’y a-t-il plus d’autres «modèles» d’être humains ? Le pire, je crois, ce sont les non-fictions, où les protagonistes se ‘bitchent’ agréablement à qui mieux mieux. Ben oui, c’est si drôle, mieux vaut en rire que d’en pleurer, n’est-ce pas ? S’en rendent-ils compte, eux/vous, leurs admirateurs, qu’ils finissent par devenir eux-mêmes ces personnages au travail, en amitié, en amour, en famille ? Que les rapports sociaux, le tissu social même se détériorent doucement, innocemment, dans le bocal et qu’ils en sont un des artisans, ce qu’ils prétendent parfois dénoncer par leur art ? Je croyais, après le Printemps érable, qu’on en avait fini avec le cynisme, mais non. Tous ceux qui l’ont dénoncé et qui ont mis sur la table leurs vrais rêves et leurs sensibilités sont rentrés se terrer à la maison et se taisent à nouveau. J’exagère ? Souvenez-vous : je ne suis pas en ce moment dans mon état normal : mais peut-être que je suis dans mon vrai état d’être vraiment humain.

Gloup ! La maladie m’aura permis d’ouvrir au moins un œil. Dieu merci qu’il me reste encore assez de force pour m’en indigner. Mais s’indigner ne suffit pas. Il me reste encore assez de conscience pour chercher des nourritures qui vont véritablement nourrir mon cœur et mon âme. Mais chercher seule, ça ne donne rien, parce que tout le reste continue à se détériorer…

Bonne chance ! Ben oui, après un tel alignement des chances, il me faut m’acheter un billet de loto 6/49, comme dans la pub. Ça c’est the solution monsieur !

Voyez ! J’ai presque attrapé leur maladie ! Je redeviens normale, sauve qui peut !

Partout Faust et Macbeth rôdent. Et sous les plus jolis traits, les plus spirituels parfois. Ne vous laissez pas berner !

C’est si facile de perdre son âme !

« Bizarrement, les gens ne sont plus qu’attirés par la beauté que lorsqu’ils vivent des tragédies ou des déceptions.» Rostropovitch (1927-2007)

… Suite dans mon prochain billet

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(1) https://evemarieblog.wordpress.com/2016/01/02/vraiment-bye-bye-bye-2015-a-radio-canada/

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« Quand chaque femme fait honneur au Soi, de la façon la plus dépouillée possible, l’énergie créatrice devient disponible pour l’ensemble, et cette énergie contribue aux changements qui soutiennent les transformations de l’humanité. Lorsque les femmes ne seront plus perdues, à demander aux autres de leur dire ce qu’elles devraient faire ou comment elles devraient vivre, il y aura de grands changements dans notre monde » Jamie Sans, «Treize mères originelles»

« L’inhumanité infligée à un autre détruit l’humanité en moi. » Emmanuel Kant

 

Je vous propose ici de (pour)suivre une réflexion sur le pouvoir dans les groupes, pour faire suite à une publication à la une d’aujourd’hui du journal Le Devoir (Montréal) qui se penche sur une des stratégies d’empowerment (ou libération de l’aliénation du peuple) : « Se libérer sans vous, se libérer de vous » (1) et pose des questions sur les actuelles imprécations du «Vivre ensemble».

En revenant sur une réflexion et expérimentation à ce sujet vécue au sein de la mouvance Occupy / Occupons Montréal en 2011-2012, la question du pouvoir se pose notamment dans la mixité ou non-mixité des (sous-)groupes militants. Question pour laquelle j’avais des sentiments tiraillés. Autrement dit, quelles sont les circonstances qui font qu’on choisit délibérément de militer dans un groupe non-mixte, comme un groupe de femmes, un groupe de Noirs, un groupe autochtone, un groupe gay ou queer, et même certains syndicats, etc., bref toutes ces «minorités» marginalisées où on vit, d’une manière ou d’une autre, une forme d’oppression face à la majorité ou à un groupe dominant, que ce soit l’exclusion sociale comme le sexisme, le racisme ou l’homophobie ou encore l’exclusion économique, politique ou religieuse. Vaste question…

J’aimerais alors partager ici d’abord quelques extraits significatifs de cet intéressant article du Devoir (1) que voici, suivi de mon billet.

« Constamment déçus par l’idéal d’une société  ‘juste’ qui leur est projetée encore davantage en ces temps de crise et de paupérisation, certains groupes pensent plutôt l’émancipation comme « la séparation d’une société fausse ». Ségolène Roy, blogueuse

« De telles pratiques peuvent mettre à l’abri certaines petites communautés pendant une période, mais à la longue, elles tendent à pénaliser les personnes qui en font partie en les privant de réseaux sociaux performants et en limitant la mobilité sociale.» Pierre Anctil, prof d’histoire, Université d’Ottawa

 

Quelques grands-mères et un grand-père font le résumé de leur cercle de parole.Crédit photo : Vincent-René

Quelques grands-mères font le résumé de leur cercle de parole puis plus âgé grand-père clôt la journée par un dernier témoignage, lors du cercle autochtone/non autochtone MITSHETUTEUAT, avril 2014. Crédit photo: Vincent-René

« Greg Robinson tempère en disant que ‘c’est un argument fort de demander comment les [personnes racisées] peuvent espérer mériter le respect ou l’égalité si elles n’ont pas les moyens de gérer leur propre mouvement. En revanche, c’est un argument fort de dire qu’on ne casse pas l’exclusion raciale par un mouvement exclusif.’» G.R., professeur d’histoire, Université du Québec à Montréal

« En tant que membre du groupe dominant, il est difficile pour les hommes cisgenres (nés de sexe mâle et s’identifiant au genre masculin) qui souhaitent se joindre au mouvement [féministe] de comprendre le refus de leur présence par les féministes. Car grandir et évoluer en tant qu’homme n’inclut pas – ou très peu- l’expérience de refus ou de rejet.» Sophie Chartier, journaliste, Le Devoir

Cercle afroaméricain. Angela Davis wanted_Black Panthers

Black Panthers

Une fois par année, le collectif radical Les Hyènes en jupons fait une manifestation non mixte à Montréal et les femmes reçoivent dans la rue des salves d’insultes misogynes de la part des passants et des policiers :

« À la question ‘pourquoi ça dérange ?’ Laura (nom changé) hésite. ‘Je pense que la non-mixité politique fait voir aux hommes qu’ils risquent de perdre certains privilèges.» « On l’utilise [notre groupe de femmes non mixte] comme lieu de ressourcement ». Laura, militante, Les Hyènes en jupons

Dans les groupes non mixtes (safer spaces), « On gagne des espaces intimes de confiance. Mais attention, les groupes non mixtes ne sont pas nécessairement dénués d’oppression. Il reste des rapports de pouvoir et il faut sans cesse les remettre en question.» Stéphanie Mayer, chercheuse en sciences politiques à l’Université Laval (2)

« Toutes trois soutiennent qu’il est important de remettre en question fréquemment les tactiques.» Sophie Chartier, journaliste, Le Devoir (1)

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AG15oct

1re assemblée générale d’Occupons Montréal au Square Victoria, rebaptisé «Place du peuple», 2011

La mouvance Occupons Montréal a expérimenté et réfléchi aussi sur cette façon de militer, et dont voici un résumé (3) :

– Concept d’espaces sécuritaires (safer spaces) pour soi et entre-sois : modèles de justice communautaire ou réparatrice (ni policière ni étatique), analyse et dénonciation de l’oppression vécue dans notre propre organisation : comment changer les dynamiques de pouvoir ? Sortir de l’aliénation par notre prise de conscience, on arrive enfin à ce niveau où on est prêt à développer une méthodologie concrète.

– Sortir de la culture l’hyper sécurisation pour exister dans l’espace public et psychique; trouver un équilibre entre sécurité/insécurité. Se défaire de la peur aussi qui nous est inculquée par le gouvernement et autres, en donnant une réponse originale à la violence de la marginalisation.

 

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Assemblée générale d’Occupons Montréal. Fabrice Marcoux, Mikelaï Cervera et Ben Godin anime un cercle sur les «Engagements», réflexion menée par le Comité de philosophie politique, 2012. Crédit photo: Ève Marie

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J’ajoute aujourd’hui ma réflexion et expérience sur le tissus social et la communication nonviolente qui a muri sur ce sujet.

Ce qui me frappe d’abord dans ces analyses, c’est l’absence complète de référents intra-personnels. Toute l’analyse est axée sur des dynamiques interpersonnelles, sociales ou politiques, au mieux groupales. Pourtant, ce sont aussi des individus qui exercent ce pouvoir. En effet, pourquoi toujours cette dichotomie tellement binaire entre sociologie et psychologie ? Dans quelle aliénation les relations de pouvoir nous mènent-elles ? Comment s’en sortir ? N’y a-t-il pas lieu de s’interroger sur les sources de ces relations de pouvoir ? Si tous les humains ont, certains plus que d’autres il s’entend, à un moment ou à un autre, vécu une relation de pouvoir avec un autre ou des autres, soit comme oppresseur, soit comme opprimé, soit les deux en même temps, n’est-ce pas là aussi un reflet de notre propre esprit et de la façon dont nous nous traitons nous-mêmes, soit la domination d’une partie notre psyché (l’ego par exemple) sur une autre partie? N’y a-t-il pas lieu de se demander comment une telle mécanique (?) se développe dès l’enfance et si elle n’est pas, à son tour, encouragée par certaines postures ou dynamiques familiale, sociale ou politique ? N’y a-t-il pas lieu aussi de chercher aussi du côté des neurones-miroirs qui seraient à la base du développement des langues humaines et du développement de l’aversion, de l’empathie et du désir mimétique (4) ?

Si la fin du XXe s. et une partie de XXIe siècle sont et seront dominés par une forte recherche identitaire menant à la fois à des évolutions individuelles ou nationales ET à des dérives communautaristes, voire sectaires, voire terroristes, il y a fort à parier que ce champ de recherche, d’expérimentation et de philosophie qui, pour l’instant, n’est que l’apanage d’avant-gardes, deviendra un thème fort de notre siècle si bouleversé.

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J’en profite pour remercier l’artiste, poète et militante Koby Roger Hall pour m’avoir fait connaitre ce concept de «safer spaces» et ces pratiques pour la 1re fois, lors d’une réunion bilan d’OM. Elle a tenu, notamment, avec Frédéric Biron Carmel et la galerie SKOL  un site d’«archives vivantes » d’Occupons Montréal. Plus de détails au http://skol.ca/wp-content/uploads/2012/08/feuillet_koby_fred_angl1.pdf et https://www.facebook.com/occupymontreal/posts/143543362450865 et http://www.rcaaq.org/html/fr/actualites/expositions_details.php?id=15600

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(1) Texte au complet au http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/457146/se-liberer-sans-vous-se-liberer-de-vous

(2) Auteure du mémoire « Du ‘nous femmes’ au ‘nous féministes’ : l’apport des critiques anti-essentialistes à la non-mixité organisationnelle »

(3) Voir mon billet du https://evemarieblog.wordpress.com/2012/09/16/occuponsmontreal-bilan/ et publié également dans la revue Possibles, au http://redtac.org/possibles/category/du-printemps-arabe-au-printemps-erable-un-nouveau-cycle-de-luttes-sociales-vol-36-no-2-hiver-2013/section-i-du-printemps-arabe-aux-indignes/

(4) 1996, Giacomo Rizzolatti et Corrado Sinigaglia, http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/neurones-miroirs-i-une-decouverte-48805 :

«Chez l’homme, on a observé la présence des neurones miroirs dans le cerveau encore immature du jeune enfant. Et chez l’adulte, ces réseaux miroirs apparaissent comme bien plus développés que chez les autres primates. Ce détail semble anodin et couler de source puisque le cerveau de l’homme est bien plus gros que celui des singes. Mais le fait que les neurones miroirs y soient très développés n’est pas fortuit. Car tout dispositif naturel possède une contrepartie fonctionnelle et si ces neurones sont présents en nombre, c’est sans doute parce qu’ils ont un lien avec ce qui sépare l’homme de l’animal. La raison et le langage aurait dit Aristote. Et plus généralement, l’intersubjectivité. »

«Voici ce que déclare Robert Sylvester, écrivain des sciences « La découverte des neurones miroirs est absolument renversante. C’est aussi la découverte la plus importante et elle est pratiquement négligée parce qu’elle est si monumentale que nul ne sait qu’en faire »

«Le neurone miroir est en fait multifonctionnel. Et semble fonctionner selon trois modes, le négatif, suscitant l’aversion et donc, porteur de différenciation ; puis le neutre, disons la cognition empathique, détachée de force attractive ou répulsive ; enfin le positif, lieu où le désir se fait mimétique et où le danger de conflit se dessine. »

«Il existe une sorte de mécanique, voire de dialectique des miroirs. En fait, un processus de renforcement, de surenchère, que Bateson avait du reste découvert dans les conflits»

«Et les oiseaux ? N’avons nous pas un mécanisme de ce type [mimétisme] lorsque deux moineaux se disputent une miette de pain ? Et aussi dans la genèse des langages que ces subtils animaux ont pu déployer pour communiquer à travers le champ. Ce qui nous ramène à l’homme et une question sur l’origine du langage. Selon Rizzolatti, les mécanismes miroirs font que des actions deviennent des messages sans médiation cognitive (sous entendu, rationnelle) Si bien que le mécanisme miroir pourrait être à l’origine de la genèse du langage. En permettant notamment qu’un message émis devienne pertinent pour son récepteur. »

Daniel Goleman, auteur de «L’intelligence émotionnelle» a aussi beaucoup aborder ce sujet des neurones miroir dans son livre.

 

 

 

Ai, shé: kon, wachiya, waachiya, kuei, kwé(k8é), gwé, bonjour*,

Crédit photo: Suzanne, Marie-José Tardif et T8aminik Rankin

Crédit photo: Suzanne Morissette, Marie-José Tardif et T8aminik Rankin

Un de mes aïeuls, Hector-Louis Langevin, qui a fondé la nation canadienne, a aussi été un des instigateurs des pensionnats indiens en  1883 (1). Au nom de ma famille, je veux m’excuser profondément de ces souffrances infligées et implore le pardon des personnes, de leur famille et de leurs ancêtres.

Les temps ont changé. Cinq générations plus tard, ce qui apparaissait être à cette époque un avancement, et où les théories racistes avaient le haut du pavé, apparait maintenant comme un barbarisme sans nom depuis la fermeture du dernier pensionnat à la fin des années 1990 et surtout depuis la Commission vérité et réconciliation.

Depuis quelques années, nous (blancs, Métis, Autochtones et Inuit) comprenons de plus en plus qu’il s’agit d’une violence coloniale, et que cette violence avalée est transmise comme une maladie psychique contagieuse (2), perpétuée et perpétrée par les autres et sur soi/les siens dans un cycle qui a semblé infini. Et a bien failli exterminer un peuple qui est pourtant un trésor de l’humanité. Heureusement, de nombreuses prises de conscience se font et se sont faites, et avec leur nombre grandissant, elles toucheront bientôt l’âme des peuples et l’ensemble de la société.

Un prière s’impose ici. Elle provient d’une femme-médecine la communauté indigène d’Hawaii, Morrnah Nalamaku Simeona et du dr. Len :

«Si moi et ma famille, mes proches ou mes ancêtres vous ont offensé ou offensé votre famille, vos proches ou vos ancêtres en pensées, en mots ou en actes, depuis le début de la création jusqu’à aujourd’hui, nous implorons humblement, humblement, humblement votre pardon. Puisse tout cela être nettoyé, purifié et libéré. Que tous les blocages, les mémoires, les énergies et les vibrations négatives soient coupés. Puisse toutes ces énergies indésirables être transmutées en pure lumière.»

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Ces pensionnats autochtones (3) de garçons et de filles (qu’on appelle aussi écoles résidentielles au Canada) me semblent être une cause profonde de la violence faite aux femmes autochtones dont j’ai déjà parlé sur ce blogue (4). De nombreuses violences sexuelles et humiliations quotidiennes y ont été vécues par les enfants autochtones pendant un siècle (5). Je veux dire aussi que dans la dernière année et en particulier dans les derniers jours, beaucoup d’informations, témoignages et allégations sont sorties dans les médias canadiens au sujet de la violence faites aux femmes autochtones par des conjoints, des policiers, des inconnus. Plus que toute autre, cette violence inacceptable est restée impunie, systémique. Cette violence qui atteint ces femmes est la même qui a atteint ces enfants des pensionnats indiens : celle de la déshumanisation. Pour les non autochtones qui ont fait ça, ces «Sauvages» ne sont pas des humains. C’est terrible.

Maintenant, des femmes courageuses ont décidé de parler publiquement, malgré les menaces de représailles contre elles et leurs familles. J’ai pleuré en écoutant les témoignages dans un reportage de l’émission Enquête à Radio-Canada (6). Il est temps que cesse tout ce cycle infernal. Comme l’ont très bien dit et souhaité Michele Audette (présidente de Femmes autochtones du Québec) et Édith Cloutier (directrice du Centre d’amitié autochtone de Val d’Or), que la guérison commence en parlant ! Importantes prises de conscience !

Maintenant, autochtones et non autochtones tenons-nous debout ensemble, vers une unité incluant des différences constructives, à l’écoute les uns et surtout des autres. A’ho (j’ai dit) !

Nakurmik, nià: wen, migwech, tshi nashkumitin, mikwetc, migwetc (mig8etc), welalin, merci, pour la suite du monde.

signé : Ève Marie Langevin

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*Ces salutations sont respectivement en langue inuktitut de l’Est canadien, mohawk/kanien’kehá:kas, cri de l’Est/eenou/eeyou), naskapi, innue (montagnais) et attikamekw, algonquin/anishinabeg, mi’kmaq/mi’gmaq et française.

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(1) Oncle d’il y a 5 générations, Me Hector-Louis Langevin (Conservative Party), était député de Three Rivers (Les Trois-Rivières), Québec; Official Reports of the Debates of the House of Commons or the Dominion of Canada, Volume XIV, 1883, Ottawa, p. 1376. «The intention is to establish three industrial Indian schools in the North-West […] The fact is, that is you wish to educate these children, you must separate them from their parent during the time they are being educated. If you leave them in the family, they may know how to read and write, but they still remain savage… » Le texte au complet au https://books.google.ca/books?id=7Ys9AQAAMAAJ&pg=PA1376&lpg=PA1376&dq=%27%27The+fact+is+that+if+you+wish+to+educate+the+children,+you+must+separate+them+from+their+parents+during+the+time+they+are+being+taught.+If+you+leave+them+in+the+family+they+may+know+how+to+read+and+write,+but+they+will+remain+savages,+whereas+by+separating+them+in+the+way+proposed,+they+acquire+the+habits+and+tastes%E2%80%A6of+civilized+people%27%27+house+of+common+1883&source=bl&ots=93n9hw_HjF&sig=SqlmzJVdIOKHxXMcTE7dnIy_Nqo&hl=fr&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q&f=false

(2) C’est la thèse de Edgar Morin, qui parle de «peste psychique» en amont de la violence, se manifestant comme une incompréhension profonde entre deux humains : « Enfin, la nouvelle civilisation demande une éducation où serait enseignée la connaissance complexe, qui percevant les aspects multiples, parfois contradictoires d’un même phénomène ou même individu, permettant une meilleure compréhension d’autrui et du monde. La Compréhension d’autres serait elle-même enseignée, de façon à réduire cette peste psychique qu’est l’incompréhension, présente en une même famille, un même atelier, un même bureau. Y serait enseignée la complexité humaine. Bref une réforme radicale à tous niveaux de l’éducation permettrait d’enseigner à vivre autonome, responsable, solidaire, amical. » http://www.colibris-lemouvement.org/oasis/dossiers-thematiques/lappel-de-pierre-rabhi-et-edgar-morin/edgar-morin-aux-oasis

(3) Voir les infos et les conclusions de la Commission vérité et réconciliation sur les pensionnats :

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2015/06/02/005-pensionnats-autochtones-genocide-culturel-selon-commission-verite-reconciliation.shtml

http://www.trc.ca/websites/trcinstitution/index.php?p=891

« Un État qui détruit ou s’approprie ce qui permet à un groupe d’exister, ses institutions, son territoire, sa langue et sa culture, sa vie spirituelle ou sa religion et ses familles, commet un génocide culturel. Le Canada a fait tout ça dans sa relation avec les peuples autochtones. » — Rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

Abus physiques, psychologiques et sexuels, malnutrition : la liste des torts subis par ces enfants a été minutieusement documentée au fil des milliers de pages du rapport final de la Commission. http://www.trc.ca/websites/trcinstitution/index.php?p=15

Entrevue de la commissaire Marie Wilson, à la suite de ces témoignages et allégations de violence sexuelle commis par des policiers contre des femmes autochtones de Val d’Or (Québec) à Radio-Canada, «Médium Large», 29-10-15  à 9:08 au http://ici.radio-canada.ca/emissions/medium_large/2015-2016/

(4) Voir notamment :

(5) Dominique Rankin et Marie-Josée Tardif, «On nous appelait les Sauvages : souvenirs et espoirs d’un chef héréditaire algonquin », 2011. éd. Le jour.

(6) http://ici.radio-canada.ca/tele/enquete/2015-2016/episodes/360817/femmes-autochtones-surete-du-quebec-sq

 

 

Edgar Morin, 2011

Edgar Morin, 2011

Le titre de cet article est la conclusion forte, quoiqu’un peu trop manichéenne, d’un nouveau texte d’Edgar Morin qui, avec sa verve et sa lucidité habituelles, pose un brillant regard rempli d’alternatives heureuses pour notre avenir… dans une langue abordable et surtout avec un esprit de synthèse remarquable.

Vous avez sans doute lu, à gauche, à droite, des idées semblables, mais il ajoute parfois un grain plus personnel et plus étonnant de sa part, comme parler du cinéma comme une «participation psychique» des spectateurs ou parler de ce qu’est l’incompréhension entre les personnes comme étant une sorte de «peste psychique».  À cet égard, il revient tout aussi brièvement sur sa notion de complexité, appliquée au domaine de l’éducation :

«Enfin, la nouvelle civilisation demande une éducation où serait enseignée la connaissance complexe, qui percevant les aspects multiples, parfois contradictoires d’un même phénomène ou même individu, permettant une meilleure compréhension d’autrui et du monde. La Compréhension d’autres serait elle-même enseignée, de façon à réduire cette peste psychique qu’est l’incompréhension, présente en une même famille, un même atelier, un même bureau. Y serait enseignée la complexité humaine. Bref une réforme radicale à tous niveaux de l’éducation permettrait d’enseigner à vivre autonome, responsable, solidaire, amical.» Edgar Morin

En outre, je retiens notamment sa réflexion sur la pression chronométrique à laquelle nous nous soumettons servilement la plupart du temps (croyant qu’être occupé, c’est être quelqu’un ou être important), en parlant d’alternance entre des moments de vie de «périodes de vitesse (qui ont des vertus enivrantes) et les périodes de lenteur (qui ont des vertus sérénisantes)».

Il parle aussi post-consumérisme en encourageant les achats dans ce qu’il appelle des «circuits courts» et beaucoup de différentes formes de convivialité du quotidien, entre autres en cherchant «l’épanouissement du Je au sein d’un ou de multiples Nous. N’oublions pas les solidarités locales, sans oublier la grande solidarité qui nous lie à tous les humains. »

Des sujets qui me branchent et que j’ai soit abordés dans mon travail d’artiste, comme la participation psychique du public lors d’un événement de mouvement dansé/arts martiaux (voir ma section onglet «projets art», soit abordés dans des articles de ce blogue, notamment dans mes «Lettres à mes amis», mais parfois avec une tournure d’une expérience plus blessée, et probablement ainsi plus blessante, moins neutre, ou moins sage sans doute… À chaque âge ses plaisirs et ses douleurs…

Bref, un texte de Morin à lire absolument sur le site d’un intéressant mouvement français dans le même genre que le mouvement «Ville en transition», ici le mouvement des Colibris en France.

http://www.colibris-lemouvement.org/oasis/dossiers-thematiques/lappel-de-pierre-rabhi-et-edgar-morin/edgar-morin-aux-oasis

Bon snack et belle lecture !

 

J’étais chez lui, mais je ne le savais pas.

Cet été-là, je couchai aussi loin que possible de l’auberge de jeunesse où je travaillais. Les nuits bruyantes et bien arrosées m’empêchaient tout simplement de dormir.

Dans la forêt, j’avais trouvé, par un petit sentier, une clairière bien dégagée où restaient les anciennes fondations d’une maison de ferme.

J’y avais établi mon campement pour l’été avec une simple tente petite sans fenêtre que Jean-Luc m’avait prêtée.

Sauf l’histoire du serpent que j’ai racontée dans « Le Fiel à la bouche », je passai là des nuits tranquilles. Au début, c’était un défi pour moi d’y marcher au crépuscule ou souvent plus tard jusqu’à ma tente, surtout les nuits sans lune, sans avoir peur…

Mais j’y découvris la lumière brillante des nuits de pleine lune éclairant de loin mon petit chemin. Au gré des nuits, j’y marchais progressivement confiante, ayant plus peur d’un éventuel homme soûl qui me suivrait que de l’épaisseur ou de la solitude de la forêt.

J’y avançais, tour à tour, dans le mystère opaque d’une nuit noire et sans vent ou dans une nuit habitée par la lune, en compagnie des ombres réveillées.

Un matin frisquet de la mi-août, je fus réveillée par un halètement de chien, tout prêt de mon oreille droite. Très endormie, je bougeai un peu ma couverture métallique et le son d’animal disparut aussitôt. Je me rendormis bien vite, sans plus de cas.

Mais un peu plus tard j’entendis le même son. Il était revenu! Deux fois de suite et à la même place près de mon oreille, ce n’était pas « normal »! Cette fois-ci, je me réveillai raide : ce halètement… C’était plus rauque qu’un chien! C’était sauvage! Je ne pouvais pas voir, seulement entendre. C’était… c’était… petit ou moyen. Était-ce un ours ou quoi? Je bougeai à nouveau ma couverture mais cette fois-ci, je l’entendis se déplacer sur le site avec un cling-clang de veilles tôles abandonnées.

 

Je cherchai prestement mon vieux canif dans mon sac. Je ne l’avais pas utilisé depuis longtemps. J’essayai d’ouvrir la lame, tout en me concentrant pour visualiser le seul bon mouvement fatal que j’aurais peut-être la chance de faire avec le canif si l’animal m’attendait à ma sortie…

Après quelques tentatives infructueuses pour ouvrir ce canif, je dus me rendre à l’évidence : il était un peu rouillé et jamais je ne réussirais à l’ouvrir avec mes doigts.

J’écoutai de longues minutes : à part le vent qui halait dans les feuilles, plus rien. L’animal était-il parti ou m’attendait-il devant ma porte zippée? Impossible de le savoir. Après un long 15 minutes silencieux, je me décidai enfin à sortir : je ne pouvais tout de même pas rester là toute la matinée! Et puis j’avais faim.

J’ouvris d’abord une partie basse du zip de ma tente pour regarder : pas de pattes devant… Puis plus grand : toujours rien. Enfin, sac à dos devant comme ridicule bouclier, je sortis. Balayage visuel. Rien. Je cherchai brièvement des pistes mais ne vis rien.

Certaine de ne pas y revenir coucher ce soir-là, je défis ma tente rapidement et retournai à l’auberge pour le déjeuner.

Je racontai mon histoire. Un ami me proposa de venir chercher les pistes. Il en trouva, effectivement.

J’étais sur le territoire du coyote.

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Deux ou trois jours plus tard, tannée par le bruit incessant des vacanciers festifs, je cherchai sans succès un autre site où dormir dans le bois. Je compris aussi que c’était l’odeur de la pêche pourtant bien enveloppée qui avait sans doute attiré mon coyote.

Je résolus donc de retourner à la même place, mais sans fruit dans ma tente pour accompagner mon réveil. De toute façon, sachant le coyote curieux mais farouche, je n’étais plus vraiment inquiète. Je lui fis une petite offrande en pensée.

Il m’accepta et ne revint pas. Je fis quelques feux, surtout les premières nuits pour me rassurer et lui signifier ma présence. Je dormis paisiblement et ne rêvai pas de lui.

Et c’est ainsi que le coyote devint mon animal fétiche et que je cherchai une de ses dents pour honorer mon réveil.

Aouou! Aï-aï-aï-aï-a

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Crédit photo: Mark William

Crédit photo: Mark William

Sons de coyotes

http://www.youtube.com/watch?v=0ga0i1FSXZQ

En complément de programme, poème de Mark William et son récit en musique de coyote:

http://www.youtube.com/watch?v=0ga0i1FSXZQ

 

À l’occasion de la sortie du rapport de la Commission canadienne de Vérité et réconciliation sur les pensionnats autochtones, qui dénonce haut et fort le «génocide culturel» dont ont été victimes les autochtones du Canada (1), je crois qu’une prière s’impose. Elle provient d’une tradition de guérison des indigènes de Polynésie, et en particulier à Hawai. J’adresse cette prière à vous, êtres des premiers peuples.

Prière ho’oponopono.

Si moi et ma famille, mes proches ou mes ancêtres vous ont offensé ou offensé votre famille, vos proches ou vos ancêtres en pensées, en mots ou en actes, depuis le début de la création jusqu’à aujourd’hui, nous implorons humblement, humblement, humblement votre pardon. Puisse tout cela être nettoyé, purifié et libéré. Que tous les blocages, les mémoires, les énergies et les vibrations négatives soient coupés.

Puisse toutes ces énergies indésirables être transmutées en pure lumière.

Que cela soit!

Morrnah Nalamaku Simeona, a Hawaiian Kahuna Lapa’au et dr Len

Morrnah Nalamaku Simeona (1913 – 1992), ad 1970, healer in Hawaii

Morrnah Nalamaku Simeona

Morrnah Nalamaku Simeona est une «healer» (femme-médecine, chamane, guérisseuse) à Hawai. Elle est la créatrice de la méthode « Self-I-Dentity through Ho’oponopono» (2). Elle a fondé les «Pacifica Seminars» dans les années 1970. Elle est reconnue comme une Kahuna Iapa’au healer à Hawaii et a été honorée par l’État américain d’Hawaii comme un « Living Treasure» (trésor vivant) en 1983.

*/*

En effet, ces mots si simples ont trop souvent quitté notre bouche, nos pensées et nos rapports humains et collectifs :

  • Je suis désolé
  • S’il te plaît, pardonne-moi
  • Je te remercie
  • Je t’aime

À répéter souvent dans une semaine :)))

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Alors quoi ? Devant une erreur, que dis-je, une aberration presque fatale, une laideur sans titre, on ne peut que rappeler la beauté à la rescousse.

« Pour ceux qui serait tentés d’en retrouver la signification originelle et d’en convoquer la puissance intrinsèque, il faut d’abord rétablir un peu d’harmonie perdue, soigner les mots blessés, et en retrouver les définitions, même quand ces dernières glissent des doigts, comme profanées par l’étendu du malentendu.

Il y a une beauté de la nature, du territoire, qui provoque en nous quelque chose qui nous élève, ou mieux, nous agrandit. Fleuve et battures, estuaires et iles, oies, bernaches, huards, lupins églantines dans l’odeur des algues, épinettes, lacs, et plus haut, dans le Nord éblouissant : toundra.

[…]

Il y a une beauté du geste. Il y a une beauté de l’humain. Il y a des horreurs, des erreurs. Il y a de la colère, de l’insécurité, de la cupidité et des inégalités révoltantes. Il y a un individualisme frénétique qui sévit partout dans nos sociétés de confort. Malgré tout, persistant comme une petite musique obstinée qui refuse de nous sortir de la tête, il y a la beauté, oui, chez les humains. Les gestes sont petits, parfois invisibles. Les gestes sont infimes. Mais parfois ils sauvent la vie, ou la journée. C’est devant cette beauté que nous sommes le plus désarmés : elle nous semble tellement inhabituelle que nous ne savons pas comment la recevoir.» Véronique Côté, La vie habitable.

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(1) http://www.lapresse.ca/actualites/national/201506/02/01-4874588-les-pensionnats-autochtones-ont-participe-a-un-genocide-culturel.php

http://www.ledevoir.com/politique/canada/441653/autochtones-94-gestes-pour-fermer-la-plaie-des-pensionnats

Le rapport de 382 pages contient 94 recommandations très diverses qui s'adressent à tous les ordres de gouvernement, de même qu'à la population, à l'Église, aux médias et même à des écoles et ordres professionnels. Sur la photo: La Commission de vérité et de réconciliation sur les pensionnats autochtones. John Cree (G) et Don Waboose (tambour), ouvraient la commission avec une cérémonie de tambour et de chant. Crédit photo: David Boily

Le rapport de la CRV de 382 pages contient 94 recommandations très diverses qui s’adressent à tous les ordres de gouvernement, de même qu’à la population, à l’Église, aux médias et même à des écoles et ordres professionnels. Sur la photo: la Commission de vérité et de réconciliation sur les pensionnats autochtones. John Cree et Don Waboose (tambour), ouvraient la commission avec une cérémonie de tambour et de chant. Crédit photo: David Boily

(2) J’ai entendu parlé de cette méthode lorsque j’ai suivi une formation en reiki. Selon plusieurs sources impossibles à vérifier, un proche collaborateur de Mme Morrnah Nalamaku, le docteur et psychiatre Len aurait utilisé cette méthode pour traiter et guérir des psychotiques en prison. Voir http://www.forme-sante-ideale.com/la-methode-hooponopono-pourquoi-ca-marche/ Il serait intéressant de soumettre ces actions à un spécialiste physicien des effets quantiques, théorie des cordes et autres champs morphiques. Beaucoup d’aspects de la vie échappent encore à la science !

«La violence faite à la nature et la violence faite aux femmes sont la même.»  Yves Sioui Durand et Catherine Joncas, fondateurs et directeurs artistiques du théâtre Ondinnok au Québec

IMG_20150507_0001 (2)Depuis longtemps, je m’interroge sur les causes et sources profondes du patriarcat et de la domination de l’homme sur la femme partout dans le monde, sauf à de rares exceptions, et plus largement de la tendance humaine à la domination sur autrui, dont les femmes ne sont pas exemptes, il va sans dire (1). Progressivement, j’en suis venue, moi aussi, à la même conclusion, en observant les personnes derrière la pollution de la Terre-Mère. (2)

Le théâtre Ondinnok vient d’en proposer une vision puissante dans leur plus récente pièce proposée dans le cadre de l’événement Printemps autochtone d’art «Un Monde qui s’achève – Lola» à la Maison de la culture Frontenac à Montréal.

IMG_20150507_0001Lola2_théâtre OndinnokComme le relatait cette semaine Yves Sioui Durand, lors de leur conférence performative post-pièce, la plupart des nations autochtones des Amériques ont comme mythe fondateur une histoire entre le Soleil et la Lune (3). Les Selk’nam de la Terre de Feu au sud du Sud, là où commence et finit le monde au détroit de Magellan, raconte comment (si j’ai bien compris) au début des temps, les hommes ont voulu s’approprier le pouvoir dominant des femmes. L’un a poursuivi l’autre jusque dans le ciel, le mâle devant Soleil et la femelle Lune.

Selk'nam, à gauche costume et maquillage pour le rituel du Haïn, à droite maquillage des Shoorts, sorte de police et de gardien du territoire  dansle rituel du Haïn

Selk’nam, à gauche costume et maquillage pour le rituel du Haïn. À droite, «clown sacré» maquillage des Shoorts, sorte de police et de gardien du territoire, également responsable de réprimer les femmes insoumises. Dans le rituel du Haïn, lors de leur dernier rituel avant leur extermination en 1923, Terre de Feu. Crédit photo: Anne Chapman. Dans la pièce d’Ondinnok, on raconte comment l’un d’entre eux brula la vulve d’une femme infidèle qui avait profité de l’absence des chasseurs pour coucher avec tous les jeunes hommes de la tribu. Ce rituel n’est pas sans faire penser à celui de la lapidation des femmes infidèles ou prostituées dans la Bible et dans les traditions musulmanes. Bien sûr, l’homme infidèle, lui, est rarement inquiété, habitude acquise probablement quand les hommes ont compris leur rôle dans la procréation pour «protéger» leur lignage et leur descendance… et qui fonda, peut-être, le patriarcat.

S’inspirant de la thèse de l’ethnologue et anthropologue Anne Chapman dans son dernier livre (4), la pièce d’Ondinnok «Un monde qui s’achève – Lola» donne à voir et à sentir la nation Selk’nam qui avait ritualisé ce mythe pour assoir définitivement le pouvoir des hommes avec une cérémonie rituelle et initiatique appelée Haïn. Pour Catherine Joncas et  Yves Sioui Durand d’Ondinnok, la racine du théâtre, dont l’essence même est de révéler le double, est chamanique.

Angela Loij et une des dernières femmes de la nation Selknam vers 1964. Crédit photo: Anne Chapman

Angela Loij et une des dernières femmes de la nation Selknam vers 1964. Crédit photo: Anne Chapman

Chapman a rencontré en 1964 Lola Kiepja et Angela Loij pour connaitre et transmettre les savoirs et la mémoire de cette nation alors en voie d’extinction. À son tour, Ondinnok a rencontré Chapman en 2004 et leur projet de théâtre s’est lentement développé jusqu’en 2015.

Livre d'Anne Chapman (2008) et photo de Lola Kiepja, 1964.

Livre d’Anne Chapman (2008) et photo de Lola Kiepja, 1964.

Dans le Haïn, les jeunes hommes étaient invités à entrer dans un tipi avec les anciens. Ils ressortaient de là couvert de sang en disant aux femmes qui chantaient autour qu’ils avaient eu de nombreuses relations sexuelles avec Xalpen personnage féminin mythique assez terrible de leur spiritualité. Comme celui du Mexique par exemple, là où il a tant de féminicides : la chorégraphe de la pièce, d’origine mexicaine Leticia Vera a bien mis cela en mouvement. La longue pause sur image, au retour de l’entracte reste imprégné dans notre mémoire : des comédiens habillés en Shoorts et leur costume masqué conique, face au public, se tiennent debout, immobiles devant des femmes couchées à leurs pieds, immobiles aussi, comme mortes victimes de violence. On pense à toutes ces femmes, et en particulier à cette vague (?) de femmes autochtones violées, tuées ou disparues dans l’Ouest canadien et aussi au Québec (5). C’est le cœur serré devant cette image saisissante qu’on attend le retour de l’action. Xalpen, à la sexualité insatiable, était liée à la Lune. Devant des femmes effrayées par une telle scène, les jeunes hommes nouvellement initiés tiraient désormais leur pouvoir sur elles. Très tôt dans l’histoire humaine, l’humain a voulu codifier les rapports hommes-femmes dysfonctionnels, jugés une menace pour les sociétés basées sur la survie, dans leur fonction, notamment, reproductive.

Anne Chapman, ethnologue et anthropologue franco-américaine, vers 2004

Anne Chapman, ethnologue et anthropologue franco-américaine, vers 2004

Lola la chamane a révélé à l’anthropologue Anne Chapman (4) que le Haïn était mis en scène par les hommes et qu’il n’y avait pas de relations sexuelles comme telles. Si cette violence ritualisée servait également à réfréner les pulsions masculines violentes et à protéger, d’une certaine façon, les femmes de leurs excès, elle servait aussi à établir un contrat social clairement inégalitaire d’où les femmes étaient exclues. Nous savons que ce type de relations psychosociales n’est pas le modèle de toutes les nations autochtones, notamment chez les Iroquois où les femmes jouent un grand rôle dans le processus de décision pour le groupe. Lola a aussi légué à l’humanité les derniers chants chamaniques Selk’nam qu’on peut écouter notamment au http://www.folkways.si.edu/lola-kiepja/shaman-chant-no-1/american-indian-world/music/track/smithsonian

Cependant, comme cette société Selk’nam, en harmonie avec la nature, est pourtant inégalitaire, on comprend mal encore le lien que les créateurs d’Ondinnok font dans le titre de cet article entre patriarcat et pollution de la Terre-Mère. Je désire inviter à nouveau les auteurs de cette pièce à préciser leur pensée et leur démarche dans la revue Possibles, dans le cadre de ma préparation pour le numéro sur les nouvelles mouvances autochtones. Plus de détail au https://evemarieblog.wordpress.com/2014/10/12/appel-de-textes-de-creation-sur-la-terre-pour-possibles/

Cette nation a été décimée par des politiques de génocide, par les chercheurs d’or et les éleveurs de moutons à la Terre de Feu mais leur mémoire reste, grâce à Chapman puis à Ondinnok. Et, parait-il, des Argentins et des Chiliens, après des années de honte, se réclament de descendance Selk’nam.

Performance inspirée des Selk'nams par Deviantart au Chili. Crédit photo: Victor Andres Ojeda P.

Performance inspirée des Selk’nams par Deviantart au Chili. Crédit photo: Victor Andres Ojeda P.

Cette photo n’est pas sans faire penser à la Ma-nufestation des étudiants lors du printemps érable à Montréal, en 2012. Un inconscient collectif s’est-il manifesté, quand on sait que 70% des Montréalais de souche ont de très lointains ancêtres autochtones datant des tous débuts de la colonisation française… comme l’affirme notamment l’historien Denys Delage dans le film «L’empreinte», voir au https://www.youtube.com/watch?v=pRYg7cP1RQM.

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Printemps érable 2012 «Ma-nufestation». Manifestation étudiante le 8 juin contre le Grand Prix de F1 de Montréal : «Notre nudité exprime notre volonté de transparence».

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Printemps érable 2012 «Ma-nufestation».

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(1) Petite anecdote de ce genre de rapport de pouvoir détestable au quotidien : juste après avoir fini d’écrire cet article, je sors en bicyclette faire quelques courses. Au stop, j’arrive en même temps qu’une voiture de la rue transversale, je ralentis et arrête une seconde en équilibre sur ma bicyclette pour voir s’il va me laisser passer. Au moment où je démarre lentement avec difficulté, car je suis en 12e vitesse, l’automobiliste me klaxonne et me fait signe de passer… mais plutôt comme une tape d’impatience avec sa main, geste d’une grande incivilité, l’air de dire… débarrasse au plus criss, je suis pressé MOI. Je me retourne, insultée, et lui lance : «c’est quoi ton problème ?» (j’ai fait mon stop normalement, puis j’ai redémarré). Il me répond en criant : toé, traverse pis ferme ta gueule!»… Je me sens salie, je souffle fermement avec ma bouche pour me débarrasser de cette mauvaise énergie… Heureusement arrivée au supermarché, un beau gentil jeune homme m’offre gentiment une dégustation de fromage et de vin rosé, dont une partie ira au cancer du sein. Nous bavardons un instant… le temps d’oublier ce fâcheux mais banal incident, d’un type de violence devenue trop quotidien. Depuis que je me suis fait renversée par une voiture l’automne dernier, je suis plus prudente avec les voitures et j’ai plus peur de ces bolides… Justement j’avais besoin de vin, j’achète celui-là, le remercie puis avance dans l’allée. Je l’entends en arrière, je me retourne : il me sourit encore, et insiste : merci madame, merci… sans que je sache trop pourquoi… L’équilibre est rétabli.

(2) Voir notamment mon poème Éco F au https://evemarieblog.wordpress.com/2015/03/08/eco-f/

et mes poèmes publiés dans la revue Possibles au http://redtac.org/possibles/2014/07/17/nous-sommes-je-je-suis-nous/

(3) Dans la nation inuite au nord du Québec et du Canada, l’artiste chanteuse et conteuse Laakkuluk W. Bathory est aussi une artiste très engagée à Iqaluit. Elle est présidente d’un groupe pour l’ouverture d’un centre de performances culturelles. Elle raconte, entre autres, un mythe important de la culture inuite, celui la Lune et du Soleil : https://www.youtube.com/watch?v=Y0fPa9-s96g

Au contraire du mythe des Selk’nam et de la fondation occidentale dans la mythologie grecque, les Inuits ont un pôle solaire féminin (sister) et un pôle lunaire masculin (brother). Intéressant, non?

(4) Son livre testament où elle prouve que les Selk’nam avait un véritable théâtre : Quand le soleil voulait tuer la lune, Rituels et théâtre chez les Selk’nam de Terre de Feu, éd. Métaillé, 2008.

(5) Voir https://evemarieblog.wordpress.com/2015/01/15/encore-une-femme-autochtone-disparue-lynn-esther-iserhoff/

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