J’apprends que le Centre Phi va redonner des «siestes acoustiques» les 25 et 26 janvier prochain à Montréal. J’apprends que c’est le Français Bastien Lallemant qui en serait le créateur en 2010. Wow! Sans le savoir, je me situais dans ce nouveau courant de dispositif artistique en proposant un concept similaire dans un spectacle privé que j’ai donné chez moi en 2011. Conçu comme un prolongement de mon concert poétique réalisé avec Anatoly Orlovsky en 2010 sur le thème de la nordicité et du chamanisme (donné au Studio-théâtre de la Place des arts), je proposais alors une réflexion et une sensation avec un tour dans le monde du rêve et de l’hiver pour la pleine lune de février, tout en recommandant à mes invités de presque… dormir pendant ma représentation. Permettre à la perception de se déployer autrement. Rien dans la vue (sauf à la fin quand ils ouvrent les yeux), tout dans l’ouïe et un peu dans le subconscient.

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de mes archives

RÊVES BLANCS (briser la glace)

Programme

18 février 2011

Crédit photo: Julie-Elaine Roy

Glacier Hubbard, Alaska. Crédit photo: Marie-France Noël

INTRO

Respirer. Comment C. Castañeda (L’art de rêver) et C. Nolan (Inception)

se sont confondus.

Histoire 1. La glace (en)chantée.

Chant impro, Ode au lieu.

Histoire 2. Enterrée sous les galets pour la «femme squelette».

Chant impro, Créer son corps.

Histoire 3. Sous la très froide Bonaventure.

Chant Soir d’hiver, (paroles de Nelligan, musique de Léveillée),

suivi de la version instrumentale.

Mes poésies.

Lecture de Le règne blanc, Ces rivières qui coulent en nous,

Il y eu d’abord les plaines et Chante le vent.

Chant Odi et Amo (paroles de Catallus, musique de Jóhann Jóhannsson),

suivi de la version instrumentale.

EXTRO

Quelque chose au visage.

Sortie de rêve sur la musique de Jóhannsson.

Rêves blancs, spectacle, 18-02-11 modif

Ouiiiii! Assis ou couché, gardez les yeux fermés et tenez-vous à la frontière de la veille et du sommeil. N’hésitez pas à vous déplacer discrètement pendant la performance.

Cidre chaud et brioches seront servis après.

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5 février. Revois le film Inception /Origine (vf), écrit et réalisé par Christopher Nolan, avec L. Di Caprio, un film, manifestement inspiré de la structure du livre L’art de rêver de Carlos Castañeda. Dans le film, Dom Cobb, le héros, fait de l’implantation/extraction de secrets commerciaux à travers les rêves de ses clients et de ses victimes. Mais ses rêves organisés sont perturbés par son inconscient et sa culpabilité par rapport à sa femme, ce qui risque de faire rater tous ses projets et de mettre en jeu la vie de ses acolytes. On y dit que pour implanter une idée dans le rêve d’un rêve, il faut commencer par une idée simple pour lui donner la chance d’évoluer dans le rêve émergeant. Belle métaphore du travail de l’artiste… Mais comme dans la fiction, le film sème réellement le doute que nous ne sommes peut-être pas dans la réalité… Castañeda  a poussé avant lui encore plus loin cette idée puisque dans son livre sur «rêver», son maitre, le sorcier-chaman yaqui don Juan Matus enseigne à l’auteur comment rêver consciemment pour atteindre d’autres niveaux de réalité, soit une action «concernant la nature et le rôle de la perception dans notre saisie et notre modélisation de l’univers qui nous entoure», ce qu’il appelle le monde de la «seconde attention».

7 février. Virginia Woolf ne disait-elle pas :

«La vie est un rêve; c’est le réveil qui nous tue» ?

Mais c’est peut-être sa maladie mentale (elle était maniaco-dépressive) qui l’a amené à nier la réalité, thème également suggéré en filigrane dans le film de Nolan. C’est néanmoins un sujet très riche dont les religions orientales ont traité, je crois, et aussi les traditions autochtones, dont celle rapportée par Castañeda. Ce genre de rêve serait en fait un autre plan/niveau de réalité, conception également suggéré au XXe s. par les physiciens des théories quantiques, et plus récemment, dans la théorie des cordes. Mais chez Castañeda et Nolan, ces rêves dans d’autres «réalités» sont également accompagnés du risque d’être séduit par ce monde magique et rempli de pouvoir (qui nous seraient éventuellement donnés dans ce genre de «rêve conscient»), mais avec le risque, effrayant, de rester pris à jamais dans ce «rêve». Impossible de ne pas songer aux personnes dans le coma…

Bref, un doute subsiste, reste à savoir si ce doute est sain, i.e. qu’il nous amène à mieux vivre le présent et non à nous suicider ou à scinder davantage notre esprit, comme le fait la femme du héros dans le film de Nolan … et tant d’autres.

9 février. Cette idée d’extracteur-implanteur d’idées et de rêves est aussi une belle métaphore du rôle de l’artiste et du rôle du médecin. Les artistes avancent souvent en terrain inconnu sur des sensibilités ou des idées nouvelles. Les plus déterminés essaient de les inspirer à la société abasourdie et les défendent avec vigueur ou persévérance. De tout temps aussi, les médecins ou les chamanes essayaient d’aller à la cause de la maladie et de proposer des voies de sorties au corps et à l’esprit, assurant également ainsi une fonction spirituelle.

 

Cette idée de confusion/conscience du rêve dans la réalité est en effet une idée dangereuse car elle peut aussi amener l’esprit à se scinder davantage, aux portes de la folie. Voilà qui la rend d’autant plus intéressante car elle constitue un défi pour l’esprit, pouvant donner ainsi à ce dernier plus de force.

«Une idée qui n’est pas dangereuse ne mérite pas d’être appelée une idée.» Oscar Wilde.

Bon voyage…

Rêves Blancs, spectacle 18-02-11 large accordéon retouche(2)

Performeuse : Ève Marie

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