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Sam Hamad, président du Conseil du trésor du gouvernement du Québec; Marc-Yvan Côté, organisateur libéral provincial, banni du parti libéral du Canada lors du scandale des commandites, après la Commission Gomery; in Le Devoir, 2 avril 2016

« Les témoignages abondent sur les capacités de renoncements, d’acquiescement, de souffrance du menu peuple. Ils abondent aussi sur l’insensibilité, le cynisme, la cruauté même des possédants, de ceux surtout qui se sont enrichis par la fortune, ou de ceux qui, en passe d’y parvenir ou au contraire délaissés par la fortune, tirent le diable par la queue et s’efforcent au milieu des angoisses de ‘tenir leur rang’.» Jean Ferriot, en parlant des caricatures du… XIXe siècle d’Honoré Daumier

Cette semaine, pour revenir à cette dernière excellente émission d’information et culture québécoise Bazzo.tv (1) ─dont je parlais aussi dans mon dernier billet─  où les commentateurs politiques se demandaient de quoi le Québec avait besoin, la plupart des intellectuels présents ont dit que le Québec était une société… bloquée ! C’est aussi le propos du journaliste Marco Fortier dans le journal Le Devoir d’aujourd’hui « Le Québec dans une impasse politique » (2). En très résumé, leur thèse est que les Québécois préféreraient voter pour le parti libéral (au pouvoir sur la scène provinciale depuis 11 des 13 dernières années), même corrompu (3), que voter pour l’opposition la plus structurée, soit le Parti québécois. Pourquoi ? Nous aurions peur d’un 3e référendum sur l’indépendance du Québec… Dans leur bulle, ils ont oublié de mentionner que c’était dans nos institutions et partis politiques, oui, sans doute, que le Québec était bloqué. Je reviens sur un sujet qui me tient ‘a cœur et que j’avais abordé dans mon tout premier billet sur ce blogue en 2012 :  (voir https://evemarieblog.wordpress.com/2011/10/01/ecrasant-corporatisme-au-quebec-de-la-pire-des-glus/ du point de vue du corporatisme des organisations sociales qui se disent etre porteuse de solidarité et de changement.

Depuis ma réflexion a avancé et je fais des nuances de taille. Il manque à leurs vues toutes les micro-initiatives de la société civile. Un numéro de la revue Possibles auquel je participe, en fera prochainement état, pour célébrer notre 40e anniversaire de fondation (4).

En effet au Québec, il y a eu un Réveil collectif, quasi une révolution en 2012, comme le disait la semaine dernière la cinéaste Micheline Lanctôt, un éveil issu d’une crise sociale à mon sens plus puissante que Mai ’68 en France, et provoqué par le Printemps étudiant (appelé aussi Printemps érable avec les Carrés rouges). Mais cette crise a été durement matée par l’ancien gouvernement libéral et par la police pendant qu’une autre moitié des Québécois ne comprenaient vraiment pas le fond de l’affaire et se montraient soit très critiques, soit carrément hostiles à ces changements. Je crois personnellement et un peu… toute seule dans mon coin que cette énergie, en dormance actuellement, resurgira quand les conditions seront plus propices et que les principaux activistes et professeurs auront repris des forces et convaincu les plus jeunes de leur pertinence, comme le décrit très bien l’histoire de la sociologie des mouvements sociaux dans le monde : on parle de cycles, jamais de pertes.

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Plus globalement, je crois que tous ces traumatismes politiques que nous vivons en même temps dans le nouveau village globalisé (référence aussi et surtout à mon dernier billet sur le terrorisme) et dans un esprit de cynisme le plus total face à la classe politique, poussent une masse critique à s’intérioriser, ou, à tout le moins, à vouloir le faire (mais sans trop savoir comment, car Dieu est mort pour la plupart des Occidentaux et des Chinois). Probablement une nouvelle expérience unique aussi massive dans l’Histoire humaine…

Est-ce dans cette perspective proactive que certains leaders d’opinion s’apprêtent à lancer un mouvement d’« orphelin démocratique » ? On verra.

En attendant, petit retour sur l’histoire de la caricature comme ferment de changements politiques, avec le peintre, dessinateur et caricaturiste français du XIXe siècle, Honoré Daumier.

Daumier_Les mannequins Politiques-700x602

Honoré Daumier. 1834.

Ci-dessus : lithographie, état unique, avec la signature manuscrite de Daumier. Épreuve sur blanc, don A. Curtis en 1949. 22,1 x 26,6 cm. Delteil 96.
Publiée dans La Caricature, le 20 novembre 1834.
BnF, Estampes et Photographie, Rés. Dc-180b (2)-Fol.

 

Daumier-La déroute_1850

Honoré Daumier. 1850.

Les gens de justice_Honoré Daumier_1834

Honoré Daumier. 1834. Les gens de justice. «Le passé, le présent et le futur».

Daumier_Gargantua-1831

Honoré Daumier. 1831. Probablement sa caricature la plus connue.

«Paraît qu’les homm’s d’affair’s d’la Haute

Quand i’sont tannées de s’mentir

Pis tripoter l’argent des autres

Vont jouer au golf pour s’divertir

[…]

Les pauvrerr’ yâb’s, on est les boules

Que ces messieurs fess’nt à grands coups;

Y sont contents quand i’nous roulent

Pi qu’i’ nous voient tomber dans l’trou.»

Jean Narrache (Émile Coderre), «Le jeu du golfe», 1932 (!)

 

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Dernières nouvelles…

3 mai 2016. La vérificatrice générale (indépendante) du gouvernement québécois ne porte aucun blâme contre Sam Hamad sur le plan de son aide financière à Premier Tech en tant que ministre : «Mon rapport ne le blanchit pas, et ne le blâme pas», a conclu Mme Leclerc en conférence de presse. Mais elle relève des irrégularités, comme l’augmentation de 1M $ d’une subvention, vraisemblablement après un diner d’affaire avec un membre du parti libéral qui siège sur le CA de cette compagnie. http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201606/01/01-4987221-rien-dincriminant-contre-sam-hamad-conclut-la-verificatrice-generale.php

Je ne comprends pas, et vous ?

Restent deux autres enquêtes, dont celle sur son éthique.

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(1) http://zonevideo.telequebec.tv/media/27716/derniere-emission-bazzotv/bazzo-tv

(2) http://www.ledevoir.com/politique/quebec/467128/le-quebec-dans-une-impasse-politique

(3) La récente Commission Charbonneau a démontré hors de tout doute des liens entre le financement politique illégal et l’attribution de contrats, en particulier dans le secteur de la construction, et ce dans tous les partis, en particulier au parti libéral du Québec au pouvoir depuis longtemps. L’ancienne vice-première ministre et ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau a été arrêtée la semaine dernière par la police (l’Unité permanente anticorruption -UPAC), notamment pour fraude et corruption à cet égard (http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/politique/2016/03/17/001-nathalie-normandeau-arrestations-upac-cote-lortie-roche.shtml), ainsi qu’un organisateur politique libéral et homme d’affaires, Marc-Yvan Côté, à nouveau pointé du doigt par les journalistes de Radio-Canada de l’émission « Enquête » (http://ici.radio-canada.ca/tele/enquete/2015-2016/segments/reportage/6144/enquete-sam-hamad-marc-yvan-cote-premier-tech). Un autre ministre libéral de l’actuel gouvernement, Sam Hamad (http://www.ledevoir.com/politique/quebec/467066/sam-hamad-aurait-favorise-marc-yvan-cote?utm_source=infolettre-2016-04-01&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne), ministre responsable de l’Administration gouvernementale (dont l’application des recommandations de la Commission Charbonneau !) et de la Révision permanente des programmes est également soupçonné de trafic d’influence, à cause d’un courriel très explicite de son chef de cabinet. Qui a coulé ces courriels ? Autre question intéressante, qui est restée dans l’ombre des sources confidentielles. L’apparence de vérité, si ce n’est la vérité elle-même, est gravement compromise. Ce ministre n’a plus aucune crédibilité et doit démissionner. Les partis d’opposition ont réclamé qu’il se retire du caucus libéral. Pour sa part, le ministre Hamad prétend qu’il n’a rien à se reprocher et se réclame de la présomption d’innocence. Il vient néanmoins de se retirer de ses fonctions ministérielles, le temps que le Commissaire à l’éthique fasse enquête.

LES SUITES : quelques jours tard, Sam Hamad revient de ses vacances en Floride (!) et démissionne de ses fonctions de ministre. Il était temps !

(4) http://redtac.org/possibles/