Culture     Books     Point of view Series: Point of view Previous | Index Hanif Kureishi: The migrant has no face, status or story Immigration has become a prison of cliche in Europe • Kureishi speaks out on immigration in wake of European elections     Share     Email     Hanif Kureishi     The Guardian, Friday 30 May 2014 16.00 BST     Jump to comments (89) A supporter of a Nationalist movement protests in the town of Pernik, near Sofia 'It is impossible to speak up for the immigrant or, more importantly, hear him speak for himself' … Hanif Kureishi. Crédit photo: Reuters

«The migrant has no face, status or story.
Immigration has become a prison of cliche in Europe»
Hanif Kureishi speaks out on immigration in wake of European elections.
Here, a supporter of a Nationalist movement protests in the town of Pernik, near Sofia. «It is impossible to speak up for the immigrant or, more importantly, hear him speak for himself» H. Kureishi. Crédit photo: Reuters

Percutant texte à lire, sur l’immigrant dans le journal britannique  dans The Guardian d’où j’ai repris cette photo: http://www.theguardian.com/books/2014/may/30/hanif-kureishi-migrant-immigration-1?CMP=fb_gu

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Pourquoi l’étranger a-t-il toujours fait peur? Pourquoi le fait-il encore plus aujourd’hui, surtout en Europe, éventuellement, ici ? Il importe de protéger les minorités, les sans-pouvoirs, de rétablir la dignité et le respect, de procurer une réelle intégration par le travail et la culture locale. Nos riches sociétés sont en bonne partie responsables de la pauvreté et des désordres écologiques qui sévissent dans ces pays (sauf ceux de l’ancien bloc communiste, autre problématique) et qui amènent une classe plus aisée (ou plus corrompue), ou réfugiée, à immigrer à l’Ouest.

Nous avons donc une responsabilité d’accueil. En 1999, j’ai écrit tout un dossier très fouillé pour présenter des artistes émigrés au Québec, pour la revue Esse (1). Nous voulions parler de l’intégration des artistes immigrants, où après avoir documenté leurs difficultés, je défendais une thèse personnelle et intuitive, qu’au début du XXIe s., ce sont ces artistes émigrés qui auraient le plus de choses pertinentes à dire sur le monde, et que la question identitaire prendrait le haut du pavé. La suite m’a donné raison, mais pour de mauvaises raisons; en effet, je n’avais prévu que cela tournerait au rejet et à une nouvelle forme d’exclusion. Au plus proche, je décelais à peine dans ma rose conclusion, quelques risques, non nommés. C’est donc un sujet qui m’intéresse depuis longtemps et sur lequel j’ai eu de nombreuses occasions de réfléchir, et pendant de mes études en linguistique aussi.

 

Marcel Thériault. «Octogonia», Acrylique sur toile, 30''x48'', 2007. Collection privée Voir https://www.facebook.com/photo.php?fbid=131960053529111&set=pb.131433703581746.-2207520000.1401559631.&type=3&theater

Marcel Thériault. «Octogonia», Acrylique sur toile, 30 »x48 », 2007. Collection privée. Voir https://www.facebook.com/photo.php?fbid=131960053529111&set=pb.131433703581746.-2207520000.1401559631.&type=3&theater

Néanmoins, j’aurais fait quelques nuances dans cet article de The Gardian qui vient de paraitre. Je pense que les sociétés ont une limite mathématique du nombre d’immigrants à leur capacité d’intégrer, variable selon les pays, selon leur économie, selon leur culture. Quel est ce chiffre magique ? Bien malin qui pourra l’affirmer. Mais il a des signes qui doivent nous alerter et nous faire enlever nos lunettes roses. Pour le bien-être de ceux qui sont déjà ici. Pour éviter la tour de Babel.

 

Par exemple, mes amis russes me disent qu’ils évitent de fréquenter une bonne partie de la communauté, n’étant plus capables de les entendre dégoisser contre les Québécois… alors qu’ils ont obtenu ce qu’ils jugent être les « avantages » matériels de l’Amérique du Nord, écoles privées pour leurs enfants, bons salaires, maison achetée. En plus, la plupart sont pro-Poutine! Ah… les dommages de la nostalgie… à ne pas négliger sociologiquement dans le processus d’émigration. Ou encore : dans un récent souper où les Québécois étaient en minorité, cette magnification de Poutine est sortie dans notre conversation…  Quand j’ai demandé comment il pouvait appuyer un tel dictateur, un d’entre eux m’a répondu : «mais voyons ! Tu ne te rends pas compte comment les médias d’ici, au Québec, nous manipulent et déforment la réalité!» Un autre citait la terrible loi 78 de Jean Charest contre les manifestations étudiantes en 2012, lors de la crise sociale de notre «printemps érable» (qui a été abrogée par la suite… sur ce point, je lui donnais un peu raison…) J’étais atterrée et choquée, inutile de discuter, ils avaient la poutre dans l’œil. J’ai failli partir; heureusement, les autres convives russes, l’hôtesse, notamment, une vieille amie artiste-peintre de St-Petersbourg, ont pu calmer le jeu. Elle, immigrée ici peu après la Glasnost et l’effondrement de l’économie soviétique. Cette même amie avait avoué lors d’un party bien arrosé, il y a quelques années, le mensonge qu’elle avait raconté et le discret jeu de séduction qu’elle a fait pour obtenir sa citoyenneté canadienne…

 

J’enseigne le français langue seconde aux adultes immigrants. Je connais bien les immigrants, leurs difficultés, leurs espoirs, leurs contradictions, leurs mensonges. Dans nos classes, lorsque nous discutons politique, dans les objectifs du programme pour l’expression d’opinion, on voit régulièrement tous les préjugés de nos étudiants… qui émigrent avec eux. Je me souviens, entre autres, du récit d’une jeune chanteuse qui, lors d’une tournée dans son pays, la Thaïlande, s’était retrouvée après un spectacle, aux abords d’une violente manifestation, et avait approuvé le fait que les policiers tirent sur la foule, en disant que c’était pour la protéger… Je me permets rarement d’intervenir dans les opinions de mes élèves, mais là, je lui avais discrètement rappelé les… droits de l’homme, ce qui  m’avait valu son «boudage»… Nous aurions besoin de directives plus claires de notre employeur, car une partie de notre travail d’intégration par la langue et l’histoire est laissée, pour ainsi dire, dans le néant. Comment rester « objectif » tout en respectant l’opinion de nos élèves, mais tout en enrichissant leur point de vue des vues d’ici, justement ?

 

Il y aurait beaucoup à dire…

Une lectrice de mon blogue et  collègue me signale aussi le roman d’un écrivain croate émigré au Québec. et son blogue où elle parle de ce livre :

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(1) «Le DOSSIER de ce numéro, signé Ève Langevin, traite de la situation des artistes ayant émigré à Montréal. Son dossier témoigne d’un esprit d’ouverture à d’autres cultures comme moyen d’enrichissement pour nous tous. Même si nous nous sommes beaucoup intéressés aux régions du Québec dans les dossiers précédents (et ce n’est pas fini), nous ne négligeons pas non plus Montréal dont une des grosses différences avec le reste du pays réside dans son caractère multiethnique. Le phénomène ne date pas d’aujourd’hui. À toutes les époques, dans tous domaines, des gens venus d’ailleurs se sont intégrés au milieu des arts et ont apporté une contribution importante. Ce qui est nouveau aujourd’hui, c’est que le mouvement a pris beaucoup plus d’ampleur et origine aussi de communautés non-occidentales. À tel point que, comme nous l’apprenait La Presse récemment, le nom de famille Nguyen a supplanté au Québec celui de Tremblay. Ève Langevin souligne les valeurs autres apportées par ces gens venus d’ailleurs, et dont nous pouvons tirer profit, car elles tranchent avec le matérialisme, l’indifférence et la passivité occidentale. Cette ouverture de leur part doit se faire toutefois en ne s’excusant pas d’exister en tant que tels, avec leur bagage culturel propre. Et ne jamais oublier que même si on parle de sociétés de plus en plus multiculturelles, il n’en reste pas moins qu’il y a une culture dominante sur la planète, l’étatsunienne, puissante, et accueillie à bras ouverts par une majorité.»Le comité de rédaction, Esse, no 36, 1999, Montréal, Québec.

http://www.esse.ca/fr/edito/artistes-emigres-montreal

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