J’étais chez lui, mais je ne le savais pas.

Cet été-là, je couchai aussi loin que possible de l’auberge de jeunesse où je travaillais. Les nuits bruyantes et bien arrosées m’empêchaient tout simplement de dormir.

Dans la forêt, j’avais trouvé, par un petit sentier, une clairière bien dégagée où restaient les anciennes fondations d’une maison de ferme.

J’y avais établi mon campement pour l’été avec une simple tente petite sans fenêtre que Jean-Luc m’avait prêtée.

Sauf l’histoire du serpent que j’ai racontée dans « Le Fiel à la bouche », je passai là des nuits tranquilles. Au début, c’était un défi pour moi d’y marcher au crépuscule ou souvent plus tard jusqu’à ma tente, surtout les nuits sans lune, sans avoir peur…

Mais j’y découvris la lumière brillante des nuits de pleine lune éclairant de loin mon petit chemin. Au gré des nuits, j’y marchais progressivement confiante, ayant plus peur d’un éventuel homme soûl qui me suivrait que de l’épaisseur ou de la solitude de la forêt.

J’y avançais, tour à tour, dans le mystère opaque d’une nuit noire et sans vent ou dans une nuit habitée par la lune, en compagnie des ombres réveillées.

Un matin frisquet de la mi-août, je fus réveillée par un halètement de chien, tout prêt de mon oreille droite. Très endormie, je bougeai un peu ma couverture métallique et le son d’animal disparut aussitôt. Je me rendormis bien vite, sans plus de cas.

Mais un peu plus tard j’entendis le même son. Il était revenu! Deux fois de suite et à la même place près de mon oreille, ce n’était pas « normal »! Cette fois-ci, je me réveillai raide : ce halètement… C’était plus rauque qu’un chien! C’était sauvage! Je ne pouvais pas voir, seulement entendre. C’était… c’était… petit ou moyen. Était-ce un ours ou quoi? Je bougeai à nouveau ma couverture mais cette fois-ci, je l’entendis se déplacer sur le site avec un cling-clang de veilles tôles abandonnées.

 

Je cherchai prestement mon vieux canif dans mon sac. Je ne l’avais pas utilisé depuis longtemps. J’essayai d’ouvrir la lame, tout en me concentrant pour visualiser le seul bon mouvement fatal que j’aurais peut-être la chance de faire avec le canif si l’animal m’attendait à ma sortie…

Après quelques tentatives infructueuses pour ouvrir ce canif, je dus me rendre à l’évidence : il était un peu rouillé et jamais je ne réussirais à l’ouvrir avec mes doigts.

J’écoutai de longues minutes : à part le vent qui halait dans les feuilles, plus rien. L’animal était-il parti ou m’attendait-il devant ma porte zippée? Impossible de le savoir. Après un long 15 minutes silencieux, je me décidai enfin à sortir : je ne pouvais tout de même pas rester là toute la matinée! Et puis j’avais faim.

J’ouvris d’abord une partie basse du zip de ma tente pour regarder : pas de pattes devant… Puis plus grand : toujours rien. Enfin, sac à dos devant comme ridicule bouclier, je sortis. Balayage visuel. Rien. Je cherchai brièvement des pistes mais ne vis rien.

Certaine de ne pas y revenir coucher ce soir-là, je défis ma tente rapidement et retournai à l’auberge pour le déjeuner.

Je racontai mon histoire. Un ami me proposa de venir chercher les pistes. Il en trouva, effectivement.

J’étais sur le territoire du coyote.

*/*

Deux ou trois jours plus tard, tannée par le bruit incessant des vacanciers festifs, je cherchai sans succès un autre site où dormir dans le bois. Je compris aussi que c’était l’odeur de la pêche pourtant bien enveloppée qui avait sans doute attiré mon coyote.

Je résolus donc de retourner à la même place, mais sans fruit dans ma tente pour accompagner mon réveil. De toute façon, sachant le coyote curieux mais farouche, je n’étais plus vraiment inquiète. Je lui fis une petite offrande en pensée.

Il m’accepta et ne revint pas. Je fis quelques feux, surtout les premières nuits pour me rassurer et lui signifier ma présence. Je dormis paisiblement et ne rêvai pas de lui.

Et c’est ainsi que le coyote devint mon animal fétiche et que je cherchai une de ses dents pour honorer mon réveil.

Aouou! Aï-aï-aï-aï-a

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Crédit photo: Mark William

Crédit photo: Mark William

Sons de coyotes

http://www.youtube.com/watch?v=0ga0i1FSXZQ

En complément de programme, poème de Mark William et son récit en musique de coyote:

http://www.youtube.com/watch?v=0ga0i1FSXZQ

 

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