Lafontaine, 2012

J’ai remarqué que depuis que je porte le carré rouge dans l’espace public, je reçois et je donne plus d’aide. C’est peut-être seulement une coïncidence, mais à la lumière du récent manifeste du muvement /etudiant des carres rouges, où ils élargissent considérablement leurs horizons, ça me donne l’idée de pousser la sensation et le concept plus loin au sujet du port du carré rouge : comme citoyen.e.s  engagé.e.s  et  disposé.e.s  dans la rue à de petits gestes civiques pour aider les autres, de manière à (faire) bénéficier des apprentissages de cette magnifique lutte sociale. Après la grève, leurs porteurs et leurs porteuses pourraient continuer à s’afficher avec le carré rouge pour la mémoire, bien sûr, mais aussi pour continuer à donner de la visibilité à leur ‘service social’.

Je pense qu’il faut rapidement détourner de façon constructive tout ce discours purulent qui a et va associer (pendant les élections) le carré rouge à «la violence et à l’intimidation»[1] et au chaos social. Le carré rouge, «c’est la rue» ? OK, prenons la désinformation et retournons-la comme une crêpe (ou une tarte à la crème). Prenons-la à bras-le-corps comme on le fait dans les arts martiaux, suivons le mouvement de l’adversaire et poussons-le encore plus loin. C’est une idée, il y en aura d’autres, mais comme citoyen.ne.s, en grève ou non, il faut proposer des actions concrètes pour que les gens se sentent plus en sécurité dans les rues de la ville en tout temps, entre autres…  grâce au carré rouge. De toutes les façons, il faut combattre la peur. Cela me semble une bonne façon de déjouer ces tactiques malsaines du gouvernement. Tout le monde sera gagnant, sauf les menteurs qui seront démasqués par la force de ce genre de gestes empathiques répétés et vus au quotidien. Même le maire de Montréal sera content :)). Il pourra venter «sa» ville comme étant la plus accueillante et la plus sécuritaire au monde…

Dans le manifeste de la CLASSE[2] qui fait assez bien la démonstration du terrible risque de la marchandisation de la vie, un détail m’a frappé : «Si nous avons choisi la grève, […], c’est pour créer un rapport de force, seule mécanique nous permettant de peser dans la balance». Seule ? C’est en effet le principal mécanisme, ou du moins le plus utilisé dans la tradition de la gauche syndicale, mais il en existe un autre, plus subtil et dont les effets sont plus profonds à long terme seulement. Il s’agit de pousser à la conscience/faire voir l’inconscience de certains comportements humains. C’est un aspect peut-être plus spirituel, mais dans l’état de corruption et d’ÉGOisme où nous nous trouvons, ça devient de plus en plus évident et une question concrète de survie collective. Je crois que ce «nouvel» aspect apporté à la vie politique peut être vraiment novateur[3], surtout s’il est porté par les plus jeunes et par les plus vieux de notre société. Et par la conscience, tout le monde est touché, de l’élite au peuple, du 1% au 99%. Sauf que… y’en a pour qui les conséquences sont plus dommageables…

De plus, autre sujet, je suggère une nouvelle image dans les prochaines manifs de nuits : une lampe de poche ou de cell dirigée vers un petit miroir et portée haut la main… le miroir de ceux qui ne se rendent pas compte qu’il n’y a plus de miroir quand ils s’y mirent. Travailler artistiquement sur des symboles à interprétations multiples est tout aussi puissant, comme vous le savez et l’avez démontré. Si ce geste était répété en masse, nul doute que ce serait le genre d’image médiatique frappante qui ferait le tour du monde, attirant ainsi l’attention là ou quand il le faut.

Chers étudiant.e.s, dans le fond, ce que je veux vous dire essentiellement, et que je ressens depuis un an ou deux, c’est que…

Quand les hommes et les femmes de cœur (re)commencent

à prendre la parole de l’action,

c’est qu’un autre pays est en marche,

c’est que notre âme,

exaspérée et famélique

a décidé de franchir le Rubicon,

l’illusoire distance qui

nous

sépare

de

l’autre.

***

Petit moment d,histoire du Québec.

“Depuis bientôt 5 ans l’Agéum revendique auprès du gouvernement
pour obtenir la gratuité scolaire que ce dernier avait formellement promise en 1960, depuis 5 ans le gouvernement refuse, depuis 5 ans l’Agéum re­nouvelle bêtement ses revendications et depuis 5 ans aussi le gouvernement se fout d’elle parce qu’il la sait incapable de sortir gagnante d’une épreuve de force avec lui. Un véritable syndicat n’aurait jamais accepté une telle situation et aurait proposé à ses commettants des moyens “syndicaux” de résoudre le problème, entre autres la grève. Mais l’Agéum, à cause du re­fus du gouvernement et son incapacité propre, voit ses membres patauger dans des conditions de travail assez pénibles pour quelques-uns et se sent dépassée par un problème qui pourrait trouver ses solutions immédiatement si elle était une véritable force syndicale.”
Tiré de la revue Parti Pris, vol. 3 no 6, janvier 1966 (Montréal)

 


[1] En juin, la ministre de la ‘culture’ avait confondu et associé publiquement, sans l’ombre d’un doute et au nom d’une «grande, grande, grande partie des Québécois», le carré rouge avec la «l’intimidation, la violence», pour se rétracter du bout des lèvres suite à une levée de boucliers, tout en enfonçant le clou encore une fois. Sans parler des nombreuses allusions du premier ministre à ce sujet.

[3] C’est le sens de la «Déclaration des engagements individuels et collectifs» mis de l’avant par Occupons Montréal en février 2012. Voir le lien ici-bas.

http://occupons-montreal.info/philo-politique/node/197

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