Category: new spirit


Andre-Komatsu-Base-Hierarquica-Hong-Kong-2011-2013-620x362

André Komatsu Base Hierarquica, Hong-Kong, 2011-2013

Le billet pourrait aussi s’intituler l’immobilité ou la décadence. Période de transition qui précède le vrai printemps, la Renaissance. C’est ce que la philosophie chinoise de la sagesse taoïste «Yi King» (bien avant Confucius) nous apprend dans le chapitre 12 «P’i» où les forces de la terre et du ciel vont dans des directions opposées. Je potasse ce livre depuis plus de 25 ans, je commence à le connaitre et je suis tombée cette nuit sur ceci. J’ai pensé que cela vous inspirerait.

« Le ciel et la terre n’ont plus commerce l’un avec l’autre et toutes choses se figent. Le haut et le bas n’entretiennent plus de relations mutuelles, la confusion et le désordre règnent sur la terre. Au-dedans est l’obscurité, et au-dehors la lumière. Au-dedans est la faiblesse, et au-dehors la dureté; au-dedans est le vulgaire, et au-dehors les êtres nobles (1). La nature du vulgaire croît et celle des êtres nobles est en décroissance. Mais les êtres nobles ne se laissent pas détourner de leurs principes. S’ils n’ont plus la possibilité d’agir, ils n’en demeurent pas moins fidèles à ces principes et se retirent dans le secret (2). Ils ne permettent pas qu’on les gratifie de revenus.

Lorsque la défiance mutuelle règne dans la vie publique par suite de l’influence exercée par les hommes vulgaires, une activité fructueuse est impossible parce que les bases sont erronées. C’est pourquoi l’homme noble sait ce qu’il a à faire en de telles circonstances. Il ne se laisse pas séduire par des propositions brillantes l’invitant à participer aux affaires publiques : celles-ci ne seraient que périlleuses pour lui, car il ne peut faire sienne la mesquinerie des autres. C’est pourquoi il cache son mérite et se retire en secret.

Les êtres vulgaires sont prêts à flatter servilement leurs supérieurs. Ils supporteraient également l’homme noble s’il pouvait les aider à dissiper la confusion. Cela leur est salutaire. Mais le grand homme supporte tranquillement les conséquences de la stagnation. Il ne se mêle pas aux affaires du vulgaire. Sa place n’est pas là. En acceptant de souffrir personnellement, il assure le succès de ses principes.

Les temps changent. L’homme (3) capable de rétablir l’ordre (4) est arrivé. Mais c’est précisément dans de tels temps de transition que l’on doit demeurer dans la crainte et le tremblement. Le succès ne sera consolidé que par une extrême appréhension qui pense sans cesse : « Et si cela échouait ! ». Confucius dit au sujet de ce trait : « Le danger nait là où l’on se sent assuré à sa place. Le déclin menace là où l’on cherche trop à conserver la situation. »

Mais la stagnation ne dure ne pas éternellement. Toutefois elle ne cesse pas d’elle-même, mais requiert l’homme capable d’y mettre un terme. Là réside la différence entre la paix et la stagnation. » Yi King

Dans le chapitre 64, celui qui précède le printemps aussi, « Avant l’accomplissement », il est écrit :

Les conditions sont difficiles. La tâche est grande et lourde de responsabilités. Il ne s’agit de rien de moins que de ramener le monde de la confusion à l’ordre. C’est pourtant une tâche qui promet le succès, car il existe un but permettant d’unir les forces divergentes.  Il faut seulement s’avancer à pas comptés, comme un vieux renard qui marche sur la glace.

De même, aux moments qui précèdent l’accomplissement, la réflexion et la circonspection sont la condition fondamentale du succès. Si l’on veut parvenir à un résultat, on doit commencer par examiner la nature des forces considérées et la place qui leur convient. Si l’on dispose les forces à leur juste place, elles produisent l’effet désiré et l’accomplissement est réalisé. Mais pour pouvoir manier comme il le faut les forces extérieures, il faut soi-même adopter le point de vue correct. Ce n’est qu’à partir de ce moment que l’on peut agir correctement.

[Le moment venu], il faut que le passage soit réalisé. Il faut s’affermir entièrement dans sa résolution; une telle attitude procure la fortune. Tous les doutes qui peuvent s’élever dans ces graves moments de combat doivent se taire. »

***

Quelques commentaires d’abord et surtout sur la langue. Il va de soi qu’un aussi ancien texte a subi plusieurs modifications, voire évolutions au cours des âges. Approcher ces Anciens demande à la fois du doigté, de l’humilité et du détachement, autant comme lecteur que comme traducteur devant l’incroyable difficulté de saisir une civilisation aussi étrangère à la nôtre, même encore aujourd’hui. Il ne s’agit donc pas de se faire une nouvelle bible du plus ancien livre de Chine, source d’inspiration infinie pour Confucius et Lao Tseu, mais de méditer sur un texte ancien qui a passé le cap des 150 générations et qui vaut vraiment la peine qu’on s’y arrête et qu’on le médite…

 

Il s’agit de la traduction du Yi King – le livre des transformations d’abord en allemand au début du 20e siècle de Richard Wilhelm, puis de l’allemand au français d’Étienne Perrot, aux éditions de la Librairie de Médicis, Paris, 1968. Les défis de traduction sont immenses aussi d’un simple point de vue linguistique, car la langue chinoise écrite se « compose de mots dont le sens est incertain, et ne sont précisés que par le contexte » (Perrot).

Ce texte, d’abord connu par les missions jésuites à la fin du 17e siècle, tomba dans les mains du psychanalyste de G. Jung en 1924, qui le fit traduire par son ami missionnaire protestant ayant longuement vécu en Chine, R. Wilhelm.

Il existe aussi d’autres traductions, dont une autre fort intéressante, mais encore plus impénétrable pour qui ne connait pas les fondements du bouddhisme, le « Yi King bouddhiste » du bouddhiste chinois Chih- Hsu Ou-i (1599-1655), traduit du chinois par Thomas Cleary et de l’américain par Cannelle Ownie aux mêmes éditions Librairie de Médicis, 1987. Dans cette traduction, ce chapitre porte plutôt le titre de « L’obstacle » et éclaire différemment, mais avec autant d’intérêt, ce blocage en soi et dans la société humaine, comme reflet un de l’autre. Cette version plus ésotérique est écrite pour « élucider des possibilités d’avenir, dans le développement social, psychologique et spirituel » (Ownie). Selon cette traductrice, la légende veut qu’une partie du texte ait été transmise bien avant le 17e siècle, à l’époque de la Rome des Césars, ce qui n’est pas impossible, car on sait qu’il y avait déjà commerce de la soie via la Syrie en ces temps reculés. En voici un dernier extrait :

« Si intérieurement, vous parvenez à la tolérance passive, flexible et docile, et placez la nature éclairée, forte, positive, au-delà de vous, intérieurement, vous êtes identique aux petites gens, qui sont principalement concernés par leur propre libération et [que] vous placez les dirigeants éclairés au-dessus de vous, incapable de parvenir à l’illumination vous-même, vous ne pouvez pas influencer les autres, en les poussant à y parvenir. C’est pourquoi la voie du petit sera favorisée, et la voie du vrai gouvernement subira un déclin. »

***

Que veut dire « grand homme » dans notre société défaillante occidentale d’aujourd’hui ? Qu’est-ce que notre histoire nous a appris à ce sujet ? Y a-t-il le risque d’y voir un effet de nouveauté incarné par l’archétype du « sauveur » ? Il convient d’interpréter ces mots «grand homme» avec la plus grande circonspection, car ils viennent probablement d’une antique société chinoise hautement hiérarchisée et machiste. Peut-être aussi faut-il l’intérioriser : le grand homme en soi ? Même question pour «être vulgaire».

Quoiqu’il en soi, ce texte et ce passage dégage une réflexion toujours utile sur le sens de l’action et de la non-action dans différentes périodes de notre vie autant que dans les étapes de la toujours difficile vie collective.

Enfin, ce texte n’est pas une apologie de la passivité politique. Il s’agit plutôt de percevoir et sentir où, quand et à quel endroit l’action politique peut vraiment servir des buts qui dépassent largement notre personne et nos intérêts personnels, un peu comme dans l’«Ubuntu» de Nelson Mandela.

Si ce billet vous a donné le goût de connaitre ce grand livre, j’aurai déjà atteint un de mes but 🙂

Et faites-moi part plus tard de vos découvertes !

Bonne lecture !

 

Mahabharata-1

Je viens d’aller voir la pièce «Battlefied» du très fameux metteur en scène Peter Brook (92 ans !) et Marie-Hélène Estienne qui reprennent un des poèmes épiques du livre sacré hindou Mahabharata (« La Grande Guerre des Bhārata »)…  toujours aussi criant d’actualité (1).

Guerre fratricide, victoire triste sur les questionnements humains et sur ce qui reste après le champ de bataille, les frères ennemis réalisent trop tard que «toute victoire est une défaite». Riche matière à réflexion de cette culture millénaire, les personnages se questionnent en faisant référence aux conflits entre deux familles et «aux nombreux dilemmes où entrent en conflit les obligations consécutives aux liens de parenté, d’amitié et de loyauté qui se sont noués précédemment entre les combattants»(2) et plus précisément sur ce qu’est la vraie richesse et la vraie pauvreté. Ils nous montrent notamment que ce qui mène à la guerre, outre la recherche de pouvoir, est la confusion entre le bien et le mal, l’injustice prenant les habits de la justice, l’importance du destin, la mise en veilleuse de la recherche de la vérité et la montée du mensonge public et politique appelé aujourd’hui «faits alternatifs»… Tout un écho à notre actualité mondiale…

En fouillant un peu sur cette épopée, je trouve que cet extrait précède la dernière partie du livre où « la mort de Krishna marque aussi, dans la cosmogonie hindoue, le début de l’ère de Kali Yuga, quatrième et dernier âge de l’humanité, où les grandes idées et les valeurs nobles se sont effondrées et où l’humanité s’achemine vers la dissolution complète des actions justes, de la morale et de la vertu. » On entend assez peu les hindous sur la place publique. Les musulmans et leurs combattants prennent toute la place. On aurait intérêt à tendre l’oreille plus souvent à cette culture et vision du monde. Dans la pièce, un autre passage m’a frappé, celui où on dit que le mal, la guerre n’arrive pas tout d’un coup, mais subrepticement, par petite dose anodine. Et ce vers : «L’anéantissement ne vient jamais les armes à la main. Il vient doucement nu-pieds.» Que faire en de telles périodes sombres ? À mon «âge»:), j’ai vécu assez de belles victoires et de cuisants échecs pour avoir finalement compris qu’il faille simplement accuser le coup, comprendre la leçon de vie puis raller de l’avant avec d’autres projets que l’on considère pour le bien commun, sans trop d’attentes et surtout malgré tout.

Dans la même veine, je poursuis avec vous mes lecteurs dans ce 3e billet ma réflexion sur les attentats de Québec et les intolérances à la différence qui déchirent actuellement nos sociétés. Une autre de mes lectrices m’a écrit un message si touchant, en réponse à la lettre de Paola (publiée dans mon billet précédent «Alerte à a bombe à Concordia»), et que j’ai voulu le publier également à la une. En plus, elle nous fait découvrir une poétesse. Voici son texte.

.

***

Ah, comme c’est beau.
Depuis ce qui me semble être une éternité, à lire en ligne et dans les journaux tout ce que je peux trouver pour mieux comprendre la douleur que j’ai à vivre dans le climat (mondial) actuel, et à chercher presque désespérément des réponses et des analyses sobres et rigoureuses pouvant m’aider à prendre du recul, j’en suis arrivée au même questionnement que celui que tu présentes ici, sur ton blogue.

Dans mes moments d’épuisement et de haut-le-cœur moral, je me suis tournée vers la poésie.
Il y a quelques jours à peine, je suis aussi tombée sur ce poème de Naomi Sihab Nye, une grande poète (1) :

« Kindness » rejoint le message de Paola. Malheureusement, l’œuvre de Shihab Nye n’a pas encore été traduite en français.

Pour paraphraser la poète, je dirais que nous habitons présentement le paysage désolant qui existe entre les régions de la gentillesse (le mot KINDNESS désigne la bonté-bienveillance-générosité-chaleur humaine); nous devons apprendre « la gravité tendre » de la gentillesse.

Il nous faut réellement comprendre tout ce que nous risquons de perdre.

«Kindness

Before you know what kindness really is
you must lose things,
feel the future dissolve in a moment
like salt in a weakened broth.
What you held in your hand,
what you counted and carefully saved,
all this must go so you know
how desolate the landscape can be
between the regions of kindness.
How you ride and ride
thinking the bus will never stop,
the passengers eating maize and chicken
will stare out the window forever.
Before you learn the tender gravity of kindness,
you must travel where the Indian in a white poncho
lies dead by the side of the road.
You must see how this could be you,
how he too was someone
who journeyed through the night with plans
and the simple breath that kept him alive.
Before you know kindness as the deepest thing inside,
you must know sorrow as the other deepest thing.
You must wake up with sorrow.
You must speak to it till your voice
catches the thread of all sorrows
and you see the size of the cloth.
Then it is only kindness that makes sense anymore,
only kindness that ties your shoes
and sends you out into the day to mail letters and purchase bread,
only kindness that raises its head
from the crowd of the world to say
it is I you have been looking for,
and then goes with you everywhere
like a shadow or a friend.»

Naomi Sihab Nye

Réf.: http://writersalmanac.publicradio.org/index.php?date=2007/07/23

Voici le poème lu : https://www.youtube.com/watch?v=MxRiZEwZntM

Michelle P.-Daoust

____________________________

(1) Dans les années 1980, avec Jean-Claude Carrière, ils ont aussi créé une pièce de théâtre, véritable morceau d’anthologie sur ce livre,  ainsi qu’un film-série en plusieurs épisodes; voir https://www.youtube.com/watch?v=EENh1hxkD6E&list=PLfWN1WPpI57FpIBbNGPDZ56jK3w7Etdh2

(2) Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Mahabharata#cite_note-1

Bonjour chers lecteurs et lectrices,

Tout ce climat actuel délétère d’intolérance, en particulier sur les réseaux sociaux ici comme ailleurs, est franchement inquiétant; je n’ai pas été aussi socialement inquiète depuis le début des années 1990, quand il y a eu la guerre du Golfe au Koweït. D’ailleurs, un commentateur a dit la semaine dernière que nos problèmes avec les (pays?) musulmans extrémistes ont commencé là…

Mais ce n’est pas seulement sur cette question que les gens se lâchent et s’expriment n’importe comment. Toute question controversée (féminisme, LGBT, référendum, langue, noirs, immigration, accommodement religieux, etc.) devient vite l’enfer côté «discussion». Éducation zéro sur la façon de communiquer correctement son opposition !

Je cherche à comprendre ce qui peut spirituellement pousser des gens à agir ainsi. Comment en est-on arrivé à autant d’intolérance de tous les côtés ? Je questionne mes amis, ma famille.

Dans ma série sur l’attentat du Québec, j’aimerais vous présenter à nouveau la réflexion d’une autre amie et lectrice de ce blogue au sujet d’un autre événement dans la lignée d’un certain nombre d’attaques contre les musulmans au Québec. La semaine dernière, l’université Concordia à Montréal a reçu une lettre haineuse contre les musulmans, assortie d’une menace à la bombe. L’université a dû fermer ses portes pendant que la police cherchait ce qui s’est avéré être finalement une fausse alerte. L’auteur de ce méfait, Hisham Saadi, a été arrêté et interrogé par la police (1).

Je publie sur mon blogue cette lettre, car je trouve que c’est une partie importante de la réponse, et que trop souvent, on n’entend pas ce genre de voix/vision dans les médias traditionnels.

Et vous, comment sentez-vous ces événements ?

***

« Alerte à Concordia

Malheureusement il me vient une parole qui peut être réactive, mais pourtant irréfutable. « Nous récoltons ce que nous avons semé ».

Le cycle de la haine se perpétue en proclamant de la haine à ces gens qui ont déjà agi contre eux sans le savoir. Quand cesserons-nous de semer la haine?

Nous jouons tous contre nous-mêmes.

Ma pensée et ma parole resteront les mêmes vis-à-vis toute situation.

Il n’y a que la compréhension, la compassion, l’écoute et l’amour inconditionnel qui changera le mouvement de la roue humaine.

Tout être humain cherche à aimer, être aimé et s’unir au tout. Ne sachant pas comment agir, nous semons l’opposé de ce que nous désirons.

L’ego veut à tout prix nous protéger et devient mauvais conseiller.

Nous devrons nous rendre compte que c’est en aimant que nous serons aimés. C’est en s’aimant tous, malgré nos souffrances et celles subies, que nous allons nous unir.

La source de la spiritualité, notre âme, est neutre. Elle ne pousse ni ne tire. Elle est, tout simplement.

Quand nous souffrons et réagissons, elle pourrait se dire.

Enfin ! Ils vont cesser et prendre conscience que répondre à la douleur par la douleur enflamme la douleur.

Cet homme souffre et nous le ferons souffrir.

 

Nous avons quelques siècles à vivre avant de voir le changement de pensée.

Cela parait injuste, mais nous sommes ici pour apprendre et sommes dans le moment le plus sombre de l’existence.

Merci à toi et à tous les êtres lumineux de soutenir l’amour,

🙂

Paola

______________________

(1) http://quebec.huffingtonpost.ca/2017/03/02/arrestation-homme-menaces-musulmans-universite-concordia_n_15104482.htm

N’abandonne surtout pas…

bas-du-fleuve-2011-048

Photo: Ève Marie. Esprit. 2011

Ouf quelle année intense, difficile ! Qu’est-ce que toute cette série de mensonges privés et publics, de corruption révélée, de morts innocents dans des endroits apparemment en paix révèlent de notre nature « humaine » (et ça continue, encore aujourd’hui à Berlin -et toutes les semaines en Irak, en Syrie, au Nigeria, en Afghanistan- et ailleurs), de météos en folie ? Quel étrange miroir déformant cela nous fait ? Aie! Il faut pourtant bien finir par se regarder en face… La tentation est de fuir,,, encore… Ou d’imaginer l’autre en soi bien pire (ou bien mieux) qu’il ne l’est. N’est-ce pas toujours la souffrance qui cause les pires cataclysmes ?

De l’autre côté du verre, il y a les utopies concrètes qui se préparent à gauche, à droite, un peu partout et dont on entend encore peu parler; à lire, à voir dans la revue à laquelle je participe au http://redtac.org/possibles/

Mais en attendant, si vous avez une dure année, n’abandonnez surtout pas; tout, même le pire, finit par passer; on finit par se relever, un morceau à la fois, une petite tâche à la fois, on reconstruit autrement.

Voyez ci-dessous ce vieux texte que j’avais pris dans une revue il y a longtemps et qui a longtemps été collé sur mon frigo… Peut-être qu’il vous inspirera aussi le moment venu. Courage !

Un sourire dans votre cœur, de joyeuses Fêtes à mes lecteurs !

nabandonne-surtout-pas

***

Lundi 2 janvier 2017

Je trouve des auteurs, des artistes, partageant les mêmes préoccupations, par la lecture du journal. Et à qui j’ai envie de passer le relais de la parole.

D’abord le metteur en scène de théâtre Mani Soleymanlou, en préparation pour sa pièce «8», constate que :

« Tout le monde est dans le jus. Je n’ai jamais vu autant de gens autour de moi qui frôlent le burn-out. La technologie oblige à ça aussi, à devoir répondre sur huit plateformes en même temps. 

Et la journaliste Marie Labrecque poursuit : « Et le trop-plein d’information dont nous sommes bombardés génère une impuissance qui génère la colère et un sentiment de culpabilité. Cette incapacité d’apprivoiser le moment présent entraîne le besoin de la fuir, selon Soleymanlou. Mais aussi chez l’artiste, un besoin de se regrouper. Et une interrogation : qu’est-ce qu’on à dire ensemble ? » Le metteur en scène poursuit : « Les réseaux sociaux ont tout fragmenté. Le temps, notre rapport à l’autre. Notre haine est compartimentée. Et tout est bref. En Syrie, les gens envoient par Twitter leurs derniers mots et des vidéos de fin du monde. On est rendus là. La guerre, le génocide, traduits en 140 caractères. » (1)

***Si vous habitez à Montréal et que vous avez envie de venir voir cette pièce avec moi,

faites-moi signe. À la Place des Arts, du 10 au 28 janvier 2017***

Par ailleurs, le romancier métis Jean Bédard, dont le journaliste Christian Desmeules nous rapporte la parution de son dernier livre « Le dernier chant des Premiers peuples » nous écrit que :

« C’est une sorte de fable sombre aux accents apocalyptiques où les hommes et les animaux courent ensemble à leur perte. Comme un groupe de coureurs affolés lancés vers un grand mur qui a pour nom, au choix, réchauffement climatique, inondations à grande échelle, sécheresse, extinction de masse. » Bédard lui dit : « On s’est tous entassés à Montréal, à Toronto, à Pékin, à Liverpool, dans un gros tas de malheurs et de hurlements, juste pour éviter de se retrouver dans un équilibre écologique qui nous rejette dans l’inutilité parfaite. On a coulé du ciment, on a étendu de l’asphalte, on a dressé des tours de Babel, on a blasphémé contre la paix, contre la vie, contre l’amour, contre notre propre existence… » (2)

Puis en regardant le listage des livres le plus vendus cette semaine, je découvre que l’excellent roman d’Anaïs Barbeau-Lavalette, « La femme qui fuit » qui est dans les « best sellers » depuis 13 semaines, s’est hissé au 1er rang ! Elle raconte l’histoire tragique de sa grand-mère, Suzanne Meloche, poètesse et peintre qui a rejeté complètement sa famille en la fuyant et donc se fuyant elle-même toute sa vie. La fuite… métaphore de notre temps qui aimante tant ses lecteurs ? Hum.

À suivre…

______________

(1) http://www.ledevoir.com/culture/theatre/488101/soleymanlou-sonne-la-fin-du-party

(2) http://www.ledevoir.com/culture/livres/488095/fiction-quebecoise-un-monde-en-chute-libre

 

 

« je laisse en toi voler des oiseaux blancs

[…]

nos morts ne s’envolent  pas

sinon en nous-mêmes »

Paul-Marie Lapointe, «Hibernation»

J’avais promis dans mon dernier billet sur l’état mental de la maladie d’y donner suite, mais je n’ai pas encore trouvé les mots. Ce n’est que partie remise.

Pour le jour de Pâques j’aimerais produire un billet de renaissance printanière qui se termine de façon constructive, inspirante. Mais avant, il semble qu’il faille passer par le tragique et yeux bien en face. J’avais voulu commencer ce blogue (en juillet 2012) en disant : le temps des corrompus est terminé ! Maintenant j’écris : le temps du déni est terminé. Voyons voir.

L’actualité se bouscule et cette semaine, c’était les attentats tragiques à Bruxelles du groupe armé État Islamique (EI) qui ont fait 32 victimes civiles innocentes et 340 blessés. Comment avez-vous vécu cela ?

Gulf_War_Photobox_WIKIpédiajpg

Guerre du golfe, 1990. Dans le sens des aiguilles d’une montre depuis le haut: USAF F-15E, F-16 et F-15C volant au-dessus des puits de pétrole koweïtiens en feu; troupes britanniques du régiment de Staffordshire pendant l’opération Granby; vue par caméra d’un Lockheed AC-130; « autoroute de la mort »; M728 Combat Engineer Vehicle. Crédit photo : Wikipédia

Comme vous le savez sûrement si vous êtes Canadiens, le Canada est officiellement en guerre contre le groupe EI depuis plusieurs mois, action déclenchée par l’ancien gouvernement fédéral conservateur Harper (1) et maintenue par le nouveau gouvernement libéral Trudeau, quoiqu’avec des moyens assez différents, plus axés sur la formation. Avec une coalition d’une soixantaine de pays.

Un commentateur journaliste, Joseph Facal, aussi ancien ministre sous un gouvernement provincial péquiste, a déclaré cette semaine à l’émission Bazzo.tv que « nous étions en guerre », ce qui a surpris les gens, peu habitué à entendre ce mot, surtout, qu’apparemment, le gouvernement Trudeau ne l’a pas employé pour justifier les nouveaux millions destinés à être dépensés en Irak et en Syrie. Même l’ancien gouvernement n’aurait pas utilisé le mot « guerre », selon un autre journaliste, ce qui m’a vraiment surprise, ce serait à vérifier effectivement, car en ce domaine, la sémantique diplomatique n’est pas le fruit du hasard et est plutôt fortement significative pour tout observateur politique averti. Sur les ondes de l’émission de Gravel le matin, à Radio-Canada, Nicolas Hénin, journaliste français spécialiste des mouvements djihadistes et ancien otage dit que « L’État islamique cherche à nous entraîner dans la guerre, mais il faut se retenir d’employer le discours guerrier de l’ennemi. […] Le terrorisme est une guerre de propagande », souligne-t-il. «Cet état islamique est en quelque sorte le miroir très désagréable des dysfonctionnements de notre société» (2).

Ceci dit, les médias occidentaux ne reflètent pas correctement la réalité du terrorisme actuel. On oublie que que les actes terrorismes pour d’autres causes ont été très importants dans les années ’70. On ne se sent pas suffisamment compte qu’encore aujourd’hui, de terribles attentats visant des chrétiens sont survenus… dans un parc à Lahore au Pakistan, faisant 72 morts et 300 blessés, dont de nombreux enfants musulmans (3). Rappelons que les attentats terroristes des moudjahidines, toujours perpétrés par cette fange salafiste ou wahabiste (djihad du Moyen-Orient et de l’Afrique) ou par les Talibans afghans ou pakistanais, sont plus fréquents dans leurs propres pays. Ils sont à très grande fréquence, quasi-quotidienne à Bagdad et ont fait des milliers de morts parmi les civils cette année (4). Au Nigeria par exemple, la fréquence de ce type d’attentat est bi-hebdomadaire comme le faisait remarque le journaliste Jean-Jacques Sanson à l’émission Midi-Info sur Radio-Canada (5)… et que les médias internationaux suivent peu. Cette distorsion dans le rapport de l’information nous donne une fausse représentation de la réalité.

Il y a aussi donc des questions à poser à ces porteurs de la vision/interprétation hyper-conservatrice (charia) et anti-femmes de la religion musulmane. Un très rare témoignage de l’intérieur du groupe EI vient de paraitre, écrit par Sophie Kasiki «Dans la nuit de Daech. Confession d’une repentie» (6) qui aide à comprendre les manque psychologiques et émotionnels qui amènent des Occidentaux à se rendre en Syrie pour combattre. Autre piste de compréhension : l’échec des politiques de division du Moyen-Orient par les puissances occidentales au XXe siècle, en commençant par les tractations anglaises avec Laurence d’Arabie pendant la 1re guerre mondiale où l’Angleterre a fédéré des nations arabes pour provoquer la chute le l’Empire Ottoman.

Bref, il faut non seulement réfléchir à ce qu’implique collectivement et personnellement être en état de guerre politique et à ce qu’on peut faire individuellement si tel est le cas, comme actuellement, pour cultiver plus que jamais un état mental sain et pacifique, capable de prendre de bonnes décisions, capable de résister à la propagande de la haine et de l’intolérance et capable de développer/continuer des relations saines et aimantes autour de soi. Comme le disait un autre journaliste lors de cette émission de télé, c’est dans les périodes de guerre qu’on voit les comportements les plus aberrants et inhumains se produire. Il importe de ne pas se fermer les yeux et d’aborder la réalité à bras le corps aussi franchement que possible. Assez du déni.

***

Il y a longtemps que l’état de guerre me taraude en tant qu’artiste, auteure et poète. Je m’y intéresse depuis 1995 lorsque j’ai commencé à écrire le «Fiel la bouche» suite à une manifestation monstre à Washington des membres et sympathisants de Nation of Islam « « The Million March Man » et dont je parle brièvement dans un ancien billet portant sur Ed Snowden (7). Plus que la majeure partie des personnes en Amérique, j’ai une peur terrible de la guerre. Je me souviens avoir très mal réagi lors de la 1re guerre contre l’Irak au Koweït déclenchée en août 1990 : « la guerre du Golfe ».  Et vous ? Probablement que vous vous en souvenez à peine. Moi, je m’en souviens exactement, où je marchais ce jour-là d’hiver lors des premières frappes, ce que je pensais alors ce soir-là sinistre, mon insécurité, au début de cette guerre dite « chirurgicale », comme si ce n’était pas de vraies personnes que l’on tuait (8)… Remarquez, je ne suis pas la seule à m’en souvenir, Jean Leloup en a fait une chanson très dansante « 1990 »… Oui oui c’est bien au sujet de cette « Coalition » internationale de 34 pays issus de l’ONU dont la participation modeste du Canada, contre l’envahissement du Koweït par l’Irak. Une « 3e guerre mondiale » qui n’en a jamais porté officiellement le nom, car un seul territoire était visé. Vous en souvenez-vous ? Avez-vous « sauvé votre âme avec cette chanson » ? : https://www.youtube.com/watch?v=VI3C6MROOvY

Il y a longtemps que je nous considère dans cet espace mental de guerre et maintenant matériel et de plus en plus concret. L’avantage que j’ai sur la plupart d’entre vous, c’est que je réfléchis discrètement à la guerre et à la mort depuis longtemps… Thèmes pas très populaires, j’en conviens dans notre société hédoniste, de culture généralement superficielle et consommatoire de l’instant, le « présentisme », comme on commence à l’appeler… Voici donc une partie de l’état de mes réflexions, en commençant par mes débuts à moi.

Voici le poème que j’avais écrit plus ou moins 2 ans avant le 11 septembre 2001 et qui se trouve sur mon premier disque réalisé en 2003.

***

Petite histoire de ce poème : 1re lecture à CKUT (Radio McGill) à Montréal le… 10 septembre 2001, lors d’une entrevue avec Anne Farrell du Mouvement humaniste, au sujet de la violence, de la révolte et du fascisme. Lecture publique la plus récente : le 12 mai 2012, lors de l’évènement JAPPEL12M15M organisé entre autres par Occupons Montréal (Occupy) et des étudiants en grève du Printemps érable, à la Place du peuple (square Victoria) à Montréal.

Déclaration de guerre 15 octobre 1999

par Ève Marie   

 

Gisons, gisant, les lèvres pleines de fumées

Pour qu’ils n’y voient qu’un leurre

pire que la mort

 

Plantons un bulbe d’amour

À chaque coin de rue

 

Cousons cousins des mots incendiaires

sous chaque rebord de robe

Chaque mot prononcé en trop

est une minute de plus à vivre

surtout parler

la bouche un peu moins pleine

J’en connais beaucoup

qui mourront très jeunes

Ou qui sont déjà morts d’overdose

 

hum… [expression de plaisir]

 

Mangeons lentement

les plus belles fleurs du monde

Pendant qu’il en reste encore

Broutons, comme des vaches, s’il le faut

Et râlons, hurlons comme des louves

Pour le prochain enfant à naître

 

aou aou [cri de loup]

 

Il paraît que je suis dans l’espace

Que je marche sur des nuages mal pelletés

Il paraît qu’un rayon vert me porte

(C’est ce que les Djinns m’ont dit)

 

grr grr [grognement de colère]

 

Il paraît que je suis au bord de la crise de nerfs

Au sud, au nord, à l’est,

qu’il ne manque qu’il ne manque qu’une perle

Les petits soldats de bois

Déboulant les escaliers

Ils ont tant de peines

Un seul souffle suffit

pour les faire tomber

Ils sont si bien alignés

 

Il paraît que nous sommes en guerre

Et nous ne le savions même pas.

 

[Écoutez le pièce no7 ci-contre. Désolée pour la répétition commerciale du nom de la compagnie qui a fait le transfert de mon disque sur mp3…]

***

Revenons à aujourd’hui, j’ai fait un rêve bizarre tôt ce matin. Le voici.

Les chatons viennent de naitre et ont été mis dans des sortes de casiers sur l’accoudoir de mon sofa, très peu large –juste la largeur de l’animal. Puis mon chaton le dernier reste et les séparateurs sont enlevés. En passant, je bouscule par mégarde ce chaton et le pauvre, aveugle, commence à tomber à l’intérieur du sofa mais réussit à s’accrocher avec une patte. Pour lui, si petit, cela est très haut, même et surtout qu’il ne voit pas ! Il lâche en même temps un méga « miaou » quasi cosmique super puissant qui me glace d’effroi et je réussis à l’attraper au passage pour ne pas qu’il tombe et le remets doucement sur l’accoudoir. Il me semble que ce cri si fort a été entendu dans le monde entier !

Je me réveille brutalement, à la fois surprise, effrayée et résolue.

Puis je me dis en me réveillant, encore un peu branchée sur mon inconscient, comme une révélation : le chaton, c’est moi, c’est nous les Occidentaux qui sommes tombés en perdant Dieu. La chute est plus grave qu’on l’a pensé jusqu’à maintenant sur nos consciences. Nous en prenons progressivement conscience radicalement, surtout depuis les événements sociaux très troublants des dernières années et surtout des derniers mois. L’inconscient et l’âme de tous sont en panique et se généralisent alors avec des comportements individuels et collectifs de plus en plus aberrants. Nous sommes dans une sorte de cauchemar permanent dans lequel on ne sait comment sortir et duquel il ne suffirait que de… se réveiller… Le réveil est-il proche ? Avez-vous vous aussi entendu ce cri, rêver ce cri du peuple ?

Il reste maintenant de mon rêve ce cri de minou, ce cri animal… Il me semble, maintenant que mon esprit a repris un état de veille quasi « normal », que c’était un vrai cri du cœur (le mien, le vôtre?) qui vient d’être lancé et que tout le monde l’a entendu dans son inconscient… C’est la poète qui parle ici, vous l’aurez compris.

Je les emmerde ces faiseurs de guerre, c’est leur guerre, pas la guerre du peuple. Les mêmes causes de 2001, avec les mêmes moyens donneront les mêmes mauvais effets. Déjà en octobre 2001, alors que j’organisais avec le Mouvement humaniste de Montréal une manifestation contre la guerre en Afghanistan, j’écrivais que cette guerre contre le terrorisme contribue à une spirale de la violence par laquelle le terrorisme ne sera pas défait mais encouragé dans son développement et sa propagation. (voir notre communiqué de presse dans les archives en bas de ce billet).

Pour terminer en riant, pour une fois, très noir : voir ce stand up très ironique de l’humoriste américain George Carlin : https://www.youtube.com/watch?v=CwuP9rMhiQQ

***

Alors que faire ? Je crois qu’il faut cultiver son mental adéquatement par toutes sortes d’exercices visant à le maitriser, non l’annihiler, car il est le propre de la pensée de toujours fonctionner. La méditation est un de ces bons moyens, Mathieu Ricard et Y. M. Rinpotché ont écrit des livres réputés sur ce sujet. Se nourrir aussi de bonnes productions culturelles, être créatif de petites choses chaque jour. Aller chercher la beauté. Aimer recevoir/procurer de petits plaisirs. Nourrir et entrainer son corps le mieux possible. Téléphoner plus souvent, se parler en personne, sortir un peu des nouvelles technologies qui isolent infailliblement. Nourrir, le moment venu, ses amitiés, amours. En revanche, faire les ruptures qui s’imposent… de manière cohérente avec ses valeurs. Cultiver l’empathie comme notre qualité humaine la plus précieuse qui nous distingue des roches. Ralentir!!! Etc. Il faut commencer par l’action la plus facile à atteindre pour progresser. Et vous que faites-vous ?

Quelques idées glanées sur You Tube :

-Do in chinois (automassage) 5 minutes pour bien commencer sa journée : https://www.youtube.com/watch?v=t0XIzXDDsDA&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3&index=9

– Exercices de médecine chinoise de qi-gong : https://www.youtube.com/watch?v=559Iw6Tvt8U&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3&index=1

ou https://www.youtube.com/watch?v=p72J7YxZa5Q&index=3&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3

ou https://www.youtube.com/watch?v=fjzkIDvgNx4&index=3&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3#t=7.70839

ou https://www.youtube.com/watch?v=SqHBUVAznCg&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3&index=7

– 5 petits rituels pour bien commencer sa journée : https://www.youtube.com/watch?v=8nZ6GYAVnO4&index=10&list=PL5rfbOkU_mUW_KRKl3qb1g_YRrixujJs3

« Il est dans la beauté et dans la vertu

un charme indicible

qui fait tomber les portes de fer

et qui amollit les cœurs de bronze. »

Voltaire

.

___________________________

(1) http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/politique/201410/03/01-4806080-le-canada-sen-va-en-guerre-contre-le-groupe-etat-islamique.php

(2) @ 7:22 http://ici.radio-canada.ca/emissions/gravel_le_matin/2015-2016/

(3) http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/466736/attentat-a-lahore?utm_source=infolettre-2016-03-29&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

(4) Selon l’ONU, 575 civils sont morts dans des attentats seulement au mois de mars, et 1196 civils ont été blessés (Source : journal Métro, 05-04-16)
(5) http://ici.radio-canada.ca/emissions/midi_info/2015-2016/

(6) extrait : http://fr.calameo.com/read/000913544a9b626d85584

(7) https://evemarieblog.wordpress.com/2013/12/26/refusons-la-societe-de-surveillance-et-vive-edward-snowden/

(8) « La destruction des usines hydroélectriques et autres installations électriques irakienne, qui a permis d’anéantir les capacités de command and control de l’armée irakienne, a provoqué l’explosion d’épidémies de gastroentérites, de choléra et de typhoïde, en empêchant le fonctionnement des centres de traitement d’eau potable et d’eau usagée. Peut-être 100 000 civils sont ainsi morts indirectement, tandis que le taux de mortalité infantile» (Source : Rizer, Kenneth, « Bombing Dual-Use Targets: Legal, Ethical, and Doctrinal Perspectives[archive], Air & Space Power Journal, mai 2001).

« Le rapport d’une mission de l’ONU, dirigée par le sous-secrétaire Martti Ahtisaari et envoyée en mars 1991 pour évaluer les besoins humanitaires de l’Irak, décrivait l’état du pays comme « quasi apocalyptique ». (Source : Javier Pérez de Cuéllar. Report S/22366 to the United Nations Security Council, detailing the findings of the mission undertaken by Under-Secretary-General Martti Ahtisaari to assess the humanitarian needs arising in Iraq in the aftermath of the Gulf War.) Sur Wikipédia (page consultée le 27 mars 2016). Sans parler du désastre écologique local avec la destruction de 732 puits de pétrole koweïtiens par l’Irak.


de mes archives

19 octobre 2001

Pour diffusion immédiate

 

MOBILISATION POUR LA PAIX

PAR LE MOUVEMENT HUMANISTE DE MONTRÉAL

 

Montréal, 19 octobre 2001.― L’horreur du massacre du 11 septembre et la folie de la guerre déclarée par le gouvernement de George W. Bush et appuyée par le gouvernement canadien contribuent à une spirale de la violence par laquelle le terrorisme ne sera pas défait mais encouragé dans son développement et sa propagation.

Le Mouvement Humaniste de Montréal invite les MontréalaisEs à venir exprimer leur solidarité avec toutes celles et ceux qui s’opposent à cette violence par la participation à ses deux activités dans le cadre de la semaine Option non-violence : une conférence et un débat public sur les alternatives à la guerre le 20 octobre à l’UQAM et une marche pour la paix et la non-violence le 21 octobre au Carré Phillips.

 

Plusieurs actions seront aussi organisées partout dans le monde par les humanistes le 19 octobre, dans le but de dénoncer la violence et de proposer des alternatives. Parmi les dizaines d’événements prévus, notons la campagne d’information publique à l’Union Square à New-York,  un rallye devant l’ambassade de Grande-Bretagne à Zurich, une marche de protestation à Munich, une minute de silence dans plusieurs écoles en Grèce, une démonstration publique dans la région du Trans-Nzoia au Kenya, la visite des ambassades à Buenos Aires, une marche pour la paix en Hongrie, une visite des consulats à Hong Kong.

 

Le Mouvement Humaniste International réprouve fermement les attaques des États-Unis et de la Grande-Bretagne contre l’Afghanistan, qui semblent faussement motivées par un combat contre le terrorisme.

 

  1. CONFÉRENCE POUR LA PAIX

Samedi le 20 octobre : « Quelle alternative à la guerre ? »

À 12h30 à l’UQAM, au RM-150, niveau métro Berri-UQAM,

pavillon Alexandre-de-Sève, coin Ste-Catherine et Sanguinet

Conférenciers invités :

Dr Silvia Bercu, membre du mouvement humaniste de Londres

  1. Rezeq Sariq, membre co-fondateur du Groupe Palestiniens et Juifs Unis (PAJU).

 

  1. MARCHE POUR LA PAIX ET LA NON-VIOLENCE

Départ : Dimanche 21 octobre à 12h30 au Carré Philipps (coin Ste-Catherine et Union)

Le Mouvement Humaniste de Montréal invite tous ceux et celles qui sentent l’obligation de conscience de manifester leur désir de dire non à la guerre, en participant à une grande marche pour la paix et la non-violence et montrer leur refus à une réponse militaire fait au nom du droit à la vie et de la «liberté immuable».

Le peintre Nikolaï Kupriakov, dévoilera une nouvelle peinture ayant comme titre «U.S. War Department kill everybody that is not with us». Le groupe Sertao avec Lavanya Narasiah (voix, percussions) Nicolas Lépine (guitare), Geneviève Lapointe (sax) et Jean-François Bourdon (basse), seront également présents ainsi que d’autres surprises.

 

Pour information :

Courriel : humaniser@hotmail.com, site internet : http://www.geocities.com/forumhumaniste

 

-30-

 

Source : Ève Marie ou Ali Z.

Voir également  notre communiqué de presse sur le détail de nos activités internationales.

 

 

 

 

Crédit photo : Ève Marie 2011

Crédit photo : Ève Marie 2011

Vite il faut que j’écrive ce texte avant de revenir à la « normale ». Ce sera difficile de communiquer avec vous (de me faire bien comprendre), précisément pour cette raison. Dans un état normal, on oublie profondément la vérité spirituelle du corps et de ses émotions véritables.

Quelqu’un comme moi qui va vous parler de ça vous semblera au mieux trop différente de vous, voire déconnectée, au pire carrément folle ou n’importe quelle raison (rationnelle)  pour vous faire croire à la partie de vous-même qui dirige que je suis dans le tort, au moins un peu. Et il y aura aussi sans doute quelques personnes, plus rares, qui diront avoir déjà vécu ce que je vais décrire.

Même moi qui me relirai dans quelques jours trouverai que j’exagère…

Copie de Effet noir 240X360

Effet de noir. Crédit photo : Ève Marie 2011

Alors, mise en garde faite, lisez ce texte la nuit, entre deux rêves, au moment précieux où la simple vérité émerge parfois, où vous vous souvenez peut-être que vous êtes le plus ou le mieux relié à votre être. Si vous n’avez jamais vécu cette expérience, je m’inquiète pour vous. Vous êtes déjà peut-être juste devenu une bonne machine à produire et vous perdez votre temps à lire ce stupide texte…

Pour les autres, il y a de l’espoir. Alors suivez mon histoire, banale et étrange à la fois.

Je relève d’une pneumonie qui m’a gardée plus de deux semaines à la maison. La dernière fois que j’ai eu ça, j’avais 6 ou 7 ans. Ça cogne. Je me suis donc considérablement affaiblie avant d’aller chez le médecin et sans m’en rendre compte, mes perceptions ont changé.

J’ai beaucoup écouté la radio et la télévision, Radio-Canada (le média d’État au Canada) et dernièrement une radio privée COGECO 98,5FM (Arcand). J’ai redécouvert la télé que je regarde très peu depuis quelques années, à part un ou deux téléromans comme 30 vies (vie dans dans une école secondaire). Pendant cette maladie, j’ai suivi Les Pays d’en haut (sorte de faux western imitant la vie des colons Canadiens-français de la fin du XIXe s.), Ruptures (histoires d’avocats), un vieil épisode d’Unité 9 sur Internet (vie des femmes en prison), Tout le monde en parle (talk-show), Virtuose (Grégory Charles et ses jeunes talents de musique), des bouts des Enfants de la télé (talk-show avec des vedettes), Les pêcheurs (histoire de gars au chalet, vedettes de l’humour), des bouts aussi de Prière de ne pas apporter de fleurs (talk-show pour rendre supposément hommage à un ami artiste). À la radio, j’ai écouté Gravel le Matin (émission réveil-matin), Médium large (entrevues diverses), La sphère (TIC) et surtout les trois spectacles supposés comiques de la fin de semaine pour me divertir, À la semaine prochaine et La soirée est encore jeune. Et sans parler des pubs…

Et je n’en suis pas revenue ! J’étais devenue comme une extra-terrestre de ce monde, c’est comme si je débarquais d’une autre planète pour les émissions de fiction et d’humour. Comme le monde a changé. C’est clairement une autre génération qui écrit. MA génération. Y’a eu comme un passage que j’avais raté jusqu’à maintenant. Mais, c’est beaucoup plus que cela.

Comme le monde a changé ! Mais quoi ? demandez-vous… elle va-t-y accoucher ?

Eh bien, dans l’état d’hypersensibilité où je me trouvais, en particulier lorsque la toux a commencé, chaque phrase humiliante, méchante, ‘impathique’(non empathique extrême), chaque ironie, idée à l’envers, sarcasme, fausse gentillesse remplie de sous-entendus dont on n’est pas certain exactement, bref chacune de ces sentences entendues ou chaque mini-pensée négative déclenchaient chez moi un micro-malaise interne qui déclenchait à son tour une quinte de toux (je ne me suis pas rendu compte du phénomène tout de suite, je vous le redis ma conscience était altérée). Jamais encore je n’ai constaté à quel point toutes ces sales choses influencent en profondeur ma psyché et de là, mon corps (à moins que ce ne soit l’inverse, mais peu importe). Ou, au contraire, chaque petit bonheur, comme ces jeunes qui jouent de la musique, faisait couler quelques larmes de joie. Jamais je n’avais constaté si évidemment la relation entre le corps et l’esprit…

«La maladie abat de son côté bien des certitudes, la mort ne s’accommode d’aucune vérité qui se veut plus grande qu’elle, elle ramène tout à zéro.» Boualem Sansal, 2084

Surtout, je réagissais intensément à la moindre vibration négative, ciel noir ou gris me tombait sur la tête ou plutôt sur le cœur, mais je n’ai pas eu de nausée, juste le besoin de cracher, d’expurger, de sortir quelque chose, le méchant peut-être. IL faut dire que les médias ne sont pas les seules responsables de ma réaction. J’ai eu dernièrement des déceptions amicales très très sérieuses qui m’ont rendue malade.

Surtout, ce qui m’a frappé, c’est de voir et entendre combien le « bitchage » est devenu la norme dans les communications des émissions à la mode, façon de dévaloriser le plus possible les autres pour se remonter soi-même. En particulier entre hommes, qui semblent avoir pris pour modèle les pires défauts des femmes… Et la norme est d’en rire, et de faire semblant, même si ça blesse; mais en fait, sans doute ne sont-ils pas blessés puisque tellement bardés de couches et de couches de protections qui font qu’ils ne ressentent tout simplement plus rien ou presque (comme le font chimiquement tous les antidépresseurs) et tous ils continuent le jeu, relançant généralement l’affaire de plus belle.

J’ai retenu une réplique qui ‘punche’ dans Ruptures. Isolée comme ça, elle est vraiment bonne, assassine et bien écrite, mais le problème dont je vous parle ici, c’est que des variations de cette ligne se répètent ad nauseum dans la plupart des émissions comme nourriture que vous prenez dans ces programmes. Le danger croit avec l’usage… Ça risque de vous rendre malade à micro-doses. Voici la situation de cette réplique : dans l’ascenseur, une avocate reproche à son associé d’avoir cherché à l’humilier devant les actionnaires, puis lui dit qu’elle a enfin repris le contrôle d’un des dossiers difficiles et lui . Son associé lui répond, imperturbable :

– Excuse-moi, je suis debout, alors je ne peux pas faire de standing ovation.

Comment la trouvez-vous ?

Maintenant, imaginez cela répété sous toutes les formes plusieurs fois par jour.

grenouille au formolLes téléspectateurs et les auditeurs (sans parler des contenus des médias écrits et des scripteurs/lecteurs sur les réseaux sociaux) sont-ils devenus cette pauvre grenouille dans un pot qui se réchauffe si lentement qu’elle finit par y mourir, avant même d’avoir pu se ressaisir, se rendre compte qu’elle était en danger de mort et faire le saut salvateur ?

À la longue, tout ce type de communication vraiment nulle, est-il une sorte de drogue que le public redemande, pensant se défouler sur le coup, mais le rendant de plus en plus insensible ? Comment se fait-il que ce soit si à la mode maintenant, que cela attire dans un cercle vicieux d’autres auteurs ou humoristes avec ce genre d’écriture ? Et qui se plaignent à la télé qu’ils ont de moins en moins de liberté pour écrire… Les pauvres ! Je pense à la débile revue de fin d’année du Bye-Bye 2015 (et pour laquelle j’ai fait un billet)(1).

Comprenez-moi bien. Il en faut pour tous les goûts, je suis d’accord. Il s’agit d’un média généraliste. Mais quand ils dominent le punch-line à ce point, y’a de quoi s’inquiéter, avec toutes ces sortes de prédateurs ou passif-agressifs en puissance, montés aux nues par les sacro-saintes cotes d’écoute. N’y a-t-il plus d’autres «modèles» d’être humains ? Le pire, je crois, ce sont les non-fictions, où les protagonistes se ‘bitchent’ agréablement à qui mieux mieux. Ben oui, c’est si drôle, mieux vaut en rire que d’en pleurer, n’est-ce pas ? S’en rendent-ils compte, eux/vous, leurs admirateurs, qu’ils finissent par devenir eux-mêmes ces personnages au travail, en amitié, en amour, en famille ? Que les rapports sociaux, le tissu social même se détériorent doucement, innocemment, dans le bocal et qu’ils en sont un des artisans, ce qu’ils prétendent parfois dénoncer par leur art ? Je croyais, après le Printemps érable, qu’on en avait fini avec le cynisme, mais non. Tous ceux qui l’ont dénoncé et qui ont mis sur la table leurs vrais rêves et leurs sensibilités sont rentrés se terrer à la maison et se taisent à nouveau. J’exagère ? Souvenez-vous : je ne suis pas en ce moment dans mon état normal : mais peut-être que je suis dans mon vrai état d’être vraiment humain.

Gloup ! La maladie m’aura permis d’ouvrir au moins un œil. Dieu merci qu’il me reste encore assez de force pour m’en indigner. Mais s’indigner ne suffit pas. Il me reste encore assez de conscience pour chercher des nourritures qui vont véritablement nourrir mon cœur et mon âme. Mais chercher seule, ça ne donne rien, parce que tout le reste continue à se détériorer…

Bonne chance ! Ben oui, après un tel alignement des chances, il me faut m’acheter un billet de loto 6/49, comme dans la pub. Ça c’est the solution monsieur !

Voyez ! J’ai presque attrapé leur maladie ! Je redeviens normale, sauve qui peut !

Partout Faust et Macbeth rôdent. Et sous les plus jolis traits, les plus spirituels parfois. Ne vous laissez pas berner !

C’est si facile de perdre son âme !

« Bizarrement, les gens ne sont plus qu’attirés par la beauté que lorsqu’ils vivent des tragédies ou des déceptions.» Rostropovitch (1927-2007)

… Suite dans mon prochain billet

sauter-de-grenouille-du-pot-de-feu-de-camp______________________

(1) https://evemarieblog.wordpress.com/2016/01/02/vraiment-bye-bye-bye-2015-a-radio-canada/

savitur-tantra-cercle-de-femmes-2

« Quand chaque femme fait honneur au Soi, de la façon la plus dépouillée possible, l’énergie créatrice devient disponible pour l’ensemble, et cette énergie contribue aux changements qui soutiennent les transformations de l’humanité. Lorsque les femmes ne seront plus perdues, à demander aux autres de leur dire ce qu’elles devraient faire ou comment elles devraient vivre, il y aura de grands changements dans notre monde » Jamie Sans, «Treize mères originelles»

« L’inhumanité infligée à un autre détruit l’humanité en moi. » Emmanuel Kant

 

Je vous propose ici de (pour)suivre une réflexion sur le pouvoir dans les groupes, pour faire suite à une publication à la une d’aujourd’hui du journal Le Devoir (Montréal) qui se penche sur une des stratégies d’empowerment (ou libération de l’aliénation du peuple) : « Se libérer sans vous, se libérer de vous » (1) et pose des questions sur les actuelles imprécations du «Vivre ensemble».

En revenant sur une réflexion et expérimentation à ce sujet vécue au sein de la mouvance Occupy / Occupons Montréal en 2011-2012, la question du pouvoir se pose notamment dans la mixité ou non-mixité des (sous-)groupes militants. Question pour laquelle j’avais des sentiments tiraillés. Autrement dit, quelles sont les circonstances qui font qu’on choisit délibérément de militer dans un groupe non-mixte, comme un groupe de femmes, un groupe de Noirs, un groupe autochtone, un groupe gay ou queer, et même certains syndicats, etc., bref toutes ces «minorités» marginalisées où on vit, d’une manière ou d’une autre, une forme d’oppression face à la majorité ou à un groupe dominant, que ce soit l’exclusion sociale comme le sexisme, le racisme ou l’homophobie ou encore l’exclusion économique, politique ou religieuse. Vaste question…

J’aimerais alors partager ici d’abord quelques extraits significatifs de cet intéressant article du Devoir (1) que voici, suivi de mon billet.

« Constamment déçus par l’idéal d’une société  ‘juste’ qui leur est projetée encore davantage en ces temps de crise et de paupérisation, certains groupes pensent plutôt l’émancipation comme « la séparation d’une société fausse ». Ségolène Roy, blogueuse

« De telles pratiques peuvent mettre à l’abri certaines petites communautés pendant une période, mais à la longue, elles tendent à pénaliser les personnes qui en font partie en les privant de réseaux sociaux performants et en limitant la mobilité sociale.» Pierre Anctil, prof d’histoire, Université d’Ottawa

 

Quelques grands-mères et un grand-père font le résumé de leur cercle de parole.Crédit photo : Vincent-René

Quelques grands-mères font le résumé de leur cercle de parole puis plus âgé grand-père clôt la journée par un dernier témoignage, lors du cercle autochtone/non autochtone MITSHETUTEUAT, avril 2014. Crédit photo: Vincent-René

« Greg Robinson tempère en disant que ‘c’est un argument fort de demander comment les [personnes racisées] peuvent espérer mériter le respect ou l’égalité si elles n’ont pas les moyens de gérer leur propre mouvement. En revanche, c’est un argument fort de dire qu’on ne casse pas l’exclusion raciale par un mouvement exclusif.’» G.R., professeur d’histoire, Université du Québec à Montréal

« En tant que membre du groupe dominant, il est difficile pour les hommes cisgenres (nés de sexe mâle et s’identifiant au genre masculin) qui souhaitent se joindre au mouvement [féministe] de comprendre le refus de leur présence par les féministes. Car grandir et évoluer en tant qu’homme n’inclut pas – ou très peu- l’expérience de refus ou de rejet.» Sophie Chartier, journaliste, Le Devoir

Cercle afroaméricain. Angela Davis wanted_Black Panthers

Black Panthers

Une fois par année, le collectif radical Les Hyènes en jupons fait une manifestation non mixte à Montréal et les femmes reçoivent dans la rue des salves d’insultes misogynes de la part des passants et des policiers :

« À la question ‘pourquoi ça dérange ?’ Laura (nom changé) hésite. ‘Je pense que la non-mixité politique fait voir aux hommes qu’ils risquent de perdre certains privilèges.» « On l’utilise [notre groupe de femmes non mixte] comme lieu de ressourcement ». Laura, militante, Les Hyènes en jupons

Dans les groupes non mixtes (safer spaces), « On gagne des espaces intimes de confiance. Mais attention, les groupes non mixtes ne sont pas nécessairement dénués d’oppression. Il reste des rapports de pouvoir et il faut sans cesse les remettre en question.» Stéphanie Mayer, chercheuse en sciences politiques à l’Université Laval (2)

« Toutes trois soutiennent qu’il est important de remettre en question fréquemment les tactiques.» Sophie Chartier, journaliste, Le Devoir (1)

*/*

AG15oct

1re assemblée générale d’Occupons Montréal au Square Victoria, rebaptisé «Place du peuple», 2011

La mouvance Occupons Montréal a expérimenté et réfléchi aussi sur cette façon de militer, et dont voici un résumé (3) :

– Concept d’espaces sécuritaires (safer spaces) pour soi et entre-sois : modèles de justice communautaire ou réparatrice (ni policière ni étatique), analyse et dénonciation de l’oppression vécue dans notre propre organisation : comment changer les dynamiques de pouvoir ? Sortir de l’aliénation par notre prise de conscience, on arrive enfin à ce niveau où on est prêt à développer une méthodologie concrète.

– Sortir de la culture l’hyper sécurisation pour exister dans l’espace public et psychique; trouver un équilibre entre sécurité/insécurité. Se défaire de la peur aussi qui nous est inculquée par le gouvernement et autres, en donnant une réponse originale à la violence de la marginalisation.

 

AG engagement OM (10)

Assemblée générale d’Occupons Montréal. Fabrice Marcoux, Mikelaï Cervera et Ben Godin anime un cercle sur les «Engagements», réflexion menée par le Comité de philosophie politique, 2012. Crédit photo: Ève Marie

*/*

J’ajoute aujourd’hui ma réflexion et expérience sur le tissus social et la communication nonviolente qui a muri sur ce sujet.

Ce qui me frappe d’abord dans ces analyses, c’est l’absence complète de référents intra-personnels. Toute l’analyse est axée sur des dynamiques interpersonnelles, sociales ou politiques, au mieux groupales. Pourtant, ce sont aussi des individus qui exercent ce pouvoir. En effet, pourquoi toujours cette dichotomie tellement binaire entre sociologie et psychologie ? Dans quelle aliénation les relations de pouvoir nous mènent-elles ? Comment s’en sortir ? N’y a-t-il pas lieu de s’interroger sur les sources de ces relations de pouvoir ? Si tous les humains ont, certains plus que d’autres il s’entend, à un moment ou à un autre, vécu une relation de pouvoir avec un autre ou des autres, soit comme oppresseur, soit comme opprimé, soit les deux en même temps, n’est-ce pas là aussi un reflet de notre propre esprit et de la façon dont nous nous traitons nous-mêmes, soit la domination d’une partie notre psyché (l’ego par exemple) sur une autre partie? N’y a-t-il pas lieu de se demander comment une telle mécanique (?) se développe dès l’enfance et si elle n’est pas, à son tour, encouragée par certaines postures ou dynamiques familiale, sociale ou politique ? N’y a-t-il pas lieu aussi de chercher aussi du côté des neurones-miroirs qui seraient à la base du développement des langues humaines et du développement de l’aversion, de l’empathie et du désir mimétique (4) ?

Si la fin du XXe s. et une partie de XXIe siècle sont et seront dominés par une forte recherche identitaire menant à la fois à des évolutions individuelles ou nationales ET à des dérives communautaristes, voire sectaires, voire terroristes, il y a fort à parier que ce champ de recherche, d’expérimentation et de philosophie qui, pour l’instant, n’est que l’apanage d’avant-gardes, deviendra un thème fort de notre siècle si bouleversé.

*/*

J’en profite pour remercier l’artiste, poète et militante Koby Roger Hall pour m’avoir fait connaitre ce concept de «safer spaces» et ces pratiques pour la 1re fois, lors d’une réunion bilan d’OM. Elle a tenu, notamment, avec Frédéric Biron Carmel et la galerie SKOL  un site d’«archives vivantes » d’Occupons Montréal. Plus de détails au http://skol.ca/wp-content/uploads/2012/08/feuillet_koby_fred_angl1.pdf et https://www.facebook.com/occupymontreal/posts/143543362450865 et http://www.rcaaq.org/html/fr/actualites/expositions_details.php?id=15600

_______________________

(1) Texte au complet au http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/457146/se-liberer-sans-vous-se-liberer-de-vous

(2) Auteure du mémoire « Du ‘nous femmes’ au ‘nous féministes’ : l’apport des critiques anti-essentialistes à la non-mixité organisationnelle »

(3) Voir mon billet du https://evemarieblog.wordpress.com/2012/09/16/occuponsmontreal-bilan/ et publié également dans la revue Possibles, au http://redtac.org/possibles/category/du-printemps-arabe-au-printemps-erable-un-nouveau-cycle-de-luttes-sociales-vol-36-no-2-hiver-2013/section-i-du-printemps-arabe-aux-indignes/

(4) 1996, Giacomo Rizzolatti et Corrado Sinigaglia, http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/neurones-miroirs-i-une-decouverte-48805 :

«Chez l’homme, on a observé la présence des neurones miroirs dans le cerveau encore immature du jeune enfant. Et chez l’adulte, ces réseaux miroirs apparaissent comme bien plus développés que chez les autres primates. Ce détail semble anodin et couler de source puisque le cerveau de l’homme est bien plus gros que celui des singes. Mais le fait que les neurones miroirs y soient très développés n’est pas fortuit. Car tout dispositif naturel possède une contrepartie fonctionnelle et si ces neurones sont présents en nombre, c’est sans doute parce qu’ils ont un lien avec ce qui sépare l’homme de l’animal. La raison et le langage aurait dit Aristote. Et plus généralement, l’intersubjectivité. »

«Voici ce que déclare Robert Sylvester, écrivain des sciences « La découverte des neurones miroirs est absolument renversante. C’est aussi la découverte la plus importante et elle est pratiquement négligée parce qu’elle est si monumentale que nul ne sait qu’en faire »

«Le neurone miroir est en fait multifonctionnel. Et semble fonctionner selon trois modes, le négatif, suscitant l’aversion et donc, porteur de différenciation ; puis le neutre, disons la cognition empathique, détachée de force attractive ou répulsive ; enfin le positif, lieu où le désir se fait mimétique et où le danger de conflit se dessine. »

«Il existe une sorte de mécanique, voire de dialectique des miroirs. En fait, un processus de renforcement, de surenchère, que Bateson avait du reste découvert dans les conflits»

«Et les oiseaux ? N’avons nous pas un mécanisme de ce type [mimétisme] lorsque deux moineaux se disputent une miette de pain ? Et aussi dans la genèse des langages que ces subtils animaux ont pu déployer pour communiquer à travers le champ. Ce qui nous ramène à l’homme et une question sur l’origine du langage. Selon Rizzolatti, les mécanismes miroirs font que des actions deviennent des messages sans médiation cognitive (sous entendu, rationnelle) Si bien que le mécanisme miroir pourrait être à l’origine de la genèse du langage. En permettant notamment qu’un message émis devienne pertinent pour son récepteur. »

Daniel Goleman, auteur de «L’intelligence émotionnelle» a aussi beaucoup aborder ce sujet des neurones miroir dans son livre.

 

 

 

Ai, shé: kon, wachiya, waachiya, kuei, kwé(k8é), gwé, bonjour*,

Crédit photo: Suzanne, Marie-José Tardif et T8aminik Rankin

Crédit photo: Suzanne Morissette, Marie-José Tardif et T8aminik Rankin

Un de mes aïeuls, Hector-Louis Langevin, qui a fondé la nation canadienne, a aussi été un des instigateurs des pensionnats indiens en  1883 (1). Au nom de ma famille, je veux m’excuser profondément de ces souffrances infligées et implore le pardon des personnes, de leur famille et de leurs ancêtres.

Les temps ont changé. Cinq générations plus tard, ce qui apparaissait être à cette époque un avancement, et où les théories racistes avaient le haut du pavé, apparait maintenant comme un barbarisme sans nom depuis la fermeture du dernier pensionnat à la fin des années 1990 et surtout depuis la Commission vérité et réconciliation.

Depuis quelques années, nous (blancs, Métis, Autochtones et Inuit) comprenons de plus en plus qu’il s’agit d’une violence coloniale, et que cette violence avalée est transmise comme une maladie psychique contagieuse (2), perpétuée et perpétrée par les autres et sur soi/les siens dans un cycle qui a semblé infini. Et a bien failli exterminer un peuple qui est pourtant un trésor de l’humanité. Heureusement, de nombreuses prises de conscience se font et se sont faites, et avec leur nombre grandissant, elles toucheront bientôt l’âme des peuples et l’ensemble de la société.

Un prière s’impose ici. Elle provient d’une femme-médecine la communauté indigène d’Hawaii, Morrnah Nalamaku Simeona et du dr. Len :

«Si moi et ma famille, mes proches ou mes ancêtres vous ont offensé ou offensé votre famille, vos proches ou vos ancêtres en pensées, en mots ou en actes, depuis le début de la création jusqu’à aujourd’hui, nous implorons humblement, humblement, humblement votre pardon. Puisse tout cela être nettoyé, purifié et libéré. Que tous les blocages, les mémoires, les énergies et les vibrations négatives soient coupés. Puisse toutes ces énergies indésirables être transmutées en pure lumière.»

*/*

Ces pensionnats autochtones (3) de garçons et de filles (qu’on appelle aussi écoles résidentielles au Canada) me semblent être une cause profonde de la violence faite aux femmes autochtones dont j’ai déjà parlé sur ce blogue (4). De nombreuses violences sexuelles et humiliations quotidiennes y ont été vécues par les enfants autochtones pendant un siècle (5). Je veux dire aussi que dans la dernière année et en particulier dans les derniers jours, beaucoup d’informations, témoignages et allégations sont sorties dans les médias canadiens au sujet de la violence faites aux femmes autochtones par des conjoints, des policiers, des inconnus. Plus que toute autre, cette violence inacceptable est restée impunie, systémique. Cette violence qui atteint ces femmes est la même qui a atteint ces enfants des pensionnats indiens : celle de la déshumanisation. Pour les non autochtones qui ont fait ça, ces «Sauvages» ne sont pas des humains. C’est terrible.

Maintenant, des femmes courageuses ont décidé de parler publiquement, malgré les menaces de représailles contre elles et leurs familles. J’ai pleuré en écoutant les témoignages dans un reportage de l’émission Enquête à Radio-Canada (6). Il est temps que cesse tout ce cycle infernal. Comme l’ont très bien dit et souhaité Michele Audette (présidente de Femmes autochtones du Québec) et Édith Cloutier (directrice du Centre d’amitié autochtone de Val d’Or), que la guérison commence en parlant ! Importantes prises de conscience !

Maintenant, autochtones et non autochtones tenons-nous debout ensemble, vers une unité incluant des différences constructives, à l’écoute les uns et surtout des autres. A’ho (j’ai dit) !

Nakurmik, nià: wen, migwech, tshi nashkumitin, mikwetc, migwetc (mig8etc), welalin, merci, pour la suite du monde.

signé : Ève Marie Langevin

_____________________________

*Ces salutations sont respectivement en langue inuktitut de l’Est canadien, mohawk/kanien’kehá:kas, cri de l’Est/eenou/eeyou), naskapi, innue (montagnais) et attikamekw, algonquin/anishinabeg, mi’kmaq/mi’gmaq et française.

_____________________

(1) Oncle d’il y a 5 générations, Me Hector-Louis Langevin (Conservative Party), était député de Three Rivers (Les Trois-Rivières), Québec; Official Reports of the Debates of the House of Commons or the Dominion of Canada, Volume XIV, 1883, Ottawa, p. 1376. «The intention is to establish three industrial Indian schools in the North-West […] The fact is, that is you wish to educate these children, you must separate them from their parent during the time they are being educated. If you leave them in the family, they may know how to read and write, but they still remain savage… » Le texte au complet au https://books.google.ca/books?id=7Ys9AQAAMAAJ&pg=PA1376&lpg=PA1376&dq=%27%27The+fact+is+that+if+you+wish+to+educate+the+children,+you+must+separate+them+from+their+parents+during+the+time+they+are+being+taught.+If+you+leave+them+in+the+family+they+may+know+how+to+read+and+write,+but+they+will+remain+savages,+whereas+by+separating+them+in+the+way+proposed,+they+acquire+the+habits+and+tastes%E2%80%A6of+civilized+people%27%27+house+of+common+1883&source=bl&ots=93n9hw_HjF&sig=SqlmzJVdIOKHxXMcTE7dnIy_Nqo&hl=fr&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q&f=false

(2) C’est la thèse de Edgar Morin, qui parle de «peste psychique» en amont de la violence, se manifestant comme une incompréhension profonde entre deux humains : « Enfin, la nouvelle civilisation demande une éducation où serait enseignée la connaissance complexe, qui percevant les aspects multiples, parfois contradictoires d’un même phénomène ou même individu, permettant une meilleure compréhension d’autrui et du monde. La Compréhension d’autres serait elle-même enseignée, de façon à réduire cette peste psychique qu’est l’incompréhension, présente en une même famille, un même atelier, un même bureau. Y serait enseignée la complexité humaine. Bref une réforme radicale à tous niveaux de l’éducation permettrait d’enseigner à vivre autonome, responsable, solidaire, amical. » http://www.colibris-lemouvement.org/oasis/dossiers-thematiques/lappel-de-pierre-rabhi-et-edgar-morin/edgar-morin-aux-oasis

(3) Voir les infos et les conclusions de la Commission vérité et réconciliation sur les pensionnats :

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2015/06/02/005-pensionnats-autochtones-genocide-culturel-selon-commission-verite-reconciliation.shtml

http://www.trc.ca/websites/trcinstitution/index.php?p=891

« Un État qui détruit ou s’approprie ce qui permet à un groupe d’exister, ses institutions, son territoire, sa langue et sa culture, sa vie spirituelle ou sa religion et ses familles, commet un génocide culturel. Le Canada a fait tout ça dans sa relation avec les peuples autochtones. » — Rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

Abus physiques, psychologiques et sexuels, malnutrition : la liste des torts subis par ces enfants a été minutieusement documentée au fil des milliers de pages du rapport final de la Commission. http://www.trc.ca/websites/trcinstitution/index.php?p=15

Entrevue de la commissaire Marie Wilson, à la suite de ces témoignages et allégations de violence sexuelle commis par des policiers contre des femmes autochtones de Val d’Or (Québec) à Radio-Canada, «Médium Large», 29-10-15  à 9:08 au http://ici.radio-canada.ca/emissions/medium_large/2015-2016/

(4) Voir notamment :

(5) Dominique Rankin et Marie-Josée Tardif, «On nous appelait les Sauvages : souvenirs et espoirs d’un chef héréditaire algonquin », 2011. éd. Le jour.

(6) http://ici.radio-canada.ca/tele/enquete/2015-2016/episodes/360817/femmes-autochtones-surete-du-quebec-sq

 

 

Edgar Morin, 2011

Edgar Morin, 2011

Le titre de cet article est la conclusion forte, quoiqu’un peu trop manichéenne, d’un nouveau texte d’Edgar Morin qui, avec sa verve et sa lucidité habituelles, pose un brillant regard rempli d’alternatives heureuses pour notre avenir… dans une langue abordable et surtout avec un esprit de synthèse remarquable.

Vous avez sans doute lu, à gauche, à droite, des idées semblables, mais il ajoute parfois un grain plus personnel et plus étonnant de sa part, comme parler du cinéma comme une «participation psychique» des spectateurs ou parler de ce qu’est l’incompréhension entre les personnes comme étant une sorte de «peste psychique».  À cet égard, il revient tout aussi brièvement sur sa notion de complexité, appliquée au domaine de l’éducation :

«Enfin, la nouvelle civilisation demande une éducation où serait enseignée la connaissance complexe, qui percevant les aspects multiples, parfois contradictoires d’un même phénomène ou même individu, permettant une meilleure compréhension d’autrui et du monde. La Compréhension d’autres serait elle-même enseignée, de façon à réduire cette peste psychique qu’est l’incompréhension, présente en une même famille, un même atelier, un même bureau. Y serait enseignée la complexité humaine. Bref une réforme radicale à tous niveaux de l’éducation permettrait d’enseigner à vivre autonome, responsable, solidaire, amical.» Edgar Morin

En outre, je retiens notamment sa réflexion sur la pression chronométrique à laquelle nous nous soumettons servilement la plupart du temps (croyant qu’être occupé, c’est être quelqu’un ou être important), en parlant d’alternance entre des moments de vie de «périodes de vitesse (qui ont des vertus enivrantes) et les périodes de lenteur (qui ont des vertus sérénisantes)».

Il parle aussi post-consumérisme en encourageant les achats dans ce qu’il appelle des «circuits courts» et beaucoup de différentes formes de convivialité du quotidien, entre autres en cherchant «l’épanouissement du Je au sein d’un ou de multiples Nous. N’oublions pas les solidarités locales, sans oublier la grande solidarité qui nous lie à tous les humains. »

Des sujets qui me branchent et que j’ai soit abordés dans mon travail d’artiste, comme la participation psychique du public lors d’un événement de mouvement dansé/arts martiaux (voir ma section onglet «projets art», soit abordés dans des articles de ce blogue, notamment dans mes «Lettres à mes amis», mais parfois avec une tournure d’une expérience plus blessée, et probablement ainsi plus blessante, moins neutre, ou moins sage sans doute… À chaque âge ses plaisirs et ses douleurs…

Bref, un texte de Morin à lire absolument sur le site d’un intéressant mouvement français dans le même genre que le mouvement «Ville en transition», ici le mouvement des Colibris en France.

http://www.colibris-lemouvement.org/oasis/dossiers-thematiques/lappel-de-pierre-rabhi-et-edgar-morin/edgar-morin-aux-oasis

Bon snack et belle lecture !

 

J’étais chez lui, mais je ne le savais pas.

Cet été-là, je couchai aussi loin que possible de l’auberge de jeunesse où je travaillais. Les nuits bruyantes et bien arrosées m’empêchaient tout simplement de dormir.

Dans la forêt, j’avais trouvé, par un petit sentier, une clairière bien dégagée où restaient les anciennes fondations d’une maison de ferme.

J’y avais établi mon campement pour l’été avec une simple tente petite sans fenêtre que Jean-Luc m’avait prêtée.

Sauf l’histoire du serpent que j’ai racontée dans « Le Fiel à la bouche », je passai là des nuits tranquilles. Au début, c’était un défi pour moi d’y marcher au crépuscule ou souvent plus tard jusqu’à ma tente, surtout les nuits sans lune, sans avoir peur…

Mais j’y découvris la lumière brillante des nuits de pleine lune éclairant de loin mon petit chemin. Au gré des nuits, j’y marchais progressivement confiante, ayant plus peur d’un éventuel homme soûl qui me suivrait que de l’épaisseur ou de la solitude de la forêt.

J’y avançais, tour à tour, dans le mystère opaque d’une nuit noire et sans vent ou dans une nuit habitée par la lune, en compagnie des ombres réveillées.

Un matin frisquet de la mi-août, je fus réveillée par un halètement de chien, tout prêt de mon oreille droite. Très endormie, je bougeai un peu ma couverture métallique et le son d’animal disparut aussitôt. Je me rendormis bien vite, sans plus de cas.

Mais un peu plus tard j’entendis le même son. Il était revenu! Deux fois de suite et à la même place près de mon oreille, ce n’était pas « normal »! Cette fois-ci, je me réveillai raide : ce halètement… C’était plus rauque qu’un chien! C’était sauvage! Je ne pouvais pas voir, seulement entendre. C’était… c’était… petit ou moyen. Était-ce un ours ou quoi? Je bougeai à nouveau ma couverture mais cette fois-ci, je l’entendis se déplacer sur le site avec un cling-clang de veilles tôles abandonnées.

 

Je cherchai prestement mon vieux canif dans mon sac. Je ne l’avais pas utilisé depuis longtemps. J’essayai d’ouvrir la lame, tout en me concentrant pour visualiser le seul bon mouvement fatal que j’aurais peut-être la chance de faire avec le canif si l’animal m’attendait à ma sortie…

Après quelques tentatives infructueuses pour ouvrir ce canif, je dus me rendre à l’évidence : il était un peu rouillé et jamais je ne réussirais à l’ouvrir avec mes doigts.

J’écoutai de longues minutes : à part le vent qui halait dans les feuilles, plus rien. L’animal était-il parti ou m’attendait-il devant ma porte zippée? Impossible de le savoir. Après un long 15 minutes silencieux, je me décidai enfin à sortir : je ne pouvais tout de même pas rester là toute la matinée! Et puis j’avais faim.

J’ouvris d’abord une partie basse du zip de ma tente pour regarder : pas de pattes devant… Puis plus grand : toujours rien. Enfin, sac à dos devant comme ridicule bouclier, je sortis. Balayage visuel. Rien. Je cherchai brièvement des pistes mais ne vis rien.

Certaine de ne pas y revenir coucher ce soir-là, je défis ma tente rapidement et retournai à l’auberge pour le déjeuner.

Je racontai mon histoire. Un ami me proposa de venir chercher les pistes. Il en trouva, effectivement.

J’étais sur le territoire du coyote.

*/*

Deux ou trois jours plus tard, tannée par le bruit incessant des vacanciers festifs, je cherchai sans succès un autre site où dormir dans le bois. Je compris aussi que c’était l’odeur de la pêche pourtant bien enveloppée qui avait sans doute attiré mon coyote.

Je résolus donc de retourner à la même place, mais sans fruit dans ma tente pour accompagner mon réveil. De toute façon, sachant le coyote curieux mais farouche, je n’étais plus vraiment inquiète. Je lui fis une petite offrande en pensée.

Il m’accepta et ne revint pas. Je fis quelques feux, surtout les premières nuits pour me rassurer et lui signifier ma présence. Je dormis paisiblement et ne rêvai pas de lui.

Et c’est ainsi que le coyote devint mon animal fétiche et que je cherchai une de ses dents pour honorer mon réveil.

Aouou! Aï-aï-aï-aï-a

*/*

Crédit photo: Mark William

Crédit photo: Mark William

Sons de coyotes

http://www.youtube.com/watch?v=0ga0i1FSXZQ

En complément de programme, poème de Mark William et son récit en musique de coyote:

http://www.youtube.com/watch?v=0ga0i1FSXZQ

 

Mes corps bruts

rassemblement d'espaces

le Blogue de la Bibliothèque publique de Pointe-Claire

Programmation pour adultes et audiovisuel

REEF

Life in the vast human ocean

Club de lecture en ligne

4 out of 5 dentists recommend this WordPress.com site

El blog de Gabrielvl

Memoria de cosas valiosas, interesantes, divertidas o bellas

savoymedia

OSER le dire, OSER l'écrire, OSER le lire, OSER comprendre!

Humeurs Numeriques

Qui suit un autre, il ne suit rien : Il ne trouve rien : voire il ne cherche rien. (Montaigne)

Politique scolaire québécoise

La démocratie, en milieu scolaire???

blog OcraM

barbos . photos . blablas

%d blogueurs aiment cette page :