Louis Riel

Louis Riel, ad 1880

En 1885, le Métis Canadien-Français Louis Riel de l’Ouest canadien est condamné à mort au Manitoba pour avoir défendu et armé les siens pour protéger leurs terres, pour retrouver leurs droits civils et de propriété et pour avoir lutté contre l’avancée des arpenteurs, de la colonisation et du Canadian Pacific.

Après des actions pacifistes, il lance un appel à une résistance armée aux chefs amérindiens Big Bear et Pound-Maker, et aidé par un autre chef Métis, Gabriel Dumont (1). Selon l’historien Jacques Lacoursière (2), « cet événement remet en cause les fondements mêmes de la Confédération » canadienne naissante : « l’agitation dans le Québec contre l’exécution d’un Canadien-Français sommairement condamné par un jury et un juge anglais devint une révolution politique.» Mason Wide (3).

.

*/*

Le nouveau chef du parti National au Québec, Honoré Mercier, en fera d’ailleurs la lancée d’un de ses discours resté célèbre au Champ de Mars à Montréal en novembre 1885, juste après la pendaison de Louis Riel à Régina :

« Riel notre frère est mort, victime de son dévouement à la cause des Métis dont il était le chef, victime de fanatisme et de trahison. »

Un nouveau chant, sur l’air de la Marseillaise avec de nouvelles paroles « La Marseillaise rielliste » était en vogue au Québec en 1885 :

Enfants de la nouvelle France,
Douter de nous est plus permis!
Au gibet Riel se balance,
Victime de nos ennemis (Bis).
Amis, pour nous, ah, quel outrage!
Quels transports il doit exciter!
Celui qu’on vient d’exécuter
Nous anime par son courage.

Refrain
Courage! Canadiens! Tenons bien haut nos cœurs;
Un jour viendra (Bis) Nous serons les vainqueurs.

Que veulent ces esclavagistes?
Que veut ce ministre étrangleur*?
Pour qui ces menées orangistes**,
Pour qui ces cris, cette fureur ? (Bis)
Pour nous, amis, pour nous, mes frères,
Ils voudraient nous voir au cercueil,
Ces tyrans que leur fol orgueil
Aveugle et rend sourds aux prières.

Refrain

Honte à vous, ministres infâmes,
Qui trahissez, oh! lâcheté!
¬Vous avez donc vendu vos âmes!
Judas! Que vous ont-ils payé? (Bis)
Dans la campagne et dans la ville
Un jour le peuple vous dira:
Au bagne, envoyez-moi tout ça!
La corde n’est pas assez vile!

Refrain

Source de la chanson : reproduction d’un texte de l’Institut d’Histoire de l’Amérique française,
collection Lionel Groulx (2)

*/*

La Cour suprême du Canada va entendre très prochainement une cause au sujet des droits linguistiques des francophones de l’Ouest canadien, dont une bonne part sont des Métis. Les juges vont déterminer si « la Reine Victoria a réellement promis à Louis Riel de préserver l’ensemble des droits des Métis de la terre de Rupert (vaste territoire duquel sont nés la plupart des provinces et territoires de l’Ouest canadien) en échange d’une adhésion pacifique à la Confédération » (4). Après des recherches approfondies dans les archives du Manitoba, à Ottawa, à la compagnie de la Baie d’Hudson et à Londres pour trouver des preuves historiques et constitutionnelles pour cette cause, l’avocat de cette cause devant la Cour suprême, Me Roger Lepage vient d’affirmer qu’« à l’époque, la Couronne nous a dit que si l’on déposait les armes elle respecterait nos droits civils, religieux et de propriétés. Ça incluait nos droits linguistiques.» (4)

À noter qu’il y a eu deux rébellions avec Riel : une aux alentours de la Confédération canadienne (1870) et l’une après (1885).

*/*

* Possiblement une allusion au 1er ministre conservateur canadien John A. Macdonald, qui préféra une politique d’apathie (selon Lacoursière, 1973) face aux revendications des Métis en 1885, puis envoya l’armée. Pourtant, quelques années plus tôt, en 1869, les 10,000 Métis de la Rivière-Rouge (actuelle région de Winnipeg) des terres d’Assiniboia, « les Métis francophones avaient obtenus des garanties et des promesses solennelles de la part du gouvernement Macdonald, selon lesquelles ils pourraient conserver leur mode de vie, leur langue, leur religion et leur terres.» (5)

** En 1885, « les Orangistes d’Ontario réclament la tête de Riel pour venger la mort de Scott » J. Lacoursière (1973). Pendant le gouvernement provisoire de Riel de 1870 dans l’Ouest canadien, « reconnu pour sa haine des Métis francophones, Thomas Scott [avait] menacé, avec d’autres colons ontariens, de se rebeller. Arrêté en 1870 [par les Métis], Scott est jugé, condamné et exécuté.» Pierre Rousseau, (2003) (6)

_________________________________
(1) Le chef métis Gabriel Dumont sera l’invité de la Société St-Jean-Baptiste en 1888, pour donner une série de conférences.
(2) Jacques Lacoursière, Denis Vaugeois, Jacques Provencher, « Canada – Québec, synthèse historique », éditions du Renouveau pédagogique, Montréal, 1973
(3) Mason Wide, « Les Canadiens français de 1760 à nos jours », Le Cercle du Livre de France, Montréal, 1963
(4) Le Devoir, 7/02/15, http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/431175/une-contravention-pour-deterrer-l-heritage-de-riel#ajout-commentaire

(5) Le Devoir, 7/02/15, http://www.ledevoir.com/politique/canada/431166/la-gifle

(6) Le Devoir, 25/08/03, http://www.ledevoir.com/non-classe/34656/le-fin-mot-de-l-histoire-riel-notre-frere-est-mort-honore-mercier

Advertisements