Tag Archive: parti québécois


pauline-marois

Pauline Marois, 2013

Dans son allocution à la Société Saint-Jean-Baptiste pour le 40e anniversaire de l’accession au pouvoir du Parti Québécois, l’ex-première ministre du Québec (2012-2014), Pauline Marois répond clairement à son échec et à celui de son parti. (1)

Surtout : « Les Québécois nous ont retiré leur appui parce que nous avons refusé de nous engager à ne pas tenir de référendum sur notre avenir constitutionnel.»

Et aussi, selon elle, le débat sur la laïcité n’a pas bien été compris : « La défense de la laïcité, c’est à la fois un héritage du Siècle des Lumières, un combat contre l’obscurantisme et une bataille pour l’égalité entre les femmes et les hommes. C’est une lutte pour la liberté.»

Également, plus gravement encore : « les adversaires de notre projet sont nombreux, puissants, riches et robustes. En 2014, nous les avons affrontés sans que nos forces soient mobilisées pour y faire face. Nous participions à une élection alors que nos adversaires orchestraient un simulacre de référendum.»

De plus, tirant également des leçons des récentes élections américaines : « Une ligne de fracture profonde s’est creusée entre celles et ceux qui incarnent le pouvoir et les populations dont les espoirs ont été déçus, la situation économique s’est détériorée et l’identité ignorée.»

Puis, un détail intéressant sur lequel elle semble glisser un peu vite attire mon attention… elle mentionne cet attentat sur les lieux de son discours de victoire en 2012, se qualifiant elle-même de « rescapée avec ma famille et les militants de mon parti d’un attentat politique meurtrier » : c’est la 1re fois que j’entends ces mots de sa bouche. À la télé l’année dernière, le plus loin qu’elle était allée, c’est d’estimer que le fait d’être une femme et la 1re femme 1re ministre n’était probablement pas étranger à cet attentat (un des premiers féminicides contemporains au monde (2) a eu lieu à Montréal à la Polytechnique en 1989, -on a jamais oublié cela, même si on a essayé- sans parler de celui des femmes autochtones, partout sur le territoire(3)). Je vais donc revoir sur Internet, et…

***

Torpinouche, quelle n’est pas ma débine lorsqu’en revisionnant ce discours de victoire (4) sur le site du Parti québécois, je constate qu’une scène importante (au timecode 18:23 de cette vidéo) n’apparait pas, les minutes suivant le moment où elle est acclamée par la foule, car elle vient de dire qu’elle a «la conviction que l’avenir du Québec, c’est de devenir un pays souverain», cette scène où…

mme-marois-retiree-de-son-discours-de-victoire

Photos crédit : Société Radio-Canada, 4-09-12

La scène coupée est la suivante : on ne voit pas que… Mme Marois quittait la scène prestement, emportée par ses 2 gardes du corps, suite à un bruit à l’arrière de la scène !!! (On apprendra dans les heures suivantes qu’il y a eu mort d’homme et un très grave blessé).  Des agents ont demandé au maitre de cérémonie et artiste Yves Desgagné de s’adresser aux militants pour que tous quittent la salle, ce qu’il a fait.

La vidéo du PQ revient lorsque Mme Marois est au micro avec un aplomb remarquable pour demander aux gens, dans un calme olympien qui a calmé immédiatement le MC, de «quitter tranquillement, car il est arrivé un petit incident malheureux» et a pris le temps de remercier les gens «du plus profond du cœur d’être là ce soir».

Le montage coupe à nouveau cette scène (là où il y a un bleu) : Mme Marois a discuté avec les agents.

Puis les images complètes reviennent :  on la voit demandant au public d’attendre parce qu’«on croit avoir contrôlé l’incident» (à ce moment, on apprend à la télé qu’il y a eu aussi un feu à l’extérieur arrière et qu’un homme vient d’être arrêté par la police, en criant «Les Anglais se réveillent »). Enfin, entourée par sa famille, les candidats et les députés, elle a terminé rapidement son discours.

Le lendemain (septembre 2012), j’étais devant le Métropolis pour une veillée aux chandelles à la mémoire du technicien de scène qui se trouvait là, la veille et qui est mort. Richard Henry Bain est accusé de meurtre.

Son procès a lieu actuellement, depuis quelques semaines (ou mois?) en… fin 2016, mais les médias, étonnement, en ont peu parlé. J’ai appris aujourd’hui qu’un jury l’été dernier l’avait reconnu de meurtre (par balle) sans préméditation au 2e degré et de trois tentatives de meurtre  et qu’il recevra demain (18-11-16) sa sentence entre 10 et 25 ans de prison. À suivre.

Comment le Parti québécois peut-il effacer (?) ou ignorer l’histoire complète ? Je suis ahurie !! C’est déplorable et inexplicable.
Je viens de leur écrire pour leur demander de (re)mettre toute la scène… et de ne pas effacer mon message à cet effet sur YouTube.

Par ailleurs, je lis des insultes sur une autre page de son discours (complet), des injures et des vacheries totalement indignes d’une société démocratique avec une personne élue par une relative majorité du peuple (gouvernement minoritaire). Si ces personnes ne sont pas d’accord avec Mme Marois et le PQ, find, mais je les exhorte à le dire autrement ! Oseraient-ils parler ainsi si la personne était en face d’eux ? Et a-t-on déjà traité de « bitch » un homme politique ? Je ne crois pas. Une des raisons pour laquelle je ne ferai jamais de politique est exactement à cause de cela (et je lève mon chapeau à celles qui osent ! Y compris aux candidates dont je ne partage pas les options politiques : c’est le jeu de la démocratie; comme Voltaire, « je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire. », aurait-il écrit). Le poète et chanteur Gilles Vigneault a déjà dit que les gens qui n’ont pas de mots font la guerre. Ces pleutres qui déversent leur fiel sur les réseaux sont-ils de ces tristes gens ? Je me souviens très bien que les réseaux sociaux sont devenus très sales et franchement impraticables dans les toutes dernières semaines de la campagne électorale avant la victoire du Parti québécois en 2012  et avant sa défaite  en 2014.

Cette incapacité de débattre et de critiquer autrement que par des invectives, ça devient franchement inquiétant pour la démocratie depuis 4 ou 5 ans, ici comme ailleurs. On se dirige droit au mur. Il faut impérativement des médiateurs, des modérateurs et des pacificateurs sur les réseaux. Par ailleurs, l’anonymat devrait être formellement empêché. Ces personnes qui se gargarisent de « Liberté », quelle sorte de liberté nous offrent-elles par ces comportements ?

***

Pour revenir à mon propos du début, oui le Parti québécois (dont je n’ai jamais été membre et toujours critique) est à la croisée des chemins, comme l’admet Mme Marois. Les partis traditionnels devront intégrer des processus de démocratie horizontale, et même de démocratie directe, pour remettre au moins une partie du «bas» en haut des considérations de pouvoir décisionnel législatif, voire exécutif (comme dans les jurys dans le pouvoir législatif), pour donner une vraie voie-voix de pouvoir direct aux citoyens, en favorisant des initiatives locales et des utopies concrètes, notamment…

Gros programme, qui ne se fera pas en criant ciseaux… C’était une proposition du mouvement des Carrés rouges (mis sur pied par la Coalition de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante élargie), du groupe SANS PARTI – Citoyens constituants (mis sur pied entre autres par l’écologiste et paysan Roméo Dallaire) au Québec, du mouvement Occupy à l’international (dont une des initiatives locales est la plateforme internet d’action et de partages Weroes) et d’une très probable frange importante des militants du Forum Social Mondial, puis des Maisons des citoyens (mises sur pied entre autres par l’auteur Alexandre Jardin) et du mouvement des Colibris (mis sur pied entre autres par l’agriculteur, environnementaliste et écrivain Pierre Rabhi) et Les Amanins en France. C’est aussi l’objet des réflexions du dernier numéro de la revue Possibles à laquelle je participe «Utopies concrètes et pratiques émancipatrices», automne 2016); plus de détails au http://redtac.org/possibles/ ).

Bref, une situation exceptionnelle exigeant des moyens exceptionnels…

***

18-11-2016 – dernière nouvelle

Richard H. Bain a reçu la perpétuité pour ses crimes et fera 20 ans de prison ferme. Le juge G. Cournoyer de la Cour supérieur du Québec a retenu l’argumentaire des procureurs de la couronne dans cette cause : « le facteur aggravant le plus important est la nature politique des crimes qui représente une atteinte à la démocratie» et que ce meurtre a été «motivé par la haine basée sur les opinions et croyances des membres du Parti québécois». Les victimes s’estiment satisfaites. Dave Courage, qui vit des séquelles permanentes, fait un appel à l’unité, mais d’autres pensent que le combat n’est pas terminé, car Bain pourrait aller en appel.

Tous se rappellent que l’arme de Bain s’est enrayé ce soir-là et… qu’il n’a pu tirer qu’une seule balle avant d’être immobilisé par les policiers et que nous sommes passés à un cheveu d’un drame plus grand encore (5).

_________________________________

  1. http://quebec.huffingtonpost.ca/pauline-marois/le-pq-un-parti-a-la-croisee-des-chemins_b_13028398.html
  2. http://www.lamediatheque.tc/wp-content/uploads/html/JM_20161125/index.html#p=23
  3. Emmanuelle Walter. 2014. «Sœurs volées. Enquête sur un féminicide au Canada. Montréal : Lux.
  4. https://www.youtube.com/watch?v=Agz94dZXiJU
  5. «Bain, âgé de 65 ans, était lourdement armé et portait une cagoule de ski et une robe de chambre lorsqu’il a tiré un coup de feu derrière le Métropolis, avant que son arme ne s’enraye. Ce seul coup de feu a cependant été fatal pour Denis Blanchette, technicien de scène de 48 ans, et a grièvement blessé son collègue Dave Courage. Avec d’autres employés du Métropolis, les deux hommes attendaient à l’arrière de la salle de spectacles montréalaise que se termine la soirée électorale.Bain a finalement été plaqué au sol par un policier et arrêté sans pouvoir tirer d’autres coups de feu, malgré ses efforts, selon des témoignages entendus au procès. Alors qu’il était conduit au poste de police, il criait en français que « les Anglais se réveillent » — ces images, captées par les caméras de télévision, ont tourné en boucle depuis.» http://www.ledevoir.com/non-classe/478353/richard-henry-bain-coupable
Publicités

Crédit photo: Paul Chiasson, PC. le 4-09-12Alors qu’elle vient à peine d’être déclarée élue 1re ministre du Québec, qu’elle fait son discours de victoire et alors qu’elle écoute, rayonnante,  les applaudissements à son vibrant appel lancé pour faire du Québec un pays, Pauline Marois est entrainée hors de la scène du Métropolis à Montréal par ses gardes du corps (ou policiers?) suite à des détonations entendues à l’arrière de la scène qui ont fait un mort et un blessé.

« La brutalité est le recours de ceux qui n’ont plus de pouvoir intérieur. »        Anne Hébert

D’où vient la violence ? Une interview avec Nicolas Lévesque au journal Le Devoir (voir référence en bas de page)  a provoqué une intéressante polémique dans les commentaires sur Internet. J’aimerais poursuivre ici avec vous.

Je partage une bonne partie des préoccupations de Nicolas Lévesque; là où j’ai un doute, c’est quand il affirme que «les Québécois n’osent plus discuter à table». Il me semble que le printemps érable a au contraire (enfin!) suscité énormément de discussion ! Là où on pourrait sans doute s’entendre, c’est qu’on a provoqué peut-être davantage de clivages, qu’on n’a pas atteint l’âge adulte de l’écoute de l’autre et de la capacité de reconnaitre nos erreurs personnelles et collectives et de faire évoluer nos opinions personnelles à travers la discussion. La terrible violence verbale qui sévit trop souvent sur Facebook et autres en est un des symptômes.

Par contre, comme le soulignent plusieurs commentateurs de l’article, «tous responsables» peut être le dangereux glissement vers… «personne responsable». On est juste plus capable avec l’impunité. Comme Lévesque l’a dit par la suite à la radio, «responsabilité» rime avec «pouvoir» et lorsqu’un peuple se sent dépossédé de son pouvoir, il finit par réagir d’une façon ou d’une autre.  Mais voici comment je comprends son affirmation : au quotidien, nous sommes tous responsables de laisser passer les petites paroles ou petits gestes agressifs ou violents, de choisir de se taire. Quand des milliers de Québécois font ça jour après jour, les petites violences «ordinaires» finissent par se transformer, à terme, en grandes violences, en grands clivages où on entre dans un dialogue de sourds et dans l’escalade de la violence, comme on le voit très clairement dans certains pays.

Par ailleurs, comme Lévesque le dit si bien, repousser le problème de l’acte de violence commis le jour des élections québécoises, pendant le premier discours de notre nouvelle 1re ministre Pauline Marois (issue du Parti québécois), et qui plus est, première femme 1re ministre au Québec, en disant que «c’est le fait d’un fou, Richard Henry Bain», est une excuse facile pour se mettre la tête dans le sable, une regrettable forme de déni, à mon avis. Mme Marois a été sauvée par ses gardes du corps, mais un technicien est mort et un autre grièvement blessé. C’est grave! Le lendemain, je suis allée à une vigie pour les victimes.

Notre société vit d’importants problèmes de violence; le phénomène en augmentation, on n’a qu’à regarder le nombre de tueries en Amérique cette année; pire tout cela tend à devenir «normal», banalisé. Et comme le mentionne un des commentateurs de l’article, on aimerait aussi savoir si R. Bain a agit seul ou pas.

Et plus spécifiquement dans cet attentat-là, une question taboue, semble-t-il, a peu ou pas été posée : est-ce (aussi) un attentat contre le fait qu’une femme arrive à ce niveau de pouvoir? Ouch. Sommes-nous encore dans le déni de misogynie ou réduit au silence encore traumatisé par les attentats contre ces futures femmes ingénieures de la Polytechnique d’il y a… 23 ans ? Il est troublant de constater que les premiers ministres précédents issus du Parti québécois, avec des idées politiques parfois franchement plus indépendantistes, n’ont (heureusement) jamais vécu une telle agression, ni les membres du parti en réunion ou en élection. Hasard? Il est permis d’en douter.

Comment se fait-il que les journalistes témoins de cet évènement disent immédiatement que c’est le fait d’un «désaxé» ? Comment le savent-ils? Je trouve que c’est une bonne façon d’éviter la discussion sur les paroles embarrassantes de l’assassin, R. Bain : «Les anglais se réveillent!» Un psychiatre expliquait quelques jours plus tard que dans le cas d’actes criminels, un fou, en perdant contact avec la «réalité» (hum concept glissant…), est celui ou celle qui croit poser son geste violent par compassion ou par bienveillance, ou pour protéger quelqu’un. Pour le même geste de violence, la personne qui n’est pas folle est celle qui a conscience du mal qu’elle répand. Toujours selon ce psychiatre, ce sont donc ces dernières qui doivent être jugées par le système de justice. Dans plusieurs cas, la ligne peut être assez mince. La simplification de la réalité nous empêche de voir réellement les problèmes.

On a vu que sur les réseaux sociaux dans les jours précédents les élections québécoises, un déchainement anti-franco proche de la haine… Il y a peut-être eu aussi un déchainement anti-anglo aussi. On voudrait que le bobo de notre histoire de colonisés soit guérit à jamais, mais à l’évidence, quand on enlève ses lunettes roses, on voit qu’il ne l’est pas et qu’il ressort sporadiquement à l’occasion de crise, de peurs (réelles ou inventées, ce qui revient au même sur le plan physiologique).

Recadrons : Dostoïevski disait que la maladie mentale a des causes sociales. La science a évolué depuis en montrant aussi le désordre physiologique survenant chez ces personnes. Mais on ne doit plus éviter le débat profond sur les causes sociales de la violence que nous manifestons TOUS les uns à l’égard des autres sous différentes formes et à différents degrés il va sans dire. Je pense comme l’auteur de l’article que les personnes dites «folles» sont des personnes fragiles qui passent à l’acte extrême des refoulements et des tensions sociales réelles. Il faudrait davantage regarder en soi.

Plus je pense à cet attentat contre Pauline Marois (et contre le PQ?) et à tous les autres, plus je me dis qu’en fait, l’action concertée contre la violence est LA première des politiques. Le rôle de la politique est de structurer, de tempérer, d’orienter, d’écouter ou d’influencer notre vie en société, c’est le difficile art de gouverner. Peut-être même devrais-je aller plus loin en affirmant que le/la politique sert essentiellement à canaliser la violence inhérente aux rapports et aux désaccords humains ? On oublie trop souvent que la politique est le fondement même des décisions quant à tous nos rapports sociaux et économiques et que l’ignorer ou en rejeter ses manifestations les plus visibles nous conduit droit dans le mur.

« Les faibles ont recours à la violence en la pensant force. » Eric Hoffe

Références :

http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/358768/nous-sommes…

http://www.radio-canada.ca/emissions/plus_on_est_de_fous_plus_on_lit/2012-2013/chronique.asp?idChronique=243748

Mes corps bruts

rassemblement d'espaces

le Blogue de la Bibliothèque publique de Pointe-Claire

Programmation pour adultes et audiovisuel

REEF

Life in the vast human ocean

Club de lecture en ligne

4 out of 5 dentists recommend this WordPress.com site

El blog de Gabrielvl

Memoria de cosas valiosas, interesantes, divertidas o bellas

savoymedia

OSER le dire, OSER l'écrire, OSER le lire, OSER comprendre!

Humeurs Numeriques

Qui suit un autre, il ne suit rien : Il ne trouve rien : voire il ne cherche rien. (Montaigne)

Politique scolaire québécoise

La démocratie, en milieu scolaire???

blog OcraM

barbos . photos . blablas

%d blogueurs aiment cette page :