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Crédit photo : Ève Marie 2011

Crédit photo : Ève Marie 2011

Vite il faut que j’écrive ce texte avant de revenir à la « normale ». Ce sera difficile de communiquer avec vous (de me faire bien comprendre), précisément pour cette raison. Dans un état normal, on oublie profondément la vérité spirituelle du corps et de ses émotions véritables.

Quelqu’un comme moi qui va vous parler de ça vous semblera au mieux trop différente de vous, voire déconnectée, au pire carrément folle ou n’importe quelle raison (rationnelle)  pour vous faire croire à la partie de vous-même qui dirige que je suis dans le tort, au moins un peu. Et il y aura aussi sans doute quelques personnes, plus rares, qui diront avoir déjà vécu ce que je vais décrire.

Même moi qui me relirai dans quelques jours trouverai que j’exagère…

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Effet de noir. Crédit photo : Ève Marie 2011

Alors, mise en garde faite, lisez ce texte la nuit, entre deux rêves, au moment précieux où la simple vérité émerge parfois, où vous vous souvenez peut-être que vous êtes le plus ou le mieux relié à votre être. Si vous n’avez jamais vécu cette expérience, je m’inquiète pour vous. Vous êtes déjà peut-être juste devenu une bonne machine à produire et vous perdez votre temps à lire ce stupide texte…

Pour les autres, il y a de l’espoir. Alors suivez mon histoire, banale et étrange à la fois.

Je relève d’une pneumonie qui m’a gardée plus de deux semaines à la maison. La dernière fois que j’ai eu ça, j’avais 6 ou 7 ans. Ça cogne. Je me suis donc considérablement affaiblie avant d’aller chez le médecin et sans m’en rendre compte, mes perceptions ont changé.

J’ai beaucoup écouté la radio et la télévision, Radio-Canada (le média d’État au Canada) et dernièrement une radio privée COGECO 98,5FM (Arcand). J’ai redécouvert la télé que je regarde très peu depuis quelques années, à part un ou deux téléromans comme 30 vies (vie dans dans une école secondaire). Pendant cette maladie, j’ai suivi Les Pays d’en haut (sorte de faux western imitant la vie des colons Canadiens-français de la fin du XIXe s.), Ruptures (histoires d’avocats), un vieil épisode d’Unité 9 sur Internet (vie des femmes en prison), Tout le monde en parle (talk-show), Virtuose (Grégory Charles et ses jeunes talents de musique), des bouts des Enfants de la télé (talk-show avec des vedettes), Les pêcheurs (histoire de gars au chalet, vedettes de l’humour), des bouts aussi de Prière de ne pas apporter de fleurs (talk-show pour rendre supposément hommage à un ami artiste). À la radio, j’ai écouté Gravel le Matin (émission réveil-matin), Médium large (entrevues diverses), La sphère (TIC) et surtout les trois spectacles supposés comiques de la fin de semaine pour me divertir, À la semaine prochaine et La soirée est encore jeune. Et sans parler des pubs…

Et je n’en suis pas revenue ! J’étais devenue comme une extra-terrestre de ce monde, c’est comme si je débarquais d’une autre planète pour les émissions de fiction et d’humour. Comme le monde a changé. C’est clairement une autre génération qui écrit. MA génération. Y’a eu comme un passage que j’avais raté jusqu’à maintenant. Mais, c’est beaucoup plus que cela.

Comme le monde a changé ! Mais quoi ? demandez-vous… elle va-t-y accoucher ?

Eh bien, dans l’état d’hypersensibilité où je me trouvais, en particulier lorsque la toux a commencé, chaque phrase humiliante, méchante, ‘impathique’(non empathique extrême), chaque ironie, idée à l’envers, sarcasme, fausse gentillesse remplie de sous-entendus dont on n’est pas certain exactement, bref chacune de ces sentences entendues ou chaque mini-pensée négative déclenchaient chez moi un micro-malaise interne qui déclenchait à son tour une quinte de toux (je ne me suis pas rendu compte du phénomène tout de suite, je vous le redis ma conscience était altérée). Jamais encore je n’ai constaté à quel point toutes ces sales choses influencent en profondeur ma psyché et de là, mon corps (à moins que ce ne soit l’inverse, mais peu importe). Ou, au contraire, chaque petit bonheur, comme ces jeunes qui jouent de la musique, faisait couler quelques larmes de joie. Jamais je n’avais constaté si évidemment la relation entre le corps et l’esprit…

«La maladie abat de son côté bien des certitudes, la mort ne s’accommode d’aucune vérité qui se veut plus grande qu’elle, elle ramène tout à zéro.» Boualem Sansal, 2084

Surtout, je réagissais intensément à la moindre vibration négative, ciel noir ou gris me tombait sur la tête ou plutôt sur le cœur, mais je n’ai pas eu de nausée, juste le besoin de cracher, d’expurger, de sortir quelque chose, le méchant peut-être. IL faut dire que les médias ne sont pas les seules responsables de ma réaction. J’ai eu dernièrement des déceptions amicales très très sérieuses qui m’ont rendue malade.

Surtout, ce qui m’a frappé, c’est de voir et entendre combien le « bitchage » est devenu la norme dans les communications des émissions à la mode, façon de dévaloriser le plus possible les autres pour se remonter soi-même. En particulier entre hommes, qui semblent avoir pris pour modèle les pires défauts des femmes… Et la norme est d’en rire, et de faire semblant, même si ça blesse; mais en fait, sans doute ne sont-ils pas blessés puisque tellement bardés de couches et de couches de protections qui font qu’ils ne ressentent tout simplement plus rien ou presque (comme le font chimiquement tous les antidépresseurs) et tous ils continuent le jeu, relançant généralement l’affaire de plus belle.

J’ai retenu une réplique qui ‘punche’ dans Ruptures. Isolée comme ça, elle est vraiment bonne, assassine et bien écrite, mais le problème dont je vous parle ici, c’est que des variations de cette ligne se répètent ad nauseum dans la plupart des émissions comme nourriture que vous prenez dans ces programmes. Le danger croit avec l’usage… Ça risque de vous rendre malade à micro-doses. Voici la situation de cette réplique : dans l’ascenseur, une avocate reproche à son associé d’avoir cherché à l’humilier devant les actionnaires, puis lui dit qu’elle a enfin repris le contrôle d’un des dossiers difficiles et lui . Son associé lui répond, imperturbable :

– Excuse-moi, je suis debout, alors je ne peux pas faire de standing ovation.

Comment la trouvez-vous ?

Maintenant, imaginez cela répété sous toutes les formes plusieurs fois par jour.

grenouille au formolLes téléspectateurs et les auditeurs (sans parler des contenus des médias écrits et des scripteurs/lecteurs sur les réseaux sociaux) sont-ils devenus cette pauvre grenouille dans un pot qui se réchauffe si lentement qu’elle finit par y mourir, avant même d’avoir pu se ressaisir, se rendre compte qu’elle était en danger de mort et faire le saut salvateur ?

À la longue, tout ce type de communication vraiment nulle, est-il une sorte de drogue que le public redemande, pensant se défouler sur le coup, mais le rendant de plus en plus insensible ? Comment se fait-il que ce soit si à la mode maintenant, que cela attire dans un cercle vicieux d’autres auteurs ou humoristes avec ce genre d’écriture ? Et qui se plaignent à la télé qu’ils ont de moins en moins de liberté pour écrire… Les pauvres ! Je pense à la débile revue de fin d’année du Bye-Bye 2015 (et pour laquelle j’ai fait un billet)(1).

Comprenez-moi bien. Il en faut pour tous les goûts, je suis d’accord. Il s’agit d’un média généraliste. Mais quand ils dominent le punch-line à ce point, y’a de quoi s’inquiéter, avec toutes ces sortes de prédateurs ou passif-agressifs en puissance, montés aux nues par les sacro-saintes cotes d’écoute. N’y a-t-il plus d’autres «modèles» d’être humains ? Le pire, je crois, ce sont les non-fictions, où les protagonistes se ‘bitchent’ agréablement à qui mieux mieux. Ben oui, c’est si drôle, mieux vaut en rire que d’en pleurer, n’est-ce pas ? S’en rendent-ils compte, eux/vous, leurs admirateurs, qu’ils finissent par devenir eux-mêmes ces personnages au travail, en amitié, en amour, en famille ? Que les rapports sociaux, le tissu social même se détériorent doucement, innocemment, dans le bocal et qu’ils en sont un des artisans, ce qu’ils prétendent parfois dénoncer par leur art ? Je croyais, après le Printemps érable, qu’on en avait fini avec le cynisme, mais non. Tous ceux qui l’ont dénoncé et qui ont mis sur la table leurs vrais rêves et leurs sensibilités sont rentrés se terrer à la maison et se taisent à nouveau. J’exagère ? Souvenez-vous : je ne suis pas en ce moment dans mon état normal : mais peut-être que je suis dans mon vrai état d’être vraiment humain.

Gloup ! La maladie m’aura permis d’ouvrir au moins un œil. Dieu merci qu’il me reste encore assez de force pour m’en indigner. Mais s’indigner ne suffit pas. Il me reste encore assez de conscience pour chercher des nourritures qui vont véritablement nourrir mon cœur et mon âme. Mais chercher seule, ça ne donne rien, parce que tout le reste continue à se détériorer…

Bonne chance ! Ben oui, après un tel alignement des chances, il me faut m’acheter un billet de loto 6/49, comme dans la pub. Ça c’est the solution monsieur !

Voyez ! J’ai presque attrapé leur maladie ! Je redeviens normale, sauve qui peut !

Partout Faust et Macbeth rôdent. Et sous les plus jolis traits, les plus spirituels parfois. Ne vous laissez pas berner !

C’est si facile de perdre son âme !

« Bizarrement, les gens ne sont plus qu’attirés par la beauté que lorsqu’ils vivent des tragédies ou des déceptions.» Rostropovitch (1927-2007)

… Suite dans mon prochain billet

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(1) https://evemarieblog.wordpress.com/2016/01/02/vraiment-bye-bye-bye-2015-a-radio-canada/

20160218UJ4Y86_460« La seule chose qui ne doive pas céder à la loi de la majorité est la conscience de l’individu.» Harper Lee (1926-2016), écrivaine américaine*

La vérité est-elle complexe, selon vous ?

Il est rare qu’un humain meure deux fois. Une fois dans son corps biologique et une autre fois, beaucoup plus tard, par l’invective populaire ou la rectitude politique voulant rayer son travail de la mémoire historique et collective. Émotions de frustration pour la mémoire de l’artisan et d’accablement suivi de libération pour la victime qui le dénonce… Perdriez-vous la tête ?

Un scandale secoue le Québec ces jours-ci. Nous voulons à la fois connaitre la vérité et savoir comment agir dans le vague. Un grand cinéaste, Claude Jutra est rétrospectivement accusé de pédophilie par son biographe Yves Lever, puis par une victime anonyme qui avait à l’époque des faits allégués entre 6 et 16 ans. Le témoignage de la victime est bouleversant (1) et appelle la compassion. Louise Rinfret, une thérapeute auprès des personnes ayant subi des violences sexuelles, et qui avait travaillé avec Jutra est formelle : le témoignage est crédible (2). Le travail journalistique a été fait selon les règles de l’art : recoupements, vérifications auprès de la famille de la victime, preuve de non-intérêt financier. À sa demande auprès du biographe et du journaliste, son identité est confidentielle.

J’aimerais faire plus clair. Il y a toujours plusieurs côtés. Souvenons-nous-en !

Tout cela reste des allégations : la présumée victime veut rester anonyme et n’a jamais porté plainte à la police. Il n’y a pas actuellement de procès. Malgré cela, en deux jours, 30 ans après son décès, Jutra est passé de cinéaste vénéré à proscrit, voire malfrat infréquentable, même en pensée ou en photo. En deux petits jours, il a été jugé, condamné, victime de lynchage populaire de son travail par de nombreux Québécois et par nos élus. On a tout mêlé, sans prendre l’instant d’un recul et des vérifications habituelle d’une société de droits, comme au temps du Far West !

Québec Cinéma a décidé de changer le nom de ses prix Jutra pour sa cérémonie annuelle des meilleurs films québécois. La ministre de la Culture, Mme Hélène David, a demandé aux villes de retirer le nom de Claude Jutra de la toponymie du Québec. Quelques heures plus tard, de nombreux maires, dont le maire de Montréal M. Denis Coderre et le maire de Québec M. Régis Labaume, ont acquiescé.

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 J’ai connu Claude Jutra en 1972, quand j’étais enfant, mon petit frère aussi. Et je vous jure que c’était un monsieur bien.

En montage de son film Kamouraska dans un studio parisien, le cinéaste Claude Jutra cherchait une voix de petite fille avec l’accent québécois pour doubler celle qu’il avait filmée. Après avoir contacté la délégation du Québec où mon père travaillait, il est venu chez nous pour m’enregistrer. Ma mère nous avait avertis, mon frère et moi, qu’un «grand monsieur» allait venir pour me parler et qu’il fallait être gentils. Il était en effet impressionnant. Nous étions très intimidés par lui. Il ne parvenait pas à me faire parler normalement. Alors il a joué avec nous. Nous avons joué au cheval et cow-boy et nous avons beaucoup ri. Après cela, plus détendue, il a pu m’enregistrer correctement. Puis il a demandé à ce qui je vienne au studio pour faire un 2e enregistrement. Ma mère m’a mise dans un taxi (autre époque, autres mœurs!), a donné ses recommandations au chauffeur. Moi, je me sentais comme une grande. J’étais très fière. Là-bas, j’ai parlé au micro pour la première fois dans un studio noir. De l’autre côté de la vitre, Jutra écoutait et discutait avec une autre personne je crois. Puis une femme m’a donné des bonbons en me remerciant et  en me disant qu’ils allaient rappeler mes parents pour dire s’ils retenaient ou non ma version. Pour sortir, j’ai marché dans des couloirs drabes qui m’ont semblé infinis. Malheureusement, ils ont choisi une autre voix. Mais je crois que c’est cette forte expérience très positive qui m’a fait choisir le travail d’artiste-vidéaste à l’âge de 23 ans, lors de mon stage universitaire.

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Le problème dans cette affaire est l’anonymat de la victime d’une part, et d’autre part, la confusion entre l’homme et l’œuvre. Alors que les autres enfants, surtout les garçons, qui l’ont connu en bien sortent ! Au contraire, s’il y a d’autre(s) victime(s), qu’elle(s) sorte(nt) de l’anonymat  et porte(nt) plainte ! Venons-en au fait pour guérir. Oui c’est difficile de porter plainte, surtout après tout ce temps et contre une personne connue. Mais il faut le faire. Oui un crime semble avoir été commis, un crime grave dans une société de « droits», à prendre très très au sérieux pour avoir vraisemblablement gâché une vie. Ce témoignage m’a bouleversée… mais il manque une vérification légale encore AVANT de prendre des décisions si sérieuses. Ce présumé crime… s’il sort de l’anonymat, sera avéré  vrai (ou faux), il sera jugé pour ce qu’il est.

Toutefois, changer de nom le prix Jutra, ça se comprend, je suis entièrement d’accord, l’apparence de vérité suffit. Je comprends que des artisans du cinéma n’aimeraient pas nécessairement recevoir un prix à son nom. Il y aurait toujours un malaise chaque année. MAIS… faire disparaitre le nom de Claude Jutra de la toponymie du Québec ?? C’est aberrant, son œuvre devrait aussi disparaitre de la mémoire collective ? Quelle folie de la novlangue s’empare de nous ?

Il importe de tirer l’alarme sur le comportement prématuré des élites que nous avons élues. Ce n’est pas un détail. On croirait les ministres et maires être nos anciens curés qui excommuniaient ex cathedra à une autre époque, si loin, si proche… Pourquoi cet empressement ? Poser la question c’est y répondre…

Même l’Union des écrivaines et des écrivains du Québec, dont je suis membre, s’y met ! «Compte tenu des circonstances entourant les révélations sur Claude Jutra, le volet exposition qui présentait des photographies de la maison [des écrivains où siège l’UNEQ] à l’époque où elle lui appartenait et sur lesquelles il apparaissait a été retiré.» Info UNEQ No 136, 17-02-16 (4)

Au contraire, je crois que cette expo devrait être maintenue et être l’occasion de faire un débat sur l’impact de la vie privée sur la perception de l’œuvre des artistes. Et de se souvenir de notre histoire de curés qui nous disaient comment penser et comment travailler, à qui parler et à qui ne pas parler, qui enfermaient les homosexuels dans les asiles, mettaient des livres à l’index et promulguait en chaire et au gouvernement la censure. ET de se souvenir de tous ces enfants qui ont été abusés sexuellement… et que l’Église a habillement caché pendant des années. Ce fut un sale temps où l’inceste, la pédophilie et le viol étaient tolérés et les victimes toujours menteuses et mourant de honte comme dans les pensionnats autochtones (voir mon billet) (3), ou comme pour les Orphelins de Duplessis et tant d’autres plus isolés encore… Dieu merci, nous sommes un peu sortis de cette époque, mais faut-il aller à l’autre extrême en oubliant la complexité des individus et à ce qui les poussent à poser tel ou tel acte criminel ?

Réveillez-moi quelqu’un ! On dirait un cauchemar dans un film de série B. Qu’on fasse vraiment la lumière !

Quelqu’un, quelque part, gardera-t-il mon texte dans le big data mondialisé, le trafiquera-t-il, l’interprétera-t-il à la lumière de cette société de demain qui ne comprendra pas celle d’aujourd’hui qui me permet (encore) de prendre une position même modérée ? Et me le reprochera ? Fera de moi une paria humaine et artistique ?

Claude Jutra est devenu un pêché, même en pensée ! Oh pardonnez-moi !

Tout cela donne décidément froid dans le dos. Il importe de réagir.

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20-02-16

Une semaine plus tard après la sortie de la 1re présumée victime, une 2e victime de Claude Jutra, qui est ose courageusement sortir de l’anonymat, le scénariste Bernard Dansereau, fils du producteur de films Jean Dansereau, affirme au journal La Presse avoir été agressé sexuellement une fois vers l’âge de 12 ou 13 ans par son parrain, Claude Jutra. Son père Jean cessa de voir Jutra pendant 2 ans (5). Quelques années plus tard, ils retravaillèrent ensemble, sans toutefois reparler de cette agression. Dans les circonstances, il n’y a aucune raison de mettre en doute ce témoignage accablant.

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J’ai souvent raconté cette histoire de doublage de film à mes étudiants en français langue seconde, pour amorcer le jeu d’expression orale «détecteur de mensonge». Je trafiquais la fin en disant que j’avais obtenu le rôle et racontais deux autres histoires vraies. Ils devaient trouver le mensonge et ensuite raconter et soumettre leurs histoires au jugement des autres étudiants. Je ne la raconterai plus, avant un bon bon bout de temps. Ce 2e témoignage à visage découvert, cette fois-ci, altère irrémédiablement mon beau souvenir et m’accable. Ce silence des victimes et des témoins qui a duré trop longtemps, en créera d’autres au sujet du bon versant de la vie de Jutra.

Je persiste néanmoins à dire que le rapide effacement de son nom sur la place publique en mémoire de son œuvre (et non en mémoire de sa perversion) est une erreur et un très mauvais signe des temps. Mais j’ajoute que si cette affaire fait parler d’autres victimes de n’importe qui, qu’il n’est jamais trop tard pour le faire, au moins il y aura eu un bon côté.

À cet égard, la caricature de Garnotte ce matin est très éloquente. Pour bien la comprendre, il faut savoir que Jutra s’est suicidé en 1986 du haut du pont Jacques-Cartier à Montréal, qui surplombe le fleuve St-Laurent.

Jutra au poubelle

« Le courage, c’est de savoir que tu pars battu, mais d’agir quand même sans s’arrêter.» Harper Lee

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* tiré de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, prix Pulitzer 1960. Roman qui a dénoncé la  ségrégation raciale aux États-Unis et qui contribua à changer les mentalités.

(1) http://www.lapresse.ca/cinema/cinema-quebecois/201602/16/01-4951514-une-victime-de-claude-jutra-temoigne-des-attouchements-des-6-ans.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_4951523_article_POS1

(2)  http://www.lapresse.ca/cinema/cinema-quebecois/201602/17/01-4951523-affaire-claude-jutra-une-ancienne-amie-du-cineaste-soutient-la-victime.php

(3) https://evemarieblog.wordpress.com/2015/10/23/lettre-dexcuse-aux-autochtones-au-sujet-des-pensionnats-amerindiens/

(4) https://www.uneq.qc.ca/2016/02/18/il-etait-une-nuit-changements-au-programme/

(5) http://www.lapresse.ca/cinema/cinema-quebecois/201602/19/01-4952771-affaire-claude-jutra-une-deuxieme-victime-se-confie-a-la-presse.php

Merci«C’est le rôle de l’artiste d’être à contre-courant» Yann Martel

Hier, je croisais un groupe de jeunes sur la rue (à Montréal) dont une des filles disait que ça faisait déjà un an qu’elle travaillait à telle place et son amie lui demandait si elle allait mettre un statut sur Facebook pour se remercier elle-même.

J’ai trouvé que c’était une très bonne idée à la fois humoristique et sérieuse de se manifester… J’ai organisé récemment un groupe de discussion et cercle de parole. Alors je me remercie moi-même d’avoir organisé et animé cet atelier :))))) (1)
C’est toujours intéressant de regarder une activité ou même un party rétrospectivement. C’est souvent la partie de la communication qui manque. Le fait de remercier les personnes qui l’ont organisé permet de faire cela. Comme je l’avais justement dit pendant notre conversation avec ce groupe de discussion, je pense que le sentiment de gratitude est une belle façon de soigner nos rapports humains, notre tissu social dans une société trop souvent narcissique et en manque de temps. C’est une chose de l’énoncer et une autre de le faire ! Nous manquons tous d’entendre et de dire ces mots si simples : merci, bonjour, je m’excuse, je suis désolé. D’ailleurs, il font partie d’une prière qui s’appelle «ho’oponopono» dont j’ai déjà parlé dans un précédent billet (2).

Face à l’année de misère que nous avons vécue en 2015, c’est qu’il ne faut pas oublier qu’il y a eu le printemps érable au Québec en 2012. Pour les jeunes dans la vingtaine, c’est sans exagérer l’équivalent du mythique mai ’68, d’autant plus que le mouvement a duré 4 fois plus longtemps (d’avril à août)(3)… Même si la plupart des Québécois semble avoir déjà oublié cet épisode historique des mouvements sociaux de notre pays, je reste persuadée qu’il marquera progressivement positivement une longue période de temps de notre vie collective et individuelle. J’ai un livre chez moi qui en témoigne et où j’ai publié d’ailleurs :  « Pour un printemps» (4). Quand je déprime sur le monde, j’ouvre ce livre qui me redonne un vent de fraicheur et me rappelle de magnifiques souvenirs de mon propre engagement durant cette période. Il est bon d’avoir à porté de main des livres comme celui-là. La littérature et la philosophie, c’est aussi à cela que ça sert.

À ce sujet et pour témoigner que les jeunes de cette génération ne sont pas tous de fieffés individualistes centrés sur eux-mêmes, il y a justement une jeune femme qui pose un beau geste de gratitude dans le journal d’aujourd’hui. Justement un collègue de la revue Possibles, étudiant en droit, vient de me dire que l’article a déjà un grand écho parmi les étudiants en droit, et il me témoigne du même sentiment. À lire absolument :
http://www.ledevoir.com/societe/education/460626/gratitude-ce-diplome-n-est-pas-a-moi

C’est déjà mon 100e article depuis l’été 2012 où j’ai créé ce blogue!

J’en profite pour remercier à nouveau tous les lecteurs et les lectrices de mon blogue ainsi que les personnes qui ont fait des commentaires forts intéressants et remercier Joël B. qui m’a aidé à créer ce blogue.

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Ma réflexion sur les communications humaines peuplent ce blogue. Comme artiste, la déstructuration des communications est un vécu particulièrement éprouvant et on prend des années à réaliser qu’il s’agit non pas d’une situation personnelle, mais d’une délitescence psychosociale. De nombreuses œuvres contemporaines en témoignent, dont cette installation de l’Américain Bruce Nauman :

B.Nauman2

Bruce Nauman, Anthro/Socio (Rinde Spinning), installation vidéographique, 1992. Crédit photo:  VG Bild Kunst, Bonn

« Le spectateur entre dans une pièce sombre où il assiste à la démultiplication  d’un seul et même visage présenté à l’endroit, à l’envers, de trois quarts, de même qu’à la lancinante répétition des mêmes demandes, dans des tonalités différentes : «feed me / eat me / anthropology», «help me / hurt me / sociology». On peut interpréter son œuvre comme la métaphore d’une société sourde et aveugle aux besoin des autres. » Michel Laurin, Anthologie littéraire

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(1) Dans le même sens, voici une belle réflexion et évolution : https://cf-mg6.mail.yahoo.com/neo/launch?reason=launch_error&ec=LaunchTAE14#3977114438

(2) https://evemarieblog.wordpress.com/2015/06/05/priere-hooponopono/

(3) 680 manifestations (dont parfois plusieurs par jour à différents endroits du Québec; 180 jours de grève étudiante)

(4) https://www.indiegogo.com/projects/pour-un-printemps-livre-citoyen#/    édition Artmour : Jane D’eau https://www.facebook.com/jane.deau.98 et Katia Lazdane et Ani Shabazian

 

Marcel Barbeau-Réalisation-de-la-sculpture-Dualité_1984

Marcel Barbeau. Réalisation de «Dualité», 1984

Marcel Barbeau «Dualité», 1984

Marcel Barbeau «Dualité», 1984

Artiste multidisciplinaire,   Marcel   Barbeau  était peintre et sculpteur, et aussi estampiste, performeur, danseur, passionné de musique contemporaine, créateur d’une œuvre variée et considérable. À 23 ans, Barbeau est historiquement signataire en 1948 du manifeste du Refus global du «mouvement automatiste canadien-français» avec le peintre Paul-Émile Borduas, son mentor et père spirituel.

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EXTRAIT du manifeste du Refus Global – Paul Émile Borduas

«Le règne de la peur multiforme est terminée

Dans le fol espoir d’en effacer le souvenir je les énumère :

peur des préjugés — peur de l’opinion publique — des persécutions — de la réprobation générale

peur d’être seul sans Dieu et la société qui isole très infailliblement

peur de soi — de son frère — de la pauvreté

peur de l’ordre établi — de la ridicule justice

peur des relations neuves

peur du surrationnel

peur des nécessités

peur des écluses grandes ouvertes sur la foi en l’homme — en la société future

peur de toutes les formes susceptibles de déclencher un amour transformant

peur bleue — peur rouge — peur blanche : maillon de notre chaine.

Du règne de la peur soustrayante nous passons à celui de l’angoisse.

[…]

D’ici là notre devoir est simple.

Rompre définitivement avec toutes les habitudes de la société, se désolidariser de son esprit utilitaire. Refus d’être sciemment au-dessous de nos possibilités psychiques. Refus de fermer les yeux sur les vices, les duperies perpétrées sous le couvert du savoir, du service rendu, de la reconnaissance due. Refus d’un cantonnement dans la seule bourgade plastique, place fortifiée mais facile d’évitement. Refus de se taire — faites de nous ce qu’il vous plaira mais vous devez nous entendre — refus de la gloire, des honneurs (le premier consenti) : stigmates de la nuisance, de l’inconscience, de la servilité. Refus de servir, d’être utilisables pour de telles fins. Refus de toute INTENTION, arme néfaste de la RAISON. À bas toutes deux, au second rang !

Place à la magie ! Place aux mystères objectifs !

Place à l’amour !

Place aux nécessités !

Au refus global nous opposons la responsabilité entière. […]

(voir le texte complet au https://fr.wikisource.org/wiki/Refus_global)

Texte tiré du Refus global pour une de mes perfos en 2014

Texte tiré du Refus global pour une de mes perfos en 2014, collectif, «Mouvements de l’art». Inspirée par la gestuelle des Automatistes, et alliant mon travail performatif avec le kung-fu au bâton, j’amorçais un cycle de réflexion et expérimentation avec le public sur l’art psychique.

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Marcel Barbeau laisse dans le deuil le Québec, ses amis  et sa famille dont sa fille, la documentariste et directrice de Wapiconi Mobile pour les autochtones Manon Barbeau et sa petite-fille, la jeune cinéaste et auteure Anaïs Barbeau-Lavalette.

Être révolté toute sa vie contre l’ordre établi et en particulier contre tous les académismes ou nouveaux académismes du milieu très fermé et très cliqué des arts visuels (dixit le peintre Serge Lemoyne et le critique d’art Robert Bernier de la revue Parcours), «les petits copains» comme le disait Barbeau aussi, il a tardé à avoir une véritable reconnaissance.  Avant-gardiste comme premier peintre canadien à travailler avec la technique du «all over» et expérimentateur de l’art optique «op art», il a demandé 18 ou 20 fois le prix Paul-Émile Borduas (gouvernement du Québec) avant de le recevoir en… (seulement) 2013 ! «Ça montre l’imbécilité de ce milieu-là» dit le journaliste culturel Bernier, suite à son décès. Pourtant, il a eu une première grande rétrospective de son œuvre la première fois à l’âge de 44 ans au Winnipeg Art Gallery (1969) qui a aussi tourné au Musée d’art contemporain à Montréal.  Mais ensuite, à part quelques grandes expos dont celles du Musée du Québec à Québec et du Musée d’art contemporain à Montréal (1975) ou du Musée du Bas St-Laurent (1998), il a en effet peu exposé dans les grands musées du Québec (ou du Canada) et davantage à l’étranger. Pourquoi ? Mystère! L’historien d’art François Marc Gagnon, spécialiste du mouvement automatiste, tente quelques hypothèses : malchance, dispersion (à une époque où les artistes multidisciplinaires étaient rares) ou peut-être, en partie, colère ? Colère ? Ah bon !?! Le simple fait que cela puisse être une raison de son écart du «milieu» laisse songeur sur ce même milieu…

Sans être rejeté, Barbeau a été occulté et n’a pas reçu la considération qu’il aurait dû avoir de son vivant… comme beaucoup d’autres grands artistes. Dans un des documentaires que sa fille a fait sur lui, il dit : « Combien de fois ce criss de musée-là me refuse?! Après je sais pas combien de carrières… Moi j’ai expérimenté toute ma vie! […] Je vais continuer à travailler, ils ne m’empêcheront pas de travailler, pis j’vais continuer, j’vais les emmerder, j’vais faire la plus grande peinture qu’on puisse faire, pis à un moment donné, ils vont me reconnaitre! Mais c’est à ce moment-là que je pourrai leur dire non.» (1)

Il était «extrêmement déterminé». Même très malade, lorsqu’il se mettait à sa table de travail, il retrouvait presque magiquement sa force vitale. Je crois qu’on peut parler, sans trop se tromper, de véritable force de la nature, comme Riopelle d’ailleurs. Ce sont des trésors qui partent… Lui qui a affronté vents et marées et a toujours continué, malgré tout, à persévérer et à créer, malgré des périodes de vide.

Œuvres à la fois épurées et expressives, elles appartiennent à l’univers baroque, dit Barbeau de son travail sur son site internet. «Son défi était de rendre un espace signifiant et conscient » (Bernier). Œuvre réfléchie, synthétique, placée, mais néanmoins intuitive, il est resté toute sa vie dans l’esprit de l’automatisme, et un des inventeurs de la peinture gestuelle, peu avant Jackson Pollock. Son travail est comme une méditation consciente; sa colère disparaissait et était canalisée par la création. Bernier compare son œuvre, malgré toute sa diversité, à «l’espace du golf » (qui était une passion pour lui), comme «espace aménagé, pensé, codifié. Un espace jumelé au mouvement et nourri par la technique et l’intuition, par le moment présent comme dans le ‘swing’».  Un être d’une richesse créative hors du commun qui «voit une couche au-dessus de tous» (Bernier)

Marcel Barbeau, «Bas du Fleuve». New-York, 1964

Marcel Barbeau, «Bas du Fleuve». New-York, 1964

Marcel Barbeau dans le magazine Vie des Arts_2015

Marcel Barbeau dans le magazine Vie des Arts, 2015

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J’ai rencontré Marcel Barbeau en  2006 lors d’une performance-manifestation de rue du peintre et ami Nikolaï Kupriakov, à l’entrée du ministère de Culture à Montréal. Alors impliquée dans le groupe Divergences avec ce dernier ainsi qu’avec les peintres Hélène Goulet et Louisa Nicol, nous revendiquions  à ce moment-là plus d’ouverture au programme d’art public dit du «1%» du gouvernement du Québec. Plusieurs artistes avaient signé notre pétition, dont Barbeau qui était venu parler avec Kupriakov. L’ancienne ministre de la culture, Line Beauchamp à qui j’avais fait parvenir une œuvre postale intitulée «La boite de Pandore» au nom du groupe était venue nous parler. La conversation avait tourné autour de ces artistes, pourtant talentueux qui sont refusés, pour leurs idées, pour leurs esthétiques, par les programmes dits publics. Barbeau avait une longue expérience dans le domaine…

Ève Langevin, La boite de Pandore1_2006

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Ève Langevin, La boite de Pandore2-2006

J’ai toujours eu une filiation profonde avec ces artistes du mouvement automatiste. Probablement parce que j’étais la petite-petite nièce du mentor de Borduas, le peintre Ozias Leduc, bien que dans les années ’90, je n’étais pas vraiment consciente de ma filiation du côté paternel. Aussi, simplement parce que j’aimais les œuvres de Borduas et que je regardais souvent chez ma mère deux peintures de jeunesse (?)(2) qu’Ozias avait données à ma grand-mère. Mais surtout parce que j’ai lu et relu ce manifeste du Refus global, j’ai lu tout ce que Borduas a écrit sur l’art. Lors de la sortie du film de Manon Barbeau, «Les enfants du Refus global», où sa fille se questionnait sur les relations familiales entre ces grands artistes et leurs enfants, souvent abandonnés, je m’étais sentie interpellée, car mon père, homme de la même génération que Barbeau, avait lui aussi tout consacré à sa carrière (politique, pour l’indépendance du Québec), laissant femme et enfants derrière… pour le meilleur et pour le pire. Je reproduis ci-dessous, l’article que j’ai écrit pour le journal Le Devoir à ce sujet en 1998, suite au décès de mon père.

Écoutez l’entrevue avec Robert Bernier à Radio-Canada au http://ici.radio-canada.ca/emissions/desautels_le_dimanche/2015-2016/

Pour plus de détail voir :

http://www.marcelbarbeau.com/

http://revue-parcours.com/art-contemporain/marcel-barbeau-1925-2016/

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de mes archives, 1998

Mon texte sur le film «Les Enfants du Refus global»_p.1_Ève Langevin-1998_journal Le Devoir

Mon texte sur le film «Les enfants du Refus global», p.2

Mon texte sur le film «Les Enfants du Refus global»_Ève Langevin-1998_journal Le Devoir (le stupide titre n’est pas de moi…)

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Ève Langevin, La boite de Pandore3_2006

La boite de Pandore, Ève Langevin_2006

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(1) «Barbeau libre comme l’art», Manon Barbeau, ONF. 2000. http://www.dailymotion.com/video/xmo7vy_barbeau-libre-comme-l-art_shortfilms

«Les Enfants du Refus global», Manon Barbeau, ONF. 1998. https://www.youtube.com/watch?v=diwzK_zTgE8

(2) Malheureusement, l’authenticité de ces deux peintures n’a pas pu être attestée à ce jour. Voir ma série de billets sur cette question au https://evemarieblog.wordpress.com/2014/08/31/le-grand-peintre-ozias-leduc-recherches-familiales-1/

Bye bye 2015

Les comédiens sont Patrice L’Ecuyer, Hélène Bourgeois Leclerc, Louis Morissette, Pierre Brassard, Véronique Claveau et Laurent Paquin. Les auteurs sont François Avard, Pascal Barriault, Jean-François Léger, Benoit Pelletier et Louis-Philippe Rivard. Les producteurs sont Louis Morissette, Alain Chicoine et Louis-Philippe Drolet.

Je sais que le sport national des Québécois est de critiquer la revue de fin d’année Bye bye depuis toujours… Qu’on le regarde desfois juste pour pouvoir le critiquer le lendemain… Mais…

Étant une artiste, une poète moi-même, j’ai à cœur plutôt d’encourager les artistes et les auteurs que de les descendre.  Ayant déjà fait de la radio, j’essaie de les critiquer pour qu’il améliore leur art.

Mais… fois-ci, je crains de ne pas pouvoir arrimer ce juste équilibre, bien que certains sketches m’aient fait ricaner méchamment avec eux, en particulier celui sur l’ex-président du Comité olympique canadien Marcel Aubut (1).

 

J’écoutais justement aujourd’hui, lendemain du jour de l’an, sur la radio de Radio-Canada, l’émission où la chanteuse et auteure Isabelle Boulay rencontre virtuellement Édith Piaf.

On y entendait notamment la pianiste et compositrice de chansons de Piaf, Marguerite Monnot dire substantiellement (je recopie de mémoire) :

« On ne peut pas être un grand artiste si on ne sait pas parler d’amour sincère. »

 

Le rire jaune devient noir sang quand il ne sait rire que de la bêtise humaine des vedettes et personnalités de la vie publique, quand il n’est animé que par le désir de ne plus croire en rien, et nourrir le peuple de son cynisme, voire de sa vulgarité qui est trop souvent l’apanage des réseaux sociaux, comme l’a très bien fait remarquer la journaliste Anne-Marie Dussault dans un autre programme de la SRC. Les auteurs de cette revue, seulement inspirés par la bêt-ise, deviennent-ils bêtes et complices eux-mêmes en minables transmetteurs de la bêtise? N’aurait-il plus que leur propre vide à transmettre ?

Je me questionne également sur leur direction de jeu d’acteur. N’y a-t-il que ces grossières figures, scène après scènes à se mettre sous la dent ? Un peu de subtilités svp, le public est capable de comprendre les émotions plus subtiles! Pourtant Louis Morissette a fait un bon portrait cinglant de notre société de consommation dans son film «Le Mirage » cette année. Ce film a été LE plus vu par les Québécois cette année. On peut, on doit critiquer la société, mais sans tomber dans les travers que l’on veut dénoncer soi-même.

À part la chanson qui nous offre un moment d’humanité, on reste profondément triste, désemparé et perdu pour commencer la nouvelle année. Un vrai turn off, comme le disent les Anglais…

 

Enfin, le fait de continuer après minuit est vraiment de trop. Laissez donc les familles et les amis prolonger leurs vœux de minuit et leur réjouissance au lieu de les biberonner encore un peu!

 

J’attendrai que ces auteurs retrouvent un peu d’âme à la tendresse et s’intéressent aussi à la sans doute plus cachée beauté du monde en ces temps de déroute, des vrais bâtisseurs qui ont quelque chose à proposer, mais qui ont moins fait les manchettes. On pourrait demander la même chose aux journalistes, d’ailleurs!

Pour 2016, souhaitons que notre façon de consommer les médias et les réseaux sociaux changent et qu’on se montre plus exigeants et plus soucieux à cet égard, tout en gardant une petite touche d’autodérision et de rire… salutaire.

Bonne année grand nez, à tous mes lecteurs et lectrices !

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DERNIÈRE NOUVELLE

Il parait que la revue radiophonique «À l’année prochaine», exceptionnellement en format télé est bien meilleure! Voir http://ici.tou.tv/a-l-annee-prochaine

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(1) Après un plainte de harcèlement sexuel, il s’excuse et démissionne. http://ici.radio-canada.ca/sports/Jeux-Olympiques/2015/11/19/001-president-coc-marcel-aubut-peter-lawless-tricia-smith.shtml#!

 

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« Quand chaque femme fait honneur au Soi, de la façon la plus dépouillée possible, l’énergie créatrice devient disponible pour l’ensemble, et cette énergie contribue aux changements qui soutiennent les transformations de l’humanité. Lorsque les femmes ne seront plus perdues, à demander aux autres de leur dire ce qu’elles devraient faire ou comment elles devraient vivre, il y aura de grands changements dans notre monde » Jamie Sans, «Treize mères originelles»

« L’inhumanité infligée à un autre détruit l’humanité en moi. » Emmanuel Kant

 

Je vous propose ici de (pour)suivre une réflexion sur le pouvoir dans les groupes, pour faire suite à une publication à la une d’aujourd’hui du journal Le Devoir (Montréal) qui se penche sur une des stratégies d’empowerment (ou libération de l’aliénation du peuple) : « Se libérer sans vous, se libérer de vous » (1) et pose des questions sur les actuelles imprécations du «Vivre ensemble».

En revenant sur une réflexion et expérimentation à ce sujet vécue au sein de la mouvance Occupy / Occupons Montréal en 2011-2012, la question du pouvoir se pose notamment dans la mixité ou non-mixité des (sous-)groupes militants. Question pour laquelle j’avais des sentiments tiraillés. Autrement dit, quelles sont les circonstances qui font qu’on choisit délibérément de militer dans un groupe non-mixte, comme un groupe de femmes, un groupe de Noirs, un groupe autochtone, un groupe gay ou queer, et même certains syndicats, etc., bref toutes ces «minorités» marginalisées où on vit, d’une manière ou d’une autre, une forme d’oppression face à la majorité ou à un groupe dominant, que ce soit l’exclusion sociale comme le sexisme, le racisme ou l’homophobie ou encore l’exclusion économique, politique ou religieuse. Vaste question…

J’aimerais alors partager ici d’abord quelques extraits significatifs de cet intéressant article du Devoir (1) que voici, suivi de mon billet.

« Constamment déçus par l’idéal d’une société  ‘juste’ qui leur est projetée encore davantage en ces temps de crise et de paupérisation, certains groupes pensent plutôt l’émancipation comme « la séparation d’une société fausse ». Ségolène Roy, blogueuse

« De telles pratiques peuvent mettre à l’abri certaines petites communautés pendant une période, mais à la longue, elles tendent à pénaliser les personnes qui en font partie en les privant de réseaux sociaux performants et en limitant la mobilité sociale.» Pierre Anctil, prof d’histoire, Université d’Ottawa

 

Quelques grands-mères et un grand-père font le résumé de leur cercle de parole.Crédit photo : Vincent-René

Quelques grands-mères font le résumé de leur cercle de parole puis plus âgé grand-père clôt la journée par un dernier témoignage, lors du cercle autochtone/non autochtone MITSHETUTEUAT, avril 2014. Crédit photo: Vincent-René

« Greg Robinson tempère en disant que ‘c’est un argument fort de demander comment les [personnes racisées] peuvent espérer mériter le respect ou l’égalité si elles n’ont pas les moyens de gérer leur propre mouvement. En revanche, c’est un argument fort de dire qu’on ne casse pas l’exclusion raciale par un mouvement exclusif.’» G.R., professeur d’histoire, Université du Québec à Montréal

« En tant que membre du groupe dominant, il est difficile pour les hommes cisgenres (nés de sexe mâle et s’identifiant au genre masculin) qui souhaitent se joindre au mouvement [féministe] de comprendre le refus de leur présence par les féministes. Car grandir et évoluer en tant qu’homme n’inclut pas – ou très peu- l’expérience de refus ou de rejet.» Sophie Chartier, journaliste, Le Devoir

Cercle afroaméricain. Angela Davis wanted_Black Panthers

Black Panthers

Une fois par année, le collectif radical Les Hyènes en jupons fait une manifestation non mixte à Montréal et les femmes reçoivent dans la rue des salves d’insultes misogynes de la part des passants et des policiers :

« À la question ‘pourquoi ça dérange ?’ Laura (nom changé) hésite. ‘Je pense que la non-mixité politique fait voir aux hommes qu’ils risquent de perdre certains privilèges.» « On l’utilise [notre groupe de femmes non mixte] comme lieu de ressourcement ». Laura, militante, Les Hyènes en jupons

Dans les groupes non mixtes (safer spaces), « On gagne des espaces intimes de confiance. Mais attention, les groupes non mixtes ne sont pas nécessairement dénués d’oppression. Il reste des rapports de pouvoir et il faut sans cesse les remettre en question.» Stéphanie Mayer, chercheuse en sciences politiques à l’Université Laval (2)

« Toutes trois soutiennent qu’il est important de remettre en question fréquemment les tactiques.» Sophie Chartier, journaliste, Le Devoir (1)

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AG15oct

1re assemblée générale d’Occupons Montréal au Square Victoria, rebaptisé «Place du peuple», 2011

La mouvance Occupons Montréal a expérimenté et réfléchi aussi sur cette façon de militer, et dont voici un résumé (3) :

– Concept d’espaces sécuritaires (safer spaces) pour soi et entre-sois : modèles de justice communautaire ou réparatrice (ni policière ni étatique), analyse et dénonciation de l’oppression vécue dans notre propre organisation : comment changer les dynamiques de pouvoir ? Sortir de l’aliénation par notre prise de conscience, on arrive enfin à ce niveau où on est prêt à développer une méthodologie concrète.

– Sortir de la culture l’hyper sécurisation pour exister dans l’espace public et psychique; trouver un équilibre entre sécurité/insécurité. Se défaire de la peur aussi qui nous est inculquée par le gouvernement et autres, en donnant une réponse originale à la violence de la marginalisation.

 

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Assemblée générale d’Occupons Montréal. Fabrice Marcoux, Mikelaï Cervera et Ben Godin anime un cercle sur les «Engagements», réflexion menée par le Comité de philosophie politique, 2012. Crédit photo: Ève Marie

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J’ajoute aujourd’hui ma réflexion et expérience sur le tissus social et la communication nonviolente qui a muri sur ce sujet.

Ce qui me frappe d’abord dans ces analyses, c’est l’absence complète de référents intra-personnels. Toute l’analyse est axée sur des dynamiques interpersonnelles, sociales ou politiques, au mieux groupales. Pourtant, ce sont aussi des individus qui exercent ce pouvoir. En effet, pourquoi toujours cette dichotomie tellement binaire entre sociologie et psychologie ? Dans quelle aliénation les relations de pouvoir nous mènent-elles ? Comment s’en sortir ? N’y a-t-il pas lieu de s’interroger sur les sources de ces relations de pouvoir ? Si tous les humains ont, certains plus que d’autres il s’entend, à un moment ou à un autre, vécu une relation de pouvoir avec un autre ou des autres, soit comme oppresseur, soit comme opprimé, soit les deux en même temps, n’est-ce pas là aussi un reflet de notre propre esprit et de la façon dont nous nous traitons nous-mêmes, soit la domination d’une partie notre psyché (l’ego par exemple) sur une autre partie? N’y a-t-il pas lieu de se demander comment une telle mécanique (?) se développe dès l’enfance et si elle n’est pas, à son tour, encouragée par certaines postures ou dynamiques familiale, sociale ou politique ? N’y a-t-il pas lieu aussi de chercher aussi du côté des neurones-miroirs qui seraient à la base du développement des langues humaines et du développement de l’aversion, de l’empathie et du désir mimétique (4) ?

Si la fin du XXe s. et une partie de XXIe siècle sont et seront dominés par une forte recherche identitaire menant à la fois à des évolutions individuelles ou nationales ET à des dérives communautaristes, voire sectaires, voire terroristes, il y a fort à parier que ce champ de recherche, d’expérimentation et de philosophie qui, pour l’instant, n’est que l’apanage d’avant-gardes, deviendra un thème fort de notre siècle si bouleversé.

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J’en profite pour remercier l’artiste, poète et militante Koby Roger Hall pour m’avoir fait connaitre ce concept de «safer spaces» et ces pratiques pour la 1re fois, lors d’une réunion bilan d’OM. Elle a tenu, notamment, avec Frédéric Biron Carmel et la galerie SKOL  un site d’«archives vivantes » d’Occupons Montréal. Plus de détails au http://skol.ca/wp-content/uploads/2012/08/feuillet_koby_fred_angl1.pdf et https://www.facebook.com/occupymontreal/posts/143543362450865 et http://www.rcaaq.org/html/fr/actualites/expositions_details.php?id=15600

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(1) Texte au complet au http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/457146/se-liberer-sans-vous-se-liberer-de-vous

(2) Auteure du mémoire « Du ‘nous femmes’ au ‘nous féministes’ : l’apport des critiques anti-essentialistes à la non-mixité organisationnelle »

(3) Voir mon billet du https://evemarieblog.wordpress.com/2012/09/16/occuponsmontreal-bilan/ et publié également dans la revue Possibles, au http://redtac.org/possibles/category/du-printemps-arabe-au-printemps-erable-un-nouveau-cycle-de-luttes-sociales-vol-36-no-2-hiver-2013/section-i-du-printemps-arabe-aux-indignes/

(4) 1996, Giacomo Rizzolatti et Corrado Sinigaglia, http://www.agoravox.fr/actualites/technologies/article/neurones-miroirs-i-une-decouverte-48805 :

«Chez l’homme, on a observé la présence des neurones miroirs dans le cerveau encore immature du jeune enfant. Et chez l’adulte, ces réseaux miroirs apparaissent comme bien plus développés que chez les autres primates. Ce détail semble anodin et couler de source puisque le cerveau de l’homme est bien plus gros que celui des singes. Mais le fait que les neurones miroirs y soient très développés n’est pas fortuit. Car tout dispositif naturel possède une contrepartie fonctionnelle et si ces neurones sont présents en nombre, c’est sans doute parce qu’ils ont un lien avec ce qui sépare l’homme de l’animal. La raison et le langage aurait dit Aristote. Et plus généralement, l’intersubjectivité. »

«Voici ce que déclare Robert Sylvester, écrivain des sciences « La découverte des neurones miroirs est absolument renversante. C’est aussi la découverte la plus importante et elle est pratiquement négligée parce qu’elle est si monumentale que nul ne sait qu’en faire »

«Le neurone miroir est en fait multifonctionnel. Et semble fonctionner selon trois modes, le négatif, suscitant l’aversion et donc, porteur de différenciation ; puis le neutre, disons la cognition empathique, détachée de force attractive ou répulsive ; enfin le positif, lieu où le désir se fait mimétique et où le danger de conflit se dessine. »

«Il existe une sorte de mécanique, voire de dialectique des miroirs. En fait, un processus de renforcement, de surenchère, que Bateson avait du reste découvert dans les conflits»

«Et les oiseaux ? N’avons nous pas un mécanisme de ce type [mimétisme] lorsque deux moineaux se disputent une miette de pain ? Et aussi dans la genèse des langages que ces subtils animaux ont pu déployer pour communiquer à travers le champ. Ce qui nous ramène à l’homme et une question sur l’origine du langage. Selon Rizzolatti, les mécanismes miroirs font que des actions deviennent des messages sans médiation cognitive (sous entendu, rationnelle) Si bien que le mécanisme miroir pourrait être à l’origine de la genèse du langage. En permettant notamment qu’un message émis devienne pertinent pour son récepteur. »

Daniel Goleman, auteur de «L’intelligence émotionnelle» a aussi beaucoup aborder ce sujet des neurones miroir dans son livre.

 

 

 

Je relais ici un article du journal Le Devoir qui fait état d’un important jugement concernant le droit de manifester au Québec, mis à mal depuis quelques années et en particulier depuis 2011.

En vertu de l’article 500.1 du code de sécurité routière, Gabrielle Garbeau avait été arrêtée en 2011 lors d’une manifestation contre le brutalité policière. Cet article «interdit toute entrave à la circulation « au cours d’une action concertée », sauf lors de défilés ou de manifestations préalablement autorisés. Or, ce tribunal a considéré que cette disposition « porte atteinte aux libertés d’expression et de réunion pacifique protégées par les chartes québécoise et canadienne ».

Voir http://www.ledevoir.com/societe/justice/455190/a-qui-la-rue-a-tous-la-rue?utm_source=infolettre-2015-11-13&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

Reste à voir comment le gouvernement libéral de P. Couillard réagira et si les victimes de cet abus policier dénoncé par un important organisme de la société civile comme la Ligue des droits et libertés seront dédommagées…

Ai, shé: kon, wachiya, waachiya, kuei, kwé(k8é), gwé, bonjour*,

Crédit photo: Suzanne, Marie-José Tardif et T8aminik Rankin

Crédit photo: Suzanne Morissette, Marie-José Tardif et T8aminik Rankin

Un de mes aïeuls, Hector-Louis Langevin, qui a fondé la nation canadienne, a aussi été un des instigateurs des pensionnats indiens en  1883 (1). Au nom de ma famille, je veux m’excuser profondément de ces souffrances infligées et implore le pardon des personnes, de leur famille et de leurs ancêtres.

Les temps ont changé. Cinq générations plus tard, ce qui apparaissait être à cette époque un avancement, et où les théories racistes avaient le haut du pavé, apparait maintenant comme un barbarisme sans nom depuis la fermeture du dernier pensionnat à la fin des années 1990 et surtout depuis la Commission vérité et réconciliation.

Depuis quelques années, nous (blancs, Métis, Autochtones et Inuit) comprenons de plus en plus qu’il s’agit d’une violence coloniale, et que cette violence avalée est transmise comme une maladie psychique contagieuse (2), perpétuée et perpétrée par les autres et sur soi/les siens dans un cycle qui a semblé infini. Et a bien failli exterminer un peuple qui est pourtant un trésor de l’humanité. Heureusement, de nombreuses prises de conscience se font et se sont faites, et avec leur nombre grandissant, elles toucheront bientôt l’âme des peuples et l’ensemble de la société.

Un prière s’impose ici. Elle provient d’une femme-médecine la communauté indigène d’Hawaii, Morrnah Nalamaku Simeona et du dr. Len :

«Si moi et ma famille, mes proches ou mes ancêtres vous ont offensé ou offensé votre famille, vos proches ou vos ancêtres en pensées, en mots ou en actes, depuis le début de la création jusqu’à aujourd’hui, nous implorons humblement, humblement, humblement votre pardon. Puisse tout cela être nettoyé, purifié et libéré. Que tous les blocages, les mémoires, les énergies et les vibrations négatives soient coupés. Puisse toutes ces énergies indésirables être transmutées en pure lumière.»

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Ces pensionnats autochtones (3) de garçons et de filles (qu’on appelle aussi écoles résidentielles au Canada) me semblent être une cause profonde de la violence faite aux femmes autochtones dont j’ai déjà parlé sur ce blogue (4). De nombreuses violences sexuelles et humiliations quotidiennes y ont été vécues par les enfants autochtones pendant un siècle (5). Je veux dire aussi que dans la dernière année et en particulier dans les derniers jours, beaucoup d’informations, témoignages et allégations sont sorties dans les médias canadiens au sujet de la violence faites aux femmes autochtones par des conjoints, des policiers, des inconnus. Plus que toute autre, cette violence inacceptable est restée impunie, systémique. Cette violence qui atteint ces femmes est la même qui a atteint ces enfants des pensionnats indiens : celle de la déshumanisation. Pour les non autochtones qui ont fait ça, ces «Sauvages» ne sont pas des humains. C’est terrible.

Maintenant, des femmes courageuses ont décidé de parler publiquement, malgré les menaces de représailles contre elles et leurs familles. J’ai pleuré en écoutant les témoignages dans un reportage de l’émission Enquête à Radio-Canada (6). Il est temps que cesse tout ce cycle infernal. Comme l’ont très bien dit et souhaité Michele Audette (présidente de Femmes autochtones du Québec) et Édith Cloutier (directrice du Centre d’amitié autochtone de Val d’Or), que la guérison commence en parlant ! Importantes prises de conscience !

Maintenant, autochtones et non autochtones tenons-nous debout ensemble, vers une unité incluant des différences constructives, à l’écoute les uns et surtout des autres. A’ho (j’ai dit) !

Nakurmik, nià: wen, migwech, tshi nashkumitin, mikwetc, migwetc (mig8etc), welalin, merci, pour la suite du monde.

signé : Ève Marie Langevin

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*Ces salutations sont respectivement en langue inuktitut de l’Est canadien, mohawk/kanien’kehá:kas, cri de l’Est/eenou/eeyou), naskapi, innue (montagnais) et attikamekw, algonquin/anishinabeg, mi’kmaq/mi’gmaq et française.

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(1) Oncle d’il y a 5 générations, Me Hector-Louis Langevin (Conservative Party), était député de Three Rivers (Les Trois-Rivières), Québec; Official Reports of the Debates of the House of Commons or the Dominion of Canada, Volume XIV, 1883, Ottawa, p. 1376. «The intention is to establish three industrial Indian schools in the North-West […] The fact is, that is you wish to educate these children, you must separate them from their parent during the time they are being educated. If you leave them in the family, they may know how to read and write, but they still remain savage… » Le texte au complet au https://books.google.ca/books?id=7Ys9AQAAMAAJ&pg=PA1376&lpg=PA1376&dq=%27%27The+fact+is+that+if+you+wish+to+educate+the+children,+you+must+separate+them+from+their+parents+during+the+time+they+are+being+taught.+If+you+leave+them+in+the+family+they+may+know+how+to+read+and+write,+but+they+will+remain+savages,+whereas+by+separating+them+in+the+way+proposed,+they+acquire+the+habits+and+tastes%E2%80%A6of+civilized+people%27%27+house+of+common+1883&source=bl&ots=93n9hw_HjF&sig=SqlmzJVdIOKHxXMcTE7dnIy_Nqo&hl=fr&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q&f=false

(2) C’est la thèse de Edgar Morin, qui parle de «peste psychique» en amont de la violence, se manifestant comme une incompréhension profonde entre deux humains : « Enfin, la nouvelle civilisation demande une éducation où serait enseignée la connaissance complexe, qui percevant les aspects multiples, parfois contradictoires d’un même phénomène ou même individu, permettant une meilleure compréhension d’autrui et du monde. La Compréhension d’autres serait elle-même enseignée, de façon à réduire cette peste psychique qu’est l’incompréhension, présente en une même famille, un même atelier, un même bureau. Y serait enseignée la complexité humaine. Bref une réforme radicale à tous niveaux de l’éducation permettrait d’enseigner à vivre autonome, responsable, solidaire, amical. » http://www.colibris-lemouvement.org/oasis/dossiers-thematiques/lappel-de-pierre-rabhi-et-edgar-morin/edgar-morin-aux-oasis

(3) Voir les infos et les conclusions de la Commission vérité et réconciliation sur les pensionnats :

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2015/06/02/005-pensionnats-autochtones-genocide-culturel-selon-commission-verite-reconciliation.shtml

http://www.trc.ca/websites/trcinstitution/index.php?p=891

« Un État qui détruit ou s’approprie ce qui permet à un groupe d’exister, ses institutions, son territoire, sa langue et sa culture, sa vie spirituelle ou sa religion et ses familles, commet un génocide culturel. Le Canada a fait tout ça dans sa relation avec les peuples autochtones. » — Rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

Abus physiques, psychologiques et sexuels, malnutrition : la liste des torts subis par ces enfants a été minutieusement documentée au fil des milliers de pages du rapport final de la Commission. http://www.trc.ca/websites/trcinstitution/index.php?p=15

Entrevue de la commissaire Marie Wilson, à la suite de ces témoignages et allégations de violence sexuelle commis par des policiers contre des femmes autochtones de Val d’Or (Québec) à Radio-Canada, «Médium Large», 29-10-15  à 9:08 au http://ici.radio-canada.ca/emissions/medium_large/2015-2016/

(4) Voir notamment :

(5) Dominique Rankin et Marie-Josée Tardif, «On nous appelait les Sauvages : souvenirs et espoirs d’un chef héréditaire algonquin », 2011. éd. Le jour.

(6) http://ici.radio-canada.ca/tele/enquete/2015-2016/episodes/360817/femmes-autochtones-surete-du-quebec-sq

 

 

Edgar Morin, 2011

Edgar Morin, 2011

Le titre de cet article est la conclusion forte, quoiqu’un peu trop manichéenne, d’un nouveau texte d’Edgar Morin qui, avec sa verve et sa lucidité habituelles, pose un brillant regard rempli d’alternatives heureuses pour notre avenir… dans une langue abordable et surtout avec un esprit de synthèse remarquable.

Vous avez sans doute lu, à gauche, à droite, des idées semblables, mais il ajoute parfois un grain plus personnel et plus étonnant de sa part, comme parler du cinéma comme une «participation psychique» des spectateurs ou parler de ce qu’est l’incompréhension entre les personnes comme étant une sorte de «peste psychique».  À cet égard, il revient tout aussi brièvement sur sa notion de complexité, appliquée au domaine de l’éducation :

«Enfin, la nouvelle civilisation demande une éducation où serait enseignée la connaissance complexe, qui percevant les aspects multiples, parfois contradictoires d’un même phénomène ou même individu, permettant une meilleure compréhension d’autrui et du monde. La Compréhension d’autres serait elle-même enseignée, de façon à réduire cette peste psychique qu’est l’incompréhension, présente en une même famille, un même atelier, un même bureau. Y serait enseignée la complexité humaine. Bref une réforme radicale à tous niveaux de l’éducation permettrait d’enseigner à vivre autonome, responsable, solidaire, amical.» Edgar Morin

En outre, je retiens notamment sa réflexion sur la pression chronométrique à laquelle nous nous soumettons servilement la plupart du temps (croyant qu’être occupé, c’est être quelqu’un ou être important), en parlant d’alternance entre des moments de vie de «périodes de vitesse (qui ont des vertus enivrantes) et les périodes de lenteur (qui ont des vertus sérénisantes)».

Il parle aussi post-consumérisme en encourageant les achats dans ce qu’il appelle des «circuits courts» et beaucoup de différentes formes de convivialité du quotidien, entre autres en cherchant «l’épanouissement du Je au sein d’un ou de multiples Nous. N’oublions pas les solidarités locales, sans oublier la grande solidarité qui nous lie à tous les humains. »

Des sujets qui me branchent et que j’ai soit abordés dans mon travail d’artiste, comme la participation psychique du public lors d’un événement de mouvement dansé/arts martiaux (voir ma section onglet «projets art», soit abordés dans des articles de ce blogue, notamment dans mes «Lettres à mes amis», mais parfois avec une tournure d’une expérience plus blessée, et probablement ainsi plus blessante, moins neutre, ou moins sage sans doute… À chaque âge ses plaisirs et ses douleurs…

Bref, un texte de Morin à lire absolument sur le site d’un intéressant mouvement français dans le même genre que le mouvement «Ville en transition», ici le mouvement des Colibris en France.

http://www.colibris-lemouvement.org/oasis/dossiers-thematiques/lappel-de-pierre-rabhi-et-edgar-morin/edgar-morin-aux-oasis

Bon snack et belle lecture !

 

J’étais chez lui, mais je ne le savais pas.

Cet été-là, je couchai aussi loin que possible de l’auberge de jeunesse où je travaillais. Les nuits bruyantes et bien arrosées m’empêchaient tout simplement de dormir.

Dans la forêt, j’avais trouvé, par un petit sentier, une clairière bien dégagée où restaient les anciennes fondations d’une maison de ferme.

J’y avais établi mon campement pour l’été avec une simple tente petite sans fenêtre que Jean-Luc m’avait prêtée.

Sauf l’histoire du serpent que j’ai racontée dans « Le Fiel à la bouche », je passai là des nuits tranquilles. Au début, c’était un défi pour moi d’y marcher au crépuscule ou souvent plus tard jusqu’à ma tente, surtout les nuits sans lune, sans avoir peur…

Mais j’y découvris la lumière brillante des nuits de pleine lune éclairant de loin mon petit chemin. Au gré des nuits, j’y marchais progressivement confiante, ayant plus peur d’un éventuel homme soûl qui me suivrait que de l’épaisseur ou de la solitude de la forêt.

J’y avançais, tour à tour, dans le mystère opaque d’une nuit noire et sans vent ou dans une nuit habitée par la lune, en compagnie des ombres réveillées.

Un matin frisquet de la mi-août, je fus réveillée par un halètement de chien, tout prêt de mon oreille droite. Très endormie, je bougeai un peu ma couverture métallique et le son d’animal disparut aussitôt. Je me rendormis bien vite, sans plus de cas.

Mais un peu plus tard j’entendis le même son. Il était revenu! Deux fois de suite et à la même place près de mon oreille, ce n’était pas « normal »! Cette fois-ci, je me réveillai raide : ce halètement… C’était plus rauque qu’un chien! C’était sauvage! Je ne pouvais pas voir, seulement entendre. C’était… c’était… petit ou moyen. Était-ce un ours ou quoi? Je bougeai à nouveau ma couverture mais cette fois-ci, je l’entendis se déplacer sur le site avec un cling-clang de veilles tôles abandonnées.

 

Je cherchai prestement mon vieux canif dans mon sac. Je ne l’avais pas utilisé depuis longtemps. J’essayai d’ouvrir la lame, tout en me concentrant pour visualiser le seul bon mouvement fatal que j’aurais peut-être la chance de faire avec le canif si l’animal m’attendait à ma sortie…

Après quelques tentatives infructueuses pour ouvrir ce canif, je dus me rendre à l’évidence : il était un peu rouillé et jamais je ne réussirais à l’ouvrir avec mes doigts.

J’écoutai de longues minutes : à part le vent qui halait dans les feuilles, plus rien. L’animal était-il parti ou m’attendait-il devant ma porte zippée? Impossible de le savoir. Après un long 15 minutes silencieux, je me décidai enfin à sortir : je ne pouvais tout de même pas rester là toute la matinée! Et puis j’avais faim.

J’ouvris d’abord une partie basse du zip de ma tente pour regarder : pas de pattes devant… Puis plus grand : toujours rien. Enfin, sac à dos devant comme ridicule bouclier, je sortis. Balayage visuel. Rien. Je cherchai brièvement des pistes mais ne vis rien.

Certaine de ne pas y revenir coucher ce soir-là, je défis ma tente rapidement et retournai à l’auberge pour le déjeuner.

Je racontai mon histoire. Un ami me proposa de venir chercher les pistes. Il en trouva, effectivement.

J’étais sur le territoire du coyote.

*/*

Deux ou trois jours plus tard, tannée par le bruit incessant des vacanciers festifs, je cherchai sans succès un autre site où dormir dans le bois. Je compris aussi que c’était l’odeur de la pêche pourtant bien enveloppée qui avait sans doute attiré mon coyote.

Je résolus donc de retourner à la même place, mais sans fruit dans ma tente pour accompagner mon réveil. De toute façon, sachant le coyote curieux mais farouche, je n’étais plus vraiment inquiète. Je lui fis une petite offrande en pensée.

Il m’accepta et ne revint pas. Je fis quelques feux, surtout les premières nuits pour me rassurer et lui signifier ma présence. Je dormis paisiblement et ne rêvai pas de lui.

Et c’est ainsi que le coyote devint mon animal fétiche et que je cherchai une de ses dents pour honorer mon réveil.

Aouou! Aï-aï-aï-aï-a

*/*

Crédit photo: Mark William

Crédit photo: Mark William

Sons de coyotes

http://www.youtube.com/watch?v=0ga0i1FSXZQ

En complément de programme, poème de Mark William et son récit en musique de coyote:

http://www.youtube.com/watch?v=0ga0i1FSXZQ

 

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