Scène de théâtre-forum organisé par ADT quart-monde

L’animation sociale et culturelle au théâtre

Une récente demande d’animation pour une pièce de théâtre m’a fait replonger dans le sujet. Comment le théâtre peut-il servir de lieu de prise de parole, de prise de conscience personnelle et politique ? Non plus des spectateurs passifs mais des acteurs intervenants dans leur vie/dans la pièce jouée devant eux et elles pour être des «spect-acteurs»? Comment faire la synthèse de ces pratiques variées dans une perspective de médiation culturelle?

C’est à ces questions que le psychiatre, psychosociologue et éducateur américain-roumain J. L. Moreno a répondu dans les années ’30 avec le psychodrame. Plus récemment, dans une veine de thérapie de groupe plus controversée, avec des recherches et expérimentations issues de la gestalt, Bert Hellinger a fondé les groupes de constellations familiales/systémiques. Dans le domaine de la création, des années ’60 à 2000, l’homme de théâtre brésilien A. Boal avec créé le théâtre de l’opprimé et ses différentes et passionnantes déclinaisons du théâtre-forum, théâtre de l’introspection, théâtre législatif  et théâtre invisible, dont on a moins entendu parler ces dernières années à Montréal.

Une séance de constellation familiale

Je me souviens, il y a quelques années, alors que je militais dans une asso étudiante à l’UQÀM, nous avions utilisé le théâtre invisible pour dénouer une impasse dans la prise de décision. D’ailleurs, si ma mémoire est bonne (référence-souvenir de mes études en animation et recherches culturelles), le psychosociologue, ethnologue et pédagogue français Georges Lapassade, avait aussi utilisé cette technique pour résoudre un problème organisationnel et un conflit lors de la création de l’UQÀM et d’un de ses syndicats, à la fin des années ’60.

 

REVUE DE PRESSE :

La médiation culturelle

«On entend par les activités de médiation culturelle des initiatives qui créent une opportunité de rencontres et d’échanges personnalisés favorisant l’apprentissage et l’appropriation de la culture par les clientèles les plus éloignées de l’offre culturelle professionnelle. Ces actions mettent l’accent sur un travail de contact et permettent de faire le pont entre le citoyen et l’activité culturelle.» Source : Ville de Montréal, Programme montréalais d’action culturelle

La médiation culturelle est une forme plus récente [années ‘70] et élaborée de l’animation culturelle – tant sur le plan de la pratique professionnelle et de la relation avec le public que du discours et de l’action étatiques – du fait de sa portée politique et civique. En effet, la médiation culturelle, telle que conçue par les décideurs politiques et par les intervenants culturels, ambitionne de travailler conjointement au niveau du sens (la vie avec la pensée) et au niveau du vivre ensemble. Ce mode d’intervention culturelle vise à restaurer le lien social et à inventer de nouvelles socialités en cherchant à faire le pont entre l’individu et la collectivité, la culture et le politique, l’art et la société. Elle implique donc une transformation des rapports sociaux en même temps qu’une évolution importante des transmissions culturelles.

Ainsi, l’animation culturelle se transforme en médiation culturelle du moment où les pouvoirs publics prennent en charge ses idéaux dans le cadre de programme d’actions volontaristes en direction de certains publics (prisonniers, malades, handicapés), zones en difficulté (banlieues, zones rurales), groupes sociaux particuliers, et en reconnaissant et en encourageant la création de nouveaux lieux d’activités et en privilégiant de nouveaux contenus artistiques ou de nouvelles méthodes.

Les approches et les activités en médiation culturelle s’articulent et se réinventent en fonction de la diversité et du renouvellement continuel des pratiques et des goûts culturels, souvent composites sur le plan individuel, allant de pair avec la diversité des modes de vie. Source : Ministère de la Culture et des Communications (France)

Une forme d’éducation populaire : «La médiation culturelle des arts est « l’action de mettre en relation un public avec une œuvre, par l’intermédiaire d’une institution culturelle ou à l’occasion d’une manifestation. »

«Deuxièmement, les définitions des médiations sociales, contenant en arrière-plan la notion de conflit, s’appliqueraient également aux caractères sociologique et sémiotique de la médiation culturelle, dans le premier cas en situant l’œuvre d’art dans son contexte social et dans l’espace public et, dans le deuxième cas en définissant, selon Lamizet, « […]la médiation culturelle [comme] un système de signifiants qui représente la sociabilité en lui donnant un sens pour nous-mêmes et pour les autres. » Lamizet poursuit : « la médiation représente l’impératif social majeur de la dialectique entre le singulier et le collectif [de la sociabilité] et de sa représentation dans des formes symboliques. » in Lamizet, Bernard, La médiation culturelle. Paris/Montréal : L’Harmattan, p. 40.

 

« La médiation culturelle est un projet politique de mise en commun des œuvres de l’art et de la culture. »

« Le travail de la médiation est éminemment politique, sorte de propédeutique à la politique, en tant qu’elle est non l’exercice ou la recherche de domination mais de pouvoir (le pouvoir est ce qui permet d’agir ensemble). Le médiateur participe ainsi à l’institution symbolique d’un monde commun où différents discours sont possibles ensemble, sans exclusive». Elisabeth Caillet, inédit, 2000

 

«S’il fallait re-donner un sens à la notion de médiation, aujourd’hui banalisée au point de qualifier tout processus de mise en relation, le mythe de Babel pourrait servir de cadre de pensée. Ce mythe exprime, en effet, la nécessité de distinguer la double fonction de la médiation : d’une part établir les liens entre les hommes, dans le temps présent et à travers les générations ; d’autre part, introduire la visée d’un sens qui dépasse la relation immédiate pour se projeter vers l’avenir.» Jean Caune, Pour une éthique de la médiation, Pug, 1999, p. 12.

Autres références :

Faire « sortir » le soi

« Se dire » dans l’entre-soi : une technique très romantique

Élargir le format acceptable de la narration

Se protéger, se représenter par la mise en scène

Un soi masqué, costumé, mesuré et destiné à rencontrer un public

Entre l’individuel et l’universel : enfiler un costume pour sortir de l’histoire singulière

 

LE THÉÂTRE-FORUM (théâtre de l’opprimé) et ses déclinaisons

Le théâtre-forum, «cette technique artistique et révolutionnaire a été inventée et codifiée par le regretté Augusto Boal (1931-2009), metteur en scène et comédien brésilien. Son travail est perpétué par des centaines de troupes théâtrales, sur les 5 continents.»

«La méthode:

Le public qui assiste à une histoire injuste, douloureuse, est invité à réagir, à proposer des solutions et à les mettre en œuvre sur scène.

Le spectateur devient alors acteur et joue sa proposition avec l’aide des autres acteurs présents sur scène.

Le public quittance (déclare quitte) et synthétise les solutions trouvées. La recherche de pistes se fait collectivement.»

« Le théâtre de l’opprimé cherche [donc] le contraire de la catharsis : il vise la dynamisation des spectateurs » [8] en vue de transformer la réalité. Ainsi, dans le cadre du théâtre-forum, on peut se lever et intervenir sur le cours des choses. Et cette dynamisation se prolonge en dehors de la salle ; elle donne le désir de reprendre l’initiative politique dans la vie de tous les jours. Dans le théâtre introspectif, on tente de mettre en question ses blocages affectifs pour pouvoir mieux réaliser ses désirs intimes. Quand on parvient à dépasser, dans le groupe restreint, les situations de souffrance qu’on a mises en scène et en question, ces victoires peuvent se prolonger dans la vie réelle.» in http://nopasaran.samizdat.net/spip.php?article1230

«Étapes de la conception et de la réalisation :

Chacune de nos productions se développe en étroite collaboration avec vous. L’élaboration de la stratégie de conception et de réalisation se forme lors de la première rencontre de contenu et se définit suite à l’atelier de "documentation vivante", ce qui assure la forme théâtrale la plus pertinente pour rejoindre votre public:

Le psychodrame

Bien avant le théâtre-forum, une forme thérapeutique beaucoup moins connue, le psychodrame est «inventé par Jacob Levy Moreno, psychiatre et psychologue américain d’origine roumaine, dès les années 1930-1932. Le premier avatar du psychodrame est le "Théâtre spontané", que Moreno explore dès 1921. […] Moreno dit : "Comment cela s’est-il passé? Montrez-moi."  Sa méthode, fondamentalement humaniste, s’est développée dans le monde entier. […] Moreno propose de mettre en action la complexité d’une situation réelle, semi-fictive ou imaginaire plutôt que d’en parler. […] D’après Laurent Schachmann, un des rares psychothérapeutes à l’utiliser au XXIe siècle, "le théâtre spontané présente l’avantage de permettre un travail complètement déconnecté du mental". Mais il insiste sur l’importance du feedback que le thérapeute facilite, "sans lequel le théâtre spontané ne serait qu’un aimable divertissement".»

«En psychodrame classique, l’être humain est conçu comme étant un « être relationnel, dont la spontanéité et la créativité sont les piliers qui lui permettent d’actualiser ses interactions et les rôles intériorisés qu’il utilise» «Pour Moreno, il y a deux piliers, fondamentaux et reliés, de la santé: la spontanéité et la créativité.»

C’est une «forme de thérapie utilisant la théâtralisation dramatique [du vécu du client] au moyen de scénarios improvisés, et permettant la mise en scène [et l’externalisation] de névroses. Le psychodrame est aujourd’hui utilisé en thérapie de groupe, en thérapie familiale ou en thérapie individuelle.» C’est aussi une technique novatrice et créative utilisée par des psychosociologues pour dénouer des crises ou des conflits organisationnels.

 

  • Collaborateurs potentiels :

http://mediationculturelle.culturepourtous.ca/articles/luniversite-autrement/

http://mediationculturelle.culturepourtous.ca/

http://miseaujeu.org/index.php?page=accueil

en tournée : http://www.zinneke.org/-C-est-quoi-Zinneke-

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