Carcasse de baleine bleue à Terre-Neuve     Photo : Courtoisie de Jeremy Crocker

Carcasse de baleine bleue à Terre-Neuve Photo : Courtoisie de Jeremy Crocker

On apprenait cette semaine que plusieurs baleines mortes s’étaient échouées sur les côtes de Terre-Neuve. Une baleine qui meurt, c’est dans l’ordre des choses. Mais comment se fait-il que plusieurs baleines meurent comme cela ? Les médias (1) et les habitants de la place se préoccupent surtout des dérangements d’odeur et autres et problèmes éventuels de tourisme. Oui, c’est très «em-bêtant», mais y a-t-il quelqu’un de sensé qui s’inquiète pour les baleines et l’impact de l’humain sur elles ? Y a-t-il quelqu’un de sensible et de lucide qui voit clairement la relation entre la vie humaine et la vie des baleines, voire la vie tout court?

Quand le sang de la Terre-Mère devient pollué, tous les êtres vivants de la terre, de la mer et de l’air s’en ressentent néfastement disent les Mohawks du Québec. Parlant de «democrapitalism», le secrétaire du Mohawk Traditonal Council de Kahnawake (situé en banlieue de Montréal), Stuart Myiow écrit récemment que :

«As we are the end of this destructive male dominant behavior, it is easy to determine that the primary result of this contagion is the destruction of all life upon the body of our Mother Earth. As within a human body, if this blood is poisoned the entire body will die. The whole world has bared witness to the human contamination or the Earth’s water, leaving all living without access to the most fundamental necessity to life itself. The cause of the ‘death of water’ is a multi-generational behaviour that our grandparents, our parents and that we ourselves carry out to this day. We many wonder how the destruction of this most crucial element has happened, yet all we have to do is look at our conduct in every aspect of our lives and we find that we are culprits of this most heinous crime against all creation, the crime of killing our Mother Earth through the gradual poisoning of her lifeblood.» (2)

Herman Melville (1819-1891)

Le romancier américain Herman Melville (1819-1891)

Comme dans le célèbre roman de Melville «Moby Dick» (1851), Ismaël, seul survivant d’une chasse à la baleine, flottant sur un cercueil, sera-t-il l’image contemporaine symbolique de l’humain flottant à la dérive vers la mort certaine, faute d’avoir compris sa relation de protecteur yin et non de dominateur yang des autres espèces vivantes de la Terre ? La bible, qui a servi d’inspiration à Melville, donne-t-elle ce thème et questionnement métaphysique universel qui dépasse largement notre époque avec l’histoire de Jonas ?

Dans Moby Dick, Achab, le capitaine du bateau-baleinier «Le Pequod» (qui porte le nom d’une nation autochtone disparue de Nouvelle-Angleterre (USA),  incarnant pour Melville le versant tragique de l’individualisme américain, parle ici :

«La prophétie disait que je serai démembré… Eh ! oui ! j’ai perdu cette jambe… Maintenant, moi je prédis que je démembrerai celui qui m’a démembré.»

Gravure de Moby Dick

Gravure de Moby Dick

Toutes deux métaphores de la classique lutte duelle dans une chasse finale entre le bien et le mal et dans la recherche aveugle du profit (3) et de la vengeance, ces récits héroïques d’une lutte à finir entre la vie et la mort entre deux protagonistes qui s’ignorent reflètent-ils l’orgueil et l’arrogance écologiques dans lesquels les humains, pourtant part de la nature et de la culture, sont tombés ?

Achab dans sa lutte finale contre Moby Dick

Achab dans sa lutte finale contre Moby Dick

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(1) Voir http://ici.radio-canada.ca/emissions/l_heure_du_monde/2013-2014/chronique.asp?idChronique=336427

+ Entrevue audio à Radio-Canada : http://ici.radio-canada.ca/emissions/lib_radio/v3.2/incpages/pop_indexeur.asp?idMedia=7073868&appCode=medianet&time=2300&json={%22idEmission%22:%223472613%22,%22Date%22:%222014/04/29%22,%22numeroEmission%22:%224468%22,%22urllabase%22:%22/emissions/l_heure_du_monde/2013-2014%22}

(2) «Comme nous sommes le résultat de ce comportement mâle dominant destructeur, il est facile de déterminer que le résultat principal de cette contagion est la destruction de toute vie sur le corps de notre mère la Terre. Comme l’intérieur d’un corps humain, lorsque le sang est contaminé, l’ensemble du corps va mourir. Le monde entier a vu cette mise à nue qui témoigne de la contamination humaine des eaux de la planète, laissant tous les êtres vivants sans accès à la nécessité la plus fondamentale à la vie elle-même. La cause de la ‘mort de l’eau’ est un comportement multi-générationnel que nos grands-parents, nos parents et nous-mêmes avons mené jusqu’à ce jour. On peut se demander comment la destruction de cet élément le plus crucial s’est avérée, mais tout ce que nous avons à faire est de regarder notre conduite dans chaque aspect de nos vies – et nous constatons que nous sommes coupables de ce crime le plus odieux contre la création, le crime de tuer notre Mère la Terre par l’empoisonnement progressif de sa force vitale.»

(3) À l’époque, les lampes à l’huile éclairaient les maisons grâce à l’huile de cachalot, une industrie très lucrative.

LIEN intéressant : http://agora.qc.ca/dossiers/Herman_Melville

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