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Ai, shé: kon, wachiya, waachiya, kuei, kwé(k8é), gwé, bonjour*,

Crédit photo: Suzanne, Marie-José Tardif et T8aminik Rankin

Crédit photo: Suzanne Morissette, Marie-José Tardif et T8aminik Rankin

Un de mes aïeuls, Hector-Louis Langevin, qui a fondé la nation canadienne, a aussi été un des instigateurs des pensionnats indiens en  1883 (1). Au nom de ma famille, je veux m’excuser profondément de ces souffrances infligées et implore le pardon des personnes, de leur famille et de leurs ancêtres.

Les temps ont changé. Cinq générations plus tard, ce qui apparaissait être à cette époque un avancement, et où les théories racistes avaient le haut du pavé, apparait maintenant comme un barbarisme sans nom depuis la fermeture du dernier pensionnat à la fin des années 1990 et surtout depuis la Commission vérité et réconciliation.

Depuis quelques années, nous (blancs, Métis, Autochtones et Inuit) comprenons de plus en plus qu’il s’agit d’une violence coloniale, et que cette violence avalée est transmise comme une maladie psychique contagieuse (2), perpétuée et perpétrée par les autres et sur soi/les siens dans un cycle qui a semblé infini. Et a bien failli exterminer un peuple qui est pourtant un trésor de l’humanité. Heureusement, de nombreuses prises de conscience se font et se sont faites, et avec leur nombre grandissant, elles toucheront bientôt l’âme des peuples et l’ensemble de la société.

Un prière s’impose ici. Elle provient d’une femme-médecine la communauté indigène d’Hawaii, Morrnah Nalamaku Simeona et du dr. Len :

«Si moi et ma famille, mes proches ou mes ancêtres vous ont offensé ou offensé votre famille, vos proches ou vos ancêtres en pensées, en mots ou en actes, depuis le début de la création jusqu’à aujourd’hui, nous implorons humblement, humblement, humblement votre pardon. Puisse tout cela être nettoyé, purifié et libéré. Que tous les blocages, les mémoires, les énergies et les vibrations négatives soient coupés. Puisse toutes ces énergies indésirables être transmutées en pure lumière.»

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Ces pensionnats autochtones (3) de garçons et de filles (qu’on appelle aussi écoles résidentielles au Canada) me semblent être une cause profonde de la violence faite aux femmes autochtones dont j’ai déjà parlé sur ce blogue (4). De nombreuses violences sexuelles et humiliations quotidiennes y ont été vécues par les enfants autochtones pendant un siècle (5). Je veux dire aussi que dans la dernière année et en particulier dans les derniers jours, beaucoup d’informations, témoignages et allégations sont sorties dans les médias canadiens au sujet de la violence faites aux femmes autochtones par des conjoints, des policiers, des inconnus. Plus que toute autre, cette violence inacceptable est restée impunie, systémique. Cette violence qui atteint ces femmes est la même qui a atteint ces enfants des pensionnats indiens : celle de la déshumanisation. Pour les non autochtones qui ont fait ça, ces «Sauvages» ne sont pas des humains. C’est terrible.

Maintenant, des femmes courageuses ont décidé de parler publiquement, malgré les menaces de représailles contre elles et leurs familles. J’ai pleuré en écoutant les témoignages dans un reportage de l’émission Enquête à Radio-Canada (6). Il est temps que cesse tout ce cycle infernal. Comme l’ont très bien dit et souhaité Michele Audette (présidente de Femmes autochtones du Québec) et Édith Cloutier (directrice du Centre d’amitié autochtone de Val d’Or), que la guérison commence en parlant ! Importantes prises de conscience !

Maintenant, autochtones et non autochtones tenons-nous debout ensemble, vers une unité incluant des différences constructives, à l’écoute les uns et surtout des autres. A’ho (j’ai dit) !

Nakurmik, nià: wen, migwech, tshi nashkumitin, mikwetc, migwetc (mig8etc), welalin, merci, pour la suite du monde.

signé : Ève Marie Langevin

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*Ces salutations sont respectivement en langue inuktitut de l’Est canadien, mohawk/kanien’kehá:kas, cri de l’Est/eenou/eeyou), naskapi, innue (montagnais) et attikamekw, algonquin/anishinabeg, mi’kmaq/mi’gmaq et française.

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(1) Oncle d’il y a 5 générations, Me Hector-Louis Langevin (Conservative Party), était député de Three Rivers (Les Trois-Rivières), Québec; Official Reports of the Debates of the House of Commons or the Dominion of Canada, Volume XIV, 1883, Ottawa, p. 1376. «The intention is to establish three industrial Indian schools in the North-West […] The fact is, that is you wish to educate these children, you must separate them from their parent during the time they are being educated. If you leave them in the family, they may know how to read and write, but they still remain savage… » Le texte au complet au https://books.google.ca/books?id=7Ys9AQAAMAAJ&pg=PA1376&lpg=PA1376&dq=%27%27The+fact+is+that+if+you+wish+to+educate+the+children,+you+must+separate+them+from+their+parents+during+the+time+they+are+being+taught.+If+you+leave+them+in+the+family+they+may+know+how+to+read+and+write,+but+they+will+remain+savages,+whereas+by+separating+them+in+the+way+proposed,+they+acquire+the+habits+and+tastes%E2%80%A6of+civilized+people%27%27+house+of+common+1883&source=bl&ots=93n9hw_HjF&sig=SqlmzJVdIOKHxXMcTE7dnIy_Nqo&hl=fr&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q&f=false

(2) C’est la thèse de Edgar Morin, qui parle de «peste psychique» en amont de la violence, se manifestant comme une incompréhension profonde entre deux humains : « Enfin, la nouvelle civilisation demande une éducation où serait enseignée la connaissance complexe, qui percevant les aspects multiples, parfois contradictoires d’un même phénomène ou même individu, permettant une meilleure compréhension d’autrui et du monde. La Compréhension d’autres serait elle-même enseignée, de façon à réduire cette peste psychique qu’est l’incompréhension, présente en une même famille, un même atelier, un même bureau. Y serait enseignée la complexité humaine. Bref une réforme radicale à tous niveaux de l’éducation permettrait d’enseigner à vivre autonome, responsable, solidaire, amical. » http://www.colibris-lemouvement.org/oasis/dossiers-thematiques/lappel-de-pierre-rabhi-et-edgar-morin/edgar-morin-aux-oasis

(3) Voir les infos et les conclusions de la Commission vérité et réconciliation sur les pensionnats :

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2015/06/02/005-pensionnats-autochtones-genocide-culturel-selon-commission-verite-reconciliation.shtml

http://www.trc.ca/websites/trcinstitution/index.php?p=891

« Un État qui détruit ou s’approprie ce qui permet à un groupe d’exister, ses institutions, son territoire, sa langue et sa culture, sa vie spirituelle ou sa religion et ses familles, commet un génocide culturel. Le Canada a fait tout ça dans sa relation avec les peuples autochtones. » — Rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

Abus physiques, psychologiques et sexuels, malnutrition : la liste des torts subis par ces enfants a été minutieusement documentée au fil des milliers de pages du rapport final de la Commission. http://www.trc.ca/websites/trcinstitution/index.php?p=15

Entrevue de la commissaire Marie Wilson, à la suite de ces témoignages et allégations de violence sexuelle commis par des policiers contre des femmes autochtones de Val d’Or (Québec) à Radio-Canada, «Médium Large», 29-10-15  à 9:08 au http://ici.radio-canada.ca/emissions/medium_large/2015-2016/

(4) Voir notamment :

(5) Dominique Rankin et Marie-Josée Tardif, «On nous appelait les Sauvages : souvenirs et espoirs d’un chef héréditaire algonquin », 2011. éd. Le jour.

(6) http://ici.radio-canada.ca/tele/enquete/2015-2016/episodes/360817/femmes-autochtones-surete-du-quebec-sq

 

 

Éco-F

Affiche du jour de la Terre 2014, tiré de la plateforme Unify http://unify.org/earthdayElle,
Blessée, Pansée
Am-put-ée Consolée,
Violée, Soulagée,
Inféodée, Libérée,
Déviargée, stérilisée, Enivrée, ensemée,
Polluée. Nettoyée

Elle,
Meurtie, Rafraichie
Blanchie, Rassainie
Vomie, Radoucie
Noircie, Reverdie
Trahie, Servie
Reniée, Fidèle

Elles,
Profanées, Sacrées
Exploitées, Écoutées
Écrasées, Révoltées
Dévastées, Vivifiées
Brutalisées, Encouragées
Ensanglantées. Purifiées
Enlevées, Unifiées
Battues, Fertiles
Agressées, Comprises
Tuées. Nées enfin.

Elles,
Affamées, Rassasiées
Interdites, Permises
Obéissantes, Transgressantes
Soumises, Insoumises
Impuissantes, Puissantes
Méchantes, Aimables
Hypocrites, Courageuses
Manipulatrices. Ouvertes

Elle,
Souillée, respectée
Corrompue, respectée
Empoisonnée, respectée
Infectée, respectée
Salie, respectée
Ravagée, respectée
Détestée. aimée

Elle,
Asséchée, fécondée
Contaminée, nourrissante
Infertile, fertile
Épuisée, gorgée
Piétinée, bénite
Inculte, cultivée
Conquise, pacifiée
Désolée, arrosée
Désertique, luxuriante
Volée, donnée
Accaparée. conservée

Elle, la Terre polluée dévore
La Mer acidifiée détruit
Réchauffée engloutit
Ses enfants

Elles, les femmes vénérées
Portent, enfantent, nourrissent, travaillent, apportent au monde

Nous lui appartenons

16-03-2013

La revue québécoise Possibles prépare trois numéros sur :

  1.  Les stratégies de résistance aux abus des minières québécoises, date limite passée, lancement le 9 septembre 2015
  2. Le problème des pétrolières, date limite passée,lancement en octobre 2015
  3.  Les nouvelles mouvances des Autochtones, Métis et Inuits, date limite : essais, témoignages, recherches, poèmes : 30 septembre 2015

    Manifestation d'Idle no more à Victoria

    Manifestation d’Idle No More à Victoria, B.C. Canada

«On entendait partout dans les tentes, dans les cabanes, au poste, à la maison en soirée : «Les animaux fuient, il y a trop de bruit. Les tracteurs puent, souillent la terre, leur font peur. Il y a trop d’hommes dans la forêt. Il y a des routes partout. C’est un sacrilège. Nous ne pouvons pas les laisser faire.» Michel Noël «Miguetsh!» (2014)

En tant que responsable de la section poésie/création, je recherche des poèmes (aussi chansons, très courtes nouvelles, textes d’artiste, illustrations, photos), d’ici le 1er décembre 2014 sur le thème plus large de la terre, sa protection/exploitation, sa beauté, etc. dans le cadre d’un numéro sur les minières québécoises. De plus, nous ferons en 2015 un numéro sur les nouvelles mouvances autochtones et inuit au Québec/Canada.

Nous cherchons de courts textes genre essai ou témoignage de militant.e.s autochtones ou autres qui aimeraient relater par écrit leur expérience, vision ou donner de l’info sur leur action/cause, pour qu’on puisse en garder une mémoire. On cherche aussi de la poésie et paroles de chansons autochtones pour ce numéro et des photos d’œuvres d’art contemporain. Nous nous intéressons à des sujets comme les actions pour l’environnement en territoire autochtone/Grand Nord, militantisme citoyen contre les compagnies pollueuses et destructrices ou le Plan Nord, métissage et débat identitaire, luttes de pouvoir entre autochtones, panindianisme, réseaux sociaux, réappropriation territoriale et culturelle, urbanité, éducation et didactique de l’empowerment, féminisme; violence faite aux femmes/enfants, femmes assassinées et disparues, Idle No More, création film et vidéo, prise de parole des jeunes, documentation de la vie autochtone (comme par exemple témoignage écrit d’une grand-mère sur sa vie quotidienne dans une réserve ou certains rituels ou spiritualité), culture, travail des artistes et artisans et auteurs contemporains et sur les mythes fondateurs (comme par exemple la légende et prophétie anishnabe du 7e feu), dé/postcolonialisme, pensionnats & Pardon, nouveaux programmes collégial et universitaire pour les autochtones, école ou garderie avec projets spéciaux, déportation inuite, massacre des chiens, cercles de guérison.

Et tout autre sujet que vous estimez pertinent sera considéré avec la plus grande attention.

DATE LIMITE (1re version ) pour ce numéro : 1er AOÛT 2015. Version définitive : 30 SEPTEMBRE 2015.

Nous attendons vos propositions en m’envoyant un commentaire ci-dessous. Nous aimerions que ce numéro soit principalement une prise de parole par les autochtones et les Inuits, que vous nous parliez de vos visions, expériences, sentiments, recherches universitaires ou personnelles, de vos créations et besoins pour le futur. Que ce numéro soit un reflet varié, voire polémique, du devenir des premiers peuples au XXIe s. d’un présent à la fois issu du passé et tourné vers le futur. Une plongée, une sortie, un lien, un désir de mieux se connaitre, pour faire suite à mon expérience de MITSHETUTEUAT au printemps dernier (voir mon blogue https://evemarieblog.wordpress.com/2014/04/11/mitshetuteuat-cercle-de-parole ). Pour que nous soyons plusieurs à marcher ensemble. Il serait intéressant d’avoir, par exemple, des témoignages comme ceux-ci, dans le sillage de la Commission de vérité et réconciliation : http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/national/2013/04/25/001-pensionnats-autochtones-survivants.shtml Ou encore un texte sur le colonialisme comme celui de Widia Larivière d’Idle No More, par exemple : http://quebec.huffingtonpost.ca/widia-lariviere/lettre-ouverte-a-denise-bombardier_b_6616006.html

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La revue Possibles a été fondée dans les années ’70 entre autres par les poètes Gaston Miron et Gérald Godin et le sociologue Marcel Rioux. Possibles est une revue montréalaise progressiste et pluraliste, dont les principaux objectifs sont l’égalité entre les hommes et les femmes, l’environnementalisme, l’appui aux mouvements citoyens et altermondialistes. La revue est publiée en format papier et sur Internet. Possibles souhaite approfondir une critique radicale du monde capitaliste, tel qu’il se présente actuellement. Cette critique devrait nous conduire à construire un nouvel imaginaire social destiné à remplacer celui qui nous domine. La revue est actuellement dirigée bénévolement par des profs et des étudiants en sciences po de l’Université de Montréal et par des citoyens et poètes engagés. Pour plus de détails, communiquer dans ma boite de commentaires ci-dessous. Pancarte manif LeterritoireresposanbilitedetouslesQuebecois-02

Comme l’a écrit Marcel Rioux dans notre 1er numéro en 1976, il s’agit de penser autrement la société : « la recherche des possibles passe par l’étude des pratiques novatrices et par celle qui contribuent à déstructurer la société capitaliste et particulièrement celle du Québec dominé ».

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Plus d’info au : http://redtac.org/possibles/category/laccaparement-des-terres-planete-pas-a-vendre-vol-37-no-3-ete-2013/

la rivière Saguenay

… la majestueuse rivière Saguenay au Québec

Photo Vincent-René

MITSHETUTEUAT, les grands-mère du cercle de parole écolo-autochtone, Chaufferie à l’UQAM, avril 2014. Photo crédit: Vincent René

Indigenous rigths révolution«Le Kitshimanitou nous a donné … «Le Kitshimanitou nous a donné comme responsabilité à nous les Anishnabés, d’être les gardiens de la Terre. C’est ce qui donne un sens à notre vie.» Michel Noël, dans son roman «Miguetsh !»

MontrealDayAgainstOpenPitMining-01crop

Montreal day against open pitmining, manifestation contre les mines à ciel ouvert, Montréal, 2014

Justice for Murdered and missing women (3)

Proposition dans la Charte des valeurs

Proposition dans la Charte des valeurs québécoise

«La dignité humaine ne dérive pas de la religion mais la précède.» Hitchens (*a)

Après quelques lectures et autres discussions ces deux dernières semaines, mais surtout basé sur mon expérience quotidienne avec les immigrants depuis de nombreuses années, mon point de vue évolue et  je crois que je suis de plus en plus d’accord avec le projet de Charte des valeurs, même s’il reste encore des points de compromis, des éclaircissements à faire et des contradictions à résoudre.

Quatre des cinq principes proposés par le gouvernement du Parti québécois font consensus, soit l’égalité hommes-femmes, le devoir de réserve et de neutralité du personnel de l’État, donner et recevoir un service à visage découvert, établir une politique pour les demandes d’accommodements religieux.

Le principe qui fait débat actuellement est surtout celui de la nécessité ou non d’encadrer le port des signes religieux pour le personnel de l’État public et parapublic et si oui, comment le faire ? (1)

hijab au travail 2

policière au travail dans un autre pays, avec son hijab (petit voile)

–          La neutralité de l’État et la fonction de la personne devraient être exprimées par des vêtements neutres : c’est ce qu’on demande déjà aux pompiers, policiers, juges, etc. qui portent tous des costumes quand ils travaillent. Je vois de moins en moins quel « droit » on bafouerait en demandant aux employés de l’État de retirer les accessoires religieux dits ostentatoires (visibles). Si à l’ONU, on ne porte aucun signe religieux, si dans d’autres villes plus cosmopolites, on voit rarement des femmes voilées, quel est le vrai problème (2)? N’y a-t-il pas de la naïveté à vouloir faire des exceptions?

–          La question des droits doit être balancée par celle de la responsabilité : or c’est la responsabilité des fonctionnaires et autres employés des secteurs parapublics de ne pas indisposer, influencer les contribuables, patients, élèves en affichant trop clairement leur appartenance religieuse. Pour prendre un exemple extrême, je serais franchement très mal à l’aise d’arriver à la garderie avec mon enfant et que toutes les personnes soient voilées et recouvertes de la tête au pied même à 30°. Ce costume crée un mur entre les personnes. À terme, il ne favorise pas l’intégration. Avec le niqab et la burqa (voile intégral), le mur est encore plus évident et le retrait du contact public plus prononcé.

calotte et burka musulmans

calotte et niqab musulmans

Par contre, je l’accepterais si j’allais vivre en Égypte ou en Arabie. Imaginez maintenant un infirmier juif portant la kippa sur la tête qui prend soin d’un patient musulman… radical (=islamiste). Pas très bon pour sa guérison… Il demandera un autre, ça créera des complications. Ou imaginez un homme qui refuse que sa femme ou sa fille soit soignée ou accouchée par un autre homme. Que fait le personnel soignant? N’y a-t-il pas d’autres choses plus urgentes à régler? En  Amérique, monsieur, madame ne peuvent pas vivre comme dans leur pays.

kippa juive

kippa juive

Le débat social a parfois pris une tournure complètement déformée : il ne s’agit pas d’empêcher les gens de pratiquer leur religion !! Il importe de remettre les pendules à l’heure, de recadrer le débat et de calmer les esprits échauffés : il s’agit de réglementer le costume des fonctionnaires.

hijab au travail3

Hidjab/voile au travail. Le débat social est déjà récupéré par le marketing d’un hôpital en… Ontario. Au Québec, la Fédération des infirmières (FIQ), le syndicat avait déjà pris position pour la neutralité de l’État, mais avec «une période de transition» et pour un modèle de laïcité ouverte et non-coercitive. Elle rendra publique sa position spécifique sur la Charte prochainement.

Gravure de Jeanne Mance

Gravure de Jeanne Mance, missionnaire française laïque, ad 1660. Cofondatrice de Montréal et fondatrice de l’hôpital Hôtel-Dieu pour les sœurs de la Société Notre-Dame de Montréal

Portrait de Marguerite Bourgeoys par Pierre Leber, 1700.

Portrait de Marguerite Bourgeoys par Pierre Leber, 1700. Elle était enseignante et membre laïque de Congrégation Notre-Dame de Montréal (catholique)

Sur le plan des traditions, nous demandons aux immigrants de les partager avec nous lorsqu’ils viennent habiter dans notre pays. Tous les nouveaux arrivants, sauf exception, s’attendent à cela lorsqu’ils débarquent chez nous, je peux vous l’affirmer sans aucun doute puisque j’ai souvent discuté de cela avec mes étudiants.

tchador

tchador musulman (grand voile)

tchador Lev Tahor

Costume religieux porté par les femmes et le filles dans la secte juive Lev Tahor

Or comme en France, c’est surtout la question du voile chez les femmes musulmanes qui fait jaser et qui crée des clivages actuellement. Notez que certains groupes fondamentalistes juifs portent également un genre de tchador ou grand voile, qui couvre les femmes (et même les filles) complètement, sauf leur visage. Chez nous, il y a bien longtemps que les Québécoises ne se couvrent plus les cheveux en signe de modestie (3).

bonnet

Répliques de bonnets portés par les femmes du peuple de la colonie française au Québec (17e s.)

Au Québec, les religieuses catholiques ont à la fois été forcées (de par l’opprobre populaire) et ont choisi de retirer leur voile dans les écoles et sur la rue pendant la Révolution tranquille des années 1960 (4). Le voile est tout simplement d’un autre siècle. Néanmoins, je le tolère et l’accepte dans l’espace public, car je conviens que ça peut prendre un certain temps avant de changer ses habitudes. Je comprends et pratique dans mon travail tous les jours les différences dans une ville multiculturelle comme la nôtre. Plusieurs de mes étudiantes viennent voilées dans mes classes et je suis très à l’aise avec elles. Par contre je refuserais une femme avec le niqab (yeux seulement) ou le voile intégral, car pour apprendre une langue, on a besoin de voir l’expression complète du visage.

Autrement dit, c’est d’abord aux nouveaux arrivants de montrer leur bonne volonté de s’intégrer, en se montrant sensible à nos malaises : ils ont le fardeau de la preuve en se montrant accommodants et souples avec leur société d’accueil. Ce faisant, nous serons beaucoup plus tentés de l’être en retour. La tolérance et la communication ne commencent-elles pas par soi et par sa propre maison ? Les personnes qui donnent l’exemple sont habituellement plus convaincantes.

«De mon grand pays solitaire
Je crie avant que de me taire
À tous les hommes de la terre
Ma maison c´est votre maison

Gilles Vigneault, Mon pays

–          Par contre, ce qui m’énerve là-dedans, c’est que ces nouvelles mesures toucheraient surtout les femmes, et surtout celles, nombreuses, qui travaillent en garderie et dans le domaine de la santé. En renversant la perspective, juste pour faire boutade et faire réfléchir les hommes musulmans, à la limite j’accepterai cette modestie lorsque les hommes se couvriront la tête également, chose évidemment qui n’arrivera jamais (7). Alors?? C’est quoi, le fond de l’affaire? C’est néanmoins un dilemme pratique important et encore non-résolu par la discussion sociale, pour le quotidien et l’intégration au travail de ces femmes. Devrions-nous prévoir une période de transition, à la manière des clauses «grand-père» des syndicats pour protéger les anciennes, car le chômage sévit 2 fois plus chez les musulmanes ? D’un autre côté, comment s’intégreront-elles vraiment si elles continuent à porter le voile pendant des années encore ? À quoi bon se donner tant de mal pour des exceptions puisque, selon une interprétation libérale (contesté par les conservateurs) du Coran, rien n’oblige les femmes à mettre le hijab (ni à faire prière dans l’espace public 5 fois par jour), c’est pourquoi de très nombreuses femmes pratiquantes dans les pays musulmans ne le portent pas. Bref, ce que je comprends pour l’instant, c’est que les femmes musulmanes qui choisissent de le porter, le font soit par habitude, soit par nostalgie/attachement identitaire (pour celles qui ne le portaient pas dans leur pays et le portent ici), soit pour se conformer aux conventions ou aux pressions de leurs milieux immédiats –comme l’ont démontré des cas documentés en France où des jeunes filles, sous le couvert de l’anonymat (!), ont supplié le législateur d’interdire le voile à l’école (5)– qui sont soit conservateurs, soit radicalement pour un retour en arrière avec la charia.

«Le voile n’est pas un bout de tissu anodin, comme on le prétend. Bien au contraire, il véhicule le prosélytisme d’un islam fanatique et totalitaire. La plupart des musulmanes de Montréal ne portent pas le voile. Sont-elles moins pieuses pour autant ?» (6) Nadia Alexan, prof retraitée d’origine égyptienne

On n’a pas beaucoup entendu les hommes sikhs porteurs du turban ou du kirpan se plaindre dans cette histoire, vous avez remarqué?

hijab au travail

hijab/voile/foulard musulman et tchador ?

–          J’apprenais récemment que la Tunisie interdit le port de signes religieux dans sa fonction publique depuis… 1981. À cet égard, j’ai une anecdote à raconter qui m’a donné froid dans le dos. Une de mes collègue canado-tunisienne m’a raconté que lorsqu’elle est retournée en vacances dans son pays d’origine, quelques mois après la révolution de jasmin, elle se promenait, comme à Montréal, avec un T-shirt à petites bretelles qui laissait voir un petit tatou. Un jour, un homme, habillé à l’afghane, l’a agressé en pleine rue, en plein jour en lui disant d’aller se rhabiller. Elle s’est retrouvée à l’hôpital. Le médecin, qui l’a soignée et qu’elle connaissait, un homme moderne et libéral, lui a dit : quand même, tu pourrais faire attention! De plus, à peu près au même moment, sa sœur, qui ne s’est jamais voilée non plus, mais qui est restée en Tunisie, s’est fait demander, avec beaucoup d’insistance, par un chauffeur de taxi, donc un parfait inconnu, quand est-ce qu’elle allait mettre son hijab! Incroyable comment les hommes se donnent la liberté de contrôler le corps des femmes. Il faut rester très vigilant avec cela. Un pouce = un pied… Lui demandant récemment de commenter cette expérience, elle me dit que le fait que son agresseur venait probablement d’Afghanistan «rend la chose encore plus grave. Si la Tunisie va être sauvée, elle le sera grâce à ses femmes qui résistent et qui résistent… et qui refusent de voir leurs enfants voir et vivre l’inexplicable.» Évidemment, c’est loin, c’est pas chez nous, mais c’est juste pour illustrer ce qu’il peut y avoir en dessous de cette histoire de voile, et ce, malgré tous les discours de «liberté» et «choix complet» dont les femmes d’ici qui le portent nous assurent, alors le doute subsiste. Des hommes intégristes ou ultra-orthodoxes voyagent partout dans le monde pour influencer, voire terroriser les populations locales. Ce prosélytisme est tout simplement inacceptable. Gare à la manipulation! Au sujet de notre débat sur la Charte, ma collègue tunisienne me répond : «la religion est quelque chose de très personnel et on n’a pas à afficher ses croyances. Le Canada est un pays multiculturel et comme tu l’as si bien, dit un pouce = un  pied (8).»

« Les musulmanes portant le voile qui se prétendent féministes trahissent le combat mené par ces femmes héroïques, qui se sont débarrassées du voile, symbole du patriarcat. […] en portant le voile de l’aliénation, elles montrent qu’elles ne veulent pas s’intégrer. » Nadia Alexan (5)

–          Enfin, il importe de faire l’effort de sortir du présent et d’imaginer quel type de Charte aura le meilleur impact et des conséquences bénéfiques pour le futur, alors qu’il y a aura vraisemblablement de plus en plus d’immigrants. En ce sens, il importe de fixer des balises dès maintenant. De plus, dans une étape subséquente, il me semble que d’autres valeurs fondamentales des Québécois devraient faire l’objet de débat puis être incluses par consensus dans la Charte pour la bonifier. Occupons Montréal, a fait la démarche en 2011-2012 en produisant un document final intitulé : «Déclaration des engagements individuels et collectifs», publié au https://evemarieblog.wordpress.com/les-engagements-d-occupons-montreal/ et au http://www.occupons-montreal.org/?page_id=5

–          Le seul argument négatif que je retiens est justement dans cette projection dans l’avenir. Si le multiculturalisme à l’anglaise a créé des communautés fermées et parfois sectaires (on l’a vu avec les attentats de Londres en 2005, perpétrés par de jeunes islamistes… nés en Angleterre); mais le républicanisme à la française avec une pseudo-intégration forcée n’a pas marché non plus (on l’a vu avec des émeutes à répétition dans les banlieues d’immigrés). Bref, quel est le meilleur outil à court et long terme pour intégrer les immigrants ? : telle est la question de fond. Il importe d’affirmer clairement nos valeurs et nos façons de faire, tout en évitant les replis communautaristes et les crispations identitaires (les nôtres et celles de certains immigrants) d’une exclusion choisie. Pas simple comme nouveau contrat social.

Et pour vous?

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niquab

Photo ironique d’une femme en burqa se prenant pour Marilyn Monroe pour l’anniversaire du magazine féministe La Vie en rose, il y a une dizaine d’années

(a) Christopher Hitchens est un philosophe, journaliste et essayiste britanno-américain contemporain. Plus de détails au http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/395206/hitchens-appuierait-le-projet-de-loi-60

(1) http://www.nosvaleurs.gouv.qc.ca/fr

(2) «J’ai passé les 20 dernières années de ma carrière à l’ONU. J’ai aussi travaillé dans plusieurs autres organisations internationales. Dans tous ces cas, j’étais entouré de nombreux collègues juifs, musulmans et sikhs, entre autres. Je n’ai pratiquement jamais vu de signes vestimentaires religieux, ni turban, ni kippa, ni voile — surtout pas de voile –, ni chez les fonctionnaires de l’ONU ni chez les délégués ou visiteurs des différents pays.

Or, fait frappant, quand je viens à Montréal, je vois plus de femmes voilées en une journée que je n’en ai vues en 20 ans à l’ONU, à New York ou à Genève, à l’ONU ou en ville. Comment se fait-il que l’on voie autant de femmes voilées à Montréal et que l’on n’en voie pratiquement jamais dans ces villes cosmopolites ou dans les bureaux et les missions de l’ONU? N’y aurait-il là que des mécréants et des impies?

Par ailleurs, de passage à Toronto je n’ai pas vu là non plus autant de femmes voilées qu’à Montréal, et de beaucoup. N’y a-t-il pas lieu de s’interroger sur les causes de cette frénésie de manifestations d’intégrisme au Québec.» André Sirois, L’Aut’Journal, 9-10-13

(3) Au temps de la colonie française du 17e s., la mode et les conventions voulaient que les femmes se couvrent la tête avec un bonnet, sans que cela ne soit un signe religieux.

(4) La religieuse sœur Dumont a récemment témoigné de cette expérience à la radio d’État en disant que le voile faisait comme un mur désagréable entre elle et les autres personnes non-voilées :

«Le but de la religion est que les humains deviennent meilleurs. C’est une question de paix. Il n’y pas un voile qui peut être plus fort que la paix. C’est l’argument suprême. Il n’y a pas de religion qui a demandé à ses fidèles de se voiler. Ce sont les traditions qui nous l’ont imposé. » http://www.radio-canada.ca/emissions/medium_large/2013-2014/chronique.asp?idChronique=315050

«Que nous le voulions ou non, les signes religieux trop apparents dressent un mur et créent un malaise.»

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/388881/adieu-coiffe-voile-corset-cape-capuche-etc

(5) La commission Stasi (2003) pour une réflexion sur l’application du principe de laïcité à l’école, au travail, dans les services et lieux publics a examiné, notamment, la question du port du voile dans les écoles françaises. À la suite de son interdiction, 144 jeunes filles voilées se sont retirées… dans toute la France. Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Commission_Stasi

(6) Voir in http://www.ledevoir.com/politique/quebec/389246/arretons-de-dorloter-l-integrisme

(7) En fait, cela arrive parfois… pour manifester un appui aux femmes, ou à un homme déguisé en femme… pour échapper à la police politique, comme témoigne cette nouvelle en 2009 en Iran : http://blogues.lapresse.ca/hetu/2009/12/17/pourquoi-ces-hommes-portent-ils-le-tchador/ et http://iran.blog.lemonde.fr/2009/12/15/le-tchador-masculin-envahit-le-web/ : «Le blog Spittoon.org, spécialisé dans la religion et la politique dans le monde musulman, interprète la photo [de Majik Tavakoli déguisé en femme avec un tchador] comme étant une tentative pour les autorités iraniennes «d’humilier (Tavakoli) en utilisant une vieille pratique du gouvernement pour prouver au public que les leaders de l’opposition sont « moins que des hommes » et manquent cruellement de courage et de bravoure .» C’est tout dire sur la signification de ce vêtement dans la culture traditionnelle perse.

tchador au masculin

Tchador… au masculin, en appui à la campagne iranienne «Nous sommes tous Majid»Tavakoli.

(8) Expression comme pour dire 1mm = 10 cm.

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8 avril 2015

Suite à une recherche pour un autre article sur les autochtones, je tombe sur cette photo :

Selk’nam, à gauche costume et maquillage pour le rituel du Haïn. À droite, «clown sacré» maquillage des Shoorts, sorte de police et de gardien du territoire, également responsable de réprimer les femmes insoumises. Dans le rituel du Haïn, lors de leur dernier rituel avant leur extermination en 1923, Terre de Feu. Crédit photo: Anne Chapman. Dans la pièce d’Ondinnok, on raconte comment l’un d’entre eux brula la vulve d’une femme infidèle qui avait profité de l’absence des chasseurs pour coucher avec tous les jeunes hommes de la tribu. Ce rituel n’est pas sans faire penser à celui de la lapidation des femmes infidèles ou prostituées dans la Bible et dans les traditions musulmanes. Bien sûr, l’homme infidèle, lui, est rarement inquiété, habitude acquise probablement quand les hommes ont compris leur rôle dans la procréation pour «protéger» leur lignage et leur descendance… et qui fonda, peut-être, le patriarcat.

c Autochtones Selk’nam de la Terre du Feu (Argentine/Chili) aujourd’hui exterminés (!). À gauche, costume et maquillage pour le rituel d’initiation des jeunes hommes appelé «Haïn». À droite, «clown sacré»avec le maquillage des «Shoorts», sorte de police et de gardien du territoire, également responsable de réprimer les femmes insoumises. Dans le rituel du Haïn, lors de leur dernier rituel avant leur extermination en 1923. Crédit photo: Anne Chapman. Dans la pièce d’Ondinnok (Montréal), on raconte comment l’un d’entre eux brula la vulve d’une femme infidèle qui avait profité de l’absence des chasseurs pour coucher avec tous les jeunes hommes de la tribu. Ce rituel n’est pas sans faire penser à celui de la lapidation des femmes infidèles ou prostituées dans la Bible chrétienne et dans les traditions musulmanes. Bien sûr, l’homme infidèle, lui, est rarement inquiété, habitude acquise probablement quand les hommes ont compris leur rôle dans la procréation, pour «protéger» leur lignage et leur descendance… et qui fonda, peut-être, le patriarcat.

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Autres liens intéressants :

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/277804/guy-rocher-invite-le-quebec-a-achever-sa-laicisation

http://michelvenne.inm.qc.ca/?p=277&utm_medium=email& utm_campaign=Infolettre+d%27octobre+2013+-+Et+si+on+…&utm_source=YMLP&utm_term=En+qu%26ecirc%3Bte+de+la%26iuml%3Bcit%26…

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/387251/engouement-pour-le-manifeste-anti-charte

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/388738/les-religions-indiscretes-doivent-respecter-la-societe-civile

http://www.lactualite.com/opinions/le-blogue-de-manon-cornellier/suggestions-de-lecture-pour-ou-contre-la-charte-des-valeurs-quebecoises/

– Le cinéaste Teri Gillian dit que cette histoire lui fait penser à « Monty Python, la Vie de Brian » (la scène de la lapidation :-) . C’est autorisé, ce film, en Iran ? Après tout, ça se moque du christianisme, pas de l’Islam, donc y aurait pas de raisons de l’interdire… Ça ferait peut-être rire les iranien(e)s (qui doivent en avoir bien besoin). Voir ce film hilarant des Monty Python : http://www.youtube.com/watch?v=MIaORknS1Dk.  Gullian : «Ça y est… j’ai retrouvé le lien vers la fameuse scène de la lapidation, où des acteurs masculins jouent le rôle de femmes qui se mettent des fausses barbes pour se faire passer pour des hommes pour pouvoir participer à une lapidation dans l’Antiquité…» Source : blogue du journal Le Monde.

Voir la première partie de cet article plus bas.

«L’histoire, réalité ou connaissance, a toujours été masculine : elle ne s’est intéressées qu’aux activités culturellement assignées aux hommes. Cette histoire est foncièrement patriarcale. Ce n’est que depuis un siècle environ que des femmes ont réalisé que cette histoire était partielle et partiale, puisqu’elle oblitérait la moitié de l’humanité.» Micheline Dumont, historienne

28 novembre

Femmes et politique 8Les manarchistes

Il me semble que j’aurais beaucoup de choses à dire sur cet atelier sur les manarchistes, organisé par le comité femmes de l’UQÀM. En bref, un outil, dont le but était de faire prendre conscience à ces messieurs leur comportement contradictoire, nous a été proposé pour qu’on en fasse l’analyse et la critique. Ce long questionnaire n’était pas sans… contradictions aussi. Un truc assez oppressant finalement, pour dénoncer des oppresseurs qui se disent féministes appelés, si j’ai bien compris des «manarchistes»*? (voir la définition donnée en atelier en bas de page). Comme quoi, ni les hommes, ni les femmes ne sont à l’abri des incohérences, les yeux aveuglés par le rétroviseur. Si le but est de sensibiliser ces dites personnes, ce sera raté, si c’est de les confronter, 5 questions au lieu de 84 feraient la job… À mon avis, un zine avec des cas vécus serait beaucoup plus efficace comme outil. Par contre, la discussion était excellente pour nous faire prendre conscience de l’oppression que nous avons vécue dans notre vie…

La violence dans les relations

L’automne dernier, j’ai subi une courte série d’autres insultes et actes violents, pour la plupart venant d’hommes inconnus. J’ai été très déstabilisée par tout cela, dans le foulée de l’attentat raté contre notre nouvelle première femme première ministre (Québec) qui faisait son discours de victoire (et qui a fait un mort parmi les techniciens). Sur une page de forum d’OM, j’ai raconté plus en détails ces actes d’agressivité, dont deux bizarres quasi accidents où je me suis trouvée surprise d’être encore en vie. Est venu à mes oreilles les commentaires d’un militant : c’était, selon lui, de la paranoïa. J’étais estomaquée, la personne en question ne s’est jamais souciée de prendre de mes nouvelles, mais me jugeait du panache de sa haute connaissance de la psychologie humaine. Pour la camaraderie, on repassera! Je me suis sortie de cette mauvaise passe en organisant chez moi un cercle de discussion privé sur la violence dans la société. Le désir de domination semble malheureusement intrinsèque aux rapports humains générant de la violence explicite ou insidieuse. C’est une autre piste de réflexion développée par les féministes qui a déjà été beaucoup développée, mais à mon avis avec un manque de posture interrelationnelle. Autrement dit, sur fb, ce ne sont pas tant les attaques personnelles ou le manque de répondant qui démobilise, mais la façon dont tous les autres réagissent par leur indifférence et parfois leur désensibilisation qui les déshumanise et qui est propre au médium puisque tout passe si vite… Et cela a un impact sur notre militance. Cela dépasse aussi de beaucoup le seul cadre d’analyse homme-femme.

8 mars

Le plaisir et la reconnaissance

Oui, le plaisir et la reconnaissance, parlons-en aussi. Il va sans dire que tout ce bénévolat communautaire et politique apporte de nombreuses satisfactions qui nourrissent au quotidien notre engagement, notre implication, nos relations sociales et notre futur. Fraternité/sororité, réseau d’entraide, expériences de vie unique en son genre, fierté, dépassement de soi, résultats concrets sur la place publique, inspiration à vivre mieux et autrement, etc. Ces actions répondent à de profonds besoins psychosociaux qui ont été bien définis par le classique de la pyramide de Maslow :

  •      Besoin d’accomplissement de soi
  •      Besoin d’estime
  •      Besoin d’appartenance et d’amour
  •      Besoin de sécurité
  •      Besoins physiologiques

Il est important de comprendre mieux quels sont les besoins universels de tous les êtres humains, hommes, femmes, enfants et de tous âges. Puis de les garder en tête et dans notre cœur lorsqu’on prétend avoir une action politique pour le bien commun.

«il y avait le droit plaisir, et par-dessous tout, le bon plaisir, la raison du plus fort.» Zola

Traditionnellement, les hommes portent davantage leur attention sur la tâche et sur les résultats visibles; ils sont aiguillés par la compétition comme principe d’avancement. Les femmes sont plus axées sur les relations et le processus de travail invisibles et mettent plutôt de l’avant la coopération (ce dernier point sera à rediscuter) comme principe de développement. Si le plaisir d’être dans une action bénévole politique veut être partagé par tous et toutes, son accomplissement se vit différemment selon les personnes, les sexes et les classes sociales et son échec aussi. Une femme qui quitte un parti politique, une association ou un collectif informel ou communautaire le fait entre autres parce qu’elle en a assez des jeux de coulisse où elle voit voler les couteaux dans le dos contre elle ou contre d’autres, – comme ma mère au Parti Québécois. Ou encore parce qu’une femme ne se sent pas suffisamment appréciée, comme parfois moi-même à Occupons Montréal, où des publications écrites résultant d’un vrai travail de réflexion ont été peu commentées, tombant vite dans l’oubli ou dans l’indifférence.

Cela peut être aussi le fait d’un mauvais choix de canal de communication, mais j’ai l’impression que les hommes vont passer par-dessus cela plus facilement que les femmes. Je vais plutôt chercher le canal qui existe déjà pour me faire entendre, tandis que peut-être un homme va vouloir le créer à son image? Ou encore, même phénomène de sentiment d’exclusion (la perception peut être juste ou fausse, mais peu importe, le sentiment est là, incontournable tant qu’il n’est pas nommé) : ainsi une personne propose une action qui est d’emblée rejetée, pour des raisons à l’opposé de ce qui la motive au départ, les personnes qui la repoussent en bloc ne prenant le temps d’en questionner les tenants et aboutissants. Lorsque cela m’arrive, je suis peut-être moins ‘armée’ pour tourner la page rapidement. Et cela arrive très souvent en politique, peu importe qu’on soit un homme ou une femme, mais j’avance que c’est la réaction qui est généralement différente. J’ai occasionnellement  travaillé dans des milieux d’hommes (la construction) et j’ai toujours été fascinée à quel point les hommes peuvent s’engueuler et se critiquer vertement puis aller prendre une bière après… Les femmes sont rarement capables de faire cela. Par contre, ils vont se ‘compétitionner’ de manière souvent aberrante, avec une grande perte d’énergie. Je reviendrai dans un autre article sur les travers des femmes au travail ou en politique, bien évidemment loin d’être parfaites mesdames… Peut-être heureusement, ça reste à voir…

Modération ou radicalisme ?

Vous remarquez peut-être que même dans cette réflexion présente, je reste prudente et nuancée dans mes affirmations et questions, est-ce par manque de confiance ou par sentiment que la Vérité n’existe pas? Peut-être un peu des deux? Ce qui veut dire aussi que lorsque je me trouve dans un groupe de radicaux, je suis mal à l’aise, je quitte assez vite, autre raison de fuite. Et ce, même si je considère, comme plusieurs personnes de ma génération X, être devenue plus radicale ou moins modérée avec l’âge, ce qui est contraire à l’évolution normalement observée des générations. À l’opposé, plusieurs jeunes militants masculins ont quitté OM parce qu’ils trouvaient, entre autres, pas assez radical. Cependant, est-ce que la modération est une marque féminine? Je n’en suis pas certaine… N’a-t-on pas parlé de féministes radicales des années ’70? Le radicalisme vient plutôt d’une condition sociale d’opprimé.e.s, combinée à une condition familiale difficile. Mais cela est une toute une autre histoire…

 

Femmes et politique 3Boysclub et « plancher collant »

J’écoutais l’automne dernier une entrevue au sujet de la publication d’un livre le sexisme en politique par une ancienne ministre libérale des finances et du Conseil du trésor du Québec, Monique Jérôme-Forget. Dans son livre, elle dénonçait entre autres, ce plafond de verre du « boysclub » qui cantonne les femmes à des postes de pouvoir subalterne. Mais ce qu’elle ajoute est encore plus intéressant. Elle parle du « plancher collant » où les femmes elles-mêmes sont à critiquer puisqu’elles se bloquent aussi elles-mêmes trop souvent en se demandant si elles vont être capables d’aller plus haut… Je trouve que cette posture est très mature. C’est bien beau de critiquer les autres, ici en l’occurrence les hommes, mais quand on regarde dans sa cour… c’est tout aussi important et on y trouve aussi nos propres faiblesses comme femmes. C’est précisément cette prise de conscience qui nous fait évoluer comme personne et comme peuple.

Une autre façon totalement alternative d’envisager cette question est de me demander si j’ai envie de participer à ce type de pouvoir et ce type de réussite. Pour ma part, la réponse est clairement non, ce qui ne veut pas dire que je n’appuie pas les femmes (et les hommes) qui choisissent cette voie.

Femmes et politique 6De la discussion aux salons au type d’organisation

Prendre connaissance de notre histoire et de l’apport des femmes à la politique nous apporte beaucoup d’enseignement aussi. « Afin de se soustraire au diktat [de l’absolutisme royal du roi Louis XIV], de grandes dames de l’aristocratie se retirent de la cour, préférant un espace privé où elles accueillent leurs familiers. Ce phénomène semble naître vers 1618 avec la marquise de Rambouillet. […] Ces dames animent des salons qui s’efforcent de tenir à distance la violence du siècle autant que la tutelle de l’Église. Elles en viennent à établir un savoir-vivre et une nouvelle civilité liée à l’art de la conversation : l’intuition psychologique et l’improvisation comptent désormais autant que les connaissances. Subtilement décliné, l’esprit définit une nouvelle politesse et les limites de l’humour toléré, de même que l’éloquence du corps (regard et gestes). Ces nouveaux usages, qui supposent l’égalité des partenaires, font découvrir à la noblesse, bridée à la cour, une nouvelle civilité ou l’épée est échangée contre la rhétorique.» (Michel Laurin) Voir mon blogue à ce sujet : https://evemarieblog.wordpress.com/2012/09/13/histoire_conversation_salons_groupe-de-discussion/

Ce qui m’apparait particulièrement pertinent à notre sujet ici est le nouveau mode de communication que ces femmes d’autrefois ont mis en place après la Renaissance. C’est ce manque d’intuition dans les communications, la « structurite » aigüe de certaines organisations militantes et le pouvoir de type hiérarchique (ou vertical) qui font aussi parfois fuir certaines femmes, plus à l’aise dans un fonctionnement informel ou organique. Mais par contre, j’en connais quelques-unes qui sont parties, comme leurs camarades masculins d’ailleurs, parce qu’Occupons Montréal n’était pas assez structuré…

Femmes et politique 9

En conclusion, je crois qu’on peut dire que la vie politique et la vie… tout court se vit différemment selon que l’on soit un homme ou une femme et d’un individu à un autre. Le mouvement féministe des années ‘60/70 avec son égalitarisme ‘aplanisseur’ a nié les différences, qui, je crois, sont pertinentes et nécessaires à la vie humaine, c’est du moins la thèse récente de l’auteure Nancy Houston « Reflets dans un œil d’homme », contredisant ainsi la célèbre thèse de Beauvoir  « On ne nait pas femme, on le devient » (voir références ici-bas). Houston renverse la perspective en affirmant au contraire « qu’on ne nait pas homme, mais on le devient. Le masculin a besoin d’être trouvé, renforcé ou réitéré ». En ce sens, j’ajoute que peut-être la vie politique permet davantage aux hommes de le devenir et de s’y exprimer, tandis que les femmes y trouvent moins leur compte en « étant » tout simplement ? La question est loin d’être cernée complètement. Mais toujours est-il que le féminisme en politique d’aujourd’hui ne signifie plus être pareille au « sexe fort », comme l’on disait autrefois, mais plutôt être exigeante dans l’acceptation et la formation de notre sensibilité particulière comme enrichissement spirituel au monde et à la vie collective.

Paix. Justice. Confiance. Transparence. Partage des ressources… Valeurs féminines? Valeurs humaines.

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*Manarchiste : «Discours généralement tenu par un homme qui n’est pas relié à ses actes, de type oppressant envers les femmes.»

«Valorisation de certains comportements militants : leadership par l’action directe et les actions physiques (manif et autres).»

«Vit sur des privilèges qui fait qu’il peut ne pas faire ce qu’il dit et ne pas faire attention à l’oppression des autres.»

Références :

http://www.feministisktinitiativ.se/franska.php?text=eu-valmanifest-2009

http://www.levif.be/info/actualite/dossiers/les-entretiens-du-vif/nancy-huston-on-ne-nait-ni-homme-ni-femme/article-4000120771196.htm

http://www.universalis.fr/encyclopedie/le-deuxieme-sexe/

http://www.leconflit.com/article-le-deuxieme-sexe-de-simone-de-beauvoir-102878746.html

http://www.ina.fr/video/PH806055647

http://www.ledevoir.com/culture/livres/376066/ou-sont-les-femmes

FEMEN ou les manifestantes aux seins nus défendant les droits des femmes qui soulèvent d’importantes questions très controversées sur la place des femmes en politique, la démocratie, la corruption, la prostitution, la religion. Néanmoins des doutes subsistent sur le financement de ces groupes d’activistes. Voir  http://fr.wikipedia.org/wiki/Femen

Femmes et politique 1 «Qu’est-ce qui me bloque en politique? Et moi, j’ai réalisé en répondant que j’avais peur de ce monde d’hommes, dans lequel il faut se battre pour parler, qu’on nous interrompt, qu’on nous ridiculise, que c’est un milieu agressif et arrogant et que ça me bloque. Je suis une personne de compromis, de discussion, d’entente, comme bien des femmes je crois, et c’est à l’opposé de ce milieu. »

Maude Ménard, militante à Québec Solidaire

 « Pardonnez ma franchise, mais la crise des subprimes était une crise d’hommes.»  En Afrique du Sud, les femmes dirigeantes de multinationales « sont vues comme un rempart de compétence et un rempart contre la corruption chronique.»

Aude de Thuin, fondatrice de la World Entrepreneurship Forum

Femmes et politique 21er  novembre

Un camarade d’Occupons Montréal (OM) qui cherche à fonder un nouveau parti axé sur la démocratie directe, Joël Brosseau, demandait en octobre dernier sur Facebook pourquoi les femmes tendent à quitter les associations militantes comme l’ASSÉ (étudiants) ou même OM. Question très intéressante, d’autant plus quand elle est remarquée puis posée publiquement par un homme. J’ai répondu tout de go que les hommes du groupe auraient avantage à chercher les réponses en eux-mêmes et à travers une discussion franche entre eux.  Je vois une telle démarche comme plus durable pour la prise de conscience nécessaire de ce qu’il faut faire pour favoriser la participation à long terme des femmes dans les mouvements politiques. Mais ne pouvant quand même pas résister au besoin de les mettre sur la piste tout de suite, je les ai référés au récent et incroyable discours sur ce sujet de la première ministre australienne Julia Guillard. (https://evemarieblog.wordpress.com/2012/10/11/sexisme-en-politique-denonce-par-gillard-1ere-ministre-australienne/). Pour ceux qui vont le regarder, certains d’entre eux pourraient se poser la question à savoir pourquoi j’ai qualifié ce discours d’« incroyable ». Ce sera déjà un début de bonne question à résoudre. Autrement dit, j’invitais les hommes à regarder aussi en eux-mêmes ce qui, dans leurs comportements, font fuir les femmes d’un groupe politique.

3 novembre

Question en filigrane : en plus de tout ce qui nous relie aux hommes dans notre humanité des semblables, de quoi les femmes ont-elles plus spécifiquement besoin ou quelles sont les motivations qui leur sont propres dans la vie collective ? Le sexisme est un des aspects du problème, mais pas le tout. Après enquête informelle autour de moi, voici les enjeux dont on m’a parlé.

Des enjeux nombreux

Il n’y a pas de réponses simples à cette question qui a sûrement fait l’objet de nombreuses thèses en études féministes, en sociologie ou en politique, à consulter éventuellement. Pour l’heure, on sera d’abord tenté d’évoquer ces enjeux (ou clichés ?) de quatre types :

–          Personnel : manque de temps pour la famille, sensibilité de caractère plus grande, peur de se tromper; le désir de plaire ou de ne pas déplaire;

–          Interpersonnel/Psychosocial : évitement/peur des conflits ou du radicalisme, la peur de confronter/de critiquer, de faire face à la critique; le besoin de reconnaissance; le besoin de se lier et de se relier; transformer des détails en grande affaire qui tourne mal…; n’aime pas le combat, ou s’y intéresse moins? (selon Xavier); perçoive la politique comme un match extrême (P. Marois); peur des médias/peur de la visibilité/peur de mal paraitre/de ne pas être assez bonne/ de mal répondre (F. David); problèmes ou intimidation sur Facebook et Twitter, dénigrement sur les médias sociaux;

–          Sociologique : conflit hommes/femmes latent ou non-dit ou explicitement misogyne. Stéréotypes ou éducation limitant les efforts des femmes et renforçant leurs faiblesses. Scolarité limitée ou confinée à des domaines traditionnels; conditions de vie où l’inégalité limite les femmes dans leur participation à la vie collective. Plafond de verre, boysclub, pouvoir, type d’organisation hiérarchique.

« Les hommes possèdent 99% des biens et reçoivent 90% des revenus, bien que les femmes représentent plus de la moitié de la population à l’échelle mondiale et qu’elles effectuent globalement les deux tiers du travail.» Initiative féministe (Suède) (1) (voir référence ici-bas)

N’empêche qu’il y a plus qu’un fond de vérité dans ces clichés de surface… La façon dont nous vivons le pouvoir et les communications sont d’autres pistes à suivre.

Femmes et politique 5Le pouvoir

Si j’essaie de gratter plus loin, je dois commencer par témoigner de ma propre expérience et de celle de ma mère. Venant d’une famille politisée, j’ai milité depuis l’âge de 17 ans dans plusieurs groupes, principalement des associations étudiantes et culturelles, et plus récemment, dans un collectif plus typiquement activiste en politique (Occupons Montréal), mais se voulant nouveau genre, axé sur l’inclusion, l’ouverture à la différence, l’importance du processus et porté principalement par la génération suivante, la génération Y.

Prise de conscience

À l’époque, au cégep, après avoir visionné une vidéo où je m’étais vue pour la première fois en train de parler en assemblée générale de grève, j’avais été (agréablement) surprise de moi-même, de cette image d’affirmation que je projetais publiquement et dont je n’étais pas encore consciente. Cela m’avait donné de la confiance. Mais je n’étais pas encore consciente de mes limites, ni de celles des autres et j’ai juste foncé en avant et connu beaucoup de succès et géré le pouvoir naturellement, et je crois, très positivement, s’en m’en rendre bien compte, sans me poser de questions, jusqu’à m’en désintéresser.

De la peur du jugement au désir d’être

Plus tard, j’ai commencé à me préoccuper du jugement des autres, et même si cela semble essentiel pour ne pas devenir asociale, je dois dire que cela a eu progressivement un effet de frein sur mon expression et mon action. Autrement dit, je suis devenue plus sensible aux relations et à l’amour que je recevais ou non des autres et au fait que je pouvais en être potentiellement exclue, comme lors de mon adolescence. Plus récemment, mon action politique a évolué  vers un questionnement sur la liberté intérieure de penser par soi-même et pour soi-même, alors que je constate autour de moi que les cadres mentaux ont tendance, avec l’âge, à se ridiculement cristalliser dans l’esprit et nous empêcher de continuer à évoluer.  Cette observation est également pour moi, une préoccupation artistique de liberté et surtout de non-censure intérieure.

Les communications par courriel

Comment le pouvoir est-il géré dans les communications? Mon hypothèse est que lorsque les personnes ne communique pas ou plus, tout le monde, à terme est perdant, mais surtout la personne qui s’est ouverte en premier, qui a pris ce risque, et qui tombe sur une fin de non-recevoir ou de non-dit. C’est aussi cette personne qui risque de se décourager, tandis que les autres sont «déjà passés à un autre appel» pour de multiples raisons. Par exemple, ces derniers jours, dans un débat par courriel sur les autochtones avec des camarades d’Occupons Montréal, j’ai eu la mauvaise surprise de frapper un mur un silence sur certaines questions que je soulevais, autant sur ce sujet que sur le genre de relation et communication à avoir entre nous. À tort ou à raison (cet épisode est encore trop récent pour en avoir une vision épurée et juste), j’ai vu comment des militants peuvent consacrer leur vie à changer le monde, mais disparaitre quand on remet en question des comportements. Cela donne l’impression que ces activistes peuvent être plein d’empathie pour nos « frères et sœurs autochtones », mais lorsqu’une camarade, que l’on côtoie depuis des mois, émet explicitement des questions potentiellement embarrassantes et manifeste un malaise et de la déception dans les communications, cela est-il moins important? Personnellement et peut-être malheureusement (car cela me fait vivre des soucis, mais je préfère des regrets d’avoir (mal) agi  que des remords de n’avoir rien fait), je supporte difficilement ce genre d’incohérence. Le féminisme a justement apporté cela : une demande de cohérence entre le privé et le politique. Vous vous souvenez de ce slogan de nos mères ou grand-mères dans les années ’70 : « Le privé est politique » ?  Il s’agit d’une posture véritablement révolutionnaire… et exigeante, il va sans dire! Jamais le monde ne changera si nous nous ne changeons pas nous-mêmes et vice versa, et en particulier dans nos rapports homme-femme, dont j’ai expérimenté la limite avec cette expérience de communication/ discussion ratée, avec des hommes pourtant très attentifs à cette dimension des rapports d’oppression. Par contre, lors du Printemps érable, alors qu’un jeune homme est venu à nos réunions plusieurs fois masqué, et ce malgré nos limites clairement exprimées, et que cela avait grandement intimidé les femmes, les hommes du groupe se sont montrés très solidaires, touchant, et de bon support.

NOUS

Après tout cela, maintenant, je me demande : comment les autres peuvent-ils être mes professeurs? Quelle importance les militants hommes donnent-ils aux questions et sensibilités parfois hors cadre des femmes?  Perso, plutôt que la perspective de changer le monde, je préfère celle de voir et sentir comment le monde me change… On ne peut pas changer le monde contre son gré, sans verser dans la tyrannie. L’option reste de travailler sur notre conscience et celle des autres. Pour moi, c’est cette vision et surtout sensation inégalée du « nous » que je retire du Printemps érable et de nos manifestations. S’est manifesté là l’amorce d’un nouveau sens collectif et frappé bien des âmes (2), quelque chose d’intangible s’est ouvert, et là c’est la poète qui parle… et est là pour rester et de développer lentement, quoiqu’en dise tous les prophètes de malheur et les «réalistes». Ma conscience n’est pas séparée de celle des autres, de la vôtre, de la tienne, mais elle se vit habituellement de façon différente dans chaque individualité et parfois de façon identique dans des moments de communion. Il me semble que l’action politique de notre siècle sera celle de contribuer à une unité de vue qui nous manque tant actuellement. Mais comment y arriver ?

Facebook-tamponLes communications par Facebook

Les courriels donc, mais Facebook aussi est venu incroyablement fausser et compliquer nos relations politiques, d’une manière que, tel le bouton sur le nez, nous n’arrivons pas à voir clairement encore. Ce médium induit la mise-en-scène de l’exposition narcissique du moi, généralement notre meilleur côté, ou parfois notre pire côté, d’une manière qui n’arrive pas dans des conversations face à face ou au téléphone. Médium multiplicateur des « moi je », nous risquons d’y perdre, par ses excès,  tous les acquis durement gagnés de l’individualité. Fb, comme toute participation à un groupe humain, génère une anxiété de l’acceptabilité et dans plusieurs cas, une dépendance affective, voire hormonale. De plus, par son effet de masse, il multiplie dangereusement ces affects, mais aussi les potentiels interlocuteurs, si bien que quelqu’un qu’on ignore peut avoir lu un commentaire avec lequel il est en désaccord, ne pas l’écrire ou le dire et nous regarder croche à la prochaine réunion/rencontre, sans qu’on sache pourquoi ou pire, s’en qu’on s’en rende compte. Évidemment, cela arrivait avant, mais je veux dire que l’effet est multiplié et c’est là où toutes nos communications se compliquent, car elles multiplient les vides, les non-dits, les malentendus, les inconnaissances, les attentes nécessairement déçues un jour ou l’autre. Comme si la communication n’était pas déjà assez complexe! Bref, nous sommes déjà dans la tour de Babel et nous ne le savons pas.

Labyrinthe et Babel par Marcel Thériault

« Labyrinthe et Babel » par Marcel Thériault

Cela nous éloigne de notre sujet sur l’engagement féminin en politique, mais d’une certaine façon, on s’en rapproche, puisque les femmes ont généralement une autre forme de communication que les hommes… Autre exemple, notamment, des insultes sur ma personne sur une page Facebook d’une APAQ (Assemblée Populaire Autonome de Quartier, nées dans la foulée du Printemps érable 2012) de la part d’un homme que je connaissais à peine, dans une discussion sur la potentielle tyrannie de l’extrême-gauche, sur le fait que je militais aussi à Occupons Montréal (OM) et sur l’apport différent des femmes en politique… justement. Cette mauvaise communication remplie d’ego blessé m’a pris des semaines à m’en remettre. Quelques hommes, à qui j’avais demandé d’intervenir, ne comprenaient pas pourquoi je faisais tout un plat et surtout pendant si longtemps… « Ah, tu es encore sur ça…  ». Heureusement, un homme et une femme de ce groupe ont finalement pris les choses en main après quelque temps et tenté de formuler en réunion un code partagé de saine communication. Mais malheureusement, le mal était fait et c’était trop tard. Je ne suis jamais retournée à cette APAQ; j’ai vu le gars sur la rue, je n’ai pas été capable d’aller lui parler car j’étais intimidée. J’ai rencontré l’insulteur à une réunion d’OM et il ne s’est jamais excusé. Par la suite, j’ai appris que les militantes féministes avaient un terme pour ce genre d’homme activiste : « manarchiste », soit des hommes qui luttent contre l’oppression dans le monde, mais reproduisent consciemment ou inconsciemment l’oppression dans leur rapport aux autres et particulièrement aux femmes. (… à suivre)

Références :

(1)  http://www.feministisktinitiativ.se/franska.php?text=eu-valmanifest-2009

(2) Collectif, «Pour un printemps», édition Artmour, 2012.

Bruegel tour de babel vienne

Pieter Bruegel, La tour de Babel, 1563.

 

 

Julia Gillard Prime Minister of Australia.

Julia Gillard Prime Minister of Australia. (Photo credit: thinboyfatter)

 

Lorsqu’une première ministre, Julia Gillard, Australie, a le courage de dénoncer les doubles standards, la misogynie et le sexisme en politique…

 

À ce niveau, c’est-à-dire pour les femmes qui ont «réussi» à franchir le plafond de verre, elles ont généralement intériorisé les limites des boysclub et se considèrent consciemment ou inconsciemment «chanceuses» de se retrouver là… et ne veulent pas avoir l’air revanchardes.

Voilà, ce que de façon convaincante et impressionnante, dans un discours-fleuve de 15 minutes, le conditionnement que Mme Gillard a réussi à repousser, et ce dans un chef-d’œuvre de clarté et de maitrise de soi. Inspirant
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