«La pratique est l’art d’apprendre, la maîtrise est l’art de vivre,

et la gratitude est l’art d’aimer.» Anonyme

 Cittaslow

Dans mon agenda aujourd’hui, je lisais la question « Qu’est-ce que vous trouvez en vous de particulièrement irrésistible?» J’avoue qu’il a fallu  que j’y pense un peu, car je n’ai pas l’habitude de me vanter ou de me mettre en avant, mais après une longue minute, je me suis répondu : vision, gentillesse, perspicacité. Et pour vous? En tout cas, quand je me demande ce que j’ai appris en 50 ans (petite question, comme ça :)), je me dis que l’âme et l’esprit sont éternels. J’ai été de temps en temps étonnée de sentir à quel point cet aspect de soi est stable; oui bien sûr, il mature, mais n’est ni plus vieux ni plus jeune, selon nos critères habituels du passage du temps. Cette prise de conscience s’est faite habituellement par flash ou insight, à travers ou suite à mon contact avec les autres, avec les membres de ma famille, avec mes amis. Pour sentir cela, il m’a fallu des périodes très actives et de longues périodes beaucoup moins… Et c’est aussi pourquoi je valorise autant l’amitié et la fraternité et c’est de cela dont j’ai envie de vous parler aujourd’hui. Et plus spécifiquement de nos moyens de communication pour la vivre.

Depuis 3 ou 4 ans, je réalise à quel point nos communications directes (en personne) se sont raréfiées. Il y a eu Facebook —que j’ai abandonné, les courriels qui ont augmenté, mais que les personnes lisent ou répondent de moins en moins et aussi moins de coups de téléphone, et encore souvent écourtés puisque les nouvelles compagnies de cell ont souvent chargé à la minute. Moins de rencontres, de fêtes, tout le monde est de plus en plus occupé avec les enfants, le travail, le retour aux études… Pour ce qui est des contacts électroniques, au début, je l’ai ‘pris’ personnel, mais à force d’en discuter avec plusieurs d’entre vous, je me suis rendu compte que c’était un phénomène social répandu. Ce n’est pas vraiment un reproche, puisque nous sommes tous pris de la même façon dans cet invraisemblable tourbillon, moi y comprise…

Les bonnes manières — c’est-à-dire les gestes de communications personnelles et d’appréciation des autres, ma mère dirait « le savoir-vivre » qu’elle définit plus simplement par la capacité de penser aux autres —  bref, les bonnes manières se perdent, même moi, je réalise assez souvent que j’ai oublié de faire telle ou telle chose, sans parler de celles qui m’ont échappées… On l’a souvent entendu dire : de plus en plus de moyens de communication, mais de moins de communication réelle. Un certain art de vivre a-t-il été perdu? Sommes-nous devenus hyperactifs? Pleins à l’extérieur, vide à l’intérieur, j’exagère bien sûr, mais…! Les populaires Mouvements lents (Journée de la lenteur, Slow Food, Cittaslow, Éducation Lente, Lent Voyage, Slow Art, Slow Design, Slow Sport, etc.) sont-ils un signe des temps ? Le New York Time rapportait l’année dernière (1) que les parents branchés qui travaillent dans le domaine informatique et WEB à Silicon Valley en Californie commençaient à inscrire leurs enfants dans des écoles à 18,000 $US/an… où il n’y  avait pas Internet, notamment celle à pédagogie Waldorf, farouchement anti-techno et  basé sur la créativité, l’éducation physique, le développement de l’attention et de la concentration par des travaux manuels… toutes choses peu présentes dans la consommation d’ Internet et des réseaux sociaux! Ça reste à vérifier, mais est-ce un épiphénomène ou un signe précurseur ou simplement cynisme de la classe ‘technocapitalo’ où Internet, ce serait bon… pour les autres ? Ou commence-t-on enfin à quitter la panacée techniciste d’un monde entièrement numérique, sans passer pour un combat d’arrière -garde de la ligue du vieux poêle ? Il me semble évident que la question des communications dans les relations soulève une critique de notre mode de vie. Mais comment en sommes-nous arrivés là? Ou peut-être n’est-ce pas (encore)  vraiment un problème pour vous?

«Comme l’ont remarqué de nombreux sociologues de Durkeim et Ferdiand Tönnies à David Riesman et Chrsitopher Lash, l’avènement de la société industrielle a été synonyme d’une corrosion des rapports sociaux et de l’affaiblissement des solidarités et des liens directs» C. Biagini -L’emprise numérique

N’est-ce pas encore pire dans notre nouveau monde numérisé ? Oh, on s’en rend à peine compte car nous sommes si adaptables, et si à la mode avec toutes nos machines et logiciels hightech… Mais si vous considérez comme moi qu’il y a là un petit morceau d’humanité qui se perd, c’est le temps de réagir pratiquement, surtout qu’on a dit que c’était le début d’une « Nouvelle ère », comme nos ancêtres avaient dit il y a très très longtemps « Nouveau Monde ». Alors pour que la soi-disante  «fin du monde» ait servi à quelque chose… et qu’on ne retourne pas tranquillement dans nos habitudes mauvaises ou douteuses, que pouvons-nous faire concrètement, maintenant? C’est la question que je vous pose. Et que j’ai très envie de discuter avec vous!

Alors, pour 2013, 2014, 2015 et jusqu’à la prochaine fin du monde… est-ce qu’on se souhaite de prendre le temps de vivre, et de partager la fraternité plus régulièrement et plus directement? Est-ce qu’on quitte notre peau si fonctionnelle pour entrer dans une réalité plus quantique, plus sensible?

Slowfood

« Quand l’amitié n’habite plus le coeur de l’homme, quand on a plus d’authenticité dans un groupe, alors se substitue les techniques de relations humaines [réseaux sociaux] et la dynamique de groupe, qui imitent parfaitement de l’extérieur ce qui devrait seulement être l’invention du coeur de l’homme.» Jean-Lacques Ellul, Le système technicien, 2004, in L’emprise numérique de Cédric Biagini.

addiction 2.0

Photo du film «Adieu Berthe ou l’enterrement de Mémé» de Bruno Podalydès (2012)

(1) Matt Richel, «A Silicon Valley scholl that doesn’t Compute», The New York Time, 22 octobre 2011.

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