Tag Archive: corporatisme


«Une personne dotée d’Ubuntu se démarque par son ouverture d’esprit et sa disponibilité aux autres. Elle s’exprime à propos d’autrui comme s’il s’agissait d’elle-même (elle sait faire preuve d’empathie et défendre celles et ceux qui sont dans le besoin), et jamais elle ne se sent menacée par les autres, sous prétexte qu’ils pourraient faire mieux qu’elle ou tout simplement faire bien (ou faire du bien…). Ces capacités de se mettre à la place des autres et de se dévouer à des causes qui la dépassent, sans souci de la gloire, semble provenir d’une juste confiance en soi qui s’expliquerait par le fait qu’elle (ou il) appartient à un ensemble plus large, un tout global. De cette intuition découle pour les personnes ayant de l’Ubuntu (prononcer « Oubountou ») la capacité à réaliser rapidement que ce qui atteint les autres dans leur dignité nous blesse toutes et tous autant que nous sommes en tant qu’humains. Quand les autres sont rabaissés, humiliés, torturés ou oppressés, il nous revient donc de nous indigner, de nous révolter dans le respect de l’Ubuntu qui est en nous.» Archevêque Desmond Tutu. (citation originale en anglais à la fin du texte). Voir le clip de Mandela à ce sujet au http://www.youtube.com/watch?v=qyN9AZUb_4c

1-      Mise en contexte : petit historique

Après multiples pressions auprès de notre syndicat et recherche d’informations auprès de mon député, du cabinet de l’ancienne ministre de l’Éducation et du Conseil des gouverneurs élus de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB), à Montréal en 2012 les nouvelles étaient mauvaises. Je voulais connaitre le sort des enseignants « à taux horaire » [= sans permis d’enseignement] (1)  au secondaire pour adultes,  On nous a dit de deux sources sûres (de très haut niveau dans le gouvernement et dans l’administration de notre employeur) que le syndicat était partie prenante et avait «échappé la balle», ce que notre syndicat local a formellement démenti… Quoi ? Eh bien, les profs à taux horaire perdront leur travail d’ici deux ou trois ans s’ils ne se dotent pas d’une nouvelle maitrise qui donne le brevet d’enseignement. Pourtant, tous les permanents ne détiennent qu’un niveau bacc, en éducation, et pas toujours dans leur champ d’enseignement… Deux poids deux mesures? Mais rien n’y fait, c’était l’inertie ou le déni total de toutes les parties en présence, y compris des profs. Ma suggestion faite au syndicat de développer un programme de formation professionnelle sur le modèle des infirmières n’intéresse personne. Rien ne bouge. Au contraire. Ma proposition en assemblée générale syndicale en mars 2012 pour « améliorer les conditions de travail des taux horaire est jugée non recevable par la présidente adjointe de notre syndicat, le SEOM, puis rejetée par l’assemblée des membres collègues qui ne comprennent pas la gravité de ces enjeux complexes.

Puis en avril 2013, au terme de la négociation locale de notre convention collective, les mauvaises nouvelles se confirment : les taux horaires seront relégués à une nouvelle et 3e liste de priorité dans l’attribution des contrats à partir de 2016, nous faisant perdre toute notre ancienneté. Concrètement, cela veut dire que les nouveaux profs sortants du bacc. en éducation mais sans expérience, passeront devant nous. Cela veut dire qu’il n’y aura plus de postes à temps plein, que « des grenailles » (l’expression est d’une directrice d’un des Centres pour adultes où nous travaillons), et ce même si les administrateurs scolaires manquent désespérément de profs… Du corporatisme à l’état pur.

Il y a des limites à l’indignité. Nous avons été « bons » pendant 10 ou 15 ans et tout à coup nous sommes jetés? Nous ne sommes pas défendus par notre syndicat, au contraire? Ils veulent que je me taise alors que j’ai déjà commencé à perdre mon emploi (en 2010, il y avait 28 postes pour les taux horaire; en 2013, seulement quatre sont encore proposés dans notre programme). Pas question! De toute façon, je n’ai plus rien à perdre!

QUOI FAIRE??? Ma santé mentale, mon respect de moi-même, ma reconnaissance professionnelle sont aussi en jeu. Pas question de me laisser aliéner. Je suis une professionnelle compétente, une spécialiste de ma matière, le français langue seconde, même si je n’ai pas le fameux papier. Alors, jouons au jeu du miroir, inspirée par les formes de théâtre participatif d’Augusto Boal, le théâtre de l’opprimé et par les actions de révélation collective et l’ethnométhodologie du psychosociologue Georges Lapassade (2).

*/*

2-  La scène : du théâtre-réalité : une performance artisticopolitique avec un enjeu très réel : un travail.

J’arrive à la séance d’attribution des contrats appelée « bassin » le 22 juin. J’ai mon costume de tricoteuse du peuple, mon Tricot du peuple entre les mains pour m’apaiser et me donner du courage, je suis plus chic que d’habitude, avec de beaux bijoux et je me tiendrai debout.

Je m’assois seule en avant pour avoir les collègues dans le dos, car le spectacle ce ne sera pas moi, mais la mine de la coordonnatrice des ressources humaines et des représentants syndicaux.  Je me concentre en tricotant quelques minutes avant le début de la séance. Comme je suis une des plus anciennes sur la liste de priorité, et qu’il y a quelques absentes, on m’appelle en 2e. Je prends du temps à réagir, mais je me sens poussée, je sens que je n’ai pas le choix de faire un coup d’éclat.

-Absente ? demande la patronne.

– Non, je suis là, dis-je en me levant lentement avec la liste des postes entre les mains.

Silence. D’habitude nous sommes poussés sous pression pour aller à toute vitesse pour choisir un poste.

– Quel poste prenez-vous ?

Encore silence.

–          J’ai un dilemme, j’aurais besoin de vos conseils. J’hésite entre un poste d’été et un poste annuel (mon 2e objectif est de mettre en doute les faits et les réactions à notre exclusion à venir).

Silence. (D’habitude les profs disent sans tarder leur choix, même s’ils ne savent plus trop quoi prendre, c’est très très stressant, cela ressemble à un marché de viande. Mon premier objectif est de ralentir le processus et de revenir à un temps plus humain). Dans la salle, il devient évident  que quelque chose ne  tourne pas comme d’habitude.

–          Notre syndicat vient de négocier une 3e liste de priorité pour les taux horaire où nous serons relégués à la voie… (je cherche mes mots)… de garage…, dis-je en me tournant vers mes soi-disant représentants pour lesquels je vote et paient une cotisation.

Quelques rires dans la salle. Je sens que je peux pousser un peu plus loin.

–          Bon, ce n’est pas la place pour parler de ça, vous allez me dire quel poste vous voulez.

–          Je peux enseigner au cégep et à l’université, mais je ne pourrai plus enseigner au secondaire?

–          C’est seulement en 2016, intervient la représentante syndicale.

Ils grimacent tous en avant, déjà exaspérés. Il y a une centaine de profs dans la salle, dont un bon nombre sans brevet, mais avec beaucoup d’expérience. À la séance, on vient de comprendre le jeu, quelques collègues plus hardis ou plus désespérés crient,  m’applaudissent, d’autres lancent : vas-y Ève! Mais c’est une toute petite minorité qui ose réagir. J’estime que je n’ai pas assez d’appui pour chauffer davantage la soupe.  Encore calmement, je propose une solution.

–          À la CSDM, ils ont eu le même dilemme dans les années ’90 et ils ont proposé aux profs une formation professionnelle à l’interne.

Aucune manifestation d’intérêt de la part de la patronne ni du syndicat. Il me reste à achever mon tour de piste. La démonstration est sans équivoque au cas où certains en douteraient encore. Le résultat du test est désolant, mais cela à l’avantage d’être (enfin) clair.

–          Quel poste ?

–          C’est vous la spécialiste en ressources humaines. Pouvez-vous me conseiller ce que je devrais choisir?

–          C’est à vous à choisir.

Encore silence. On s’impatiente sérieusement à la table, incapable de percevoir le drame humain qui se joue.

–          Étant donné que la Commission scolaire ne m’offre aucune perspective d’avenir, je vais prendre seulement le poste à court terme, le numéro 31. Et je me rassois.

–          Il est déjà pris (rire dans la salle).

–          Je me relève. La patronne grimace. Hum… alors je vais prendre le…32.

Je me rassois et reprends mon tricot.

On passe au numéro suivant…

*/*

Mes expériences à Occupons Montréal et dans le printemps érable m’ont appris une chose : la nécessité de transporter nos luttes et nos idéaux dans notre vie quotidienne, y compris à notre travail. La vie n’est pas séparée en morceaux : le croire ou faire comme si, c’est succomber à l’aliénation et à la facilité qui finit par se retourner.

J’ai donc pratiqué la communication non violente tout en affirmant et informant sur un point essentiel. La rue ne suffit pas. Le mouvement se continue, même s’il est plus discret. Même si le « jeu » met en scène deux côtés, à la fin je ne considère pas la partie adverse comme des ennemis, mais plutôt comme un miroir de moi et de nous. J’essaie de laisser au moins une toute petite porte ouverte, sait-on jamais… un miracle inattendu. Quelqu’un quelque part va-t-il se réveiller et réaliser l’aberration et l’énormité de cette erreur?

Une fois de plus, on voit comment en « ressources humaines », un conflit de travail mal géré ou pire nié, s’il mène à l’apathie d’une majorité, à des stratégies de séduction (communément appelée lichage de …) d’un petit nombre, il mène également à la radicalisation d’une fange plus ou moins importante et plus ou moins active de personnes estimant vivre une grave injustice collective. Le conflit étudiant l’année dernière en est notre plus récent exemple, et  nous vivons exactement cela à l’interne, à plus petite échelle (d’ailleurs, ces mesures ne sont pas étrangères à la marchandisation de l’éducation dénoncée l’année dernière et issues notamment des nouvelles méthodes de gestion du bien public comme un bien privé : tout cela se tient). Même certains enseignants permanents, d’ordinaire si frileux et habituellement de fieffés individualistes, devant l’ampleur du désastre annoncé, commencent à comprendre que cette mise au rancart d’un certain nombre de profs aura des effets pervers sur leur propre travail. Certains se mettent récemment à nous conseiller des poursuites judiciaires ou une sortie en règle dans les médias.

Enfin, cette situation n’est pas sans amener une importante remise en question du syndicalisme comme outil de protection et de développement des travailleuses(eurs) à statut précaire. De plus en plus, ce syndicalisme de nantis, devenu des corporations déguisées, peine à répondre à leurs obligations légales de défense de l’ensemble de leurs membres et à servir de courroie de négociation tampon entre l’employeur et les travailleurs. (3)

Néanmoins, ma décision est prise depuis longtemps : je me cherche un nouveau travail au cégep ou à l’université comme prof de langue/littérature/didactique. Mais je suis peinée pour mes collègues d’expérience qui n’ont pas de maitrise et donc pas cette possibilité d’aller travailler au postsecondaire, ils sont complètement piégés. Il leur reste à faire la nouvelle maitrise qualifiante ou à se contenter de petits remplacements à la pièce des années durant, dans un état de précarité totale. Mais pour la plupart d’entre eux (sauf les plus jeunes),  ce ne sont  pas des options, pour toutes sortes de bonnes raisons. Pour ma part, je refuse de faire cette maitrise,  car j’ai déjà une maitrise récente en linguistique et didactique des langues secondes (4); je n’ai  ni le temps, ni l’argent, ni la motivation de le faire, car je n’apprendrai rien et j’y perdrai mon temps et mon $. Je préfère quitter le système et perdre toutes mes années d’ancienneté.  Il n’est pas très tentant de donner sa force de travail, son intelligence et son cœur à un tel employeur… À un niveau plus spirituel, je sens que je me dois d’être la digne fille de ses parents, je me dois de pousser plus loin l’héritage de mon père qui m’a appris à ne pas avoir peur et de ma mère qui m’apprend encore à lutter contre les injustices…

3-        Épilogue

Pourtant, j’aime l’école où je travaille présentement; le choix est déchirant et je pleure en sortant de cette séance, rapidement suivie de rires lorsqu’une autre collègue se met à pleurer en évoquant son inscription à la maitrise qualifiante et que je propose de former un clan des pleureuses…

Finalement et contre toute attente, plusieurs collègues m’ont félicité par la suite pour cette intervention.

(1) La vaste majorité des enseignants au secondaire détient un bacc. en enseignement qui leur donne accès au permis d’enseignement et au brevet après la réussite de leur stage et un certain nombre d’heures d’enseignement. La loi sur l’instruction publique permet néanmoins aux commissions scolaires d’engager des enseignants à taux horaire. Les mêmes programmes de langue seconde donnés par des profs au ministère de l’Immigration ou dans les universités ne requièrent pas ce permis.

(2)    Le psychosociologue français s’est fait connaitre à la fin des années ’60 avec un contrat de l’Université du Québec à Montréal visant à régler un important conflit de travail avec les employés de soutien et dont les interventions ont contribué nommément à créer leur 1er syndicat, le SEUQAM. Une de ses interventions réussies, qui avait fait école par la suite, est d’avoir créé une situation de toute pièce, genre de dérapage contrôlé pour amener les parties à trouver une solution issue d’une crise.

(3) Comme une lutte similaire, menée dans les années ‘9o auprès puis contre mon syndicat d’artistes, le RAAV, avec les peintres Nikolaï Kupriakov, Hélène Goulet et Louisa Nicol (et notre groupe Divergence ) a montré les effets pervers du syndicalisme par réaction grégaire des «tinamis», formation de clique et reproduction de lutte de pouvoir entre les chefs et une minorité active.

(4) Ma formation initiale de «jeunesse»  était en psychosociologie de la communication… et en animation et recherches culturelles. J’arrive à l’âge merveilleux où on commence à faire une synthèse de soi et à voir le fil conducteur de sa vie…

________________________

Les suites : une nouvelle activité :

ATELIER SUR LA SURÉROGATION = ACTIONS HÉROÏQUES

QUOI FAIRE??? Ma santé mentale, mon respect de moi-même, ma reconnaissance professionnelle sont  en jeu à mon travail, tout comme vous, probablement ? Pas question de me laisser aliéner. Je suis une professionnelle compétente, une spécialiste de ma matière, le français langue seconde, même si je n’ai pas le fameux papier qu’on m’exige subitement, après dix ans de valeureux travail. Alors, faisons deux choses ensemble : d’abord réfléchissons sur la surérogation, ces actes héroïques dont les exemples récents de Assange, Snowden, Manning , Weiwei ou Spence peuvent nous inspirer, mais créons-les à notre niveau, à notre travail de tous les jours. Partageons nos expériences d’actions héroïques, puis créons nos propres scénarios et dispositifs de microactions grâce à de l’auto/intercoaching de groupe, en jouant au jeu du miroir, inspirées par les formes de théâtre participatif d’Augusto Boal, le théâtre de l’opprimé et par les actions de révélation collective et l’ethnométhodologie du psychosociologue Georges Lapassade (2).

Ne plus avoir peur, tel est notre devoir. Il s’agit d’un retournement où le devoir d’accomplir quelque chose d’héroïque dans notre milieu de vie (travail, famille, réseaux) est plus important que nos droits. Précisément, accomplir de telles actions de simple héros et héroïne dans le proche quotidien, multiplié par deux, vingt, cent, mille peut finir par avoir un impact réel et créer un effet d’entrainement. Ces actes Ubuntu* nous permettent aussi, à un niveau spirituel, de dépasser justement notre peur et d’être les dignes enfants de ce que nos parents nous ont appris, en poussant plus loin par amour  leur propre expérience. Quand l’amour remplace la peur… on ne sait pas ce qui peut arriver de merveilleux.

* «ubuntu» : revoir la citation du Tutu à ce sujet au début de l’article

La tricoteuse du peuple vous invite à la RÉOCCUPATION DU COEUR DE L’ILE d’Occupons Montréal,  le 14 juillet à 12 h, au parc Molson.

Inscription sur notre meetup au http://www.meetup.com/Occupons-le-Parc-Molson-12-14-juillet-2013/

« A person with Ubuntu is open and available to others, affirming of others, does not feel threatened that others are able and good, based from a proper self-assurance that comes from knowing that he or she belongs in a greater whole and is diminished when others are humiliated or diminished, when others are tortured or oppressed » Archbishop Desmond Tutu

Publicités

Pierre Dansereau, écologiste et biologiste, 1981

«Je suis moi-même obligé de faire, comme beaucoup de mes collègues, un diagnostic noir. Ce qui se passe maintenant, surtout avec l’insistance sur la privatisation, c’est le relâchement des contrôles. Or sans contrôles, on n’arrivera pas à assainir. On n’arrivera pas davantage à rétablir une plus grande justice dans la répartition des ressources les plus élémentaires.»  Pierre Dansereau (extrait d’une entrevue de Louis-Gilles Francoeur, janvier 2001)

Cette vision de Dansereau m’inspire une réflexion plus large dans différents secteurs de la vie publique. Ainsi, relativement au récent décès de ce grand scientifique et humaniste qu’était mon grand-oncle, je me pose quelques questions sur différents sujets d’intérêt public.

Depuis quelques années, le Québec semble s’engluer et se complaire dans des pratiques corporatistes légales ou des collusions illégales de castes de privilégiés davantage préoccupés par leur bien personnel que par le bien collectif. C’est l’essence même de la démocratie et d’une relative égalité des chances qui est remis en cause. Hormis sous les gouvernements libéral de Lesage dans les années ’60 et péquiste de Lévesque dans les années ’70 qui avaient donné un sérieux coup de barre dans les mœurs électorales et à la création/développement d’une fonction publique indépendante et stable, il en a probablement toujours été ainsi, à la différence qu’aujourd’hui, cette sous-culture de minorités privilégiées sort au grand jour pendant que les autres Québécois atteignent maintenant un point de saturation des abus et injustices de toutes sortes. Voyons-en quelques exemples.

La bourse ou la vie dans la construction et dans la haute finance

Au centre de l’actualité, on constate l’état déplorable des modèles contractuels, principalement dans l’industrie de la construction et à la bourse, conçus pour enrichir les plus grosses compagnies, les bandits et le financement des partis politiques. À terme, cela appauvrit les «payeurs de taxes» et les services sociaux et montrent à quel point la notion de morale, d’équité, de collaboration et… d’économie ont pris le bord dans notre monde affligeant qui donne de plus en plus l’impression d’une société segmentée et bloquée.

Corpo un jour corpo toujours

Et que dire de l’influence désolante des corporations, et en particulier celle des médecins, pour la reconnaissance des diplômes des professionnels immigrants ? J’ai, parmi mes étudiants, des professionnels dont j’ai pu apprécier la compétence et qui sont continuellement bloqués par toutes sortes de tracasseries et d’incompétences administratives pendant plusieurs années et qui finissent par renoncer à leur profession. À l’heure de la chute démographique et du débalancement des générations, le Québec peut-il se permettre de perdre ces compétences ? Non.

La culture de la discrimination et le RAAV

Quoique moins connue, une situation similaire a aussi fait son chemin dans le domaine des arts. À la fin des années soixante, les peintres Lemoyne, Montpetit et plusieurs autres, ont dénoncé la clique des artistes dans l’Opération Déclic devant le Musée d’art contemporain. Depuis une dizaine d’années, nous dénonçons au RAAV et ailleurs les subventions de l’État basées sur une certaine esthétique, en particulier en arts visuels. Un récent procès entre le peintre Nikolaï Kupriakov et le ministère de la Culture via son programme de l’intégration de l’art et de l’architecture (dit du 1%) a permis de faire ressortir les vrais critères de sélection, soit entre autres, une préférence presqu’incontournable pour les artistes professionnels qui diffusent dans le circuit «non commercial». La semaine dernière, une courageuse et courte grève de la faim de Kupriakov a, d’une part poussé les membres du RAAV à voter une recommandation de non discrimination quant aux lieux de diffusion dans le processus de sélection des artistes pour le répertoire dit “du 1%”. D’autre part, le ministère a annoncé publiquement une revue de ses critères de sélection. On attend les résultats.

Nikolaï Kupriakov pendant sa grève de la faim, contre les critère tendencieux du programme d’intégration de l’art à l’architecture du MCCQ, sept. 2011

Éducation : enseignement

De la même façon dans le domaine de l’éducation, une situation comparable perdure depuis des années. Tout à fait normalement, les enseignants et professeurs des cégeps, universités et du MICC n’ont pas besoin de brevet d’enseignement pour faire leur travail et obtenir des permanences, mais simplement un ou des diplôme(s) dans leur champ d’expertise et un certain nombre d’années d’expérience. Cependant dans plusieurs commissions scolaires, la situation est toute autre. En effet, à l’éducation des adultes, on exige une autorisation permanente d’enseigner, même si la loi sur l’instruction publique permet des exceptions, dont des enseignants dit «à taux horaire» qui ne sont pas diplômés en éducation mais dans des champs connexes et qui ont pris de l’expérience comme enseignants.

Depuis des années, ces enseignants sont laissés pour compte par les commissions scolaires, le MELS et même leur syndicat. Depuis la récente signature d’une nouvelle convention collective, la situation s’est corsée et à moins d’un sérieux coup de barre des syndicats, de nombreux enseignants précaires, compétents et avec beaucoup d’expérience vont… perdre progressivement leur emploi au profit de jeunes recrues fraîchement sorties des départements d’éducation… Le renouvellement du corps professoral est très certainement une nécessité, mais pas au détriment d’une partie des professionnels d’expérience ! Voilà l’aberrante vision de l’éducation québécoise de nos élus syndicaux, des commissions scolaires et du MELS ainsi que celles de plusieurs universités (qui n’est pas sans rappeler, quoique sous une autre forme, le désastre de mises à la retraite de centaines d’infirmières il y a quelques années).

Au primaire et au secondaire, je crois qu’il serait temps de revenir à un corps professoral multidisciplinaire basé sur la compétence et non seulement sur un diplôme en éducation (brevet) dont actuellement et depuis trop longtemps seulement moins du quart des crédits  universitaires sont disciplinaires puisque la majorité des cours sont en pédagogie et en didactique (quand on voit ce que cela a donné dans les écoles[1]). Et aussi, un retour du certificat en pédagogie pour des spécialistes qui voudraient enseigner et qui n’ont aucune expérience comme enseignant. Ce genre de chasse gardée n’a plus sa place dans un Québec dont on nous rebat les oreilles avec des discours sur «la réussite scolaire» et «la société du savoir et de l’information», mais avec des actions tout à fait contraires. Une diversité plus grande des formations et des expériences du personnel enseignant, à tous les niveaux de l’enseignement, voilà un vrai modèle inspirant, basé sur une vraie écologie sociale et humaine (cher à Dansereau) du XXIe siècle…

Ma classe de francisation en 2011

Décloisonnement

J’ai, pour ma part, toujours pris le risque de la multidisciplinarité, autant dans ma formation académique que dans mon travail professionnel en tant qu’enseignante et artiste. J’ai été en cela profondément influencée par ce grand-oncle, à qui je rends ici hommage, qui est parti, cette semaine, pour d’autres planètes, après avoir vécu une vie riche en savoirs et en rencontres, brillante et avant-gardiste en idées, et sensible en humanité. Puis-je penser que ses écrits et ses idées vont nous influencer de façon durable pour l’avenir et polir jalousement mon pouvoir de dire et de rêver ? Mais pas juste de rêver. Dans chacun de nos milieux, et avec l’appui d’un bon gouvernement, nous devons trouver les leviers pour un assainissement des mœurs publiques, et décloisonner les syndicats et les ordres professionnels et ce, dans une perspective du bien commun. Le temps des silences complices est terminé.

Ève Marie, artiste, enseignante du français langue seconde et linguiste-didacticienne

1er octobre 2011


[1] Ma mère, née dans les années 1930, ainsi que la plupart de ses compagnes de classe du cours classique savaient écrire correctement leur français dès la deuxième secondaire (8e), et respectaient leurs enseignantes.

Mes corps bruts

rassemblement d'espaces

le Blogue de la Bibliothèque publique de Pointe-Claire

Programmation pour adultes et audiovisuel

REEF

Life in the vast human ocean

Club de lecture en ligne

4 out of 5 dentists recommend this WordPress.com site

El blog de Gabrielvl

Memoria de cosas valiosas, interesantes, divertidas o bellas

savoymedia

OSER le dire, OSER l'écrire, OSER le lire, OSER comprendre!

Humeurs Numeriques

Qui suit un autre, il ne suit rien : Il ne trouve rien : voire il ne cherche rien. (Montaigne)

Politique scolaire québécoise

La démocratie, en milieu scolaire???

blog OcraM

barbos . photos . blablas

%d blogueurs aiment cette page :