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[Mon poème-texte vient d’être publié dans la revue Possibles (automne 2013), disponible à la libraire de l’Université de Montréal]

Chant pour le monde. Capital câliss *1 !

À Anatoly Orlovsky

           ……………………

« On a décidé de faire la nuit / Pour une petite étoile problématique / A-t-on le droit de faire la nuit /

Nuit sur le monde et sur notre cœur /
Pour une étincelle / luira-t-elle / dans le ciel immense désert»
St-Denys Garneau

Faisons le point.
Le point-virgule ?Le point majuscule ?

Les poings levés,

Frappés par la destinée ?

______

Le chant de la bise

creuse son tunnel d’espoir

jusqu’à vous, nœud du monde

froid, sec, et puissant

jusqu’à la faille d’amour

qu’on trouve en fin de retour

jusqu’au peuple

qui connait la chanson et le vent

______

Une petite fourmi

canaille le sol

inlassable, turlupine

les jambes des fruits

épines dorsales du monde

avec tous ses couloirs d’air

qui tiennent nos pieds

si pesants

« Comme les craqués qui dansent
Sans savoir que l’heure avance »

Louis-Jean Cormier/Karkwa (2008, «La facade» CD «Le Volume du vent)

***

– « Quand la bise fut venue » Jean de La Fontaine

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– « La fourmi n’est pas prêteuse » La Fontaine

 

 

 

 

 

1er mai

Un jeune homme

marche pieds nus

sur le tapis des bourgeons

du printemps

au Square Sir-George-Étienne-Cartier

______

Pendant ce temps,

des milliards de fourmis transportent

de colossales charges

sous ses deux pieds.

Et lui, qui me fait rêver,

à quoi pense-t-il ?

que transporte-t-il ?

______

Et moi qui le regarde

parce que je n’ai pas le nez fourré

sur mon cell,

qu’est-ce que je fais ?

______

Pendant ce temps

sous les fourmis,

mille trillions de litres de sève,

comme toujours depuis la nuit des temps

s’éveillent et montent partout partout

dans les arbres

Les vers montent aussi et sortent
pendant que la racaille du monde exploseenfin sous nos yeux hagards,

de jambettes à mensonges à coup de crosse

à coup                                    de fusil,

les capitalistes rampent

Mais qu’est-ce qui leur manque tant ?!

Eux qui ne sont même pas des vers

Parce qu’ils nous pompent l’air

Et font leur dernier tour de piste.

– « Eh bien, dansez maintenant.» La Fontaine «Plus il crée de la marchandise, plus l’ouvrier devient lui-même une marchandiseKarl Marx (1844) *2
« Défense d’afficher / tout ce qui ne fait pas/ vendre ou obéir » Paul Chamberland (1978)

« Faites l’amour, pas les magasins » graffiti vu à Montréal (2012)


« Mort aux couleuvres !» Claude Gauvreau (et autres signataires défendant Borduas contre les manœuvres de Molinari)

*/*

À Roland Giguère *4. Ceci n’est plus un poème. Combien de femmes filant nos T-shirts devront-elles encore mourir encore écrasées « comme des petites miettes de tofu *1 » ? Combien de vieillards perdront-ils toutes leurs économies à la faillite provoquée de la banque ? Combien d’autres jeunes en chômage, un sur deux dans plusieurs pays de la zone euro ? Combien d’arbres asphyxiés, combien de tireurs fous rejetés faudra-t-il encore et encore ? Combien d’ados suicidés par l’intimidation de leurs pairs ? Combien de trains déraillés dans tous les Lac-Mégantic de ce monde ?

Combien d’autres fins du monde quotidiennes ?

Combien d’autres mesquineries, manque d’amour répété à l’infini, petits gestes (répétés) inconscients, répétés sans cesse de génération en génération ? Combien, combien ?

N’y a-t-il pas de fin à l’infinie ritournelle de l’ego ?

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*1 Allusion en clin d’œil aux slogans des manifs du printemps étudiant de 2012 : «La loi 78… on s’en câliss!» ou «La police… on s’en câliss!»

*2 « Comme des petites miettes de tofu » L’expression est de l’artiste en arts visuels chinois Ai Weiwei. Il avait dénoncé la corruption et la négligence du gouvernement après le terrible tremblement de Terre au Sichuan en 2008, qui  avait enterré vivants 5000 écoliers, morts à cause des constructions de qualité médiocre. L’artiste, via son blogue a collaboré à une enquête citoyenne pour trouver le nom des disparus que le gouvernement refusait de rendre public, ce qui lui a valu, entre autres, d’être détenu par la police à l’aéroport de Pékin, et de voir ses œuvres saisies, d’être maintenu en isolation et interrogé dans un endroit secret pendant 90 jours. Heureusement, sa disparition a provoqué un tollé international, ce qui a forcé le gouvernement chinois à réagir.

*3 http://philia.online.fr/txt/marx_003.php

*4 Allusion à son poème «Pour tant de jours» (1956), mis en musique par Thomas Hellman, Écoutez-le au http://djrimbaud.tumblr.com/tagged/Roland-Gigu%C3%A8re

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Pendant ce temps au parc,une petite fille donne le bout de son cornet

de crème à glace

à sa sœur

pendant que son frère tire la langue

sous son cornet

attendant impatiemment

la précieuse moisson.

– « J’ajoute que le réel vu n’est pas le seul réel qui soit qu’il n’est doué d’aucune supériorité qualitative » Claude Gauvreau, 1959 (Lettres à Borduas) – « Nous n’en avons pas fini avec l’impondérable » C. Gauvreau

Français : Phrase de Claude Gauvreau. Chaise e...

«Phrase de Claude Gauvreau»Chaise exposée publiquement à Québec devant la gare du Palais. (Photo credit: Wikipedia)

 

Capitalisme… « Communisme »…
Au tapis, câliss !Talismans piteux,

Meta tatas

Pita lisca.

Me ta kata

Me lisse pital !

Capich ? 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Épilogue des cœurs volants

Nous bâtissions des milliers

de cœurs volants

Nous cherchions juste

un peu plus de lumière

_____

Nous balbutiions dans

une vie pleine de failles

Nous trouvions quelquefois une

source qui nous ressemble

qui nous rassemble

Petites dans la rupture

_____

l’âme impure

– « Du règne de la peur soustrayante nous passons à celui de l’angoisse. Il aurait fallu être d’airain pour rester indifférents à la douleur des partis-pris de gaieté feinte…
« À ce règne de l’angoisse toute puissante succède celui de la nausée.
« Ne pas avoir la nausée devant les récompenses accordées aux grossières cruautés, aux menteurs, aux faussaires, aux fabricants d’objets mort-nés, aux affineurs, aux intéressés à plat, aux calculateurs, aux faux guides de l’humanité, aux empoissonneurs [sic] des sources vives.
« Ne pas avoir la nausée devant notre propre lâcheté…  « Devant les désastres de nos amours.
« La décomposition commencée au XIVe siècle donnera la nausée aux moins sensibles. Son exécrable exploitation maintenue tant de siècles dans l’efficacité au prix des qualités les plus précieuses de la vie, se révèlera enfin à la multitude de ses victimes : dociles esclaves d’autant plus acharnés à la défendre qu’ils étaient plus misérables. L’écartèlement aura une fin.

« L’écartèlement entre les puissances psychiques et les puissances raisonnantes est près du paroxisme [sic].» P.-É. Borduas, Refus global (1948)

– « le nouveau mode de production harmonique/ se constitue à travers l’effondrement du système capitaliste/ il l’emportera  par brusque mutation dès que les conditions seront favorables/ le Royaume est au-dedans de Nous » Paul Chamberland (1978)

 

« Épilogue des cœurs volants », poème mis en musique par Anatoly Orlovsky, 2009, pour notre spectacle au Studio-théâtre de la Place des Arts. [nde. partition et musique disponible sur https://evemarieblog.wordpress.com ]

« N’en finissent plus d’atteindre des rivières en eux

qui défilent charriant des banquises de lumière

des lambeaux de saisons    ils ont tant de rêves

 

Mais les barrières     les antichambres n’en finissent plus

Les tortures     les cancers n’en finissent plus

les hommes qui luttent dans les mines

aux souches de leur peuple

que l’on fusille à bout portant     en sautillant de fureur

n’en finissent plus

de rêver couleur d’orange » Marie Uguay (vers 1980)

Partition Coeurs volants

Partition des «Cœurs volants», musique : Anatoly Orlovsky, paroles : Ève Marie Langevin, 2010. Performé à la Salle Claude-Léveillée de la Place des Arts, à Montréal

Effets 009

«Wawaté, l’or des neiges», avec Ève Marie Langevin, Claude Lamothe, Anatoly Orlovsky, Alain Dessureault et Joséphine Bacon. Salle Claude-Léveillée, Place des Arts, 2010

Ajout des archives de St-Denys Garneau (1937) :

«NOUS NE SOMMES PAS

Nous ne sommes pas des comptables
Tout le monde peut voir une piastre de papier vert
Mais qui peut voir au travers
si ce n’est un enfant
Qui peut comme lui voir au travers en toute liberté
Sans que du tout la piastre l’empêche
ni ses limites
Ni sa valeur d’une seule piastre
Mais il voit par cette vitrine des milliers de
jouets merveilleux
Et n’a pas envie de choisir parmi ces trésors
Ni désir ni nécessité
Lui
Mais ses yeux sont grands pour tout prendre.
» *4

 

Prologue

Renouveler les « sources émotives » et « assurer un complet épanouissement de nos facultés d’abord », comme le lançaient déjà Borduas et les Automatistes il y a 65 ans, ou « notre pratique/ c’est briser tous les cadres mentaux et matériels /qui ont conditionné notre existence » (Chamberland, 1978), cela me semble encore et toujours l’essence même de la (r)évolution qu’on avait oubliée… Tout le reste n’est que projections de nos propres insuffisances…

Défaire l’écran de fumée qui nous sépare des autres, cesser de « rêver la planète*5 » selon les conditionnements de la pensée, nous libérer de la peur, arriver au centre de soi pour parler, pour décider, ne plus contribuer à cet « horrible enfer de médisance »*5 sur les réseaux sociaux et ailleurs, prendre conscience de notre effet miroir les uns sur les autres*6 et puiser dans la réserve poétique sont les propositions pour les bases de notre postcapitalisme, dont on trouvera le vrai nom bientôt…

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*4 Écoutez le poème au http://poesie100jours.wordpress.com/2013/03/14/jour-30-hector-de-saint-denys-garneau-extrait-de-regards-et-jeux-dans-lespace-quebec-1937/

*5 Selon les expressions de la tradition toltèque.

*6 Les recherches en neurologie et sur l’origine des langues grâce aux neurones miroirs sont très prometteuses.

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