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1re Nuit debout Montréal 28-04-16. Crédit photo: Robert Bertand

1re Nuit Debout Montréal devant le consulat français, en solidarité avec le mouvement à Paris. 28-04-16. Crédit photo: Robert Bertrand

Le mouvement de la Nuit Debout parisien (voir mon autre billet à ce sujet*1) s’est maintenant étendu à d’autres villes françaises et européennes, puis sur tous les continents voir : https://www.facebook.com/NuitDebout/photos/a.1707228729555023.1073741828.1707017119576184/1727093247568571/?type=3&theater

Nuit Debout s’étend maintenant depuis le 28 avril à Montréal, à travers notamment le réseau d’Occupons Montréal. Voir https://www.facebook.com/NuitDeboutMontreal/?fref=ts

À la suite des mouvements sociaux des quinze dernières années avec le mouvement altermondialiste, les Indignados, Occupy et les Carrés rouges, le mouvement Nuit Debout s’attache, tout comme Occupons Montréal en 2011-12, au désir d’horizontalité (le refus de s’instituer en ligne hiérarchique de décision et d’avoir un leader, voire le refus de devenir une nouvelle institution politique et une forme de la démocratie directe via des assemblées générales fréquentes), aux préoccupations sociopolitiques larges peu ou pas formulées en revendications précises et à une soif et à un apprentissage de la prise de parole sur la place publique. Ce refus (pour l’instant) de devenir un mouvement structuré constituait à Occupons Montréal une partie importante des discussions et il a été un point chaud de plusieurs mouvements politiques spontanés depuis au moins à fin des années 1960 : ce dilemme ne date pas d’aujourd’hui ! Ce refus avait alors été notamment critiqué par des féministes qui y voyaient une dispersion de précieuses énergies et un paradoxal danger de récupération (voir mon bilan d’Occupons Montréal au https://evemarieblog.wordpress.com/2012/09/16/occuponsmontreal-bilan/ )

Le journal Le Devoir a également consacré deux articles à ce mouvement en fin de semaine au http://www.ledevoir.com/international/europe/469598/entrevue-une-transformation-en-un-mouvement-social-structure-parait-difficile et http://www.ledevoir.com/international/europe/469597/france-nuit-debout-il-faut-que-ca-reste-souple et Radio-Canada au http://ici.radio-canada.ca/emissions/desautels_le_dimanche/2015-2016/

Nuit debout affiche

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Pour poursuivre votre réflexion sur les groupes de conversation à la base de ce type de  mouvements, voyez mon billet d’histoire au https://evemarieblog.wordpress.com/2012/09/13/histoire_conversation_salons_groupe-de-discussion/

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*1 evemarieblog.wordpress.com/2016/04/02/nous-etions-endormis-et-nous-nous-reveillons-disent-les-indignes-francais/

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Totalement ignorés par les médias québécois, des indignés en France sortent depuis 3 nuits intitulées initialement « Le 31 mars, on ne rentre pas chez nous » ou sur Twitter #NuitDeboutParis. Source : Le Monde, 01-04-16. Voir ici

Des centaines de personnes se sont réunies en assemblée générale, place de la République à Paris,  hier soir vendredi 1er avril 2016, pour la deuxième soirée d’affilée, #Nuit Debout.

Dans le sillage des Indignés espagnols de Podemos, d’Occupy Wall Street (ici localement : Occupons Montréal) ou du printemps arabe, le collectif improvisé Convergence des luttes (1), dont de nombreux étudiants en grève, a appelé sur les réseaux sociaux à une «Nuit debout. On ne rentre pas chez nous». Ils manifestent depuis 3 nuits pour contester une loi libéralisant le Code du travail français en diminuant notamment le filet social. Cette loi veut notamment favoriser les ententes locales avec les employeurs, ce qui pourra affaiblir encore davantage les travailleurs précaires et les jeunes avec de nouvelles mesures visant par exemple à diminuer le salaire des heures supplémentaires et visant à affaiblir les syndicats (VOIR ICI)  (2). En même temps, des discussions sur le système capitalisme et le sauvetage des banques ont lieu.

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Nuit Debout du 31 mars 2016. Crédit photo : Revelli-Beaumont/SIPA

Des manifestations ont aussi donné lieu à des échauffourées avec la police… avec la technique de répression de la «souricière» contre des manifestants pourtant pacifiques, comme nous l’avons vu qu’à l’écœurement pendant le Printemps érable ici au Québec en 2012 et après. À noter aux nouvelles de France1 ce pm qu’un policier qui a manifestement abusé de ses forces dans une de ces manifestations contre la loi Travail la semaine dernière en frappant un lycéen (3), vient d’être retiré de ses fonctions pendant l’enquête. Il peut être passible de trois ans de prison.

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En parallèle, et à la suite des attentats de Paris de novembre dernier, cette nuit (2-3 avril), la mairesse de Paris (les Français disent « maire » pour une femme…) Anne Hidalgo invitait à la discussion et à la réflexion publique dans la rue et autres lieux publics. (4)

Pour approfondir la réflexion, voir aussi l’économiste du CNRS Frédéric Lordon qui parle de la «violence néolibérale» de la nouvelle loi Travail :

La fin du discours de Lordon est-elle surprenante pour vous ?

Oui et non pour moi : axée sur une philosophie nihiliste de la catastrophe, est-ce vraiment le seul moyen pour sortir de l’impasse politique-économique-sociale ? Oui c’est surprenant, car il s’agit d’une approche destructrice et pour laquelle on a assez peu conscience des conséquences sur nos vies; non pas très surprenant, car on entend de plus en plus souvent, au Québec aussi, cet appel désespéré, en particulier chez les jeunes dans la 20taine et la 30taine ne voyant pas d’issues, dans un ras-le-bol.

Comme je l’ai exprimé maintes fois sur ce blogue, en appeler d’une prise de pouvoir par un nouveau groupe ne changera rien sur le fond. Même les meilleurs intentionnés reviendront vite aux mêmes mauvaises habitudes du pouvoir : les mêmes travers personnels amèneront aux mêmes résultats. Il faut aussi et surtout chercher dans l’âme humaine : qu’est-ce qui amène les gens à voter de telles lois, à taper gratuitement sur des manifestants, à voler l’argent des épargnants dans les banques grâce à une économie spéculative, etc., etc., etc. ? Qu’est-ce qui amène l’humain, une fois «arrivé» à son petit pouvoir, à agir comme cela ? Et vous et moi, dans nos relations humaines de tous les jours?

Tant qu’une masse critique de personnes n’aura pas trouvé/compris clairement des réponses communes à ces questions, nous serons condamnés à tourner en rond comme des rats en cage, en pensant qu’un simple changement de gouvernement apportera une meilleure vie collective. À mon humble avis, une autre rÉvolution est à faire : celle de tenir compte de ces travers inéluctables des comportements humains dans une autre structure politique et économique à échelle humaine et se rappeler que les sciences économiques sont d’abord et avant tout une science humaine… C’est aussi cela le message d’Occupy.

Cette réflexion sur la nature humaine en politique a pris progressivement forme au XXe siècle en Asie. Dans le message de communication non violente de Gandhi et plus récemment dans le message de Aung San Suu Kyi, alors qu’elle était en détention surveillée au Myanmar (Birmanie), mais aussi dans la vieille philosophie millénaire chinoise taoïste.

« La révolution est essentiellement celle de l’esprit. » « La vraie liberté, c’est de ne pas vivre dans la peur.» Aung San Suu Kyi

« Les révolutions politiques sont chose excessivement grave. On ne doit les engager qu’en cas d’extrême nécessité, quand il ne reste plus d’autre issue. Tout le monde n’est pas appelé à une telle action, mais seulement celui qui a la confiance du peuple, et il ne l’entreprendra que si les temps sont mûrs. Il faut dans une telle affaire procéder de la façon correcte de manière à réjouir le peuple et à éviter les excès en l’éclairant. On doit en outre demeurer exempt de toute visée égoïste et venir réellement en aide aux besoins du peuple.» Yi King. Le livre des transformations (trad. De Étienne Perrot)

Nuit Debout_ Occupons_nouvelle-nuit-debout-place-de-la-republique-paris_2-04-16

3e Nuit debout du «33 mars» 2016

 

Voir aussi le blogue «Les indignés du Québec» au https://lesindignesduquebec.wordpress.com/2016/04/02/les-indignes-de-france-feront-ils-tomber-le-gouvernement/

3 avril

Selon le journaliste Pierre Tremblay, du média alternatif québécois Ricochet, le groupe Nuit Debout-Convergences des luttes est «associé à l’organisation altermondialiste ATTAC, l’association DAL («Droit au logement») et le syndicat français Sud-PTT.» https://ricochet.media/fr/1057/nuit-debout-symbole-de-lindignation-francaise

Inspirés par le carré rouge québécois en feutrine et 2005 et 2012, le symbole est devenu un rectangle rouge, comme la forme du livre du code civil dont les participants dénoncent la réforme.

Le scandale des paradis fiscaux Panama papers, dévoilé par un consortium international de journalistes d’enquête (ICIJ – dont au Canada CBC/Radio-Canada et le Toronto Star) sort. http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/467197/panama-papers?utm_source=infolettre-2016-04-04&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

Les riches et les puissants de ce monde, dont des banques et des hauts dirigeants de divers pays (sauf aux États-Unis ?!?) y sont notamment dénoncés. Cela donne encore plus de crédibilité aux économistes ou mouvements comme ATTAC,  Occupy et maintenant Nuit Debout qui dénoncent ce genre d’activités financières à l’abri des impôts pendant que le peuple souffre notamment des politiques d’austérité et de coupures budgétaires, de lutte au déficit et de lois qui l’appauvrissent toujours plus partout dans le monde !

les panama papers

Au Canada, ce scandale des panama papers qui vient de sortir, révèle que la «Banque Royale du Canada (RBC), [qui] aurait créé plus de 370 sociétés-écrans, surtout au Panama et aux îles Vierges britanniques.» (Le Devoir). Au Québec, seules les coopératives bancaires des Caisses Desjardins n’ont aucun actif dans les paradis fiscaux. Je viens d’entendre dans une entrevue un économiste à Radio-Canada : il disait que le Québec perd 3.5 milliards de dollars par année en revenus dans les paradis fiscaux ! À ce jour, le consortium ICIJ a dénombré pas moins de 109 entreprises québécoises qui placent leur argent dans les paradis fiscaux. Un journaliste économique réputé de la SRC a dit qu’entre le placement légal et illégal, la ligne est mince. Une fois placés légalement leurs avoirs, des entreprises «oublient» de les déclarer à leur pays d’origine et négligent de payer les impôts qui devraient revenir au peuple pour des services sociaux de meilleure qualité.

Combien de milliards, pendant toutes ces années, nous ont-il échappés ainsi ? Pas étonnant de voir le système d’éducation, de santé et autres se détériorer si rapidement et à ce point ! Et pendant ce temps, ces services se privatisent, les entreprises sont doublement «gagnantes»… sans réaliser qu’elle finiront par tout perdre quand elles finiront pas faire faillite quand la grogne populaire éclatera vraiment ! Pas besoin d’être devin ou docteur en sociologie pour voir que nous sommes très près de ce point de non retour si des mesures très sérieuses ne sont pas prises par nos gouvernements (en partie eux-mêmes corrompus par ces mêmes intérêts avec le trafic d’influence et le financement illégal des entreprises…)  pour récupérer l’argent volé au peuple !

Sur les effets de ces opérations d’avarice, voir https://www.youtube.com/watch?v=F6XnH_OnpO0

8 avril

Le mouvement continu et s’élargit ! Voir les commentaires.

16 avril

J’entends des versions contradictoires. M. Seymour, prof à l’UdeM, dit que le mouvement a duré 10 jours et touché 60 villes françaises. Il ne dit pas qu’il a touché quelques villes européennes aussi. Puis j’entends le soir une entrevue avec un militant qui commence sa 1re journée de Nuit Debout à Bayonne en France, dans une émission d’information de Radio-Canada. Vraisemblablement la 2e version est plus exacte, mais je n’ai pas le temps de vérifier maintenant. À suivre… La bonne nouvelle est que les médias traditionnels commencent ici à s’y intéresser 2 semaines plus tard…

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(1) http://www.convergence-des-luttes.org/

(2) http://www.lemonde.fr/videos/video/2016/04/02/la-loi-travail-expliquee-en-patates_4894397_1669088.html

(3) http://www.lemonde.fr/societe/video/2016/03/24/manifestations-contre-la-loi-el-khomri-un-lyceen-violemment-frappe-par-la-police-l-igpn-saisie_4889756_3224.html

(4) http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/03/25/a-paris-hidalgo-veut-refaire-le-monde-la-nuit_4890357_823448.html

 

Tourte voyageuse... disparue depuis 1914 en Amérique du Nord

Tourtes voyageuses (1)… disparues depuis 1914 en Amérique du Nord. Crédit dessin : « Ectopistes migratorius » par Louis AgassizFuertez

Je relaye un article du journal Le Devoir au complet : http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/443312/biodiversite-l-humain-a-enclenche-la-sixieme-grande-extinction

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Le titre est tellement lourd à porter que je l’ai lu hier sans trop y porter attention. Ma conscience était comme dans un genre de déni. 24 h plus tard, le titre m’est revenu en mémoire et m’a pété en pleine face. Voilà comment l’attention procède.

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Selon une étude publiée aux États-Unis avant-hier dans Science Advances, «Nos estimations révèlent un recul exceptionnellement rapide de la biodiversité au cours des derniers siècles, ce qui indique qu’une sixième extinction de masse est en cours.»

«L’humain»… hum on devrait dire plutôt ceux principalement qui ont mis en place le modèle industriel depuis 2 siècles, soit les sociétés capitalistes, puis les sociétés communistes européennes riches ainsi que nos modèles et capacités scientifiques et de science… sans conscience. Comme miroir à cette pulsion de mort, la natalité dans les pays pauvres (appelés discrètement «3e monde») et dans les pays émergents est aussi un problème  qui contribue grandement à la crise écologique. Mais surtout dans tous les cas : notre manque de conscience. Lentement, nous prenons conscience de notre manque de conscience. La dernière extinction de masse a eu lieu il y a 65 millions d’années, avec les dinosaures, causée vraisemblablement par un élément extérieur à la Terre (une météorite) !!!

C’est la question que pose l’astrophysicien et écologiste Hubert Reeves : comment l’intelligence créatrice destructrice des humains peut-elle devenir, en peu de temps, constructrice ? Comme se fait-il que l’évolution de notre espèce nous ait mené dans ce genre d’impasse ? Éros et Thanatos diraient les anciens Grecs (2). Iwouskea et Tawiskaron diraient les anciens Hurons-Wendats (3).

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Que faire ? À petite échelle, par exemple : (re)connexion avec la nature. Comme le disait André Vollant, innu de la Côte-Nord du Québec, « Quand je mange un caribou, je suis caribou, quand je mange de l’outarde, je suis outarde, quand je mange du saumon, je suis saumon.» (4) Et à grande échelle, maintenant, par exemple, à chaque fois que nos gouvernements prendront une décision qui pollue, qui risque de détruire des environnements précis, qui augmente les territoires agricoles, ou qui contribue aux monocultures, il faudra dire et écrire :

Voulez-vous causer la 6e grande extinction de la Terre ?

Évidemment, cela ne suffira pas.

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(1) L’ile aux tourtes, vous connaissez ? Cette micro-ile entre la pointe est de l’ile de Montréal et Vaudreuil-Dorion au Québec. L’oiseau disparu depuis longtemps y a laissé son nom.

(2) Dans la mythologie grecque, Thanotos est le frère jumeau d’Hypnos la personnification du sommeil, et de Moros (fatalité) et de Kèr. En psychanalyse, Sigmund Freud nomme « Thanatos » la pulsion de mort qui habite chaque être humain. Il l’oppose à la pulsion de vie, « éros ». La pulsion de vie étant la libido.

(3) Voir la pièce du théâtre Ondinnok au http://www.ondinnok.org/toutes-les-creations/809-2/

(4) Cité par l’écrivain algonquin Michel Noël, dans son article «Hommage à nos ancêtres», paru dans la revue Littoral, no10, printemps 2015.

Photo Ève Marie Langevin

Comment regarder une fleur, un arbre… maintenant ? Crédit photo : Ève Marie

Eastman 2011 la biche 3.Crédit photo Ève Langevin

Comme si elle me demandait : et maintenant, parleras-tu pour moi ? Crédit photo : Ève Marie, 2011

Affiche du SFPQ, 2015.

Affiche de la Coalition pour la justice sociale, 2014.

Aujourd’hui 1er mai fête internationale des travailleuses et travailleurs. Fête qui passe généralement vaguement inaperçue, elle s’est multipliée par des centaines de petites actions de rue et d’écoles du Québec pour remettre en question le modèle d’organisation de l’État appelé «austérité ou rigueur budgétaire» du gouvernement québécois. SVP quelqu’un peut-il mettre en contact notre gouvernement avec la personne qui a écrit ces lignes ci-dessous??? Pour qu’enfin cesse cet immense mensonge des politiques d’austérité qui vont équilibrer à jamais le budget de l’État et résoudre tous nos problèmes… en ouvrant plutôt de manière déguisée la privatisation des services sociaux…
Attachez vos tuques… :

«Aujourd’hui se décide ce que sera le monde en 2050 et se prépare ce qu’il sera en 2100. Selon la façon dont nous agirons, nos enfants et nos petits-enfants habiteront un monde vivable ou traverseront un enfer en nous haïssant. Pour leur laisser une planète fréquentable, il nous faut prendre la peine de penser l’avenir, de comprendre d’où il vient et comment agir sur lui. C’est possible : l’Histoire obéit à des lois qui permettent de la prévoir et de l’orienter.

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La situation est simple : les forces du marché prennent en main la planète. Ultime expression du triomphe de l’individualisme, cette marche triomphante de l’argent explique l’essentiel des plus récents soubresauts de l’Histoire : pour l’accélérer, pour la refuser, pour la maitriser.

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Si cette évolution va à son terme, l’argent en finira avec tout ce qui peut lui nuire, y compris les États, qu’il détruira peu à peu, même les États-Unis d’Amérique. Devenu la loi unique du monde, le marché formera ce que je nommerai l’hyperempire insaisissable et planétaire, créateur de richesses marchandes et d’aliénations nouvelles, de fortunes et de misère extrêmes; la nature y sera mise en coupe réglée; tout sera privé, y compris l’armée, la police et la justice. L’être humain sera alors harnaché de prothèses avant de devenir lui-même un artefact, vendu en série à des consommateurs devenant eux-mêmes artefacts. Puis, l’homme, désormais inutile à ses propres créations, disparaitra.

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Si l’humanité recule devant cet avenir et interrompt la globalisation par la violence avant même d’être libérée de ses aliénations antérieures, elle basculera dans une succession de barbaries régressives et de batailles dévastatrices, utilisant des armes aujourd’hui impensables, opposant États, groupements religieux, entités terroristes et pirates privés. Je nommerai cette guerre l’hyperconflit. Il pourrait aussi faire disparaitre l’humanité.

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Enfin, si la mondialisation peut-être contenue sans être refusée, si le marché peut-être circonscrit sans être aboli, si la démocratie peut devenir planétaire tout en restant concrète, si la domination d’un empire sur le monde peut cesser, alors s’ouvrira un nouvel infini de liberté, de responsabilité, de dignité, de dépassement, de respect de l’autre. C’est ce que je nommerai l’hyperdémocratie. Celle-ci conduira à l’installation d’un gouvernement mondial démocratique et d’un ensemble d’institutions locales et régionales. Elle permettra à chacun, par un emploi réinventé des fabuleuses potentialités des prochaines technologies, d’aller vers la gratuité et l’abondance, de profiter équitablement des bienfaits de l’imagination marchande, de préserver la liberté de ses propres excès comme de ses ennemis, de laisser aux générations à venir un environnement mieux protégé, de faire naitre, à partir de toutes les sagesses du monde, de nouvelles façons de vivre et de créer ensemble.

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On peut alors raconter l’histoire des cinquante prochaines années : avant 2035, prendra fin la domination de l’empire américain, provisoire comme celle de tous ces prédécesseurs; puis déferleront l’une après l’autre trois vagues d’avenir; hyperempire, hyperconflit, puis hyperdémocratie. Deux vagues a priori mortelles. Une troisième a priori impossible.

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Sans doute ces trois avenirs se mêleront-ils; ils s’imbriquent déjà. Je crois en la victoire, vers 2060 de l’hyperdémocratie, forme supérieure d’organisation de l’humanité, expression ultime du moteur de l’histoire : la liberté.» (1)

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Qui a bien pu écrire ces lignes en 2008 ? Un gauchiste barbu ? Un anarchiste visionnaire ? Un communiste déchu ? Un professeur créatif ? Un auteur de science-fiction ? Un (rare) syndicaliste original ?

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Laissez tomber vos préjugés.

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C’est un économiste philosophe, ingénieur et ex-conseiller gouvernemental français et des Nations-Unies, patron d’une entreprise de microfinancement et auteur : Jacques Attali.breve_histoire_avenir

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Je me suis permise de mettre en gras les passages que je trouvais important et un passage souligné que je trouve sous-développé dans son analyse. Si le monde sombre dans la violence de l’argent et des riches avant même d’être libéré de ses aliénations antérieures… Quelles aliénations ? Avons-nous regardé dans le cœur de l’homme et de la femme ? Dans leur sexualité harnachée, maitrisée ou pervertie ? Dans nos rapports de domination quotidiens et en particulier ceux entre hommes et femmes ? C’est là où, je crois humblement, sa pensée est encore insuffisamment développée… ou plutôt était insuffisamment développée. Car oh! surprise, je viens de voir sur son site la phrase d’intro (2) :

«Pour avoir droit à une étincelle d’éternité, il faut avoir aimé.» Puis, je regarde sa plus récente publication, dont le titre est, eh oui, «Devenir soi». Je le cite encore (décidément…) :

«Dans un monde aujourd’hui insupportable et qui, bientôt, le sera bien plus encore, il est temps pour chacun de se prendre en main, sans attendre indéfiniment des solutions miraculeuses. Il ne s’agit pas de résistance, ni de résilience. Mais de devenir soi.»

«Plus nombreux seront ceux qui ne se résigneront pas, plus profonde sera la démocratie, plus seront libérées des énergies, plus seront créées des richesses

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Bonne fête des travailleurs et des travailleuses, et meilleur… avenir!

1er mai 2015. 11 h 30 Policiers, manifestants et travailleurs réunis devant le chantier de construction du CHUM.Crédit photo: J. Nadeau

1er mai 2015, 11 h 30. Policiers, manifestants et travailleurs réunis devant le chantier de construction du CHUM.Crédit photo: J. Nadeau

1er mai 2015, 11 h. Réunis devant la tour de la Bourse, à Montréal, des travailleurs se joignent aux dizaines de milliers de leurs comparses qui ont manifesté partout au Québec au cours de cette journée. Crédit photo: J.Nadeau

1er mai 2015, 11 h. Réunis devant la tour de la Bourse, à Montréal, des travailleurs se joignent aux dizaines de milliers de leurs comparses qui ont manifesté partout au Québec au cours de cette journée. Crédit photo: J.Nadeau

1er mai 2015-3_9 h 30 12 mai 2015, 9h 30. Des centaines de manifestants se sont rassemblés au square Phillips, Montréal, pour protester contre les mesures d’austérité du gouvernement libéral. Crédit photo: Jacques Nadeau, Le Devoir

1er mai 2015, 9h 30. Des centaines de manifestants se sont rassemblés au square Phillips, Montréal, pour protester contre les mesures d’austérité du gouvernement libéral. Crédit photo: Jacques Nadeau, Le Devoir

1er mai 2015, 8 h. Au cégep du Vieux-Montréal, des professeurs tiennent un piquet de grève tout juste avant l’heure habituelle des cours. Crédit photo: J.Nadeau

1er mai 2015, 8 h. Au cégep du Vieux-Montréal, des professeurs tiennent un piquet de grève tout juste avant l’heure habituelle des cours. Crédit photo: J.Nadeau

Manif anti-austérité à Québec 1er mai 2015. Crédit photo: Mickaël Bergeron

Manif anti-austérité à Québec 1er mai 2015. Crédit photo_ Mickaël Bergeron

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(1) Tiré de l’avant-propos de la bande dessinée «Une brève histoire de l’avenir» de Pécau, Damien et Fernandez, éd. Delcourt, 2008.
Toutes ces idées sont également développées dans un livre au même titre «Une brève histoire de l’avenir», écrit par Attali, aux éditions Fayard, 2006. Un livre qui m’a empêché de dormir. Cœur sensible : évitez. Résumé sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Une_br%C3%A8ve_histoire_de_l%27avenir
(2) http://www.attali.com/

Louis Riel

Louis Riel, ad 1880

En 1885, le Métis Canadien-Français Louis Riel de l’Ouest canadien est condamné à mort au Manitoba pour avoir défendu et armé les siens pour protéger leurs terres, pour retrouver leurs droits civils et de propriété et pour avoir lutté contre l’avancée des arpenteurs, de la colonisation et du Canadian Pacific.

Après des actions pacifistes, il lance un appel à une résistance armée aux chefs amérindiens Big Bear et Pound-Maker, et aidé par un autre chef Métis, Gabriel Dumont (1). Selon l’historien Jacques Lacoursière (2), « cet événement remet en cause les fondements mêmes de la Confédération » canadienne naissante : « l’agitation dans le Québec contre l’exécution d’un Canadien-Français sommairement condamné par un jury et un juge anglais devint une révolution politique.» Mason Wide (3).

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Le nouveau chef du parti National au Québec, Honoré Mercier, en fera d’ailleurs la lancée d’un de ses discours resté célèbre au Champ de Mars à Montréal en novembre 1885, juste après la pendaison de Louis Riel à Régina :

« Riel notre frère est mort, victime de son dévouement à la cause des Métis dont il était le chef, victime de fanatisme et de trahison. »

Un nouveau chant, sur l’air de la Marseillaise avec de nouvelles paroles « La Marseillaise rielliste » était en vogue au Québec en 1885 :

Enfants de la nouvelle France,
Douter de nous est plus permis!
Au gibet Riel se balance,
Victime de nos ennemis (Bis).
Amis, pour nous, ah, quel outrage!
Quels transports il doit exciter!
Celui qu’on vient d’exécuter
Nous anime par son courage.

Refrain
Courage! Canadiens! Tenons bien haut nos cœurs;
Un jour viendra (Bis) Nous serons les vainqueurs.

Que veulent ces esclavagistes?
Que veut ce ministre étrangleur*?
Pour qui ces menées orangistes**,
Pour qui ces cris, cette fureur ? (Bis)
Pour nous, amis, pour nous, mes frères,
Ils voudraient nous voir au cercueil,
Ces tyrans que leur fol orgueil
Aveugle et rend sourds aux prières.

Refrain

Honte à vous, ministres infâmes,
Qui trahissez, oh! lâcheté!
¬Vous avez donc vendu vos âmes!
Judas! Que vous ont-ils payé? (Bis)
Dans la campagne et dans la ville
Un jour le peuple vous dira:
Au bagne, envoyez-moi tout ça!
La corde n’est pas assez vile!

Refrain

Source de la chanson : reproduction d’un texte de l’Institut d’Histoire de l’Amérique française,
collection Lionel Groulx (2)

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La Cour suprême du Canada va entendre très prochainement une cause au sujet des droits linguistiques des francophones de l’Ouest canadien, dont une bonne part sont des Métis. Les juges vont déterminer si « la Reine Victoria a réellement promis à Louis Riel de préserver l’ensemble des droits des Métis de la terre de Rupert (vaste territoire duquel sont nés la plupart des provinces et territoires de l’Ouest canadien) en échange d’une adhésion pacifique à la Confédération » (4). Après des recherches approfondies dans les archives du Manitoba, à Ottawa, à la compagnie de la Baie d’Hudson et à Londres pour trouver des preuves historiques et constitutionnelles pour cette cause, l’avocat de cette cause devant la Cour suprême, Me Roger Lepage vient d’affirmer qu’« à l’époque, la Couronne nous a dit que si l’on déposait les armes elle respecterait nos droits civils, religieux et de propriétés. Ça incluait nos droits linguistiques.» (4)

À noter qu’il y a eu deux rébellions avec Riel : une aux alentours de la Confédération canadienne (1870) et l’une après (1885).

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* Possiblement une allusion au 1er ministre conservateur canadien John A. Macdonald, qui préféra une politique d’apathie (selon Lacoursière, 1973) face aux revendications des Métis en 1885, puis envoya l’armée. Pourtant, quelques années plus tôt, en 1869, les 10,000 Métis de la Rivière-Rouge (actuelle région de Winnipeg) des terres d’Assiniboia, « les Métis francophones avaient obtenus des garanties et des promesses solennelles de la part du gouvernement Macdonald, selon lesquelles ils pourraient conserver leur mode de vie, leur langue, leur religion et leur terres.» (5)

** En 1885, « les Orangistes d’Ontario réclament la tête de Riel pour venger la mort de Scott » J. Lacoursière (1973). Pendant le gouvernement provisoire de Riel de 1870 dans l’Ouest canadien, « reconnu pour sa haine des Métis francophones, Thomas Scott [avait] menacé, avec d’autres colons ontariens, de se rebeller. Arrêté en 1870 [par les Métis], Scott est jugé, condamné et exécuté.» Pierre Rousseau, (2003) (6)

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(1) Le chef métis Gabriel Dumont sera l’invité de la Société St-Jean-Baptiste en 1888, pour donner une série de conférences.
(2) Jacques Lacoursière, Denis Vaugeois, Jacques Provencher, « Canada – Québec, synthèse historique », éditions du Renouveau pédagogique, Montréal, 1973
(3) Mason Wide, « Les Canadiens français de 1760 à nos jours », Le Cercle du Livre de France, Montréal, 1963
(4) Le Devoir, 7/02/15, http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/431175/une-contravention-pour-deterrer-l-heritage-de-riel#ajout-commentaire

(5) Le Devoir, 7/02/15, http://www.ledevoir.com/politique/canada/431166/la-gifle

(6) Le Devoir, 25/08/03, http://www.ledevoir.com/non-classe/34656/le-fin-mot-de-l-histoire-riel-notre-frere-est-mort-honore-mercier

faith_spotted_eagle

[Mon poème-texte vient d’être publié dans la revue Possibles (automne 2013), disponible à la libraire de l’Université de Montréal]

Chant pour le monde. Capital câliss *1 !

À Anatoly Orlovsky

           ……………………

« On a décidé de faire la nuit / Pour une petite étoile problématique / A-t-on le droit de faire la nuit /

Nuit sur le monde et sur notre cœur /
Pour une étincelle / luira-t-elle / dans le ciel immense désert»
St-Denys Garneau

Faisons le point.
Le point-virgule ?Le point majuscule ?

Les poings levés,

Frappés par la destinée ?

______

Le chant de la bise

creuse son tunnel d’espoir

jusqu’à vous, nœud du monde

froid, sec, et puissant

jusqu’à la faille d’amour

qu’on trouve en fin de retour

jusqu’au peuple

qui connait la chanson et le vent

______

Une petite fourmi

canaille le sol

inlassable, turlupine

les jambes des fruits

épines dorsales du monde

avec tous ses couloirs d’air

qui tiennent nos pieds

si pesants

« Comme les craqués qui dansent
Sans savoir que l’heure avance »

Louis-Jean Cormier/Karkwa (2008, «La facade» CD «Le Volume du vent)

***

– « Quand la bise fut venue » Jean de La Fontaine

***

***

***

***

***

***

***

– « La fourmi n’est pas prêteuse » La Fontaine

 

 

 

 

 

1er mai

Un jeune homme

marche pieds nus

sur le tapis des bourgeons

du printemps

au Square Sir-George-Étienne-Cartier

______

Pendant ce temps,

des milliards de fourmis transportent

de colossales charges

sous ses deux pieds.

Et lui, qui me fait rêver,

à quoi pense-t-il ?

que transporte-t-il ?

______

Et moi qui le regarde

parce que je n’ai pas le nez fourré

sur mon cell,

qu’est-ce que je fais ?

______

Pendant ce temps

sous les fourmis,

mille trillions de litres de sève,

comme toujours depuis la nuit des temps

s’éveillent et montent partout partout

dans les arbres

Les vers montent aussi et sortent
pendant que la racaille du monde exploseenfin sous nos yeux hagards,

de jambettes à mensonges à coup de crosse

à coup                                    de fusil,

les capitalistes rampent

Mais qu’est-ce qui leur manque tant ?!

Eux qui ne sont même pas des vers

Parce qu’ils nous pompent l’air

Et font leur dernier tour de piste.

– « Eh bien, dansez maintenant.» La Fontaine «Plus il crée de la marchandise, plus l’ouvrier devient lui-même une marchandiseKarl Marx (1844) *2
« Défense d’afficher / tout ce qui ne fait pas/ vendre ou obéir » Paul Chamberland (1978)

« Faites l’amour, pas les magasins » graffiti vu à Montréal (2012)


« Mort aux couleuvres !» Claude Gauvreau (et autres signataires défendant Borduas contre les manœuvres de Molinari)

*/*

À Roland Giguère *4. Ceci n’est plus un poème. Combien de femmes filant nos T-shirts devront-elles encore mourir encore écrasées « comme des petites miettes de tofu *1 » ? Combien de vieillards perdront-ils toutes leurs économies à la faillite provoquée de la banque ? Combien d’autres jeunes en chômage, un sur deux dans plusieurs pays de la zone euro ? Combien d’arbres asphyxiés, combien de tireurs fous rejetés faudra-t-il encore et encore ? Combien d’ados suicidés par l’intimidation de leurs pairs ? Combien de trains déraillés dans tous les Lac-Mégantic de ce monde ?

Combien d’autres fins du monde quotidiennes ?

Combien d’autres mesquineries, manque d’amour répété à l’infini, petits gestes (répétés) inconscients, répétés sans cesse de génération en génération ? Combien, combien ?

N’y a-t-il pas de fin à l’infinie ritournelle de l’ego ?

__________________________

*1 Allusion en clin d’œil aux slogans des manifs du printemps étudiant de 2012 : «La loi 78… on s’en câliss!» ou «La police… on s’en câliss!»

*2 « Comme des petites miettes de tofu » L’expression est de l’artiste en arts visuels chinois Ai Weiwei. Il avait dénoncé la corruption et la négligence du gouvernement après le terrible tremblement de Terre au Sichuan en 2008, qui  avait enterré vivants 5000 écoliers, morts à cause des constructions de qualité médiocre. L’artiste, via son blogue a collaboré à une enquête citoyenne pour trouver le nom des disparus que le gouvernement refusait de rendre public, ce qui lui a valu, entre autres, d’être détenu par la police à l’aéroport de Pékin, et de voir ses œuvres saisies, d’être maintenu en isolation et interrogé dans un endroit secret pendant 90 jours. Heureusement, sa disparition a provoqué un tollé international, ce qui a forcé le gouvernement chinois à réagir.

*3 http://philia.online.fr/txt/marx_003.php

*4 Allusion à son poème «Pour tant de jours» (1956), mis en musique par Thomas Hellman, Écoutez-le au http://djrimbaud.tumblr.com/tagged/Roland-Gigu%C3%A8re

_____________________________

Pendant ce temps au parc,une petite fille donne le bout de son cornet

de crème à glace

à sa sœur

pendant que son frère tire la langue

sous son cornet

attendant impatiemment

la précieuse moisson.

– « J’ajoute que le réel vu n’est pas le seul réel qui soit qu’il n’est doué d’aucune supériorité qualitative » Claude Gauvreau, 1959 (Lettres à Borduas) – « Nous n’en avons pas fini avec l’impondérable » C. Gauvreau

Français : Phrase de Claude Gauvreau. Chaise e...

«Phrase de Claude Gauvreau»Chaise exposée publiquement à Québec devant la gare du Palais. (Photo credit: Wikipedia)

 

Capitalisme… « Communisme »…
Au tapis, câliss !Talismans piteux,

Meta tatas

Pita lisca.

Me ta kata

Me lisse pital !

Capich ? 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Épilogue des cœurs volants

Nous bâtissions des milliers

de cœurs volants

Nous cherchions juste

un peu plus de lumière

_____

Nous balbutiions dans

une vie pleine de failles

Nous trouvions quelquefois une

source qui nous ressemble

qui nous rassemble

Petites dans la rupture

_____

l’âme impure

– « Du règne de la peur soustrayante nous passons à celui de l’angoisse. Il aurait fallu être d’airain pour rester indifférents à la douleur des partis-pris de gaieté feinte…
« À ce règne de l’angoisse toute puissante succède celui de la nausée.
« Ne pas avoir la nausée devant les récompenses accordées aux grossières cruautés, aux menteurs, aux faussaires, aux fabricants d’objets mort-nés, aux affineurs, aux intéressés à plat, aux calculateurs, aux faux guides de l’humanité, aux empoissonneurs [sic] des sources vives.
« Ne pas avoir la nausée devant notre propre lâcheté…  « Devant les désastres de nos amours.
« La décomposition commencée au XIVe siècle donnera la nausée aux moins sensibles. Son exécrable exploitation maintenue tant de siècles dans l’efficacité au prix des qualités les plus précieuses de la vie, se révèlera enfin à la multitude de ses victimes : dociles esclaves d’autant plus acharnés à la défendre qu’ils étaient plus misérables. L’écartèlement aura une fin.

« L’écartèlement entre les puissances psychiques et les puissances raisonnantes est près du paroxisme [sic].» P.-É. Borduas, Refus global (1948)

– « le nouveau mode de production harmonique/ se constitue à travers l’effondrement du système capitaliste/ il l’emportera  par brusque mutation dès que les conditions seront favorables/ le Royaume est au-dedans de Nous » Paul Chamberland (1978)

 

« Épilogue des cœurs volants », poème mis en musique par Anatoly Orlovsky, 2009, pour notre spectacle au Studio-théâtre de la Place des Arts. [nde. partition et musique disponible sur https://evemarieblog.wordpress.com ]

« N’en finissent plus d’atteindre des rivières en eux

qui défilent charriant des banquises de lumière

des lambeaux de saisons    ils ont tant de rêves

 

Mais les barrières     les antichambres n’en finissent plus

Les tortures     les cancers n’en finissent plus

les hommes qui luttent dans les mines

aux souches de leur peuple

que l’on fusille à bout portant     en sautillant de fureur

n’en finissent plus

de rêver couleur d’orange » Marie Uguay (vers 1980)

Partition Coeurs volants

Partition des «Cœurs volants», musique : Anatoly Orlovsky, paroles : Ève Marie Langevin, 2010. Performé à la Salle Claude-Léveillée de la Place des Arts, à Montréal

Effets 009

«Wawaté, l’or des neiges», avec Ève Marie Langevin, Claude Lamothe, Anatoly Orlovsky, Alain Dessureault et Joséphine Bacon. Salle Claude-Léveillée, Place des Arts, 2010

Ajout des archives de St-Denys Garneau (1937) :

«NOUS NE SOMMES PAS

Nous ne sommes pas des comptables
Tout le monde peut voir une piastre de papier vert
Mais qui peut voir au travers
si ce n’est un enfant
Qui peut comme lui voir au travers en toute liberté
Sans que du tout la piastre l’empêche
ni ses limites
Ni sa valeur d’une seule piastre
Mais il voit par cette vitrine des milliers de
jouets merveilleux
Et n’a pas envie de choisir parmi ces trésors
Ni désir ni nécessité
Lui
Mais ses yeux sont grands pour tout prendre.
» *4

 

Prologue

Renouveler les « sources émotives » et « assurer un complet épanouissement de nos facultés d’abord », comme le lançaient déjà Borduas et les Automatistes il y a 65 ans, ou « notre pratique/ c’est briser tous les cadres mentaux et matériels /qui ont conditionné notre existence » (Chamberland, 1978), cela me semble encore et toujours l’essence même de la (r)évolution qu’on avait oubliée… Tout le reste n’est que projections de nos propres insuffisances…

Défaire l’écran de fumée qui nous sépare des autres, cesser de « rêver la planète*5 » selon les conditionnements de la pensée, nous libérer de la peur, arriver au centre de soi pour parler, pour décider, ne plus contribuer à cet « horrible enfer de médisance »*5 sur les réseaux sociaux et ailleurs, prendre conscience de notre effet miroir les uns sur les autres*6 et puiser dans la réserve poétique sont les propositions pour les bases de notre postcapitalisme, dont on trouvera le vrai nom bientôt…

____________________________________

*4 Écoutez le poème au http://poesie100jours.wordpress.com/2013/03/14/jour-30-hector-de-saint-denys-garneau-extrait-de-regards-et-jeux-dans-lespace-quebec-1937/

*5 Selon les expressions de la tradition toltèque.

*6 Les recherches en neurologie et sur l’origine des langues grâce aux neurones miroirs sont très prometteuses.

«Dans cette société, on ne peut pas vivre sans être coupable, sans être corrompu par cette manière dont on vit ensemble, par cette manière dont on exploite les autres. En fait, tout est une question de degré. Il y a des gens qui sont responsables de la misère à un plus haut degré et d’autres qui le sont en se taisant, en adoptant un silence qui les rend coupables. Cela dit, il ne faut pas être trop déprimé par rapport à ça. Parce que c’est aussi une tactique de la politique de nous faire penser que nous sommes le problème, alors que c’est la structure corrompue dans laquelle nous vivons qui est la source de tous ces dérèglements.»

le metteur en scène allemand Thomas Ostermeier, de passage à Montréal au FTA pour monter

la pièce phare du Norvégien Henrik Ibsen « Un ennemi du peuple ».

Detail of photograph taken in 1900 of...

English: Detail of photograph taken in 1900 of Henrik Ibsen. (Photo credit: Wikipedia)

À première vue, à la première lecture, j’applaudis cette vision qui me semble vraiment pertinente… Mais en relisant, je me rends compte que si je suis en accord avec les tenants, je diverge assez sur les aboutissants. À travers Ibsen, Ostermeier dit que nous, les humains, ne sommes pas le problème, c’est plutôt la structure politicoéconomique, le capitalisme, qui nous rend mauvais, qui nous détourne de ce que nous devrions être. En effet, j’abonde en ce sens : c’est  ce système qui favorise deux des poisons mentaux de l’humain : l’égoïsme et l’avidité. On se rend de plus en plus compte à quel point il nous détruit parce qu’il détruit l’environnement dont nous sommes issus. Mais encore ? Est-ce LE point final après quoi tout a été dit? Quel autre système socioéconomique aurait favorisé une meilleure humanité ? La monarchie ? La dictature ? Le communisme ? L’impérialisme ? Le régime seigneurial des serfs ? « L’autochtonisme » des premières nations ? N’est-ce pas des hommes qui les ont créés, répandus puis imposés sous peine d’exclusion ou de mort ?

Le capitalisme pose « la question de l’espace qui reste à la vérité dans une société où tout est dicté par l’économie.» T. O.

Ne tourne-t-on pas en rond en reportant sur les structures les problèmes de l’humanité ? Pire : en disant qu’il s’agit d’une stratégie de la politique pour nous affaiblir ? Ce n’est sûrement pas un hasard que ce soit un Allemand qui affirme cela. Comme tous les peuples, ils ont des comptes à régler avec leur histoire, mais peut-être davantage que les autres avec leur histoire récente. Cela teinte forcément leur point de vue.  (Mais cela est une autre histoire).

Devant le même constat déprimant de Ostermeier du « tous coupables, tous corrompus », et devant le triste spectacle de la Commission Charbonneau *, je parviens à une tout autre conclusion. N’est-ce pas une forme assez perverse de silence que de reporter sur les autres, sur le système, les problèmes que nous vivons? N’aurions-nous pas avantage au XXIe siècle à regarder davantage dans les mains et dans le cœur de l’homme (et de la femme)?

«Toutes les actions humaines ont pour mobile la faim et l’amour» Anatole France

Quels sont les mobiles profonds qui nous poussent individuellement et collectivement à dominer et à profiter des faiblesses des autres? À vouloir plus d’énergie ? À vouloir plus d’argent, plus de cette richesse ostentatoire du matériel? À prétendre quelque chose et à faire son contraire ? À se mentir à soi-même? À se fermer les yeux sur les injustices ? À ne penser qu’à soi ? Ou inversement, à désirer plus de communion, à manifester notre attachement à l’art ? À nous indigner puis à passer à l’action ?

Ce qui est corrompu : « cela est provenu de ce que la douce indifférence s’est unie à la rigide inertie, si bien que les conditions ont dégénéré en stagnation […], une conséquence d’un mauvais usage de la liberté humaine qui a causé l’état de corruption. […] À l’indifférence et l’inertie qui ont provoqué la corruption doivent se substituer la résolution et l’énergie pour qu’à la fin apparaisse un nouveau commencement.» Yi King, principes de philosophie taoïste, traduit par R. Wilhelm

C’est ici que le spirituel (et non le religieux) rejoint la politique. Il est évident qu’une société où nous prendrions conscience en bas âge de la connexion profonde qui nous unit aux autres et de l’illusion de la séparation et de la solitude permettrait un tout autre déploiement des qualités et des faiblesses humaines. Mais sans tomber dans le dogmatisme idéologique et comportemental des sociétés tissées serrées… Après de multiples pseudos réformes de l’éducation, ce serait LA véritable révolution, à mon sens. Cette nouvelle relation à l’autre et à la différence, elle commence dans les cours d’école, là où se passe l’intimidation et au travail là où se vit le harcèlement. La culpabilité, la corruption, c’est aussi cela au quotidien. La récente polémique autour du clip College Boy du groupe français Indochine le montre par l’absurde. En attendant, en tant que parent, nous pouvons y voir dans notre famille et éventuellement dans le choix d’une école alternative. Dans le mouvement des Indignés, voilà aussi ce que j’ai entrevu et pressenti de beau, de neuf, d’une part, et les déceptions que j’y ai vécues d’autre part. Voilà ce à quoi je rêve. Je rêve aussi que je rêve. Dans mon rêve, je suis convaincue d’être dans la réalité. Dans la réalité, je me demande si je ne rêve pas. C’est le doute créateur.

Voir le rêveur de sa vie

Voir le rêve dans le réel

Montrer le réel dans le rêve.

*Au Québec, la commission judiciaire indépendante menée par la juge France Charbonneau sur le financement des partis politiques et les relations entre l’industrie de la construction, la mafia, les firmes de génie conseil et autres et les gouvernements municipaux et provincial fait la manchette quotidiennement depuis l’automne dernier. Un scandale n’attend pas un autre et a mené notamment jusqu’à maintenant à la démission des maires de deux plus grandes villes du Québec, soit Montréal et Laval.

Liens :

Au sujet de la corruption : « Je m’aperçois qu’il y a deux ou trois choses qui reviennent dans mes livres : le morcellement de notre perception du monde, ce qui rend difficile le fait de lui donner un sens; les comportements aberrants qui nous poussent vers l’autodestruction collective; le mélange de naïveté et d’aveuglement volontaire qui nous fait fermer les yeux sur nos comportements les plus délirants…» Jean-Jacques Pelletier

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