Chers amis,

DATE : jour 9 de l’occupation, le dimanche 23 octobre 2011.

LIEU : «Place du peuple» (square Victoria), Montréal, Québec et deux carrés de gazon adjacents au pied de la tour de la Bourse. La place s’est passablement structurée depuis le 1er jour. C’est rempli par environ deux cents tentes de camping, 1 grande tente probablement vide pour l’infirmerie et une grande yaourte. Un coin cuisine pour nourrir les occupants, fonctionnant avec le don d’une génératrice, un coin vêtements et couvertes chaudes, un coin librairie, deux coins panneaux d’affichage pour informer des comités, des activités, des idées qui circulent. Un coin spectacle ou AG, avec micro et grosse colonne de son et un coin peinture. Deux toilettes. Victoria est encore là, affublée comme la semaine dernière (le masque a résisté au vent en hauteur, ou on en a mis un autre), avec en plus, le drapeau des Patriotes.

ACTIVITÉS : En après-midi, au pied de la statue de Victoria, plusieurs enfants et adultes peignent des affiches, des cartes postales engagées, une grande banderole est en train de sécher, exposée par terre. Une artiste me demande d’écrire sur ses ballons un mot de quelque chose que j’aimerais voir disparaitre; plus tard, quand ses ballons seront remplis, elle les soufflera jusqu’à ce qu’ils éclatent… Belle métaphore. J’écris «impunité» en pensant à ces banquiers qui se sont payés des bonus après avoir été sauvé par les prêts de l’État et avoir récupéré des milliers de maisons avec des transactions spéculatrices, à notre ancien dg de la Caisse de dépôt qui l’a fait crouler sous des milliards de $$ de mauvais placements dans l’immobilier, au premier ministre (sic) Charest et à tous les autres qui ont laissé passé des contrats frauduleux, etc., etc (trop de etc.). Avec quatre fois plus d’occupants, beaucoup de visiteurs et de photographes, mais moins que la semaine dernière, une ambiance qui ressemble aux festivals sociopolitiques des années ’70 que j’ai vus à la télé. Un spectacle de musique, chant et poésie organisé cette fois-ci, dont une jeune poète amérindienne anglo très percutante et convaincante, dont je n’ai malheureusement pas compris le nom.

Une assemblée générale (AG) tous les soirs, vers 18hrs.

BESOINS PARTICULIERS : je vais à la cuisine pour demander ce dont ils auraient besoin, je me répète la liste mentalement, mais oups, tout ce dont je me souviens, ce sont du savon sec, genre «purell» et des citrons. Dons couvertures sont aussi les bienvenues.

DÉSIRS : plusieurs occupants disent vouloir passer l’hiver s’il le faut et rester là tant que la police ou la Ville ne les délogera pas. Le froid fera sûrement son œuvre, mais il y aura un noyau dur qui restera là pour tenir le fort. Je n’ai pas vu de police à la ronde et le maire a dit que tant que l’hygiène publique est respectée, la ville laisserait les personnes manifester pacifiquement.

VU SUR LE SITE : plusieurs affichettes fait main un peu partout répétant «sobriété, propreté, non-violence. Occupons Montréal. Pensons aux enfants svpY». Aussi une autre : «GARAGE SALE. Cleaning Out Old + Broken Economic System. Everything must go!» «Vous entrez maintenant en territoire Autogéré (avec le «A» de anarchie). Et un très grand nombre de pancartes illustrant un capharnaüm disparate des toutes les causes possibles et impossibles.

REVENDICATIONS : pas encore précisées. L’expérience de démocratie directe est longue et parfois fastidieuse, mais les idées sont en ébullition, en méditation et les actions viendront après. C’est peut-être comme si on quittait le concept du grand soir où tout va changer, pour entrer dans le temps que les choses prennent, temps long, mais parfois subit.

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Lors d’un concours sur la meilleure chanson francophone du journal Le Devoir en novembre 2010, j’avais écrit :

Pour moi, les plus belles chansons sont celles que je peux chanter avec tout mon cœur et dont l’intensité des paroles et de la musique me font vibrer le magnifique cadeau d’un sentiment de liberté, de paix ou encore de l’expression d’une émotion retenue, cachée et enfin exultée. […]

La Facade de Karkwa : «Où est l’âme, où est l’homme / où est l’air qui résonne / où est l’art qui se donne pour le vrai ?»
Bref, mes chansons adorées c’est tout ça, celles qui me permettent de garder vivante la petite flamme dans l’adversité. Et, en particulier, en cette année du tigre, de développer notre capacité d’indignation, force intérieure porteuse de transformation.

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Qui aurait cru qu’on en serait (enfin) là aujourd’hui ?

À bientôt chers amis, j’attends vos commentaires, (mais le téléphone ou un bon petit souper sont toujours mieux…)

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