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Occupons Montréal – Mouvement du 15 octobre (OM) a déjà presqu’un an. De nombreux débats nous ont animé cette année, dont le fait de quitter volontairement la Place du peuple (Square Victoria) [1] ou non et comment, de faire des revendications ou des actions, de l’importance ou non de se structurer en organisation, de faire des occupations permanentes ou temporaires, de faire ou non des assemblées générales, représentatives ou non, de se structurer sur Internet et comment, etc.

 

Ce fut au début, une expérience communautaire de six semaines absolument marquante et unique dans une vie, en particulier pour les occupant.e.s du campement. Une sensation de fraternité et de communion inégalée (ces sentiments sont restés dans nos communications puisque très souvent, nous nous saluons ou nous disons bonjour en nous faisant une chaleureuse accolade). Mais à la fin novembre, devant la pression de la Ville, le cirque médiatique et l’épuisement ressenti sur le campement, le choix d’un sous-groupe d’activistes-fondateurs (?) de quitter volontairement et la façon dont cela a été fait via médias interposés a provoqué une importante crise interne suivi d’une scission et bien des déchirements dont les relents sont parfois encore palpables.

 

Suite à la «levée du campement» et/ou à «l’expulsion» et/ou «l’éviction» par la police (oups, sujet sensible…), il y a eu scission en deux groupes : OM et 99%. À un moment ou à un autre, entre octobre et décembre 2011 principalement, plusieurs activistes déjà militants dans d’autres groupes généralement très à gauche, ont eu l’impression ou la perception, à tort ou à raison, d’être exclus d’Occupons Montréal, ce qui a parfois valu le surnom d’OM comme étant «hippie fasciste» ! Phénomène maintes fois remarqué de la division et de la faiblesse de la gauche. Pour résoudre ce dilemme et pour éviter toute récupération, tout en tendant à l’inclusion de diverses tendances politiques, les personnes à OM dès le départ ont refusé que les sympathisants soient des représentants de tel ou tel groupe. Si la personne est déjà engagée dans un autre groupe, elle doit s’impliquer à OM sur une base individuelle. Notons, sans trop se tromper, que la plupart des sympathisants d’OM en était à leur première expérience politique, et représentaient un assez large spectre de l’échiquier politique, plutôt gauchiste ou centre, mais également anarchiste,  et même libertarien, fan de Ron Paul, etc. et ce dans une volonté affichée de tenter de regrouper les différentes tendances  du 99%.

Basé sur une structure de pouvoir horizontale, donc sans chef, mais perlé de leaders de tâche, et basé sur le jugement de personnes quant au développement de relations humaines saines, aussi ouvertes que possibles dans le respect de nos limites. La non-structuration a gagné pour l’instant, la plupart des occupant.e.s préférant un fonctionnement organique éphémère basé sur une non-structure de constellations de petits groupes d’affinité et d’initiatives personnelles qui soulèvent l’enthousiasme et la mobilisation. Les rencontres se font généralement avec un cercle de parole où chacun est invité à parler et surtout à écouter.

 

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Après la fin du camp, il y a eu aussi une «localisation» des enjeux et des personnes avec la formation de plusieurs groupes d’occupants par quartier, via Internet et via des réunions/actions en personne (voir les références).  Cet été, il y a eu aussi un système d’archives vivantes mise sur pied à la galerie SKOL et sur Internet (http://thelivingarchives.ca/). Qu’on se le dise, OM n’est pas mort, mais se transforme selon l’état socio-politique !

 

En novembre 2011, pendant la première occupation, il y a eu une liste des raisons de notre indignation (voir autre article précédent) basées principalement sur une critique du système capitaliste et d’une remise en question, voire d’un rejet de la représentativité électorale considérée comme un mensonge, mais il n’y a pas eu de revendications officielles. On a préféré le chemin d’engagements individuels et collectifs (voir http://occupons-montreal.info/philo-politique/node/197) (discutés entre octobre 2011 et février 2012) basés sur une critique de la marchandisation de la vie et d’une prise de conscience et une auto responsabilisation de nos actes quotidiens ayant un impact sur la vie collective.  Également, des actions ponctuelles sur une base d’initiative et d’affinités entre individus. On a fait le bilan de l’occupation tardivement en avril et cela a pavé la voie, entre autres aux occupations diurnes et ponctuelles d’un à quatre jours dans des parcs de Montréal, prenant principalement la forme d’ateliers de discussions et de réseautage, de kiosques de groupes sympathisants, de partage et cuisine communautaire et de spectacles.

 

On a eu de moins en moins d’assemblées générales, plusieurs en critiquant la représentativité ou le lourd déroulement, mais la réflexion sur son organisation se poursuit. De mars à juin cette année, on a tous participé activement soit au printemps érable ou au mouvement étudiant en grève contre l’augmentation des frais de scolarité et la marchandisation de l’éducation et des services sociaux, dont nous avions contribué à jeter les premières pierres à l’automne dernier. Occupons Montréal et ses groupes de quartier ont énormément contribué à l’esprit du «nous» du printemps érable au Québec et ont été un des ferments de la grève étudiante en contribuant à sa longévité, comme le reconnaissait un des leaders du mouvement étudiant, Gabriel Nadeau-Dubois (voir : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/education/201209/07/01-4572244-petit-dejeuner-avec-gabriel-nadeau-dubois.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=envoyer_cbp ). Parallèlement, le mouvement Occupy Wall Street a contribué à lever le voile public sur le terrible endettement des étudiants états-uniens.

 

Puis, quelques personnes d’OM, sur une base individuelle, ont aussi participé à la création des APAQs locales (assemblée populaire autonome) crée dans la mouvance des casseroles contre le gouvernement québécois libéral de Jean Charest en juin, mais l’origine de leur création viendrait surtout du QPIRG-Concordia –

cela est quelque peu controversé. Le modèle de création est inspiré des assemblées populaires espagnole et grecque issues du Mouvement des Indignés. Ces nouvelles assemblées de quartier se poursuivent depuis, ont ralliées de nouvelles personnes, avec divers profils politiques, mais sont en redéfinition, suite à l’élection du Parti Québécois.

 

Deux personnes ont créé deux forums d’échange sur Internet (celui qui reste est Open Atrium est au http://occupons-montreal.info)  et de nombreuses pages internet (voir réf. en bas de page), dont une page de plus de 13,500 membres. Mais leur multiplication a été critiquée comme source de dispersion, de redondance, de perte d’information et d’énergie et la réflexion était toujours en cours à ce sujet lors de l’occupation du Sud-Ouest.

 

Des publications ont ou vont parler d’OM (Inter art actuel/ Possibles) et des médias l’ont couvert de façon satisfaisante, (CUTV, Le Devoir, certains SRC),

mais bien des critiques et de la méfiance sont encore vivantes à l’égard des autres médias, à juste titre. Plusieurs journalistes ou animateurs très mal informés qui colportent actuellement que le mouvement est mort devraient être la risée de leur profession.

 

En 2012, des activistes d’OM ont organisé et réalisé quatre autres occupations, quatre jours  à l’évènement JAPPEL12M15M d’avril à la Place du peuple (Square Victoria) organisé également avec d’autres groupes, un jour au parc Lafontaine en juin, trois jours au parc Molson en juillet puis deux jours  au parc Georges-Étienne-Cartier, les 15 et 16 septembre. De nombreux projets sont nés d’activistes d’OM ou encore plusieurs d’entre eux et elles ont joint des groupes le temps d’une action :

 

«VIA22. N’oublions pas la Chorale qui endisque, les BBQ Vegan de cuisine collective [du peuple] , Repères et ses alternatives sérieuses au néolibéralisme, les liens avec les groupes communautaires et les population des quartiers, les Archives vivantes Preoccupations, la COOP généreux, SOS Poigan, les plates-formes mises à la

disposition de la population (occupons-montreal.info, jappel15m, forum Repères), le think tank IPP, les initiatives individuelles et le réseau d’entraide que nous avons développé. Les liens avec Profs contre la hause, les APAQ, Têtes blanches carrés rouges. Je suis sûr qu’il y a des initiatives que j’oublie ou que je ne connais pas, toutes impliquant des participants d’Occupons Montréal.»François Genest

 

 

 

Occupons Montréal

La cuisine du peuple, Occupons Montréal (Photo credit: _iMage_)

http://www.flickr.com/photos/30166189@N02/6290803322/in/photostream/

Occupons Montréal

Occupons Montréal (Photo credit: _iMage_)

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Mais au-delà de tout cela, nous avons surtout (re)créé une culture de la discussion, de l’écoute et d’une certaine inclusion des différences, un rejet des clivages et de la division sociale et une certaine expérience de la gestion des conflits, notamment dans la question de l’inclusion /exclusion et des safer spaces. Fait également assez unique au mouvement Occupons/Occupy, certaines questions/préoccupations spirituelles ont parfois joint le discours politique et militant. Ces préoccupations ont été principalement amenées principalement par la génération Y, dans un élan de fraicheur, en toute ouverture et en dehors des préjugés habituels. Cependant, OM est un mouvement multigénérationnel de 16 à 80 ans.

 

Nous avons mis de l’avant et expérimenté un fonctionnement de la démocratie directe inspiré du mouvement anarcho-syndical, avec une «horizontalité» du pouvoir, c’est à dire sans chef, mais avec des leaders changeants et changeantes, au gré des projets d’action et de l’intérêt qu’ils suscitent ou non, et selon l’énergie et la disponibilité des personnes, toutes bénévoles. Un fonctionnement davantage axé sur l’attention au processus qu’aux résultats. En somme, des souvenirs passés, vivants et mémorables, la lente construction présente de notre vision, de nos idéaux et de nos solutions et alternatives futures.

 

Nous avons aussi créé des relations vivantes avec des groupes d’autochtones et des groupes communautaires alliés, un véritable réseau d’alliances, d’entraide et de complicités personnelles et collectives. C’est la lente et non finie recréation d’un grassroots/tissu social très abimé par 15 ans d’individualisme et de dépression sociale post-référendaire et de rectitude politique rasante et… 30 ans de néolibéralisme et de pensée unique délétères pour les liens psychosociaux.

 

Occupons Montréal a été depuis un an une véritable pépinière d’auto organisation de talents, d’idées, de créativité et d’actions essaimant vers d’autres organisations, un lieu de réseautage et de prise de conscience des dérives, des finalités, voire de la disparition ou de l’effondrement de l’économie de marché et de l’apparition progressive et lente d’alternatives économique, politique, sociale, personnelle et spirituelle à penser, à vivre et à construire.

 

Voilà où nous en sommes.

 

Allons de l’avant !

 

«Plusieurs thèmes et actions du mouvement des Indignés répondent aux questions soulevées par la période. Nous avons déjà évoqué la critique du système représentatif et de la classe politique. Le recours aux assemblées, la préoccupation d’éviter la bureaucratisation de la parole, le rejet des hiérarchies, sont d’autres directions qui divergent avec la politique du passé et s’appuient sur des principes politiques qui visent une nouvelle organisation de la société. Dans cette expérience de la démocratie de base, si les pratiques groupusculaires ne disparaissent pas, elles sont mises à mal et dénoncées. Animée par ces principes, la capacité d’auto organisation des Indignés a été un signe fort d’énergie et de créativité, de responsabilité collective.

 

La dénonciation de la société marchande sous-entend une critique des relations sociales du capitalisme, identifiées comme la racine de son déséquilibre. L’idéologie dominante du marché régulateur de la production, le rôle dominant du capital financier en période d’effondrement de la rentabilité de l’économie productive, ses corollaires de corruption, spéculation, arrogance, tout cela trouble les tentatives constantes de rafistolage idéologique, le système « le mois mauvais possible » paraît chaque jour qui passe comme le plus mauvais réellement existant. Et la survie de la démocratie rime désormais avec l’extension de la pauvreté, du désastre social

 

Charles Reeve, Quelques notes sur le mouvement des Indignés, janvier 2012, http://divergences.be/spip.php?rubrique885

 

RÉFÉRENCES

 

générales :

 

http://www.facebook.com/occupymontreal

 

http://www.occupons-montreal.org/?page_id=5

 

http://www.reddit.com/r/occupymontrealag

 

Forum : http://occupons-montreal.info

 

http://www.meetup.com/JAPPEL15M/

 

les Engagements d’OM :

 

http://occupons-montreal.info/philo-politique/node/197

 

groupes «Occupons» de quartier :

 

http://www.facebook.com/occuponslesudouest

 

https://www.facebook.com/groups/occupons.le.plateau/

 

http://www.facebook.com/pages/Occupons-Mercier-Hochelaga-Maisonneuve/144614925643271

 

https://www.facebook.com/pages/OccuponsOccupy-Villeray-St-Michel-Parc-Extension/170636339699600

 

https://www.facebook.com/pages/Occupons-Rosemont-La-Petite-Patrie-Occupy-Rosemont-Petite-Patrie/295641213801047

 

http://www.petitepatrie.org/index.php/accueil

 

https://www.facebook.com/pages/Occupons-Occupy-Verdun/299466226750313

 

Rive sud : https://www.facebook.com/groups/312525055444079

 

https://www.facebook.com/pages/Occupons-Occupy-CDN-NDG-C%C3%B4te-St-Luc/249357358458878

 

Ouest de l’île : https://www.facebook.com/99montreal

 

… et d’autres moins actifs.

 

Médias internes :

 

http://www.om99media.org/

 

http://www.livestream.com/occupymontreal

 

https://twitter.com/occmontreal

 

http://thelivingarchives.ca

 

 

 

[1] Le Square Victoria rebaptisé par les occupants en assemblée générale «Place du peuple» dès le premier jour, est une assez grande et jolie place publique au centre-ville de Montréal (Québec, Canada), avec des arbres, des bancs, des fontaines, des sculptures (la Reine Victoria de Marshall Wood et une autre de style contemporain, «TaiChi Sing Wip» de Ju Ming), un métro (dont une entrée de style art nouveau comme les métros parisiens), entre, notamment, la Tour de la Bourse, les multinationales Power Corporation, Quebecor et le Centre de commerce mondial de Montréal.

 

Ancien marché de foin, vue générale actuelle du Square Victoria depuis le toit d’un édifice coin Beaver Hall et Viger. On y voit les sculptures au nord, les jets d’eau au centre et le petit boisé tout au sud devant le siège social de Quebecor. http://fr.wikipedia.org/wiki/Square_Victoria Sculpture-monument de l’Anglais Marshall Wood (1872) au Square Victoria. http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=678,1154690&_dad=portal&_schema=PORTAL&id=283 Sculpture du Taïwanais Ju Ming (1985) Taichi Single Whip Quartier international de Montréal, Square Victoria. Crédit : Michel Dubreuil Vue du Square Victoria avec l’entrée du métro inspiré par les métros parisiens dont le design industriel est conçu, à l’origine, par l’architecte français Hector Guimard.

 

Lafontaine, 2012

J’ai remarqué que depuis que je porte le carré rouge dans l’espace public, je reçois et je donne plus d’aide. C’est peut-être seulement une coïncidence, mais à la lumière du récent manifeste du muvement /etudiant des carres rouges, où ils élargissent considérablement leurs horizons, ça me donne l’idée de pousser la sensation et le concept plus loin au sujet du port du carré rouge : comme citoyen.e.s  engagé.e.s  et  disposé.e.s  dans la rue à de petits gestes civiques pour aider les autres, de manière à (faire) bénéficier des apprentissages de cette magnifique lutte sociale. Après la grève, leurs porteurs et leurs porteuses pourraient continuer à s’afficher avec le carré rouge pour la mémoire, bien sûr, mais aussi pour continuer à donner de la visibilité à leur ‘service social’.

Je pense qu’il faut rapidement détourner de façon constructive tout ce discours purulent qui a et va associer (pendant les élections) le carré rouge à «la violence et à l’intimidation»[1] et au chaos social. Le carré rouge, «c’est la rue» ? OK, prenons la désinformation et retournons-la comme une crêpe (ou une tarte à la crème). Prenons-la à bras-le-corps comme on le fait dans les arts martiaux, suivons le mouvement de l’adversaire et poussons-le encore plus loin. C’est une idée, il y en aura d’autres, mais comme citoyen.ne.s, en grève ou non, il faut proposer des actions concrètes pour que les gens se sentent plus en sécurité dans les rues de la ville en tout temps, entre autres…  grâce au carré rouge. De toutes les façons, il faut combattre la peur. Cela me semble une bonne façon de déjouer ces tactiques malsaines du gouvernement. Tout le monde sera gagnant, sauf les menteurs qui seront démasqués par la force de ce genre de gestes empathiques répétés et vus au quotidien. Même le maire de Montréal sera content :)). Il pourra venter «sa» ville comme étant la plus accueillante et la plus sécuritaire au monde…

Dans le manifeste de la CLASSE[2] qui fait assez bien la démonstration du terrible risque de la marchandisation de la vie, un détail m’a frappé : «Si nous avons choisi la grève, […], c’est pour créer un rapport de force, seule mécanique nous permettant de peser dans la balance». Seule ? C’est en effet le principal mécanisme, ou du moins le plus utilisé dans la tradition de la gauche syndicale, mais il en existe un autre, plus subtil et dont les effets sont plus profonds à long terme seulement. Il s’agit de pousser à la conscience/faire voir l’inconscience de certains comportements humains. C’est un aspect peut-être plus spirituel, mais dans l’état de corruption et d’ÉGOisme où nous nous trouvons, ça devient de plus en plus évident et une question concrète de survie collective. Je crois que ce «nouvel» aspect apporté à la vie politique peut être vraiment novateur[3], surtout s’il est porté par les plus jeunes et par les plus vieux de notre société. Et par la conscience, tout le monde est touché, de l’élite au peuple, du 1% au 99%. Sauf que… y’en a pour qui les conséquences sont plus dommageables…

De plus, autre sujet, je suggère une nouvelle image dans les prochaines manifs de nuits : une lampe de poche ou de cell dirigée vers un petit miroir et portée haut la main… le miroir de ceux qui ne se rendent pas compte qu’il n’y a plus de miroir quand ils s’y mirent. Travailler artistiquement sur des symboles à interprétations multiples est tout aussi puissant, comme vous le savez et l’avez démontré. Si ce geste était répété en masse, nul doute que ce serait le genre d’image médiatique frappante qui ferait le tour du monde, attirant ainsi l’attention là ou quand il le faut.

Chers étudiant.e.s, dans le fond, ce que je veux vous dire essentiellement, et que je ressens depuis un an ou deux, c’est que…

Quand les hommes et les femmes de cœur (re)commencent

à prendre la parole de l’action,

c’est qu’un autre pays est en marche,

c’est que notre âme,

exaspérée et famélique

a décidé de franchir le Rubicon,

l’illusoire distance qui

nous

sépare

de

l’autre.

***

Petit moment d,histoire du Québec.

“Depuis bientôt 5 ans l’Agéum revendique auprès du gouvernement
pour obtenir la gratuité scolaire que ce dernier avait formellement promise en 1960, depuis 5 ans le gouvernement refuse, depuis 5 ans l’Agéum re­nouvelle bêtement ses revendications et depuis 5 ans aussi le gouvernement se fout d’elle parce qu’il la sait incapable de sortir gagnante d’une épreuve de force avec lui. Un véritable syndicat n’aurait jamais accepté une telle situation et aurait proposé à ses commettants des moyens “syndicaux” de résoudre le problème, entre autres la grève. Mais l’Agéum, à cause du re­fus du gouvernement et son incapacité propre, voit ses membres patauger dans des conditions de travail assez pénibles pour quelques-uns et se sent dépassée par un problème qui pourrait trouver ses solutions immédiatement si elle était une véritable force syndicale.”
Tiré de la revue Parti Pris, vol. 3 no 6, janvier 1966 (Montréal)

 


[1] En juin, la ministre de la ‘culture’ avait confondu et associé publiquement, sans l’ombre d’un doute et au nom d’une «grande, grande, grande partie des Québécois», le carré rouge avec la «l’intimidation, la violence», pour se rétracter du bout des lèvres suite à une levée de boucliers, tout en enfonçant le clou encore une fois. Sans parler des nombreuses allusions du premier ministre à ce sujet.

[3] C’est le sens de la «Déclaration des engagements individuels et collectifs» mis de l’avant par Occupons Montréal en février 2012. Voir le lien ici-bas.

http://occupons-montreal.info/philo-politique/node/197

Le temps des récoltes est commencé 

Je ne sais pas encore si «je» peux parler au nom du peuple, si mes antennes sont assez aiguisées, mais certains indices, observations, sentiments, intuitions, alouette, me donnent à entendre que je peux au moins parler en mon nom, dans un état total de vase communiquant. J’imagine que ces réserves sont aussi mes dernières défenses devant un silence trop longtemps tenu en laisse, contrôlé maitrisé minimisé. Qui a dit qu’un peuple sans vocabulaire tombe dans la violence ?

Disons que mon histoire commence en octobre dernier dans les réunions du groupe de philo politique d’Occupons Montréal. Les mots sortent en désordre de ma bouche. Moi qui suis d’habitude lente et posée, je me surprends dans un pêle-mêle de phrases qui prennent naissance là, au rond point écho du métro Square-Victoria à Montréal, sous «la Place du peuple». Je ne me rendais pas compte à quel point j’avais accumulés ces mots, juste là sur le bord des lèvres, juste sur les confins de ma langue.

Quelques mois avant, une collègue avait dit «la politique ne m’intéresse pas !» Un silence gêné s’en était suivi. Puis quelqu’un avait parlé de ses rénos. J’avais seulement tenté timidement de soulever un sujet d’actualité. On était en pleine crise économique mondiale, personne ne comprenait vraiment la gravité et la nouveauté de la situation.

Maintenant, le bouchon a sauté et plus jamais nous ne retournerons à ce silence morbide de négation d’être collectif, même lorsque tout se sera calmé. Il y a eu avant. Il y aura après.

J’ai beaucoup souffert de ce silence politique, le mien, celui du peuple. En particulier du cynisme, de la détestation de soi, de l’indifférence alliée à l’inertie, recette implacable de la corruption, de ce genre d’usage sans conscience de la liberté humaine.

Puisque acculée au silence par le mensonge triomphant porté en valeur suprême de notre nouvelle (ou ancienne) aliénation postmoderne, personne n’avait osé s’y opposer. L’héroïsme n’était plus à la mode.  En même temps, je me disais, il n’y a aucune autre époque où j’aimerais  vivre. Alors quoi ? Et comme tout le monde se taisait, je ne rencontrais que peu de personnes…

Accumulation, accumulation… quel grain de sel a tout déclenché ? Ou juste le fruit était mûr et maintenant, il tombe ? Et la chute de l’empire est vertigineuse. Voilà son point faible, le clou sur lequel même «eux» pourront en partie devenir «nous» quand ils comprendront à quel pont ils se sont perdus eux-mêmes.

C’est le retour du refoulé. D’autres petits morceaux de lambeaux humains nous serons envoyés. C’est le repoussoir, l’image suprême de folie aliénante dans laquelle notre ‘civilisation’ tombée produit le mal être. Ça ne fait pas plaisir à écrire, mais lui c’est nous aussi. Quand on l’aura vraiment intégré, un autre grand pas sera franchi. En même temps, les alternatives se pensent et se vivent. «Dieu est mort» ça fait longtemps, mais n’a jamais cessé de vivre au plus secret de mon/notre âme. Quand les hommes et les femmes de cœur (re)commencent à prendre la parole de l’action, c’est qu’un autre pays est en marche, c’est que notre âme, exaspérée et famélique, a décidé de franchir le Rubicon, l’illusoire distance qui nous sépare de l’autre.

Dans le mouvement des Indignés, je découvre des jeunes super articulés, avec un fort désir spirituel hors religion consacrée, sensible au fait féminin et un fort besoin de fraternité avec, paradoxalement, une grande difficulté à faire des compromis. Choisir un resto à huit têtes peut devenir un sport extrême… Mais ça s’arrange, ce n’est pas incontournable. Les petits poussins ont grandi et n’ont plus besoin d’être couvés. Voilà donc ceux que notre gouvernement dénigre tant. Il a réussi assez bien sa campagne de division et de salissage avec le remplissage mur à mur d’«enfants gâtés», «consommateurs» ou «d’enfants-roi». Parents-rois, grands-parents rois, ai-je envie de répondre à mes parvenus, nouveaux riches de congénères ! Quand le pouvoir discrédite à ce point ses forces vives et l’avenir de sa nation, c’est qu’il a peur. Lorsqu’il (… joue à ?) se montrer temporairement incapable de négocier avec ses objecteurs de conscience, c’est qu’il est en fin de règne. Ça s’est déjà vu dans d’autres (r)évolutions.

Hey ! Ce sont sur mes enfants, nos enfants que tu tapes – vient pas me dire que les 3000 arrêtés ont tous commis un méfait ! J’étais là, j’ai vu comment se fait la création de la réalité, la mise en scène et le montage en épingle de la violence dans notre chère nation distincte si terriblement pacifique qu’on peut te faire perdre un œil pour t’obliger à rester pacifique…

Mais ça ne marche plus. Le peuple est scolarisé, plus éveillé, communique hors-réseau standard. La réalité a changé subitement. Les membres du gouvernement semblent dépassés. Ils regardent en arrière avec leurs œillères. Ils donnent l’impression d’être incapables de voir en avant un autre monde, incapables de voir venir les nouveaux risques. Ils sont tellement coupés d’eux-mêmes que c’en est tragique et dangereux.

Dans le mouvement Occupy et dans l’espace public, on cherche tout aussi tragiquement et radicalement à dépasser cette exclusion habituelle eux/nous. C’est très très difficile. Le cerveau résiste, ça demande une révolution de l’esprit – celle qui dépasse en profondeur toutes les autres qui se sont lamentablement transformées en tyrannie. Tyrannie du capital de la haute finance, du 1%, tyrannie de la ‘nomenklatura’ communiste ou pseudo, tyrannie des extrémistes religieux fanatisés islamistes, catholiques et ainsi soit-il. Aïe – on n’a pas fini avec ça, ce retour dans le continuum des incivilités aux extrémismes, dans la plus grande téléréalité émotionnelle de tous les temps. Ils ne sont pas l’apanage de ces nouveaux ou anciens rois. À court terme, j’espère que les plus radicaux dans le mouvement de contestation actuelle comprendront que s’ils continuaient plus loin, le peuple pourrait les lâcher et qu’ils risque de provoquer l’inverse de ce qu’ils recherchent = le backlash. À long terme, dans le très bon Abécédaire d’Hugo Latulippe, Serge Bouchard avance cette idée lumineuse : dans le corps humain, la nature a parié sur notre tête, «c’est la matière qui commence à réfléchir sur elle-même». C’est notre partie la plus développée. C’est notre conscience qui évoluera dans le temps, pour notre survie.

*/*

Quand le même jour, une ministre de la ‘culture’ confond et associe publiquement, sans l’ombre d’un doute et au nom d’une «grande, grande, grande partie des Québécois», le carré rouge avec la «l’intimidation, la violence» et qu’un directeur de F1 fait l’apologie du dictateur comme mode de gouvernance, c’est qu’ils sont encore capables de se regarder dans le miroir le matin en se levant parce qu’ils ne se rendent pas compte qu’il n’y a plus de miroir. On se dit que la dérive est commencée et on désespère de voir sur quel point aveugle nos dirigeants élus par le peuple veulent nous faire croire que nous sommes tombés, et dans quel trou noir démocratique nous nous étions enfoncés. En même temps, c’est sans doute la condition nécessaire pour qu’une comète fulgurante en sorte. Je suggère une nouvelle image dans les prochaines manifs : une lampe de poche dirigée vers un petit miroir. De plus, j’ai remarqué que depuis que je porte le carré rouge dans l’espace public, je reçois et je donne plus d’aide. C’est peut-être seulement une coïncidence, mais ça me donne l’idée qu’une fois la grève vraiment terminée, leurs porteurs et leurs porteuses affichent leur ‘service social’ en continuant à porter le carré rouge. Pour la mémoire, bien sûr, mais aussi comme citoyens engagés et disposés dans le rue à des gestes civiques pour aider les autres, pour bénéficier des apprentissages de cette magnifique lutte sociale.

Pour sa résolution, un changement d’interlocuteurs pourrait sans doute aider. En ’70 et en ’90, les gouvernements libéraux ont négocié avec des adversaires armés; il y a eu mort d’homme. Le dénouement de ces deux crises est très instructif. Les libéraux négocieront avec les étudiants nus pour leur plus grande accessibilité à l’université. Les libéraux joueront peut-être la carte du sauveur juste avant les élections… En attendant, s’il vous plait, venez m’arrêter avec mon petit carré rouge porté sur mon cœur.

9-12 juin 2012

P.S. Voir le lien en bas de page du magnifique vidéoclip du groupe québécois Mes aïeux.

Voir aussi http://www.avaaz.org/fr/la_fin_de_limpunite_des_banquiers_fr/?cotMxab

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