«La vraie grandeur consiste à rendre le bien pour le mal.» Gandhi

Dans la 1re partie de cette réflexion, je commentais les aspects extérieurs et plus pragmatiques de ce drame, soit la peur générée à maitriser, les pièges de dérive sécuritaire et une certaine critique de la posture des Charlie, l’hypocrisie médiatique et d’État et certains points aveugles déjà tombés ou bizarrement tombés dans l’oubli.

Dans ce 2e article, je tenterai de regarder la situation d’un autre angle, plus rarement, voire presque jamais conscientisé ou tenu en compte : les aspects psychiques collectifs de cette crise. La réalité totale est constituée d’une infinie variété de prismes et d’angles ainsi que l’ont démontré visuellement les peintres avant-gardistes cubistes et certains écrivains du XXe s. Ma constatation est que nous avons confondu cette découverte majeure de l’esprit humain et un genre de réalité où toutes les vérités se valent, dans un genre de nivellement vers le bas dont je cherche le mot exact : le relativisme culturel.

Regarder en soi

Mais il nous manque une compréhension, une intuition plus fine, plus intérieure, plus yin ou plus féminine de ces événements. Les faits sont qu’entre 2012 et 2015 (*1), il y a eu récemment 2000 morts au Nigeria, en même temps que la tuerie à CH, et mené pour les mêmes motifs : des djihadistes du Boko Haram voulant imposer leurs couilles, leur pouvoir, leur loi et leur détestation des femmes au Nigeria (*1) (événement très peu couvert par les médias…), et ceux tués en Australie, au Canada, les musulmans progressistes tués par les talibans en Afghanistan et au Pakistan –dont la jeune Malala (*2) était une des cibles, et tant d’autres, la plupart du temps dans des pays musulmans, oublie-t-on trop souvent.

Et si toutes ces tragédies n’étaient que le reflet grossi mille fois de notre propre violence intérieure, hommes, femmes, enfants –surtout hommes, il va sans dire ? Et si on arrêtait de dire c’est eux les fous, les méchants, et qu’on regardait nos petites violences, nos petites intolérances, nos petits actes de domination dans notre vie quotidienne ? Ce serait une façon de reprendre le pouvoir sur nos vies dans la société. Le temps de l’enseignement purement intellectuel est-il terminé ? Verrons-nous le retour des femmes et des hommes de cœurs prendre en main leur destinée et celle des peuples ? Mais des cœurs affermis par la raison (ou le contraire?).

Pensées ≠ moi

Mieux comprendre la relation qu’il y a entre MA vie et LA vie des autres, et tous ensembles. On comprendrait que notre sentiment d’impuissance n’est que paresse spirituelle et que nous avons tous et toutes le pouvoir de faire quelque chose à notre niveau, dans notre famille, à l’école, au travail, avec nos voisins, etc. On peut le faire, notamment par la méditation, comme un genre de musculation non religieuse de l’esprit, en prenant conscience de nos pensées et en voyant comment nous sommes manipulés par nos pensées (à ne pas confondre avec notre esprit beaucoup plus large) et comment, surtout comment NOS PENSÉES NE SONT PAS SOI. On peut le faire aussi en se renseignant et pratiquant la technique de la communication NonViolente de Rosenberg (CNV) (*3)

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Au 21e s., avec l’éducation, la culture et un certain rejet des religions, l’humain apprendra à moins s’identifier à ses pensées. Chaque personne humaine est PLUS que ses pensées. Jusqu’à la semaine dernière, j’étais encore attachée à l’idée romantique très 19e que mourir pour ses idées pour ses pensées est noble, cette idée du Grand soir. Je viens enfin de lâcher cela doucement. Je perçois maintenant que c’est un piège de la pensée utilitaire et égotique. Nos pensées ne sont qu’une partie importante dans notre psyché (qu’il importe de ne pas renier non plus en tombant dans l’excès contraire : la raison a totalement sa place pour combattre ce nouvel obscurantisme et nihilisme imposés par les djihadistes partout dans le monde).
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Les philosophes des Lumières du 18e s. en Europe et principalement en France étaient une étape de la (r)évolution humaine occidentale pour leur foi en la toute puissance du savoir et de la raison en dénonçant les barbaries, les tyrannies et les intolérances. Pendant ce temps -sauf chez Diderot puis Rousseau(*4), paradoxalement, les peuples autochtones des nouvelles colonies étaient horriblement combattus et détruits partout dans le monde. Puis vint un autre siècle tragique, le XXe s., dont on commence à peine à voir l’ampleur du déclin, de la décadence et du vide. Maintenant, toutes ces tragédies amènent le village global à aller ailleurs, à mieux comprendre, selon la philosophie de Weber (que je connais peu), à prendre cette posture de comprendre (c’est que le journaliste Stéphane Baillargeon du Devoir à Montréal relate : cette posture fait partie du travail de la pensée journalistique, voir http://www.ledevoir.com/societe/medias/428644/confession-aux-cons ). Cependant, cette actuelle prise de conscience s’accompagne d’un énorme risque : celui du désir à tout prix de rééquilibrage rapide et irréfléchi par un désir de vie tranquille et confortable au détriment des libertés d’expression, de pensée, de vie privée, de nouvelles religions ou spiritualités fondamentalistes, de compromissions intellectuelles, de perte de beauté, de pertes de rapports humains sincères, d'(auto)tyrannie du corps, de la sexualité et des femmes. Bref, de tout ce qui tue le cœur à petit feu, comme une grenouille plongée dans une eau tiède chauffée lentement.

Le spirituel au quotidien

Ces événements qui soulèvent d’importants conflits sur le plan identitaire et religieux devraient nous faire ramener le spirituel au cœur de notre quotidien et dans nos choix politiques. Je reviendrai plus tard sur cette question qui n’est pas encore claire pour moi.
Le spirituel s’élève au-dessus des institutions religieuses montées par des hommes et donc faillibles et s’élève au-dessus du récit religieux qui varie un peu (mais tant que ça) d’une religion à une autre. Depuis les années ’70, il existe dans la population au Québec une allergie largement répandue à toutes formes de religions (seul le bouddhisme a fait de nouveaux doux adeptes, et plus rarement , l’Islam (1.5% en 2003) (*4) (*5).

Et pour vous ?

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Pour compléter, voici pour le dessert une réflexion qui ajoute une pierre importante à notre prise de conscience, issue du Mouvement des Colibris en France : http://links.mailingplus.net/newsl_view.php?data=b32-bn97mcgs69nhgn003jjpjqts8bj0v5m59g9qju0
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En fait, je m’intéresse à ces questions de terrorisme urbain et religieux depuis 1995. Voir à ce sujet mon blogue sur mon récit « Le Fiel à la bouche » où j’abordais déjà en filigrane cette appréhension et ses dégâts potentiels, suite à la « Million Man March » organisée par Nation of Islam à Washington en 1995. Voir https://evemarieblog.wordpress.com/2013/12/26/refusons-la-societe-de-surveillance-et-vive-edward-snowden/

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Nous connaissons très mal le Coran (comme la Bible, du reste…). Impossible d’aborder un tel livre en petits morceaux (ce que font les fondamentalistes, justement). Traditionnellement, l’islam accepte toutes les interprétations du texte sacré, y compris les plus conservatrices des salafistes charieurs de la charia (qui a failli être acceptée par le gouvernement ontarien en 2012… dans leur apologie et naïveté du multiculturalisme). Mais il faut bien commencer quelque part… Voici pour votre réflexion ce site : http://www.01quran.com/fr/s/2/

«Le beauté sera convulsive ou ne sera pas.» André Breton

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(*1) Le Devoir rapporte, via la plume de Georges Leroux, que selon Europol, des milliers d’actes terroristes ont eu lieu en Europe depuis 2010, formant ainsi «un bouillon de culture de la terreur». Aie! Sur les récentes tueries au Nigeria, sont «le pire massacre perpétré par Boko Haram» selon Amnistie Internationale. Pour la nouvelle oubliée, voir http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/428687/l-armee-du-nigeria-demande-une-aide-internationale-pour-lutter-contre-boko-haram. Il y a 13 000 morts dans ce pays depuis que Boko Haram a commencé ses exactions. C’est eux qui avaient kidnappé et transformé en esclaves près de 200 jeunes femmes l’année dernière.

(*2) Malala Yousafzaï, prix Nobel de la paix 2014, pour son action en faveur de l’éducation des filles au Pakistan. Voir son passionnant livre «Moi Malala, je lutte pour l’éducation et je résiste aux talibans» (2013)

(*3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Communication_non-violente_%28Rosenberg%29

(*4) http://www.carrefourkairos.net/archives_site_sme_141030/site_internet_sme_wmaker/www.seminairedequebec.org/blogsme/Religions-au-Quebec-chiffres-et-statistiques_a68.html

(*5)  http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pages/statistiques/3729.html

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