English: occupy wall street

Occupy Wall Street, New York, 2011. Photo credit: Wikipedia

NOTRE VISION DE LA DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE

Texte pour ma présentation à l’évènement socioartistique Mégaphone [1], organisé par l’Institut du Nouveau Monde à Montréal, le 19 septembre 2013

(Cette version longue est une synthèse personnelle de notre document envoyé à l’INM en juillet dernier, suite à notre conversation de cuisine, rédigé et bonifié par Fabrice M., auquel j’ai ajouté ici des compléments de lecture et ma propre réflexion et celle d’Anatoly O. sur le sujet depuis notre dernière rencontre en juin.)
 

« Ils vous disent que nous sommes des rêveurs. Mais les vrais rêveurs sont ceux qui croient que les choses peuvent rester telles quelles indéfiniment.

Nous ne sommes pas des rêveurs : nous avons émergé d’un rêve qui vire au cauchemar. »

le philosophe et psychanalyste slovène Slavoj Zizek à Occupy Wall Street [2]

Et moi je vous dis :

Voir le rêveur de sa vie

Voir le rêve dans le réel

Montrer le réel dans le rêve.

C’est pourquoi c’est si important de se pencher sur de nouvelles façons de vivre la démocratie.

Le modèle néolibéral et la pensée unique de développement actuel limitent et même détruisent la démocratie et la planète… C’est roadrunner qui se jette dans le vide… … … jusqu’à ce qu’il se rende compte que la Terre-Mère s’est dérobée sous ses pieds depuis trop longtemps et tombe… tombe… tombe. Et se relève. C’est ce qu’on a voulu dire à la gang de Wall Street. Mais ils n’écoutent pas, ils rêvent que tout va bien et qu’ils peuvent continuer à s’enrichir en pompant l’État et les payeurs de taxes… jusqu’à ce que le tout ‘crack’. C’est ce que m’a raconté un ex-broker agent de change qui a tout quitté. C’est comme ça qu’ils pensent…. … … Bip Bip…Bip!

1-      « Nous ne détruisons rien. Nous assistons à la destruction du système par lui-même.» S. Z. [3] D’une part, il y a ce système qui pousse à la corruption, mais aussi comme en miroir, ce que nous avons en soi, ce petit ferment malsain  de notre âme humaine qui nous pousse au mensonge à différentes intensités… avec différentes conséquences, il va sans dire. Rien ne changera si nous ne nous changeons pas nous-mêmes. Voilà la prise de conscience majeure de notre temps. La relation entre politique et psychisme.

2-      Le message essentiel du mouvement Occupons/Occupy auquel je participe est simple : nous avons le droit de réfléchir à des alternatives [4]. Lorsque cette règle est bafouée, c’est que nous ne vivons plus en démocratie [5]. On a vu l’année dernière pendant le printemps érable, dans quelle dérive autoritaire le gouvernement québécois peut tomber. Non ce n’était pas de la fiction! Dérive d’ailleurs tributaire du modèle corporatif de gestion appliqué au gouvernement et aux services sociaux.

3-      « Le chemin est encore long. Nous devons faire face à des problèmes très complexes. Nous savons à peu près ce que nous ne voulons plus. Mais que voulons-nous? Quelle organisation sociale, quel genre de dirigeants et dirigeantes?» [6] S. Z.

« C’est ensemble que nous sommes arrivés à cette conjoncture de précarité, d’insécurité et d’exclusion.» G. Herring et Z. Glück [7]. Notre tâche nouvelle est de construire une nouvelle politique d’inclusion économique.

English: Portrait of the French philosopher an...

Portrait of the French philosopher and historian Renan (1823-1890), author of  » La Vie de Jesus » and « Histoire du Peuple d’Israel », one of Anders Leonard Zorn’s (Swedish, 1860-1920) major prints.

4-      Les plus riches possèdent suffisamment d’intérêts dans le maintien du statu quo. Nous tombons dans une ploutocratie : c’est ce que l’écrivain Ernest Renan disait déjà au 19e s. en parlant d’un état de société où la richesse est le nerf principal des choses. Une fausse richesse.  Celle de la déshumanisation! Il faut parvenir à obtenir davantage de transparence de la part des plus riches et des élus.

Il y a aussi laTaxe Tobbin qui se discute enfin à haut niveau en Europe, mais pas encore en Amérique. Sans oublier qu’il faut protéger par lois constitutionnelles le financement des services publics, des biens communs et patrimoniaux, repenser le financement des partis politiques et faire abolir la personnification des entreprises. Enfin, faire une réflexion en profondeur sur l’impact des mesures d’austérité.

5-      Je pense qu’il serait important de réintégrer le spirituel dans le politique et dans l’écologie de l’esprit. Un spirituel laïque, non associé à une religion. Dans le sens que nous pensons qu’au XXIe s., on cherchera progressivement davantage de cohérence entre nos comportements quotidiens et nos actions politiques et quotidiennes pour un nouveau monde.

6-      Les polarisations stigmatisées gauche/droite seront progressivement dépassées. En effet, comme activistes de gauche, nous pensons qu’un certain « conservatisme » vu comme la préservation de la culture, la préservation de la santé, la préservation des milieux naturels et des milieux de vie économique (lutte contre la pauvreté) pourrait casser l’habituelle vision binaire gauche/droite en tension dialectique avec l’axe de création du « jaillissement de l’être » [8], selon la vision du philosophe Emmanuel Mounier. Quand est-ce que qu’on parlera du droit « existentiel » universel où chaque être aura droit de vivre dans un milieu propice à son épanouissement?

7-      Le processus de prise de décision collective est LE révélateur des valeurs d’un peuple, de sa liberté ou de son asservissement, de de sa libération ou de son aliénation.  Mais comment se mettre sur le chemin de tout cela ou même autre chose ?

Lorsque les citoyens sont directement concernés, ils sont capables de s’autoorganiser.

Mais on doit trouver une meilleure balance du pouvoir et du tenir compte autant de nos droits que de nos responsabilités.

8-      Alors comment faire ? Avec une éducation [9] et des universités populaires. Avec d’anciennes et de nouvelles formes de discussion plus « organiques » comme des initiatives de cuisines collectives ou de l’agriculture urbaine, des coops d’habitation, des cafés de tricots politiques, des liens avec des agriculteurs biologiques et solidaires, potlatch autochtone, bibliothèques de rue ou piano de rue, troc, et toute autre action visant à rétablir et à renforcer le tissu social associatif qui pourra agir dans les moments de tensions personnelles et collectives. Dans une société où la vie de quartier se délite, c’est une question de… survie.

Dans les écoles, développons plus jeune chez les enfants la capacité à dépasser des imprécations de l’ego dans la prise de parole, l’action et la prise de décision par une observation attentive du mental.

En effet, la démocratie s’exerce d’abord à l’échelle locale… et à l’intérieur de notre psychisme.

9-      Chacun devrait aussi être encouragé à s’impliquer dans la communauté grâce à l’octroi d’un revenu de citoyenneté permettant de limiter les effets de la précarité qui sont si délétères pour la démocratie.

10-       Mais il ne faut pas non plus laisser le sort du Peuple entre les mains d’une élite éclairée. Comment élever au plus grand… multiplicateur commun ? Comment rendre plus directe la démocratie?

Une des pistes est de développer des mécanismes de consultation, dans une optique de concertation avec des modérateurs sociaux et mécanismes de consensus pour surmonter les effets de plus en plus fréquents de polarisation 50/50 dans les sociétés dites avancées et scolarisées, lors des débats spécialement émotifs…

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Eve Marie et la toile d’araignée du peuple, St-Fautin, 2013

Il est impératif d’aller à la rencontre des gens, il ne suffit pas de transmettre un message. C’est pour cela que j’ai commencé le Tricot du peuple et je vous invite, après les présentations, à venir participer au retricotage du tissu social, y compris avec eux et celles avec qui on n’est pas d’accord…

11-      Les femmes devraient avoir un rôle de premier plan à jouer, en vertu de leurs qualités, de leurs défauts et de leur probité. Il est incompréhensible qu’une société mixte soit dirigée principalement par des hommes.

12-     Par contre, il faut un mécanisme clair et entendu par tous de décision collective, pour s’assurer, entre autres, de l’imputabilité des personnes qui décident [10]

13-         Enfin, une autre des clés pourrait bien consister à sortir du modèle de sécurité publique et réformer le système de police (une enquête sur la répression policière durant le printemps érable est actuellement en cours).

Nous répétons publiquement, à l’instar d’une communauté de plus de 50 associations montréalaises, la contestation du paradigme du travail policier dit de la « vitre cassée » ou « vitre brisée»  (« broken windows »?), apparu au début des années ‘90 [11] à New York, ainsi que la formation des policiers dans les écoles.

En conclusion

Ils nous promettent la relance économique à chaque élection. Mais quand est-ce qu’on va faire la relance de l’amour? Ils nous racontent le mensonge d’encore plus de croissance économique alors que nos élites ont détruit l’environnement avec notre bénédiction d’électeur. Quand est-ce qu’on va faire… la croissance des valeurs de solidarité, d’entraide et de démocratie directe, maison par maison, école par école, rue par rue, quartier par quartier ?

Bref, sans justice économique et sans participation, pas de (vraie) liberté politique et pas de … démocratie!


Pour terminer, une petite anecdote du penseur et révolutionnaire Thomas Paine pendant la révolution américaine :

« Je sentis une fois toute l’indignation que peut inspirer à un homme la bassesse des principes des tories [12]. J’en vis un très connu qui était aubergiste à Amboy et qui, debout devant sa porte, tenait par la main un magnifique enfant de huit ou neuf ans. Il parla aussi librement que sa prudence le lui permit et finit par ses mots, bien peu dignes d’un père : ‘donnez-moi la paix durant le cours de ma vie.’ dit-il. Un père généreux aurait dû dire ’puisqu’il faut que nous éprouvions des troubles, que ce soit pendant ma vie, et que mon fils goûte des jours de paix.’ » T. Paine, 19 décembre 1776.

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Merci à Fabrice Marcoux, Xavier Gillet et Anatoly Orlovsky d’avoir participé à cette démarche. Merci aussi à Nicolas Zorn et à l’INM d’avoir créé une occasion inspirante pour vous faire part de notre message.

Une version complète de notre rapport à l’Institut du Nouveau Monde est disponible sur demande (par un message dans les commentaires ici-bas).

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Voir aussi ma série d’autres articles sur le sujet des groupes de discussion :

https://evemarieblog.wordpress.com/2012/09/13/histoire_conversation_salons_groupe-de-discussion/

https://evemarieblog.wordpress.com/2013/07/11/groupe-de-discussion-atelier-sur-la-surerogation-actions-heroiques/

https://evemarieblog.wordpress.com/2013/06/04/histoire-active-des-salons-de-conversation-devenus-conversations-de-cuisine-2/


[1] Créé par Moment Factory et l’ONF, http://www.megaphonemtl.ca

[2] in « Occupy Wall Street!»  Collectif d’auteurs, éd. Les Arènes, 2012.

[3] ibidem

[4] En ce sens, la seule revendication dans le mouvement Occupons/Occupy, est « qu’on nous laisse tranquille dans nos parcs, nos places publiques, nos écoles, nos bureaux, nos quartiers, pour qu’on puisse se rencontrer,  réfléchir ensemble, et, sous forme d’assemblée [de cuisine, de quartier], décider quelles sont les alternatives possibles. De là, une fois ces espaces démocratiques déployés, on pourra débattre du genre de revendications qu’on pourrait avoir ainsi que des personnes ou institutions qui pourraient les satisfaire. » Marina Sitrin, ibidem.

[5] « Un autre monde est possible », slogan et actions issus du Forum social mondial, comme le parti des travailleurs brésiliens qui a beaucoup travaillé sur la démocratie participative et qui a rejeté la modèle gauchiste trad. d’une révolution violente et autoritaire… cauchemar qui fut séduisant du 18e au 20e s. Autre exemple de démocratie locale : le réseau de l’économie sociale au Québec ou l’autogestion d’industries en Ohio.

[6] ibidem

[7] ibidem


[8] ayant pour effet la création des objets utilitaires par l’économie, de sujets artistiques par l’art et de sujets conceptuels par la philosophie.

[9] Comme on y travaille, par exemple, dans le mouvement français des Colibris, http://manager.mailingplus.net/newsl_view.php?data=b32-s3i1plbkfk4akc5fvllenricafj0v5m59g9qju0

[10] « À l’époque, de nombreux activistes avaient conscience de ce que l’écrivaine féministe Jo Freeman appelait ‘la tyrannie de l’absence de structure’. La tendance qu’avaient certains mouvements au début des années 1970 à vouloir abandonner toute structure au nom de la spontanéité et de ‘l’informalité’  s’était avérée inapplicable et non démocratique. Des décisions étaient bel et bien prises mais, sans processus entendu, personne n’avait à en rendre compte.» ibidem.

[11] Alex Vitale, « NYPD et OWS : deux styles qui s’opposent » ibidem.

[12] Conservateurs américains fidèles au roi d’Angleterre après la révolution.

 

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