Ève Marie_Affiche jaune 2013 blogue

Montréal, Journées de la culture, 29 septembre 2012.

Contrairement à la faible participation lors de l’événement Occupons le Sud-Ouest au parc Georges-Étienne Cartier sur la rue Notre-Dame il y a deux semaines, il y a eu beaucoup de monde et beaucoup d’intérêt aujourd’hui. Pendant les 4 heures qu’a duré ma perfo, il y a eu presque toujours quelqu’un, souvent 2 personnes au tricot en même temps.

J’ai reçu beaucoup d’encouragement, même de personnes qui ne voulaient pas participer mais qui avaient lu les cartons d’explication par terre ou à qui j’avais expliqué ma démarche. Une est même revenue avec des amies pour tricoter et discuter une 2e fois.

Les participants sont presque tous préoccupés par la situation sociale et sont heureux et parfois très heureux (ils me disent qu’ils se sentent mieux après) de participer à quelque chose de constructif. Les gens sont à peu près tous frappés par mon expression « retricoter le tissu social » que je glisse dans chaque conversation et que je leur montre avec le Tricot du peuple (rendu à environ 30 pouces), qui avancent lentement, un ou deux rangs à la fois (7e fois).

On me parle d’amour, de solidarité, de prendre le temps. Une jeune fille  me retourne la question (pour la 1re fois) que je leur pose pour faire le tricot : que voyez-vous ou sentez-vous de meilleur pour l’avenir du peuple ? Je lui ai d’abord parlé du passé : je lui ai fait part d’une constatation depuis environ 15 ans (du début des années 2000), d’une dégradation des liens sociaux. Que la vraie communication, les vraies relations sont à rebâtir. Elle a répondu : « oui, avec tous ces textos et cellulaires qui nous donnent la fausse impression de communiquer. Mais ce n’est pas de la communication.» Son amie a acquiescé.

Une anglophone d’une revue canadienne qui couvre l’art in situ et le tricot m’a prise en photo. Plusieurs autres passant aussi (ce qui est nouveau, à part la photo du journaliste de la PC lors de ma 1re perfo à la Place Émilie Gamelin en juin). Dans un groupe de jeunes hommes qui fêtaient l’enterrement de vie de garçon de leur ami, le fêté m’a demandé s’il pouvait me prendre en photo avec lui déguisé en Dracula à dreds genre Marley. Je lui ai mis le Tricot du peuple dans les mains et lui ai dit de faire semblant de tricoter, ça a donné une photo très cocasse… puis il m’a demandé, moi qui a l’âge d’être sa mère, s’il pouvait me faire un câlin. Un peu surprise sur le coup, j’ai dit oui et il m’a serrée affectueusement dans ses bras. Il y a surement une autre photo… je me demande ce qu’ils diront de cette étrange photo les deux costumés… hihi.

Une autre femme, une historienne de l’art, m’a demandé d’être informée des suites, en me recommandant le travail de Naomi London. Une autre, prof de yoga, m’a laissé sa carte d’affaires. Un homme plus âgé, d’origine asiatique m’a répété sans cesse que ça lui rappelait sa mère qui lui tricotait des chandails avec des dragons avec plusieurs couleurs et combien il était impressionné par son travail. Touchant au début, cette répétition a fini par me mettre mal à l’aise : je ne savais plus quoi dire : je voyais qu’il cherchait à sortir quelque chose, mais quoi ? Je ne l’ai pas su. Mon personnage de tricoteuse du peuple suscite parfois des confidences, mais pas avec lui.

Y’a eu aussi une maman avec son son fils de 7 ans qui voulait que je lui montre à tricoter : fiston était très bon et a appris vite le point de base, le point mousse. Après un rang , il était très content de sa jolie réussite!

Des touristes aussi, une Néerlandaise et une Algérienne ont été particulièrement intéressées par la démarche. Peut-être ce concept en action fera-t-il de petits bébés tricots?

Plus de gens –mais moins d’hommes aujourd’hui- savaient tricoter, ce qui fait qu’on a pu davantage converser librement, moins axé sur la technique du tricot, ce qui m’a fait grand bien à moi aussi.

Je me demandais si ce projet tiendrait la route une fois la crise étudiante, le printemps-été érable terminé et la situation sociopolitique calmée (le Parti québécois qui vient d’être élu, la hausse des frais de scolarité et la loi 78 anti-manifestation annulée la semaine dernière), mais oui, il s’agit d’un questionnement universel et … éternel.

Avec une femme dans la 60taine, elle a voulu savoir quelles étaient les réactions du public, les impacts de ma perfo sur les gens (décidément, les gens de ce quartier sont vraiment très cultivés!). Je lui ai dit que si la plupart avaient probablement oublié après, qui sait comment ça pouvait inspirer quelque chose à certain.e.s, une idée, une impression qui se développe dans leur vie, un effet boucle de neige. La femme m’a répondu que je pourrais être surprise, que mon tricotage de conversation dans la fibre même pouvait avoir eu un impact sur plus de personnes que je ne le croyais…

Enfin, plusieurs personnes m’ont demandé si j’allais être là plus tard où si j’allais revenir demain. Ce qui était une autre forme de manifestation d’intérêt.

Voilà les appréciations dont j’avais besoin pour me stimuler et m’encourager dans cette démarche naissante, étant donné ma déception de la fois précédente, à cause du zéro participation des activistes d’Occupons Montréal pendant et après ma perfo. À part quelques rares passants dans ce coin de St-Henri, c’est la… police qui a participé, un moment quand même inoubliable… (voir mon blogue à ce sujet au https://evemarieblog.wordpress.com/2012/10/06/httpevemarieblog-wordpress-com-tricot-du-peuple-police/

Un dernier souvenir au coin du Métro Mont-Royal : un homme et une femme, qui tricotaient les deux Tricots du peuple en même temps, se sont rendus compte qu’ils étaient presque voisins et ont vraiment sympathisé… À la fin, l’homme était tellement content de ce moment de partage qu’il a joué à se claquer les mains (top là!) avec sa voisine avant de partir! Un peu plus et je les «matchais » et jouais le rôle d’entremetteuse, mais je me suis gardée une petite gêne, car je crois qu’il était gay…

Le lendemain, je commence à penser à mon party de fin du monde/nouveau monde du 21 décembre. C’était une journée très inspirante.

Je ferai une autre perfo au même endroit en 2013 et 2014.

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Dans le même esprit, voici un projet en développement très intéressant : « Decolonizing Street Art : Anticolonial Street Artists Convergence ». La mouvance sera à Montréal en septembre 2014 .

 «Decolonizing street art: Anti-colonial street artists convergence will take place at the end of august 2014. This project fosters the idea of bringing together street artists of indigenous and settler origins and build an artistic community of shared anticolonial values. The convergence will promote a type of street art that advocates the decolonization of Turtle Island and will remind the montrealers of the city’s colonial history. The artists, living across Canada and the USA, already focus part of their work on issues related to indigenous resistance such as environmental struggles against pipelines and mining and justice for missing and murdered native women. »
Découvrez-le sur Indiegogo et faites passer le mot à vos amis. Tous les outils sont fournis. Recevez des contreparties, faites une contribution ou suivez simplement les mises à jour sur le projet. Avec l’aide de chacun, le projet « Decolonizing Street Art : Anticolonial Street Artists Convergence » pourra se réaliser !

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