Tag Archive: performance


1e peinture  049

Ève Marie, 1re peinture gestuelle issue du kung-fu, avril 2013

De décembre ’13 à février ’14, suite à cette invitation ci-dessous que j’avais faite à quelques amis artistes et philosophe, cinq d’entre eux ont répondu présents, soit le compositeur de musique contemporaine, musicien et poète Anatoly Orlovsky,  la conteuse Elisabeth Desjardins, le peintre et photographe Pierre Chevalier et la l’auteure-compositrice-interprète de jazz Caroline Harvey (qui a malheureusement dû se décommander pour maladie).

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Chers amis,

Je prépare actuellement un spectacle-atelier «solo» interdisciplinaire… mais participatif dans lequel je vous propose d’en être à la fois les acteurs semi-improvisés et les spectateurs, en partie libérée(s) du besoin de performance et de son corollaire le jugement, et davantage animée(s) du désir d’expression et de relation de l’Ëtre.

Une partie de mon travail artistique des années ‘2000 a consisté à poser des actions ponctuelles pour critiquer le nouvel académisme dans les arts visuels (et autres…), notamment avec une collaboration dans le groupe Divergences avec Nikolaï Kupriakov* et plus récemment cet été avec Marina Maslovskaïa pour les supporter dans leur performance hors murs pendant la Biennale de Venise, visant à ramener l’importance de la peinture dans l’art et à critiquer les dérives de l’art contemporain.

3e peinture 29-06-13 039

Ève Marie, en répétition de kung-fu au bâton

Cet engagement social, parfois de style guérilla artistique, mais aussi par besoin de libération féministe, m’a amenée à pratiquer des arts martiaux, et en particulier le kung-fu (de la famille xing yi), le mouvement dansé et improvisé ou l’exploration vocale, ou celle des énergies et des souffles du corps et, plus récemment, d’en découvrir une expression métamorphosée, à ma plus grande surprise, dans une sorte de peinture gestuelle performative et improvisée. C’est sur la base d’une écriture inconstante de poésie ou de récit sur des thèmes à la fois sociopolitiques et spirituels et de ces nouvelles explorations que je désire mettre en scène et partager avec vous prochainement : un genre de répétition générale semi-privée en studio pour m’accompagner et s’inspirer mutuellement à travers notre médium artistique, que ce soit la peinture, la sculpture, le dessin, la photo, la musique et le chant, la danse, les arts martiaux, le tricot graffiti, la poésie, l’écriture de textes de philo et toutes leurs combinaisons riches et possibles et dont le titre de travail serait : Mouvements de l’art. Cette mise en commun aura lieu probablement en février; j’attends donc votre confirmation pendant les fêtes.

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paul_emile_borduas, atelier à Paris

Paul-Émile Borduas en exil volontaire à son atelier parisien, vers 1958

Il est toujours bon de renouer avec nos classiques (ce que les musiciens ont compris et pratiquent depuis plus longtemps que les autres artistes), c’est pourquoi je vous propose comme «pulse» de départ soit un regard sur le manifeste socioartistique Refus global (1948) du peintre Paul-Émile Borduas, soit le conte traditionnel russe de Vassilissa et la Baba Yaga, ci-joint. Ce conte raconte ce qui se passe quand on prend conscience que les choses ne sont pas ce qu’elles semblent être. Je vous propose également mes mots de 1995 qui dénotent l’importance que je donne au « nous » et qui mettent la table pour cette expérience collective de création.

Ozias Leduc, Mon portrait, 1899

Ozias Leduc, Mon portrait, 1899

Borduas fut l’apprenti de mon arrière grand-oncle, le grand peintre canadien Ozias Leduc. La discussion que j’ai eue de ce fameux texte du Refus global avec certains d’entre vous m’a laissée sur ma faim. Il m’a semblé être encore mal compris. Et à coup sûr, il a été mal interprété par la génération des artistes boomers (profs d’université, etc.), et du mouvement des Plasticiens, qui s’en sont servi pour justifier leur art conceptuel alors que ce texte est exactement à l’opposé de cette vision. Plutôt qu’un débat intellectuel ou un groupe de discussion comme occasion de se rencontrer, je vous lance cette fois-ci le défi d’en intégrer personnellement ses multiples dimensions par votre art, en venant à ce spectacle participatif.

Que rapporte l’historien de l’art Guy Robert (1) au sujet de la critique de l’«intention» créatrice dans le manifeste du Refus global ? Il dit que pour Borduas, «la valeur et la signification de l’œuvre procèdent et émergent de la réalité matérielle, plastique; la meilleure intention [rationnelle, logique] n’y ajoute rien.»**

Refus global _le livre«La portée de cette puissance magique que [Borduas] qualifie aussi de transformante» (GR) : c’est cette puissance qu’ont perdue les artistes les plus connus de notre époque dans l’exploitation de leur personnalité.»

Un an après le printemps érable, la phrase suivante aura peut-être une résonance particulière pour certains d’entre vous, à mon avis un des plus beaux passages de la littérature québécoise écrits par un artiste issu des arts visuels, avec une résonance révolutionnaire propre aux crises de plus en plus rapprochées de notre époque :

«Rompre définitivement avec toutes les habitudes de la société, se désolidariser de son esprit utilitaire. Refus d’être sciemment au-dessous de nos possibilités psychiques et physiques. […] Au refus global, nous opposons la responsabilité entière. […] Chaque fois qu’un homme obéit aux nécessités profondes de son être; chaque fois qu’un homme consent à être un homme neuf dans un temps nouveau.» Borduas

Vassilissa, illustration d'Ivan Billibin

Vassilissa, illustration d’Ivan Bilibin

Sur Vassilissa, je dirai pour l’instant peu de chose, vous laissant la chance d’interpréter le conte vous-même. Néanmoins pour vous situer un minima en cadrant la démarche artistique que je vous propose ici :

« Les cycles féminins [et masculin] qui correspondent aux tâches de Vassilissa sont les suivants : régulièrement, nettoyer sa façon de penser, remettre à neuf ses valeurs, débarrasser sa psyché des trivialités, balayer son soi, désencombrer sa façon de penser et de sentir. Allumer sous sa vie créatrice un feu qui ne s’éteint pas, cuisiner systématiquement des idées, [cela] signifie avant tout que l’on prépare de manière originale de la vie, de la vie inédite, afin de nourrir la relation entre soi et la nature sauvage. » Par ce conte, « notre tâche est d’infuser le tüz (âme ou feu de l’âme) dans nos idées, dans nos vies et celles de notre entourage. » « La femme sauvage est celle qui ose, celle qui crée, celle qui détruit. » Clarissa Pinkola Estes, «Femmes qui courent avec les loups » (1992)

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Quand ils entrent au dedans de mes rêves, nous mangeons des coquelicots rouges et ils font de la musique. Nous prenons seulement ceux qui repoussent facilement pour ne pas en manquer. On les reconnaît facilement car ils sont plus beaux que les autres.

Nous ferons pousser un jardin d’amarantes. Nous mangerons des écorces de serpents

au soleil. Voici venir l’état de grâce.

Le bassin des larmes perpétuelles a été inauguré. Tous ceux qui ont envie de pleurer viennent s’y laver. Les cygnes nous regardent amusés. Jamais œuvre humaine n’eut le pouvoir d’attirer tant de monde. La filée fait plusieurs fois le tour de la Terre. Nous buvons l’eau à la bouche et elle nous raconte son ivresse. Chacun de nos gestes se forme à la manière d’une prière suave au Soleil. Nous sommes dans l’ivresse de Dieu, tous réunis. Nous voyons la racine et la cime des arbres d’un seul coup d’œil. L’est et l’ouest se trouvent au même endroit. C’est toujours le jour et c’est toujours la nuit en même temps. Il faut cultiver la joie pour y rester.

mon extrait inédit de « Le Fiel à la bouche » (1995)

Il parait que je suis surréaliste. Et vous? Les automatistes, Borduas en tête, se trouvaient dans cette mouvance, mais avec des différences appréciables. Quelle ne fut pas ma surprise de lire cette semaine dans un autre classique qui manquait à ma culture, « L’Homme révolté » de Camus (1951) l’extrait suivant :

« André Breton n’a jamais varié, en effet, dans sa revendication du surréel, fusion du rêve et de la réalité, sublimation de la vieille contradiction entre l’idéal et le réel. On connaît la solution surréaliste : l’irrationalité concrète, le hasard objectif. La poésie est une conquête et la seule possible, du point de vue suprême. Un certain point de l’esprit d’où la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur… cessent d’être perçus contradictoirement. »

Alors ? J’espère que ça vous inspire! Qu’en dites-vous ? Ça vous tente ? J’attends de vos nouvelles!

Ève Marie, 14 décembre 2013

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Peinture 4 perfo Art en Mouvements 028

détail 1, perfo gestuelle, février ’14, Ève Marie

Nous avons réalisé ce projet expérimental et exploratoire, comme rampe de lancement, avec un public sur invitation seulement, le 9 février ’14, au CEDA, à Montréal. Nous intégrerons plus tard quelques extraits vidéos.

Ève Marie, perfo gestuelle du 9 février, sur des extraits du Refus global

détail 2, perfo gestuelle du 9 février ’14, sur des extraits du Refus global, Ève Marie

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(1) GUY ROBERT, «Borduas», éd. les presses de l’université du québec, 1972.

* Le groupe Divergences, avec aussi les peintres Hélène Goulet et Louisa Nicol.

On se tricote un avenir ensemble ?

«On se tricote un avenir», la tricoteuse du peuple, Ève Marie. Manif au parc Émilie-Gamelin, pour le gel des frais de scolarité et la convergence des luttes sociales, Montréal, 1er juin 2012. Crédit photo: Pierre Chevalier

Faites le nombre de rangs rouges ou jaunes ou mélangés

qu’il vous plaira

en pensant à ce que vous désirez, vous chérissez comme avenir.

Que la pensée du peuple

se prenne dans les mailles

puis se projette sur notre monde

puisque c’est dans nos cordes.

À chaque performance, j’invite les passants ou les manifestants à monter maille par maille le Tricot du peuple et à y mettre, dans leur geste, leurs meilleures pensées et élans du cœur pour l’avenir du peuple. C’est la trame du peuple que nous voulons constituer, refaire notre tissu social si éraflé par les politiques néolibérales depuis le début des années ’80. À travers ces échanges, on créera peut-être un maillage entre les personnes, au hasard des rencontres. Une participation du public à la maison, m’envoyant le fruit de leur travail par la poste ou lors de petites «assemblées de cuisine» (ou de salon) de tricot politique est également en branle pour que les personnes qui ne peuvent pas participer aux événements publics puissent le faire, à leur façon chez eux. Si le projet se développe suffisamment, on pourra penser organiser une exposition des travaux réalisés.

Retricoter ensemble le Tricot du peuple, aussi notre tissus social, montrer/apprendre à tricoter, puis éventuellement échanger ou méditer sur l’avenir du Québec, du monde, de soi, de Nous interreliés, tels sont les objets et la gestuelle concrète de cette performance artistique engagée. Soit une conversation se créé entre le ou la participant.e et moi, comme artiste performeuse ou encore il ou elle préfère travailler seul et méditer dans sa bulle. Les hommes plus jeunes, en particulier  – et contre toute attente, s’y intéressent particulièrement et prennent plaisir à apprendre à tricoter. Quelquefois, ils renoncent rapidement, mais continuent la discussion, alors je prends le relais et tricote à leur place. Également, comme j’ai deux tricots en route, alors lorsqu’il y a plus de monde, il y a deux personnes au tricot qui ne se connaissent pas qui parlent ensemble, se donnent des trucs ou commentent la situation présente (manif, atelier d’Occupons Montréal ou autre). Dans ce cas, j’ai besoin d’un/e complice prof de tricot, qui aide les participants que je n’ai pas le temps de voir.

Les couleurs des tricots ont leur importance : le rouge symbolise le très fameux carré rouge des étudiants en grève pendant depuis l’hiver et le printemps  2012; le jaune symbolise la couleur du mouvement Occupons Montréal (dans la mouvance d’Occupy) fondé en automne 2011 et qui a inspiré en partie et soutenu ces nouvelles luttes étudiante et sociale.

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Affiche-invitation pour le Tricot du peuple de Ève Marie

Pour cette perfo, je suis aussi un personnage à la fois naturel et étrange par mon costume. J’ai un maquillage extrêmement élaboré et coloré autour des yeux, et mon visage est légèrement et bizarrement entouré de fil de laine rouge. Je suis habillée assez chic, avec des vêtements de couleur orange brûlé, un dérivé du carré rouge, mais aussi la couleur internationale de non-violence. Je porte un haut en soie sans manche, parfois avec un léger chandail de laine rouge bourgogne et une jupe longue en fin jersey, mais dont une frange est légèrement déchirée et salie. De gros souliers gris et noir confortables en tissus tissé complètent le tout. Ce costume et personnage me permet d’entrer plus facilement dans l’intimité des personnes rencontrées; elles se laissent plus facilement porter par ma demande de participation et intriguée par le mystère étrange d’une tricoteuse urbaine qui fait… le trottoir… Les plus jeunes, sont particulièrement séduits par cette idée et geste de projeter leur avenir dans la fibre de la laine tricotée par tant d’autres avant et après eux. Dans les manifs, je me contente habituellement de marcher, tout en portant haut, comme une fière égérie ou une vestale, la balle de laine rouge dont est constitué une partie de mon visage [réf. photo in The Gazette][1].

C’est incroyable, ce que la balle de laine liée à mon visage et tenue ainsi, génère comme symbolique dans l’esprit très riches des gens ! Pouvoir du peuple, conflit mêlé/démêlé, bébé naissant, bombe à retardement, masque, paradoxe entre libération et enfermement ou emprisonnement, etc., etc. j’essaie de noter les commentaires quand je le peux, tant je suis touchée par l’imagination populaire.

À la mi-juin, à l’occupation du parc Lafontaine à Montréal, j’ai remarqué que le fait de me tenir sur le trottoir pour inviter les gens à  participer créait pour certaines personnes comme une porte d’entrée aux activités. Lorsque je me tenais à proximité d’une activité de groupe, cela amenait parfois un tricoteur à s’y intéresser, comme par exemple les ateliers de discussion d’Occupons Montréal où je participe également, ou plus souvent, à simplement poser des questions sur ce qui se passe. Parce que les gens sont généralement timides (comme moi) et qu’ils ont tellement besoin de parler et d’être écoutés, en ce moment plus que jamais. C’est comme créer une petite rivière relationnelle qui mène vers soi, vers les autres ou vers d’autres activités en cours. Une activité ludique et familière comme le tricot aide sans contredit à entrer en contact et à créer de petits liens sociaux dans l’anonymat et la solitude des villes, et surtout sur la place publique dont le mouvement international Occupy réclame à grands cris, ici comme ailleurs, la reconnaissance et la protection.

Lors de cette occupation, j’ai rencontré un biologiste qui a longtemps vécu en Chine et m’a parlé de la relation des Chinois avec leurs étrangers et de sa théorie sur la disparition progressive de l’immigration au Québec. Passionnant ! Un autre avait été observateur lors des élections en Tunisie et me relatait son expérience. De temps en temps, la conversation prend un tour plus personnel. Avant la manif quotidienne de soir du parc Émilie-Gamelin à Montréal au début juin, une itinérante m’a raconté comment la police traitait son père dans les années’50 lorsqu’il était drogué, je l’ai admiré dans sa résilience. Elle n’était pas habituée à ça, on a eu les larmes aux yeux ensemble, se serrant les mains. Elle est partie les yeux brillants. Touchant ! À l’occupation du parc Molson en juillet, j’ai longuement conversé avec un artiste immigrant du Maroc, qui ne pouvait évidemment concevoir de critiques à l’égard de son tout nouveau pays d’adoption. Même l’expression «printemps arabe» en français, il ne l’avait jamais entendue avant. Surprenant !

Marilène, du groupe des Ville-Laines, aide au Tricot du peuple pendant l’occupation du parc Molson par Occupons Montréal, Montréal, juillet 2012. Crédit photo: Ève Marie

J’apprendrai longtemps plus tard qu’une occupante d’Occupy Wall Street, préoccupée par l’arrivée du froid d’automne sur le site de campement au parc Zuccoti, avait proposé en assemblée générale de montrer comment faire du crochet pour tricoter des bonnets , écharpes et gants. Il semble que la fibre et le fil nous mène d’un lieu révolutionnaire à l’autre au cours du temps…[2a]

Un autre lien, plus onirique, avec le tricot, est montré par l’analyse de Clarissa Pinkola Estés, dans son analyse du conte russe de Vassilissa :

Tricot manifeste 1 de Magali. En Parques

Ève Marie, esquisse du personnage de la Tricoteuse du peuple (1re sortie publique) lors d’une manif contre le dégel des frais de scolarité et contre la loi 78, mai 2012, Montréal. Crédit photo: Magali

«Dans les mythologies, le tissage est dévolu aux mères de la Vie/Mort/Vie – comme les trois Parques [une photographe, Magali, connue au hasard lors d’une manif, en voyant mon personnage, m’avait comparé à une Parque], Clotho, Lachésis, Atropos, et Na’ashjé’ii Asdzàà, la Femme-Araignée, qui fit don de cet art au Diné – le Peuple navajo. Ces mères de la Vie/Mort/Vie apprennent aux femmes à sentir ce qui doit mourir et ce qui doit vivre, ce qui doit être cardé, ce qui doit être tissé.» Clarissa Pinkola Estés in «Femmes qui courent avec les loups» (1992)

Enfin, un petit lien historique avec la révolution française est à faire. «Durant l’ensemble de la période révolutionnaire [française], [les femmes] occupent la rue dans les semaines précédents les insurrections, et appellent les hommes à l’action, en les traitant de lâches. De cette façon, les femmes pénètrent la sphère du politique et y jouent un rôle actif. Mais dès que les associations révolutionnaires dirigent l’événement, les femmes sont exclues du peuple délibérant, du corps du peuple armé (garde nationale), des comités locaux et des associations politiques.»[2]

Tricoteuses_1793 gouache Pierre-Étienne Lesueur

«Les Tricoteuses Jacobines ou de Robesbierre», gravure de P.-É. Lesueur, 1793. Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Lesueur_Tricoteuses_1793.jpg

Mais elles trouvent le moyen de prendre une part active à la vie politique comme «Jacobines» en se présentant à la tribune des assemblées révolutionnaires, tout en tricotant pour gagner leur vie, se tenir au chaud et ainsi économiser les charbons de la maison qui coûtent cher. Par leurs cris et leurs voix indignées, elles influençaient les législateurs assemblés. Par la suite, «les tricoteuses de Robespierre» se rendaient sur le lieu de la guillotine, toujours en tricotant, pour participer à la vindicte populaire contre les guillotinés «contre-révolutionnaires» – c’est malheureusement surtout cette image négative que l’histoire machiste, la littérature[3] et le cinéma ont gardé d’elles. Quelques mois plus tard, la révolution se tourne contre elles. «La Convention interdit aux femmes l’accès à ses tribunes, elles sont pourchassées durant la nuit, puis, trois jours plus tard, bannies de toute forme d’assemblée politique et de tout attroupement de plus de cinq personnes dans la rue[4]. Cette volonté de tenir les femmes à l’écart de la vie politique, quel que soit le parti dont elles se réclament, reflète les craintes de la société quant à la possible violence des femmes, [craintes] qui [ont] parfois pris des proportions démesurées en l’an II.»[5] [6]

Ève Marie à la maison des arts de St-Faustin PQ, 2013

Ève Marie, perfo à la Maison des arts de St-Faustin, Québec, 2013. Crédit photo: Nancy Ménard

La tricoteuse du peuple, Ève Marie, et les cordes à messages, maison des arts de St-Fuastin, août 2013. Crédit photo: Nancy Ménard

La tricoteuse du peuple, Ève Marie, et les cordes à messages, Maison des arts de St-Faustin, août 2013. Crédit photo: Nancy Ménard

Enfin, quelques liens avec des artistes du tricot :

http://ville-laines.blogspot.ca

http://www.facebook.com/mailleapart

http://www.facebook.com/mailleapart.ledocumentaire

https://www.facebook.com/YarnbombingMontreal

http://tricotpourlapaix.wordpress.com/

http://ahrf.revues.org/10954?lang=en

http://acsmmontreal.qc.ca/2012/12/19/le-tricot-une-activite-qui-favorise-le-mieux-etre-la-creation-de-liens-et-la-solidarite/

http://en.wikipedia.org/wiki/Revolutionary_Knitting_Circle

http://www.thirdspace.ca/journal/article/view/pentney/210

http://www.festivaltwist.org/

http://www.miwim.fr/blog/actualite-tricot-27567

http://melusinetricote.com/le-tricot-contre-la-guerre/906


[1] http://www.montrealgazette.com/touch/m-photo.html?id=6717889&p=6  2 juin 2012, par Graham Hughes

[2a] In Occupy Wall Street!, Collectif, éd. Les Arènes, 2012.

[3] Chateaubriand dans ses Mémoires d’Outre Tombe (1848), présente davantage les tricoteuses sous l’échafaud comme un sabbat de sorcières révolutionnaires. Dickens (1859)  les présente comme des monstres. Au cinéma, dans l’adaptation de son roman A Tale o Ttwo Cities, du réalisateur J. Conway, cela est encore plus net. Dans l’histoire nationale française, on a retenu davantage l’expression «furie de guillotine» que de «tricoteuse» qui a d’abord son entrée dans le dictionnaire de Reinhard (1795), alors que le phénomène des guillotines est survenu après les assemblées populaires des tricoteuses. Intéressant phénomène de transformation de réalité.

[4] À tout hasard, il est intéressant de noter que la loi 78 contre la grève étudiante au Québec prévoyait, à l’origine, interdire des rassemblements de plus de 10 personnes, hommes et femmes confondus. Cette loi inique, votée pendant la nuit par le gouvernement libéral de Charest a été même critiquée par le Barreau du Québec, puis par une agence de l’ONU (!). Même la police ne s’en est jamais servie pour arrêter des manifestants! Elle a préféré utiliser un règlement municipal qui venait d’être renforcé ou un règlement du Code de la route… Quelques mois plus tard, avec le changement de gouvernement et l’élection du Parti québécois, cette loi a été abrogée dès le premier jour de prise de pouvoir du PQ, au grand soulagement des associations étudiantes et d’une partie des Québécois. Notez que dans la polarisation que nous avons connue, une autre partie du peuple était farouchement pour.

[5] Charlotte DENOËL http://www.histoire-image.org/site/oeuvre/analyse.php?i=951 http://www.dazibaoueb.com/article.php?art=26082

[6] Pour plus de détails sur le rôle des tricoteuses pendant la révolution française, voir http://www.thucydide.com/realisations/comprendre/femmes/femmes2.htm

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