Tag Archive: groupe de discussion


Merci«C’est le rôle de l’artiste d’être à contre-courant» Yann Martel

Hier, je croisais un groupe de jeunes sur la rue (à Montréal) dont une des filles disait que ça faisait déjà un an qu’elle travaillait à telle place et son amie lui demandait si elle allait mettre un statut sur Facebook pour se remercier elle-même.

J’ai trouvé que c’était une très bonne idée à la fois humoristique et sérieuse de se manifester… J’ai organisé récemment un groupe de discussion et cercle de parole. Alors je me remercie moi-même d’avoir organisé et animé cet atelier :))))) (1)
C’est toujours intéressant de regarder une activité ou même un party rétrospectivement. C’est souvent la partie de la communication qui manque. Le fait de remercier les personnes qui l’ont organisé permet de faire cela. Comme je l’avais justement dit pendant notre conversation avec ce groupe de discussion, je pense que le sentiment de gratitude est une belle façon de soigner nos rapports humains, notre tissu social dans une société trop souvent narcissique et en manque de temps. C’est une chose de l’énoncer et une autre de le faire ! Nous manquons tous d’entendre et de dire ces mots si simples : merci, bonjour, je m’excuse, je suis désolé. D’ailleurs, il font partie d’une prière qui s’appelle «ho’oponopono» dont j’ai déjà parlé dans un précédent billet (2).

Face à l’année de misère que nous avons vécue en 2015, c’est qu’il ne faut pas oublier qu’il y a eu le printemps érable au Québec en 2012. Pour les jeunes dans la vingtaine, c’est sans exagérer l’équivalent du mythique mai ’68, d’autant plus que le mouvement a duré 4 fois plus longtemps (d’avril à août)(3)… Même si la plupart des Québécois semble avoir déjà oublié cet épisode historique des mouvements sociaux de notre pays, je reste persuadée qu’il marquera progressivement positivement une longue période de temps de notre vie collective et individuelle. J’ai un livre chez moi qui en témoigne et où j’ai publié d’ailleurs :  « Pour un printemps» (4). Quand je déprime sur le monde, j’ouvre ce livre qui me redonne un vent de fraicheur et me rappelle de magnifiques souvenirs de mon propre engagement durant cette période. Il est bon d’avoir à porté de main des livres comme celui-là. La littérature et la philosophie, c’est aussi à cela que ça sert.

À ce sujet et pour témoigner que les jeunes de cette génération ne sont pas tous de fieffés individualistes centrés sur eux-mêmes, il y a justement une jeune femme qui pose un beau geste de gratitude dans le journal d’aujourd’hui. Justement un collègue de la revue Possibles, étudiant en droit, vient de me dire que l’article a déjà un grand écho parmi les étudiants en droit, et il me témoigne du même sentiment. À lire absolument :
http://www.ledevoir.com/societe/education/460626/gratitude-ce-diplome-n-est-pas-a-moi

C’est déjà mon 100e article depuis l’été 2012 où j’ai créé ce blogue!

J’en profite pour remercier à nouveau tous les lecteurs et les lectrices de mon blogue ainsi que les personnes qui ont fait des commentaires forts intéressants et remercier Joël B. qui m’a aidé à créer ce blogue.

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Ma réflexion sur les communications humaines peuplent ce blogue. Comme artiste, la déstructuration des communications est un vécu particulièrement éprouvant et on prend des années à réaliser qu’il s’agit non pas d’une situation personnelle, mais d’une délitescence psychosociale. De nombreuses œuvres contemporaines en témoignent, dont cette installation de l’Américain Bruce Nauman :

B.Nauman2

Bruce Nauman, Anthro/Socio (Rinde Spinning), installation vidéographique, 1992. Crédit photo:  VG Bild Kunst, Bonn

« Le spectateur entre dans une pièce sombre où il assiste à la démultiplication  d’un seul et même visage présenté à l’endroit, à l’envers, de trois quarts, de même qu’à la lancinante répétition des mêmes demandes, dans des tonalités différentes : «feed me / eat me / anthropology», «help me / hurt me / sociology». On peut interpréter son œuvre comme la métaphore d’une société sourde et aveugle aux besoin des autres. » Michel Laurin, Anthologie littéraire

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(1) Dans le même sens, voici une belle réflexion et évolution : https://cf-mg6.mail.yahoo.com/neo/launch?reason=launch_error&ec=LaunchTAE14#3977114438

(2) https://evemarieblog.wordpress.com/2015/06/05/priere-hooponopono/

(3) 680 manifestations (dont parfois plusieurs par jour à différents endroits du Québec; 180 jours de grève étudiante)

(4) https://www.indiegogo.com/projects/pour-un-printemps-livre-citoyen#/    édition Artmour : Jane D’eau https://www.facebook.com/jane.deau.98 et Katia Lazdane et Ani Shabazian

 

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English: occupy wall street

Occupy Wall Street, New York, 2011. Photo credit: Wikipedia

NOTRE VISION DE LA DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE

Texte pour ma présentation à l’évènement socioartistique Mégaphone [1], organisé par l’Institut du Nouveau Monde à Montréal, le 19 septembre 2013

(Cette version longue est une synthèse personnelle de notre document envoyé à l’INM en juillet dernier, suite à notre conversation de cuisine, rédigé et bonifié par Fabrice M., auquel j’ai ajouté ici des compléments de lecture et ma propre réflexion et celle d’Anatoly O. sur le sujet depuis notre dernière rencontre en juin.)
 

« Ils vous disent que nous sommes des rêveurs. Mais les vrais rêveurs sont ceux qui croient que les choses peuvent rester telles quelles indéfiniment.

Nous ne sommes pas des rêveurs : nous avons émergé d’un rêve qui vire au cauchemar. »

le philosophe et psychanalyste slovène Slavoj Zizek à Occupy Wall Street [2]

Et moi je vous dis :

Voir le rêveur de sa vie

Voir le rêve dans le réel

Montrer le réel dans le rêve.

C’est pourquoi c’est si important de se pencher sur de nouvelles façons de vivre la démocratie.

Le modèle néolibéral et la pensée unique de développement actuel limitent et même détruisent la démocratie et la planète… C’est roadrunner qui se jette dans le vide… … … jusqu’à ce qu’il se rende compte que la Terre-Mère s’est dérobée sous ses pieds depuis trop longtemps et tombe… tombe… tombe. Et se relève. C’est ce qu’on a voulu dire à la gang de Wall Street. Mais ils n’écoutent pas, ils rêvent que tout va bien et qu’ils peuvent continuer à s’enrichir en pompant l’État et les payeurs de taxes… jusqu’à ce que le tout ‘crack’. C’est ce que m’a raconté un ex-broker agent de change qui a tout quitté. C’est comme ça qu’ils pensent…. … … Bip Bip…Bip!

1-      « Nous ne détruisons rien. Nous assistons à la destruction du système par lui-même.» S. Z. [3] D’une part, il y a ce système qui pousse à la corruption, mais aussi comme en miroir, ce que nous avons en soi, ce petit ferment malsain  de notre âme humaine qui nous pousse au mensonge à différentes intensités… avec différentes conséquences, il va sans dire. Rien ne changera si nous ne nous changeons pas nous-mêmes. Voilà la prise de conscience majeure de notre temps. La relation entre politique et psychisme.

2-      Le message essentiel du mouvement Occupons/Occupy auquel je participe est simple : nous avons le droit de réfléchir à des alternatives [4]. Lorsque cette règle est bafouée, c’est que nous ne vivons plus en démocratie [5]. On a vu l’année dernière pendant le printemps érable, dans quelle dérive autoritaire le gouvernement québécois peut tomber. Non ce n’était pas de la fiction! Dérive d’ailleurs tributaire du modèle corporatif de gestion appliqué au gouvernement et aux services sociaux.

3-      « Le chemin est encore long. Nous devons faire face à des problèmes très complexes. Nous savons à peu près ce que nous ne voulons plus. Mais que voulons-nous? Quelle organisation sociale, quel genre de dirigeants et dirigeantes?» [6] S. Z.

« C’est ensemble que nous sommes arrivés à cette conjoncture de précarité, d’insécurité et d’exclusion.» G. Herring et Z. Glück [7]. Notre tâche nouvelle est de construire une nouvelle politique d’inclusion économique.

English: Portrait of the French philosopher an...

Portrait of the French philosopher and historian Renan (1823-1890), author of  » La Vie de Jesus » and « Histoire du Peuple d’Israel », one of Anders Leonard Zorn’s (Swedish, 1860-1920) major prints.

4-      Les plus riches possèdent suffisamment d’intérêts dans le maintien du statu quo. Nous tombons dans une ploutocratie : c’est ce que l’écrivain Ernest Renan disait déjà au 19e s. en parlant d’un état de société où la richesse est le nerf principal des choses. Une fausse richesse.  Celle de la déshumanisation! Il faut parvenir à obtenir davantage de transparence de la part des plus riches et des élus.

Il y a aussi laTaxe Tobbin qui se discute enfin à haut niveau en Europe, mais pas encore en Amérique. Sans oublier qu’il faut protéger par lois constitutionnelles le financement des services publics, des biens communs et patrimoniaux, repenser le financement des partis politiques et faire abolir la personnification des entreprises. Enfin, faire une réflexion en profondeur sur l’impact des mesures d’austérité.

5-      Je pense qu’il serait important de réintégrer le spirituel dans le politique et dans l’écologie de l’esprit. Un spirituel laïque, non associé à une religion. Dans le sens que nous pensons qu’au XXIe s., on cherchera progressivement davantage de cohérence entre nos comportements quotidiens et nos actions politiques et quotidiennes pour un nouveau monde.

6-      Les polarisations stigmatisées gauche/droite seront progressivement dépassées. En effet, comme activistes de gauche, nous pensons qu’un certain « conservatisme » vu comme la préservation de la culture, la préservation de la santé, la préservation des milieux naturels et des milieux de vie économique (lutte contre la pauvreté) pourrait casser l’habituelle vision binaire gauche/droite en tension dialectique avec l’axe de création du « jaillissement de l’être » [8], selon la vision du philosophe Emmanuel Mounier. Quand est-ce que qu’on parlera du droit « existentiel » universel où chaque être aura droit de vivre dans un milieu propice à son épanouissement?

7-      Le processus de prise de décision collective est LE révélateur des valeurs d’un peuple, de sa liberté ou de son asservissement, de de sa libération ou de son aliénation.  Mais comment se mettre sur le chemin de tout cela ou même autre chose ?

Lorsque les citoyens sont directement concernés, ils sont capables de s’autoorganiser.

Mais on doit trouver une meilleure balance du pouvoir et du tenir compte autant de nos droits que de nos responsabilités.

8-      Alors comment faire ? Avec une éducation [9] et des universités populaires. Avec d’anciennes et de nouvelles formes de discussion plus « organiques » comme des initiatives de cuisines collectives ou de l’agriculture urbaine, des coops d’habitation, des cafés de tricots politiques, des liens avec des agriculteurs biologiques et solidaires, potlatch autochtone, bibliothèques de rue ou piano de rue, troc, et toute autre action visant à rétablir et à renforcer le tissu social associatif qui pourra agir dans les moments de tensions personnelles et collectives. Dans une société où la vie de quartier se délite, c’est une question de… survie.

Dans les écoles, développons plus jeune chez les enfants la capacité à dépasser des imprécations de l’ego dans la prise de parole, l’action et la prise de décision par une observation attentive du mental.

En effet, la démocratie s’exerce d’abord à l’échelle locale… et à l’intérieur de notre psychisme.

9-      Chacun devrait aussi être encouragé à s’impliquer dans la communauté grâce à l’octroi d’un revenu de citoyenneté permettant de limiter les effets de la précarité qui sont si délétères pour la démocratie.

10-       Mais il ne faut pas non plus laisser le sort du Peuple entre les mains d’une élite éclairée. Comment élever au plus grand… multiplicateur commun ? Comment rendre plus directe la démocratie?

Une des pistes est de développer des mécanismes de consultation, dans une optique de concertation avec des modérateurs sociaux et mécanismes de consensus pour surmonter les effets de plus en plus fréquents de polarisation 50/50 dans les sociétés dites avancées et scolarisées, lors des débats spécialement émotifs…

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Eve Marie et la toile d’araignée du peuple, St-Fautin, 2013

Il est impératif d’aller à la rencontre des gens, il ne suffit pas de transmettre un message. C’est pour cela que j’ai commencé le Tricot du peuple et je vous invite, après les présentations, à venir participer au retricotage du tissu social, y compris avec eux et celles avec qui on n’est pas d’accord…

11-      Les femmes devraient avoir un rôle de premier plan à jouer, en vertu de leurs qualités, de leurs défauts et de leur probité. Il est incompréhensible qu’une société mixte soit dirigée principalement par des hommes.

12-     Par contre, il faut un mécanisme clair et entendu par tous de décision collective, pour s’assurer, entre autres, de l’imputabilité des personnes qui décident [10]

13-         Enfin, une autre des clés pourrait bien consister à sortir du modèle de sécurité publique et réformer le système de police (une enquête sur la répression policière durant le printemps érable est actuellement en cours).

Nous répétons publiquement, à l’instar d’une communauté de plus de 50 associations montréalaises, la contestation du paradigme du travail policier dit de la « vitre cassée » ou « vitre brisée»  (« broken windows »?), apparu au début des années ‘90 [11] à New York, ainsi que la formation des policiers dans les écoles.

En conclusion

Ils nous promettent la relance économique à chaque élection. Mais quand est-ce qu’on va faire la relance de l’amour? Ils nous racontent le mensonge d’encore plus de croissance économique alors que nos élites ont détruit l’environnement avec notre bénédiction d’électeur. Quand est-ce qu’on va faire… la croissance des valeurs de solidarité, d’entraide et de démocratie directe, maison par maison, école par école, rue par rue, quartier par quartier ?

Bref, sans justice économique et sans participation, pas de (vraie) liberté politique et pas de … démocratie!


Pour terminer, une petite anecdote du penseur et révolutionnaire Thomas Paine pendant la révolution américaine :

« Je sentis une fois toute l’indignation que peut inspirer à un homme la bassesse des principes des tories [12]. J’en vis un très connu qui était aubergiste à Amboy et qui, debout devant sa porte, tenait par la main un magnifique enfant de huit ou neuf ans. Il parla aussi librement que sa prudence le lui permit et finit par ses mots, bien peu dignes d’un père : ‘donnez-moi la paix durant le cours de ma vie.’ dit-il. Un père généreux aurait dû dire ’puisqu’il faut que nous éprouvions des troubles, que ce soit pendant ma vie, et que mon fils goûte des jours de paix.’ » T. Paine, 19 décembre 1776.

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Merci à Fabrice Marcoux, Xavier Gillet et Anatoly Orlovsky d’avoir participé à cette démarche. Merci aussi à Nicolas Zorn et à l’INM d’avoir créé une occasion inspirante pour vous faire part de notre message.

Une version complète de notre rapport à l’Institut du Nouveau Monde est disponible sur demande (par un message dans les commentaires ici-bas).

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Voir aussi ma série d’autres articles sur le sujet des groupes de discussion :

https://evemarieblog.wordpress.com/2012/09/13/histoire_conversation_salons_groupe-de-discussion/

https://evemarieblog.wordpress.com/2013/07/11/groupe-de-discussion-atelier-sur-la-surerogation-actions-heroiques/

https://evemarieblog.wordpress.com/2013/06/04/histoire-active-des-salons-de-conversation-devenus-conversations-de-cuisine-2/


[1] Créé par Moment Factory et l’ONF, http://www.megaphonemtl.ca

[2] in « Occupy Wall Street!»  Collectif d’auteurs, éd. Les Arènes, 2012.

[3] ibidem

[4] En ce sens, la seule revendication dans le mouvement Occupons/Occupy, est « qu’on nous laisse tranquille dans nos parcs, nos places publiques, nos écoles, nos bureaux, nos quartiers, pour qu’on puisse se rencontrer,  réfléchir ensemble, et, sous forme d’assemblée [de cuisine, de quartier], décider quelles sont les alternatives possibles. De là, une fois ces espaces démocratiques déployés, on pourra débattre du genre de revendications qu’on pourrait avoir ainsi que des personnes ou institutions qui pourraient les satisfaire. » Marina Sitrin, ibidem.

[5] « Un autre monde est possible », slogan et actions issus du Forum social mondial, comme le parti des travailleurs brésiliens qui a beaucoup travaillé sur la démocratie participative et qui a rejeté la modèle gauchiste trad. d’une révolution violente et autoritaire… cauchemar qui fut séduisant du 18e au 20e s. Autre exemple de démocratie locale : le réseau de l’économie sociale au Québec ou l’autogestion d’industries en Ohio.

[6] ibidem

[7] ibidem


[8] ayant pour effet la création des objets utilitaires par l’économie, de sujets artistiques par l’art et de sujets conceptuels par la philosophie.

[9] Comme on y travaille, par exemple, dans le mouvement français des Colibris, http://manager.mailingplus.net/newsl_view.php?data=b32-s3i1plbkfk4akc5fvllenricafj0v5m59g9qju0

[10] « À l’époque, de nombreux activistes avaient conscience de ce que l’écrivaine féministe Jo Freeman appelait ‘la tyrannie de l’absence de structure’. La tendance qu’avaient certains mouvements au début des années 1970 à vouloir abandonner toute structure au nom de la spontanéité et de ‘l’informalité’  s’était avérée inapplicable et non démocratique. Des décisions étaient bel et bien prises mais, sans processus entendu, personne n’avait à en rendre compte.» ibidem.

[11] Alex Vitale, « NYPD et OWS : deux styles qui s’opposent » ibidem.

[12] Conservateurs américains fidèles au roi d’Angleterre après la révolution.

 

En collaboration avec l’Institut du Nouveau Monde,

la tricoteuse du peuple vous invite à…

… UNE CONVERSATION DE CUISINE

SUR LA DÉMOCRATIE

ET LA PARTICIPATION CITOYENNE

Dimanche 23 juin 2013, de 14 h 30 à 17 h

à Montréal

Image

Assemblée populaire publique d’Occupons Montréal, octobre 2011. Photo crédit_Richard Renshaw

Entre l’élu et la rue, quelles contributions pour les citoyens dans notre démocratie ?

À travers cette discussion, nous explorerons vos solutions afin de favoriser la participation des citoyens aux processus de prise de décision collective, que ce soit des stratégies, des mécanismes ou encore des activités d’éducation civique. L’idée est de déclencher et animer une réflexion chez les participants, puis éventuellement par répercussion dans leur entourage, sur la participation citoyenne. Vos propos et actions proposés lors de cette conversation seront envoyés à l’INM qui prépare une vaste démarche délibérative sur ce sujet dans le but de dresser un portrait de l’état de la question dans la population québécoise.

Je recevrai chez moi 12 personnes d’horizons divers et j’animerai cette conversation de cuisine sur la démocratie et le peuple autour d’un café et de biscuits. Pendant la discussion, je vous inviterai également à faire quelques rangs de ‘retricotage’ dans le tissu social du Tricot du peuple, un précieux maillage débuté en mai dernier.

Pour plus d’info : http://www.inm.qc.ca/democratie/la-demarche

 

Un salon chez Mme Geoffrin en 1755, par Lemonnier.

En pleine querelle religieuse et sous l’autorité du Roi-Soleil Louis XIV, «la cour de Versailles, où se rencontre une société choisie de beaux esprits et de gens de lettres, adopte les anciens codes de courtoisie comme instruments de coercition et de contrôle au service de l’absolutisme royal.

Afin de se soustraire à ce diktat, de grandes dames de l’aristocratie française se retirent de la cour, préférant un espace privé où elles accueillent leurs familiers. Ce phénomène semble naître vers 1608 avec la marquise de Rambouillet.* […] Ces dames animent des salons qui s’efforcent de tenir à distance la violence du siècle autant que la tutelle de l’Église. Elles en viennent à établir un savoir-vivre et une nouvelle civilité liée à l’art de la conversation : l’intuition psychologique et l’improvisation comptent désormais autant que les connaissances. Subtilement décliné, l’esprit définit une nouvelle politesse et les limites de l’humour toléré, de même que l’éloquence du corps (regard et gestes). Ces nouveaux usages des «salonniers et salonnières», qui supposent l’égalité des partenaires, font découvrir à la noblesse, bridée à la cour, une nouvelle civilité ou l’épée est échangée contre la rhétorique.»(1)

«Déjà au Moyen Âge et à la Renaissance, des femmes lettrées, telle Marguerite de Navarre au XVIe siècle., réunissaient autour d’elles poètes et musiciens» (2) . Par la suite, sous Louis XV et Louis XVI, les salons français deviendront davantage les lieux d’échange et de confrontation d’idées et de réputation, et d’élaboration philosophique. Ils contribueront très certainement à la «lingua franca» et à la popularité de la langue française dans toute l’Europe ainsi qu’au développement du siècle des Lumières. D’autre référence parle plutôt d’« un exercice tourné vers la plaisanterie et l’aspect spectaculaire» (3). On sait cependant qu’au siècle des Lumières, la cour est progressivement délaissée par les intellectuels et les artistes au profit des salons et de la création de cafés qui deviennent les nouveaux espaces privés ou publics de diffusion de la culture et des idées propres au XVIIIe siècle.

Michel Laurin intègre ces deux tendances dans son analyse des salons du XVIIIe s. :

«Le faste et la monumentalité de Versailles sont de plus en plus abandonnés par les savants et les artistes qui se réunissent désormais dans les [nouveaux] cafés et les élégants salons des grands hôtels parisiens, lesquels font dorénavant une bonne place à la politique et à l’évolution des mœurs. Ces nouveaux centres de la vie culturelle permettent à la sphère intime de succéder au cérémonial rigide de la cour. […] On cherchera à se divertir, passant son temps  dans les théâtres et les bals. Dans les salons, on organise des jeux de société qui servent de prétexte au libertinage.» (1)

Ces salons de conversation, d’échange artistique et intellectuel et de sociabilité divertissante ont vraisemblablement contribué à l’évolution des mœurs et des idées qui mena à la révolution française. Pendant la révolution, on vit aussi une prise de parole populaire (du peuple) avec les «tricoteuses jacobines» vers les années 1792 (voir mon blogue sur ce sujet au https://evemarieblog.wordpress.com/2012/07/16/le-tricot-du-peuple-performance-relationnelle ).

Toutefois, ces avancées de la place des femmes dans la société ne débouchèrent pas sur leur reconnaissance légale et juridique et encore moins sur leur égalité avec les hommes. Le Code civil adopté en France par Napoléon en 1804 (et adopté également au Québec) continue de refuser aux femmes des droits politiques et civils.

Néanmoins, quelques femmes organisatrices de salons devinrent particulièrement influentes sous le Directoire français (4), comme Germaine de Staël (5), célèbre philosophe, écrivaine et salonnière. Dans leur version populaire, l’apport des femmes de la Commune de Paris firent brièvement entendre leurs voix. Au XXe siècle, la tradition se perpétue avec notamment la comtesse Anna-Élisabeth de Noailles, née princesse Bibesco Bassaraba de Brancovan (qui est à l’origine du prix Fémina), où se croisent l’élite et l’intelligentsia française, comme Edmond Rostand, Paul Claudel, Colette, André Gide, Maurice Barrès, Paul Valéry, Jean Cocteau, Alphonse Daudet, Pierre Loti ou encore Max Jacob (6), ainsi que le poète québécois Paul Morin, alors étudiant à La Sorbonne (7).

Cercle de parole

Cercle de parole contemporain

Voilà pour nos racines françaises et européennes, il y a aussi toute notre tradition continentale d’Amérique avec les cercles de paroles autochtones sur lesquels j’aurai l’occasion de revenir plus en détails plus tard (voir archives avril 2014).

«Le ‘cercle d’échange’ ou ‘cercle de parole’ : dans les cultures des Premières Nations, l’écoute et le silence font partie intégrante de la communication de façon plus marquée que dans la culture occidentale. Il est clair que dans ces cercles, personne n’est obligé de prendre la parole. On ne doit interrompre personne, chacun parle à son tour dans le cercle ou laisse la parole au suivant. On évite aussi de juger ou de contester de la parole d’un autre membre du cercle et on doit terminer le cercle par un apport positif.» Vincent Dostaler, SOS Territoire

Par exemple, au niveau institutionnel, de nombreux cercles de parole, appelés aussi «cercle de partage», «cercle de guérison» ou «cercle de confiance» sont actuellement mis en place lors de la tournée de la Commission de vérité et réconciliation du Canada (au sujet des pensionnats autochtones). Les cercles de partage, notamment, sont animés des membres du Comité des survivants de ces écoles résidentielles où les enfants étaient arrachés à leurs parents contre leur gré par la police pendant la saison académique et ont subi de nombreux sévices par les religieux. Ces cercles permettent aux survivants et à leur famille, aux anciens employés et à toute personne touchée par les pensionnats de partager ensemble leur vérité, leurs blessures, leurs doutes, et ce dans un cadre public ou privé (au choix). Voir les liens ici-bas.

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Je dois dire que je suis particulièrement interpelée par ce sujet en tant que poète et linguiste (8). Il y a quelques jours (septembre 2012), alors que j’animais chez moi avec des amis mon premier cercle de parole/groupe de discussion sur le thème de la violence intérieure et sociale, une amie d’origine russe, peintre de surcroît, disait à quel point la culture permettait de délier la violence parce qu’elle nous permettait d’avoir accès aux autres, de savoir qu’on est pas seul à vivre quelque chose, ni en ce moment, ni dans l’histoire. Ça m’a semblé fondamental comme commentaire.  L’inculture tue. L’éducation anime. Je comprends encore mieux pourquoi, en tant que prof et artiste, j’ai été si interpellée ce printemps 2012 par la lutte des étudiant.e.s  pour le gel des frais de scolarité et contre la marchandisation de l’éducation (Québec).

Dans le même genre, mais ouverts à des personnes plus éloignées de notre réseau, il y aussi les «assemblées de cuisine» ou, plus récemment, «conversations de cuisine» où on y discute généralement d’un sujet politique dans la cuisine d’un voisin (surtout en période électorale) et de façon organisée et prévue à l’avance, ou les «assemblées de quartier», remises au goût du jour par les Indignados espagnols et qui ont fait des petits à Montréal : certaines de ces assemblées populaires autonomes de quartier (APAQ) fonctionnent encore, plus d’un an après leur création, suite au Mouvement des Casseroles lors de la crise sociale du printemps étudiant 2012, voir https://www.facebook.com/apaqRPP . Les artistes s’y mettent aussi, comme en témoigne l’événement multimédia Mégaphone à l’automne 2013 à Montréal, inspiré à la fois par ces évènements, et par le London’s Speaker’s Corner et les symposiums de la Grèce antique. Voir au http://megaphonemtl.ca/accueil

Occupons le parc Molson Crédit_Richard Renshaw

Groupe de discussion d’Occupons Montréal lors d’«Occupons le parc Molson», août 2012. Crédit photo:Richard Renshaw

Parallèlement, de nos jours, le mouvement Occupons/Occupy -dans lequel je suis active- et ce un peu partout sur les cinq continents, a remis au goût du jour l’importance de la conversation entre inconnus, du partage d’expériences vécues, d’opinions, de visions, d’idées et de connaissances et autres manifestations de cocréativité populaire (voir le dernier lien ici-bas), et ce à l’intérieur de petits groupes de discussion ouverts à tous et à toutes. La nouveauté et la différence par rapport au groupe de discussion/cercle de parole est son expression dans des lieux publics -généralement à l’extérieur 3 saisons sur 4- un groupe ouvert, donc, également aux passants, permettant potentiellement des rencontres et l’expression de points de vue imprévus. De l’occupation en 2011 du parc Zuccotti à New-York, à Montréal et ailleurs en Amérique du Nord (et probablement aussi sur les autres continents), nous avons tous constaté à peu près la même chose, soit la libération de la parole et de la subjectivité après des années d’autocensure du politiquement correct et de la langue de bois.

De plus en plus nombreuses, des initiatives citoyennes ou universitaires ou d’universités populaires/communautaires sont prises pour remettre la discussion en personne au plan du jour. À Montréal, notamment on trouve :

– «L’université autrement dans les cafés» (activité bilingue) : http://www.concordia.ca/fr/vie-etudiante/universite-autrement.html

– Groupe de discussion pour parents/adolescents : http://www.amcal.ca/Programmes_de_consultation_en_groupe.aspx

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En conclusion, dans un geste sans précédent de réappropriation de l’espace public, ce type de dispositif de discussion ouverte est, à mon avis, une réponse novatrice au néolibéralisme (9). Ce dernier a favorisé depuis trente ans la mise en place des communautarismes isolants et des groupes politiques fermés ou sectaires et des inégalités grandissantes (10). Des sous-groupes ont été opposés à d’autres par les pouvoirs en place, beaucoup en France, parait-il, mais aussi au Québec, notamment pendant la grève étudiante de 2012, et partout dans le monde… Et le peuple avait désappris à se parler et à communiquer, résultant, entre autres, un effritement social, des inégalités grandissantes entre les personnes du 1% et du 99%, une perte de pouvoir et de responsabilité du peuple et un retour de la violence latente. Ces «nouveaux» groupes de discussion ont répondu à ce besoin de reconstruire le «grassroot» ou le tissu social profondément abimé par des années de repli sur soi.

«La seule revendication dans le mouvement Occupons/Occupy, est « qu’on nous laisse tranquilles dans nos parcs, nos places publiques, nos écoles, nos bureaux, nos quartiers, pour qu’on puisse se rencontrer,  réfléchir ensemble, et, sous forme d’assemblée [de cuisine, de quartier], décider quelles sont les alternatives possibles. De là, une fois ces espaces démocratiques déployés, on pourra débattre du genre de revendications qu’on pourrait avoir ainsi que des personnes ou institutions qui pourraient les satisfaire. » Marina Sitrin, in Occupy Wall Street! éd. Les Arènes, 2012. Sitrin fait ici allusion aux arrestations massives, parfois musclées, de milliers (6705, selon le linguiste et libertaire bien connu Noam Chomsky) de participants à ces groupes de discussion et occupants du Square Zuccotti et du pont de Brooklyn à New York en 2011. Même phénomène répressif à Montréal et à Québec, quoique plus réservé, et ailleurs dans le monde.

Alors, on converse ensemble? À la prochaine!

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Voyez également ma série plus récentes d’articles sur ce sujet :

«Groupe de discussion (4) : conversation de cuisine sur la démocratie participative» :https://evemarieblog.wordpress.com/2013/09/21/groupedediscussion_democratie/

«Groupe de discussion (3) : atelier sur la surérogation = actions héroïques» : https://evemarieblog.wordpress.com/2013/07/11/groupe-de-discussion-atelier-sur-la-surerogation-actions-heroiques/

«Occupons les condos : pique-nique en habitat social» : https://evemarieblog.wordpress.com/2012/08/20/occupons-les-condos-pique-nique-en-habitat-social/

«Histoire active des salons de conversation (2)… devenus conversations de cuisine» : https://evemarieblog.wordpress.com/2013/06/04/histoire-active-des-salons-de-conversation-devenus-conversations-de-cuisine-2/

Occupy Wall Street Group Discussion 2011 Shankbone

Occupy Wall Street, Group Discussion 2011 Shankbone (Photo credit: Wikipedia)

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* Selon Wikipédia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Salon_litt%C3%A9raire

(1) tiré de : Anthologie littéraire, du Moyen Âge au XIXe siècle, Michel Laurin; éd. Beauchemin/Chenelière Éducation, Montréal, 2012 (manuel des cours de littérature obligatoire au cégep québécois)

(2) http://www.devoir-de-philosophie.com/dissertation-salons-litteraires-12714.html

(3) in Cours Autodidacte de Français Écrit (C.A.F.É.) offert entre autres à l’Université de Montréal :  http://www.cafe.edu/genres/n-conver.html

(4) Selon Montesquieu, dans son livre «Lettres persanes» (1721), sous le Directoire français, les femmes formaient «un nouvel État dans l’État» par les relations qu’elles développaient auprès des hommes de pouvoir et entre elles et «dont les membres toujours actifs se secourent et se servent mutuellement» (Lettre CVII, Rica à Iben, Smyrne).

(5) Née Anne Louise Germaine Necker, en 1766.

(6)selon http://www.plumedepoesies.org/t5035-la-comtesse-anna-elisabeth-de-noailles

(7) Selon L. Mailhot et P. Nepveu «La poésie québécoise»

(8) L’analyse de contenu et l’analyse des champs lexicaux dans les discours sont d’importants domaines de recherche en linguistique. Le plus connu de ces chercheurs est Noam Chomsky qui explique sa théorie dans le film documentaire bien connu «Manufacturing Consent» (La Fabrication du consentement) : http://fr.wikipedia.org/wiki/Manufacturing_Consent:_Noam_Chomsky_and_the_media et http://www.youtube.com/watch?v=TjIGPD-6QBk

(9) «Ce travail [de sape]-là, pour le résumer grossièrement, se fonde sur un seul axiome, une affirmation de Margaret Thatcher, à savoir qu’il n’y a pas de société, mais seulement des individus. Ce que cette phrase implique est dévastateur.» Pierre Lefebvre et Anne-Marie Régimbald, «Nous ne sommes pas seuls», revue Liberté, no 300, Montréal, été 2013.

(10) «Le Conference Board soulignait en 2011 que le Canada est l’un des pays ayant connu la plus forte augmentation des écarts de revenus depuis une quinzaine d’années. Bien que moins touché par ce phénomène, le Québec n’a pas été épargné. La taille de sa classe moyenne s’est réduite depuis le milieu des années 1980 et la part des revenus captée par le 1% le plus riche est passée de 7 à 11% de tous les revenus.» Nicolas Zorn et Michel Venne, Institut du Nouveau Monde (Montréal).

Un autre facteur plus psychosocial de ce repli des conversations humaines directes sont les nouvelles technologies numériques. Voir à ce sujet mon article au https://evemarieblog.wordpress.com/2013/07/23/quand-lindustrie-numerique-sabote-leducation/

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Quelques autres liens :

– Sur des salons dans l’histoire française :

http://www.herodote.net/histoire/synthese.php?ID=1758&get_all=1#reac

http://textespretextes.blogs.lalibre.be/tag/mme+de+rambouillet

http://literaturesalon.wordpress.com/2011/11/09/confessions-of-a-would-be-salonniere-my-favorite-twenty-first-century-salons/

http://www.weblettres.net/blogs/uploads/a/ABF/43888.pdf

– Sur le rôle des tricoteuses pendant la révolution française  : http://www.thucydide.com/realisations/comprendre/femmes/femmes2.htm

– Sur des cercles de parole autochtone:

– Sur d’autres projets de cocréation, conversation publique et mise en commun :

http://www.concordia.ca/fr/a-propos/universite-autrement/methodologie-conversations-publiques.html

http://www.percolab.com/des-conversations-qui-recr%C3%A9ent-le-monde/#comment-190

http://www.lilianricaud.com/travail-en-reseau/a-propos/projets/bibliotheque-libre-patterns-evenements-co-creatifs/

http://www.thestar.com/entertainment/2013/09/13/megaphone_art_installation_gives_montreal_something_to_shout_about_en_scene.html

– Sur une définition plus pointue et scientifique de la conversation : http://www.cafe.edu/genres/n-conver.html

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