Manifestation au printemps 2012, Montréal

Gestes lacrymés

changés en mensonges policiers

«mots lacrymogènes, mots matraques»*

La manifestation est illégale,

Veuillez vous disperser

ah non pas encore !

Et pourquoi

je vous le demande,

un jeune a fait quelque chose

on ne sait pas trop quoi

les cavaliers de l’apocalypse urbain

ont essayé de l’attraper

la foule a couru le protéger le rattraper, la technique de la pieuvre a-t-elle bien fonctionné

les manifestants commencent à avoir de l’expérience dit-on

mais pour créer diversion et séparer la foule

un motardcop sort d’on ne sait où et fonce dans le tas dans l’autre direction

heureusement personne n’est blessé, juste frôlé qu’on m’a dit

les plus valeureux poursuivent le motardcop qui passe devant moi ahurie

en criant des bêtises

Nous avions chanté avec la Chorale du peuple

nous étions plus calmes et plus centrés

de longues minutes plus tard

au jeu du rat et de la souris

tous les manifestants sont annoncés illégaux au mégaphone

je l’ai entendu à la télé les autres fois

mais là c’est là devant moi

D’un coup, je sens pourquoi ils se radicalisent

tellement je suis stupéfaite

dans mon pacifisme indigné

300 personnes n’ont plus le droit de manifester parce qu’un aurait fait quelque chose

je rappelle qu’il n’y a ni bris ni blessés ni morts, peut-être une seule provocation

heureusement la foule reste plutôt calme

peut-être le repère des Indignés dégage une aura de pacification,

qui aurait cru que Victoria régnerai encore en nous de cette façon là

l’incroyable égrégore-esprit des lieux créé par notre expérience de l’automne

ne sera jamais effacé

ils peuvent effacer tout sauf notre conscience

Elle rayonne maintenant maintenant maitresse des lieux

sur les tours à bureau, bourse, Québécor, PowerCorp et compagnie

Les manifestants s’assoient, se reposent et reprennent des forces avant de repartir ou de se disperser

peut-être vers Émilie-Gamelin

attention nous sommes gravement sur la nouvelle pente,

celle des nouveaux risques

qu’on préfère ne pas voir

je vous en supplie allez-y au moins une fois

vous y verrez la création de la réalité

C’était bien moins grave qu’à Québec 2001,

mais le ton pour les détails a monté à la puissance 2012 chez les autorités

dans leur/notre corruption

ils ont tant de peur,

les petits soldats de bois

un seul souffle suffit pour les désaligner

Après nous sommes 7-8 camarades d’Occupons Montréal

on s’improvise gardiens de sécurité du jeune homme maintenant isolé par 5 policiers

nous courons pour les rattraper

des dames, des mères sur la rue voyant la scène

se mettent à applaudir ironiquement puis à les critiquer

les huit chars

qui quittent le théâtre surréaliste

du montage en épingle d’un seul geste

voilà comment on crée la violence dans notre pays si pacifique si allergique à la violence

si calme avec sa révolution dite tranquille d’un âge où la conscience était à ses débuts

Ensuite de retour à la Place du peuple

nous observons le reportage radio canadien

la journaliste dit que le jeune homme avait lancé de la crotte

que cela explique ou justifie le recours à l’illégalité de la manif

nous nous insurgeons, le cam ferme le kodak, Reda se fâche, je tempère,

je demande les faits, la journaliste s’excuse, discute, je lui demande de refaire le topo avec un autre point de vue elle accepte, Fabrice et une jeune fille parlent, après la journaliste nous confie son stress sa position inconfortable critiquée de toute part, je lui parle de leurs fausses images de samedi sur l’événement JAPPEL à mon tour je m’énerve Kristiane prend la relève pour savoir comment la journaliste se sent, elle a marché le chemin de Compostelle, le dialogue reprend, nous nous serrons la main

Finalement, revenus à la statue nous participons à un autre groupe de discussion sur une éventuelle grève sociale assis sur le trottoir au coin St-Antoine/Beaver Hall entre toutes les autos et les bruits

Le temps a changé un autre grain de sel est posé

Une vieille dame passe, nous engueule parce que les jeunes traitent mal les vieux

On l’écoute calmement, accusant le coup

un dialogue se crée, le jeune Reda lui parle nous les entourons

à la fin la veille dame prend Reda dans ses bras

À travers toute cette laideur

quelque chose de si beau est sorti

nous nous sommes transportés à nous-mêmes

Quand les hommes et les femmes de coeur (re)commencent à prendre la parole de l’action,

c’est qu’un autre pays est en marche,

c’est que notre âme,

exaspérée et famélique

a décidé de franchir le Rubicon,

l’illusoire distance qui nous sépare de l’autre.

———————–

* référence à «Speak White» de Michèle Lalonde (1968) dont voici la partie finale :

«Speak White

de Westminster à Washington relayez-vous

speak white comme à Wall Street

white comme à Watts

be civilized

et comprenez notre parler de circonstance

quand vous nous demandez poliment

how do you do

et nous entendez vous répondre

we’re doing fine

we

are not alone

nous savons

que nous ne sommes pas seul.» [1]

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