L’actualité revient parfois en loupe. À la différence que nous, le peuple, sommes collectivement généralement plus conscients des ravages de l’escalade de la violence ET nous sommes plus avisés des dangereux dérapages des agences de sécurité et d’espionnage nationale, grâce aux révélations de E. Snowden sur la NSA/PRISM américaine (1). Dans la foulée de la récente déclaration de guerre du Canada à l’organisation djihadiste Groupe armé État Islamique qui sème la terreur en Irak et en Syrie (7 octobre 2014), et des attentats perpétrés contre deux soldats canadiens en sol canadien (20 et 22  octobre 2014) (2)(3), plus que jamais les moyens diplomatiques de sortie de crise sont préférables aux moyens militaires, comme l’a plaidé hier à Montréal, pendant une petite manifestation du Collectif Échec à la guerre (4), un député de l’Assemblée nationale du Québec :

« Ça fait plus de dix ans que le Canada intervient au Moyen-Orient avec des solutions militaires et des actions qui ont eu comme résultat d’aggraver l’instabilité, la violence, et le terreau du terrorisme. Cela a eu, en plus, comme conséquence d’accroître l’influence du terrorisme dans la région et sur des jeunes détraqués d’ici.» Amir Khadir

Manif contre la guerre

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Je ressors donc de mes archives cette déclaration (malheureusement) toujours d’actualité, et que j’avais écrite à l’époque, alors que je militais contre la guerre en Afghanistan, au lendemain des attentats du 11 septembre 2001.

mes archives de 2001

DÉCLARATION POUR UN MONDE SANS GUERRE

ET SANS VIOLENCE

     POUR LA CONSTRUCTION D’UNE NATION

PLUS HUMAINE ET PLUS UNIVERSELLE

par le Mouvement Humaniste de Montréal

Photo d’une des deux marches contre la guerre en Afghanistan, organisé ici par le Mouvement humaniste de Montréal, le 21 octobre 2001.

Marche pour la paix et la non-violence

Le 21 octobre 2001, lecture au point d’arrivée au Carré Dominion (Montréal, Québec, Canada) par Ann Farell, Ève Marie et Ali Zoubeidi.

  1. Face aux victimes du 11 septembre dernier, où des milliers de civils sont morts et face à toutes les autres victimes, ailleurs, dans d’autres pays, dont les morts n’ont jamais été pleurés et qui nous font réaliser qu’une vie américaine n’est ni plus ni moins précieuse que la vie d’une personne algérienne, canadienne, irakienne, anglaise, rwandaise, palestinienne ou… afghane.
  2. Face à la pression psychologique, exercée aussi par l’utilisation d’images violentes et d’information manipulée, par lesquelles on pousse les gens à choisir un camp pour s’aligner sur des options fausses comme « civilisation occidentale contre barbarisme islamique », comme « commerce néolibéral contre terrorisme », « violence nécessaire contre violence sanguinaire ». L’hystérie médiatique crée ainsi de la méfiance, de l’isolement entre les êtres qui deviennent plus manipulables.
  3. Face à l’indignation sans espoir, à la perte des valeurs, et à la disparition des valeurs éthiques et morales qui poussent des millions de personnes à invoquer le recours à cette même violence qui est paradoxalement est à l’origine de cette douleur et souffrance.
  4. Face à la rage aveuglante qui obscurcit les esprits et pousse les gens à identifier l’ennemi « dans tous ceux qui sont différents », et à rejeter le blâme et la responsabilité sur des peuples entiers ou des religions, au lieu de voir les ressemblances et le vrai provocateur (qui pourrait être plus proche et plus occidental que ce que l’on croit).
  5. En reconnaissant que dans le processus actuel et rapide de mondialisation, ce qui arrive en un endroit a des répercussions immédiates en d’autres lieux, et qu’il n’y aura plus de lieu « sûr » si l’on ne répond pas aux besoins de chaque être humain, en chaque coin de la Terre.
  6. En reconnaissant que notre planète n’est pas en mesure de subir une troisième guerre mondiale à cause de la limitation des ressources, de la fragilité de ses équilibres environnementaux, et à cause du lent processus de la vie elle-même.
  7. Avec la prise de conscience profonde que, dans l’histoire de l’humanité, les guerres ont rarement résolu les problèmes ou éliminées les causes qui les ont déclenchées. Elles ont toujours été une source plus grande de douleur et de souffrance pour les gens, et les seuls « gagnants » seront ici les grands intérêts économiques et financiers transnationaux en relation à la vente d’armes, et aux industries des médicaments, du pétrole et de l’eau.

Nous, Hommes et Femmes, témoins de ce début troublé du XXIe siècle, nous revendiquons l’arrêt de cette guerre contre l’Afghanistan qui semble faussement motivée par un combat contre le terrorisme, nous nous engageons à reconnaître et nous voulons faire valoir :

  1. Que dans cette crise, seul un sérieux travail sur les causes socio-politiques qui ont provoqué ces attentats terroristes pourra permettre de briser la spirale de la violence et  garantir une paix plus durable et plus réelle.
  2. Que chaque être humain n’est pas une marchandise ou une chair à canon. La dignité et l’unicité de chaque vie, le déploiement de toutes nos perceptions et la diversité des cultures humaines sont maintenant garantes de notre survie et de notre développement humain.
  3. La dignité, l’unicité et la responsabilité de chaque vie envers les autres, et par conséquent, la valeur absolue de chaque être humain, au-dessus de laquelle rien ne peut être placé ou justifié parce qu’on se rend compte les liens interdépendants qui relient et unissent tous les êtres. C’est pourquoi le présent conflit doit être présidé par les Nations Unies et les terroristes jugés devant le Tribunal pénal international.
  4. L’affirmation de la non-violence comme une force morale de référence, par laquelle une personne, un groupe ou les peuples montrent à leurs contemporains et générations futures leur force morale et l’élévation de leur conscience, comme le seul chemin viable pour la construction d’une nation humaine plus universelle.
  5. L’utilisation de la violence signifie toujours la négation de la différence, de la liberté et de l’intentionnalité de l’autre. La reconnaissance de la diversité est la plus grande contribution et richesse que les individus, les petites communautés, les peuples et les nations peuvent apporter à ce projet à travers leurs efforts conjoints, la créativité, la discussion et la réciprocité.
  6. Notre engagement ferme, personnel et collectif à créer des enceintes de participation et de communication, non seulement pour arrêter les guerres, mais aussi pour faire « exploser » la paix dans chaque coin de la planète et de faire croître les formes les plus développées de cette volonté de vivre.
  7. La dissémination la plus large, tout de suite et partout, par tous les moyens et à tous ceux que l’on rencontre, de ce message : « Oui, il est possible d’arrêter la guerre, d’arrêter la spirale de la violence, de jeter les ponts pour une meilleure humanité. Aujourd’hui, chaque personne est responsable de ce qui arrive. Il n’y a plus de victimes, il n’y a plus d’innocents. Oui, il est possible de construire des réseaux de résistance par une alternative au quotidien, dans nos familles, dans nos milieux de travail et, éventuellement, dans notre quartier, dans notre pays, afin d’encourager, de stimuler et de protéger le dialogue entre les différences politiques, sociales ou religieuses et de contribuer aux alternatives au capital économique pour une mondialisation des solidarités. Et n’oubliez pas… Quand le vase est plein, il ne faut qu’une seule goutte pour le faire déborder…

P.S. Les bals populaires (interdits par le gouvernement d’occupation allemande) ont été les premiers lieux de construction de la Résistance française, lors de la dernière grande guerre… Ils ont permis de réunir des personnes autrement isolées et déprimées, de détendre, stimuler et enjouer corps et esprits et surtout de redonner la joie et le courage nécessaire à l’action constructive.

Et, finalement, la place des poètes est merveilleusement rafraîchissante et inspirante dans la vision d’un monde meilleur, mais jamais parfait (la perfection ―toujours totalitaire― du monde, le piège le plus dangereux des utopistes…). Que la beauté soit notre inspiratrice!

 «La libération de l’homme et de la femme se fera le jour où tous les hommes et toutes les femmes marcheront le front dans le front comme une armée de roses qui embaument l’espace. Un jour, tout de suite, icitte, je ne marche plus sur les épines de la violence et je passe à travers les bancs de neige et la poudrerie des balles pour aller construire ma maison dans l’amour.»

«Je suis l’homme, je suis l’enfant, je suis la femme noire, la femme jaune, la femme blanche, l’homme noir, l’homme jaune, l’homme blanc. Je suis l’oiseau et le poisson et la tortue et le cheval qui courent. Je suis l’herbe et l’arbre, la mer et la montagne. Si je fais du mal à une partie de moi, à la femme qui est en moi de n’importe quel pays, de n’importe quelle couleur, je me fais du mal à moi-même. Aussi ai-je souvent mal à toutes les parties de moi mutilées, torturées, affamées en quelques lieux du monde. Le jour approche où je serai entière et entier, où j’aurai assumé ma féminitude, ma mâlitude, ma négritude, ma jaunitude. Je suis l’homme, je suis l’enfant, je suis la femme noire, la femme jaune, la femme blanche, l’homme noir, l’homme jaune, l’homme blanc.» Julos Beaucarne (poète et chansonnier belge)

________[fin de la lecture]____________________

(1) Voir mon blogue à ce sujet au https://evemarieblog.wordpress.com/2013/12/26/refusons-la-societe-de-surveillance-et-vive-edward-snowden/

(2) Début novembre 2014, des rumeurs de théorie du complot orchestré par le 1er ministre ou son entourage eux-mêmes circulent déjà, comme après tout événement traumatique. Une autre vidéo, qui circulerait sur Internet montrerait clairement, mais avec des images prises en retrait et d’un autre point de vue, que cet attentat ne serait qu’une mise en scène pour nous faire avaler des lois plus rigides. Depuis 2011 et l’affaire des fausses armes de destruction massive en Irak pour invoquer le recours à la guerre de 2003 par le quatuor Bush-Cheney-Rumsfeld-Powel et la CIA qui plaident «l’erreur»… (!!!) (voir http://www.lefigaro.fr/international/2013/03/20/01003-20130320ARTFIG00500-guerre-d-irak-comment-tout-a-commence-il-y-a-dix-ans.php), on sait que le peuple peut être manipulé à haut niveau et que toutes les théories du complot ne sont pas nécessairement l’œuvre de fous paranoïaques. Je n’ai pas vu cette vidéo et je ne peux pas me prononcer. Mais une chose est sûre : la sécurité au Parlement canadien a toujours été plutôt faible ET il y a des individus qui peuvent commettre ce genre de crime. C’est notre propre naïveté collective qui nous a fait croire le contraire et qui pourrait avoir tendance à nous faire rechercher de fausses preuves contraires. D’autant plus que le mobile ne tient pas la route : le gouvernement conservateur actuel n’a nullement besoin du votes supplémentaires des députés de l’opposition ou même de l’opinion publique pour faire passer des lois plus répressives en matière de sécurité nationale, car il est fortement majoritaire au Parlement. D’autre part, il serait présomptueux d’affirmer que tous les journalistes compétents qui ont couvert cette affaire se sont laissés berner. Donc, sans trancher sur ce débat… prudence!

(3) À noter que le Moyen-Orient n’a pas le monopole du règne de la terreur et des exactions. En Amérique du Nord, fait beaucoup moins mis en lumière par les médias, le cartel mexicain de la drogue mène depuis plusieurs années des opérations similaires d’une violence inouïe à la frontière avec les États-Unis. En Europe, moins connues aussi sont les scènes d’horreur de la guerre civile espagnole au XXe s.

(4) Le Collectif Échec à la guerre avait organisé en 2003 en plein hiver à -20°C une des manifestations les plus courues de l’histoire canadienne (plus de 150 000 personnes, ce qui avait été, per capita, la manifestation à ce sujet la plus courue au monde) (seules les manifs du printemps étudiant en 2012 ont battu ce «record» avec presque 300 000 personnes pour le Jour de la Terre). Voir http://www.echecalaguerre.org/index.php?id=54

POUR ALLER PLUS LOIN…

Faites la lecture des engagements philosophiques et pratiques dans la vie de tous les jours mis de l’avant par Occupons Montréal, dans le sillage des nombreuses occupations du mouvement Occupy en 2011 et auxquels j’ai participé dans la réflexion et dans l’écriture.Voir https://evemarieblog.wordpress.com/les-engagements-d-occupons-montreal/

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