Démocratie : « doctrine politique d’après laquelle la souveraineté doit appartenir à l’ensemble des citoyens. » (Robert)

À Montréal, depuis un an, on a tellement entendu associer ensemble les mots « manifestation » et « illégale » ou « carré rouge » et « violence et intimidation » qu’une partie du peuple finit par croire que c’est vrai et normal. C’est une dangereuse dérive sémantique et pratique qu’il faut, à mon avis, dénoncer dans les médias sociaux et ailleurs.

Connaissez-vous la fameuse citation « Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas communiste » de Martin Niemöller  ?

À l’heure où toutes les institutions sont affaiblies par la corruption et le manque de vision pour le bien commun, la vigilance citoyenne s’impose, comme nouvelle forme de démocratie directe. Voici le texte au complet :

Deutsch: Briefmarke von Martin Niemöller

Deutsch: Briefmarke von Martin Niemöller (Photo credit: Wikipedia)

 « Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas communiste.

Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas Juif.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas syndicaliste.

Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas catholique.

Et lorsqu’ils sont venus me chercher, il n’y avait plus personne pour protester. »

MARTIN NIEMÖLLER, à  DACHAU

Arrêté en 1937 et envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen.
Il fut ensuite transféré en 1941 au camp de concentration de Dachau.
Puis libéré du camp par la chute du régime nazi, en 1945.

Bien sûr, on n’en est pas là, mais on ne veut pas s’y rendre non plus…

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Dans le journal Le Devoir du 23 mars 2013, le prof et philosophe Christian Nadeau parle de la crise de confiance à l’égard des institutions :

«Ce que [le printemps érable] a révélé et ce qu’il reste encore, c’est l’ampleur de la dérive des institutions, celle du journalisme, de la police, mais aussi des institutions politiques, note-t-il. Il y a un pouvoir exécutif qui a oublié qu’il était au service de toute la population, mais qui a voulu jouer un jeu très dangereux en refusant toute forme de dialogue.» La reprise du dialogue «n’est pas possible tant qu’il n’y aura pas admission des erreurs commises par les autorités publiques. La police a un énorme travail à faire de ce côté-là» a-t-il dit, même s’il est persuadé que les forces de l’ordre ne sont pas un bloc monolithique.

De l’autre côté, les militants, surtout ceux qui ont été matraqués, et on les comprend, ceux qui mettent tous les policiers dans le même paquet, ne favorisent pas non plus la reprise d’un dialogue critique. C’est comme faire du profilage à l’envers. Démoniser et stigmatiser l’adversaire policier, ça rappelle ce qu’ont fait tous les racistes de ce monde dans d’autres situations, et cela n’arrange rien au déblocage et à la solution. C’est en profonde contradiction avec que l’on dénonce, justement. On ne peut pas lutter contre l’oppression pour en créer une nouvelle! Comme le dirait Serge Mongeau, «il faut que les babines suivent les bottines!»

Cependant, je m’inquiète des récentes nouvelles tactiques policières des dernières manifestations de mars 2013 qui visent à couper court à une manif avant même qu’elle ne commence et procédant, dans certains cas à des arrestations massives (ça, ce n’est nouveau, comme hier pour la manif-anniversaire du 22 mars -soit à un an du mouvement de protestation-, avec 200 personnes interpellées qui ont attendu des heures avant d’être embarquées par la police. Elles vont recevoir une amende de 634$ par personne). Et pourquoi ? Aucun acte criminel n’a pourtant été commis. Mais la manifestation a été déclarée illégale parce que les organisateurs n’ont pas donné l’itinéraire à la police, selon le règlement municipal P-6 qui a été voté dans la controverse totale pendant le printemps érable. Autres tactiques policières : dans d’autres manifs, les participants reçoivent des amendes salées… parce qu’ils entravent la voie publique. Selon leur avocat, Me Denis Poitras, le Québec est le seul endroit où on applique à des manifestants ce règlement du Code de la route. Il a déposé une requête dénonçant l’inconstitutionnalité de ce règlement, qui, selon lui, est en contradiction avec le droit d’expression conféré par les chartes canadienne et québécoise des droits et libertés. De plus, une entorse à un règlement municipal devrait résulter en une amende et non une interdiction de manifester! Quelle dérive! Le 24 mars, il y a une vigie pour appuyer cette demande faite par une partie de la société civile, il y a pourtant plusieurs mois et qui n’a toujours pas débouchée. [Ajout : une autre vigie, le 26 avril 2013, voir https://www.facebook.com/events/181649941985759/?context=create%5D

Malgré l’élection d’un gouvernement soi-disant moins à droite, je remarque avec vive inquiétude que le droit de manifester s’est subitement beaucoup dégradé depuis quelques semaines.  Quelles sont les relations entre la police, les municipalités et le gouvernement? Comment ces canaux de communication fonctionnent-ils normalement?  Garder l’ordre pour qui? C’est, entre autres, ce qu’une enquête publique pourrait mettre à jour.

Plus que jamais, cette enquête est nécessaire. À suivre de très très près comme une vigilance citoyenne. Avec quelques camarades d’Occupons Montréal du groupe Idées de la Place du peuple, nous avons organisé l’automne dernier une séance de signatures pour la pétition qui circulait en vue d’une grande conférence de presse regroupant une cinquantaine de mouvements associatifs, groupes affinitaires ou assos étudiantes touchées par la violence policière de ce printemps 2012! La société civile ne se laissera pas faire!

Voir aussi la première partie de ma réflexion à https://evemarieblog.wordpress.com/2012/11/04/une-enquete-sur-la-violence-policiere-est-incontournable/

Autres liens intéressants :

http://www.ledevoir.com/societe/education/373949/printemps-etudiant-traces-judiciaires

http://www.facebook.com/events/159512357528159/

http://www.journaldemontreal.com/2013/03/23/la-police-dit-repondre-aux-demandes-du-public

 

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