Ai, shé: kon, wachiya, waachiya, kuei, kwé(k8é), gwé, bonjour*,

Crédit photo: Suzanne, Marie-José Tardif et T8aminik Rankin

Crédit photo: Suzanne Morissette, Marie-José Tardif et T8aminik Rankin

Un de mes aïeuls, Hector-Louis Langevin, qui a fondé la nation canadienne, a aussi été un des instigateurs des pensionnats indiens en  1883 (1). Au nom de ma famille, je veux m’excuser profondément de ces souffrances infligées et implore le pardon des personnes, de leur famille et de leurs ancêtres.

Les temps ont changé. Cinq générations plus tard, ce qui apparaissait être à cette époque un avancement, et où les théories racistes avaient le haut du pavé, apparait maintenant comme un barbarisme sans nom depuis la fermeture du dernier pensionnat à la fin des années 1990 et surtout depuis la Commission vérité et réconciliation.

Depuis quelques années, nous (blancs, Métis, Autochtones et Inuit) comprenons de plus en plus qu’il s’agit d’une violence coloniale, et que cette violence avalée est transmise comme une maladie psychique contagieuse (2), perpétuée et perpétrée par les autres et sur soi/les siens dans un cycle qui a semblé infini. Et a bien failli exterminer un peuple qui est pourtant un trésor de l’humanité. Heureusement, de nombreuses prises de conscience se font et se sont faites, et avec leur nombre grandissant, elles toucheront bientôt l’âme des peuples et l’ensemble de la société.

Un prière s’impose ici. Elle provient d’une femme-médecine la communauté indigène d’Hawaii, Morrnah Nalamaku Simeona et du dr. Len :

«Si moi et ma famille, mes proches ou mes ancêtres vous ont offensé ou offensé votre famille, vos proches ou vos ancêtres en pensées, en mots ou en actes, depuis le début de la création jusqu’à aujourd’hui, nous implorons humblement, humblement, humblement votre pardon. Puisse tout cela être nettoyé, purifié et libéré. Que tous les blocages, les mémoires, les énergies et les vibrations négatives soient coupés. Puisse toutes ces énergies indésirables être transmutées en pure lumière.»

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Ces pensionnats autochtones (3) de garçons et de filles (qu’on appelle aussi écoles résidentielles au Canada) me semblent être une cause profonde de la violence faite aux femmes autochtones dont j’ai déjà parlé sur ce blogue (4). De nombreuses violences sexuelles et humiliations quotidiennes y ont été vécues par les enfants autochtones pendant un siècle (5). Je veux dire aussi que dans la dernière année et en particulier dans les derniers jours, beaucoup d’informations, témoignages et allégations sont sorties dans les médias canadiens au sujet de la violence faites aux femmes autochtones par des conjoints, des policiers, des inconnus. Plus que toute autre, cette violence inacceptable est restée impunie, systémique. Cette violence qui atteint ces femmes est la même qui a atteint ces enfants des pensionnats indiens : celle de la déshumanisation. Pour les non autochtones qui ont fait ça, ces «Sauvages» ne sont pas des humains. C’est terrible.

Maintenant, des femmes courageuses ont décidé de parler publiquement, malgré les menaces de représailles contre elles et leurs familles. J’ai pleuré en écoutant les témoignages dans un reportage de l’émission Enquête à Radio-Canada (6). Il est temps que cesse tout ce cycle infernal. Comme l’ont très bien dit et souhaité Michele Audette (présidente de Femmes autochtones du Québec) et Édith Cloutier (directrice du Centre d’amitié autochtone de Val d’Or), que la guérison commence en parlant ! Importantes prises de conscience !

Maintenant, autochtones et non autochtones tenons-nous debout ensemble, vers une unité incluant des différences constructives, à l’écoute les uns et surtout des autres. A’ho (j’ai dit) !

Nakurmik, nià: wen, migwech, tshi nashkumitin, mikwetc, migwetc (mig8etc), welalin, merci, pour la suite du monde.

signé : Ève Marie Langevin

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*Ces salutations sont respectivement en langue inuktitut de l’Est canadien, mohawk/kanien’kehá:kas, cri de l’Est/eenou/eeyou), naskapi, innue (montagnais) et attikamekw, algonquin/anishinabeg, mi’kmaq/mi’gmaq et française.

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(1) Oncle d’il y a 5 générations, Me Hector-Louis Langevin (Conservative Party), était député de Three Rivers (Les Trois-Rivières), Québec; Official Reports of the Debates of the House of Commons or the Dominion of Canada, Volume XIV, 1883, Ottawa, p. 1376. «The intention is to establish three industrial Indian schools in the North-West […] The fact is, that is you wish to educate these children, you must separate them from their parent during the time they are being educated. If you leave them in the family, they may know how to read and write, but they still remain savage… » Le texte au complet au https://books.google.ca/books?id=7Ys9AQAAMAAJ&pg=PA1376&lpg=PA1376&dq=%27%27The+fact+is+that+if+you+wish+to+educate+the+children,+you+must+separate+them+from+their+parents+during+the+time+they+are+being+taught.+If+you+leave+them+in+the+family+they+may+know+how+to+read+and+write,+but+they+will+remain+savages,+whereas+by+separating+them+in+the+way+proposed,+they+acquire+the+habits+and+tastes%E2%80%A6of+civilized+people%27%27+house+of+common+1883&source=bl&ots=93n9hw_HjF&sig=SqlmzJVdIOKHxXMcTE7dnIy_Nqo&hl=fr&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q&f=false

(2) C’est la thèse de Edgar Morin, qui parle de «peste psychique» en amont de la violence, se manifestant comme une incompréhension profonde entre deux humains : « Enfin, la nouvelle civilisation demande une éducation où serait enseignée la connaissance complexe, qui percevant les aspects multiples, parfois contradictoires d’un même phénomène ou même individu, permettant une meilleure compréhension d’autrui et du monde. La Compréhension d’autres serait elle-même enseignée, de façon à réduire cette peste psychique qu’est l’incompréhension, présente en une même famille, un même atelier, un même bureau. Y serait enseignée la complexité humaine. Bref une réforme radicale à tous niveaux de l’éducation permettrait d’enseigner à vivre autonome, responsable, solidaire, amical. » http://www.colibris-lemouvement.org/oasis/dossiers-thematiques/lappel-de-pierre-rabhi-et-edgar-morin/edgar-morin-aux-oasis

(3) Voir les infos et les conclusions de la Commission vérité et réconciliation sur les pensionnats :

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2015/06/02/005-pensionnats-autochtones-genocide-culturel-selon-commission-verite-reconciliation.shtml

http://www.trc.ca/websites/trcinstitution/index.php?p=891

« Un État qui détruit ou s’approprie ce qui permet à un groupe d’exister, ses institutions, son territoire, sa langue et sa culture, sa vie spirituelle ou sa religion et ses familles, commet un génocide culturel. Le Canada a fait tout ça dans sa relation avec les peuples autochtones. » — Rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada.

Abus physiques, psychologiques et sexuels, malnutrition : la liste des torts subis par ces enfants a été minutieusement documentée au fil des milliers de pages du rapport final de la Commission. http://www.trc.ca/websites/trcinstitution/index.php?p=15

Entrevue de la commissaire Marie Wilson, à la suite de ces témoignages et allégations de violence sexuelle commis par des policiers contre des femmes autochtones de Val d’Or (Québec) à Radio-Canada, «Médium Large», 29-10-15  à 9:08 au http://ici.radio-canada.ca/emissions/medium_large/2015-2016/

(4) Voir notamment :

(5) Dominique Rankin et Marie-Josée Tardif, «On nous appelait les Sauvages : souvenirs et espoirs d’un chef héréditaire algonquin », 2011. éd. Le jour.

(6) http://ici.radio-canada.ca/tele/enquete/2015-2016/episodes/360817/femmes-autochtones-surete-du-quebec-sq

 

 

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