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La Tricoteuse du peuple avec Marie-Eve Labrecque du COSSL lors du lancement des projets pour le 375e de la ville de Montréal. Crédit photo : TCmédia/Isabelle Bergeron

Samedi dernier avait lieu le lancement de la centaine de projets culturels et communautaires dans plusieurs quartiers de Montréal, en prévision des festivités de son 375e anniversaire de fondation, l’année prochaine (1642-2017).

J’y participerai avec mon personnage de Tricoteuse du peuple et avec un nouveau Tricot du peuple d’une nouvelle couleur (le premier, rouge et jaune a été tricoté lors du Printemps érable avec Occupons Montréal et lors des Journées de la culture avec le grand public), mais cette fois-ci  dans le quartier de St-Laurent en collaboration avec la Table de concertation des organismes d’aide aux immigrants, le COSSL, à l’invitation de Marie-Eve Labrecque.

Notre projet est l’un des deux projets retenus pour ce quartier et l’un des 102 projets locaux choisis par des comités culturels de la Ville de Montréal parmi les 326 reçus. Le journal du quartier a couvert cet événement et j’ai eu l’occasion d’en donner plus de détails. J’y réaliserai des performances axées à la fois sur l’art de la conversation et sur l’art du tricot populaire : le tricot ensemble, comme geste et rêve en commun, comme prétexte à la conversation sur ce que les gens désirent dans leur cœur pour l’avenir du peuple. C’est souvent fascinant ce que les gens ont à dire ! Ainsi le Tricot du peuple comme maillage collectif, toujours le même tricot d’une place à l’autre, avancera de quelques mailles, de quelques rangs, de quelques idées, de quelques nouveaux contacts et échanges à chaque rencontre et nous retisserons ainsi le tissu social si fortement abimé ces dernières années…

J’animerai ainsi des ateliers auprès des membres de divers groupes communautaires, dont de nombreux immigrants de ce quartier, pour favoriser l’échange entre les communautés culturelles, francos, anglophones et Premières nations du quartier. Ce travail-tricot collectif servira, à la fin de l’année, d’habillement pour le mobilier public de la Ville dans leur quartier de St-Laurent, probablement sur une nouvelle place publique appelée «Une place pour rêver», actuellement en construction, en arrière du métro Côte-Vertu. Enfin, un autre aspect de mon travail plus à long terme est l’écriture de ces rencontres en couchant sur papier à la fois expérience vécue et perles de la sagesse populaire. Voir http://journalmetro.com/local/saint-laurent/actualites/982680/celebrations-entre-modernite-et-tradition/

Plus de détails sur l’ensemble des projets au http://www.375mtl.com/devoilement-programmation-quartier/  et dans l’onglet ci-haut  «Tricot du peuple».

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Le Tricot du peuple (détails) fait par le peuple, 2012-2015. Médiatrice et artiste : Ève Marie

Pour pousser plus loin votre réflexion sur l’importance de la conversation sociale dans une société anomique, solitaire et déstructurée sur le plan des relations humaines comme celle tristement devenue la nôtre, saviez-vous que :

«Selon Paul Hawken, auteur et activiste écologique, nous ne sommes conscients ni de notre importance ni de notre valeur dans notre société désordonnée et déstabilisée. » « Il n’est pas facile pour chacun d’entre nous de se sentir relié aux autres, de comprendre ce monde désordonné et déstabilisé et d’y trouver sa place. Bien des gens se demandent : Que puis-je faire? Par où commencer? À qui parler? Comment comprendre ce qui se passe? Comment tout cela me concerne-t-il?»

«La conversation est peut-être un des moyens les plus efficaces d’apprendre, de créer des liens et de trouver un sens à toute chose. Ce sont bien souvent les conversations informelles, plutôt que les propos structurés dans les salles de classe, les nouvelles du bulletin de 18 heures ou les petites phrases de 30 secondes énoncées par des experts, qui nous en apprennent le plus sur le monde. Pour la plupart d’entre nous, les conversations sont au cœur de nos relations. Elles constituent le principal moyen de communiquer avec nos amis, notre famille et même des inconnus dans l’autobus.» Elisabeth Hall, Percolab, Montréal, http://www.percolab.com/des-conversations-qui-recr%c3%a9ent-le-monde/

 

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Crédit photo : Ève Marie 2011

Crédit photo : Ève Marie 2011

Vite il faut que j’écrive ce texte avant de revenir à la « normale ». Ce sera difficile de communiquer avec vous (de me faire bien comprendre), précisément pour cette raison. Dans un état normal, on oublie profondément la vérité spirituelle du corps et de ses émotions véritables.

Quelqu’un comme moi qui va vous parler de ça vous semblera au mieux trop différente de vous, voire déconnectée, au pire carrément folle ou n’importe quelle raison (rationnelle)  pour vous faire croire à la partie de vous-même qui dirige que je suis dans le tort, au moins un peu. Et il y aura aussi sans doute quelques personnes, plus rares, qui diront avoir déjà vécu ce que je vais décrire.

Même moi qui me relirai dans quelques jours trouverai que j’exagère…

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Effet de noir. Crédit photo : Ève Marie 2011

Alors, mise en garde faite, lisez ce texte la nuit, entre deux rêves, au moment précieux où la simple vérité émerge parfois, où vous vous souvenez peut-être que vous êtes le plus ou le mieux relié à votre être. Si vous n’avez jamais vécu cette expérience, je m’inquiète pour vous. Vous êtes déjà peut-être juste devenu une bonne machine à produire et vous perdez votre temps à lire ce stupide texte…

Pour les autres, il y a de l’espoir. Alors suivez mon histoire, banale et étrange à la fois.

Je relève d’une pneumonie qui m’a gardée plus de deux semaines à la maison. La dernière fois que j’ai eu ça, j’avais 6 ou 7 ans. Ça cogne. Je me suis donc considérablement affaiblie avant d’aller chez le médecin et sans m’en rendre compte, mes perceptions ont changé.

J’ai beaucoup écouté la radio et la télévision, Radio-Canada (le média d’État au Canada) et dernièrement une radio privée COGECO 98,5FM (Arcand). J’ai redécouvert la télé que je regarde très peu depuis quelques années, à part un ou deux téléromans comme 30 vies (vie dans dans une école secondaire). Pendant cette maladie, j’ai suivi Les Pays d’en haut (sorte de faux western imitant la vie des colons Canadiens-français de la fin du XIXe s.), Ruptures (histoires d’avocats), un vieil épisode d’Unité 9 sur Internet (vie des femmes en prison), Tout le monde en parle (talk-show), Virtuose (Grégory Charles et ses jeunes talents de musique), des bouts des Enfants de la télé (talk-show avec des vedettes), Les pêcheurs (histoire de gars au chalet, vedettes de l’humour), des bouts aussi de Prière de ne pas apporter de fleurs (talk-show pour rendre supposément hommage à un ami artiste). À la radio, j’ai écouté Gravel le Matin (émission réveil-matin), Médium large (entrevues diverses), La sphère (TIC) et surtout les trois spectacles supposés comiques de la fin de semaine pour me divertir, À la semaine prochaine et La soirée est encore jeune. Et sans parler des pubs…

Et je n’en suis pas revenue ! J’étais devenue comme une extra-terrestre de ce monde, c’est comme si je débarquais d’une autre planète pour les émissions de fiction et d’humour. Comme le monde a changé. C’est clairement une autre génération qui écrit. MA génération. Y’a eu comme un passage que j’avais raté jusqu’à maintenant. Mais, c’est beaucoup plus que cela.

Comme le monde a changé ! Mais quoi ? demandez-vous… elle va-t-y accoucher ?

Eh bien, dans l’état d’hypersensibilité où je me trouvais, en particulier lorsque la toux a commencé, chaque phrase humiliante, méchante, ‘impathique’(non empathique extrême), chaque ironie, idée à l’envers, sarcasme, fausse gentillesse remplie de sous-entendus dont on n’est pas certain exactement, bref chacune de ces sentences entendues ou chaque mini-pensée négative déclenchaient chez moi un micro-malaise interne qui déclenchait à son tour une quinte de toux (je ne me suis pas rendu compte du phénomène tout de suite, je vous le redis ma conscience était altérée). Jamais encore je n’ai constaté à quel point toutes ces sales choses influencent en profondeur ma psyché et de là, mon corps (à moins que ce ne soit l’inverse, mais peu importe). Ou, au contraire, chaque petit bonheur, comme ces jeunes qui jouent de la musique, faisait couler quelques larmes de joie. Jamais je n’avais constaté si évidemment la relation entre le corps et l’esprit…

«La maladie abat de son côté bien des certitudes, la mort ne s’accommode d’aucune vérité qui se veut plus grande qu’elle, elle ramène tout à zéro.» Boualem Sansal, 2084

Surtout, je réagissais intensément à la moindre vibration négative, ciel noir ou gris me tombait sur la tête ou plutôt sur le cœur, mais je n’ai pas eu de nausée, juste le besoin de cracher, d’expurger, de sortir quelque chose, le méchant peut-être. IL faut dire que les médias ne sont pas les seules responsables de ma réaction. J’ai eu dernièrement des déceptions amicales très très sérieuses qui m’ont rendue malade.

Surtout, ce qui m’a frappé, c’est de voir et entendre combien le « bitchage » est devenu la norme dans les communications des émissions à la mode, façon de dévaloriser le plus possible les autres pour se remonter soi-même. En particulier entre hommes, qui semblent avoir pris pour modèle les pires défauts des femmes… Et la norme est d’en rire, et de faire semblant, même si ça blesse; mais en fait, sans doute ne sont-ils pas blessés puisque tellement bardés de couches et de couches de protections qui font qu’ils ne ressentent tout simplement plus rien ou presque (comme le font chimiquement tous les antidépresseurs) et tous ils continuent le jeu, relançant généralement l’affaire de plus belle.

J’ai retenu une réplique qui ‘punche’ dans Ruptures. Isolée comme ça, elle est vraiment bonne, assassine et bien écrite, mais le problème dont je vous parle ici, c’est que des variations de cette ligne se répètent ad nauseum dans la plupart des émissions comme nourriture que vous prenez dans ces programmes. Le danger croit avec l’usage… Ça risque de vous rendre malade à micro-doses. Voici la situation de cette réplique : dans l’ascenseur, une avocate reproche à son associé d’avoir cherché à l’humilier devant les actionnaires, puis lui dit qu’elle a enfin repris le contrôle d’un des dossiers difficiles et lui . Son associé lui répond, imperturbable :

– Excuse-moi, je suis debout, alors je ne peux pas faire de standing ovation.

Comment la trouvez-vous ?

Maintenant, imaginez cela répété sous toutes les formes plusieurs fois par jour.

grenouille au formolLes téléspectateurs et les auditeurs (sans parler des contenus des médias écrits et des scripteurs/lecteurs sur les réseaux sociaux) sont-ils devenus cette pauvre grenouille dans un pot qui se réchauffe si lentement qu’elle finit par y mourir, avant même d’avoir pu se ressaisir, se rendre compte qu’elle était en danger de mort et faire le saut salvateur ?

À la longue, tout ce type de communication vraiment nulle, est-il une sorte de drogue que le public redemande, pensant se défouler sur le coup, mais le rendant de plus en plus insensible ? Comment se fait-il que ce soit si à la mode maintenant, que cela attire dans un cercle vicieux d’autres auteurs ou humoristes avec ce genre d’écriture ? Et qui se plaignent à la télé qu’ils ont de moins en moins de liberté pour écrire… Les pauvres ! Je pense à la débile revue de fin d’année du Bye-Bye 2015 (et pour laquelle j’ai fait un billet)(1).

Comprenez-moi bien. Il en faut pour tous les goûts, je suis d’accord. Il s’agit d’un média généraliste. Mais quand ils dominent le punch-line à ce point, y’a de quoi s’inquiéter, avec toutes ces sortes de prédateurs ou passif-agressifs en puissance, montés aux nues par les sacro-saintes cotes d’écoute. N’y a-t-il plus d’autres «modèles» d’être humains ? Le pire, je crois, ce sont les non-fictions, où les protagonistes se ‘bitchent’ agréablement à qui mieux mieux. Ben oui, c’est si drôle, mieux vaut en rire que d’en pleurer, n’est-ce pas ? S’en rendent-ils compte, eux/vous, leurs admirateurs, qu’ils finissent par devenir eux-mêmes ces personnages au travail, en amitié, en amour, en famille ? Que les rapports sociaux, le tissu social même se détériorent doucement, innocemment, dans le bocal et qu’ils en sont un des artisans, ce qu’ils prétendent parfois dénoncer par leur art ? Je croyais, après le Printemps érable, qu’on en avait fini avec le cynisme, mais non. Tous ceux qui l’ont dénoncé et qui ont mis sur la table leurs vrais rêves et leurs sensibilités sont rentrés se terrer à la maison et se taisent à nouveau. J’exagère ? Souvenez-vous : je ne suis pas en ce moment dans mon état normal : mais peut-être que je suis dans mon vrai état d’être vraiment humain.

Gloup ! La maladie m’aura permis d’ouvrir au moins un œil. Dieu merci qu’il me reste encore assez de force pour m’en indigner. Mais s’indigner ne suffit pas. Il me reste encore assez de conscience pour chercher des nourritures qui vont véritablement nourrir mon cœur et mon âme. Mais chercher seule, ça ne donne rien, parce que tout le reste continue à se détériorer…

Bonne chance ! Ben oui, après un tel alignement des chances, il me faut m’acheter un billet de loto 6/49, comme dans la pub. Ça c’est the solution monsieur !

Voyez ! J’ai presque attrapé leur maladie ! Je redeviens normale, sauve qui peut !

Partout Faust et Macbeth rôdent. Et sous les plus jolis traits, les plus spirituels parfois. Ne vous laissez pas berner !

C’est si facile de perdre son âme !

« Bizarrement, les gens ne sont plus qu’attirés par la beauté que lorsqu’ils vivent des tragédies ou des déceptions.» Rostropovitch (1927-2007)

… Suite dans mon prochain billet

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(1) https://evemarieblog.wordpress.com/2016/01/02/vraiment-bye-bye-bye-2015-a-radio-canada/

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« Quand chaque femme fait honneur au Soi, de la façon la plus dépouillée possible, l’énergie créatrice devient disponible pour l’ensemble, et cette énergie contribue aux changements qui soutiennent les transformations de l’humanité. Lorsque les femmes ne seront plus perdues, à demander aux autres de leur dire ce qu’elles devraient faire ou comment elles devraient vivre, il y aura de grands changements dans notre monde » Jamie Sans, «Treize mères originelles»

« L’inhumanité infligée à un autre détruit l’humanité en moi. » Emmanuel Kant

 

Je vous propose ici de (pour)suivre une réflexion sur le pouvoir dans les groupes, pour faire suite à une publication à la une d’aujourd’hui du journal Le Devoir (Montréal) qui se penche sur une des stratégies d’empowerment (ou libération de l’aliénation du peuple) : « Se libérer sans vous, se libérer de vous » (1) et pose des questions sur les actuelles imprécations du «Vivre ensemble».

En revenant sur une réflexion et expérimentation à ce sujet vécue au sein de la mouvance Occupy / Occupons Montréal en 2011-2012, la question du pouvoir se pose notamment dans la mixité ou non-mixité des (sous-)groupes militants. Question pour laquelle j’avais des sentiments tiraillés. Autrement dit, quelles sont les circonstances qui font qu’on choisit délibérément de militer dans un groupe non-mixte, comme un groupe de femmes, un groupe de Noirs, un groupe autochtone, un groupe gay ou queer, et même certains syndicats, etc., bref toutes ces «minorités» marginalisées où on vit, d’une manière ou d’une autre, une forme d’oppression face à la majorité ou à un groupe dominant, que ce soit l’exclusion sociale comme le sexisme, le racisme ou l’homophobie ou encore l’exclusion économique, politique ou religieuse. Vaste question…

J’aimerais alors partager ici d’abord quelques extraits significatifs de cet intéressant article du Devoir (1) que voici, suivi de mon billet.

« Constamment déçus par l’idéal d’une société  ‘juste’ qui leur est projetée encore davantage en ces temps de crise et de paupérisation, certains groupes pensent plutôt l’émancipation comme « la séparation d’une société fausse ». Ségolène Roy, blogueuse

« De telles pratiques peuvent mettre à l’abri certaines petites communautés pendant une période, mais à la longue, elles tendent à pénaliser les personnes qui en font partie en les privant de réseaux sociaux performants et en limitant la mobilité sociale.» Pierre Anctil, prof d’histoire, Université d’Ottawa

 

Quelques grands-mères et un grand-père font le résumé de leur cercle de parole.Crédit photo : Vincent-René

Quelques grands-mères font le résumé de leur cercle de parole puis plus âgé grand-père clôt la journée par un dernier témoignage, lors du cercle autochtone/non autochtone MITSHETUTEUAT, avril 2014. Crédit photo: Vincent-René

« Greg Robinson tempère en disant que ‘c’est un argument fort de demander comment les [personnes racisées] peuvent espérer mériter le respect ou l’égalité si elles n’ont pas les moyens de gérer leur propre mouvement. En revanche, c’est un argument fort de dire qu’on ne casse pas l’exclusion raciale par un mouvement exclusif.’» G.R., professeur d’histoire, Université du Québec à Montréal

« En tant que membre du groupe dominant, il est difficile pour les hommes cisgenres (nés de sexe mâle et s’identifiant au genre masculin) qui souhaitent se joindre au mouvement [féministe] de comprendre le refus de leur présence par les féministes. Car grandir et évoluer en tant qu’homme n’inclut pas – ou très peu- l’expérience de refus ou de rejet.» Sophie Chartier, journaliste, Le Devoir

Cercle afroaméricain. Angela Davis wanted_Black Panthers

Black Panthers

Une fois par année, le collectif radical Les Hyènes en jupons fait une manifestation non mixte à Montréal et les femmes reçoivent dans la rue des salves d’insultes misogynes de la part des passants et des policiers :

« À la question ‘pourquoi ça dérange ?’ Laura (nom changé) hésite. ‘Je pense que la non-mixité politique fait voir aux hommes qu’ils risquent de perdre certains privilèges.» « On l’utilise [notre groupe de femmes non mixte] comme lieu de ressourcement ». Laura, militante, Les Hyènes en jupons

Dans les groupes non mixtes (safer spaces), « On gagne des espaces intimes de confiance. Mais attention, les groupes non mixtes ne sont pas nécessairement dénués d’oppression. Il reste des rapports de pouvoir et il faut sans cesse les remettre en question.» Stéphanie Mayer, chercheuse en sciences politiques à l’Université Laval (2)

« Toutes trois soutiennent qu’il est important de remettre en question fréquemment les tactiques.» Sophie Chartier, journaliste, Le Devoir (1)

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1re assemblée générale d’Occupons Montréal au Square Victoria, rebaptisé «Place du peuple», 2011

La mouvance Occupons Montréal a expérimenté et réfléchi aussi sur cette façon de militer, et dont voici un résumé (3) :

– Concept d’espaces sécuritaires (safer spaces) pour soi et entre-sois : modèles de justice communautaire ou réparatrice (ni policière ni étatique), analyse et dénonciation de l’oppression vécue dans notre propre organisation : comment changer les dynamiques de pouvoir ? Sortir de l’aliénation par notre prise de conscience, on arrive enfin à ce niveau où on est prêt à développer une méthodologie concrète.

– Sortir de la culture l’hyper sécurisation pour exister dans l’espace public et psychique; trouver un équilibre entre sécurité/insécurité. Se défaire de la peur aussi qui nous est inculquée par le gouvernement et autres, en donnant une réponse originale à la violence de la marginalisation.

 

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Assemblée générale d’Occupons Montréal. Fabrice Marcoux, Mikelaï Cervera et Ben Godin anime un cercle sur les «Engagements», réflexion menée par le Comité de philosophie politique, 2012. Crédit photo: Ève Marie

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J’ajoute aujourd’hui ma réflexion et expérience sur le tissus social et la communication nonviolente qui a muri sur ce sujet.

Ce qui me frappe d’abord dans ces analyses, c’est l’absence complète de référents intra-personnels. Toute l’analyse est axée sur des dynamiques interpersonnelles, sociales ou politiques, au mieux groupales. Pourtant, ce sont aussi des individus qui exercent ce pouvoir. En effet, pourquoi toujours cette dichotomie tellement binaire entre sociologie et psychologie ? Dans quelle aliénation les relations de pouvoir nous mènent-elles ? Comment s’en sortir ? N’y a-t-il pas lieu de s’interroger sur les sources de ces relations de pouvoir ? Si tous les humains ont, certains plus que d’autres il s’entend, à un moment ou à un autre, vécu une relation de pouvoir avec un autre ou des autres, soit comme oppresseur, soit comme opprimé, soit les deux en même temps, n’est-ce pas là aussi un reflet de notre propre esprit et de la façon dont nous nous traitons nous-mêmes, soit la domination d’une partie notre psyché (l’ego par exemple) sur une autre partie? N’y a-t-il pas lieu de se demander comment une telle mécanique (?) se développe dès l’enfance et si elle n’est pas, à son tour, encouragée par certaines postures ou dynamiques familiale, sociale ou politique ? N’y a-t-il pas lieu aussi de chercher aussi du côté des neurones-miroirs qui seraient à la base du développement des langues humaines et du développement de l’aversion, de l’empathie et du désir mimétique (4) ?

Si la fin du XXe s. et une partie de XXIe siècle sont et seront dominés par une forte recherche identitaire menant à la fois à des évolutions individuelles ou nationales ET à des dérives communautaristes, voire sectaires, voire terroristes, il y a fort à parier que ce champ de recherche, d’expérimentation et de philosophie qui, pour l’instant, n’est que l’apanage d’avant-gardes, deviendra un thème fort de notre siècle si bouleversé.

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J’en profite pour remercier l’artiste, poète et militante Koby Roger Hall pour m’avoir fait connaitre ce concept de «safer spaces» et ces pratiques pour la 1re fois, lors d’une réunion bilan d’OM. Elle a tenu, notamment, avec Frédéric Biron Carmel et la galerie SKOL  un site d’«archives vivantes » d’Occupons Montréal. Plus de détails au http://skol.ca/wp-content/uploads/2012/08/feuillet_koby_fred_angl1.pdf et https://www.facebook.com/occupymontreal/posts/143543362450865 et http://www.rcaaq.org/html/fr/actualites/expositions_details.php?id=15600

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(1) Texte au complet au http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/457146/se-liberer-sans-vous-se-liberer-de-vous

(2) Auteure du mémoire « Du ‘nous femmes’ au ‘nous féministes’ : l’apport des critiques anti-essentialistes à la non-mixité organisationnelle »

(3) Voir mon billet du https://evemarieblog.wordpress.com/2012/09/16/occuponsmontreal-bilan/ et publié également dans la revue Possibles, au http://redtac.org/possibles/category/du-printemps-arabe-au-printemps-erable-un-nouveau-cycle-de-luttes-sociales-vol-36-no-2-hiver-2013/section-i-du-printemps-arabe-aux-indignes/

(4) 1996, Giacomo Rizzolatti et Corrado Sinigaglia, http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/neurones-miroirs-i-une-decouverte-48805 :

«Chez l’homme, on a observé la présence des neurones miroirs dans le cerveau encore immature du jeune enfant. Et chez l’adulte, ces réseaux miroirs apparaissent comme bien plus développés que chez les autres primates. Ce détail semble anodin et couler de source puisque le cerveau de l’homme est bien plus gros que celui des singes. Mais le fait que les neurones miroirs y soient très développés n’est pas fortuit. Car tout dispositif naturel possède une contrepartie fonctionnelle et si ces neurones sont présents en nombre, c’est sans doute parce qu’ils ont un lien avec ce qui sépare l’homme de l’animal. La raison et le langage aurait dit Aristote. Et plus généralement, l’intersubjectivité. »

«Voici ce que déclare Robert Sylvester, écrivain des sciences « La découverte des neurones miroirs est absolument renversante. C’est aussi la découverte la plus importante et elle est pratiquement négligée parce qu’elle est si monumentale que nul ne sait qu’en faire »

«Le neurone miroir est en fait multifonctionnel. Et semble fonctionner selon trois modes, le négatif, suscitant l’aversion et donc, porteur de différenciation ; puis le neutre, disons la cognition empathique, détachée de force attractive ou répulsive ; enfin le positif, lieu où le désir se fait mimétique et où le danger de conflit se dessine. »

«Il existe une sorte de mécanique, voire de dialectique des miroirs. En fait, un processus de renforcement, de surenchère, que Bateson avait du reste découvert dans les conflits»

«Et les oiseaux ? N’avons nous pas un mécanisme de ce type [mimétisme] lorsque deux moineaux se disputent une miette de pain ? Et aussi dans la genèse des langages que ces subtils animaux ont pu déployer pour communiquer à travers le champ. Ce qui nous ramène à l’homme et une question sur l’origine du langage. Selon Rizzolatti, les mécanismes miroirs font que des actions deviennent des messages sans médiation cognitive (sous entendu, rationnelle) Si bien que le mécanisme miroir pourrait être à l’origine de la genèse du langage. En permettant notamment qu’un message émis devienne pertinent pour son récepteur. »

Daniel Goleman, auteur de «L’intelligence émotionnelle» a aussi beaucoup aborder ce sujet des neurones miroir dans son livre.

 

 

 

Montréal, aux abords du métro Mt-Royal, 27 septembre ’14.

La tricoteuse du peuple au métro Mt-Royal, Montréal, sept. 2014, pendant les Journées de la culture. Crédit photo: Laurent Dansereau

Montréal, Plateau Mt-Royal, aux abords du métro. Il fait spécialement chaud et beau, bien sûr, les gens sont de très bonne humeur. En même temps, il y a un musicien et il y a deux comédiennes qui lisent du Michel Tremblay un peu plus loin ainsi qu’un mini groupe de manifestants au sujet des trainées suspectes très polluantes de petits avions supposés induire le climat. Belle ambiance culturelle sur la Place!

La tricoteuse du peuple enseigne à un garçon, métro Mt-Royal, Montréal, sept. 2014

La tricoteuse du peuple enseigne à un garçon, métro Mt-Royal, Montréal, sept. 2014. Crédit photo: Laurent Dansereau

À peine arrivée, je n’ai pas le temps de me faire mon « masque » de laine… qui sera très léger aujourd’hui vu la chaleur, que déjà des curieux et surtout des curieuses (peu d’hommes viennent tricoter aujourd’hui) m’approchent pour me demander ce que je fais, c’est quoi le Tricot du peuple, annoncé sur mon affiche par terre. Il y a les vraies tricoteuses qui me montrent des points en me donnant de bonnes adresses pour la laine ou de réseau social comme Ravelry, tout en échangeant sur le sort du monde. Il y a une maman (sur la photo) qui est venue spécialement avec ses enfants, car elle avait beaucoup aimé l’activité d’un groupe de tricot-graffiti, Les Villes-Laines, à l’école de ses enfants. Il y a cette dame et son mari qui me raconte sa vie. Une chinoise accompagnée par son mari francophone, mais qui ne parle pas français et avec qui j’essaie de converser en anglais, mais elle préfère se concentrer sur le tricot, alors je la laisse; une femme voilée qui veut faire tricoter sa fille très timide. Il y a ce jeune homme qui veut apprendre comment tricoter et insiste pour me donner des carottes avant de partir quand je lui dis que je n’ai pas encore diné, ou cet artiste-peintre qui arrive d’une perfo dans le cadre aussi des Journées de la culture et qui a envie de partager et plusieurs autres. Deux heures debout en bougeant peu, en plein soleil chaud, à converser et à montrer à tricoter, c’est une discrète performance pour moi, mais quand même qui me rentre dans le corps après; surtout, je raffine l’art de la conversation. Je me trouve meilleure, depuis le temps -depuis mes débuts en 2012, j’ai refait cette perfo 10 ou 15 fois dans différents contextes, le plus souvent dans le cadre de manifs et événements sociopolitiques. Aujourd’hui le thème qui ressort tourne autour du geste de donner/recevoir : plusieurs personnes l’ont soulevé d’elle-même, sans que je le suggère.

Affiche du Tricot du peuple, Montréal, sept. 2014

Affiche du Tricot du peuple, Montréal, sept. 2014. Crédit photo: Laurent Dansereau

La tricoteuse du peuple discute avec une participante, Montréal, sept. 2014. Crédit photo: Anatoly Orlovsky

Le lendemain, aux abords du métro de l’Église à Verdun, près de chez moi cette fois, du jeune homme engagé qui me parle de son souvenir du printemps érable qui reste mémorable et gravé à jamais dans son cœur, aux personnes âgées, plus nombreuses dans ce quartier, à une jeune femme d’origine indienne, j’ai des conversations particulièrement passionnantes : je n’en reviens toujours pas de la sagesse du peuple. Les gens très isolés par la vie urbaine et contemporaine ont besoin de parler et ne dédaignent pas un brin de philosophie sociale. Mais surtout aujourd’hui plus que les autres fois : les gens s’ouvrent immédiatement à moi. Les personnes conversent entre elles, si bien que nous finissons par former un miniclub social au coin de la rue, car il y a des bancs, mobilier urbain essentiel pour les rencontres de voisinage autant que pour le repos des passants. À quelque distance, un homme parle en anglais de moi et de mon tricoteur sur son cellulaire,  et ne tarit pas d’éloges, il décrit en détail mon costume et sa couleur (safran), comme étant la couleur des bouddhistes. J’ai l’impression d’être un personnage de film. Il ne sait pas qu’on entend presque tout son échange… À un moment, mon tricoteur me dit : il parle de vous. Alors je me tourne vers l’homme et je lui dis avec un large sourire : nous vous entendons! Je lui fais signe avec un tricot dans les mains de se joindre à nous. Interloqué, il me fait signe que non, continue quelques mots au téléphone puis s’éloigne en parlant… malheureusement. Mon tricoteur expert, un homme de 75 ans me raconte que son frère est mourant et qu’il est son exécuteur testamentaire, avec plusieurs tableaux de grands peintres chez lui et que cela lui pèse. Une femme plus âgée encore nous raconte son combat pour se faire respecter par le personnel soignant, considérant que leur méthode de bandage de sa jambe n’est pas adéquate. Elle nous montre sa jambe… vraiment très enflée et un grand oh! sort de nous. Elle nous dit « c’est mon corps après tout! Alors maintenant je fais à ma façon ». Difficile de croire qu’une jambe puisse être enflée à ce point et qu’elle puisse encore marcher! Quand même un peu inquiète, je lui demande pendant combien de temps ils ont mis des bandages et elle me répond : 2 ans!

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Ève Marie, la tricoteuse du peuple, sept. 2014. Crédit photo: Anatoly Orlovsky

Je constate, plus que jamais avec mon costume, mon maquillage coloré et soutenu et mon masque, que je projette sur les gens l’archétype de l’artiste, voire du clown (comme me l’a fait remarquer une amie) : cela met les gens immédiatement en confiance et je sais mieux comment la développer par mon écoute attentive, mes commentaires ou questions appropriés. Aujourd’hui et hier un peu aussi, on me parle surtout de paix. Ma nouvelle approche est de demander comment elles font pour appliquer ceci ou cela tous les jours dans leur vie quotidienne… Vaste sujet!

Les tricots du peuple, détails, 2014

Les tricots du peuple, détails, 2014. Crédit photo : Laurent Dansereau

Les tricots avancent très lentement à coups de quelques mailles à quelques rangs à chaque fois par les passants. Sont encore en cours les deux tricots d’origine, rendus à environ 75 X 40 cm. L’un est rouge (+ un peu de jaune), couleur du mouvement des carrés rouges de 2012 et l’autre est jaune (+ un peu plus de rouge), couleur du mouvement Occupons/Occupy de 2011.  Les deux couleurs mélangées symbolisent l’union et la relation qu’il y a eu entre les deux mouvements. Quelquefois, je tricote quand il n’y a personne qui vient ou lorsque la personne renonce à tricoter et préfère seulement me parler. Mais ils sont presque entièrement tricotés par des passants ou des participant.e.s à des actions sociopolitiques. Je dis aux gens : ces tricots dégagent une très bonne énergie, mais la plupart du temps, ce sont les gens qui me le disent spontanément. Un 3e tricot est terminé, il a été fait par ma cousine Julie-Élaine Roy (militante bien connue des Sourds et malentendants du Québec, initiatrice avec Raymond Dewar er Paul Bourcier de la langue des signes québécoise LSQ) pendant le printemps étudiant de 2012, alors qu’elle ne pouvait pas sortir pour prendre part aux manifestations devenues mouvement social. C’était sa façon à elle, me dit-elle, d’y participer, d’encourager le mouvement et de canaliser son indignation devant la réaction politique du gouvernement et celle des policiers.

Les gens me demandent ce que je ferai de ces tricots : je leur réponds qu’un jour (mais je ne suis pas pressée), je les exposerai. Hier, une dame qui avait déjà tricoté pour un abri d’itinérants me donne l’idée d’en donner un à un de ces organismes, d’autant plus que quelques itinérants y ont participé, à la Place Émilie-Gamelin, lors de ma 1re perfo (voir mon article de juin 2012).
Aujourd’hui le soleil est moins chaud, alors lorsqu’un ami, Anatoly Orlovsky, venu pour faire quelques photos et une amie voisine passée là par hasard, nous nous attardons un peu au plaisir de la douceur du temps, mes affiches rangées. Jacinthe nous raconte à quel point la mauvaise situation de la langue française à Montréal la met au bord de larmes, bilinguisme larvé et début d’assimilation, mais que sa situation personnelle ne lui permet pas, pour le moment, de militer.

Je vais revenir ici s’il y a encore de belles journées d’automne.

Ève Marie, 10-10-14

Effet noir

Effet noir 1. Crédit photo : Ève Marie

Quiz. J’ai fait exprès de ne pas mettre le titre entre guillemets. Pour que vous pensiez d’abord, peut-être, que je parle du monde d’aujourd’hui. Mais non, alors, qui a pu écrire cela ? Et surtout à quelle époque, et où ? Voyons encore :

«Tous ces enfants étaient des gouttes de sang brûlant qui avait inondé la terre; ils étaient nés au sein de la guerre, pour la guerre. […] Ils n’étaient pas sortis de leurs villes, mais on avait dit que par chaque barrière de ces villes on allait à une capitale d’Europe. Ils avaient dans la tête tout un monde; ils regardaient la terre, le ciel, les rues et les chemins; tout cela était vide, et les cloches de leurs paroisses résonnaient seules dans le lointain.»

Alors qui… ? Essayons encore de trouver.

«Trois éléments partageaient donc la vie qui s’offrait alors aux jeunes gens : derrière eux un passé à jamais détruit, s’agitant encore sur ses ruines, avec tous les fossiles des siècles de l’absolutisme; devant eux l’aurore d’un immense horizon, les premières clartés de l’avenir; […] le siècle présent, en un mot, qui sépare le passé de l’avenir, qui n’est ni l’un ni l’autre et qui ressemble à tous deux à la fois, et où l’on ne sait, à chaque pas qu’on fait, si l’on marche sur une semence ou sur un débris.

Voilà dans quel chaos il fallut choisir alors; voilà ce qui se présentait à des enfants pleins de force et d’audace, fils de l’empire et petits-fils de la révolution.»

Magnifique, n’est-ce pas ? Vous avez deviné au moins l’époque ? L’absolutisme, ici, c’est celui du roi, les guerres sont les campagnes napoléoniennes en Russie et en Égypte, et la révolution, c’est la française de 1789.

Alfred de Musset, vers 1840, France

L’auteur : un «romantique» (1) par excellence, Alfred de Musset, dans «Confession d’un enfant du siècle, 1836 (sous le retour du dernier roi de France, le prince Louis-Philippe 1er).

N’est-ce pas troublant, ces retours de cycle, mais un pas plus loin, non pas la répétition défaitiste de l’histoire, mais une spirale qui repasse par le même endroit, mais sur un point supérieur ou inférieur ?

Notre monde en ruines. Si vous ne l’aviez pas encore constaté, soit vous vivez sur une autre planète, dans une bulle très fermée, soit vous êtes si occupé(e) par votre travail que tout le reste n’est que déni ou ignorance, soit… et quoi encore? Dans d’autres articles, j’ai eu l’occasion de traiter de la vision du «verre à moitié plein », d’un monde qui annonce à peine déjà quelques lueurs non pas d’espoir, car je suis marquée par ma génération du «no future», mais d’un refus du défaitisme et de la résignation au pire.

Somnifères, antidépresseurs, tranquillisants. Les vrais dangers. Crédit photo : Nouvel Obs

Somnifères, antidépresseurs, tranquillisants. Les vrais dangers. Crédit photo : Nouvel Obs

Les ruines d’aujourd’hui, c’est le regard tout aussi vrai du « verre à moitié vide ». De la consommation de tranquillisants et d’antianxiogènes qui augmente chaque année à vitesse exponentielle depuis les années 1950. Aliénation galopante ? De la moitié du monde qui n’est pas encore complètement respectée. De l’environnement qui est si détruit que même l’évocation de la fin de l’espèce humaine est régulièrement mentionnée dans des conversations sans faire sourciller!

Occupy 99% afficheDénoncés par les Indignés du mouvement Occupy dans le monde entier, les forces du marché capitaliste et les membres du 1%, principaux pollueurs de la petite planète ont perdu leur empathie pour les plus faibles à cause de leur avidité matérialiste. L’entrevue avec un de ses représentants connus, l’homme d’affaires torontois Kevin O’Leary (vedette des émissions Dragons’ Den et Shark Tank et auteur du livre (en traduction) Toute ma vérité), à l’émission québécoise «Tout le monde en parle», disait justement et sans sourciller, parfaitement convaincu dans son déni : «don’t change nothing», et… oubliais d’ajouter : for  me.

Cacerolazo_Argentina_2001-2002

Cacerolazo contre le FMI et le gouvernement et toutes les banques en faillite, Argentine, 2001, 2002.

Et ces millions de gens qui ont perdu leur fonds de pension en Argentine en 2002 (coupes du FMI), et ces milliers de Canadiens et autres, comme ma tante, qui ont perdu leurs économies durement gagnées lors de l’éclatement de la bulle Internet en 2000, ou ces millions qui ont perdu leur maison lors de la crise des hedge fund spéculatifs de marché aux États-Unis en 2008? Et les sans-abris dans nos pays riches… n’est-ce pas un scandale en soi! Et… et … et… la corruption des élites, des partis politiques? Et le cycle de plus en plus rapide des crises économiques ? Etc. Un tel égocentrisme force le dégoût et nous fait revenir au temps du Musset et des débuts du capitalisme sauvage.

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Manifestant pendant Occupy Wall Street, New-York, 2011

À la défense de ce capitaliste O’Leary cité plus haut, à la seule question non complaisante de l’animateur de télé Guy A. Lepage, il s’est cependant montré en désaccord avec le type spéculatif d’investissement en bourse, mais sans relever la contradiction dans son discours.

Des ruines, de grandes blessures au tissu social et humain… avec, entre autres, nos trop nombreuses relations jetées au moindre orage ou, à l’inverse, construites sur le mensonge et le profit personnel, gardant un silence politiquement correct sur les petits ou grands malaises vécus. Un jeune noir disait hier à ses amis, dans le métro, qu’il voulait quitter le Québec, l’Amérique pour aller vivre dans le Sud, là où les gens sont «plus humains», là où la société n’est pas basée sur «la paranoïa». Plus qu’un brin de vérité dans cette dure critique… Il disait aussi qu’il n’avait pas demandé à naitre ici parce ses lointains ancêtres avaient été amenés de force comme esclaves! Combien de générations cela prend-il pour se sentir intégré à une société ? Sur fond de tension identitaire, donc, autre ruine de notre époque. Aller plus au sud ? Évidemment le syndrome du plus beau dans le jardin du voisin est un piège à éviter… Plutôt : qu’est que je peux faire pour améliorer ou changer les choses ici, dans le pays où je vis, au lieu de la fuite en avant, car ailleurs, ce sont d’autres problèmes, républiques de bananes, et corruption endémique sous le soleil.

Manif avril 2012

Manif du printemps étudiant à Montréal, 2012. Contre les frais de scolarité. Virage à droite.

Cet «immense horizon» de Musset me fait penser aussi à ce qu’a vécu la génération des baby-boomers. Ils ont aussi connu cette internationalisation rapide avec les nouveaux moyens de communication. Puis, ont déchanté, pour la plupart, en atteignant la quarantaine ou la cinquantaine, devenant trop souvent plus égoïstes que ceux qu’ils avaient dénoncés jadis. On n’a qu’à penser à leur discours en 2012 contre les « enfants-rois » de la génération Y et contre les «carrés rouges» que le gouvernement québécois a faussement associé pendant des semaines «à la violence et à l’intimidation»… Eux qui refusaient, il y a deux ans, dans une grève historique, l’augmentation des frais de scolarité. En effet, depuis les années d’études des boomers, les frais de scolarité ont connu une augmentation largement supérieure à l’inflation, soit plus de 625 % (soit ±300$/cours universitaire). Et ces boomers critiques ont oublié que c’est toute la société qui avait payé pour leurs études universitaires entre 1968 et 1989  à… 50$ par cours. Heureusement, ce conflit (devenu par ailleurs crise sociale des «casseroles» par des lois antimanifestations) ne s’est pas transformé en fracture générationnelle, car de nombreux ainés les ont aussi supportés et encouragés. Mais quand la police tire et emprisonne nos enfants qui demandent à grands cris un meilleur accès à l’éducation, on se dit qu’il y a en effet quelque chose de pourri dans notre royaume.

Les Séguin

Les Séguin, 1975.

Et le titre ? Ne vous fait-il pas penser à une chanson, un classique des jeunes boomers des années ’70 au Québec, « Enfants d’un siècle fou » du groupe Les Séguins ? Voir http://www.youtube.com/watch?v=zDKaF4qgJco

« Semence ou débris ?» : voilà une question très contemporaine, finalement!

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Mes forts crocus, vivants sous la neige, en mars 2010, Montréal. Crédit photo Ève Marie

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(1) Le romantisme est une période littéraire, musicale et picturale européenne, exprimée par le mal de vivre de deux générations, que l’on situe généralement entre 1800 et 1850. «Le peintre ne doit pas seulement peindre ce qu’il voit devant lui, mais aussi ce qu’il voit en lui-même.» Caspar David Friedrich

Devora Neumark perfo

Performance de Devora Neumark

 

« Les performances [des années ‘90] de Devora Neumark, qui se distinguent par leur relation avec le public et leur insertion dans des lieux urbains, s’offrent comme une forme d’engagement politique et comme une volonté de donner sens à la communauté. Le travail de cette artiste rejoint sur plusieurs aspects la pensée de Walter Benjamin et la notion d’espace public tel que Hannah Arendt l’a définie : soit un espace de pluralité, d’échange de paroles et d’expériences.» Marie Fraser

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Deutsch: 100. Geburtstag Hannah Arendt, Foto und Signatur Hannah Arendt. (Photo credit: Wikipedia)

 

« Walter Benjamin interroge la perte de l’art de raconter au passage de la modernité, en évoquant justement les communautés traditionnelles où mémoire, paroles, expériences et pratiques sociales étaient partagées. Cette perte serait liée, selon lui, à l’absence de parole commune, et correspondrait également à l’éclatement si ce n’est pas à l’effondrement de la communauté.  [… Il]  attribuait une double fonction au narrateur dans la communauté [j’ajoute : conteur, quêteux, voire prêtre ou chamane] : celle de transmettre récit et expérience, mais aussi et conséquemment, de par cette médiation, celle de laisser des traces et de tisser des liens entre les individus.»MF

D’une certaine façon, il fait écho aux thèses du sociologue du début du XXe s., É. Durkeim qui remarquait que « le développement de la société industrielle avait affaibli les rapports sociaux, les solidarités et les liens directs» (voir mon blogue sur le monde numérique à ce sujet au https://evemarieblog.wordpress.com/2013/07/23/quand-lindustrie-numerique-sabote-leducation

Walter Benjamin

Walter Benjamin (Photo credit: Wikipedia)

 

« Dans cette filiation avec la tradition orale, Benjamin passait lui aussi [avant Neumark] par la métaphore du tissage pour énoncer la fondation des rapports entre les individus, essentiels à l’idée de communauté. Liens qui dépendent  autant d’une écoute que d’un échange de paroles et d’expériences : car témoigner et raconter impliquent aussi d’être témoin et d’écouter. […] Nous retrouvons là un aspect fondamental de la pensée de Hannah Arendt de faire qu’un simple geste peut devenir dans la sphère publique une action politique.» [Pour elle, voici] ce qui constitue toute la force et le pouvoir du totalitarisme : atteindre et contrôler jusque dans le domaine privé de la demeure.» MF

Perfo 2 Devora Neumark

Devora Neumark, perfo Présence, 1997

En ce sens, l’espace public doit être non seulement défendu avant qu’il ne devienne privé, mais protégé et développé. Ce sont ces espaces, qui nous permettent de rester des humains en relation avec d’autres différents de soi, et qui permettent des rassemblements soit ludiques, soit artistiques, soit… politiques, comme on l’a vu dans la prise d’assaut de la rue tous les jours par les « carrés rouges » pendant plusieurs mois lors de la grève étudiante, devenue mouvement social du printemps érable 2012 au Québec et surtout à Montréal. Avant eux, c’est ce que le Mouvement Occupons/Occupy avait aussi démontré dans sa volonté d’occuper plus de 1500 places publiques dans le monde, notamment au square Zuccotti à New York/Wall Street, et dont les occupants ont été évincés justement parce qu’ils occupaient… un espace privé, propriété de Brookfield Properties (voir http://en.wikipedia.org/wiki/Zuccotti_Park ). À Québec, ce sont les plaintes d’un propriétaire de stationnement privé sous les Jardins St-Roch à la place de l’Université-du-Québec (quelle ironie de nom!),  alors occupée depuis un mois par Occupons Québec, qui avait donné le prétexte au maire pour expulser les manifestants-campeurs.

Je pense aussi au Land Art comme une occupation du territoire, en relation avec une vision profondément écologique du lien entre tous les vivants, comme l’a montré mon grand-oncle, le biologiste et écologiste d’avant-garde, feu Pierre Dansereau.

Pierre Dansereau (1911-2011). Description from...

Pierre Dansereau (1911-2011). Description from source: « Pierre Dansereau professeur à l’Institut de biologie de l’Université de Montréal. Photographie ca 1942-1943. » (Photo credit: Wikipedia)

C’est cette double sensibilité que je développe dans mon travail de création avec mon personnage de la Tricoteuse du peuple.

  • Références :

–  Hannah Arendt, « Condition de l’homme moderne », « Le système totalitaire »

–  Walter Benjamin, « Pour le portrait de Proust », dans « Essai 1».

Student Protests; la tricoteuse du peuple

La tricoteuse du peuple, microaction «On se tricote un avenir» à la manif de soir du 1er juin 2012 contre l’augmentation des frais de scolarité et la loi 78. Crédit photo -Graham Hughes- CP

QUOI FAIRE??? Ma santé mentale, mon respect de moi-même, ma reconnaissance professionnelle sont  en jeu à mon travail, tout comme vous, probablement ? Pas question de me laisser aliéner. Je suis une professionnelle compétente, une spécialiste de ma matière, le français langue seconde, même si je n’ai pas le fameux papier qu’on m’exige subitement, après dix ans de valeureux travail. Alors, faisons deux choses ensemble : d’abord réfléchissons sur la surérogation, ces actes héroïques dont les exemples récents de Assange, Snowden, Manning, Weiwei ou Spence peuvent nous inspirer, mais créons-les à notre niveau, à notre travail de tous les jours. Partageons nos expériences d’actions «héroïques», puis créons nos propres scénarios et dispositifs de microactions grâce à de l’auto/intercoaching de groupe, en jouant au jeu du miroir, inspirées par les formes de théâtre participatif d’Augusto Boal, le théâtre de l’opprimé et par les actions de révélation collective et l’ethnométhodologie du psychosociologue Georges Lapassade (2). Voyons quelles actions citoyennes nous avons faites et celles que nous pourrions développer.

Ne plus avoir peur, tel est notre devoir. Il s’agit d’un retournement où le devoir d’accomplir quelque chose d’héroïque dans notre milieu de vie (travail, famille, réseaux) est plus important que nos droits. Précisément, accomplir de telles actions de simple héros et héroïne dans le proche quotidien, multiplié par deux, vingt, cent, mille personnes peuvent  finir par avoir un impact réel et créer un effet d’entrainement. Ces actes Ubuntu* nous permettent aussi, à un niveau spirituel, de dépasser justement notre peur et d’être les dignes enfants de ce que nos parents nous ont appris, en poussant plus loin par amour  leur propre expérience. Quand l’amour remplace la peur… on ne sait pas ce qui peut arriver de merveilleux.

* »A person with Ubuntu is open and available to others, affirming of others, does not feel threatened that others are able and good, based from a proper self-assurance that comes from knowing that he or she belongs in a greater whole and is diminished when others are humiliated or diminished, when others are tortured or oppressed » Archbishop Desmond Tutu

La tricoteuse du peuple vous invite à la RÉOCCUPATION DU COEUR DE L’ILE d’Occupons Montréal,  le 14 juillet à 12 h, au parc Molson.

Inscription sur notre meetup au http://www.meetup.com/Occupons-le-Parc-Molson-12-14-juillet-2013/

Plus d’info dans mon blogue précédent (24 juin 2013) «La tricoteuse du peuple lance un cri du cœur à son employeur, la CSMB» : https://evemarieblog.wordpress.com/2013/06/24/la-tricoteuse-du-peuple-lance-un-cri-du-coeur-a-son-employeur-la-csmb/

Voir aussi ma série d’articles sur le sujet des groupes de discussion :

https://evemarieblog.wordpress.com/2012/09/13/histoire_conversation_salons_groupe-de-discussion/

https://evemarieblog.wordpress.com/2013/06/04/histoire-active-des-salons-de-conversation-devenus-conversations-de-cuisine-2/

https://evemarieblog.wordpress.com/2013/09/21/groupedediscussion_democratie/

«Dans cette société, on ne peut pas vivre sans être coupable, sans être corrompu par cette manière dont on vit ensemble, par cette manière dont on exploite les autres. En fait, tout est une question de degré. Il y a des gens qui sont responsables de la misère à un plus haut degré et d’autres qui le sont en se taisant, en adoptant un silence qui les rend coupables. Cela dit, il ne faut pas être trop déprimé par rapport à ça. Parce que c’est aussi une tactique de la politique de nous faire penser que nous sommes le problème, alors que c’est la structure corrompue dans laquelle nous vivons qui est la source de tous ces dérèglements.»

le metteur en scène allemand Thomas Ostermeier, de passage à Montréal au FTA pour monter

la pièce phare du Norvégien Henrik Ibsen « Un ennemi du peuple ».

Detail of photograph taken in 1900 of...

English: Detail of photograph taken in 1900 of Henrik Ibsen. (Photo credit: Wikipedia)

À première vue, à la première lecture, j’applaudis cette vision qui me semble vraiment pertinente… Mais en relisant, je me rends compte que si je suis en accord avec les tenants, je diverge assez sur les aboutissants. À travers Ibsen, Ostermeier dit que nous, les humains, ne sommes pas le problème, c’est plutôt la structure politicoéconomique, le capitalisme, qui nous rend mauvais, qui nous détourne de ce que nous devrions être. En effet, j’abonde en ce sens : c’est  ce système qui favorise deux des poisons mentaux de l’humain : l’égoïsme et l’avidité. On se rend de plus en plus compte à quel point il nous détruit parce qu’il détruit l’environnement dont nous sommes issus. Mais encore ? Est-ce LE point final après quoi tout a été dit? Quel autre système socioéconomique aurait favorisé une meilleure humanité ? La monarchie ? La dictature ? Le communisme ? L’impérialisme ? Le régime seigneurial des serfs ? « L’autochtonisme » des premières nations ? N’est-ce pas des hommes qui les ont créés, répandus puis imposés sous peine d’exclusion ou de mort ?

Le capitalisme pose « la question de l’espace qui reste à la vérité dans une société où tout est dicté par l’économie.» T. O.

Ne tourne-t-on pas en rond en reportant sur les structures les problèmes de l’humanité ? Pire : en disant qu’il s’agit d’une stratégie de la politique pour nous affaiblir ? Ce n’est sûrement pas un hasard que ce soit un Allemand qui affirme cela. Comme tous les peuples, ils ont des comptes à régler avec leur histoire, mais peut-être davantage que les autres avec leur histoire récente. Cela teinte forcément leur point de vue.  (Mais cela est une autre histoire).

Devant le même constat déprimant de Ostermeier du « tous coupables, tous corrompus », et devant le triste spectacle de la Commission Charbonneau *, je parviens à une tout autre conclusion. N’est-ce pas une forme assez perverse de silence que de reporter sur les autres, sur le système, les problèmes que nous vivons? N’aurions-nous pas avantage au XXIe siècle à regarder davantage dans les mains et dans le cœur de l’homme (et de la femme)?

«Toutes les actions humaines ont pour mobile la faim et l’amour» Anatole France

Quels sont les mobiles profonds qui nous poussent individuellement et collectivement à dominer et à profiter des faiblesses des autres? À vouloir plus d’énergie ? À vouloir plus d’argent, plus de cette richesse ostentatoire du matériel? À prétendre quelque chose et à faire son contraire ? À se mentir à soi-même? À se fermer les yeux sur les injustices ? À ne penser qu’à soi ? Ou inversement, à désirer plus de communion, à manifester notre attachement à l’art ? À nous indigner puis à passer à l’action ?

Ce qui est corrompu : « cela est provenu de ce que la douce indifférence s’est unie à la rigide inertie, si bien que les conditions ont dégénéré en stagnation […], une conséquence d’un mauvais usage de la liberté humaine qui a causé l’état de corruption. […] À l’indifférence et l’inertie qui ont provoqué la corruption doivent se substituer la résolution et l’énergie pour qu’à la fin apparaisse un nouveau commencement.» Yi King, principes de philosophie taoïste, traduit par R. Wilhelm

C’est ici que le spirituel (et non le religieux) rejoint la politique. Il est évident qu’une société où nous prendrions conscience en bas âge de la connexion profonde qui nous unit aux autres et de l’illusion de la séparation et de la solitude permettrait un tout autre déploiement des qualités et des faiblesses humaines. Mais sans tomber dans le dogmatisme idéologique et comportemental des sociétés tissées serrées… Après de multiples pseudos réformes de l’éducation, ce serait LA véritable révolution, à mon sens. Cette nouvelle relation à l’autre et à la différence, elle commence dans les cours d’école, là où se passe l’intimidation et au travail là où se vit le harcèlement. La culpabilité, la corruption, c’est aussi cela au quotidien. La récente polémique autour du clip College Boy du groupe français Indochine le montre par l’absurde. En attendant, en tant que parent, nous pouvons y voir dans notre famille et éventuellement dans le choix d’une école alternative. Dans le mouvement des Indignés, voilà aussi ce que j’ai entrevu et pressenti de beau, de neuf, d’une part, et les déceptions que j’y ai vécues d’autre part. Voilà ce à quoi je rêve. Je rêve aussi que je rêve. Dans mon rêve, je suis convaincue d’être dans la réalité. Dans la réalité, je me demande si je ne rêve pas. C’est le doute créateur.

Voir le rêveur de sa vie

Voir le rêve dans le réel

Montrer le réel dans le rêve.

*Au Québec, la commission judiciaire indépendante menée par la juge France Charbonneau sur le financement des partis politiques et les relations entre l’industrie de la construction, la mafia, les firmes de génie conseil et autres et les gouvernements municipaux et provincial fait la manchette quotidiennement depuis l’automne dernier. Un scandale n’attend pas un autre et a mené notamment jusqu’à maintenant à la démission des maires de deux plus grandes villes du Québec, soit Montréal et Laval.

Liens :

Au sujet de la corruption : « Je m’aperçois qu’il y a deux ou trois choses qui reviennent dans mes livres : le morcellement de notre perception du monde, ce qui rend difficile le fait de lui donner un sens; les comportements aberrants qui nous poussent vers l’autodestruction collective; le mélange de naïveté et d’aveuglement volontaire qui nous fait fermer les yeux sur nos comportements les plus délirants…» Jean-Jacques Pelletier

Scène de théâtre-forum organisé par ADT quart-monde

L’animation sociale et culturelle au théâtre

Une récente demande d’animation pour une pièce de théâtre m’a fait replonger dans le sujet. Comment le théâtre peut-il servir de lieu de prise de parole, de prise de conscience personnelle et politique ? Non plus des spectateurs passifs mais des acteurs intervenants dans leur vie/dans la pièce jouée devant eux et elles pour être des «spect-acteurs»? Comment faire la synthèse de ces pratiques variées dans une perspective de médiation culturelle?

C’est à ces questions que le psychiatre, psychosociologue et éducateur américain-roumain J. L. Moreno a répondu dans les années ’30 avec le psychodrame. Plus récemment, dans une veine de thérapie de groupe plus controversée, avec des recherches et expérimentations issues de la gestalt, Bert Hellinger a fondé les groupes de constellations familiales/systémiques. Dans le domaine de la création, des années ’60 à 2000, l’homme de théâtre brésilien A. Boal avec créé le théâtre de l’opprimé et ses différentes et passionnantes déclinaisons du théâtre-forum, théâtre de l’introspection, théâtre législatif  et théâtre invisible, dont on a moins entendu parler ces dernières années à Montréal.

Une séance de constellation familiale

Je me souviens, il y a quelques années, alors que je militais dans une asso étudiante à l’UQÀM, nous avions utilisé le théâtre invisible pour dénouer une impasse dans la prise de décision. D’ailleurs, si ma mémoire est bonne (référence-souvenir de mes études en animation et recherches culturelles), le psychosociologue, ethnologue et pédagogue français Georges Lapassade, avait aussi utilisé cette technique pour résoudre un problème organisationnel et un conflit lors de la création de l’UQÀM et d’un de ses syndicats, à la fin des années ’60.

 

REVUE DE PRESSE :

La médiation culturelle

«On entend par les activités de médiation culturelle des initiatives qui créent une opportunité de rencontres et d’échanges personnalisés favorisant l’apprentissage et l’appropriation de la culture par les clientèles les plus éloignées de l’offre culturelle professionnelle. Ces actions mettent l’accent sur un travail de contact et permettent de faire le pont entre le citoyen et l’activité culturelle.» Source : Ville de Montréal, Programme montréalais d’action culturelle

La médiation culturelle est une forme plus récente [années ‘70] et élaborée de l’animation culturelle – tant sur le plan de la pratique professionnelle et de la relation avec le public que du discours et de l’action étatiques – du fait de sa portée politique et civique. En effet, la médiation culturelle, telle que conçue par les décideurs politiques et par les intervenants culturels, ambitionne de travailler conjointement au niveau du sens (la vie avec la pensée) et au niveau du vivre ensemble. Ce mode d’intervention culturelle vise à restaurer le lien social et à inventer de nouvelles socialités en cherchant à faire le pont entre l’individu et la collectivité, la culture et le politique, l’art et la société. Elle implique donc une transformation des rapports sociaux en même temps qu’une évolution importante des transmissions culturelles.

Ainsi, l’animation culturelle se transforme en médiation culturelle du moment où les pouvoirs publics prennent en charge ses idéaux dans le cadre de programme d’actions volontaristes en direction de certains publics (prisonniers, malades, handicapés), zones en difficulté (banlieues, zones rurales), groupes sociaux particuliers, et en reconnaissant et en encourageant la création de nouveaux lieux d’activités et en privilégiant de nouveaux contenus artistiques ou de nouvelles méthodes.

Les approches et les activités en médiation culturelle s’articulent et se réinventent en fonction de la diversité et du renouvellement continuel des pratiques et des goûts culturels, souvent composites sur le plan individuel, allant de pair avec la diversité des modes de vie. Source : Ministère de la Culture et des Communications (France)

Une forme d’éducation populaire : «La médiation culturelle des arts est « l’action de mettre en relation un public avec une œuvre, par l’intermédiaire d’une institution culturelle ou à l’occasion d’une manifestation. »

«Deuxièmement, les définitions des médiations sociales, contenant en arrière-plan la notion de conflit, s’appliqueraient également aux caractères sociologique et sémiotique de la médiation culturelle, dans le premier cas en situant l’œuvre d’art dans son contexte social et dans l’espace public et, dans le deuxième cas en définissant, selon Lamizet, « […]la médiation culturelle [comme] un système de signifiants qui représente la sociabilité en lui donnant un sens pour nous-mêmes et pour les autres. » Lamizet poursuit : « la médiation représente l’impératif social majeur de la dialectique entre le singulier et le collectif [de la sociabilité] et de sa représentation dans des formes symboliques. » in Lamizet, Bernard, La médiation culturelle. Paris/Montréal : L’Harmattan, p. 40.

 

« La médiation culturelle est un projet politique de mise en commun des œuvres de l’art et de la culture. »

« Le travail de la médiation est éminemment politique, sorte de propédeutique à la politique, en tant qu’elle est non l’exercice ou la recherche de domination mais de pouvoir (le pouvoir est ce qui permet d’agir ensemble). Le médiateur participe ainsi à l’institution symbolique d’un monde commun où différents discours sont possibles ensemble, sans exclusive». Elisabeth Caillet, inédit, 2000

 

«S’il fallait re-donner un sens à la notion de médiation, aujourd’hui banalisée au point de qualifier tout processus de mise en relation, le mythe de Babel pourrait servir de cadre de pensée. Ce mythe exprime, en effet, la nécessité de distinguer la double fonction de la médiation : d’une part établir les liens entre les hommes, dans le temps présent et à travers les générations ; d’autre part, introduire la visée d’un sens qui dépasse la relation immédiate pour se projeter vers l’avenir.» Jean Caune, Pour une éthique de la médiation, Pug, 1999, p. 12.

Autres références :

Faire « sortir » le soi

« Se dire » dans l’entre-soi : une technique très romantique

Élargir le format acceptable de la narration

Se protéger, se représenter par la mise en scène

Un soi masqué, costumé, mesuré et destiné à rencontrer un public

Entre l’individuel et l’universel : enfiler un costume pour sortir de l’histoire singulière

 

LE THÉÂTRE-FORUM (théâtre de l’opprimé) et ses déclinaisons

Le théâtre-forum, «cette technique artistique et révolutionnaire a été inventée et codifiée par le regretté Augusto Boal (1931-2009), metteur en scène et comédien brésilien. Son travail est perpétué par des centaines de troupes théâtrales, sur les 5 continents.»

«La méthode:

Le public qui assiste à une histoire injuste, douloureuse, est invité à réagir, à proposer des solutions et à les mettre en œuvre sur scène.

Le spectateur devient alors acteur et joue sa proposition avec l’aide des autres acteurs présents sur scène.

Le public quittance (déclare quitte) et synthétise les solutions trouvées. La recherche de pistes se fait collectivement.»

« Le théâtre de l’opprimé cherche [donc] le contraire de la catharsis : il vise la dynamisation des spectateurs » [8] en vue de transformer la réalité. Ainsi, dans le cadre du théâtre-forum, on peut se lever et intervenir sur le cours des choses. Et cette dynamisation se prolonge en dehors de la salle ; elle donne le désir de reprendre l’initiative politique dans la vie de tous les jours. Dans le théâtre introspectif, on tente de mettre en question ses blocages affectifs pour pouvoir mieux réaliser ses désirs intimes. Quand on parvient à dépasser, dans le groupe restreint, les situations de souffrance qu’on a mises en scène et en question, ces victoires peuvent se prolonger dans la vie réelle.» in http://nopasaran.samizdat.net/spip.php?article1230

«Étapes de la conception et de la réalisation :

Chacune de nos productions se développe en étroite collaboration avec vous. L’élaboration de la stratégie de conception et de réalisation se forme lors de la première rencontre de contenu et se définit suite à l’atelier de « documentation vivante », ce qui assure la forme théâtrale la plus pertinente pour rejoindre votre public:

Le psychodrame

Bien avant le théâtre-forum, une forme thérapeutique beaucoup moins connue, le psychodrame est «inventé par Jacob Levy Moreno, psychiatre et psychologue américain d’origine roumaine, dès les années 1930-1932. Le premier avatar du psychodrame est le « Théâtre spontané« , que Moreno explore dès 1921. […] Moreno dit : « Comment cela s’est-il passé? Montrez-moi. »  Sa méthode, fondamentalement humaniste, s’est développée dans le monde entier. […] Moreno propose de mettre en action la complexité d’une situation réelle, semi-fictive ou imaginaire plutôt que d’en parler. […] D’après Laurent Schachmann, un des rares psychothérapeutes à l’utiliser au XXIe siècle, « le théâtre spontané présente l’avantage de permettre un travail complètement déconnecté du mental ». Mais il insiste sur l’importance du feedback que le thérapeute facilite, « sans lequel le théâtre spontané ne serait qu’un aimable divertissement ».»

«En psychodrame classique, l’être humain est conçu comme étant un « être relationnel, dont la spontanéité et la créativité sont les piliers qui lui permettent d’actualiser ses interactions et les rôles intériorisés qu’il utilise» «Pour Moreno, il y a deux piliers, fondamentaux et reliés, de la santé: la spontanéité et la créativité.»

C’est une «forme de thérapie utilisant la théâtralisation dramatique [du vécu du client] au moyen de scénarios improvisés, et permettant la mise en scène [et l’externalisation] de névroses. Le psychodrame est aujourd’hui utilisé en thérapie de groupe, en thérapie familiale ou en thérapie individuelle.» C’est aussi une technique novatrice et créative utilisée par des psychosociologues pour dénouer des crises ou des conflits organisationnels.

 

  • Collaborateurs potentiels :

http://mediationculturelle.culturepourtous.ca/articles/luniversite-autrement/

http://mediationculturelle.culturepourtous.ca/

http://miseaujeu.org/index.php?page=accueil

en tournée : http://www.zinneke.org/-C-est-quoi-Zinneke-

 

Ève Marie_Affiche jaune 2013 blogue

Montréal, Journées de la culture, 29 septembre 2012.

Contrairement à la faible participation lors de l’événement Occupons le Sud-Ouest au parc Georges-Étienne Cartier sur la rue Notre-Dame il y a deux semaines, il y a eu beaucoup de monde et beaucoup d’intérêt aujourd’hui. Pendant les 4 heures qu’a duré ma perfo, il y a eu presque toujours quelqu’un, souvent 2 personnes au tricot en même temps.

J’ai reçu beaucoup d’encouragement, même de personnes qui ne voulaient pas participer mais qui avaient lu les cartons d’explication par terre ou à qui j’avais expliqué ma démarche. Une est même revenue avec des amies pour tricoter et discuter une 2e fois.

Les participants sont presque tous préoccupés par la situation sociale et sont heureux et parfois très heureux (ils me disent qu’ils se sentent mieux après) de participer à quelque chose de constructif. Les gens sont à peu près tous frappés par mon expression « retricoter le tissu social » que je glisse dans chaque conversation et que je leur montre avec le Tricot du peuple (rendu à environ 30 pouces), qui avancent lentement, un ou deux rangs à la fois (7e fois).

On me parle d’amour, de solidarité, de prendre le temps. Une jeune fille  me retourne la question (pour la 1re fois) que je leur pose pour faire le tricot : que voyez-vous ou sentez-vous de meilleur pour l’avenir du peuple ? Je lui ai d’abord parlé du passé : je lui ai fait part d’une constatation depuis environ 15 ans (du début des années 2000), d’une dégradation des liens sociaux. Que la vraie communication, les vraies relations sont à rebâtir. Elle a répondu : « oui, avec tous ces textos et cellulaires qui nous donnent la fausse impression de communiquer. Mais ce n’est pas de la communication.» Son amie a acquiescé.

Une anglophone d’une revue canadienne qui couvre l’art in situ et le tricot m’a prise en photo. Plusieurs autres passant aussi (ce qui est nouveau, à part la photo du journaliste de la PC lors de ma 1re perfo à la Place Émilie Gamelin en juin). Dans un groupe de jeunes hommes qui fêtaient l’enterrement de vie de garçon de leur ami, le fêté m’a demandé s’il pouvait me prendre en photo avec lui déguisé en Dracula à dreds genre Marley. Je lui ai mis le Tricot du peuple dans les mains et lui ai dit de faire semblant de tricoter, ça a donné une photo très cocasse… puis il m’a demandé, moi qui a l’âge d’être sa mère, s’il pouvait me faire un câlin. Un peu surprise sur le coup, j’ai dit oui et il m’a serrée affectueusement dans ses bras. Il y a surement une autre photo… je me demande ce qu’ils diront de cette étrange photo les deux costumés… hihi.

Une autre femme, une historienne de l’art, m’a demandé d’être informée des suites, en me recommandant le travail de Naomi London. Une autre, prof de yoga, m’a laissé sa carte d’affaires. Un homme plus âgé, d’origine asiatique m’a répété sans cesse que ça lui rappelait sa mère qui lui tricotait des chandails avec des dragons avec plusieurs couleurs et combien il était impressionné par son travail. Touchant au début, cette répétition a fini par me mettre mal à l’aise : je ne savais plus quoi dire : je voyais qu’il cherchait à sortir quelque chose, mais quoi ? Je ne l’ai pas su. Mon personnage de tricoteuse du peuple suscite parfois des confidences, mais pas avec lui.

Y’a eu aussi une maman avec son son fils de 7 ans qui voulait que je lui montre à tricoter : fiston était très bon et a appris vite le point de base, le point mousse. Après un rang , il était très content de sa jolie réussite!

Des touristes aussi, une Néerlandaise et une Algérienne ont été particulièrement intéressées par la démarche. Peut-être ce concept en action fera-t-il de petits bébés tricots?

Plus de gens –mais moins d’hommes aujourd’hui- savaient tricoter, ce qui fait qu’on a pu davantage converser librement, moins axé sur la technique du tricot, ce qui m’a fait grand bien à moi aussi.

Je me demandais si ce projet tiendrait la route une fois la crise étudiante, le printemps-été érable terminé et la situation sociopolitique calmée (le Parti québécois qui vient d’être élu, la hausse des frais de scolarité et la loi 78 anti-manifestation annulée la semaine dernière), mais oui, il s’agit d’un questionnement universel et … éternel.

Avec une femme dans la 60taine, elle a voulu savoir quelles étaient les réactions du public, les impacts de ma perfo sur les gens (décidément, les gens de ce quartier sont vraiment très cultivés!). Je lui ai dit que si la plupart avaient probablement oublié après, qui sait comment ça pouvait inspirer quelque chose à certain.e.s, une idée, une impression qui se développe dans leur vie, un effet boucle de neige. La femme m’a répondu que je pourrais être surprise, que mon tricotage de conversation dans la fibre même pouvait avoir eu un impact sur plus de personnes que je ne le croyais…

Enfin, plusieurs personnes m’ont demandé si j’allais être là plus tard où si j’allais revenir demain. Ce qui était une autre forme de manifestation d’intérêt.

Voilà les appréciations dont j’avais besoin pour me stimuler et m’encourager dans cette démarche naissante, étant donné ma déception de la fois précédente, à cause du zéro participation des activistes d’Occupons Montréal pendant et après ma perfo. À part quelques rares passants dans ce coin de St-Henri, c’est la… police qui a participé, un moment quand même inoubliable… (voir mon blogue à ce sujet au https://evemarieblog.wordpress.com/2012/10/06/httpevemarieblog-wordpress-com-tricot-du-peuple-police/

Un dernier souvenir au coin du Métro Mont-Royal : un homme et une femme, qui tricotaient les deux Tricots du peuple en même temps, se sont rendus compte qu’ils étaient presque voisins et ont vraiment sympathisé… À la fin, l’homme était tellement content de ce moment de partage qu’il a joué à se claquer les mains (top là!) avec sa voisine avant de partir! Un peu plus et je les «matchais » et jouais le rôle d’entremetteuse, mais je me suis gardée une petite gêne, car je crois qu’il était gay…

Le lendemain, je commence à penser à mon party de fin du monde/nouveau monde du 21 décembre. C’était une journée très inspirante.

Je ferai une autre perfo au même endroit en 2013 et 2014.

*/*

Dans le même esprit, voici un projet en développement très intéressant : « Decolonizing Street Art : Anticolonial Street Artists Convergence ». La mouvance sera à Montréal en septembre 2014 .

 «Decolonizing street art: Anti-colonial street artists convergence will take place at the end of august 2014. This project fosters the idea of bringing together street artists of indigenous and settler origins and build an artistic community of shared anticolonial values. The convergence will promote a type of street art that advocates the decolonization of Turtle Island and will remind the montrealers of the city’s colonial history. The artists, living across Canada and the USA, already focus part of their work on issues related to indigenous resistance such as environmental struggles against pipelines and mining and justice for missing and murdered native women. »
Découvrez-le sur Indiegogo et faites passer le mot à vos amis. Tous les outils sont fournis. Recevez des contreparties, faites une contribution ou suivez simplement les mises à jour sur le projet. Avec l’aide de chacun, le projet « Decolonizing Street Art : Anticolonial Street Artists Convergence » pourra se réaliser !

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